Ann Bourget se lance dans la course à la mairie de Québec en affirmant:
« Je suis fondamentalement entrepreneure. Je pense que la ville doit être gérée comme une business. »
Cela ne me plaît pas.
Je comprends qu’au moment où la course est à peine lancée, le jeu consiste à couper l’herbe sous le pied de ses concurrents potentiels — dans le cas présent en adoptant le langage des gens d’affaires — mais je n’aime pas que cela se fasse au détriment du bon sens.
Non, on ne peut pas gérer une ville comme une business. Quoi qu’on dise, ce n’est pas possible. Et même si ça l’était, ce ne serait pas souhaitable.
Ce n’est pas possible parce que qu’une ville ça ne vit pas au même rythme qu’une entreprise et parce que ça n’a pas à faire face au même type de contraintes et de défis.
Une entreprise ça prend naturellement des risques, ça peut être recapitalisé, ça peut être vendu, ça peut changer de mission, ça peut mettre à pied une partie des personnes qui la composent pour réduire provisoirement ses coûts de fonctionnement. Une ville ne peut rien de tout ça.
Une ville c’est un milieu de vie. Une ville c’est un espace géographique. Une ville c’est une communauté, cela fonctionne comme une démocratie, pas sous l’autorité d’une assemblée d’actionnaires. Une ville ça doit faire face à des défis à plus long terme, ça ne peut pas déménager, ça doit voir aux besoins des plus plus pauvres et satisfaire les plus riches, ça doit assurer une infrastructure pour au moins deux générations d’avance, ça doit faire face à des changements démographiques, cela doit respecter des régles de fonctionnement beaucoup plus transparentes. Et c’est très bien comme ça.
Dire qu’une ville doit être gérée comme une entreprise c’est une erreur… même si on est « fondamentalement entrepreneure »… surtout si on est entrepreneure!
Parce que pour moi, être entrepreneur — faire preuve d’entrepreneneuriat — c’est avant tout avoir le goût d’entreprendre, c’est à dire se considérer comme un agent de changement, agir comme acteur d’une situation à inventer.
Quand on est entrepreneur et qu’on créé une entreprise, c’est parce qu’on croit que c’est le meilleur outil pour arriver à réaliser ce qu’on souhaite: relever un défi, réaliser un projet, s’enrichir — pourquoi pas?
Quand on est entrepreneur et qu’on choisi la politique, c’est parce qu’on a un projet en tête et qu’on pense pouvoir l’accomplir grâce aux pouvoirs politiques qui nous seront confiés. Un projet qui peut avoir une dimension personnelle, certes, mais qui devrait aussi avoir une dimension sociale.
C’est de ce projet dont j’aimerais qu’Ann Bourget, Pierre Dolbec et les prochains candidats nous parlent, qu’ils nous l’expliquent, qu’ils nous donnent envie d’y croire. J’aimerais aussi qu’ils nous expliquent comment ils comptent utiliser les moyens qu’ils nous demandent de leur confier, les moyens d’une administration municipale — avec ses possibilités d’emprunt, ses infrastructures, ses revenus et ses moyens fiscaux uniques, et l’engagement potentiel de sa population — pour y arriver.
Il me semble que quand on a envie de « gérer comme une business », c’est la tête d’une business qu’on cherche à conquérir, pas celle d’une ville. Toute confusion à cet égard ne m’inspire pas confiance.
Cela dit, on est encore en tout début de course et Ann Bourget reste une très bonne candidate, que je n’ai jamais regretté d’avoir appuyée la dernière fois que j’en ai eu l’occasion. À suivre.