L’utopique (mais pourtant nécessaire) cité éducative

Dans son texte de la rentrée, Michel Dumais m’interpelle, parmi quelques autres. Il nous fait part de quelques idées pour améliorer l’éducation au Québec. Il propose. Il ose proposer. Cela mérite qu’on réagisse davantage que cela n’a été le cas jusqu’à présent — parce que si nous sommes souvent prompt à réagir à la critique, nous devrions garder davantage de temps pour contribuer aux échanges plus constructifs.

Participer, réagir, commenter, c’est aussi une humble, mais très efficace, façon de valoriser la proposition au détriment de ce qu’André Roux qualifiait dans un commentaire la semaine dernière d’imposture de l’esprit critique… alors, je me lance, avec spontanéité, sans trop apporter de nuances, afin d’alimenter la discussion — dans l’esprit du texte qui me donne l’occasion d’écrire.

* * *

Michel parle d’accorder plus d’importance à la qualité de la langue à l’école; à la culture générale et au nécessaire apprentissage de l’anglais — à laquelle il croit qu’une année entière devrait idéalement être consacrée. Sur le fond je partage plusieurs de ses idées, mais je pense que c’est une erreur de demander encore tout cela à l’école. On en demande déjà beaucoup à l’école. On lui demande trop. On demande trop à ses acteurs. Trop de trop de choses. Trop de variété.

On ne devrait confier à l’école que ce qu’il n’est pas possible pour la société de faire autrement. Seulement ce qui demande une telle concentration de ressources et de moyens qu’il n’est pas possible — encore — de permettre aux enfants d’apprendre autrement. C’est le sens historique de la création de l’école.

L’école, dans une société pauvre — économiquement ou culturellement — c’est le meilleur moyen que nous avons trouvé pour réunir les ressources à un endroit, pour les concentrer, pour permettre à tous les enfants, notamment, de pouvoir en bénéficier. C’est aussi une façon de s’assurer que ces ressources soient partagées le plus équitablement possible. Les bibliothèques répondent aussi à un besoin semblable.

On a bâti les écoles parce qu’il n’y avait pas quelqu’un qui savait lire dans toutes les maisons. Parce qu’il n’y avait pas d’autres livres que la bible dans bien des foyers. Parce que la musique et les arts plastiques étaient inaccessibles à une large partie de la population.

Mais dans une société de plus en plus riche — à tous égards — je pense qu’on devrait progressivement alléger le fardeau de l’école… et revenir à l’essentiel: exiger d’elle ce qui ne peut pas être fait autrement.

Ce n’est malheureusement pas ce qu’on fait aujourd’hui. Même ce qu’on pourrait faire avantageusement hors de l’école on le demande à l’école. C’est trop facile. Et contre-productif.

Permettre aux enfants d’apprendre l’anglais? Privilégier l’immersion? Pourquoi pas! Mais pourquoi à l’école? Pourquoi pas l’été? Pourquoi pas un vaste programme de camp d’été en langue anglaise dans les différentes provinces canadiennes ou aux États-Unis? Et pourquoi pas payé par l’État — en tout ou en partie. Ce n’est pas seulement une question de fric, c’est une approche, une question de méthode.

Il faut accepter de réfléchir les questions d’éducation autrement. Il faut accepter de remettre en question le paradigme fondateur de l’école contemporaine: 100% des élèves à l’école, en présence d’un prof 100% du temps.

La culture de l’accompagnement à laquelle fait référence Michel? Ce ne devrait pas une exigence faite aux profs: c’est l’affaire de toute la société. Les enfants devraient être plus souvent bienvenus sur les lieux de travail. On devrait inventer de nouveaux espaces de rencontres entre professionnels et étudiants. On devrait faire plus souvent appel aux jeunes retraités et aux personnes âgées pour réaliser des activités éducatives au coeur de la ville. On devrait utiliser davantage les places publiques. On ne devrait plus construire un immeuble sans prévoir au rez-de-chaussé un espace éducatif pour être en mesure de témoigner de l’importance des activités qui s’y déroulent dans la vie de la communauté. On ne devrait plus accepter que les journaux soient publiés sans quelques pages où, chaque jour, des jeunes pourraient interpeller leurs aînés, proposer des projets, faire appel à de l’aide ou solliciter des conseils. On devrait trouver inacceptable qu’une grande entreprise (et même une petite) ait un site Web sans consacrer au moins une section de ce site aux savoir-faire qu’elle rassemble, à leur importance pour la société et aux méthodes et démarches nécessaires pour les acquérir.

Comment est-il possible qu’en 2008, toutes les écoles n’aient pas déjà au moins une page web avec, en permanence, une liste de besoins et de souhaits continuellement mis à jour? Une page Web qui la relie aux autres écoles de leur secteur, à l’hôtel de ville, à des associations, aux familles, aux écoles d’autres villes — voire d’autres pays. Un système de pages Web (et de flux rss) qui permettrait de structurer les besoins, de façon dynamique; qui permettrait aux forces vives d’un milieu de s’engager aux côtés des profs; qui permettrait aux milieux de constater plus adéquatement qu’un palmarès les richesses et les forces les uns des autres — et à l’État de pallier aux iniquités, lorsque nécessaire. Ce n’est rien de très compliqué techniquement aujourd’hui. Le défi est politique: il faut en avoir la volonté. Si seulement on en faisait le « avant la fin de la décennie nous marcherons sur la lune » de notre époque?

On aura beau mettre tous nos espoirs et toutes nos ressources entre les quatre murs de l’école, si on ne place pas celle-ci au coeur d’un véritable écosystème communautaire nous serons cruellement déçus. L’école au centre de la société c’est anachronique: l’école au coeur de la vie communautaire — et de la vie des jeunes c’est mieux. Demander à l’école de résoudre les problèmes de Montréal-Nord c’est irréaliste. Faire en sorte d’engager les forces vives de Montréal dans la vie du quartier et mobiliser des ressources autour des écoles de Montréal-Nord, ça semblerait promis à plus de succès…

La cité éducative c’est ça. La cité ce n’est pas la ville. Ce n’est pas le pays. C’est l’environnement dans lequel on vit. C’est l’espace qu’on partage avec les autres. C’est le vivre ensemble. Et pour bien vivre ensemble, je suis convaincu qu’il n’y a rien comme apprendre ensemble.

Il faut relire Illich et ses learning web. Il faut relire Freire sur le dialogue. Il faut revoir l’oeuvre du Frère Marie-Victorin avec les cercles des jeunes naturalistes. Il faut réhabiliter la place publique comme lieu d’apprentissage. Nous avons des technologies et une connaissance de la psychologie de l’apprentissage qui nous permet de faire un grand pas de plus sur la voie que ces grands pédagogues nous ont indiquée.

L’école reste nécessaire, bien sûr — mais seulement quand on ne peut pas faire autrement. Serais-je utopiste? Ou naïf ? Michel assume. Moi aussi.

Prenons donc dans les prochaines années (ce sont des processus lents, autant l’accepter sereinement) l’habitude de nous demander si tel ou tel autre apprentissage ne pourrait pas se faire mieux hors de l’école que dans une classe.

Osons croire que l’école c’est là où on va pour apprendre seulement ce qu’il n’est pas possible d’apprendre mieux ailleurs… d’autant que je pense qu’on peut être sans crainte: même avec ce point de vue, le programme de l’école sera sans doute encore chargé pour de très nombreuses années.

On évitera au moins une chose: tout/trop attendre de ceux qui font l’école, au quotidien.

Éducation, critique et action

Dans une lettre publiée dans Le Devoir (et probablement dans d’autres journaux ) le 21 août, le président de la Fédération des commissions scolaires du Québec, Monsieur André Caron, nous dit qu’en éducation, l’heure n’est plus à la critique, mais à l’action — en ajoutant que nous sommes trop sévères avec notre système scolaire, qui est l’un des meilleurs du monde.

Je partage son point de vue selon lequel nous bénéficions globalement d’un très bon système d’éducation — et il est vrai que nous avons toutes les raisons d’en être fiers. Je crois toutefois qu’il en est ainsi précisément parce que nous n’avons cessé d’être exigeants à son égard. Je trouve par conséquent pour le moins paradoxal qu’il nous demande de suspendre notre esprit critique pour plonger davantage dans l’action.

Plus concrètement, ce n’est certainement pas en cessant d’interpeller les commissions scolaires que nous renforcerons le système public d’éducation — dont je suis un fervent défenseur. Ce n’est pas en nous demandant de suspendre notre esprit critique ou en faisant appel à la solidarité pour que cesse l’expression des des points de vue divergents que nous ressortirons globalement plus fort de cette période où l’éducation est — plus que jamais — déterminante pour l’avenir de notre société.

J’aurais préféré qu’André Caron fasse un meilleur accueil à la critique, tout en nous invitant à le faire de façon plus constructive — en faisant davantage appel à la proposition qu’à la démolition. Parce qu’il a raison sur le fait que nous sommes souvent injustes dans notre façon de critiquer ceux qui font l’école.

Une telle attitude aurait été plus conforme à l’idée que je me fais du fonctionnement d’une société démocratique dont la force repose à la fois sur la possibilité pour les citoyens de s’exprimer et sur la capacité des leaders à favoriser la concertation, l’apparition d’une vision partagée de l’avenir et de faire naître de petits et grands projets collectifs.

Pour combattre le cynisme que déplorait François Legault un peu plus tôt cette semaine il faut miser sur l’esprit critique, la parole et la créativité des gens; certainement pas leur demander de se taire.

Cela dit: bonne rentrée à tous celles et ceux qui font l’école au quotidien — au ministère de l’Éducation du Loisir et des Sports; dans les services des commissions scolaires (les services éducatifs notamment); dans les écoles publiques et privées et dans les classes, surtout, et les profs tout spécialement. Et les élèves aussi bien sûr!

Je vous souhaite vraiment tout le soutien auquel vous êtes en droit de vous attendre de votre communauté .

Défendre la réforme?

Il ne se passe plus une journée sans que des amis me disent qu’ils aimeraient que j’écrive un peu plus souvent sur mon blogue. J’apprécie. Merci. Moi aussi je le souhaiterais. Il faudra toutefois pour cela que je retrouve un peu de temps pour le faire… parce je suis pour le moment dans une période d’apprentissages professionnels incroyablement intense et que cela me laisse bien peu de temps pour prendre le recul nécessaire à l’écriture bloguesque telle que je la conçois.

Cela dit, j’ai été un peu piqué au vif dans les derniers jours par quelques amis qui m’ont « accusé », gentillement, de les avoir abandonnés dans la défense de la réforme de l’éducation qui est en cours au Québec. Je me suis dit que ce pourrait être amusant de répondre à leur provocation et de profiter de l’occasion pour écrire un texte sur le sujet — très spontanément, comme pour voir de quelle façon je pourrais arriver à formuler un plaidoyer pour ma défense.

Abandonner mes amis qui sont au coeur de la réforme, moi? Jamais!

Alors voilà, pour ma défense…

* * *

IL FAUT CESSER DE DÉFENDRE LA RÉFORME !

Je me désole de la tournure que prends le dossier du « renouveau pédagogique » depuis quelques semaines. Entre les revendications de la coalition « Stoppons la réforme », le plaidoyer de Bernard Landry et le discours opportuniste de Mario Dumont… l’espace public apparaît monopolisé par les réactionnaires.

Certes, tout n’est sans doute pas parfait dans cette audacieuse réforme… que je suis pourtant très fier que le Québec ait entrepris avant de nombreux autres pays — dont la France, où j’habite depuis un peu plus de deux ans. Certes, des ajustements pourraient y être apportés. Ce sera d’ailleurs toujours vrai de tous les systèmes scolaires — qu’ils soient officiellement ou non en cours de réforme. Il faut accepter l’idée que dans une société en rapide et profonde transformation, le système scolaire sera toujours inévitablement au coeur de tous les enjeux, toujours insatisfaisant, sans cesse à réinventer.

Les appels à stopper ou à faire un moratoire dans la réforme me semblent le fait de gens qui proposent aux Québécois d’attendre de voir la forme que prendra le monde de demain pour y adapter ensuite notre système scolaire. Je pense que c’est une double erreur. D’abord parce que le monde est en perpétuel changement. Ensuite parce que le Québec ne peut pas se contenter de regarder le monde prendre forme, il doit participer à son invention — en être un acteur de premier plan.

Le réflexe du moratoire est compréhensible, mais c’est un piège. Il faut être plus progressiste. Il ne faut pas se contenter d’être observateur d’un monde en changement. Il faut y préparer les jeunes. Il faut leur en donner les moyens. Il faut leur apprendre de nouvelles façons d’aborder les défis auxquels ils sont confrontés; leur permettre de développer la capacité du travail collectif; le difficile exercice de la démocratie et l’exigence de la solidarité; les aider à développer une vision du monde qui fasse une place à l’Europe, au Brésil, à l’Inde et à la Chine; leur permettre de s’exprimer clairement dans plus d’une langues et de tirer profit des nombreuses technologies qui sont à leur disposition. Il faut aussi donner aux enseignants les moyens de faire tout cela avec les élèves. C’est nécessaire pour que le Québec puisse prendre une part active dans le nouveau concert des nations.

Cet objectif exige qu’on prenne quelques risques et que nous cédions un peu du confort que procure la tradition éducative. Il faut rester critique, bien sûr, rejeter les effets de modes, mais accepter de prendre des risques! Il faut rejeter — toujours! — les appels au moratoire et à l’immobilisme. J’invite d’ailleurs les détracteurs de la réforme à proposer d’autres alternatives que l’arrêt ou que le simple retour en arrière.

Dans ce contexte, je souhaite aussi que les forces progressistes de la société québécoise consacrent moins de temps à défendre une réforme qui est de toute façon déjà irréversiblement en marche et qu’elles redeviennent forces de propositions — comme elles l’ont été dans les années qui ont précédées la réforme. Il faut occuper l’espace public différemment… par des idées, des témoignages, des récits, des défis, des projets éducatifs. Il faut remettre l’éducation au coeur de notre projet de société. Il faut décrire ce projet et forcer ceux et celles qui prônent le statu quo d’expliquer le projet de société qui les motive.

Parce qu’ils sont d’indispensables animateurs de l’espace public, je souhaite aussi que Pauline Marois, Mario Dumont et Jean Charest s’entourent rapidement de gens ambitieux pour traiter les questions éducatives; de personnes capables de propositions, de personnes qui savent que le monde change très vite, notamment sous l’influence de la globalisation et du développement des technologies. De gens qui ont voyagé, de gens qui ont occupés plusieurs emplois, de gens qui s’intéressent à la géopolitique, de gens créatifs et ouverts d’esprits.

Cessons de défendre la réforme. Il n’y a rien à défendre. Tout est à proposer. Nous avons un projet de société à bâtir.

Réglementer Internet?

On pousse de hauts cris depuis hier dans la blogosphère parce que l’ADISQ (et derrière elle 17 autres associations de producteurs) demande au CRTC de réglementer Internet. Je suis perplexe. Il y a plusieurs choses que je ne comprends pas.

Je ne comprends pas ce qui rend si péremptoirement condamnable toute idée de réglementation. Que ce ne soit sans doute pas la piste à privilégier, certes, mais je ne crois pas pour autant que d’évoquer cette idée soit forcément faire preuve de fascisme… même si l’ADISQ a été, il faut bien le dire, invraisemblablement maladroite en citant la Chine en exemple à cet égard (même avec des nuances). On peut réglementer plein de choses sur Internet sans attaquer ses fondements: nature de la pub, partenariats industriels, etc.

Je ne comprends pas non plus que huit ans après l’apparition de Napster, et après avoir pu voir se développer tous les nouveaux outils de partage et de diffusion de la musique, les représentants de l’industrie québécoise puissent encore croire que la solution se trouve dans le type de réglementation qu’ils demandent aujourd’hui.

Je ne comprends pas non plus comment les actionnaires des sociétés de productions membres de l’ADISQ (par exemple) peuvent encore appuyer ce genre de management à la tête de leurs entreprises et pourquoi ils maintiennent en poste des gens dont la stratégie semble pour l’essentiel consister à freiner le développement des nouvelles pratiques de consommation culturelle, voire à une partie des nouvelles pratiques culturelles en elles-mêmes.

Je ne comprends pas les gens qui n’ont pas compris que dans un espace comme le Web, où il y a autant de manières d’organiser le contenu qu’il y a d’Internautes, il est inutile de réclamer « que les contenus canadiens soient accessibles en priorité ». Il faut plutôt s’assurer que ces contenus existent sur le Web, qu’ils soient omniprésents et qu’ils soient rendus accessibles dans tous les système qui permettent aux gens de les inscrire dans leur quotidien, en fonction de leurs besoins et de leurs intérêts. Et faire confiance… faire confiance que les québécois aiment la culture québécoise, ce que je crois, et qu’ils choisiront de s’en faire partie prenante.

Je ne comprends pas pourquoi l’ADISQ ne se penche pas plutôt sur des études de cas concrètes pour chercher des manières de répondre aux nouveaux besoins et comportements des internautes de tous les âges et de tous les milieux. Est-ce que, de guerre lasse, l’ADISQ n’aurait abdiqué sur la possibilité que les principaux acteurs de l’industrie partagent une réflexion stratégique sur le sujet et que, par facilité, elle se tourne vers le gouvernement en demandant plutôt des règlements? Je ne sais pas, mais cela me semble plausible.

Alors, si l’ADISQ reste sourd à tous ces appels, pourquoi est-ce qu’on n’ouvre pas un wiki pour décrire ces besoins et proposer des manières plus adéquates pour l’industrie de s’y adapter?

Et si on commençait par un cas que nous connaissons bien: celui d’un blogueur québécois de 30 à 40 ans, bon acheteurs de produits culturels, et qui ne lit que très peu les journaux et magazines dits culturels des empires médiatiques sur lesquels s’appuient aujourd’hui l’industrie… où et comment l’ADISQ devrait elle s’assurer de faire exister les contenus québécois? quels sites les producteurs membres de l’ADISQ devraient-ils s’assurer de connaître? dans quels fils rss devraient-ils s’assurer d’être présents? dans quels répertoires? dans quels services et boutiques en ligne?

Quelqu’un a-t-il la capacité d’ouvrir un wiki dans lequel nous pourrions réunir ces scénarios et inviter les gens à les documenter? Le scénario d’un ado? d’un fou de jazz? d’un amateur de ceci, de cela? celui d’un québécois à l’étranger?

Je dis cela comme ça… parce qu’il me semble plus sain de faire appel aux réseaux pour comprendre les réseaux que de faire appel au CRTC en souhaitant qu’il réorganise les contenus du Web à la place des internautes eux-mêmes.

La réglementation pourra par la suite plus légitimement être invoquée, pour stimuler de nouvelles approche des marchés culturels plutôt que pour défendre des méthodes archaïques d’assurer le rayonnement des entreprises culturelles québécoises.

Au sujet de l’identité québécoise

La lecture de l’actualité politique québécoise m’a laissé perplexe toute la semaine… en particulier la lecture des articles en rapport avec les projets de lois présentés par Pauline Marois et Daniel Turp au sujet de l’identité et de la constitution québécoise. Et plus les jours passaient, plus j’étais inconfortable parce que je n’arrivais pas à me faire une opinion sur plusieurs des interrogations que me communiquaient des parents, des amis et des collègues de travail à ce sujet.

Tout cela m’a rappelé que la démocratie est un exercice exigeant pour lequel la lecture des médias est parfois insuffisante… et je me suis résolu à consacrer trois bonnes heures à lire les deux projets de loi qui font tant jaser (ça ce n’est pas très long) ainsi que plusieurs documents complémentaires. Pour référence:

Projet de loi 195 sur l’identité québécoise (en pdf)

Projet de loi 196 sur la Constitution québécoise (en pdf)

J’ai bien sûr fait cet exercice avant tout pour ma réflexion personnelle — et pour pouvoir discuter et débattre adéquatement avec mon entourage — mais puisque la démocratie s’appuie d’abord et avant tout sur le partage des points de vue (et que tout le monde n’a sans doute pas encore pris la peine de lire les textes dont les journaux font leur grands titres depuis quelques jours) j’ai choisi de partager les fruits de ma réflexion.

Ma conclusion au terme de ces trois heures? Avant tout le constat d’un sérieux dérapage médiatique et politique. Je pense que Jean Charest et Mario Dumont font preuve d’une grande irresponsabilité (ou d’un indécent opportunisme) en diabolisant les textes présentés et en laissant pourrir une situation qui mériterait bien plus de considérations. Et certains journalistes me semblent tomber dans le panneau un peu facilement.

Vraiment, à la lecture des deux projets de loi présentés cette semaine, il me semble tout à fait évident qu’ils méritent d’être étudiés par l’Assemblée nationale. Ils ne sont certes pas parfaits, mais ce sont deux projets de loi solides et cohérents et ne sont certainement pas xénophobe comme certains essaient de le faire croire. Je pense que c’est surtout la frustration de s’être fait couper l’herbe sous le pied qui guide la réaction du PLQ et et de l’ADQ.

Il y a néanmoins deux points qui sont effectivement assez chauds dans le projet de loi 195:

1. le fait de lier la citoyenneté québécoise à « une connaissance appropriée de la langue française » (proposition de modification de l’article 49.2 du Code civil du Québec)

2. Les modifications proposées à l’article 49.6 du Code civil du Québec concernant l’éligibilité aux élections municipales, scolaires et législatives, le financement des partis politiques et le droit d’adresser des pétitions à l’Assemblée nationale

CONCERNANT le fait de lier la citoyenneté québécoise à « une connaissance appropriée de la langue française »:

Il faut être bien conscient que la disposition ne s’appliquerait qu’aux nouveaux arrivants (postérieur à l’entrée en vigueur éventuelle de la loi) et n’aurait aucun effet rétroactif ni d’effet sur les enfants de parents ayant la citoyenneté québécoise au moment de l’entrée en vigueur éventuelle de la loi. Cela peut/doit évidemment faire l’objet de discussion mais je pense que c’est défendable, tant d’un point de vue moral que politique et constitutionnel.

Il existe d’ailleurs une disposition très semblable dans la loi canadienne. Le site de Citoyenneté et immigration Canada précise: « Le français et l’anglais sont les langues officielles du Canada. Vous devez parler suffisamment bien l’une ou l’autre de ces langues pour communiquer avec autrui. Autrement dit, vous devez connaître suffisamment le français ou l’anglais pour comprendre les gens et vous faire comprendre d’eux. » (référence).

La proposition de Pauline Marois me semble même plus progressiste que la loi canadienne, notamment parce qu’elle donne au gouvernement du Québec l’obligation de fournir aux personnes qui immigrent sur son territoire les moyens d’acquérir une connaissance appropriée de la langue française.

Je pense qu’il faut maintenir cet aspect du projet de loi 195.

CONCERNANT l’éligibilité aux élections municipales, scolaires et législatives, le financement des partis politiques et le droit d’adresser des pétitions à l’Assemblée nationale:

Je continue de croire que c’est une proposition particulièrement maladroite. Je pense que c’est uniquement le droit de vote aux mêmes élections qui peut être légitimement lié à l’obtention de la citoyenneté (l’éligibilité le sera par voie de conséquence, en vertu de la loi électorale, qui rend éligible aux élections les personnes ayant droit de vote aux mêmes élections). En d’autres termes, je ne vois pas pourquoi distinguer l’éligibilité et le droit de vote. Un principe me semble important en démocratie: quand on a le droit de voter on a droit de se présenter aux élections; quand on ne l’a pas, on est pas éligible.

Par conséquent, si on tient à cet élément de la loi, allons au bout du raisonnement et réservons le droit de vote aux élections municipales, scolaires et législatives aux citoyens québécois. D’autant plus que formulée tel qu’il l’est actuellement, cet article du projet de loi donne inutilement l’impression que nous ne faisons pas confiance à la démocratie québécoise. En effet, si les citoyens québécois (de toutes origines) sont assez idiots pour élire comme représentant une personne qui n’a pas une connaissance suffisante de la langue commune et qui choisi de se présenter aux élections… c’est bien leur problème après tout!

Dans ces conditions, alors que j’étais dans un premier temps très réfractaire à cette disposition du projet de loi 195, je m’y rallierais maintenant volontier en souhaitant qu’il fasse l’objet de discussions officielles, à l’Assemblée nationale et en commission parlementaire (quitte à me laisser convaincre au cours du processus qu’elle doit être abandonnée).

Je demeure néanmoins toujours opposé aux deux autres aspects de la proposition, soient celles concernant le droit de participer au financement des partis politique et celui d’adresser des pétitions à l’Assemblée nationale. Je ne vois pas l’intérêt de ces deux éléments dans la mesure où s’il me semble utile de rappeler que l’usage d’une langue commune est nécessaire pour participer aux délibérations démocratiques, il doit demeurer possible pour toutes les personnes résidant au Québec de se faire entendre de diverses façons par les différentes instances démocratiques et, ce, même quand ils ont une connaissance insuffisante de la langue française.

DE FAÇON GÉNÉRALE, je pense que ces deux projets de loi sont plutôt cohérents et qu’ils n’ont rien de xénophobe — considérant de plus qu’ils ne sont qu’à un stade de proposition préliminaire et qu’ils pourront être modifiés par l’Assemblée nationale. Il ne fait pas de doute qu’ils devront être améliorés (notamment pour préciser de façon très restrictive l’usage qui pourra être fait de cette nouvelle citoyenneté québécoise, parce que les soins de santé et l’éducation, par exemple ne devraient évidemment pas être réservés aux personnes possédant la citoyenneté québécoise), mais je crois qu’ils constituent une importante contribution pour définir à peu près adéquatement les conditions de la participation à la vie démocratique du Québec. En ce sens, je pense que nous pouvons dire que ces projets (et en particulier celui sur la citoyenneté québécoise) ne visent pas à définir le « Nous » par rapport au « Eux ». Ils visent plutôt à définir les contours d’un « Ensemble » nécessaire à toute forme de solidarité.

Il aurait bien sûr été préférable de soumettre toutes ces idées au débat public dans d’autres circonstances, qui auraient moins prêté flan à la polémique et à la polarisation des opinions, mais bon, puisqu’il en est maintenant ainsi… il nous reste le courage et la sagesse politiques pour nous en sortir. J’espère que les chefs des trois principaux partis, les journalistes et aux principaux commentateurs politiques pourront rapidement nous guider sur cette voie et que nous pourrons ainsi éviter de déplorables dérapages.

Gérer une ville comme une business ?

Ann Bourget se lance dans la course à la mairie de Québec en affirmant:

« Je suis fondamentalement entrepreneure. Je pense que la ville doit être gérée comme une business. »

Cela ne me plaît pas.

Je comprends qu’au moment où la course est à peine lancée, le jeu consiste à couper l’herbe sous le pied de ses concurrents potentiels — dans le cas présent en adoptant le langage des gens d’affaires — mais je n’aime pas que cela se fasse au détriment du bon sens.

Non, on ne peut pas gérer une ville comme une business. Quoi qu’on dise, ce n’est pas possible. Et même si ça l’était, ce ne serait pas souhaitable.

Ce n’est pas possible parce que qu’une ville ça ne vit pas au même rythme qu’une entreprise et parce que ça n’a pas à faire face au même type de contraintes et de défis.

Une entreprise ça prend naturellement des risques, ça peut être recapitalisé, ça peut être vendu, ça peut changer de mission, ça peut mettre à pied une partie des personnes qui la composent pour réduire provisoirement ses coûts de fonctionnement. Une ville ne peut rien de tout ça.

Une ville c’est un milieu de vie. Une ville c’est un espace géographique. Une ville c’est une communauté, cela fonctionne comme une démocratie, pas sous l’autorité d’une assemblée d’actionnaires. Une ville ça doit faire face à des défis à plus long terme, ça ne peut pas déménager, ça doit voir aux besoins des plus plus pauvres et satisfaire les plus riches, ça doit assurer une infrastructure pour au moins deux générations d’avance, ça doit faire face à des changements démographiques, cela doit respecter des régles de fonctionnement beaucoup plus transparentes. Et c’est très bien comme ça.

Dire qu’une ville doit être gérée comme une entreprise c’est une erreur… même si on est « fondamentalement entrepreneure »… surtout si on est entrepreneure!

Parce que pour moi, être entrepreneur — faire preuve d’entrepreneneuriat — c’est avant tout avoir le goût d’entreprendre, c’est à dire se considérer comme un agent de changement, agir comme acteur d’une situation à inventer.

Quand on est entrepreneur et qu’on créé une entreprise, c’est parce qu’on croit que c’est le meilleur outil pour arriver à réaliser ce qu’on souhaite: relever un défi, réaliser un projet, s’enrichir — pourquoi pas?

Quand on est entrepreneur et qu’on choisi la politique, c’est parce qu’on a un projet en tête et qu’on pense pouvoir l’accomplir grâce aux pouvoirs politiques qui nous seront confiés. Un projet qui peut avoir une dimension personnelle, certes, mais qui devrait aussi avoir une dimension sociale.

C’est de ce projet dont j’aimerais qu’Ann Bourget, Pierre Dolbec et les prochains candidats nous parlent, qu’ils nous l’expliquent, qu’ils nous donnent envie d’y croire. J’aimerais aussi qu’ils nous expliquent comment ils comptent utiliser les moyens qu’ils nous demandent de leur confier, les moyens d’une administration municipale — avec ses possibilités d’emprunt, ses infrastructures, ses revenus et ses moyens fiscaux uniques, et l’engagement potentiel de sa population — pour y arriver.

Il me semble que quand on a envie de « gérer comme une business », c’est la tête d’une business qu’on cherche à conquérir, pas celle d’une ville. Toute confusion à cet égard ne m’inspire pas confiance.

Cela dit, on est encore en tout début de course et Ann Bourget reste une très bonne candidate, que je n’ai jamais regretté d’avoir appuyée la dernière fois que j’en ai eu l’occasion. À suivre.

Quel leadership?

Après avoir été relancé par Mario sur Où s’en va l’éducation, je me suis permis de le relancer à mon tour au sujet des caractéristiques que devrait avoir la personne qui succédera à Andrée Boucher à la mairie de Québec. Sa réponse, très habile sur la forme, me laisse néanmoins un peu sur ma faim, sur le fond, parce qu’elle n’aborde que très indirectement le type de leadership dont devrait faire preuve cette personne. Or, à mon avis, c’est la principale question qu’il faut se poser afin de juger les éventuelles candidatures (mais aussi, peut-être, pour en susciter d’autres, qui restent imprévisibles à ce stade). Je tente donc moi aussi une réponse, un premier jet, que la conversation qui suivra peut-être ne manquera pas de faire évoluer.

Lire la suite de « Quel leadership? »

Mario voulait savoir…

Dans un commentaire laissé en réaction à mon texte Où s’en va l’éducation, Mario me demandait il y a quelques jours de quelle façon mes deux années passées en France ont pu teinter ma réflexion sur l’éducation. En d’autres termes, si j’ai bien compris, il me demandait de préciser en quoi mes idées sur le sujet ont pu évoluer depuis deux ans.

Je présume que Mario m’interroge à ce sujet parce qu’il trouve que je n’ai pas suffisamment témoigné de cette évolution au cours des vingt-quatre derniers mois — n’écrivant pas assez régulièrement sur mon blogue. Il a bien raison.

Alors, je me lance pour une première version de cette réflexion — à parfaire dans les prochains jours/semaines.

Je pense que j’ai une vision de plus en plus culturelle et de moins en moins scolaire de l’éducation. L’école est certes (à l’évidence!) un outil indispensable à l’éducation mais la réforme des systèmes scolaires m’apparaît de plus en plus insuffisante pour permettre à une société de conserver la maîtrise de son développement et de pouvoir assurer une vie heureuse à toutes les personnes qui la composent (surtout quant on pense aux invraissembables efforts que ces réformes exigent!).

Je suis plus convaincu que jamais que les nouvelles technologie de la communication sont INDISPENSABLES au fonctionnement de nos systèmes politiques — et donc à l’élaboration des projets de société dont dépendent nos visions de l’éducation. Je n’ai rien perdu de ma conviction dans le potentiel démocratique des blogs, des wikis, des médias communautaires, etc. — au contraire, je ne cesse de m’émerveiller devant les exemples de leur fonctionnement encore plus efficace et puissant que je pouvais le croire!

Je suis de plus en plus intéressé par la profonde transformation du rôle des médias dans le fonctionnement de la société — j’en suis même parfois à penser que leur rôle ne sera bientôt plus de « critiquer le pouvoir politique », comme on l’a souvent dit, mais d’animer l’espace démocratique et de rendre audible ce qui, dans la rumeur, permet de reconstituer une véritable agora (un espace public qui était possible avec un petit nombre de personnes ayant droit de parole, mais qui n’est pas spontanément possible avec une parole aussi largement distribuée).

Pour cette raison, je commence à accepter l’idée que les excès des uns sont davantage dans l’intérêt public que le silence ou les excès de nuances des autres — et, qu’en ce sens, il conviendrait parfois davantage de condamner ceux qui hésitent ou refusent de s’engager dans le débat public que ceux qui le font… même maladroitement. Je pense qu’il faut davantage utiliser notre capacité à faire des nuances dans l’écoute que nous faisons de l’opinion d’autrui que dans la formulation de nos propres idées.

Je continue de croire que le rôle des intellectuels, particulièrement dans ce contexte, n’est pas d’apporter des nuances sur les idées d’autrui, mais de s’appuyer sur leur compréhension approfondie des dossiers pour prendre le risque de formuler des propositions — au risque qu’elles ne soient pas retenues. La force de proposition des intellectuels nous est plus indispensable que jamais, il faut trouver des manières ingénieuses de les encourager à s’engager dans le débat public.

Je suis aussi de plus en plus convaincu du potentiel éducatif des médias — je vais parfois jusqu’à penser qu’une partie de la mission qui a été confiée à l’école au cours du dernier siècle pourrait éventuellement être assumée par de nouvelles formes médiatiques. Une réflexion à poursuivre….

Je continue évidemment — et plus que jamais! — à croire dans la symbiose de l’espace urbain et de l’espace éducatif — de l’espace où l’on vit (ensemble) et de l’espace où l’on apprend. Parce qu’il n’y a pas d’apprentissage sans projet et que la cité, c’est le projet par excellence; celui, le seul, qui conditionne et dont dépend notre quotidien, notre rapport à l’autre proche, à demain. Et là-dessus mon expérience parisienne m’a appris la force des événements festifs (comme la Fête de la musique, par exemple) et des projets d’infrastructure collective (comme les Vélib’ et le Tramway, par exemples).

Et, par dessus tout (peut-être), je suis de plus en plus convaincu qu’on peut profondément faire confiance aux gens, à la population, comme groupe, à la foule — que quand on lui propose un projet stimulant, quand on lui offre l’occasion de s’engager, elle sait le reconnaître et la saisir avec enthousiasme. Je suis de plus convaincu qu’avec de bons moyens de communication et des nouveaux médias efficaces, cette foule saura généralement reconnaître le projet dans lequel s’engager, celui « qui a du sens » — un sens qu’il est plus que jamais de la responsabilité des élus et des pouvoirs politiques de savoir mettre en évidence. Un pari fou? Peut-être… mais aussi une utopie que je crois de plus en plus nécessaire!

Ce n’est sans doute pas très clair tout ça… mais j’ai quand même envie de le publier ainsi pour profiter des réactions de Mario (qui ne regrettera sans doute pas d’avoir posé sa question!) et d’autres lecteurs… et en faire éventuellement une version améliorée.

Où s’en va l’éducation?

Pendant que ça se chamaille vigoureusement à l’hôtel de ville de Québec et que plusieurs amis m’écrivent et me téléphonent à ce sujet (j’y reviendrai dans quelques jours) d’autres m’interpellent aussi (heureusement) sur d’autres sujets.

C’est ainsi que j’ai pris quelques instants la semaine dernière pour répondre à deux amis qui me transmettaient la/les questions suivantes :

Questions :

« …je te rappelle que je veux discuter avec toi afin de te consulter à propos de ta vision de l’éducation. Vers où allons-nous? Le système actuel, qui est basé sur une organisation plutôt traditionnelle de l’enseignement est-il en train de s’effriter? Les jeunes sont-ils des apprentis de la même qualité qu’avant? Les nouvelles technologies contribuent-elles vraiment à l’amélioration des apprentissages? Comment?

[…] allons-nous produire au cours des prochaines années, autant de PH D qu’avant? Les jeunes d’aujourd’hui ne sont-ils pas enclins à viser le court terme sans trop d’efforts? Sont-ils plus paresseux qu’avant?

[…] Finalement, où s’en va l’éducation? »

Manquant de temps pour répondre « posément », j’ai opté pour une écriture spontanée — « d’un trait » — quitte à ce que mon texte manque de quelques nuances. Après tout, si j’avais bien compris, l’objectif était surtout de lancer une discussion entre nous… que j’élargi maintenant en déposant ici mes quelques éléments de réponses. À vous !

Éléments de réponses :

Une vision de l’éducation ? Déjà, je ne sais pas trop si la question est bien posée, parce qu’en réalité il n’y a pas de vision de l’éducation sans une vision préalable de la société. L’éducation est forcément politique, il faut l’assumer. Alors, inévitablement la question de la vision de l’éducation est directement liée à celle du projet de société dans lequel on croit. Une société égalitaire? inégalitaire? Une société qui valorise la diversité, parce que c’est à la base de la créativité, et de l’innovation — et qu’il s’agit là de deux aptitudes indispensables, tant au plan individuel que collectif, dans un monde où le rythme des changements s’accélère?

En tous cas, pour moi c’est cela: je crois dans une société dont la loi est fondée sur l’égalité des personnes, évidemment, mais qui, au quotidien, privilégie l’équité à l’égalité, parce que cela reconnaît mieux le fait que chacun est différent et qu’il est important de savoir reconnaître les forces de chacun, les valoriser, les développer — quelles qu’elles soient.

Ma vision de l’éducation est au service de ce projet de société. Je crois dans une éducation qui libère; dans une éducation qui créé des espaces de liberté; dans une éducation qui invite à penser autrement, à miser sur l’utopie, à inventer demain; jamais à le subir.

L’éducation qui asservit, celle qui emprisonne, celle qui dit quoi penser et celle qui demande aux uns d’accepter que ce sont les autres qui décideront plus tard parce qu’ils sont plus intelligents ou plus doués… cette éducation, il faut souaiter qu’elle disparaisse Et elle disparaitra ! Je suis serein. Il est inutile de combattre. Vaut mieux construire.

Construire. C’est le maître mot. Il faut donner l’occasion aux enfants d’apprendre que le monde est à construire, à imaginer, à bâtir. Le reste suivra. Inutile de se battre contre quoi que ce soit; vaut mieux se battre pour ce dans quoi on croit. L’éducation doit être positive, éternellement positive.

Comment on fait? Je ne sais pas trop. Ce que je sais, toutefois, c’est que les enfants accepteront de moins en moins de subir l’éducation; ils souhaiteront y prendre une part de plus en plus active. Ils l’exigeront — comme un droit. Ils exigeront d’avoir leur mot à dire sur l’environnement dans lequel ils apprennent, sur la nature de ce qu’ils apprennent; jusque sur les méthodes qui leur doivent leur permettre d’apprendre. Ça ne veut pas dire qu’ils n’accepteront pas de faire autre chose que ce que leur nature leur suggérerait spontanément de faire; cela ne veut pas dire qu’ils rejetteront l’enseignement dit « traditionnel ». Cela veut simplement seulement dire que les enfants ont déjà rès bien compris que l’éducation est un processus d’engagement et qu’ils ne voient pas très bien pourquoi ils faudrait attendre d’être sortis de l’école pour faire de l’engagement une dimension essentielle de leur vie — avec tout ce que cela peut impliquer de remise en question et de subversion.

Les jeunes sont-ils des apprentis de la même qualité qu’avant? Qualité? Quelle qualité? de quoi parle-t-on? les enfants sont, par définition, aussi bien ancrés dans la société qui les a vu grandir que ceux des générations précédentes. Forcément! puisqu’ils en sont les fruits. Il est par conséquent injuste de poser la question ainsi — je préfèrerais qu’elle soit posée à l’inverse. Est-ce que l’école est un milieu d’apprentissage de la même qualité qu’avant? Aie-je besoin de répondre? Je ne crois pas. Et ce n’est la faute de personne — sinon de nous tous qui n’avons pas mis au premier rang des valeurs de faire en sorte que l’école évolue avec la société dont elle doit contribuer au développement.

Je suis sévère — sans doute un peu trop — mais c’est avec la meilleure des intention, pour les fins de la discussions.

Les nouvelles technologies contribuent-elles vraiment à l’amélioration des apprentissages? Je suis toujours sidéré devant ce genre de question! Quelles technologies? Utilisées de quelle façon? Pour quels apprentissages?

Mais ÉVIDEMMENT que les technologies contribuent à l’amélioration des apprentissages quand elles sont mises à contribution pour donner du sens aux efforts qui sont nécessaires pour apprendre!

Et bien sûr que non, les technologies ne contribuent pas à l’amélioration des apprentissages quand elles sont utilisées pour faire oublier des déficiences pédagogiques ou pour dissimuler l’absence d’un projet de société fort, qui soit source d’inspiration pour les élèves — un projet qui les portent à dire « crime, moi j’ai envie de vivre dans la société que ce prof là me décrit; j’ai envie de suivre ses conseils pour y arriver; j’ai envie d’y croire, d’y apporter ma contribution et de faire les efforts nécessaires pour que cela devienne réalité ».

Oui oui, apprendre à lire, quand on a cinq ans, c’est une manière de changer le monde; de changer son monde — d’acquérir la capacité d’imaginer un autre monde, celui où on rejoindra l’Autre, Ailleurs, Demain. Les enfants le sentent bien !

Alors allons-nous produire plus de PhD qu’avant? Je n’en sais rien! Pire, je m’en fous un peu ! On ne décrète pas le nombre de PhD qu’une société peut produire. On ne peut pas donner le goût à quelqu’un de faire un Phd. On ne peut que donner le goût à quelqu’un d’APPRENDRE — condition sine qua non à l’acceptation des efforts nécessaires pour faire un PhD !

Pour cette raison, ce qui m’importe plus que le nombre de PhD que le Québec « produira» dans les prochaines années, c’est que nous arrivions à augmenter le nombre de personnes qui se disent « en train d’apprendre quelque chose ». L’essentiel c’est qu’il y ait un maximum de personnes dans la société qui ait un rapport positif, enthousiaste à l’apprentissage. Il faut que les gens aient toujours le goût d’apprendre quelque chose… parce que quand on apprend, on se projette forcément dans le futur, parce qu’apprendre cela nous transforme et on doit forcément se demander qui on sera « après avoir appris » et que quand on s’imagine différent demain, on accepte le fait que le monde change, et qu’il est nécessaire de s’adapter, et on adopte par le fait même une attitude d’ouverture, de créativité et on accepte plus facilement l’innovation, parce que cela fait partie de la vie — parce que c’est une question de santé publique !

Je crois profondément qu’une société qui s’inquiète du nombre de PhD qu’elle produit est une société qui n’a pas confiance dans ses écoles primaires — parce que si celles-ci jouaient pleinement leur rôle… nous n’aurions pas à nous inquiéter de ne pas avoir assez de gens passionnés pour étudier pendant vingt ans — voire plus — et décrocher un PhD.

Ce ne sont pas des incitatifs fiscaux pour les études de troisièmes cycles qu’il nous faut ! Ce sont des écoles primaires de qualité — en tout premier lieu ! — ce sont des écoles qui donnent le goût d’apprendre ! C’est là qu’il faut investir de façon prioritaire, pour donner à tout le monde l’occasion de découvrir le plaisir d’apprendre… de le découvrir jeune, et ce, quel que soit le milieu socio-économique dont on est issu.

Les jeunes d’aujourd’hui viseraient le court terme, sans trop d’efforts? Encore une fois c’est question de paradigme! Dans la réalité, ce qui demande des efforts à un enfant c’est d’avancer dans la vie sans savoir ce qui l’attend ni même l’influence qu’il a sur ce devenir — c’est cela demande un effort intellectuel et émotif considérable. Dans cette perspective, il n’est étonnant que plusieurs jeunes n’aient aujourd’hui que peu d’efforts à consacrer à l’école! Offrons leur des projets de société stimulants, donnons leur envie de croire dans leur avenir et dans leur capacité d’en être maîtres — ou à tout le moins des acteurs essentiels ! — et voyons ensuite si les enfants font malgré cela le choix de la facilité, du court terme et de l’effort minimal. Je n’y crois pas un instant !

Commençons donc par faire confiance aux enfants en cessant de les comparer aux générations précédentes, nous aurons alors déjà fait une bonne partie du chemin!

Où s’en va l’éducation? L’éducation ne va nulle part d’elle même ! L’éducation est un vaisseau qui mène une société d’aujourd’hui vers demain – et c’est nous qui sommes à la barre. Bien entendu ! Encore faut-il savoir quelle destination nous comptons rejoindre… Quel est notre projet de société ? Que proposons-nous aux enfants ? Qu’est-ce qui leur permet de croire possible de vivre en harmonie les uns les autres — ainsi qu’avec ceux qui les ont précédés et ceux qui les suivront — et cela, tout en caressant des rêves aussi divers que nombreux ? Que le proposons-nous ? Quel projet leur offrons-nous ?

En l’absence de réponse claire à ces questions, c’est vers nous qu’il faudra nous retourner, pas vers les enfants. Ils ne sont certainement pas responsables de notre incapacité à leur proposer « un monde meilleur ».

La formulation de ce projet, c’est bien tout le défi de l’éducation. Vous ne croyez pas?

Le théatre d’été selon Joseph Facal

Joseph Facal a publié dans les derniers jours un texte qui me semble particulièrement important dans le contexte où nous assistons au Québec (et en France) à des bouleversements qui pourraient donner lieu à un renouvellement des pratiques politiques.

Sous le titre Théâtre d’été, l’ex-ministre-le-plus-présent-dans-la-blogopshère rappelle que:

« Un politicien […] peut très difficilement dire qu’il ne sait pas. […] Même chose devant un problème impossible à résoudre. Pour un politicien, l’admettre ne sera pas vu […] comme une franchise de bon aloi, mais comme un aveu d’impuissance et d’incompétence. […] »

« Il est donc toujours obligé de faire semblant qu’il sait ou qu’il peut faire quelque chose ou, au moins, qu’il est sensible aux tracas des gens. Montrer en tout cas qu’il ne reste pas les bras croisés. Bouger même si c’est pour n’aller nulle part. »

Tous ceux qui ont formulés des commentaires à la suite du texte semblent partager ce constat et s’entendre pour le déplorer — mais bien peu osent s’aventure à formuler des solutions à ce qui prend au fil de la conversation des allures de faiblesse de la démocratie alors qu’il ne s’agit en fait que de mauvaises habitudes pris dans l’exercice de la démocratie. Je ne crois à aucune fatalité en ce domaine — je crois profondément qu’il n’en tient qu’aux hommes et aux femmes politiques (et à ceux qui les élisent) de changer ces habitudes.

À cet égard, en réaction à un commentaire de Michaël Carpentier, Joseph Facal précise:

« …[qu’]on ne peut pas non plus TOUT dire ce qu’on pense TOUT LE TEMPS. En fait, c’est sans doute René Lévesque qui a montré la voie. Il disait : «je ne peux pas dire tout ce que je pense, mais je pense tout ce que je dis». »

Tout en étant d’accord avec cela, je pense que ce paragraphe illustre bien la faiblesse du texte dans son ensemble. Parce que le problème, au fond, ce n’est pas qu’un politicien choisisse ce qu’il dit et ce qu’il tait (on le fait tous continuellement) — c’est qu’il manque de respect aux citoyens en ne s’obligeant pas toujours à formuler des raisonnements complets.

Un raisonnement complet suppose, par exemple, de dire:

« Je pense que… parce que… et par conséquent je propose que… »

…quand on a quelque chose à proposer — ou:

« On constate que… cela a pour effet ceci et cela… et je n’ai malheureusement pas encore de proposition pour corriger la situation… reparlons-en le mois prochain… je m’engage à faire un suivi avec vous à cette date. »

…si on ne sait pas!

D’une certaine manière, le texte pèche précisément par ce qu’il dénonce parce que son auteur évite de formuler des propositions qui permettrait de palier à ce qu’il déplore: il se contente de formuler la part consensuelle — au risque d’alimenter le cynisme contre lequel il voudrait lutter.

Nous serions d’autant plus en droit de s’attendre à une proposition de la part de l’auteur, il me semble, qu’il ajoute, toujours en réponse à un commentaire:

« Je suis aussi entièrement d’accord avec ceux d’entre vous qui pensent que le peuple voit de plus en plus clairement ce théatre pour ce qu’il est, et que cela explique au moins une partie du cynisme actuel des gens. »

Pour moi, le devoir des intellectuels — ce qu’est indéniablement Joseph Facal — c’est de proposer. Le commentaire est insuffisant.

Je crois personnellement que le principal obstacle à cette autre manière de faire la politique est probablement l’instantanéité que tentent de nous imposer certains médias qui trouvent avantage à faire de la politique un spectacle. On s’attend aujourd’hui à ce qu’un politicien ait une idée sur tout à tout moment. Un pont s’écroule, il faudrait qu’il sache déjà de quelle manière il faut modifier la gestion des milliers d’autres que compte le pays. C’est renier la complexité du monde dans lequel on vit et l’interdépendance des sujets qui sont confiés au monde politique (qui, par définition, s’intéresse ce qui implique des choix de société difficiles, des arbitrages financiers, etc.).

Pour cette raison, il me semble plus important que jamais d’inscrire l’action politique dans le temps. Cela veut évidemment dire de faire moins de place aux sondages et de laisser le temps aux gens de réfléchir, mais cela veut aussi dire d’exiger de nos hommes et de nos femmes politiques de dire ce qu’elles pensent plus régulièrement, d’exprimer les valeurs qui les guident, et de partager plus ouvertement leurs convictions. D’écrire aussi — d’avoir le courage de s’exprimer en sachant que c’est aussi sur la base de ce qu’ils ont dit dans le passé que nous les jugerons dans le futur — et que s’ils ont généralement été cohérents, qu’ils n’ont pas fait preuve de trop d’opportunisme, nous saurons leur accorder le droit de ne pas tout avoir sur le champ ou de ne pas avoir d’idée sur tout au moment précis où on le demande — et même le droit à l’erreur et celui de changer d’idée! Tout est dans la rigueur et l’exigence qu’on s’impose. La voie facile, celle par laquelle on choisi de ne s’exprimer que quand on est forcé de le faire, n’est pas une voie compatible avec le renouvellement des pratiques politiques.

C’est bien d’ailleurs pourquoi les blogues, par l’ouverture et la perspective constructiviste qu’il permet d’avoir sur la pensée des uns et des autres (des simples citoyens comme des politiciens qui acceptent de jouer le jeu) sont aussi intéressants, et de plus en plus indispensables, d’un point de vue démocratique. Je suis ravi que Joseph Facal partage ce point de vue et qu’il tienne son propre blogue. C’est d’ailleurs pourquoi je me permets de réagir à son texte en l’invitant à prolonger sa réflexion qui me semble encore bien incomplètement formulée.

J’ai pour ma part candidement (?) formulé il y a quelques mois un certain nombre de propositions qui pouvaient s’inscrire dans cette voie. Je les reporte ici afin qu’elles puissent alimenter la discussion.

Certes, la situation est déplorable. Alors, on fait quoi?

Facebook, non merci!

En réponse à la question de Mario…

Disons-le d’entrée de jeu, Facebook est un environnement de mise en réseau d’une redoutable efficacité. C’est un des systèmes les plus impressionnants que j’ai vu sur le Web depuis plusieurs mois, voire des années. Je continue d’ailleurs à l’explorer, poussé à la fois par le besoin de comprendre son fonctionnement (fascinant!) et par une forme d’addiction caractéristique de tous les systèmes qui s’appuient sur le partage continu d’information entre « amis ».

Bien sûr que Facebook permet d’interagir avec les gens — de le faire mieux, ça je ne sais pas. Je n’en suis pas convaincu.

Bien sûr que Facebook regroupe des gens de qualité — permet-il d’échanger autrement avec eux, je ne sais pas. Je n’en suis pas convaincu.

Bien sûr que Facebook est un outil qui permet de soutenir le développement d’une communauté d’apprentissage — mais à quel prix?

Mais à quel prix?

Au prix d’accepter que les gens qui contrôlent le déploiement de mon réseau puissent commercialiser librement tous les renseignements qu’ils possèdent à mon sujet — ceux que j’ai accepté de leur confier volontairement comme ceux qui se révèleront de l’usage que je fais de leur système (et qui se multiplient de façon effarante à mesure que se développent des applications en vertu de la Facebook Platform for third-party developers).

Parce que la clé de voûte de tout le système Facebook est l’invraisemblable espace de confiance qu’ils ont réussi à créer et qui fait en sorte que les utilisateurs acceptent de divulguer librement — et sans aucune précaution— un très grand nombre de renseignements personnels, sur lesquels ils n’auront plus aucun contrôle par la suite (ni le lendemain, ni dans cinq ans ou dans dix ans). Pire, le système amène même insidieusement les utilisateurs à accepter que ces renseignement soient transmis à des tiers presque sans notre autorisation — et qu’elles soient mises à jour au fil du temps, pratiquement à leur insu. Je pense que c’est comme une moissonneuse de renseignements personnels qu’on peut le mieux décrire Facebook d’un point de vue économique.

Et c’est là que je sors de ma zone de confort. C’est là que je décroche. C’est là que je choisi de ne pas miser sur un système aussi dangereux — aussi puissant soit-il.

C’est là que je choisi de ne pas m’appuyer sur un système auquel je n’accepterais pas d’exposer un enfant ou un ado — parce que je pense qu’il n’est pas possible, à ces âges d’évaluer les conséquences des traces qu’on laisse dans pareil système.

Évidemment, je mesure bien la limite de mon argument, parce que les jeunes n’attendent pas qu’on les invite pour investir ces lieux enchanteurs, et je ne veux pas abdiquer mes responsabilités d’éducateur. À l’évidence, ils faut apprendre aux enfants et aux ados à maîtriser leur identité numérique! — mais je ne pense pas que Facebook soit un bon endroit pour le faire — trop rapide, trop opaque, trop mystificateur et, surtout, trop peu maîtrisable par l’utilisateur.

L’attrait de pareils systèmes ne doit pas nous faire oublier que ce n’est pas par hasard si un grand nombre de pays ont mis en place des lois pour encadrer le droit de chacun de contrôler, un tant soit peu, l’information qui circule à son sujet.

Il y a des dangers bien réels associés au développement des bases de données de renseignements personnels. Nous pourrions en parler longuement — et sans doute cela sera-t-il utile de le faire prochainement — mais pour le moment, la non prise en compte de ces dangers dans l’environnement Facebook me semble suffisante pour en décourager l’utilisation de façon assez générale.

…sinon pour favoriser sa compréhension dans une perspective éducative, ce qui m’autorise à continuer à l’utiliser avec modération — heureusement, aie-je envie d’ajouter avec humour!

Plus sérieusement, je pense qu’il ne faut pas détourner notre attention, c’est encore dans les blogues, les fils RSS et les wikis (sous leurs diverses formes) que se trouvent les outils dont nous avons besoins pour inventer de nouveaux contextes éducatifs mieux adaptés au XXIe siècle. Il faut continuer de miser sur des outils qui accordent un beaucoup plus grand contrôle aux utilisateurs. Cela me semble absolument indispensable dans un contexte où l’éducation doit plus que jamais s’appuyer sur la créativité, la solidarité et la pratique de la liberté.

Dans ce contexte, Facebook… non merci!

Mon conseil d’administration virtuel…

C’est fait! J’ai finalement convoqué une réunion de mon conseil d’administration virtuel. Treize invitations ont été (virtuellement) lancées pour une réunion qui se tiendra au cours des prochaines semaines. J’avais l’intention de le faire depuis bien longtemps, mais ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai pris le temps de le faire… Dire que Mario a déjà eu le temps de tenir deux rencontres avec le sien depuis le temps qu’on en parle…

Comme je ne sais pas encore quelle sera la teneur des échanges (virtuels) que nous aurons au cours de cette rencontre (virtuelle), je ne m’engagerai évidemment pas en publier le procès verbal ici, ou même un résumé de celui-ci, mais comme je m’y étais un peu engagé, voici néanmoins la liste des personnes qui ont été convié à la première réunion de mon CA virtuel — dans l’ordre où ils ont pris place autour de la table (virtuelle).

En rappelant que c’est un exercice imaginaire…

Lire la suite de « Mon conseil d’administration virtuel… »

La nécessaire évolution des structures scolaires…

A priori, mes valeurs et mes convictions ne me rapprochent pas tellement de l’ADQ et de Mario Dumont. Je me réjouis néanmoins que ses interventions aient eu pour effet de remettre à l’ordre du jour la question de l’organisation du système scolaire québécois.

Je ne sais pas si je suis favorable à la proposition adéquiste de démanteler les commissions scolaires — qui me semble présentée de façon un peu simpliste — mais je suis ravi qu’on en discute. Je suis ravi qu’on doive réexpliquer leur mission et leurs responsabilités — qu’on doivent réexpliquer leur pertinence et qu’on s’interroge au sujet du système de représentation sur lequel elles s’appuient. Je aussi suis ravi de lire des propositions innovatrices, comme celle d’en faire des coopératives de services.

Je suis toutefois extrêmement déçu de constater que les villes ne se sont pas encore invitées dans la discussion. Silence stratégique? Prudence? Hésitation? Peur d’hériter de nouvelles (et coûteuses) responsabilités?

Elles n’auraient pas d’opinion? Je ne peux pas le croire. Ce serait un dramatique déficit de réflexion et de vision.

Évidemment, me direz-vous, puisque je suis depuis longtemps convaincu d’une approche éducative de la ville…

Je suis plus que jamais persuadé que les apprentissages les plus essentiels pour vivre heureux de façon durable dans un monde qui évolue de façon accélérée ne peuvent s’apprendre qu’au contact de la cité — hors du sanctuaire scolaire que certains voudraient voir renaître.

La solidarité et la paix — valeurs essentielles pour bien vivre ensemble — ne peuvent s’apprendre qu’au contact des Autres. L’école doit être le sas de cette société à apprivoiser; permettre et valoriser les échanges avec le monde réel — il faut faire tomber les murs de l’école aussi souvent que possible. Et cela ne peut être possible qu’en étroite complicité avec la cité et sa forme politique, la ville.

C’est sous cet angle que j’ai envie que nous cherchions des réponses aux questions soulevées par l’ADQ… et qui demeureront vraisemblablement à l’ordre du jour politique au terme de l’élection de demain.

Web 2.0

Bien drôle d’expérience ce matin.

Les yeux à demi-ouverts, je me dirige vers la cuisine. Verre de jus d’orange.

Le verre d’orange à la main, je me dirige vers le salon. Ordinateur.

Alors, qu’est-ce qui s’est dit dans mon écosystème intellectuel pendant mon sommeil?

Courriel: rien de particulier. Pas de grandes surprises. Beaucoup de complicité, quelques noeuds. L’amitié.

Flux rss: une centaine de nouveaux textes repérés par mon agrégateur dans l’ensemble des sites pour lesquels j’ai demandé d’être systématiquement informé des mises à jour. Il y a de tout: édition électronique (plein de choses intéressantes par les temps qui courent), éducation (un peu plus tristounet), techno (bah, encore des gadgets), politique (ouf! ça bouge!), blogs d’amis (merveilleux), veilles automatisées sur quelques mots clés (dont mon nom… petit péché narcissique), etc. À cette période de la journée, cette lecture ecosystèmique (infosystémique, devrais-je dire) s’est complètement substituée, pour moi, à la lecture des journaux.

Quelques bons textes d’amis, donc, quelques textes qui portent à la réflexion et une surprise de taille: ce texte, tiré de teXtes, un blogue que je ne connaissais pas. Je m’y arrête. Je lirai le reste plus tard, ou demain, ou jamais. Il faut aussi en laisser tomber. Mais pas celui-là!

Intitulé livre et cinéma, le texte commence par « Découvert grâce au blog de Clément Laberge… ». Cela surprend toujours, mais jusque là, ça arrive, parfois.

Cette fois c’est plus intriguant parce que le texte fait ensuite référence à un site sur les flipbooks que l’auteure aurait découvert sur mon site… sauf que je ne me souviens pas d’y avoir fait référence… mais que je sais très bien de quel site il s’agit puisque j’y ai passé de longues minutes d’émerveillement avant-hier. Je l’ai même fait suivre à ma mère pour partager avec elle mon émerveillement. Comment cette blogueuse le sait-elle? Ou plutôt: comment a-t-elle établi cette relation entre ce site et moi? Intriguant. Est-ce qu’elle serait une amie de ma mère? Cela me semble peu probable. Est-ce une collègue de bureau qui m’a entendu en parler à la machine à café? Je ne crois pas non plus… mais alors, pourquoi ferait-elle référence à mon blogue?

Jusqu’à récemment, pour l’essentiel, je n’écrivais sur le Web qu’à partir de mon blogue personnel. Cela change depuis quelques temps, j’écris aussi ici et . Je laisse de plus en plus de traces, de plus en plus dispersées. Je publie aussi des listes de signets qui font office de veille stratégique que je partage avec plusieurs collègues de travail (sans toujours le savoir, puisqu’ils peuvent les partager à leur tour) — certaines sont publiques, d’autres privées. S’y serait-elle abonnée sans que je ne le sache? Il me semblait que ces veilles avaient encore une diffusion plutôt confidentielle. Est-ce que j’aurais fait référence au site sur les flipbooks à l’un ou l’autre de ces endroits? Vérification. Négatif. Ce n’est pas de là que vient l’information. De plus en plus intriguant!

Alors, peut-être a-t-elle fait une erreur? Où est-ce que j’avais trouvé cette référence aux flipbooks? Je m’en souviens très bien… c’était sur La Feuille… dans ce texte où on ne fait pourtant pas référence à mon blogue. Quelques textes plus loin, toutefois, il y a bien un lien vers mon blogue (« merci Clément »). Est-ce qu’Agathe aurait fait par erreur l’association entre les deux liens? C’est possible.

Mais comment savoir si elle lit La feuille? Les thèmes abordés dans La feuille semblent effectivement correspondre à ses sujets d’intérêt… et d’ailleurs, en étant plus attentif je réalise que ce site est présenté comme un incontournable sur sa page d’accueil. C’est donc possible. Le texte d’Agatha serait donc le fruit d’une association erronée entre deux textes publiés sur La feuille? Et, pour moi, la découverte du blog d’Agatha la conséquence de cette erreur? Probable.

Nos deux mondes se seraient donc croisés par erreur (ou grâce à une erreur)? C’est possible. De mon point de vue, du moins. Parce qu’elle est peut-être abonnée à mon blogue (et donc attachée à mon réseau, de son point de vue) depuis longtemps. Impossible de savoir… mais à l’analyse, je peux le présumer, parce qu’en faisant tour à tour référence à Mario, à François et quelques autres blogueurs dans ces textes, elle laisse une empreinte qui me fait croire qu’elle connaît le réseau auquel je crois appartenir — elle a dû m’y découvrir. Le plus étonnant, c’est qu’elle cite aussi des gens qui ne sont pas directement de ce réseau, mais que j’ai côtoyé dans les derniers jours, comme Gérard Puimatto. Quand le réel aborde le virtuel

C’est fascinant tout ça: une référence à mon blogue, que je ne reconnais pas, au sujet d’un lien, que je reconnais, sur un blogue que je ne connais pas, mais dont l’auteure connaît le mien… mais fait une erreur d’association à son sujet, en rapport avec un site qui m’a émerveillé quelques jours auparavant, vraisemblablement parce que les sujets d’intérêts et les réflexions sont apparentés aux miens. Tout ça grâce à un troisième blog, dont les auteurs, n’y sont pour rien… sinon parce que les sujets qu’ils abordent intéressent à la fois Agathe et moi. Et le comble, c’est que je dois rencontrer pour la première fois dans une dizaine de jours, à Paris, l’un des auteurs de ce blogue, qui vit à Marseille, et cela, à l’invitation de mon beau-frère, qui vit à Québec!

Décidément…

Découvrir un matin que quelqu’un que vous ne connaissez pas parle de vous sur son blogue;

Être intrigué parce que vous ne comprenez pas immédiatement ce qui l’amène à établir cette relation;

Remonter les liens pour essayer de savoir qui est cette personne; comment elle se rattache à votre infosystème;

Découvrir qu’elle vous lit sans doute depuis un moment; et qu’elle côtoit virtuellement les mêmes personnes que vous;

Ajouter son site dans votre agrégateur de manière à ce que, dorénavant, les textes qui y sont publiés soient portés à votre attention dès le jus d’orange matinal — et que cette personne intègre ainsi votre réseau;

Écrire un texte pour raconter tout ça… parce que c’est incroyable et parce qu’il ne faut pas cesser de s’émerveiller de l’extraordinaire pouvoir social des nouvelles formes de réseaux;

Et savoir que ce texte sera, à son tour, le témoin d’une réflexion et une nouvelle invitation à la conversation…

Je pense que c’est ça, au fond, le Web 2.0.

Tout simplement.