Associations

Cozic, Boule E (2007), photographiée au MNBAQ le 3 janvier 2020

Ce texte fait partie de la série Les images qui restent…

J’aime beaucoup les coïncidences — je les perçois comme des signes d’éveil; comme un signal de la qualité de la conscience que j’accorde à mon environnement.

Les associations d’images, ne sont pas vraiment des coïncidences, mais elles témoignent aussi d’une forme d’éveil, d’une attention continue, qui permet de faire des liens entre les choses par-delà l’instant.

J’ai donc, sans surprise, trouvé dans mon iPhone plusieurs paires de photos prises à des moments différents, simplement parce que la deuxième me faisait penser à une photo que j’avais déjà prise (que j’ai chaque fois dû retrouver: « à quoi ça me fait penser donc? recherche… recherche… ah, oui, celle-là!»).

Ce sont des photos de nature très variées. Trois exemples (les images correspondantes sont au bas du texte):

Première paire: Une photo prise lors d’une balade matinale sur le chantier de la troisième phase de la Promenade Samuel-de-Champlain: un trottoir en attente de son béton. C’était le 23 juillet, à 6h56. En après-midi, le même jour, j’ai reçu l’infolettre du New Yorker — qui contenait une illustration semblable. J’en ai conservé une copie d’écran.

Deuxième paire: En consultant Google Maps, le 16 mai 2022, la forme d’une sortie d’autoroute a attiré mon attention… elle me rappelle quelque chose… l’œuvre de Riopelle, évidemment! Google, recherche… «oui, celle-là!». Copie d’écran. Une association additionnelle dans ce cas: au centre de la sortie d’autoroute, le toponyme: Étang des Bernaches.

Troisième paire: Une oeuvre de Jean-Paul Jérôme vue à Baie-Saint-Paul le 19 août 2020, et une autre de Cozic, vue au MNBAQ le 2 janvier 2020. Carrée, sphérique: qu’importe! La parenté me semble évidente!

Dans ce cas, il s’ajoute même une coïncidence quand je relis la notice associée à l’œuvre, puisqu’elle fait référence à l’œuvre de Perec, vers laquelle Luc Jodoin me dirigeait à la lecture du premier texte de cette série consacrée aux images.

En fouillant dans les autres photos prises à Baie Saint-Paul, j’ai même pu trouver deux oeuvres de Jean-Paul Jérôme qui sont encore plus directement associées à celle de Cozic — mais pour lesquelles la parenté ne m’avait pas sautée aux yeux.

***

Je pense que je conserve ces photos un peu comme des trophées de chasse. Comme autant de petites victoires de mon attention dans un monde rempli de sources de distractions.

Curiosités

Ce texte fait partie de la série Les images qui restent…

J’aime beaucoup quand l’imprévisible surgit dans le quotidien.

Quand mon attention est attirée par des choses rares, inhabituelles, originales ou improbables.

Parfois c’est arrêté à un feu de circulation que je dois saisir mon iPhone pour prendre une photo…

Comme dans le cas de ces mariées qui traversent la rue, à une période de la pandémie où il n’était probablement pas possible de célébrer des mariages dans une église.

Ou comme dans le cas de ce brigadier scolaire, habillé en Père-Noël pour le dernier jour avant les vacances.

Parfois c’est plutôt en marchant que les curiosités attirent mon attention…

Comme dans le cas de ce petit chien qui garde avec détermination (et jappements!) un spectaculaire véhicule stationné sur la rue Cartier.

Ou celui de ce bonhomme de neige qui attend très patiemment l’autobus sur le Chemin Sainte-Foy, près de chez moi.

Ou encore cet alignement de cinq voitures rouge, toutes différentes, près de chez moi, un soir d’été.

***

Pourquoi prendre ces photos? Bonne question… peut-être pour pouvoir être certain que je n’ai pas juste imaginé ces moments?

Peut-être aussi parce que chacun de ces moments mériterait qu’on leur invente une histoire…

Je devrais peut-être les regrouper dans une collection que j’intitulerais « matériaux d’une fiction ».

Bricolages

Ce texte fait partie de la série Les images qui restent…

Parmi les photos des trois dernières années, je retrouve aussi plusieurs traces de séances de bricolage. Elles sont malheureusement plus rares en 2022.

La plupart des bricolages ont terminé leur route dans le bac de recyclage ou à la poubelle.

Ils ont été fait juste pour le plaisir de bricoler — pour penser à autre chose, pour voir les choses autrement, pour activer d’autres régions du cerveau, pour sortir de ma zone de confort. Et pour lâcher mon fou.

Aussitôt complété, direction poubelle pour cet ensemble de rouleaux de papier de toilettes pandémique (18 avril 2020). La photo est tout ce qu’il en reste. Souvenir d’une période très étrange où il valait sans doute mieux en rire…

Quelques autres survivent un peu plus longtemps. Pas nécessairement parce qu’ils sont plus « réussis ». Surtout par toutes sortes de hasards ou grâce à des complicités imprévues.

Le collage « courage » (14 janvier 2021), par exemple, qui s’est trouvé accroché sur le mur du salon, simplement parce que sa route a croisé un vieux cadre vide au bon moment. Plus important que d’autres? Pas du tout — juste un survivant.

Il y a aussi ce sac de papier recouvert de dessins farfelus — peint un après-midi d’été pour me vider l’esprit (12 juillet 2022)… qui s’est mérité une place sur un mur de l’hôtel de ville grâce à la complicité d’une collègue. Je pense que ça lui procure le statut d’oeuvre burlesque à quatre mains — malgré ce qu’indique la notice humoristique! (21 juillet 2022)

Il y a finalement quelques photos des processus de création — de la couleur, des pinceaux, des doigts sales.

Avec le recul, je pense que ces photos ont surtout pour objectif de me rappeler le plaisir et le bien-être que ces moments me procurent.

Mots publics

Ce texte fait partie de la série Les images qui restent…

Il y a aussi plusieurs photos de mots dans mon iPhone.

Les mots attirent manifestement mon attention, même (surtout?) quand ils ne me sont pas destinés.

J’aime les mots écrits à des endroits où on ne les imaginait pas. Les mots hors contexte, les mots codés, les mots qui font rêver.

Sur une photo: « Transition », inscrit sur une piste cyclable (1er octobre 2022, 16h38). Transition énergétique? Écologique? Ou juste l’inscription maladroite d’un détour?

Les travaux publics sont parfois source de philosophie.

Sur une autre photo, le mot « arbre » au bout d’un piquet, en bordure d’une rue fraîchement réaménagée (19 juin 2020, 20h57). Simple indication pour les ouvriers? Ou invitation poétique à fermer les yeux pour imaginer le paysage dans quelques années?

« Ceci n’est pas un arbre », aurait probablement répondu Magritte.

Il y a aussi cette photo de l’entrée de la cour de mon école primaire avec une large ligne hachurée, comme au centre d’une patinoire, avec d’un côté le mot « élèves » et de l’autre le mot « parents » — vestige des pires moments de la pandémie (8 novembre 2020, 7h20).

J’ai aussi le mot « tunnel », accompagné d’une flèche, sur un trottoir, au beau milieu de nulle part (23 juillet 2022, 7h48). Pourtant, aucun tunnel perceptible dans les environs. J’ai imaginé que c’était le reflet perdu d’un monde souterrain.

Il y a dans le paysage des mots qui indiquent, des mots qui ordonnent, des mots qui invitent à la rêverie. Il y a aussi parfois des mots qui font sourire.

Comme cet « amour » coloré, une broderie fixée là où on s’y attendait le moins: sur une clôture en bordure d’une voie ferrée (23 juillet 2022, 6h38).

Et si tous ces mots, apparemment dispersés ici et là, formaient des phrases? Quelle histoire se trouveraient-ils à raconter?

Marcher, c’est aussi parfois un peu écrire. Une photo à la fois.

Hommage

Ce texte fait partie de la série Les images qui restent…

En parcourant mes photos, je constate mon affection pour toutes sortes de curiosités trouvées dans les lieux publics. Comme ce cadre contenant un noeud papillon.

La photo a été prise le 12 août à 8h30, chez Steve-O-Reno’s, un très charmant café de Halifax.

Sous le noeud papillon, on peut lire « À la mémoire de Ted Worthington »

Sans autre explication.

Le cadrage maladroit de la photo témoigne bien que je l’ai prise à la dérobée, probablement au dessus de l’épaule de quelqu’un, au moment de quitter le café. Pas pour l’esthétique, mais comme une capture, un matériaux (pour en faire quoi? mystère! un texte? peut-être… quatre mois plus tard: le voilà!)

Le nom gravé sur une plaquette métallique m’a rappelé des inscriptions semblables sur les tables d’un café de la rue Cartier. Témoins des passages répétés des mêmes clients, aux mêmes endroits.

Et ce n’est que maintenant que je me demande qui était Ted Worthington.

Google: Ted Worthington

C’est sur son compte Twitter que je suis d’abord dirigé:

@seriauno

Avec un peu plus de recherche, sa notice nécrologique:

Captain C.R. « Ted » WORTHINGTON (1931-2021)

Je fais l’hypothèse que c’est l’amabilité de Ted Worthington qui a incité les propriétaires du café à souligner sa mémoire — bien plus que sa carrière ou d’autres accomplissements.

J’interprète mon réflexe à prendre ce type de photo comme un rappel, toujours utile, que c’est par notre façon d’être que nous marquons le plus durablement les gens autour de nous.

Ma fenêtre

Ce texte fait partie de la série Les images qui restent…

C’est la vue de la fenêtre de mon bureau.

J’y prends une photo presque tous les jours en arrivant à l’Hôtel de Ville. Je le fais depuis un peu plus d’un an — généralement autour de 7h30. Cette photo est une exception, elle a été prise à 19h36, le 28 avril.

C’est la lumière dorée sur la basilique qui a attiré mon attention et invité à prendre la photo.

Chaque journée passée à l’Hôtel de Ville commence par un regard par la fenêtre (et une photo). Elle se termine aussi par un regard à la fenêtre.

Je fais aussi de nombreux appels devant la fenêtre. Je dois y passer plus d’une heure chaque jour, observant les allées et venues sur la place — inventant parfois des personnages, des histoires ou m’imaginant observer la scène par une autre des fenêtres visibles de la Place de l’Hôtel de Ville.

Il y a toujours des choses à observer.

J’ai été particulièrement choyé cet été, parce que la Place a fait l’objet de très grands travaux. La circulation n’a pas toujours été la même, les habitudes des passants se sont modifiées…

Il y a eu des jours où les drapeaux étaient en berne. J’y ai vu des protestations et des réjouissances, des conférences de presse et nombreux élu.e.s se serrer la main. J’ai vu une statue disparaître et j’ai même pu y voir le pape parcourir la rue Buade en fauteuil roulant.

Impossible de ne pas souligner aussi le plaisir d’apercevoir la lumière de mon bureau allumée, à partir de la rue, quand j’arrive à l’Hôtel de Ville à l’aube. Accueil unique et bienveillant dont j’ai le privilège de bénéficier à mon tour.

Les images qui restent

Photo: Autoportrait, le 2 mars 2021

Le temps des Fêtes. Suspendre le temps. Prendre le temps de lire quelques livres.

J’ai commencé par D’images et d’eau fraîche, de Mona Chollet — reçu en cadeau au réveillon.

L’autrice, journaliste et essayiste, nous invite à un parcours de réflexion à travers les collections d’images qu’elle regroupe dans Pinterest. Les images sont parfois reproduites dans le livre, parfois elles sont seulement évoquées.

« Ce que nos collections disent de nous », indique le bandeau. C’est un bon résumé. La lecture m’a fait réfléchir aux images que je conserve dans mon iPhone.

Qu’est-ce qui attire suffisamment mon attention, au jour le jour, pour que je sorte le téléphone de ma poche pour prendre une photo? Qu’est-ce qui est assez important pour que je choisisse de conserver la photo? Quels sont les événements que j’aurais oublié si je n’en avais pas conservé quelques pixels? Y a-t-il des photos dont l’importance est imperceptible aujourd’hui, mais qui pourrait se révéler dans le futur? Qu’est-ce que je pourrais assurément effacer sans conséquence?

Peut-être plus intéressant: est-ce que ce qui attire mon attention évolue avec le temps? En fonction de ce qui m’occupe? Des lieux que je fréquente le plus fréquemment? Qu’est-ce que cela révèle de moi?

J’ai pris une heure ou deux ce matin pour de parcourir les photos conservées dans mon iPhone depuis le mois de mars 2020 — début de la pandémie. Pour remonter plus loin, il faudrait que je fouille dans mes archives.

Qu’est-ce que ces images disent de moi?

C’est la question qui sera au cœur de mon exercice d’écriture des prochains jours (un exercice que j’ai fait quelques fois par le passé, sur d’autres thèmes, souvent à la même période — comme une forme de rétrospective annuelle).

Textes de la série:

27 décembre: Ma fenêtre

28 décembre: Hommage

29 décembre: Mots publics

31 décembre: Bricolages

1er janvier: Curiosités

2 janvier: Associations

3 janvier: Sinuosités

4 janvier: Miroir animal

7 janvier: Pauses

8 janvier: Conclusion

11 septembre + 21

Chaque 11 septembre, je me souviens évidemment de ce matin-là. J’étais à New-York. Je l’ai déjà évoqué, ici et , notamment.

Au réveil ce matin, je me disais que c’est, lentement mais sûrement, le souvenir de cet événement qui me permet d’apprivoiser le vieillissement, et l’impression étrange d’avoir vécu une autre époque. Parce que tout a tellement changé depuis ce temps: politiquement, technologiquement, socialement, etc.

En lisant cet article de The Atlantic, me revient aussi vivement à l’esprit ce sentiment d’invraisemblance — le constat que la vie ne tient qu’à un fil et la nécessité d’accepter la fatalité. La pensée que chaque petite décision et chaque petit geste peut changer en profondeur le cours des choses — malgré nous — et qu’il faut l’accepter, sereinement.

« There are so many points of luck that make you realize how random life is. »

Vingt-et-un an tard — la leçon est toujours aussi claire à mon esprit: il est important de savourer chaque instant qui passe.

Créativité

Hier c’était journée créativité: promenade sur la grève pour récupérer des matériaux, installation sur la table à pique-nique, face au fleuve, puis laisser libre cours à l’imagination.

J’ai fait deux créations au cours de l’après-midi, dont celle-ci: une sorte de mobile composé de bois de grève, de cailloux et de fil d’aluminium.

Les petits cailloux sont placés dans de petits « paniers » de fil d’aluminium. Le plus gros caillou, qui sert de contrepoids — est, lui, très bien attaché.

Il y a des choses interchangeables, d’autres pas.

Il y a un autre caillou, discrètement déposé sur la base du mobile. Si on le soulève… tout bascule parce que la base est instable.

Les choses importantes, indispensables, existentielles.

Et le plus amusant, c’est que je constate ce matin qu’en déposant mes bras sur la table, les petits cailloux se sont aussitôt mis à se balancer discrètement au rythme de mon pouls — avant même de commencer à écrire.

Un bel objet pour méditer en prévision de la rentrée.

Fête nationale

Au paradis, paraît-il, mes amis
C'est pas la place pour les souliers vernis
Dépêchez-vous de salir vos souliers
Si vous voulez être pardonnés...

— Félix Leclerc, Moi mes souliers

Matin de Fête nationale — petite pause dans le rythme effréné des dernières semaines. Temps d’arrêt pour m’interroger: qu’est-ce qu’on a à célèbrer aujourd’hui?

En buvant mon café, j’ai lu des témoignages dans La Presse. J’ai aussi lu la réflexion de Jean-François Lisée dans Le Devoir. J’ai trouvé ça inspirant: mais moi, personnellement, qu’est-ce que j’ai envie de célèbrer aujourd’hui?

Cette année, nos trois enfants sont devenus autonomes. Au sortir de la pandémie, ils ont déployés leurs ailes. Grâce aux choix et au travail des générations précédentes, ils ont la chance d’entreprendre leur vie d’adultes dans une société vigoureuse et bienveillante. J’en suis fier et reconnaissant — c’est le fruit de l’engagement de plusieurs générations de québécoises et de québécois.

Au cours des derniers mois, j’ai eu la chance de voir de très près le fonctionnement de la démocratie québécoise — particulièrement au niveau municipal. C’est une chose extraordinaire, qu’on ne devrait jamais tenir pour acquise. On ne devrait jamais perdre de vue que la démocratie est un système politique qui repose sur un travail colossal de collaboration entre des élus, leurs équipes, des fonctionnaires, des médias, des organisations de toutes sortes… et des citoyens engagés. Ce n’est pas parfait, ça ne le sera jamais, mais quand ça marche, c’est infiniment précieux. Je vois le niveau d’engagement que ça exige des élus (et plus encore des élues!) et je suis fier, ému même, de constater qu’on a une société où ça peut fonctionner. C’est une très grande force collective.

Je constate aussi que la société québécoise est de plus en plus consciente du besoin de s’ouvrir à de nouvelles idées, de nouvelles valeurs, d’être encore plus accueillante. Autrement dit, de la nécessité de sortir de sa zone de confort pour faire face aux défis qu’on a devant nous. Ça donne lieu à des tiraillages, à des débats, à des couacs… mais on a une société qui accepte de se transformer, qui ne se réfugie pas dans son passé. Nous avons, au contraire, plus que jamais l’envie de s’en faire une force, un tremplin. Je pense que nous avons a un rapport plus sain, plus courageux, avec notre passé — et avec notre avenir — que quand j’avais l’âge que nos enfants ont aujourd’hui. Je crois que, globalement, la société québécoise évolue positivement. Ça aussi, ça me rend fier.

Bien sûr, j’aimerais mieux que ceci se passe comme cela. Évidemment que je trouve qu’on devait aller plus vite dans tel domaine. Oui, il y a bien des choses déplorables. Évidemment que tout n’est pas parfait — loin de là! Mais c’est ça une société en mouvement: ça brasse, ça se coltaille, ça erre, ça s’ajuste. C’est même de ça que naît sa force!

Aujourd’hui, j’ai la profonde conviction que la nation québécoise a la capacité de faire face à l’avenir. Et ça, je pense que ça mérite d’être célébré — au moins une fois par année!

Bonne Fête nationale tout le monde!

La force d’un symbole

On vient de traverser deux très grosses semaines politiques. À plusieurs reprises nous avons eu des décisions difficiles à prendre.

En repensant à tout ça ce matin, je réalise à quelle point la belle chaise colorée que nous avons placée au centre de la salle du comité exécutif (j’en avais parlé ici) a pu jouer un rôle déterminant.

La chaise a agi comme un phare. Elle nous a donné du courage. Elle a été un facteur de cohésion. Sa présence à la conférence de presse de mercredi n’est pas banale.

Dans le feu de l’action, il est facile d’oublier pour quoi et pour qui on fait de la politique. Il est facile de perdre de vue les conséquences de nos décisions sur les générations à venir.

Maintenant, la chaise est là pour nous le rappeler.

On peut bien faire référence dans nos discours à l’importance de prendre en considération les générations à venir, mais ça reste souvent très abstrait.

La fabrication de cette chaise par les enfants de l’école Sacré-Coeur a rendu la chose concrète, belle, inspirante. La présence des générations à venir dans nos délibérations est devenue beaucoup plus concrète.

Bien avant cette semaine, nous avons eu plusieurs occasions de le constater: au coeur des débats les plus difficiles, inévitablement quelqu’un fait référence à la chaise — et aux générations à venir. Je crois que ça se produit plus naturellement parce qu’elle est là, devant nous. Elle facilite la convergence des idées. Elle nous ramène à l’essentiel.

Ce serait bien qu’il y ait une chaise semblable, fabriquée par des écoliers ou des étudiants, de tous âges, dans chaque hôtel de ville — et dans tous les lieux où se prennent des décisions démocratiques.

Je pense que ça accélèrerait bien des changements qui tardent à venir.

La chaise du temps

Photo fournie par Noémie Ouellette

Ça fait déjà un peu plus d’un mois que j’exerce le rôle de directeur de cabinet pour le maire de Québec. Ce n’est pas la quantité de travail qui m’a frappé le plus (je m’y attendais pas mal!), mais plutôt la variété des sujets abordés et, plus encore, le rythme auquel ils se succèdent.

Les conseillers et conseillères municipales, le maire, et le personnel du cabinet sont soumis à un véritable déferlement de dossiers. C’est fascinant.

Dans un tel contexte, c’est un incessant défi de garder une vue d’ensemble, de faire des choix qui s’inscrivent dans une vision à long terme et d’agir avec de la perspective.

J’ai déjà fait référence ici aux réflexions de Roman Krznaric sur le défi de tenir compte de l’avenir dans l’exercice de la démocratie.

J’avais partagé ces réflexions avec le maire dès ma nomination et nous avons rapidement choisi de placer dans la salle du comité exécutif un élément symbolique pour nous rappeler que toutes nos décisions sont susceptibles d’influencer les générations à venir.

François Bourque raconte dans sa chronique de ce matin la fabrication de ce symbole, qui fera son apparition dans la salle du comité exécutif la semaine prochaine.

Je trouve que de voir les enfants à l’œuvre — et leur sourire! — ajoute beaucoup de sens à la démarche. Très très grand merci aux enfants et à Noémie Ouellette, éducatrice spécialisée, grâce à qui l’idée est devenue réalité.

Dorénavant, quand nous ferons un tour de table au cours de nos délibérations, leur magnifique chaise sera là pour éviter qu’on oublie de tenir compte de l’impact de nos décisions sur les générations à venir.

Un rappel toujours utile, particulièrement quand le temps nous file entre les doigts.

Le choix de la chaise comme symbole se trouve aussi à faire un clin d’œil à ma mère, dont la démarche artistique accorde une place importante à la chaise.

Oeuvre de Geneviève DeCelles

Il faut faire le tramway

Sachant que je suis impliqué dans l’équipe de Bruno Marchand, et que je suis favorable au tramway, quelques personnes m’ont demandé ce que je pensais de sa position sur le sujet — parce qu’elles avaient l’impression que son engagement à réaliser le tramway avait diminué.

Je vous partage ma réflexion…

Ça m’exaspère évidemment que ce soit un sujet récurrent et omniprésent dans la politique municipale depuis dix ans. On devrait être passé à autre chose depuis longtemps. Mais que ça fasse mon affaire ou pas, ce n’est clairement pas le cas. C’est ça qui est ça.

Pourquoi c’est ça qui est ça? — Je pense que c’est parce que les raisons pour lesquelles le tramway est devenu nécessaire n’ont pas été suffisamment bien expliquées et (plus encore) parce que la confiance dans la gestion du projet est insuffisante. C’est ce qui créé des conditions favorables à son éternelle remise en question.

Force est de constater qu’il y a de plus en plus de monde (même chez les partisans du tramway), qui ont l’impression que le projet se développe par lui-même, en circuit fermé, en suivant une logique qui échappe à tout contrôle démocratique. Ça suscite de la méfiance.

Il faut réduire cette méfiance, c’est elle qui fragilise le plus le projet.

Pour y arriver, il ne suffira pas que les politiciens adoptent des positions dogmatiques du genre « je vais faire le tramway coûte que coûte ». Je pense que ce serait même contreproductif — ce serait mettre du bois dans le poêle de la méfiance.

Il est bien sûr nécessaire de réaffirmer un appui au projet et de réitérer la conviction de sa nécessité — mais je pense qu’il faut surtout s’engager à ce que le projet ne se développe pas en vase clos et qu’il puisse continuer d’évoluer en réponse aux interventions et aux propositions des citoyens.

Faire preuve d’un leadership positif, ce n’est pas juste prendre des positions fermes, c’est aussi (surtout!) démontrer la volonté de rallier — et de faire tout ce qui sera nécessaire pour y arriver.

Est-ce que j’aimerais mieux que le projet de tramway soit déjà fait? Évidemment! Est-ce que j’aimerais mieux qu’il n’ait jamais été remis en question? Bien sûr! Est-ce que je pense que le tramway aurait plus de chance de devenir réalité si le candidat que j’appuie avait dit qu’il allait faire le tramway à n’importe quel prix? Vraiment pas.

Je pense que si on veut que le tramway voit enfin le jour, il devient urgent de revoir la manière dont le projet est mené. On ne peut pas accepter que le projet perde des appuis chaque jour. Il faut inverser la tendance et faire en sorte que le projet regagne des appuis — en l’expliquant mieux, notamment au plan budgétaire, en rendant sa réalisation beaucoup plus ouverte et plus agile.

C’est ce que Bruno Marchand a dit cette semaine. Ça ne m’inquiète pas. Je suis même convaincu que ça augmente les probabilités que le tramway voit le jour.

Photo: Gros plan sur une oeuvre, d’un.e artiste inconnu.e, vue à la Maison culturelle Armand Vaillancourt, été 2021

Pourquoi j’appuie Bruno Marchand

Avec l’élection municipale qui s’approche, plusieurs personnes me demandent pour qui je vais voter. Parce que je suis resté discret jusqu’à présent… et que je n’ai jamais fait de secret de mes choix par le passé.

Je pense que c’est une forme d’engagement démocratique de partager sa réflexion à l’aube d’une élection.

Surtout dans une élection comme celle-ci où, à Québec, le résultat sera forcément un renouveau. Ça ouvre la porte à de nouvelles perspectives. 

***

J’ai rencontré Bruno Marchand une première fois il y a quelques mois. C’est son énergie qui m’a d’abord séduit, puis la qualité de son écoute.

Nos échanges m’ont amené à m’interroger sur ce qui était particulièrement important pour moi à la prochaine élection. Il y a bien des choses (évidemment!) mais une surtout: sortir du pour ou contre, du tout ou rien, du noir et blanc. Je pense que Québec souffre beaucoup, depuis plusieurs années, d’un climat où chacun doit continuellement choisir son camp, sans nuances.

Ça ne tient évidemment pas seulement au tempérament de Monsieur Labeaume et à l’approche politique de son équipe, mais ça n’y est pas étranger non plus. 

Je veux vraiment qu’on sorte de ça, parce que je pense que c’est en faisant collaborer les gens qui sont favorables à un projet et ceux qui y sont défavorables qu’on arrive à améliorer les choses. C’est vrai dans une organisation, dans une entreprise, c’est vrai aussi à l’échelle d’une ville.

Pour ça, il faut plus de transparence, plus de dialogue, la volonté de faire émerger des consensus. Il faut aussi avoir la capacité de faire accepter à tout le monde qu’il y a un moment où on a assez discuté, et qu’il faut faire arriver les choses. 

J’ai reconnu ce type de leadership chez Bruno Marchand — dans sa façon d’écouter, et de mener les débats au sein de son équipe. Dans sa façon de s’entourer aussi, de gens forts, d’horizons variés. 

Ça m’a progressivement donné le goût d’apporter ma contribution à sa campagne.

Ce que j’ai pu voir de Bruno et de son équipe depuis quelques semaines me donne maintenant le goût de vous inviter à appuyer vous aussi Bruno Marchand.

Il faut démystifier les algorithmes

J’ai quitté Facebook en mars 2018. C’est un choix personnel, que je n’ai jamais regretté.

Je ne me sens pourtant pas moins concerné par les récentes controverses qui concernent Facebook — parce que les effets de Facebook ne sont pas seulement personnels. Le comportement de Facebook, l’entreprise, a aussi des impacts sur la société, dans son ensemble: sur la démocratie, sur la culture, sur l’environnement.

Dans l’éditorial qu’il signait hier dans Le Devoir, Brian Myles souligne que les projecteurs qui sont actuellement mis sur le cas de Facebook ne doivent pas nous faire perdre de vue que l’enjeu est beaucoup plus large que ça. C’est vrai.

Je crois qu’il est grand temps que les États interviennent beaucoup plus vigoureusement, sur tous les fronts — en commençant par encadrer mieux certaines de leurs activités. Certains parlent de les scinder en plus petites entités, voire à nationaliser certaines de leurs activités. Pourquoi pas?

Mais l’ampleur de la tâche ne doit pas servir à noyer le poisson. Il faudra bien commencer quelque part — et il est de plus en plus probable que ce sera par Facebook.

Une chose me fatigue particulièrement dans le texte du directeur du Devoir. Je trouve dommage qu’il nourrisse encore une mythologie savamment cultivée par Facebook (et comparses) selon laquelle les algorithmes seraient des mécanismes mystérieux, sur lesquels on n’aurait pas tant d’influence. C’est une duperie.

Il est faux de dire, comme le fait Brian Myles, que « le cas de Facebook illustre les risques associés au déploiement d’algorithmes qui ne sont pas soumis au contrôle de l’intelligence humaine. »

C’est précisément le contraire qu’a exposé Frances Haugen la semaine dernière! Les algorithmes de Facebook sont justement beaucoup trop soumis au contrôle de l’intelligence (et de la cupidité) humaine!

Il ne faut jamais perdre de vue que les algorithmes sont le fruit du travail réalisé par des êtres humains et que ce qu’ils nous présentent sont les résultats de choix qui ont été faits par des humains.

Nous aurons à débattre de plus en plus dans les prochains mois de l’encadrement des activités des géants du Web. Pour le faire de façon éclairée, il faudra d’abord dissiper la fantasmagorie dans laquelle ces entreprises enveloppent leurs activités.

Il s’agit d’entreprises qui sont guidées par la recherche du profit, qui embauchent des scientifiques dans le but de nous faire adopter des comportements spécifiques.

Il n’y a rien de nébuleux ou d’incrontrôlable là-dedans.

Les fils d’actualité de Facebook, d’Instagram ou de Twitter ne sont pas le fruit de la magie. Les propositions qui nous sont faites sur TikTok non plus. Pas plus que la séquence de musique qui nous est proposée sur Spotify ou sur Apple Music.

Le temps est venu de sortir des contes de fées pour débattre sereinement du monde dans lequel on souhaite vivre.