Une affaire de confiance (et de retroussage de manches)

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(Texte écrit en réponse à cette lettre de mon ami Mario)

Salut Mario,

J’ai été ravi de constater que mon texte d’hier t’avait donné envie de réagir. Tu vois, ce n’est pas de la frime quand je dis que je souhaite des débats. Il faut des débats vigoureux au sein de mon parti, bien sûr, mais d’autres aussi, beaucoup plus largement, au sein de la société québécoise. Parce que je pense qu’on est d’accord sur un constat important toi et moi: si rien ne change, le Québec va poursuivre sa trajectoire vers une impasse aussi inévitable que prévisible.

C’est d’ailleurs pour ça que les textes des chefs d’Option nationale et de la CAQ, m’ont fait réagir hier soir. Parce que je suis convaincu qu’il faut qu’on se parle et que de profiter de la première occasion pour se fermer la porte sur les doigts ne nous fait pas avancer dans la bonne direction. Je crois au dialogue qui va rendre possible convergence des forces souverainistes et je crois également à un dialogue, tout aussi nécessaire, entre le Parti Québécois et la CAQ.

Tu me dis dans ta lettre que tu souhaites qu’il y ait des débats de fond au Parti Québécois (ce que je mettais en doute dans mon texte) «mais que si c’est comme d’habitude, on va continuer de tourner autour du même sujet sans être clair.» Tu ajoutes qu’à défaut de clarté (sur la question nationale) tu crains que le Parti Libéral puisse encore nous définir comme le parti des référendums en 2018 et possiblement gagner l’élection sans même devoir expliquer la vision du Québec qui l’anime. Je doute un peu que cela t’attriste vraiment (sinon comment comprendre tous les efforts que vous mettez à entretenir, vous aussi, cette image ?), mais je suis tout de même d’accord avec toi sur le risque que ça représente.

Alors, quoi faire pour éviter ça ? Ben être franc et honnête, quoi d’autre ? C’est la seule façon de faire de la politique qui m’intéresse, de toute façon. Le défi avec ça c’est que parfois la réalité franche et honnête, c’est que ce n’est vraiment pas encore tout à fait clair. Comme c’est le cas, je pense, en ce début de course à la chefferie… qui n’était absolument pas prévue il y a à peine dix jours.

Je comprends que les journalistes (et les adversaires politiques) aimeraient obtenir des candidates et des candidats des réponses « par oui ou non » (ou mieux : une date précise pour le prochain référendum !), mais il va probablement falloir qu’ils acceptent que ce ne sera pas immédiatement le cas. Les réponses des candidates et des candidats doivent évidemment être franches, claires, et aussi directes que possible, mais ça ne m’apparaît pas dramatique qu’elles laissent place à un peu de flexibilité. Il en sera bien sûr tout autrement à l’élection de 2018.

Là, je t’entends déjà me dire que c’est bien beau tout ça, « mais toi Clément, qu’est-ce que tu en penses? Qu’est-ce que tu aurais répondu à la place de Véronique Hivon au micro de Paul Arcand? »

Je ne sais pas ce que j’aurais répondu « à la place de Véronique Hivon » — parce que je n’aspire pas à être chef du Parti Québécois et je ne connais pas toutes les contraintes associées à cette ambition. Mais une fois que j’ai dit ça, je peux te dire que ma conviction (personnelle, donc), c’est que pour convaincre les Québécois de s’offrir un pays, il faut d’abord leur redonner confiance en eux-mêmes. Il faut qu’ils sentent que tout ne se décide pas sans eux, sous le contrôle de l’État ou de multinationales dont l’influence échapperait à toute forme de contrôle. Il faut que les citoyens sachent qu’ils peuvent prendre des initiatives, et que c’est la somme de ces initiatives qui contribueront à définir ce pays — pas des décisions prises à leur insu.

C’est pour ça qu’il faut repartir de la base, localement, des groupes, des communautés, des petites et des moyennes entreprises. Il faut parler au monde. Il faut faire de l’éducation une priorité absolue. Il faut simplifier l’administration de l’État pour la rapprocher des gens, éliminer les réglementations inutiles ou désuètes, stimuler l’entrepreneuriat, offrir de meilleures protections aux gens vulnérables, assurer la solidarité des uns et des autres, redonner sa place à la culture. Il faut repartir des aspirations des gens et refaire la démonstration qu’il sera plus facile de les réaliser dans un Québec Pays que dans un Québec Province. Est-ce que ma réponse est assez claire?

Je pense que tout ce qui est de nature à redonner du pouvoir aux citoyens, qui leur permet de se prendre en main, d’avoir confiance en eux (et au fait que l’État ne les laissera pas tomber s’ils sont dans le besoin) et, surtout, de sentir qu’ils ont prise sur leur destin, nous rapproche du jour où nous aurons un pays. Tout ce qui va dans le sens contraire nous en éloigne.

Il faut évidemment que je reconnaisse que c’est tout un programme que je décris là, et que ça va vraisemblablement prendre des années pour y arriver. Ce n’est pas une mince affaire, mais c’est un maudit beau défi. Très concret.

Dans ce contexte, est-ce qu’il y aura un référendum avant 2022 ? Très franchement, moi, personnellement, ça ne m’embête pas du tout de dire que non, il n’y en aura pas. On a beaucoup trop de travail à accomplir dans la structuration du projet d’indépendance avant que ça devienne possible de le soumettre formellement aux Québécoises et aux Québécois d’ici là. Voilà. C’est dit.

Est-ce que Véronique Hivon, ou d’autres candidats diront autre chose ? C’est possible. Et ça ne me dérange pas. Je n’ai pas besoin d’être d’accord sur tout avec quelqu’un pour travailler avec elle ou avec lui (et c’est bien ce qui me permet de croire qu’il serait même possible de travailler avec la CAQ sur de nombreux sujets, s’il y avait un tant soit peu de volonté de part et d’autre).

Une chose est certaine toutefois: ce n’est certainement pas en mettant le projet d’indépendance en veilleuse qu’on va y arriver. C’est seulement en en parlant, tous les jours, calmement, qu’on va pouvoir y arriver. Ce n’est pas parce qu’on en fait une obsession qu’on doit en parler tous les jours mais parce qu’on estime que c’est profondément structurant pour le développement de la société québécoise, et de chacun des citoyens qui la composent.

Mettre de côté la question de l’indépendance le temps de régler d’autres choses, comme la CAQ le propose, c’est demander aux citoyens du Québec d’accepter encore longtemps qu’il y a des pans entiers de leurs vies qui leur échappent. C’est leur demander d’accepter que d’autres soient plus aptes qu’eux-mêmes à décider de ce qui est bien pour eux. Je n’ai pas le goût de ça moi. Je veux que le parti politique au sein duquel je milite porte un projet qui met au coeur de son projet le développement de la confiance en soi de chacun des citoyens, en toutes circonstances.

C’est ça qui doit guider les propositions que le Parti Québécois doit soumettre à la discussion au cours des prochaines semaines et des prochains mois. Elles seront nombreuses, ne t’en fais surtout pas pour ça.

Le pays imaginaire auquel tu fais référence Mario, ce n’est pas le Québec pour lequel des millions de Québécois sont prêts à se retrousser les manches, c’est le Québec-fort-dans-un-Canada-Uni que la CAQ nous fait miroiter… en omettant d’évoquer toutes les renonciations qu’il suppose.

Je vais te donner raison sur une chose en terminant, cher ami. Tu as raison de me suggérer de laisser faire François Legault et Sol Zanetti. Ce n’est pas aux partis politiques ou à leurs représentants officiels qu’on doit s’adresser ou accorder le plus d’attention par les temps qui courent, c’est aux personnes qui, individuellement, sont préoccupées par la mauvaise posture dans laquelle se retrouve leur pays.

C’est dans cet esprit que j’ai rédigé cette réponse, et qu’on pourra poursuivre le dialogue.

Amitié réciproque,

Clément

 

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6 commentaires

  1. Bonjour Clément,
    Moi je pense qu’on ne peut rester indéfiniment dans le vague sur la question de la manière ou le moyen d’accès à l’indépendance. Sinon, comme le dit ton correspondant, Couillard va gagner la prochaine élection en s’amusant à faire patiner la candidate ou le candidat du PQ sur la question du référendum. On ne peut éluder cette question.
    QS met de l’avant la proposition d’une constituante où l’ensemble des options constitutionnelles seraient débattues, y compris une réforme du régime fédéral actuel et le statu quo. Avec un peu de mémoire, on peut conclure que les fédéralistes de tous bords mettront le paquet pour que le projet indépendantiste avorte une fois pour toute.
    Dans la revue L’Action nationale de décembre 2015, il y a un article intéressant de Simon-Pierre Savard-Tremply sur le sujet. En somme: faire de l’accès à l’indépendance un processus plutôt qu’un évènement sous forme d’un coup de dés.
    Je résume sa position en la complétant en 5 étapes:
    1- Une élection dite référendaire, où le PQ s’engage à réaliser l’indépendance. Campagne électorale où le parti explique clairement le processus pour y accéder. Fini le flou artistique qui esquive le problème en le qualifiant de simple «mécanique» ou «tuyauterie» .

    2- Le gouvernement indépendantiste élu propose une constitution provisoire, basée sur la «Loi sur l’exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l’État du Québec», adoptée en l’an 2000 pour répondre à la Loi sur la clarté de Stéphane Dion.

    3- Comme je l’explique dans mon article qui sera publié dans le prochain numéro de L’Aut’ Journal, le gouvernement élu met en oeuvre des politiques indépendantistes: se réapproprie unilatéralement des pans entiers de compétences dévolues aux provinces dans la constitution canadienne, comme la culture, l’éducation. Ces actions vont susciter une vive réaction d’Ottawa; les débats qui s’ensuivront vont contribuer à mettre les vrais problèmes en perspectives et démontrer qu’il y a un gouvernement de trop dans cette «maison de fous». En outre, ce gouvernement lance des projets économiques audacieux et structurants, comme le train monorail sur moteurs-roues et la nationalisation de l’éolien dont une partie serait octroyée à des coopératives et à des municipalités. Etc. Des projets qui répondent à des enjeux criants et qui préoccupent les jeunes du XXIe siècle. Ce sont de telles mesures qui vont redonner du pouvoir au peuple, redonner confiance, redonner le goût du pays. Désaliéner les esprits d’abord. Arrêter d’avoir peur.

    4- Convocation d’une constituante pour l’élaboration d’une constitution permanente qui fait du Québec un pays.

    5- Référendum pour l’approbation de la constitution

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