Les distractions qu’on nous prépare…

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Je trouve que Mario Asselin confond les fantasmes et l’analyse dans sa dernière chronique des Spin Doctors.

La CAQ voudra combler le vide | Journal de Québec | 3 mai 2016

C’est un peu normal parce que c’est le concept même de cet espace du Journal, mais disons qu’il fait dans le sport extrême encore plus que d’habitude!

  • Le PQ se retrouverait devant rien;
  • La possibilité que Régis Labeaume soit candidat;
  • Le transfert de Stéphane Gobeil aurait été le début de quelque chose dont le départ de PKP est la suite;
  • Des transfuges du PQ prochainement vers la CAQ, et même vers QS.
  • etc.

Je comprends que les adversaires politiques ont intérêt à échafauder toutes sortes de scénarios et à en parler sur toutes les tribunes, pour distraire les élus et les militants du Parti Québécois pendant qu’eux tentent de profiter de la situation. C’est de bonne guerre.

Sauf qu’ils savent très bien que c’est dans l’adversité que le Parti Québécois a toujours été le meilleur. Et que c’est en retournant sur le terrain des idées et des propositions concrètes qu’il a su le mieux rallier.

Et que ça adonne bien… parce que c’est en plein là qu’on s’en va.

  • Non, le défi n’est pas de trouver un nouveau sauveur;
  • Ni d’élaborer des stratégies politiques des genre billards à trois bandes;
  • C’est de parler simplement, franchement, de la société qu’on propose.

 

Lire aussi:

 

Un projet de société

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Je poursuis la réflexion entreprise hier à la suite du départ de Pierre-Karl. Parce que je pense que les choses risquent de se précipiter, et que c’est donc le moment ou jamais d’exprimer spontanément ce qui me semble particulièrement important pour la suite.

Si j’ai choisi de militer au Parti Québécois, c’est évidemment parce que je crois à la nécessité de l’indépendance du Québec. La population comprend très bien cette dimension de notre programme. Il faut éviter la surenchère de professions de foi à ce sujet. Vu de l’extérieur du parti, c’en est devenu complètement ridicule. Disons-le franchement: le problème n’est pas là. Le problème c’est que la population ne comprend plus très bien le reste de notre programme. C’est ça qu’il faut mieux expliquer.

Il faut donc profiter des prochaines semaines pour beaucoup mieux expliquer ce qu’on propose comme projet de société.

En particulier pour ce qui concerne:

Notre vision de l’éducation — qu’il ne convient certainement plus de limiter seulement au système scolaire.

Notre compréhension des enjeux associés aux développements technologiques — qui sont en train d’exercer une pression considérable sur l’ensemble de la société et de rendre désuètes de nombreuses lois et réglementations.

L’importance qu’on accorde à la culture québécoise — et le rôle que nous croyons nécessaire de confier à l’État afin de réunir les conditions nécessaires à son épanouissement.

Tout cela dans un contexte où on doit reconnaître que l’État est à bout de souffle, complètement débordé, alors qu’il est urgent de lui redonner les moyens d’innover. Je soumets à la réflexion que cela ne pourra se faire qu’en inventant de nouveaux modes de collaboration entre l’État et les petites et moyennes entreprises — ce qui permettra par ailleurs de stimuler ce qui est depuis toujours au cœur de l’économie du Québec.

Le fait que l’indépendance sera nécessaire pour réaliser complètement la vision que nous avons du Québec ne doit pas nous empêcher d’assumer, entre-temps, le leadership d’un fort mouvement social dans la direction désirée.

Ce n’est pas l’indépendance qui fait peur, c’est l’inconnu. Engageons-nous donc à décrire un projet désirable et à adopter une attitude rassembleuse. Le reste viendra plus naturellement.

Je crois que nous avons besoin pour cela d’une ou d’un chef qui saura adopter un ton plus pédagogique que vindicatif et qui saura inspirer, en se présentant comme un-e véritable chef d’équipe plutôt que de cultiver le fantasme du one man show et de la politique spectacle.

Ce qui est bien, c’est qu’il y en a du monde de même au Parti Québécois.

 

À lire aussi:

 


Image: Photo d’un mobile de Geneviève De Celles

 

 

 

 

Le regard (déjà) tourné vers le futur

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Bon ben, c’est ça qui est ça, dirait Martin Léon.

La politique est décidément un univers plein de surprises et de rebondissements. Il faut savoir se r’virer d’bord rapidement, retomber sur ses pattes et réussir à identifier, toujours, les opportunités à travers les obstacles. Comme aujourd’hui.

Pierre Karl Péladeau a choisi de quitter la politique — de façon aussi fracassante qu’il y était entré. J’ai bien sûr eu l’occasion de le côtoyer un peu au cours des derniers mois. Pas tant que ça, mais certainement assez pour pouvoir apprécier son leadership. Alors avant de faire tout autre commentaire, je veux surtout le remercier pour sa générosité et pour tout le travail qu’il nous a permis d’accomplir. Dire aussi qu’il faut absolument que se poursuive la réinvention du Parti Québécois à laquelle il nous avait invités. Qu’elle s’accélère, même.

Cela dit, est-ce que je suis découragé ? Bien sûr que non ! Est-ce que le Parti Québécois peut s’en remettre ? Bien sûr que oui ! On en a vu d’autres… Il ne faut certainement pas se laisser abattre. La question est plutôt de savoir comment aborder la suite des choses.

Pour bien identifier cette suite, il va évidemment falloir laisser retomber un peu la poussière. S’accorder un peu de temps. J’ai néanmoins envie de soumettre dès maintenant deux pistes de réflexion à mes collègues — et à ceux et celles qui s’associent à notre mouvement.

Sur le contexte politique

On ne doit pas se contenter de taper sur les Libéraux, même s’ils nous en offrent régulièrement l’occasion. Les citoyens s’attendent plus que jamais à ce qu’un parti politique décrive, de la façon la plus concrète possible, le type de société qu’il propose. Et ça, ça ne peut se faire qu’en formulant régulièrement des propositions et en faisant preuve d’un leadership continuel à leur sujet dans l’espace public. Le calendrier du prochain congrès ne doit pas nous empêcher de retrouver cet élan le plus rapidement possible.

Pour cela, il ne s’agit pas de choisir des propositions qui sont d’emblée très populaires, mais   d’identifier des idées pour lesquelles nous pourrons exercer un véritable leadership. L’indépendance fait très certainement partie de ces propositions.

Sur la politique en général

Il faut aussi qu’on profite de l’occasion que nous offre le départ de M. Péladeau pour réfléchir aussi à la manière dont nous faisons de la politique. Les signaux sont nombreux depuis des années qu’on s’en va dans un mur avec cette manière dont on a hérité d’une autre époque. La difficile (impossible, disaient certains) conciliation travail-famille n’est pas qu’un symptôme, c’est aussi la cause de plusieurs des problèmes dont souffre la société québécoise.

Si nos exigences à l’égard des élus sont incompatibles avec la vie familiale, il ne faut pas se surprendre que ce soit une fonction qui n’attire pas plus de jeunes femmes et de jeunes hommes qui sont à l’âge d’avoir une famille ou qui font le projet d’en avoir une. Et il ne faut pas s’étonner que l’Assemblée nationale ne soit pas plus représentative de la diversité qui compose la société québécoise — avec les conséquences que cela peut avoir quand il est temps de discuter des sujets qui concernent les jeunes adultes — l’éducation, par exemple, qui reste un sujet sans cesse négligé.

Le Parti québécois devrait être à l’avant-garde d’une nouvelle conception de la vie politique, qui permettra l’engagement d’une meilleure représentation de la diversité de la société québécoise dans toutes ses instances et parmi ses prochains candidats et candidates. Cela passera forcément par une nouvelle manière de voir les structures militantes, ainsi que le rôle de député. Ça pourra aussi nous éviter de gaspiller des candidatures de qualité. Ce n’est certainement pas la seule chose à changer dans la manière actuelle de faire de la politique, mais c’est une de celles dont il convient très certainement de parler aujourd’hui.

Et pour finir, j’ai envie de partager à nouveau une réflexion faite il y a un mois, à l’occasion de mon quarante-troisième anniversaire. Je m’y interrogeais sur les raisons qui me poussaient à poursuivre mon engagement politique. Le lien est ici:

La politique, pourquoi? | 26 mars 2016 

Je me retrouve encore plus clairement dans ce texte aujourd’hui.

Et je peux d’ores et déjà dire que ce sont ces convictions qui m’animeront pour la suite des choses — et notamment dans le choix de la personne que je souhaiterai voir succéder à Pierre Karl Péladeau.

 

Un témoignage utile

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Je me suis accordé quelques jours pour décanter la lecture du livre de Dominique Lebel. Je voulais prendre le temps de réfléchir un peu avant formuler un commentaire à son sujet, parce que ça n’a pas été une lecture facile. C’est très bien écrit, mais c’est un peu douloureux.

Dans l’intimité du pouvoir — journal politique 2012-2014 | Boréal | 2016

Je sais que certains personnes déplorent la publication de ce livre, qui présente un point de vue unique, avec relativement peu de recul sur des événements aussi intenses que récents. Je pense qu’elles ont tort. C’est un livre qui fait oeuvre utile, en permettant notamment de mieux comprendre le contexte dans lequel s’exerce le pouvoir… et certaines des erreurs qui ont certainement contribué au terrible échec électoral du 7 avril 2014. Il ne s’agit pas tant de dénoncer, de s’apitoyer sur notre sort, et encore moins de chercher des coupables pour ce qui n’a pas fonctionné, mais de comprendre un peu mieux. Simplement.

Dominique Lebel assume complètement, d’entrée de jeu, sa position d’auteur:

« Tout au long de mon parcours avec Pauline Marois, j’ai consigné des faits, des impressions, des dialogues dans de petits carnets noirs. Ces carnets me permettent aujourd’hui de livrer un témoignage qui, bien qu’imparfait, constitue un récit personnel, intime, unique de la réalité du pouvoir. (…)

Si je publie celles-ci aujourd’hui, c’est que j’ai le sentiment qu’elles donneront un nouvel éclairage, un point de vue inédit sur ce gouvernement Marois qui n’a laissé personne indifférent. »

Il évite d’ailleurs assez bien de juger les événements ou d’en suggérer une interprétation trop étroite — y compris à la toute fin du livre, qui n’offre pas de conclusion. Au lecteur de s’en faire une idée. Ce que je fais d’ailleurs en publiant ces quelques notes.

Je passerai par-dessus les quelques anecdotes au sujets des uns et des autres. Elles ne sont pas sans intérêt (ne serait-ce que pour bien marquer la dimension profondément humaine de la politique), mais elles ont moins suscité mon attention que certains passages qui témoignent de quelques défis que le Parti québécois n’a pas encore fini de relever. Exemples:

«Quel est notre stratégie pour la capitale nationale? (…) comment faire en sorte que tous les ministres soient conscients des besoins de la capitale?» (16 octobre 2012)

«Parfois, en politique, à trop vouloir faire de la stratégie, on perd l’essentiel du message.» (12 avril 2013)

« …la peur d’un référendum explique en bonne partie les résultats médiocres du Parti québécois de 2012 » (Nicole Stafford, 20 août 2013)

« …nos stratégies auprès des jeunes ne fonctionnent pas. » (Nicole Stafford, 28 janvier 2014)

Ou, plus généralement:

«Le Parti québécois n’a jamais pris la mesure des conséquences de la défaite référendaire de 1995. Ni de la nature du gouvernement fédéral de Stephen Harper. Ni de la demi-victoire de 2012. Ni de l’évolution de la jeunesse québécoise. Le gouvernement n’a pas véritablement pris acte de son statut minoritaire. Il a défié constamment les partis d’opposition. [Il] n’a pas cherché à faire de compromis. Sur la langue, sur la laïcité, sur les finances publiques…» (6 avril 2014)

Aussi, sur le contexte dans lequel s’exerce maintenant la démocratie, que ça nous plaise ou non:

«Je n’ai jamais vu une campagne aussi sale. Les médias sociaux ont changé la donne…» (Anne-Marie Dussault, 3 avril 2014)

Et finalement, sur quelque chose qu’il ne faudra jamais plus croire/prétendre:

« Il faut faire comprendre très clairement que c’est le Parti québécois ou le Parti libéral. Le message à véhiculer auprès des progressistes est le suivant: le réel danger, c’est que les libéraux reviennent au pouvoir. » (19 juin 2013)

L’alternance n’existe plus. C’est seulement en formulant des propositions stimulantes et qui sauront rallier la population que nous pourrons gagner à nouveau. Pas en misant simplement sur l’échec de nos adversaires.

* * *

Le livre m’a aussi rappelé des souvenirs plus personnels, comme ma première rencontre avec Dominique, le 12 mars 2014 — en pleine campagne électorale, alors que j’étais candidat dans la circonscription de Jean-Talon. Un contact qui avait été particulièrement minimaliste (à peine quelques mots échangés) et qui m’avait déjà laissé avec l’impression d’une campagne qui roulait en fonction des revers médiatiques au lieu de se nourrir des échos que les candidats pouvaient rapporter du terrain.

Le témoignage que Dominique Lebel nous offre dans ce livre m’a bien sûr permis de mieux comprendre le contexte de cette rencontre et les défis qui lui occupaient vraisemblablement l’esprit. Cela reste néanmoins, pour moi, un souvenir concret de cette fameuse bulle qui isole, trop souvent, les politiciens.

C’est un livre dont je recommande la lecture à tous ceux et celles qui s’intéressent à la politique et aux défis que cela représente de faire grandir les idées et les idéaux à travers les exigences de l’exercice du pouvoir.

* * *

Finalement, et de façon plus anecdotique, je signale deux passages qui trouvent un échos tout particulier dans l’actualité des dernières semaines.

« [le secrétaire général de l’OCDE, ex-ministre des Finances du Mexique] échange avec Lisée sur la fin prévisible des paradis fiscaux (…) C’est inévitable. L’enjeu est d’étirer le temps, mais à terme les États savent que ce n’est pas soutenable. Une fois que les grandes puissances le décideront, ça s’arrêtera.» (10 juin 2013)

« Je lunche dans un restaurant St-Hubert… avec le président et fondateur de St-Hubert. Je découvre un homme totalement engagé dans son entreprise. En le quittant, je m’interroge sur l’avenir de celle-ci. Il ne semble pas être dans une logique de transfert intergénérationnel. Une situation qui allume toujours un feu orange dans ma tête.» (14 janvier 2014)

Comme quoi les événements prennent parfois forme bien avant de devenir le sujet du jour.

Drôle de fin de saison

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J’étais à Saint-Jean-Port-Joli en fin de semaine pour la finale régionale de hockey du fils. L’équipe s’était mérité une place pour ce tournoi grâce à une superbe fin de saison régulière. Deux équipes de Sainte-Foy avaient réussi à se frayer une place pour le tournoi.

Déjà éprouvés par une défaite particulièrement amère il y a deux semaines, résultat d’une décision très discutable d’un arbitre (en temps supplémentaire!), les coéquipiers du fils ont subi dimanche matin une autre défaite extrêmement difficile, en demi-finale — avec, une fois de plus, une décision pour le moins étonnante des arbitres. Un but accordé sur révision d’une décision… plus de deux minutes plus tard, en troisième période. Du jamais vu pour toutes les personnes présentes.

Pas besoin de dire que les gars sont sortis de la chambre des joueurs en furie. Perdre c’est une chose. Perdre avec un sentiment d’injustice. C’est bien pire.

On a évidemment discuté avec eux — les plus calmes comme les plus fort de tempérament. Il fallait reprendre le dessus sur les émotions… il restait la finale consolation à jouer contre l’autre équipe de Sainte-Foy: leurs amis.

Au dîner, la frustration ne passait pas facilement. Mais le vent a fini par tourner, sans trop qu’on sache pourquoi. De retour à l’aréna, on a recommencé à entendre des rires, la complicité est revenue. Les parents se sont réjouis… tout en restant un un peu méfiants, parce qu’une vingtaine de gars de 16 à 18 ans… ça peut réserver toutes sortes de surprises.

Lorsqu’ils se sont présentés sur la glace, on a tout de suite compris qu’on aurait droit à un match hors de l’ordinaire. Notre meilleur compteur avait revêtu l’habit du gardien de but, nos gars avaient enfilé des bas de couleurs variées, et tous les joueurs arboraient un visage taquin.

Dès la mise au jeu: le cirque!

Passes ratées, manoeuvres fantasques, erreurs grossières, prouesses truquées, jeux absurdes, pitreries de tous les genres. Un gardien de but a même eu droit à une échappée.

On a beaucoup ri. Les jeunes aussi. Les arbitres beaucoup moins. Je pense qu’ils ont très bien compris le message que les joueurs voulaient leur adresser. Un seul a choisi de faire contre mauvaise fortune bon coeur et de faire son travail avec le sourire. Bravo.

À la fin du match, les deux équipes ont évidemment fait l’empilade traditionnelle de la victoire, et pris tous ensemble la photo avec la bannière de la troisième place des régionaux 2016, que les joueurs des deux équipes ont tous signée.

Je dois lever mon chapeau à la responsable du tournoi qui était là hier après-midi, et qui plutôt que de se fâcher devant la situation, s’est prêté au jeu et accepté de remettre une médaille de bronze à tous les joueurs présents, des deux équipes. Bravo.

Plutôt que de finir une si belle saison dans la frustration et la colère, nos gars ont réussi à trouver une façon de finir ça dans une grande fête dont ils se souviendront pour toujours. Sans violence ni aucun geste déplacé: que de la franche-camaraderie — et avec la complicité des autres joueurs de Sainte-Foy.

On était très fier d’eux, pour la saison remarquable qui se terminait, surtout, mais aussi pour la très belle leçon de subversion intelligente qu’ils nous ont offerte.

Très grand bravo.

1000 mots

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En marge du Web à Québec, j’ai pris un peu de temps pour lire quelques articles que j’avais mis de côté.

J’ai été particulièrement fasciné par la lecture du texte que Morten Just a publié sur Medium le 28 mars.

I doomed mankind with a free text editor

Morten Just raconte les réactions qu’il a reçues après avoir distribué une application de traitement de texte dont la principale fonctionnalité est de contraindre les auteurs à n’utiliser que les 1000 mots les plus fréquents de la langue anglaise.

Partant d’une intention de forcer une écriture simple, compréhensible par le plus grand nombre, il s’est fait reprocher de susciter, voire stimuler la médiocrité.

Il faut voir les quelques exemples du fonctionnement de l’application pour bien saisir l’impact de la proposition de Morten Just. Les gens qui écrivent auront probablement, comme moi, quelques sueurs froides à l’idée d’utiliser ce logiciel.

Inévitablement, les échanges autour du projet ont dérivé vers le phénomène Donald Trump… qui, croyez-le ou non, n’utilise dans ses discours que moins de 300 des mots les plus fréquents. Le programmeur a même décidé d’ajouter un « Trump mode » à son application pour réduire le vocabulaire autorisé à 100 mots. Sueurs, sueurs…

Que penser de tout ça? Je ne sais pas trop… mais j’ai du mal à condamner l’expérience sans nuances.

Qu’en pensez-vous?

Par ailleurs, il y aurait des programmeurs pour tenter la même chose avec les 1000 mots les plus fréquents de la langue française? Question qu’on expérimente à notre tour?

Vi

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Plusieurs amis m’ont écrit, presque tous en même temps, un peu après huit heures ce matin.

Kim Thúy venait de mentionner mon nom à la radio au cours d’une entrevue, à l’occasion de la publication de son nouveau roman.

Vi | Kim Thúy | Libre Expression | 2016 | 144 pages

L’ineffable Kim. Toujours enjouée, tellement généreuse — avec qui j’ai eu la chance de pouvoir tisser quelques liens, grâce à je ne sais trop quels hasards de la vie. J’évoque le hasard; ce sont peut-être des coïncidences; ou je ne sais quel autre phénomène étrange, qu’elle a le don de magnifier. Avec elle, aucun instant n’est banal, même pas un simple échange par Facebook, en fin de soirée, quand l’auteure se pose une question pour son prochain livre.

C’est ce qui est arrivé il y a quelques mois. Et c’est ce que Kim a raconté à Claude Bernatchez dans cette courte entrevue (entre 5:40 et 7:50 — mais il faut l’écouter en entier!).

Rencontre avec Kim Thúy | Première heure | 6 avril 2016

J’ai été particulièrement touché par le passage de l’entrevue au cours duquel Kim explique de quelle façon elle apprivoise les mots, en en faisant parfois littéralement le tour, dans un espace imaginaire, avant de les choisir et les intégrer à ses phrases. L’influence de son fils autiste aussi dans son rapport au langage. Touchant et inspirant.

Kim, c’est le triomphe du merveilleux sur le banal. Toujours.

Merci Kim.

 

Mise à jour: Kim a également fait référence à ma contribution à la télévision, à l’émission Entrée principale, le 12 avril 2016.

Pour être sérieux au sujet du train

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Il m’arrive d’être invité dans des événements organisés ou financés par le gouvernement du Québec. Les règles de remboursement de dépenses applicables se sont considérablement resserrées dans les dernières années. Normal, jusqu’à un certain point.

Je pense toutefois qu’on est allé un peu au bout de la logique de compression; qu’on manque maintenant un peu de clairvoyance.

La politique en vigueur:

les frais de transport en autobus Québec- Montréal (101,80 $) + les frais de transport de la gare d’autobus au lieu de l’événement en métro ou bus (6,50 $ par jour) sur présentation d’une copie des billets de transport

OU 

les frais de déplacement en automobile au tarif de 0,145 $/km sur présentation d’une copie de reçu d’essence + le stationnement (maximum 2 jours) qui sera réglé à l’hôtel directement.

J’ai récemment demandé si je pouvais prendre le train plutôt que le bus. Réponse, non. Même si le prix est comparable, voire légèrement inférieur à l’autobus? Réponse: toujours non. L’autobus est le seul transport collectif remboursable.

Dans un contexte où l’intégration de la ville de Québec dans le tracé du projet de train à grande fréquence de Via Rail est un enjeu essentiel pour la capitale, il me semble que le gouvernement du Québec devrait donner l’exemple et intégrer le train dans sa politique de remboursement de frais de déplacement.

Le gouvernement n’a pas que les lois, les impôts et les taxes comme moyen d’influence et d’action. Il a aussi son propre pouvoir d’achat. Qui est d’ailleurs souvent le plus puissant moyen à sa disposition.

En permettant aux employés de l’État de voyager en train entre Québec et Montréal — mieux, les incitant à le faire! — le gouvernement poserait un geste bien plus concret et bien plus efficace que tous les discours afin de démontrer l’existence d’un volume de passagers suffisant de/vers Québec auprès de VIA.

D’autant que la politique actuelle a indirectement pour effet de réserver le marché des nombreux déplacements des employés de l’État à une entreprise qui délaisse progressivement les services d’autobus en régions — qui a toujours été la contrepartie au monopole accordé sur le tronçon Québec-Montréal, ce qui ne me semble pas particulièrement brillant.

La politique, pourquoi?

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Une réflexion personnelle à l’aube de mes 43 ans.

C’était à la une du Devoir le jour de mon anniversaire:

Le Québec désabusé de ses élus
La corruption gangrène une classe politique en qui personne n’a confiance

Disons que ça interpelle fortement un gars idéaliste qui s’intéresse à la chose politique depuis longtemps et qui a choisi de s’y engager de plus en plus au cours des dernières années — jusqu’à être candidat à deux reprises dans une élection.

Mais pourquoi donc faire tout cela, si c’est au risque de perdre la confiance et le respect de mon entourage, des gens que j’aurai souhaité représenter à l’Assemblée nationale, comme de l’ensemble de la population? — comme le laisse croire l’article du Devoir?

Ça apparaît normal de se poser la question.

Parce qu’en plus, c’est difficile la politique. Il faut y mettre du temps, beaucoup de temps, toutes les semaines… au détriment d’autres choses. Il faut être patient: les difficultés sont longues à résoudre et les accomplissements sont vites oubliés; les humeurs sont toujours vives et les dissidences sont chères payées. Ça met à rude épreuve, la politique.

Sans compter que je pense que c’est encore plus dur maintenant, dans ces moments particulièrement troubles pour l’industrie des médias — où la lutte pour l’audimat (et les revenus publicitaires) est plus féroce que jamais, et où tout ce qui est sensationnel, est beaucoup plus prisé que les idées, les propositions structurées et les nuances. À une époque où la meilleure façon de faire parler de soi, c’est souvent de dire n’importe quoi — ou de tenir des propos particulièrement provocateurs — ce que réussissent à merveille Donald Trump, Marine Le Pen et plusieurs animateurs de radio.

Il ne suffira malheureusement pas de dénoncer leur propos, ou le système médiatique, pour résoudre la situation. Décrire certaines stations comme des radios-poubelles ne fait d’ailleurs qu’accentuer le problème, en s’inscrivant dans le jeu de la provocation et du sensationnalisme. C’est la même chose aux États-Unis, où quoi qu’il arrive, Trump gagne toujours au jeu médiatique — même (surtout?) quand on parle en mal de lui.

C’est vraiment complexe tout ça. Très complexe. Et je pense que toute solution, pour être efficace, devra tenir compte de cette complexité. Ce sont des problèmes intereliés, systémiques. C’est en quelque sorte devenu ça la politique.

Et c’est pour ça, justement, que malgré les dommages collatéraux de la corruption et de la crise des médias, il faut que des idéalistes continuent d’avoir le goût de s’engager en politique. Parce que si ceux et celles qui n’ont pas abandonné la part idéaliste de la politique renoncent à s’y engager, il ne faudra pas s’étonner d’être gouvernés par des opportunistes.

Si je poursuis mon engagement, c’est, entre autres:

  • parce que je crois dans la démocratie;
  • parce que je crois profondément qu’il est essentiel de remettre l’éducation et la culture au coeur de notre projet de société;
  • parce qu’il est urgent que ceux et celles qui nous dirigent comprennent les enjeux associés aux développements technologiques;

et

  • parce que je suis convaincu que si le Québec n’acquiert pas son indépendance politique, il sera de moins en moins libre de faire ses choix, de se définir et d’assurer son développement — comme nation.

Reste que pour que l’action politique ait un sens dans un tel contexte — à plus forte raison dans un cadre partisan — ça me semble important d’avoir les idées très claires.

  • En refusant de tomber dans la politique spectacle;
  • En misant sur la qualité des relations entre les personnes;
  • En préférant la proposition à la critique;
  • En gardant toujours l’esprit ouvert;

Et, surtout,

  • En restant fidèle à ses convictions — au risque de déplaire.

Je suis convaincu que si celles et ceux qui s’engagent en politique adoptaient davantage ce genre d’attitude, le désabusement décrit par l’article du Devoir céderait progressivement sa place à davantage de reconnaissance, et la politique retrouverait ses lettres de noblesse.

C’est donc la grâce que je me souhaite pour aborder mes 43 ans et poursuivre mon engagement politique… dans une année de congrès d’orientation pour le Parti Québécois, et dans une période où, alors que tous nos efforts devraient être consacrés au rassemblement politique, certains semblent à nouveau tentés par une division encore plus grande de l’électorat.

Parfois je soupire, très fort, mais je continue. Parce qu’il le faut. Et que j’aime ça, malgré tout.

donneesquebec.ca

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Je l’ai dit à quelques reprises, j’ai un intérêt croissant pour l’univers des données publiques et des données ouvertes. Ce sera vraisemblablement à la base de mon prochain projet professionnel.

Dans ce contexte, j’ai été intrigué, de lire la semaine dernière ce gazouillis de Bruno Guglielminetti, qui révélait que:

«La ministre De Santis [responsable de l’Accès à l’information et de la Réforme des institutions démocratiques] annonce au @CRIM_ca l’arrivée d’un portail de données ouvertes Québec/municipalités en mars.»

Source: https://twitter.com/guglielminetti/status/701898149707849729

Si on se fie à cette information, le gouvernement devrait donc annoncer dans les prochains jours un portail regroupant les données ouvertes de l’ensemble des ministères et organismes publics, ainsi que celles des municipalités.

C’est une bonne nouvelle parce que le Québec est très loin d’être en avance dans ce domaine (c’est même tout le contraire!). Il faudra d’ailleurs rapidement aller encore beaucoup plus loin.

J’ai tenté de trouver plus d’information sur le projet… sans grand succès. Je n’ai trouvé aucun élément précis, mais j’ai tout de même pu prendre connaissance d’une décision du comité exécutif de Montréal qui confirme que ça s’en vient:

«En octobre 2011, la Ville de Montréal a adopté sa première politique de données ouvertes. Cette politique a permis l’ouverture d’ensemble de données augmentant le niveau de transparence de la Ville de Montréal et supportant le développement d’un secteur d’activité utilisant les données ouvertes gouvernementales pour compléter l’offre de services auprès des citoyens. S’en est suivi en juin 2012, du dévoilement par le gouvernement du Québec de son propre portail de données ouvertes. En février 2014, le gouvernement du Québec et les villes de Montréal, Québec, Gatineau et Sherbrooke ont adopté une licence commune pour la diffusion de leurs données ouvertes, la Creative Commons 4.0.» 

«Le projet d’entente proposé concerne une initiative du gouvernement du Québec pour le développement de Données Québec, un portail de données ouvertes ayant pour vocation de supporter la croissance des données ouvertes pour le gouvernement provincial mais aussi pour les villes du Québec. Ce portail est une composante de la Stratégie Ti du gouvernement du Québec. Dans sa phase initiale, le portail Données Québec rassemble donc le gouvernement du Québec ainsi que les villes de Montréal, Québec, Gatineau, Laval et Sherbrooke.» (…)

La présente entente a pour objet d’établir les modalités suivant lesquelles le Gouvernement et les Municipalités offriront aux citoyens un portail commun de données ouvertes. Ce portail sera disponible au lancement à l’adresse http://donneesquebec.ca.

• Ce portail à l’avantage d’offrir une vue d’ensemble sur les données ouvertes du gouvernement du Québec et des villes. Il permet d’offrir un point d’entrée unifiée aux développeurs pour les données de même nature et d’une même thématique.»(…)

«Pour le lancement public de la plateforme, le Secrétariat du Conseil du trésor, envisage de faire une annonce publique avec le Président du Conseil du trésor et les maires des villes partenaires.»

Source: Compte rendu du Comité exécutif de la Ville de Montréal, 17 février 2016

On peut donc s’attendre à une conférence de presse sous peu, à laquelle devraient participer Sam Hamad, Rita De Santis et les maires de Montréal, Québec, Gatineau, Laval et Sherbrooke.

Il faudra quand même d’ici là surveiller l’adresse donneesquebec.ca pour avoir peut-être quelques primeurs…

Ce serait l’fun de pouvoir en parler pendant l’événement qui est organisé par Québec numérique à l’occasion de la Journée internationale des données ouvertes:

Exploration de données à Québec | Québec numérique | 5 mars 2016

J’y serai évidemment toute la journée.

Fin de semaine militante

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Je reviens tout juste du conseil national du Parti Québécois, qui se tenait cette fin de semaine à Trois-Rivières. Deux jours où, pour une fois, tout s’est passé comme sur des roulettes.

Ça été bien sûr très agréable de voir les journalistes dire que «les péquistes sont de bonne humeur» et Jean Lapierre souligner que les participants étaient plus jeunes que les dernières années. Mais c’est surtout la teneur des échanges qui a permis de constater l’efficacité retrouvée.

Je retiens particulièrement:

  • que les militants apprécient le leadership de la direction du parti.
  • que nous avons, grâce à ça, adopté facilement des propositions qui, par le passé, auraient suscité de vifs débats.
  • que le chef était vraiment en très grande forme (c’était particulièrement frappant lors du dîner des présidentes et des présidents régionaux).
  • que le discours d’ouverture du chef était particulièrement habile et efficace.
  • qu’un ton plus positif devrait progressivement s’installer dans nos communications.
  • et que nous avons pu renouveler certains règlements du parti, notamment pour simplifier le déroulement des assemblées… qui étaient parfois inutilement alourdis par des interventions qui allaient toutes dans le même sens.

Je peux dire sans risque de se tromper que c’est un conseil national qui a été marqué par l’enthousiasme et la cohésion. Au point où j’ai dû expliquer à mon aînée (que j’avais invitée à m’accompagner aujourd’hui pour vivre un conseil national), qu’elle avait assisté à quelque chose d’un  peu… atypique!

Quant à cette histoire de « plan secret » qui devrait mener le PQ à la victoire en 2018, rapportée par la Presse, je ne peux qu’en rire! Franchement… On tient tout le conseil national en présence des journalistes et vidéodiffusé en direct sur le Web, sauf les périodes de travail en ateliers (quatre ateliers simultanés) et deux petites heures de huis clos pour planifier le travail des circonscriptions dans les prochains mois et voilà qu’on nous prête quasiment l’intention d’un complot.

Un plan secret. Au Parti Québécois. Vous pouvez répétez cela sans rire?

Prenez aussi le temps d’aller demander aux autres formations politiques leur planification stratégique en prévision de la prochaine élection. On s’en reparle après.

Quoi qu’il en soit, ce que je retiens surtout de tout ça, que ça a été une fin de semaine qui m’a fait le plus grand bien.

C’est très stimulant de voir un mouvement se remettre enfin en marche.

 

Aveuglement volontaire

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Je trouve incroyable de voir des acteurs du monde du livre relayer, parfois avec un plaisir évident, ce court texte publié dans Le Devoir d’hier:

Les fluctuations du livrel au Québec en 2015 | Le Devoir | 23 février 2016

Cet article est au mieux imprécis, sinon incorrect, voire carrément trompeur. Alors s’il y en a qui veulent se construire des opinions sur cette base qu’ils le fassent, mais ça ne sera jamais autre chose que des opinions, mal informées.

Reprenons les phrases une à une, dans le désordre, en apportant quelques précisions.

  • «L’Observatoire de la culture et des communications a diffusé hier les statistiques sur les ventes mensuelles pour le mois de décembre 2015, et conséquemment pour toute l’année dernière.» 

Il faudrait préciser deux que les statistiques ne concernent qu’une partie du marché, parce que l’Observatoire n’est pas en mesure d’obtenir des données qui permettrait de décrire l’ensemble du marché. L’observatoire le précise dans ses notes… mais on l’oublie bien vite quand on fait référence à ses analyses.

À titre d’exemple, l’essentiel des ventes de livres numériques anglophones vendues par Amazon et par Apple lui échappent. De même pour toutes les ventes qui ne passent pas par un acteur québécois de la chaîne traditionnelle du livre (imprimé). C’est loin d’être  banal.

  • «La valeur des livrels vendus est de 7,4 millions de dollars, en augmentation de 3,4 % sur 2014.»

À nouveau: il s’agit de la valeur des livrels qui ont été vendus par les acteurs qui partagent leurs données avec l’Observatoire. Une partie des acteurs — dont sont absent plusieurs acteurs très importants du marché du livre numérique.

Quelle proportion des ventes réelles totales est-ce que cela représente? 90%? 75%? 50%? Personne ne le sait. Est-ce que les chiffres dont on dispose nous donnent une vision juste et complète de ce qui se passe actuellement dans le marché du livre numérique? Certainement pas.

  • «Les entrepôts et librairies numériques de la province ont vendu 502 600 livres numériques l’an dernier (en baisse de 0,6 % par rapport à l’année précédente).»

Cinq cent mille livres numériques, uniquement pour la partie du marché qu’analyse l’Observatoire… et c’est un nombre comparable avec le nombre total de bandes dessinées vendues au cours de la même période. Anecdotique?

Par ailleurs, une baisse de 0,6% c’est bien peu significatif dans un marché dont les ventes dépendent aussi des livres qui sont publiés. Et quand on sait qu’après huit mois, les ventes de livres imprimés subissaient une baisse six fois plus importantes (-3,5%). À ce compte-là, il faudrait dire que le marché du livre numérique performent donc mieux que celui de l’imprimé.

  • «À titre comparatif, les ventes totales de livres neufs, tous genres confondus, pour 2015 atteignent 375 410 062 $.»

C’est tout à fait faux. Ce sont les ventes répertoriées par l’Observatoire pour la période de janvier 2015 à août 2015.

Qui plus est, on ne compare pas les mêmes catalogues. Pour avoir un vision juste de la part des ventes numériques, il faudrait comparer les ventes uniquement pour les livres qui ont une version numérique offerte au public. Personne n’a encore fait cette comparaison. On pourrait être surpris.

  • «Le prix moyen du livrel a été haussé, de 14,18 $ en 2014 à 14,74 $ en 2015.»

En comparaison, le prix de vente moyen d’un livre imprimé au Québec est probablement de l’ordre de 20$ — il faut donc également tenir compte de cela quand on compare les marchés, et comparer aussi les ventes en nombre.

Et finalement, la perle du texte:

  • «La vente de livres numériques et de livrels demeure, encore aujourd’hui, anecdotique au Québec.» 

Disons le clairement: les ventes de livres numériques ne sont anecdotiques qu’aux yeux de ceux qui souhaitent, consciemment ou inconsciemment, le voir ainsi.

Quand on s’intéresse vraiment, sincèrement, à ce qui est en train de se passer, on est forcé d’être beaucoup plus circonspect, de reconnaître les très grandes limites des données dont on dispose… et d’être aussi un peu plus inquiet pour la suite des choses.

Une partie de plus en plus importantes de ce qui se passe dans le domaine du livre numérique échappe au regard de «l’industrie québécoise du livre», qui préfère trop souvent se conforter dans son interprétation des choses en faisant circuler le genre de dépêche auquel j’ai choisi de réagir aujourd’hui.

Il n’y a plus aveugle que quelqu’un qui ne veut pas voir.

L’engagement

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Josée Boileau signe aujourd’hui son dernier éditorial dans Le Devoir. Un texte important.

Message personnel | Josée Boileau | Le Devoir | 30 janvier 2016

Extraits:

«Le Québec, donc? Il flotte. Tout léger dans le vent, faiblement rattaché à un ensemble canadien dont il ne se soucie guère et qui le lui rend bien (sauf si un pipeline est menacé!), il est au-dessus de son passé, par-delà sa pérennité, loin des malheurs du monde, désengagé. Béat au-dessus de lui-même. (…)

Il est question ici du Québec comme collectivité. Il ne manque pas d’individus qui font leur marque, ici et à l’étranger, ni de gens qui s’impliquent ou qui ont idée d’un monde meilleur. Mais comment l’addition de tant d’énergie s’inscrit-elle dans la prise de conscience que le Québec, comme entité, a de ses responsabilités envers lui-même et les autres? (…)

Il en reste pour croire qu’une telle conscience vient avec un pays. Mais il n’est plus en vogue de le dire: vieille idée tellement années 60, et qu’y gagnerions-nous, n’est-ce pas, nous qui vivons déjà si bien? (…)

Démonstration serait donc faite: la souveraineté n’a pas d’avenir et les Québécois sont las de ce débat.Oui, mais pas tous. Oui, mais l’envie de souveraineté n’est pas que jeu politique. Oui, mais la place du Québec, même au sein d’un espace fédéral, reste en suspens. Personne n’entend y remédier?

Alors flottons, et laissons les enjeux du siècle, ceux discutés partout — la sécurité, le déplacement des populations, l’environnement, l’après-pétrole —, nous échapper. Nous sommes repus, préservés, insouciants, bravo.

Mais reconnaissons au moins qu’on pourrait exiger davantage de nous-mêmes.»

Je n’ai rien à ajouter, sinon que cela décrit bien mon état d’esprit aujourd’hui. Et que cela dit bien pourquoi il ne faut pas se laisser abattre, malgré les difficultés qu’éprouvent aujourd’hui bien des gens engagés politiquement — de façon partisane ou non.

Je le disais autrement, un peu plus tôt cette semaine, sur Facebook:

Il y a des jours où la politique est infiniment déprimante. (…) Ces jours-là, il ne faut surtout pas se laisser abattre. Il faut relever la tête, porter le regard à l’horizon. En profiter pour faire le point sur le projet de société qui nous anime. 

Et se concentrer seulement sur le prochain geste à poser pour faire avancer la cause. Parce qu’au fond, y’a que ça qui compte vraiment.

Alors on continue. Évidemment.

 

 

Parler, parler…

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C’est normal qu’un chroniqueur puisse faire le portrait d’un député qui fait son entrée au Conseil des ministres, comme c’est le cas pour Sébastien Proulx cette semaine.

C’est normal que ce portrait soit sympathique. À plus forte raison quand le député est effectivement sympathique. On me l’a dit, et je l’ai moi-même constaté en le côtoyant, comme adversaire, pendant la campagne électorale dans Jean-Talon, le printemps dernier.

C’est normal pour un nouveau ministre de répondre aux questions par des généralités, puisqu’il n’est en poste que depuis quelques jours et qu’il n’a pas encore pris connaissance de ses dossiers.

C’est normal tout ça. Je le sais.

Sauf que ça n’a pas à aller jusqu’à accepter de se faire raconter n’importe quoi. Et c’est un peu l’impression que j’ai eu en lisant la chronique de François Bourque dans Le Soleil de ce matin. On peut — on doit! — encore savoir faire preuve d’esprit critique devant les discours lénifiants.

Il va falloir sortir du populisme monsieur le ministre!

«un service de garde, ce n’est pas [mon] projet de société. Mon projet, c’est le dialogue avec les parents. C’est que les enfants aient des outils d’éveil et d’épanouissement avant d’entrer à l’école.»

«Vous allez entendre un ministre qui veut parler aux parents. Le ministre de la Famille ne doit pas être que le ministre de l’administration des services de garde.»

Évidemment. Qui pourrait être en désaccord? Mais une fois qu’on a dit ça? Concrètement, on a dit quoi? Rien.

C’est beau le discours de la représentation directe, les «je vais te représenter, oui, toi, tu t’es bien reconnu». C’est noble les «je suis du côté des citoyens, pas avec la machine gouvernementale». C’est beau, mais encore faut-il que ce soit vrai. Parce que si ça ne sert qu’à débiter des généralités, ça ne fait pas avancer grand chose. Ce n’est qu’une forme de défense du statu quo qui se présente bien. Et ce n’est pas particulièrement ce dont on a besoin par les temps qui courent.

Il y a plusieurs dossiers dans Jean-Talon qui auraient bien besoin d’un député dont le projet repose véritablement sur le dialogue.

On en a évoqué plusieurs de ces dossiers pendant la dernière campagne électorale: le réaménagement de la tête des ponts et du boulevard Laurier (autour du projet Le Phare, notamment), le transport du pétrole par train dans des quartiers résidentiels, le sort de l’aréna de Sillery, du Faubourg Saint-Michel et du site historique de Sillery, etc.

Or, on n’a pas vu pendant la campagne un candidat particulièrement intéressé à se mêler de ces dossiers — et encore moins à prendre réellement le parti des citoyens les plus directement concernés. Mais une campagne est un contexte très particulier, il faut bien le reconnaître.

Sauf que l’heure de vérité a sonné. Il va falloir livrer maintenant: se mettre à l’action.

Et c’est là qu’on verra si le nouveau ministre sait faire la différence entre parler aux citoyens et parler avec les citoyens.

C’est beaucoup plus qu’une nuance.

Wikipédia et le Québec

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Dans Le Devoir d’aujourd’hui, Jacques Dufresne, éditeur de l’Encyclopédie de l’Agora revient sur un texte publié par Pierre Graveline la semaine dernière (j’y avais d’ailleurs fait référence dans un billet précédent).

Extrait du texte de Pierre Graveline:

Le Québec, parent pauvre de Wikipédia | Pierre Graveline | Le Devoir | 22 janvier 2016

…triste constat: le Québec est le parent pauvre de la grande encyclopédie universelle, multilingue et sans but lucratif de notre époque. […] Accroître et enrichir les contenus sur le Québec et son histoire dans Wikipédia, rendre disponibles dans Wikisource nos grands textes historiques et littéraires qui sont du domaine public, diffuser dans Wikimedia Commons des contenus visuels qui expriment la créativité de nos artistes, voilà le grand défi que nous devons aujourd’hui relever si nous voulons exister et être reconnus dans le monde.  

Extrait de la réaction de Jacques Dufresne:

Wikipédia et l’histoire du Québec | Jacques Dufresne | Le Devoir | 26 janvier 2016

…quel peut être, sur le plan culturel, le meilleur outil d’un empire mondial comme celui de nos voisins du sud ? Une oeuvre commune dans laquelle tous les citoyens du monde se retrouvent et se reconnaissent en tant qu’individus, mais à condition d’être complices d’une mise à l’écart de tout sentiment d’appartenance à des groupes nationaux et idéologiques. […] un réseau mondial d’encyclopédies nationales était et demeure possible. Il y eut des démarches en ce sens. Vaines démarches, car la plupart des nations avaient déjà renoncé à leur souveraineté. […] Sommes-nous donc aujourd’hui pauvres et impuissants au point de devoir recourir à ces Américains pour nous élever jusqu’à notre Je me souviens?

Je précise d’entrée de jeu que je suis extrêmement admiratif et reconnaissant pour l’incroyable travail d’encyclopédiste que Jacques Dufresne et ses nombreux collaborateurs accomplissent depuis des années. L’Agora est un site unique — absolument indispensable à la présence québécoise sur le Web.

Néanmoins, je pense qu’il fait une erreur en prenant position comme il le fait ce matin. Il tombe dans le piège classique de croire qu’il faudrait faire une chose ou l’autre, alors qu’il faut faire l’une et l’autre.

Le fonctionnement du Web, et de la société qui prend forme autour de cette révolution n’est plus si centralisé qu’il faudrait mettre tous ses oeufs dans le même panier. Il faut, au contraire, s’inscrire dans une logique plus écosystémique que jamais, où les rôles sont plus distribués et complémentaires — pour le meilleur et pour le pire.

On ne peut tout simplement pas se permettre que la réalité québécoise reste absente de Wikipédia. Pierre Graveline a raison de sonner l’alarme. C’est un incontournable défi pour la nation québécoise — aussi indispensable que bien des revendications politiques et constitutionnelles.

Bien sûr que le fonctionnement de Wikipédia n’est pas politiquement neutre. Bien sûr qu’on a aussi besoin d’encyclopédies nationales, moins neutres et soi-disant objectives. Et si on organise bien les choses et qu’on comprend le fonctionnement du Web, celles-ci pourront aussi profiter de l’existence de Wikipédia et de l’incroyable audience qu’elle s’est bâtie au fil des ans.

Je ne me reconnais absolument pas dans la résignation béate que Jacques Dufresne semble prêter aux utilisateurs et collaborateurs de Wikipédia.

Je n’en peux plus des vertueux discours d’autonomie culturelle qui ont surtout pour effet d’isoler la société québécoise.