Gérer une ville comme une business ?

Ann Bourget se lance dans la course à la mairie de Québec en affirmant:

« Je suis fondamentalement entrepreneure. Je pense que la ville doit être gérée comme une business. »

Cela ne me plaît pas.

Je comprends qu’au moment où la course est à peine lancée, le jeu consiste à couper l’herbe sous le pied de ses concurrents potentiels — dans le cas présent en adoptant le langage des gens d’affaires — mais je n’aime pas que cela se fasse au détriment du bon sens.

Non, on ne peut pas gérer une ville comme une business. Quoi qu’on dise, ce n’est pas possible. Et même si ça l’était, ce ne serait pas souhaitable.

Ce n’est pas possible parce que qu’une ville ça ne vit pas au même rythme qu’une entreprise et parce que ça n’a pas à faire face au même type de contraintes et de défis.

Une entreprise ça prend naturellement des risques, ça peut être recapitalisé, ça peut être vendu, ça peut changer de mission, ça peut mettre à pied une partie des personnes qui la composent pour réduire provisoirement ses coûts de fonctionnement. Une ville ne peut rien de tout ça.

Une ville c’est un milieu de vie. Une ville c’est un espace géographique. Une ville c’est une communauté, cela fonctionne comme une démocratie, pas sous l’autorité d’une assemblée d’actionnaires. Une ville ça doit faire face à des défis à plus long terme, ça ne peut pas déménager, ça doit voir aux besoins des plus plus pauvres et satisfaire les plus riches, ça doit assurer une infrastructure pour au moins deux générations d’avance, ça doit faire face à des changements démographiques, cela doit respecter des régles de fonctionnement beaucoup plus transparentes. Et c’est très bien comme ça.

Dire qu’une ville doit être gérée comme une entreprise c’est une erreur… même si on est « fondamentalement entrepreneure »… surtout si on est entrepreneure!

Parce que pour moi, être entrepreneur — faire preuve d’entrepreneneuriat — c’est avant tout avoir le goût d’entreprendre, c’est à dire se considérer comme un agent de changement, agir comme acteur d’une situation à inventer.

Quand on est entrepreneur et qu’on créé une entreprise, c’est parce qu’on croit que c’est le meilleur outil pour arriver à réaliser ce qu’on souhaite: relever un défi, réaliser un projet, s’enrichir — pourquoi pas?

Quand on est entrepreneur et qu’on choisi la politique, c’est parce qu’on a un projet en tête et qu’on pense pouvoir l’accomplir grâce aux pouvoirs politiques qui nous seront confiés. Un projet qui peut avoir une dimension personnelle, certes, mais qui devrait aussi avoir une dimension sociale.

C’est de ce projet dont j’aimerais qu’Ann Bourget, Pierre Dolbec et les prochains candidats nous parlent, qu’ils nous l’expliquent, qu’ils nous donnent envie d’y croire. J’aimerais aussi qu’ils nous expliquent comment ils comptent utiliser les moyens qu’ils nous demandent de leur confier, les moyens d’une administration municipale — avec ses possibilités d’emprunt, ses infrastructures, ses revenus et ses moyens fiscaux uniques, et l’engagement potentiel de sa population — pour y arriver.

Il me semble que quand on a envie de « gérer comme une business », c’est la tête d’une business qu’on cherche à conquérir, pas celle d’une ville. Toute confusion à cet égard ne m’inspire pas confiance.

Cela dit, on est encore en tout début de course et Ann Bourget reste une très bonne candidate, que je n’ai jamais regretté d’avoir appuyée la dernière fois que j’en ai eu l’occasion. À suivre.

Quel leadership?

Après avoir été relancé par Mario sur Où s’en va l’éducation, je me suis permis de le relancer à mon tour au sujet des caractéristiques que devrait avoir la personne qui succédera à Andrée Boucher à la mairie de Québec. Sa réponse, très habile sur la forme, me laisse néanmoins un peu sur ma faim, sur le fond, parce qu’elle n’aborde que très indirectement le type de leadership dont devrait faire preuve cette personne. Or, à mon avis, c’est la principale question qu’il faut se poser afin de juger les éventuelles candidatures (mais aussi, peut-être, pour en susciter d’autres, qui restent imprévisibles à ce stade). Je tente donc moi aussi une réponse, un premier jet, que la conversation qui suivra peut-être ne manquera pas de faire évoluer.

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Les citoyens et les infrastuctures

Je rêve de voir cela prendre forme aussi à Québec, comme à Merced.

C’est une idée aussi brillante que simple, pour laquelle nous avons toute l’expertise à la portée de la main.

J’imagine ça réalisé par Poly9 et iXmédia, puis rendu accessible sur Québec Urbain en association avec ZapQuébec.

Je ne doute pas que cela pourrait par la suite intéresser la ville de Québec, qui fait déjà de gros efforts pour mieux informer les citoyens des travaux d’infrastructure en cours (notamment les travaux routiers) et pour leur permettre de lui signaler des travaux à entreprendre, par exemple. Tout cela pourrait aussi être intégré à la carte du « Projet infrastructure de Québec ».

Mise à jour:
Cela devrait aussi intéresser les médias de la région. Francis Pisanni explique ainsi pourquoi, reprenant le message initial de Jeff Jarvis:

« Jeff Jarvis, professeur de journalisme plein d’idées a utilisé son blog pour lancer un appel aux médias peu de jours après la catastrophe de Minneapolis. Mettez une carte Google sur votre site, leur conseille-t-il. Ajoutez-y Platial (qui permet à chacun de créer les cartes de son choix en y indiquant les lieux important pour lui/elle) et invitez vos lecteurs à y indiquer les infrastructures qu’ils jugent dangereuses. Ça vous permettra d’avoir une quantité d’informations que vous n’auriez jamais autrement. Puis, faites votre métier: allez-voir sur place. Produisez des reportages, informez votre public en détail.

Les rendez-vous stratégiques de la culture

J’ai eu le privilège d’intervenir ce soir (par vidéoconférence) dans une rencontre organisée par l’Institut du Nouveau Monde, au musée de la civilisation (et simultanément dans plusieurs autres villes). Le thème de la soirée (et de la journée de demain): Que devient la culture québécoise à l’heure d’Internet et de la planète?

« Les nouvelles technologies numériques, le iPod, le cellulaire et l’Internet : comment tout cela influence-t-il la culture québécoise et quelles sont nos voies d’avenir? La mondialisation menace-t-elle notre culture? »

Je reprends ici l’essentiel de mon intervention.

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Centre d’exploration scientifique

« Son projet : créer un lieu grand public pour faire vivre les sciences. Pour partager les résultats de la recherche, montrer des prototypes, toucher, voir, expérimenter, semer le goût des sciences chez les jeunes et, peut-être, de la carrière scientifique. […] Un lieu pour rire, courir, pour parler fort. Un lieu qui donnerait envie de revenir pour vivre d’autres expériences. C’est comme ça qu’elle imagine la chose.  […]

« Un centre de sciences est aussi un outil de développement économique pour une région, un attrait touristique supplémentaire, une vitrine pour les entreprises locales. On y développera peut-être le goût de l’innovation et du risque qui manque parfois à cette ville. »

Texte complet sur le blog de Mario…

Tout savoir sur le projet sur le site de la Boîte à Science…

Québec sans fil

« Pour faire de Québec une ville Internet sans fil d’ici les fêtes du 400e, Gilles Duceppe entend proposer au gouvernement fédéral de créer un projet pilote avec un fonds de soutien pour les projets de ville sans fil. Québec pourrait ainsi profiter d’une vitrine exceptionnelle, où les visiteurs découvriraient le mariage harmonieux entre la splendeur du patrimoine et le dynamisme de la modernité qui la caractérisent. »

Source: intervention finale de Gilles Duceppe dans le cadre de Québec, carrefour international

Ça avance! Restera bientôt plus qu’à le faire!

Quelques questions pour les blogueurs du jour

Quelques blogueurs de la région de Québec s’étaient donc donné rendez-vous aujourd’hui au Loews Le Concorde pour l’événement Québec carrefour international. Ils ont beaucoup publié, quelques personnes ont commenté leur texte au fur et à mesure (j’ai fait plus que ma part, diront certains!), plusieurs autres le feront sans doute dans les prochaines heures et les prochains jours. C’est ce qui est bien avec les blogues, nous rappelait justement Michael Carpentier, c’est un medium qui permet très bien à la fois le direct et le différé.

J’ai envie de poser quelques question à ces blogueurs au terme de cette très intense expérience:

1. Quelle était votre intention lorsque vous avez choisi de consacrer votre journée à cet événement politique? Quelle était votre principale motivation? Pourquoi était-ce important pour vous d’être là?

2. Qu’est-ce qui a été le plus difficile au cours de la journée? Qu’est-ce qui devrait être amélioré dans une future expérience de ce type?

3. Qu’est-ce qui vous a le plus étonné au cours de la journée?

4. Participeriez-vous à nouveau à un événement de ce type dans une perspective de journalisme citoyen?

5. Comptez-vous assurer un suivi à ce dossier? poursuivre les échanges sur le sujet avec les bloggeurs et lecteurs de vos blogues qui en mnifesteront l’intention? Si oui, de quelle façon?

Et tiens, une petite dernière, encore plus ouverte:

6. Que pensez-vous que les organisateurs de l’événement retiendront de cette expérience?

Québec carrefour international

Événement politique innovateur à Québec aujourd’hui.

En effet, à l’occasion d’un colloque d’une journée organisé dans le but de promouvoir « des projets incontournables pour l’avenir de la ville de Québec » le Bloc québécois invite quelques blogueurs à rendre compte de l’événement sur le Web dans le but de permettre à un plus grand nombre de personnes d’y prendre part et à favoriser la poursuite des discussions au terme de la journée. C’est ici que ça se passe: Québec, carrefour international.

Je lève mon chapeau au Bloc québécois pour avoir pris cette initiative audacieuse… d’autant plus que j’ai toutes les raisons de croire qu’il l’a fait avec la bonne attitude, en assumant les risques que cela comporte et en misant sur l’intelligence des citoyens et des internautes.

Je connais bien les blogueurs invités, pour lesquels j’ai le plus grand respect sachant qu’ils n’ont jamais fait preuve de complaisance dans leurs écrits sur le Web. Si les recherchistes du Bloc ont bien fait leur travail, ils savent très bien que ce ne sont pas des gens dont les opinions politiques leurs sont acquises — loin de là. Et c’est bien la raison pour laquelle je pense que l’expérience sera intéressante.

Je lève aussi mon chapeau aux six personnes qui ont accepté de consacrer leur dimanche à une expérience comme celle-ci parce qu’ils apporteront une importante contribution dans le sens de la réinvention des lieux où les débats — qui sont au coeur de la démocratie — peuvent prendre forme à l’ère des réseaux.

Merci Mario, merci Michael, merci François, merci Audrey et François, merci Francis. Et merci à tous ceux qui commenteront leurs écrits au fil des heures.

Et à défaut d’être présent physiquement, je serai de coeur et d’esprit avec vous.

L’immigration à Québec… pourquoi?

Je m’énerve un peu en constatant la nature du débat sur l’immigration qui a cours présentement à Québec.

D’une part, la mairesse rappelle — avec raison — que les immigrants ne doivent pas être considérés comme des machines qu’on importe pour répondre aux besoins des entreprises de la région. C’est une déclaration qui est toute à son honneur.

D’autre part, la Chambre de commerce de Québec rappelle — aussi avec raison — qu’il faut malgré tout être en mesure d’offrir un travail valorisant aux immigrants si on désire qu’ils s’intègrent adéquatement à la société québécoise (il faut quand même déplorer certains choix de mots et quelques nuances manquantes dans ce communiqué) .

Enfin, la Chambre de commerce des entrepreneurs de Québec formule une opinion selon laquelle c’est une illusion de croire que l’immigration qui permettra de combler les besoins de main-d’oeuvre des entreprises de la région et qu’il faudrait plutôt faire des efforts pour amener des travailleurs d’autres régions du Québec vers la capitale.

Ce ne sont pas les positions des uns et des autres qui m’agace, c’est le fait qu’en posant ainsi le débat en terme de « besoins du marché du travail » on occulte ce qui est à mon avis la principale raison pour privilégier l’immigration dans la région de Québec.

Il me semble que dans un monde de plus en plus globalisé, où l’interdépendance des pays, des régions, des villes et des peuples et des plus en plus évidente, il est indispensable de comprendre la diversité — de la côtoyer, dans la mesure du possible — de savoir que tout le monde ne vit pas de la même façon, de réaliser qu’ailleurs c’est aussi ici…

Si nous avons toutes les raisons de croire dans l’ingéniosité et le savoir faire de gens de Québec, d’en être fiers, et de penser qu’il pourrait rayonner partout autour du monde — comme les créations de Robert Lepage — il faut bien admettre qu’un des principaux handicaps auquel nous devons palier pour cela, c’est de vivre dans un vase clos relatif — entre nous — très blancs, très catholiques, très francophones. Il y a bien quelques touristes pour nous rappeler l’existence d’un autre monde, mais c’est clairement insuffisant.

Il me semble que dans ce contexte, l’immigration devrait d’abord être perçue comme une fenêtre sur le monde, comme une passerelle vers des réalités qui nous sont autrement inaccessibles, étrangères, inconnues. Dans cette perspective, c’est une relation de solidarité qui doit s’installer dès le départ entre l’immigrant et son milieu d’accueil: il faut s’entraider, pour se comprendre, pour s’expliquer le monde, ici et ailleurs – c’est une condition pour ressortir mutuellement enrichis de cette expérience. Il faut accueillir les gens d’abord pour ce qu’ils sont.

Si on y croit, il faut donner plus régulièrement la parole aux immigrants — pas pour leur faire dire que nous les avons bien (ou mal) accueilli, mais pour les inviter à nous parler d’eux, d’où ils viennent, du monde que nous partageons, de ce qui les amènent à Québec — de ce qui est semblable et de ce qui est différent, ici et là-bas.
* * *

Lorsque j’avais sept ou huit ans et que je restait à l’école le midi, c’est Madame Malouf qui supervisait le dîner.

Un jour, vers la fin de l’année, Madame Malouf nous a présenté des diapositives du Liban, le pays qu’elle avait quitté pour venir s’installer au Québec. Je m’en souviens comme si c’était hier. Un de mes souvenirs d’école les plus clairs.

Une première série de diapositives nous avait permis de découvrir le Liban d’avant la guerre et sa splendide côte méditerranéenne avec ses plages, ses grands hôtels, de remarquables immeubles et de superbes avenues. Une deuxième série nous avait permis de comprendre les conséquences de la guerre: des images semblables, où on pouvait reconnaître les mêmes lieux, les mêmes immeubles, mais où, pour l’essentiel, il n’y avait plus qu’un champ de ruines. Inoubliable, à tout âge, mais encore plus pour des yeux d’enfants.

Chaque jours, je revois les images que madame Malouf nous a présentées et même vingt-cinq ans plus tard, elles ont plus de sens que celles que me présentent aujourd’hui en boucle Radio-Canada, Libération, Le Monde ou CNN. Ces images ont un visage, elles m’obligent à ne pas « théoriser » cette guerre — elles m’imposent de ne pas perdre de vue que derrière tout « ça » il y a des gens qui souffrent.

Aujourd’hui, je souhaiterais qu’il y ait une Madame Malouf dans toutes les écoles du Québec, au moins une, pour parler de son pays d’origine aux enfants, pour leur parler de la paix et de la guerre, de ce qu’elles ont laissé derrières elles et de ce qu’elles ont trouvé ici.

Aujourd’hui, je souhaiterais qu’il y ait beaucoup de Madame Malouf à Québec… non pas parce que nous manquons de personnes pour superviser les enfants le midi dans les cafétérias scolaires, mais parce que je pense que leur présence est indispensable pour préparer adéquatement les enfants à vivre dans le monde qui sera le leur — celui que nous leur aurons laissé en héritage.

Merci Madame Malouf. Merci. Et bon courage.

Ma langue, deux langues, les langues…

Chaque matin, je survole sur le Web les principaux textes de quelques journaux français et québécois: pour garder le beat, pour faciliter la découverte des contrastes entre mon hier et mon aujourd’hui… pour inventer progressivement mon demain. J’aime les contrastes, petits et grands, parce qu’ils m’interpellent.

Le contraste était particulièrement fort, jeudi, entre les textes placés à la une du Soleil et à la une du Monde. Extraits:

À Québec: « Germain Lamonde, président d’EXFO, suggère de laisser tomber la francisation des immigrants afin de les convaincre de venir… et de rester. Si les immigrants doivent absolument apprendre le français pour venir s’installer ici, oublions ça. L’immigration, c’est tout un défi pour une ville blanche et monolithique comme Québec. Mais c’est aussi une grande opportunité » […] Les Québécois devront faire un effort pour « s’internationaliser de l’intérieur », poursuit M. Lamonde. »

(Source: Le prix à payer: sacrifier le français, Le Soleil, 27 avril 2006)

À Paris: « Le premier devoir de quelqu’un qui est accueilli est de respecter celui qui l’accueille, et donc d’aimer la France ou au moins de la respecter. […] C’est un minimum que d’exiger que l’on apprenne le français. »

(Source: Immigration et Front national: Nicolas Sarkozy s’explique, Le Monde, 28 avril 2006)

La situation linguistique en France et au Québec est évidemment très différente. Celle de l’immigration aussi.

Je ne doute pas que de très vives réactions ont dues suivre la suggestion de Germain Lamonde, peut-être avec raison, je ne sais pas. Est-ce une proposition réaliste? Ça reste à voir. Il y a peut-être d’autres pistes à explorer.

Quoiqu’il en soit, le contraste me laisse l’impression que sur la question linguistique, le Québec « reprend un peu de confiance » alors que la France semble être tentée par « le repli sur soi ». Si c’est bien le cas, je m’en réjouis pour le Québec, et m’interroge, perplexe, pour la France.

Cela dit, « reprendre confiance », à Québec, ça me semble encore insuffisant! Il faudra s’ouvrir davantage, valoriser l’apprentissage des langues, beaucoup plus! Stimuler leur pratique et leur affichage. Il faut cesser de s’étonner que les panneaux d’information touristique soient aussi en anglais, et faire en sorte qu’ils soient également en espagnol, en allemand, et en italien, par exemple.

Parmi les choses qui me frappent le plus depuis mon arrivée en France, c’est de constater que le monde ne se construit pas qu’en anglais — contrairement à l’impression que peut nous laisser la vie quotidienne à Québec — ni même dans une seule langue à la fois, quelle qu’elle soit… C’est une affaire de multilinguisme!

L’Europe (un concept très « réel » vu de Paris) se construit en plusieurs langues à la fois, dans une danse des mots qui s’affichent partout: dans le tourisme, sur les boîtes de céréales, dans les publicités, dans les sites Web pour enfants, etc. Et je me dis que cette prise de conscience est absolument essentielle aujourd’hui pour rester dans la game.

À cet égard aussi, il faudrait que Québec soit une cité éducative. ;-)

Mise à jour: Incroyable! Même débat… dans la plus prétendue plus grande puissance du monde:

« And I think people who want to be a citizen of this country ought to learn English, » Mr. Bush said. « And they ought to learn to sing the national anthem in English. » »

(Source: NewYork Times, 29 avril 2006).

Merci à Margarita pour avoir attiré mon attention sur le sujet.

L’énigme de Québec

Il faudrait être bien indifférent à la chose politique pour ne pas s’interroger sur ce qui est devenu le buzz du moment et qui a désormais pour nom « l’énigme de Québec ». Il y a forcément quelque chose à comprendre quand une région — ma région — bascule ainsi politiquement. Quelque chose à comprendre sur le jeu politique qui s’y joue ou sur la façon de réfléchir des gens qui y vivent.

J’en ai discuté avec quelques amis. J’ai lu quelques textes. Pris connaissance de quelques analyses — savantes ou spontanées. Parmi toutes ces explications, plusieurs me sont apparues un peu simplistes, d’autres un peu trop abstraites pour pouvoir éclairer l’action politique.

Lire la suite de « L’énigme de Québec »

Entre l’utopie et la réalité

C’est étrange.

J’ai été silencieux ici très (trop?) longtemps parce que je manque de temps pour mettre de l’ordre dans mes idées personnelles… me contentant pour le moment d’absorber, de noter, d’emmagasiner. J’en ai plein les yeux, plein le coeur, plein la tête.

Et voilà précisément que c’est cette difficulté de trouver du temps pour réfléchir qui me ramène ici.

Parce que mon blogue est le meilleur outil dont je dispose pour m’accompagner dans mes réflexions.

Parce que je l’ai modelé ainsi; parce qu’il m’est personnel… tout en me reliant à des gens qui ont manifesté de l’intérêt pour réfléchir avec moi.

Évidemment, le problème quand on reprend l’écriture après autant de temps, c’est de savoir par où commencer, parce que forcément, les sujets ne manquent pas…

Cette fois, quand je cherche un fil conducteur entre toutes les idées, embryonnaires, qui me passent par la tête depuis quelques semaines, il y a un texte qui occupe une place privilégiée. Il s’agit d’un texte de François Dubet, lu dans Libération, le 12 janvier.

Dans ce texte intitulé Redoutable égalité des chances, le sociologue aborde sans complaisance le caractère utopique (voire illusoire) du concept d’égalité des chances qu’il estime, par ailleurs, indispensable pour le bon fonctionnement (et le développement) d’une société démocratique.

Pourquoi utopique?

« …tout devrait nous conduire à être prudent en la matière car, après tout, l’ensemble des recherches sociologiques conduites en France et ailleurs montre que ni l’école ni le marché du travail ne parviennent à effacer les effets des inégalités sociales. »

« …l’égalité des chances constitue notre horizon de justice central, qu’elle est la fiction sur laquelle nous continuons à imaginer qu’il est possible de construire des inégalités justes. Un enseignant peut être révolté par les inégalités sociales qui pèsent sur les performances de ses élèves, il n’empêche qu’il est «obligé» de croire à l’égalité des chances quand il note leurs copies… »

« L’orgueil des élites issues des compétitions économiques et scolaires montre aisément que l’égalité des chances peut être, à la fois, une forme de justice et une manière de légitimer de plus grandes inégalités puisque celles-ci sont produites par un principe indiscutable. Dès lors, l’égalité se retourne contre elle-même. »

« …si nous méritons nos succès et nos échecs, nous ne méritons pas forcément les vertus et les handicaps qui nous font triompher ou échouer. »

« Même juste, l’égalité des chances implique mécaniquement qu’il y ait des vaincus… »

Pourquoi nécessaire?

« …il est évident que, dans les sociétés démocratiques affirmant l’égalité fondamentale des individus, l’égalité des chances est la seule manière de produire des inégalités justes, c’est-à-dire des inégalités tenant au mérite de chacun, à son travail, à sa vertu et à sa liberté puisque chacun doit être libre de mettre son propre mérite à l’épreuve. »

« …l’égalité des chances ne vise pas à produire une société égalitaire, mais une société dans laquelle chacun peut concourir à égalité dans la compétition visant à occuper des positions inégales. »

« La lutte pour l’égalité des chances ne peut pas faire l’économie du combat pour la réduction des inégalités sociales, des inégalités des positions et des ressources… [c’est] la seule façon d’offrir des garanties et une égalité sociale fondamentale à ceux qui échouent dans la compétition égalitaire, fût-elle juste. »

« Pour être juste et vivable, une société ne peut se réduire à cette sorte de compétition permanente et d’autant plus permanente qu’elle serait juste, à une société dans laquelle chacun ne serait que l’entrepreneur de lui-même. Pour cette raison, la justice ne consiste pas seulement à réduire les inégalités de position, elle conduit aussi à faire que ces positions soient les meilleures possibles en permettant à chacun de construire la vie qui lui semble bonne. »

Pourquoi avoir choisi ce texte?

Parce que d’une certaine façon, il rassemble plusieurs convictions qui me servent à articuler mes préoccupations sur la ville comme une cité éducative (plus présentes et alimentées que jamais), sur le rôle de l’école (que je découvre sous de nouveaux angles), sur la place du matériel didactique et des « technologies numériques » (plus que jamais au coeur de mon quotidien) dans un projet éducatif « libérateur et solidaire ». Il fait aussi clairement écho à plusieurs des observations (parfois étonnantes!) que je fais sur l’évolution de la situation politique à Québec, au Québec et au Canada.

En effet, quand je lis, j’entends et je vois, malgré la distance, les discours simplistes de plusieurs politiciens; quand je m’indigne (en privé, pour le moment) de plusieurs décisions qui se prennent dans ma région; quand je lis avec effroi certains discours sur la réforme scolaire; et quand je constate que la tactique fait office de valeurs pour plusieurs partis et mouvements politiques qui devraient animer l’espace public dans le but de « tirer la société vers le mieux »… je me dis que c’est très juste (et nécessaire) aujourd’hui d’affirmer, comme le fait François Dubet dans ce texte, que malgré les contraintes auxquelles la réalité nous confronte, et en dépit des résignations temporaires qu’il est parfois nécessaire d’accepter, il faut continuer d’affirmer les valeurs qui nous guident, de formuler des utopies et d’oeuvrer avec détermination à rallier les gens autour des idées qui en découlent. À défaut de le commenter de façon plus complète dès maintenant, notons que c’est également dans cette perspective que j’ai lu avec grand intérêt la récente réflexion de Philippe Meirieu sur le rôle des enseignants à l’horizon 2020.

En d’autres termes, ce qui apparaît dans un premier temps contradictoire peut n’être en fait qu’un méandre sur la trajectoire qui doit nous mener vers une destination projetée. Évidemment, il n’y a rien comme avoir clairement en tête cette destination pour accepter les détours auxquels la vie nous convie…

Il me semble qu’en cela le travail des enseignants et celui des animateurs de l’espace public se rejoignent clairement parce qu’ils impliquent dans les deux cas d’être en mesure de formuler des projets dans lesquels les gens à qui ils s’adressent pourront s’engager avec suffisamment de conviction pour accepter les efforts et les sacrifices que leur réalisation peut impliquer.

C’est aussi — dans une tout autre perspective — le défi qui se pose à moi ici pour les prochains mois. Je m’en réjouis.

Quinze jours plus tard…

Fallait-il partir de moi? de ma rencontre de l’Autre? Privilégier une perspective plus personnelle? ou plus professionnelle? Qu’importe! J’ai choisi les airs de Zebda (Essence ordinaire, 1998) et je me suis lancé dans l’écriture.

Mon visage est une page qu’on n’arrache pas
(Tombés des nues)

Les deux semaines qui viennent de s’écouler auront été marquantes à bien des points de vue. Être loin de sa famille, laisser des copains derrière soi, vendre sa maison, aborder un nouvel emploi — dans un nouveau pays — et apprivoiser tous les sentiments qui accompagnent cela, ça ne laisse pas indemne. C’est une expérience particulièrement intense.

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