Le numérique et la société

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Le Devoir nous offre ce matin sous la plume de Dominic Tardif, une réflexion sur la tendance à la publication de textes courts — et sur l’influence du numérique sur ce phénomène.

Chérie, j’ai réduit le texte | Le Devoir | 22 janvier 2016

René Audet, professeur à l’Université Laval (et mon beau-frère!) est cité dans l’article, pour une  réflexion sur l’évolution de la forme du livre, que j’ai relayée sur Facebook un peu plus tôt ce matin…

Le livre s’est construit dans le dernier siècle autour d’un modèle : 200 ou 300 pages, un sujet et un auteur. C’est la triade la plus forte symboliquement, mais qui n’a aucune raison d’être en soi. La beauté de l’influence du numérique, c’est de flexibiliser ce modèle-là.

…mais c’est une deuxième citation qui m’amène à pousser un peu plus loin la réflexion ici:

[il se réjouit] de voir dans un recueil comme 11 brefs essais contre l’austérité (Somme toute) «l’idée d’une forme de synthèse, de temps d’arrêt proposé par une voix collective au lecteur, qui ne se trouve plus dans la position de celui à qui on fait la morale, mais plutôt de celui qui peut construire son jugement à partir de propositions plurielles».

Cette réflexion sur le défi de construire son jugement dans un environnement médiatique surchargé m’a ramené à l’esprit un échange que j’ai eu un peu plus tôt cette semaine, dans un tout autre contexte.

C’était un dîner de travail autour de l’importance de la diffusion par l’État de données publiques. Parce qu’il faut en permettre l’utilisation par les citoyens — et par les entreprises afin de développer des services à l’intention des citoyens. Mon interlocuteur plaidait que non seulement la publication de ces données était un enjeu démocratique (de transparence de l’État), mais que cela pourrait aussi contribuer à assainir le débat public.

Il disait, pour l’essentiel, que si tout est aujourd’hui devenu affaire d’opinion dans le débat politique au Québec, ce n’est pas étranger au fait qu’il y a assez peu de données chiffrées, facilement accessibles, pour décrire la nation québécoise. Et pourtant, elles existent ces données, bien enfouies dans des serveurs informatiques. Cela contribuerait à la prolifération des chroniqueurs/blogueurs vedette et le succès des radios parlées — où on a souvent l’impression que toutes les opinions se valent.

Il formulait l’hypothèse que si les décisions publiques étaient plus facilement accessibles (et consultables), et que les données issues de l’administration de l’État étaient mieux structurées, de manière à en permettre l’analyse, il serait plus facile de sortir du règne de l’opinion et de revigorer un espace public qui s’est donné des allures de débats alors qu’il n’est souvent pas autre chose qu’une discussion de taverne. Je partage cette hypothèse.

Quel rapport avec l’article du Devoir?

Je vois dans tout ça deux manifestations de l’influence positive que le numérique peut/pourrait/pourra avoir pour l’évolution de la société québécoise.

  • En facilitant la diffusion de réflexions et d’essais nécessaires à un débat public de qualité (sous forme numérique ou sous forme imprimée, modelée par le numérique);
  • Et en donnant accès à des données, factuelles, qui permettront de documenter adéquatement ces essais — et de mieux guider les débats les plus essentiels.

Des influences encore négligées, incomprises, mais pourtant essentielles à notre devenir collectif.

Ce sont deux manifestations de l’influence du numérique sur la nation québécoise qui sont au coeur de mes intérêts. À la confluence d’une étape de ma vie professionnelle qui se termine, et d’une autre qui commence.

Qui sont aussi au coeur de mon l’engagement politique.

 

La grenouille dans la mare

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«…nous, les Canadiens français, nous sommes pour bien peu de chose dans toute cette marche en avant des découvertes scientifiques et dans tous ces reculs d’horizon. Le monde scientifique a marché sans nous ; il nous a laissés si loin derrière lui que nous l’avons perdu de vue et que beaucoup de nos compatriotes cultivés le croient petit et de mince importance parce qu’ils le voient de trop loin. La grenouille dans sa mare ignore le grand océan dit le proverbe japonais. C’est un peu notre cas. »

Frère Marie-Victorin, 1925

« Accroître et enrichir les contenus sur le Québec et son histoire dans Wikipédia, rendre disponibles dans Wikisource nos grands textes historiques et littéraires qui sont du domaine public, diffuser dans Wikimedia Commons des contenus visuels qui expriment la créativité de nos artistes, voilà le grand défi que nous devons aujourd’hui relever si nous voulons exister et être reconnus dans le monde. La nation québécoise peut-elle se permettre de manquer le bateau de la plus grande entreprise de partage et de diffusion des connaissances de l’histoire de l’humanité ?»

Pierre Graveline, 2016

 

Photo: Le cadre contient une photo d’une oeuvre de Luis Camnitzer, vue à Montevideo, en janvier 2013.

Tetris

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Lecture à la fois amusante et inspirante ce matin:

Your Life is Tetris. Stop Playing It Like Chess | Tor Blair 

L’auteur compare le jeu d’échec au jeu de Tetris, et suggère qu’il est préférable d’aborder la vie comme le second.

Au sujet des échecs:

Chess wired me to think causally at a young age. Move your knight here; you’ll trap his bishop. Capture that pawn; you’ll weaken his right side. Every correct move led me closer to a checkmate; every false step brought me closer to defeat.

Chess also introduced the idea of the “other”. Black versus white. Our school versus theirs. And every game was zero sum — there was only ever one point to score, either to be shared or taken in its entirety. No way to grow the pie. (…)

Au sujet de Tetris:

In Tetris, you’re only playing against time and the never-ending flow of pieces from top to bottom. The mindset is internally focused — you are challenging yourself to correctly manipulate a random stream of inputs into an orderly configuration. There’s no final boss. No blame to assign.

Sur l’attitude à avoir devant les événements qui composent notre vie:

I spent much of my life in that chess mindset trying to find the best possible play or force my way toward a predetermined conclusion. I was hard-wired to see causality all around me and to seek control.

But real life isn’t causal. There is always a distribution of possible events. Things happen that are one in a billion. There is no direct, predictable response to our actions. Our lives are open systems, where any number of unobservable events can change our outlooks and perspectives in moments.

Ce que Tor Blair propose donc de retenir de la comparaison c’est que dans la vie, comme dans Tetris:

  • notre principal adversaire, c’est nous-même;
  • les choses ne sont pas de plus en plus dures, elles se déroulent seulement de plus en plus vite;
  • on ne peut jamais tout contrôler;
  • personne ne nous dira jamais quand on a gagné.

Il y aurait évidemment bien des nuances à apporter à tout ça — mais pour un dimanche matin, d’un mois où j’explore un quotidien moins prévisible qu’il a pu l’être dans les dernières années, j’ai trouvé ça stimulant.

«The only way to master life — like Tetris — is to learn to play with the same self-control at the highest speeds. You can’t allow your goals to be compromised, no matter the pace at which you move. You must control your own mind, your own behaviors, and your own time.»

Alors, comment ne pas terminer sur cette touche musicale, inoubliable:

Tetris Original Theme Music

 

L’année la plus longue

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Je viens de terminer la lecture de L’année la plus longue, de Daniel Grenier (Le Quartanier). Un roman original, complexe, qui nous fait parcourir l’Amérique et son histoire. Cela m’a ramené par moment à la nouvelle Le Décret, de Marcel Aymé, qu’on retrouve dans le recueil Le Passe-Muraille.

L’année la plus longue | Le Quartanier | LesLibraires.ca

Ça m’aura pris un peu de détermination pour passer à travers les pages 100 à 200, mais ça valait le coup! Les cent dernières pages, en particulier, ont été un très grand plaisir de lecture.

Quelques extraits:

«Mais les documents sont contradictoires, et il est difficile de confirmer quoi que ce soit. Afin de retracer son histoire et de lui conférer un minimum de linéarité, il faudra parfois privilégier une piste au détriment d’une autre, en gardant entête la possibilité que des erreurs factuelles se soient glissées ici et là. L’honnêteté intellectuelle et le respect des sources nous obligent à ne jamais perdre de vue l’éventuelle incompatibilité entre l’horizon d’attente du conteur et la rigueur de sa démarche. On pense que c’est ce qu’Albert aurait voulu, même s’il est trop tard maintenant pour le lui demander.» (page 110)

«Dans la file d’attente en zigzag, quelques mètres devant lui, il a remarqué cette jolie femme aux cheveux attachés. Il a souhaité sans trop y croire se voir attribuer le siège à côté du sien. Elle était menue, tenait son passeport américain dans sa main droite et frappait en rythme sur sa cuisse. Elle portait des jeans délavés et un t-shirt blanc. De loin, Aimé ne pouvait pas voir si elle avait la chair de poule à cause de la climatisation, mais il regardait ses bras nus. Elle a frissonné soudainement, s’est penchée et a ouvert sa valise. Il y avait des centaines de personnes qui bougeaient autour d’Aimé, qui s’en allaient rapidement dans d’autres terminaux, ou qui sortaient pour trouver des taxis. Des gens étaient assis sur de longues banquettes blanches et fumaient en observant le vide. Elle a sorti un chandail de laine et l’a enfilé en faisant un geste souple pour en sortir sa queue de cheval et vérifier que l’étiquette était bien rentrée à l’intérieur. » (page 322)

«La lumière était quasiment liquide, on aurait pu s’en servir comme combustible.» (page 387)

Un livre qu’il est très probable que je relise dans quelques années.

Quitter inopinément

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Je vais peut-être en surprendre plus d’un, mais je partage une bonne partie de l’analyse qui a amené Stéphane Gobeil à accepter de se joindre à la Coalition Avenir Québec pour conseiller François Legault.

Mais attention — ne me faites pas pour autant dire ce que je n’ai pas dit!

Je suis d’accord sur une partie de l’analyse qu’il énonce sur son blogue, mais je ne le suis pas du tout le moyen qu’il prend pour y répondre.

Je suis d’accord sur le fait que la dynamique politique actuelle risque de nous condamner à des gouvernements par défaut à répétition — simple résultat de la division des voix irréconciliables avec celles du Parti libéral. Et ce n’est pas bon pour personne. Ça me semble une évidence.

Je le disais d’ailleurs dans un texte publié hier matin, bien avant d’apprendre que Stéphane rejoindrait François Legault:

« On ne peut tout simplement pas se retrouver à l’aube de l’élection de 2018 dans la même configuration qu’aujourd’hui avec Option nationale, Québec Solidaire, la Coalition Avenir Québec et le Parti Québécois qui présentent des candidats dans toutes les circonscriptions, sans aucune coordination ou stratégie commune. Faut qu’on se parle et, plus encore, qu’on fasse le nécessaire pour pouvoir travailler ensemble.» (source)

La journée ne m’a pas fait changer d’idée, bien au contraire.

Stéphane Gobeil dit:

« J’ai acquis la conviction que pour briser le monopole libéral, il faut unir les caquistes et les péquistes de bonne volonté derrière un projet nationaliste alliant fierté et prospérité. Cela prendra du temps et nous devrons bâtir des ponts. Pour ma part, j’ai décidé de commencer à le faire dès maintenant, en me joignant à la Coalition Avenir Québec.» (source)

Je pourrais aussi bien dire à mon tour:

«J’ai acquis la conviction que pour briser le monopole libéral, il faut unir les caquistes et les péquistes de bonne volonté derrière un projet nationaliste alliant fierté et prospérité. Cela prendra du temps et nous devrons bâtir des ponts. Pour ma part, j’ai décidé de continuer à le faire en travaillant activement au renouvellement du Parti Québécois et à faire naître la possibilité de pactes ou de coalitions entre les partis qui n’ont pas baissé les bras devant l’histoire en se résignant au statu quo constitutionnel.».

Comme indépendantiste, je déplore évidemment la décision de Stéphane Gobeil, mais je n’y vois pas une catastrophe non plus. Il ne faut pas exagérer. Je m’inquiète même davantage de la réaction démesurée de certains de mes amis péquistes devant cette décision. Il faut se rappeler qu’il y a eu bien d’autres défections dans le passé, et des bien plus significatifs, dans tous les partis (dont Dominique Anglade récemment) et alors? On ne peut pas souhaiter un grand brassage de cartes et ne pas accepter des changements de cap occasionnels.

Ça peut être désolant de se le rappeler, mais la réalité c’est que dans l’état actuel notre mouvement ne rallie pas assez de monde pour pouvoir former un gouvernement — et il se trouve que c’est une condition préalable à nos aspirations. Alors il va bien falloir accepter d’essayer quelque chose de nouveau si on veut obtenir des résultats différents dans le futur.

Deux restaurants sur la même rue ne se font pas toujours une concurrence destructive, c’est même parfois le meilleur moyen d’attirer du monde pour souper dans le quartier.

2016 sera une grosse année de débats au sein de notre parti — mais on le savait déjà bien avant hier. On aura un congrès dans quelques mois, un nouveau programme à adopter. Et c’est un moment privilégié dans la vie d’un parti. Pas seulement un mauvais moment à passer. Si on s’engage avec détermination dans cet exercice nous ne pourrons en sortir que renforcés. Mais pour cela il faut arrêter de réagir et se remettre à proposer.

Alors ne nous laissons pas distraire. On a un pays à faire. C’est un projet simple, clair, stimulant.  Sauf qu’on ne peut quand même pas nier que les deux dernières élections ont fait la démonstration qu’il faudra vraisemblablement apprendre à tisser des alliances et à conclure des pactes avec d’autres partis si on veut y arriver.

Stéphane peut bien faire ce qu’il lui plaît. Je reste pour ma part convaincu que c’est en m’engageant au Parti Québécois que je pourrai contribuer le plus concrètement à favoriser l’émergence d’une coalition sans précédent au profit d’un Québec beaucoup plus fort.

Qu’est-ce qui a changé, au fond, hier par rapport aux principaux défis que nous avons à relever? Je vous le demande.

Peut-être même qu’on a avancé un petit peu.

Dans leurs plus récents textes, Daniel Leblanc, du Globe and Mail, et Michel Hébert, du Journal de Québec, croient «qu’il est en train de se passer quelque chose au PQ ». Je le pense aussi. Un profond renouveau est en cours.

Lettre à Jean-Paul L’Allier

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J’apprends dès mon réveil le décès de Jean-Paul L’Allier. Avec une très grande tristesse. Il était une de mes grandes inspirations. Un de mes modèles, depuis très longtemps.

J’avais fait il y a quelques années l’exercice de lui écrire une lettre, comme un exercice de réflexion personnelle — imaginant l’inviter à la première réunion de mon Conseil d’administration virtuel.

La lettre est ici:

Première convocation pour la réunion… | 18 juillet 2011

Je crois même lui avoir transmis, réellement, cette lettre par la suite.

Merci pour tout Monsieur L’Allier.

 

 

1000

origami

On dit souvent qu’une image vaut mille mots. Eh bien en voilà une. C’est l’image d’un orizuru: une grue en papier. Elle est facile à réaliser. La première est bien sûr un peu longue à fabriquer, mais une fois qu’on a pris le tour, ce n’est pas très compliqué. Ça fait partie des pliages d’initiation à l’origami.

Une légende veut que si on fabrique mille de ces grues et qu’on les lie de manière à former une sorte de guirlande — un senbazuru — on pourra voir un de nos voeux exhaussé.

Mille — c’est aussi le nombre de jours qui nous sépare ce matin de la prochaine élection au Québec.

Vous avez un souhait par rapport à cette élection? Moi oui en tout cas!

Je souhaite que d’ici à ce que je me présente au bureau de vote la dynamique politique québécoise ait changé en profondeur. Pour que cela soit possible, je pense qu’il faudra:

Qu’on accueille (mieux: qu’on valorise!) les prises de positions audacieuses, qui sortent des sentiers battus, de manière à vraiment rebrasser les cartes;

Que le prochain congrès du Parti Québécois soit l’occasion d’adopter un programme beaucoup plus affûté;

Qu’un leadership transpartisan force l’ensemble des mouvements politiques nationalistes à s’engager dans de nouvelles formes de collaborations: pactes, coalitions, intégrations, etc.

On ne peut tout simplement pas se retrouver à l’aube de l’élection de 2018 dans la même configuration qu’aujourd’hui avec Option nationale, Québec Solidaire, la Coalition Avenir Québec et le Parti Québécois qui présentent des candidats dans toutes les circonscriptions, sans aucune coordination ou stratégie commune. Faut qu’on se parle et, plus encore, qu’on fasse le nécessaire pour pouvoir travailler ensemble.

Pour pouvoir prétendre faire avancer la cause du Québec aujourd’hui je pense qu’il faut être prêt à faire le nécessaire pour éviter l’élection de gouvernements par défaut. C’est le premier défi auxquels sont confrontés tous ceux et celles qui n’ont pas baissé les bras devant la résignation provincialiste actuelle (avec laquelle je soupçonne même de nombreux libéraux d’être discrètement en désaccord).

Alors à votre avis, pour que cela se réalise dans les mille prochains jours, on mise sur la légende et on se met tous à l’origami ou on se retrousse les manches pour courageusement renouveler la dynamique politique québécoise?

Il faut se préparer à ce que ça brasse un peu.

 

Bilan 2015

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J’ai relu ce matin les 335 notes que j’ai rédigées dans mon journal personnel DayOne en 2015. Total: presque 76000 mots et une quarantaine de photos. Encore une fois la même impression: quelle incroyable richesse que ces quelques notes quasi quotidiennes! On oublie tellement de choses dans une année autrement (ça aide aussi à découvrir certains éléments récurrents dans notre vie…). S’ajoute à cela comme matériaux de bilan: 83 textes sur mon blogue et 156 photos sur Instagram.

Alors, au regard de tout ça, quel bilan faire de 2015?

Disons d’abord que ça a été une année particulièrement chargée.

Au plan professionnel, j’ai eu vraiment beaucoup de travail. Comme jamais. Vice-président directeur général d’une entreprise de 30 employés en pleine réorganisation, ça occupe! J’ai dû apporter de nombreuses améliorations à mes façons de travailler. Et je l’ai assez bien fait, je pense. Les résultats sont là pour en témoigner. J’en suis très satisfait.

Malgré ce succès, j’avais de plus en plus envie d’autres choses — de plus de liberté d’entreprendre. Je suis très fier d’être allé au bout de la démarche à laquelle me conviait cette envie, d’avoir réussi à mettre un terme correctement à mon emploi chez De Marque et de pouvoir entreprendre l’année 2016 comme travailleur autonome — le temps de donner forme à la suite des choses (j’y faisais référence hier).

Ce n’est pas facile de quitter un projet que j’ai aimé profondément et une équipe aussi extraordinaire. Heureusement, l’éducation familiale, avec la fable Le Loup et le Chien, de La Fontaine comme repère (impossible de la lire sans entendre les intonations de mon père) m’ont aidé à franchir les étapes nécessaires pour ce nouveau départ.

Au plan politique aussi ça aura été une année très chargée. J’ai été élu président régional du Parti Québécois pour la Capitale-nationale et j’ai été candidat pour une deuxième élection en 18 mois! Je suis également très satisfait de cette autre expérience, qui a été extrêmement différente de la première, et dont les résultats ont été bien meilleurs. Nous avons des militants fantastiques dans Jean-Talon — et un exécutif vraiment exceptionnel. Il y a eu aussi la course à la chefferie et une élection fédérale. Ouf! Une année d’actions, à affronter le vent, alors que la prochaine année sera vraisemblablement plutôt consacrée à la redéfinition de notre mouvement.

Je resterai plus pudique sur ma vie familiale, mais je ne peux pas faire de bilan sans dire à quel point 2015 a été, de ce point de vue, un millésime exceptionnel. La vie à cinq, avec des ados de 13, 15 et 17 ans, a été un plaisir chaque jour renouvelé. De nouvelles discussions, de nouveaux intérêts, une nouvelle dynamique avec les amis, des complicités renforcées. Nous avons eu très peu de vacances tous ensemble (campagne électorale oblige), mais nous avons tout de même réussi à faire un inoubliable voyage à DisneyWorld.

De façon très générale, je dirais que ça été une année où j’ai beaucoup appris sur ce que j’aime, sur ce que j’ai envie de faire, sur ce qui est important pour moi, sur ce à quoi j’aspire — et sur les défis que cela suppose de relever. Une année d’apprentissages importants, sur lesquels il me reste à bâtir.

En terminant, quelques anecdotes que la relecture de mon journal m’a rappelées:

Le repas le plus étonnant de 2015 — Pour l’anniversaire du Pied Bleu: testicules de boeuf, tartare de coeur de canard, anguille de Kamouraska fumée, tripes de porc, tête de saumon, crevettes séchées, etc.

La rencontre la plus surprenante de 2015 — Michèle Therrien, fondatrice d’un programme de langue inuktitut, à Paris, et sa mère Madeleine, consule honoraire du Mexique à Québec, lors du même repas au Pied Bleu.

Le lieu le plus magique découvert en 2015Le Jardin des quatre vents, dans Charlevoix. Extraordinaire!

Un autre moment particulièrement enchanteur de 2015 — La visite de Foresta Lumina, à Coaticook.

Un roman que j’ai particulièrement eu de plaisir à lire en 2015D’après une histoire vraie, de Delphine de Vigan.

Aussi, ce qui n’est certainement pas une anecdote, plutôt un fait saillant de 2015: après avoir dit pendant des années que «j’aurais un tatouage quand je saurai quoi et », je me suis finalement fait tatouer Sire Loup, de La Fontaine, d’après sa représentation de Grandville, sur le bras droit. Coché! 

Et, finalement, ce dont je suis le plus reconnaissant, encore cette année: la chance inouïe d’être entouré de familles et d’amis aussi extraordinaires. Parce que c’est assurément ça le plus beau de l’expérience humaine.

 

 

2016

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Ce sera une année de défis.

Elles le sont toutes, à leur façon, bien sûr. Mais celle-ci se présente, plus que bien d’autres, comme une occasion de sortir de ma zone de confort. C’est un beau vertige.

Ce n’est certainement pas parce que j’ai quitté mon emploi chez De Marque que je vais cesser de m’intéresser au monde du livre et à celui des technologies numériques — et plus encore à leur intersection! — puisque c’est là que se trouve mes plus grandes compétences.

Mais je souhaite aussi explorer de façon concrète le monde des données publiques qui se trouvent de plus en plus souvent librement accessibles sur le web, résultat de la transparence accrue que nous exigeons de l’État, à tous les niveaux. Des données très variées, souvent peu structurées, dans une foule de domaines.

Je trouve qu’on ne fait généralement pas grand chose avec ces données brutes et je crois qu’il y a de nombreuses possibilités de services, d’analyses, voire de produits, qui pourraient naître de ces données — pour répondre à toutes sortes de besoins. C’est devenu cliché de présenter ces données comme une mine qui resterait à exploiter, mais ce n’est certainement pas faux comme image. Et je trouve ça très stimulant.

Reste à voir quelle forme cette exploration pourra prendre.

Ce sera une année de très beaux défis, j’en suis sûr.

PhotoProfil, oeuvre de Geneviève De Celles.

Objet 11

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Cette lettre de Pierre Boucher aux prétendants à la mairie de Québec a survécu à tous les élagages de la bibliothèque depuis dix ans, probablement parce que je souhaiterais écrire éventuellement quelque chose de ce type — notamment pour de stimuler les réflexions du mouvement politique dans lequel j’ai choisi de consacrer du temps, en faveur de l’indépendance du Québec.

Pas que ce livre soit particulièrement un modèle, plutôt une inspiration.

Lettre aux prétendants à la mairie de Québec | Pierre Boucher | Septentrion 

La lettre a été écrite en 2005, au moment où Jean-Paul L’Allier quittait la mairie de Québec, après 16 ans à diriger la ville. Occasion idéale pour un grand brassage d’idées.

«Les conditions sont réunies pour qu’on assiste à l’émergence d’une nouvelle dynamique politique (…) Peut-être sommes-nous au début d’un temps nouveau.» 

«J’ai voulu cette lettre ouverte dans l’espoir que mes concitoyens prennent part, avec entrain, aux débats qu’elle suscite! Des débats publics qui ne feront pas l’unanimité, mais qui contribueront à départager l’essentiel de l’accessoire, le sérieux de la fumisterie, les horizons profonds de la courte vue, la conviction de l’ambition.» 

«N’est-il pas souhaitable que les débats publics sur la ville soient alimentés non seulement par des tribunes téléphoniques et les émissions d’affaires publiques, par les chroniqueurs et les éditoriaux de la presse écrite, mais aussi par des contributions personnelles de longue maturation?» 

Le texte de Pierre Boucher est souvent un peu trop prétentieux (voire carrément pontifiant), mais le propos est direct, concret, et interpelle tout de même efficacement à la fois les candidats et les citoyens lecteurs. C’est une grande qualité.

Aux candidats: «L’important, en sollicitant les suffrages de vos concitoyens, c’est de démontrer pourquoi, plus que quiconque, vous feriez un bon maire, c’est de présenter l’essentiel de ce que vous voulez faire et — ne n’oubliez pas — de dire pourquoi vous voulez le faire. N’allez surtout pas vous réfugier derrière des slogans du genre « nous vous promettons du changement » ou «nous sommes prêts»; les citoyens savent qu’en grattant la pelure de cette propagande politique on découvre tristement le vide.» 

Aux citoyens: «…méfiez-vous des prétendants qu’on vous vendra, joliment ficelés, comme des produits de consommation (…) Ne soyez pas crédules face à ceux qui concentreront leurs engagements autour de faits divers, qu’ils qualifieront avec le plus grand sérieux de phénomènes de société pour justifier l’insistance qu’il mettent à s’en faire des champions.» 

Ce qui est amusant quand on relit un peu sur les réactions que le livre avait suscitées, c’est de se rappeler à quel point les choses ne se sont pas déroulées comme prévu pour la succession de Jean-Paul L’Allier. En avril 2005, on annonçait un duel entre Claude Larose et Marc Bellemare, donné gagnant avant même d’annoncer officiellement sa candidature. C’est finalement Andrée Boucher qui est devenue mairesse le 19 novembre.

Lettre aux prétendants à la mairie de Québec – En attendant Marc Bellemare | Le Devoir | 23 avril 2005

 

Je conserve ce livre à la portée de la main notamment parce que le Parti Québécois tiendra bientôt un congrès pour se donner d’un nouveau programme, vraisemblablement au début de l’année 2017, ce qui signifie que l’année 2016 offrira un contexte idéal pour un grand brassage d’idées. Peut-être sommes-nous au début d’un temps nouveau.

Je souhaite évidemment que les débats se soient le plus ouverts possibles, sans tabous, aucun.

Je compte bien y prendre part activement.

***

Trouvé dans le livre en guise de marque-page: une photocopie d’un article eSchool News reprenant les grandes lignes d’un discours de Bill Gates au sujet des défis auxquels sont confrontés les High Schools des États-Unis. Pourquoi? Je ne sais pas. Je devais lire sur ce sujet au même moment.

 


De la série Sur mon (nouveau) bureau

 

Objet 10

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Il faut de la fantaisie, un peu de folie, aussi dans un espace de travail — pour le plaisir… et (surtout?) pour se rappeler qu’il ne faut jamais se prendre trop au sérieux. Banane le chien est là pour ça!

Il faut savoir que j’ai un faible pour les bananes, et en particulier tout ce qui est farfelu et qui met en scène des bananes. Cela, depuis près de 25 ans (à la suite d’une anecdote familiale à laquelle je ne peux pas faire référence aujourd’hui parce que j’ai promis une trêve à ce sujet entre le 23 décembre et le 4 janvier).

C’est avec en tête cette complicité que ma belle-soeur m’a offert Banane le chien il y a quelques années.

— J’ai vu ça dans un magasin, je me suis dit que c’était complètement absurde. Mais je me suis ravisée… si cet objet existe, c’est forcément pour toi, alors je te l’offre!

Et c’est toute une histoire qui allait commencer.

Banane le chien a fait le tour de la Gaspésie avec nous l’an dernier. On a pris des photos à toutes les étapes, qu’on a partagées sur Instagram. Il a maintenant même ses groupies ici et là.

Sur la photo, il pose avec le collier hawaïen qu’une ancienne collègue de travail m’a offert à son départ.

C’est une banane, c’est un chien, c’est un superhéros!

C’est Banane le chien.


De la série Sur mon (nouveau) bureau

Objet 9

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Si avec l’objet précédent il s’agissait rêver en couleurs. Avec celui-ci on peut même le faire en noir et blanc.

C’est une oeuvre de ma mère, Geneviève De Celles.

Il y a évidemment plusieurs de ses oeuvres dans la maison, en particulier dans la pièce où est installé mon nouvel espace de travail.

Chaises, cerf-volants, équilibristes, profils, portées, mots et horizons nous invitent à la fois à l’enracinement et au voyage. Au Je et à l’Autre.

Ses oeuvres sont aussi là pour me rappeler que tout est matériaux.

 


De la série Sur mon (nouveau) bureau

Objet 8

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C’est une bouteille très précieuse. C’est une fiole à idées.

Je l’ai acheté au Musée du verre à Sandwich, Cape Cod. Elle m’a été confiée dans une belle petite boite bleue. Elle portait à l’époque un délicat petit bouchon de liège. Heureusement, je l’ai perdu.

Je dis heureusement, parce qu’en y pensant bien, à quoi pourrait bien servir une bouteille à idées si elle est fermée. Au mieux, cela garderait une idée prisonnière. Au pire, ça éviterait à toutes sortes de bonnes idées d’y entrer.

Délivrée de son bouchon, la fiole peut enfin jouer pleinement son rôle et accueillir des idées afin d’en faciliter le mûrissement et de les laisser s’échapper à nouveau, à la recherche des personnes qui pourront le mieux leur donner vie. On m’a déjà dit que ce sont les idées qui sont à la recherche des gens à travers qui s’incarner, et pas l’inverse.

Une fois entrée dans la fiole — d’un simple geste de la pensée — il suffit de faire tourner doucement l’idée par un mouvement du poignet (comme s’il s’agissait d’un liquide) et de l’exposer à la lumière d’un rayon de soleil. Ainsi enchantée par les reflets colorés du verre (comme on rêve en couleurs), l’idée retrouvera la force nécessaire pour reprendre son vol.

La relaxation que procurent ces quelques mouvements suffit généralement à décongestionner l’esprit de celui qui s’y prête — qui peut alors se remettre à créer. Ce qui fait chaque fois le plus grand bien.

Cette bouteille est magique.

 


De la série Sur mon (nouveau) bureau

Objet 7

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Deux pavés rapportés par Ana de Prague, où elle avait été passer quelques jours avec sa mère. Autant que je me souvienne, ils ont toujours été placés un au-dessus de l’autre, comme ça.

Ana m’a raconté les avoir trouvés au coin d’une rue, abandonnés avec quelques autres à la suite de la réparation d’un passage.

Blanc et noir. La rue et Le Château. Le Procès. Kafka. Mai 68. Le communisme. La révolte. La politique. Le quotidien. L’insoutenable légèreté de l’être.

Deux pavés. Tout un monde. Notre monde.

 


De la série Sur mon (nouveau) bureau

 

Objet 6

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Je ne suis pas sûr de me souvenir de comment ce document s’est frayé un chemin jusqu’à ma bibliothèque. Je l’ai probablement acheté au Colisée du livre il y a de nombreuses années. D’un déménagement à l’autre, j’aurais eu de nombreuses occasions de m’en débarrasser, mais je lui ai chaque fois retrouvé une place de choix sur une tablette.

Il suffit en effet que je relise quelques paragraphes du texte de Jacques-Yvan Morin sur lequel s’ouvre ce numéro de la Revue d’histoire de l’Amérique française pour me convaincre de le conserver précieusement, comme un indispensable témoin des origines du mouvement indépendantiste québécois. C’est un texte qui agit généralement sur moi comme une grosse tape dans le dos (voire même, parfois comme un coup de pied au cul) pour poursuivre mon engagement politique.

Dans ce texte qui reprend une conférence prononcée le 30 avril 1966, Jacques-Yvan Morin, décrit les origines du concept de statut particulier, «dans plusieurs états et empires du passé et au cours de la plupart des grands réaménagements politiques des Temps modernes », et en particulier dans le cadre de l’Empire britannique.

Il aborde évidemment le cas du statut particulier du Québec au sujet duquel il conclut:

«Les défenseurs d’un statut particulier moderne pour le Québec veulent élargir cette notion et y faire entrer un certain nombre de compétences qui relèvent à l’heure actuelle du Parlement fédéral; ils proposent également de redéfinir le mode de participation du Québec au fonctionnement des organes centraux de l’État fédéral. J’estime, pour ma part, qu’une solution de ce type s’impose, si l’on veut vraiment faire en sorte « que la Confédération canadienne se développe d’après le principe de l’égalité des deux peuples qui l’ont fondée ». 

Le statut particulier du Québec doit être consacré tôt ou tard par le droit constitutionnel écrit. Certes, cette idée ne manque pas d’éveiller de fortes résistances au Canada anglais, mais telle est pourtant la condition d’un juste équilibre entre les deux nations canadiennes. Un observateur de l’extérieur, le journaliste Claude Julien, écrivait récemment à ce propos que les réalistes devront reconnaître que le Québec possède de fait une situation particulière méritant d’être consacrée par un statut particulier. Le refus d’un tel aménagement, ajoute-t-il, précipiterait l’éclatement de la Confédération et cet éclatement serait la fâcheuse conséquence non pas tant du séparatisme québécois que de l’incompréhension des anglophones, qui en porteraient l’entière responsabilité.» 

Jacques-Yvan Morin avait 35 ans quand il a écrit ce texte. Il a par la suite présidé les États généraux du Canada français, ce qui l’a amené à se joindre au mouvement souverainiste. Il est élu député de Sauvé en 1973. Il a agit comme chef de l’Opposition officielle jusqu’à l’élection de René Lévesque en 1976, puis assume les responsabilités de vice-premier ministre, de ministre de l’Éducation, de ministre du Développement culturel et scientifique et de ministre des Affaires intergouvernementales sous les deux gouvernements du Parti Québécois. Il a aujourd’hui 84 ans.

Jacques-Yvan Morin | Fiche biographique | Assemblée nationale

Ce document est dans ma bibliothèque pour me rappeler que les revendications du Québec ne datent pas d’hier, et que si elles s’inscrivent plus que jamais dans le fil d’une histoire très contemporaine — elles reposent néanmoins sur l’existence d’une relève politique qui tarde à s’organiser.

Parce que je me dis que si Jacques-Yvan Morin pouvait écrire en 1966 que:

«… depuis quelques années se fait jour au Québec l’opinion selon laquelle le Québec doit posséder un véritable statut particulier qui lui permettrait d’obtenir toute l’autonomie dont il a besoin comme « foyer national » du Canada français. En 1956, le rapport de la Commission Tremblay déclarait  que le Québec constitue notre « milieu politique fondamental » parce que , comme communauté humaine, il n’est assimilable à aucune autre « ni par les origines, ni par la religion, ni par la culture, ni par l’histoire de la grande majorité de la population, ni en conséquence par la plupart de ses institutions juridiques et sociales ». C’est pourquoi la Commission en vient à la conclusion que le Canada français a besoin d’un territoire où il puisse librement s’exprimer et bâtir ses propres structures institutionnelles.»

…il faudrait bien qu’en 2016 — 50 ans plus tard! — on arrive enfin à définir rapidement une nouvelle démarche, particulièrement claire et rassembleuse (et donc pas que franco-blanche-catholique), afin de faire de ce «milieu politique fondamental» un véritable pays.

 


De la série Sur mon (nouveau) bureau