Se définir par l’audace

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Je lis beaucoup de choses depuis le départ de Pierre Karl Péladeau. Ben ben du monde qui a ben ben des conseils à nous donner. Conseils parmi lesquels il faudrait notamment remiser notre discours indépendantiste, au moins le temps de gagner la prochaine élection. Cela faciliterait une hypothétique alliance nationaliste.

Remarquez, je ne suis pas forcément contre cette idée… mais j’aimerais qu’elle émerge de nos propres discussions. Pas de la rumeur des gérants d’estrade.

Le Parti Québécois est pris dans un double piège depuis quelques mois:

  1. Tellement facile de critiquer les Libéraux qu’on peut se satisfaire de cela;
  2. Le calendrier du congrès commençant en septembre, on peut continuellement reporter à plus tard les débats.

Et pendant ce temps, les autres partis ont repris le terrain des idées et des propositions. Encore ce matin, la CAQ prend la défense de Télé-Québec, après avoir brassé les enjeux d’éducation, notamment, dans les dernières semaines. Allo? On est où, nous autres, là-dedans?

Il est urgent qu’on occupe à nouveau l’espace public par nos propositions. Quitte à parfois se contredire les uns les autres. La population sait bien que tout le monde ne doit pas penser la même chose dans un parti politique — et encore moins dans une coalition comme le Parti Québécois. Faut arrêter de faire semblant.

J’ai parfois l’impression qu’on a tellement peur de se faire dire qu’on est un parti de chicanes qu’on préfère avoir une image aseptisée. On s’est laissé définir par nos adversaires.

Pareil au sujet de l’indépendance. Si on suit la route que les commentateurs sont en train de définir pour nous, on va se déchirer rapidement entre le camp des «premièrement l’indépendance» et celui des «remettre le Québec sur pied d’abord». Comme si c’était les deux seules voies possibles.

Je pense que notre défi est précisément d’éviter cette dichotomie. Il faut réussir à poser le problème autrement.

Un ami m’a dit hier soir:

Ce n’est pas la question nationale qui renouvellera la façon de faire de la politique, c’est une nouvelle façon de faire de la politique qui va renouveler la question nationale.

Je pense que c’est très sage. Et inspirant.

C’est sur ça qu’il faut travailler, d’urgence.

Il reste 880 jours avant la prochaine élection. C’est beaucoup plus qu’il n’en a fallu à Justin Trudeau pour transformer la carte politique au Québec et à Bernie Sanders pour bousculer le Parti démocrate et l’ensemble de la politique américaine.

Dans les deux cas, ils ont dû, pour y arriver, sortir des sentiers battus, quitter les zones de confort de leurs mouvements politiques et mettre des débats audacieux sur la place publique.

Le plus grand danger qui nous guette, c’est de ne pas avoir la lucidité et le courage de faire la même chose.

 

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13 commentaires

  1. Bonjour Clément,

    J’espère ne pas être que de lourds pixels de plus parmi le «Ben ben du monde qui a ben ben des conseils à […] donner».

    Je n’ai pas été un «supporteur » de M. Péladeau à la course à la chefferie, et je dois dire que je m’en étais méfié, mais il faut être «bon joueur» et il me semble pouvoir retenir au moins ces apports à l’institutionnalisation de certains enjeux :

    – Il a amorcé, avec Mme Hivon, un dialogue avec l’ensemble des Indépendantistes. Société civile, Option nationale (qui fait beaucoup, notamment avec le «Livre qui fait dire Oui» et les nombreuses conférences et interventions), Québec solidaire… On peut toujours pinailler et ce n’est certes pas un dossier facile, mais il y a quelque chose de noble dans ce «lâcher-prise » qui pourrait conduire à quelque chose de grand. Il reste bien sûr beaucoup à faire, mais c’est ça prendre à bras le corps l’avenir.

    – Il a initié la venue de l’IRAI, l’Institut (indépendant) de recherche sur l’autodétermination des peuples et les indépendances nationales. Bon, l’institut devait faire son lancement officiel à la fin du printemps et sa pérennité n’est pas gagnée, mais puisqu’il devait s’agir d’un institut indépendant des partis politiques, rien n’est a priori perdu.

    – Il a amorcé, quoique bien timidement selon certains, un mouvement vers la gauche logeant chez Québec solidaire. Sur le fond, par là il a surtout rappelé cette donnée fondamentale : si le PQ se veut une coalition de gauche-droite réunit autour du partage de l’idée d’Indépendance du Québec, cette coalition (gauche-droite) n’a plus aucun sens si elle met en berne l’idée d’Indépendance du Québec. Ça devrait allez de soit, sinon le PQ ne serait qu’un homologue de la CAQ, mais il semble que l’essentiel se perd parfois de vue en faisant l’épicerie.

    En mai 2014, quoiqu’un peu sous le choc des perspectives du moment je dois le dire, je faisais paraître en «Points de vue» du Soleil un questionnement sur les fonds et raisons de l’indépendance (Cf. http://www.lapresse.ca/le-soleil/opinions/points-de-vue/201405/06/01-4764122-quelle-independance-politique.php ). Depuis, si les questions alors posées ne m’ont pas quitté, j’ai au moins pour moi-même certaines convictions renouvelées. Et parmi celles-ci, l’idée que si l’Indépendance du Québec doit être de l’avant, c’est aussi en s’accompagnant d’un projet de société qui ne s’accomplira peut-être pas (puisqu’après une indépendance, nous aurons encore une gauche-droite et des élections), mais qui pourrait alors être possible, sans en contrepartie que cela ne soit possible dans le cadre des juridictions fédérales.

    Les défis ne sont pas nécessairement faciles, mais j’imagine que comme l’a dit un grand homme, il faut se cracher dans les mains et travailler.

    Bien modestement,
    Patrice

  2. […] me rappelait ce matin que je publiais l’année dernière à pareille date un texte intitulé Se définir par l’audace dans lequel j’abordais certains défis auxquels le Parti Québécois est […]

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