Origami


Journée à Montréal. En vacances (pour une fois!). Et en famille.

Direction Musée des Beaux-Arts. Au programme: la découverte de l’oeuvre de Feininger — j’ai hâte!

Mais compte tenu de notre heure d’arrivée… nous prenons d’abord la direction d’un atelier d’origami, avec une maître en la matière, madame Hideko Shinto. Explication de l’origine de l’origami, démonstration… puis expérimentation. On fabrique un casque de samouraï.

Quarante-cinq minutes plus tard, l’atelier est terminé, on visite Le grand carnaval de Feininger (extraordinaire!) et presque toutes les autres expositions — avec un coup de coeur pour l’exposition des réalisations des élèves de l’école secondaire du Coteau, de Mascouche: La poésie, un art bien assis (dommage qu’il n’y ait rien à ce sujet sur le site du musée — heureusement, il y a le site de l’école: voir cette présentatiom ppt).

Fin d’après-midi, on prend la direction de la Grande bibliothèque pour la faire découvrir aux enfants et voir l’exposition Manga, l’art du mouvement (très bien faite; très intéressante).

Début de soirée, à la recherche d’un restaurant indien (ce sera finalement Indian Curry House — délicieux: un invraisemblable rapport qualité prix! — ne manquait que l’accueil en français), je jette un coup d’oeil rapide sur Facebook.

bla bla bla… je défile du doigt sur mon iPhonebla bla bla, origami, mbam, photos, bla bla bla

, minute! qu’est-ce que je viens de lire là?

Je remonte le fil des publications.

C’est ma cousine Danielle (que je n’ai pas vu en personne depuis des années!) qui dit avoir visité le Musée des Beaux-Arts… et avoir fait un atelier d’origami, témoignant même avec quelques photos.

— trop fort!… et ce serait encore plus fort que qu’elle y soit allé en même temps que nous!

Je regarde les photos attentivement… et, oui, je me vois en arrière-plan d’une des photos!

Incroyable coïncidence!

Avec un peu de chance la prochaine fois on pourra se saluer pour vrai!

Le terrier

En réaction à Fenêtre d’angle, François Bon me signalait une parenté avec Le terrier, de Kafka, que je ne connaissais pas (le texte, pas l’auteur, évidemment!). Lacune rapidement comblée (merci Ana pour la visite à la librairie — et vive la semaine de relâche!).

J’ai eu beaucoup de plaisir à lire ce texte (incomplet) d’une cinquantaine de pages dans lequel un bruit incessant vient progressivement prendre toute la place, jusqu’à tout remettre en question.

« J’écoute maintenant aux murs, et partout où j’épie, en haut, en bas, le long des parois, sur le sol, aux entrées et à l’intérieur, partout, partout le même bruit. »

« Qu’est-ce donc? Un petit sifflement qu’on entend par intermittences, un rien auquel on pourrait, je ne dis pas s’habituer — on ne peut pas s’y habituer — mais qu’on pourrait observer quelque temps sans entreprendre encore rien pour l’étouffer (…) »

« Pourquoi suis-je resté si longtemps à l’abri pour me trouver soudain réveillé par l’effroi? Qu’étaient-ce, auprès de celui-ci, que tous les petits périls auxquels j’ai passé mon temps à réfléchir? Espérais-je que ma qualité de propriétaire du terrier allait me donner pouvoir contre cette intrusion? Hélas! C’est justement parce que je suis propriétaire de ce grand ouvrage si fragile que je me trouve sans défense contre toute attaque un peu sérieuse: le bonheur de le posséder m’a gâté; la fragilité du terrier m’a rendu sensible et fragile, ses blessures me font mal comme si c’étaient les miennes. C’est là que j’aurais dû prévoir; je n’aurais pas dû penser à ma seule défense — encore l’aie-je fait bien légèrement, bien vainement — mais à la défense du terrier. (…) Or, je n’ai rien fait en ce sens; rien, rien de rien n’a été entrepris qui puisse servir à cette fin, j’ai été étourdi comme un enfant, j’ai passé mon âge mûr en jeux puérils, mon esprit n’a fait que jouer avec l’idée du danger, j’ai négligé de penser vraiment au vrai danger. Pourtant, que d’avertissements!

« Cette place près du toit de mousse est peut-être maintenant la seule de mon terrier où je puisse passer des heures à écouter vainement. C’est un complexe revirement des circonstances: l’endroit dangereux jusqu’ici est devenu un asile de paix, alors que la place forte a été envahie par le bruit du monde et de ses périls. »

J’ai trouvé amusant de réaliser que j’ai placé mon histoire de bruit obsédant au sommet d’un gratte-ciel alors que Kafka a placé la sienne dans le sous-sol (et que c’est de l’autre côté de l’Atlantique qu’est venu le trait d’union entre les deux textes!).

Il y a plusieurs autres récits intéressants dans le recueil La muraille de Chine, publié par Folio — dont certains, très courts, m’ont semblé particulièrement efficaces. Je retiens spécialement pour ce soir L’examen, et Petite fable.

Nuits

Elle passait ses nuits à la fenêtre, seule dans la pénombre, bercée par la musique et par la voix de l’animateur de la radio classique. C’était comme ça depuis presque dix ans.

Dix ans qu’elle n’avait pas dormi la nuit, en même temps que tout le monde. Seulement le jour, quelques heures.

Il ne devait partir qu’une semaine. Il n’avait plus donné de nouvelles. Il était disparu. Elle l’attendait.

Cela fera dix ans dans trois jours.

Québec en 1912

Je disais il y a quelques jours que les médias devraient adopter une perspective plus éducative du traitement de l’information. Avoir une attitude plus pédagogique — être des acteurs importants de la vie d’une cité éducative, dans laquelle tout le monde a l’occasion d’apprend quelque chose tous les jours.

Eh bien à tout seigneur tout honneur, je dois lever mon chapeau au quotidien Le Soleil pour son édition d’aujourd’hui.

Prenant pour prétexte le centième anniversaire de la conquête de la Coupe Stanley des Bulldogs, l’équipe éditoriale nous présente habilement ce qu’était notre ville il y a cent ans: le contexte social, l’économie, la vie culturelle, etc. — et, cela, en faisant des liens très intéressant avec la situation actuelle — de façon très pédagogique.

L’ensemble des articles se trouve ici…

Cela aurait été bien ingrat de ne pas le signaler: bravo Le Soleil!

Fenêtre d’angle

Il avait loué cet appartement pour une semaine. Il y avait investi une petite fortune. Sa fortune.

Un appartement sur trois étages, avec vue (partielle) sur le lac Michigan. Avec des tableaux de grands maîtres dans presque toutes les pièces. Et un piano à queue magnifique. Une pure merveille.

Il avait engagé une pianiste de concert, qu’il avait invitée pour la semaine. Un cuisinier renommé aussi. Ils seraient très bien logés — seule condition, garder le silence — ne pas parler.

Trois étages, vingt pièces. Et une salle à dîner pouvant accueillir vingt personnes — même s’il n’avait l’intention de recevoir personne.

Il allait se servir de l’immense table de bois laqué pour écrire. Parce que c’est ce qu’il allait faire, pendant sept jours et sept nuits, entouré de chefs-d’oeuvre, dans la fenêtre d’angle.

Il attendait ce moment depuis si longtemps. Tout était parfait.

Sauf ce bruit, subtil et persistant, qui allait le rendre fou.

Les médias et l’éducation

Quel devrait être le rôle des médias en éducation?

En voilà une question importante!

Dans le secteur de l’éducation, plusieurs ont la perception que le sujet est mal desservi par les médias.

Comment pourrait-on mieux collaborer pour contribuer ensemble à la réussite éducative des jeunes, à la formation de citoyens responsables et au développement d’une société en santé?

C’est le Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec qui pose la question. Encore mieux, le Centre organise un échange sur le sujet, le 26 avril prochain, à Québec. Je ne pourrai probablement pas y participer, mais j’aurais beaucoup aimé y être — parce que la relation entre les médias et l’éducation est au coeur de l’idée de cité éducative, à laquelle je crois toujours autant.

Je pense que j’y serais intervenu pour dire que ce qui est le plus important, de mon point de vue, ce n’est pas que les médias parlent plus d’éducation, ni même qu’ils en parlent mieux (ce qui serait quand même bien!) — mais surtout de faire en sorte qu’ils adoptent une perspective plus éducative sur les sujets dont ils traitent.

Qu’ils informent en donnant le goût d’apprendre, en offrant des pistes pour approfondir.

Qu’ils informent en stimulant, en invitant le lecteur à se sentir partie prenante de la réalité décrite.

Qu’ils informent en ancrant dans la réalité du lecteur les sujets abordés — en donnant du sens aux événements.

Je suis plus convaincu que jamais qu’une ville dans laquelle tout le monde apprend quelque chose tous les jours n’est pas très loin d’être une ville idéale. Une cité éducative. Un milieu où l’école et les médias concourent pour que les gens soient heureux, dans l’apprentissage — tout au long de la vie.

J’espère qu’ils en parleront le 26 avril prochain.

Pour plus d’information: Les médias et l’éducation : un sujet qui suscite les discussions!

L’hélice

29 février. Date irréelle par excellence.

Je vole au-dessus du Saint-Laurent. À bord d’un bon vieux Dash 8.

Je lis sur mon iPhone. Comment parler des lieux où l’on n’a pas été?

Pierre Bayard cite Jules Verne, Marco Polo et Chateaubriand.

Je regarde par le hublot, le soleil s’apprête à se coucher.

Vol de nuit. Je pense à Saint-Exupéry.

J’appuie sur l’unique bouton de mon iPhone. Mon livre se transforme en appareil photo.

Clic.

Recadrage, ajout d’un filtre. En quelques instants, me voilà avec ce qui a tout l’air d’une photo ancienne (facile à bord d’un Dash 8!). Et me voilà avec Saint-Exupéry!

Mais la mystification a ses limites… et mon appareil, très contemporain, brise le charme. Le iPhone n’arrive pas à saisir correctement les mouvements rapides de l’hélice qui nous amène à Québec.

On s’y serait pourtant presque cru.

Les feux de la rampe

Pour une personne à la tribune il en faut des dizaines qui travaillent dans l’ombre, en coulisse, efficacement.

C’est indispensable pour préparer, pour consulter et pour assurer les appuis, la cohésion des troupestant bien que mal, dans les meilleures conditions comme dans les pires.

La politique c’est un iceberg : on en voit généralement que la pointe émergée, celle dont rend compte la une des journaux — celle des feux de la rampe.

Il faut toutefois mettre la tête sous l’eau si on veut la comprendre vraiment.

Passer de l’autre côté du miroir.

Première fois

C’était dimanche matin. Journée magnifique pour un rendez-vous avec l’humilité.

École de ski. Première fois. Avec mes trois enfants.

« Au début on avait un peu honte, mais à la fin tu étais pas mal meilleur ». 

Pas mal meilleur, mais à quel prix — j’ai mal partout!

Ce n’était pas tellement le décor de la garrigue, mais j’ai pensé à Pagnol en voyant le regard des enfants après ma première descente sans tomber.

La gloire de mon père.

Perspective

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Même parcours que tous les matins. Ou presque. Une rue plus à l’est. Et un peu plus détendu que je ne l’étais depuis quelques semaines.

La lumière change. La perspective aussi. Ce qui se cachait se révèle. Je découvre une autre ville.

Un photographe m’a déjà dit: « quand tu penses avoir devant toi un beau sujet, déplace toi d’un mètre, à gauche, à droite, en avant ou en arrière — tu trouveras souvent un angle encore plus intéressant. »

Quelques pas. C’est parfois tout ce qu’il faut.

La façon québécoise de faire des affaires…

Un échange hier soir avec des amis français, m’a rappelé un résumé très efficace de la façon québécoise de faire des affaires. C’est un résumé dont un entrepreneur québécois installé à Paris m’avait fait cadeau il y a cinq ans — malheureusement, j’ai oublié son nom.

Deux choses à retenir donc:

1. Y’a toujours moyen de moyenner;

mais…

2. Y’a un boutte à toutte!

Avec ça, on peut comprendre pas mal de choses, je pense.

Je le pose ici, parce que cela ne se trouve apparemment pas encore sur le Web. C’est pourtant particulièrement important!  ;-)

Correspondance

K. avait les yeux rivés à son écran — du matin au soir. La nuit, même, parfois. Mais ce n’était pas le principal problème.

On lui écrivait. Il fallait qu’il réponde.

Alors, il répondait. Le plus rapidement possible. C’est ce qu’on attendait de lui.

Les messages s’accumulaient. Des centaines chaque jour. Il y répondait. C’est tout.

C’était l’essentiel de son travail. Répondre. Éternel recommencement.

D’autres avaient évidemment pour métier d’initier des communications. Ils écrivaient à des gens comme lui, qui y répondaient. C’était mieux comme ça.

Il y avait autrefois des gens dont le métier exigeait à la fois d’adresser des messages et de répondre à d’autres. Mais le nombre des échanges avait augmenté jusqu’à s’emballer et il avait fallu mieux partager les tâches. Ce qui avait été fait à l’occasion d’un décret. Répondre aux messages était alors devenu un métier à part entière. Un métier très particulier parce qu’il  exigeait de ceux qui l’exerçaient d’adapter le rythme de leur vie à celui de l’arrivée des messages. Les meilleurs répondants étaient adulés. Leur inbox était toujours vide. Aussitôt arrivé chaque message trouvait réponse. À peine un petit lag, le matin, au réveil. Vite comblé, après un café.

Ceux qui écrivaient étaient beaucoup moins nombreux que ceux qui répondaient. Un seul suffisait généralement à occuper une dizaine de répondants. C’était plus facile.

Ils initiaient assez peu de messages au fond parce que les réponses qu’ils obtenaient permettaient généralement de réagir, de demander des précisions, ou d’adresser des remerciements qui seraient rédigés de manière à susciter une nouvelle réponse.

Le système fonctionnait bien. C’était ainsi. Sauf pour quelques-uns, qui s’étaient exclus de cette mécanique en revendiquant un statut dit équilibré en vertu de la clause dite écologique du décret sur la correspondance électronique.

Les aspirants à ce statut devaient faire la preuve de leur capacité à endiguer efficacement le flot de messages qui leur étaient adressés de manière à dégager suffisamment de temps pour pouvoir initier des messages à leur tour. Cela ne se faisait généralement pas sans heurts, et sans décevoir quelques correspondants habitués à recevoir presque instantanément des réponses, mais certains y arrivaient assez bien.

Une fois acquis ce statut, il ne resterait plus à K. qu’à trouver ce qu’il ferait de ce temps d’écriture.

Qu’allait-il écrire? À qui s’adresserait-il?

Il n’en était pas encore là.

Mais presque.

Touiller

Un peu de sucre, peut-être un peu de lait (mais vraiment très peu) — et touiller. Bien touiller. Avant de boire, sans tarder.

C’est vrai pour le thé et pour le café. C’est aussi vrai pour la vie, de façon générale.

C’est important de pouvoir touiller, d’oser brasser doucement, de mélanger, de remixer — et, pour cela, de se laisser entraîner hors de sa zone de confort.

C’est généralement que l’aventure commence vraiment.

Et le plaisir aussi.

Alors touillons!

Bâtir

Un étage à la fois. Lentement, mais sûrement. Là où était les quais d’un ancien chantier maritime, face à la gare — espace de construction, d’aventures, de rêves, de départ et d’arrivées — où se côtoie constamment la fiction et le réel.

Et enfin les poutres, où naissent portes et les fenêtres; où l’horizon prendra finalement forme dans la vie des résidents.

J’y reviendrai bientôt. Il aura changé d’allure.

Imparfait, certes. Mais habité.

Enfin.