Pourquoi je fais le saut en politique?

IMG_3062(photo: clin d’oeil humoristique!)

Je vous offre la primeur… mon vertige du jour.

J’ai mis en place un nouveau blogue à l’adresse http://www.clementlaberge.com

Je m’en servirai dans les prochains jours et les prochaines semaines… dans le contexte de la prochaine campagne électorale!

Ça commence, comme il se doit, par un texte où j’explique pourquoi je fais ce saut en politique.

Souhaitez-moi bonne chance! 

Affichage

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Montréal, rue Ontario, direction Ouest. Un totem de papier m’interpelle. Fragile, magnifique.

Je souris: clin d’oeil inversé à l’image Far West du criminel recherché dont la photo orne les poteaux du télégraphe.

Ici c’est l’identité complexe qui s’affiche au gré du vent sur un mur de la métropole.

Qui es-tu? Qui sommes-nous? 

Le vent souffle.

Qui serons-nous?

Surtout.

Coïncidences

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J’ai toujours aimé les coïncidences. Je les interprète comme un signe d’éveil.

Percevoir une coïncidence, c’est établir subitement un lien entre deux choses qui coexistent évidemment indépendamment de l’attention qu’on y porte, mais qui se révèlent, grâce à la vigilance intellectuelle de quelqu’un. C’est le regard qui transforme la coexistence en coïncidence. Une coïncidence c’est  la pointe de l’iceberg de tous ce qui nous lie en permanence les uns aux autres  — jusqu’à l’invraisemblable, parfois.

Un peu plus tôt cette semaine, juste avant de monter dans l’avion à destination de Paris, j’ai téléchargé sur mon iPhone le plus récent album de Coeur de Pirate: Trauma. Je l’écoute plusieurs fois pendant le vol. J’aime beaucoup. Arrivé à Charles-de-Gaulle, les bagages se font attendre au carrousel. Je remets mes écouteurs. Play. La voix de Coeur de Pirate m’accompagne pendant l’attente. J’aperçois finalement ma valise, au loin sur la courroie, précédée d’une valise de guitare. Au moment où celle-ci passe devant moi je peux lire une inscription, bien en vue: Fragile — Coeur de Pirate — Tournée européenne. En me retournant, je vous effectivement que ses musiciens sont là, juste un peu plus loin. Et la voix de Coeur de Pirate dans mes oreilles. Eh ben…

Dans le RER qui m’amène à Paris, je jette un oeil rapide sur Facebook. Marie-Andrée Lamontage mentionne le plus récent livre de Carl Leblanc, Fruits, publié par les Éditions XYZ. Un recueil de textes qui s’articule autour d’une série de coïncidences tirées de la vie de l’auteur. « Dans certains cas les faits sont  particulièrement troublantes et forcent la réflexion », précise-t-elle comme une invitation à la lecture. Décidément… coïncidence parmi les coïncidences… 

Arrivé à l’hôtel, je me suis donc évidemment dirigé sur leslibraires.ca et j’ai acheté Fruits — avant de prendre une douche et repartir aussitôt pour une première réunion. 

Je n’ai commencé la lecture que le lendemain matin. Dans l’ascenseur, en quittant l’hôtel, à partir de mon iPhone

Le premier texte raconte l’histoire d’un homme qui, entrant dans un ascenseur, met des écouteurs et démarre la musique en mode aléatoire, à partir d’une bibliothèque musicale de plus de 12000 pièces.

« Une fois dans la rue, je presse sur play. L’onguent musical se dépose sur la plaie du jour. Oui, ça va déjà mieux. (…) Les premières mesures de guitare promettent une mélodie agréable. Les premières paroles: «S’il fallait qu’un de ces quatre, mon âme se disperse…» Le Québécois Daniel Bélanger. Ça fera l’affaire. Je veux bien qu’on me parle de l’âme, cette belle chose surannée. Je veux bien, pendant trois minutes, croire qu’elle existe, et que peut-être même un mécréant comme moi, qui sait, en ai une. La chanson prend son envol. Je traverse l’avenue du Mont-Royal. Je me bats avec le cordon des écouteurs. Sur le trottoir, je heurte un homme. Il se retourne vers moi: Daniel Bélanger! Est-ce bien lui? Oui. Je m’excuse. Mon rire peut être confondu avec l’ébahissement du groupie. Je reste là, un peu sonné. Il poursuit sa route. Je cherche un témoin. Dans la surprise, je ne songe même pas à interpeller le chanteur, qui pourrait apprécier la coïncidence autant que moi et qui pourrait plus tard l’attester. Statufié sur le trottoir, tel un accidenté de la probabilité »

Deux histoires qui s’entremêlent. Deux histoires de iPhone, d’ascenseur, de musique, et de rencontres improbables avec leurs créateurs — tout cela à travers un voyage et une suggestion de lecture glanée au hasard d’un rapide passage sur Facebook. Décidément… coïncidences dans les coïncidences.

«  Je reprends ma route et me dis, avec la ferveur minutieuse du secrétaire : il faudrait bien, un jour, rédiger les procès-verbaux de ces «réunions insensées». »

Et c’est autour de cette idée qu’a pris forme le livre de Carl Leblanc. Ce court texte est guidé par la même idée. Je le dépose ici en me disant qu’il sera peut-être un jour, à son tour, l’objet d’une autre coïncidence.

« Parmi les coïncidences, il y a une échelle de l’improbabilité au sommet de laquelle, même les esprits les plus transcendantalifuges sont ébranlés. Il faut alors garder la tête froide devant la convergence des improbables et le complot des variables. Car il arrive que les choses semblent vraiment se mettre en place, venir vers vous poussées par une immense main et vous vous écriez: «Mais enfin, ce n’est pas possible!» Et pourtant oui, c’est là, c’est arrivé. »

P.S. je n’ai pas encore terminé la lecture de l’ensemble des textes, mais je souligne au passage le texte Quatre temps, dont les réflexions (qu’une coïncidence sert de prétexte à partager) m’ont semblé particulièrement pertinentes dans le contexte de tous les débats qui ont cours actuellement autour des idées de valeurs, de multiculturalisme, et de nation.

Les universités et les multinationales de l’édition

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J’ai publié plus tôt cette semaine sur Facebook une courte réaction à la lecture de du texte Les universités et les multinationales de l’édition, de Pierre Trudel.

Pour pouvoir plus facilement y faire référence dans le futur, je le reprends ici.

Et suggère en complément la lecture de Nouvelle ère pour les collections, un dossier des Bibliothèques de l’Université de Montréal

—/ début /—

Lire ce genre de textes ça me ramène aux enjeux fondamentaux (à l’essence même) des efforts qu’on fait tous les jours pour contribuer au développement d’infrastructure technologiques les plus ouvertes possible — et les moins à la merci des oligopoles. Pour le domaine du livre en général, bien sûr, pour leur disponibilité en bibliothèques aussi (surtout?) — et pour toute l’édition.

Le cas des revues scientifiques est un exemple d’une bataille entreprise trop tard par les universités… dont elles (nous, collectivement) payons le prix aujourd’hui.

Ce qui se passe autour de l’accès aux livres numériques dans les bibliothèques [publiques] québécoises — autour de pretnumerique.ca — est un exemple d’une bataille commencée à temps. C’est moins spectaculaire, c’est beaucoup de travail en coulisse, mais ce n’est pas moins fondamental.

La question de la réglementation du prix des livres neufs, imprimés et numériques, s’inscrit également dans ces enjeux/batailles.

—/ fin /—

La nécessaire diffusion des données culturelles

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Un gazouillis de mon ami Mario m’a fait découvrir le document Ouverture et partage des données publiques culturelles — pour une (r)évolution numérique dans le secteur culturel. Il s’agit d’un rapport a réalisé par le ministère français de la Culture et de la Communication. Un rapport qu’il convient de faire circuler largement parce qu’il soulève des enjeux très importants et qu’il permet d’illustrer certaines des possibilités qui sont associées à une meilleure diffusions des données culturelles (en particulier dans le cas des musées et des bibliothèques, mais aussi plus largement). Extraits:

« La matière première nécessaire à la formation de ces écosystèmes d’innovation et de création dans le secteur culturel se trouve dans les ressources culturelles numériques et plus particulièrement dans la donnée publique culturelle ou data culture.

« [ce sont des] données qui participent à l’éducation des citoyens et des plus jeunes, qui favorisent la démocratisation culturelle et la transmission des savoirs sont de véritables biens communs et font partie du patrimoine historique et culturel de tous les citoyens… »

« L’open data culturel favorise la création de services et produits innovants; participe à l’émergence de nouveaux leviers de croissance pour développer l’économie culturelle française; positionne le ministère français de la Culture et de la Communication et ses opérateurs au centre de la création d’un nouvel écosystème de création et d’innovation. »

J’ai déjà exprimé mon intérêt pour le mouvement des « données ouvertes ». C’est d’ailleurs une des convictions que j’ai défendues avec le plus de vigueur pendant les travaux du chantier Option Culture, virage numérique, que la SODEC a mené en 2011. Les propositions 12 et 17 du rapport final en rendent d’ailleurs compte (un peu trop timidement).

J’étais personnellement allé beaucoup plus loin au cours des échanges, allant jusqu’à suggérer que l’obtention de certaines aides publiques soient rendues conditionnelles à l’obligation pour les bénéficiaires de rendre publiques certaines données statistiques (voire commerciales) liées au projet soutenu — cela dans le but d’éviter la répétition des mêmes erreurs par d’autres acteurs, évidemment, mais aussi (surtout!) de stimuler l’innovation par d’autres acteurs. Je pense qu’on pourrait ainsi décupler la portée de chaque dollars investi dans le soutien des industries culturelles (ce qui est plus que jamais une nécessité). J’assume toujours pleinement cette idée… et je pense qu’on y arrivera tôt ou tard — inévitablement. Et le plus tôt sera le mieux d’ailleurs… parce que nous en ressortirons tous, collectivement, beaucoup plus fort.

Comme les auteurs du rapport français, je pense qu’il s’agit même d’un des enjeux les plus essentiels à la révision (pressante) de plusieurs des modes d’intervention de l’état… et peut-être tout particulièrement dans le domaine culturel.

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Cailloux récupérés sur une plage de l’Île-du-Prince-Édouard, été 2004

Parce que le bon espace pour archiver mes réflexions c’est mon blogue, je reproduis ici ce que j’ai publié un peu plus tôt ce matin sur Facebook:

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J’ai lancé l’idée de faire de Québec une « cité éducative » quelque part au printemps 2002 — j’en ai les traces sur mon blogue depuis septembre 2002.

En janvier 2004 (il y a déjà dix ans!), la Chambre de commerce et d’industrie de Québec adoptait pour thème de son Forum économique annuel: « Québec, Cité éducative ».

L’idée a fait son chemin dans l’esprit de beaucoup de monde au cours des dernières années… pas toujours comme prévu, sous des formes très diverses, et de façon parfois moins explicite… mais j’en ai des manifestations presque toutes les semaines. Et c’est une idée qui continue de me guider tous les jours.

Ça va bientôt être le temps d’une nouvelle synthèse/reformulation de tout ça, je pense bien.

—/ fin /—

Tête de caboche

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Juillet 2011 — Les Sept-Chutes, Saint-Férréol-les-Neiges

Il y a des années qu’on commence avec un vertige un peu particulier.

Tellement d’énergie, tellement à faire, tellement de défis anticipés.

Un long fleuve tranquille, la vie? Certainement pas! Des méandres surtout, des embacles, des cascades, des réservoirs et des turbines, aussi.

Ou, comme Gaston Miron l’a écrit:

Tête de caboche

Une idée ça vrille et pousse
L’idée du champ dans l’épi de blé
au coeur des feuilles l’idée de l’arbre
qui va faire une forêt
et même, même
forcenée, l’idée du chiendent

c’est dans l’homme tenu
sa tourmente aiguisée
sa brave folie grimpante
à hue, et à dia

Non, ça n’déracine pas
ça fait à sa tête de travers
cette idée-là, bizarre! qu’on a
tête de caboche, ô liberté

Tradition

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Levé tôt, mardi, pour préparer le cassoulet du nouvel an. Et des cannelés. Rien de trop beau.

Encore cette année, il y aurait plus de trente personnes à la maison en soirée. Un joyeux mélange de gens qui se connaissent très bien, d’autres qui ne se voient qu’une fois par année — pour le nouvel an chez Ana et Clément — et quelques nouveaux invités: bienvenus chez nous! Chacun apportant quelques plats pour que nous puissions terminer l’année en faisant honneur à nos sens. Des plats inédits et quelques plats qu’on attend impatiemment d’une année à l’autre. Le buffet de l’année, le dernier soir de l’année!

Pendant que les haricots mijotaient dans le bouillon de la dinde du 24 décembre et que je préparais confits de canard, porc, saucisses, couenne, lardons salés, ail, poivre… les enfants se réveillaient — qui vient ce soir? — les appels commençaient — oui, à partir de 17h — et les derniers achats se planifiaient — ne surtout pas oublier les bulles!

Et je me disais: qu’il est agréable de constater que cette soirée autour du cassoulet, du partage et de rencontres improbables est en train de devenir une véritable tradition.

J’ai encore le sourire en revoyant les trente-cinq personnes cordées ben serrées dans notre petit salon pour le spectacle de magie offert par un des nouveaux invités. Et le Santé! Bonne année! à minuit, tout ce beau monde là dans la cuisine…

Écris, écris.

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Île-du-Prince-Édouard, juillet 2004

Début d’année. Une année pour sortir de ma zone de confort — avec l’écriture comme ancrage. C’est mon souhait. C’est mon plan.

À la lecture de mon texte précédent — L’écriture — un ami a attiré mon attention sur ce vidéoclip de Richard Séguin: Écris, écris. Merci.

Un autre m’a invité à partager davantage, des images notamment, comme des témoignages muets à partir desquels écrire et réfléchir (ce qui était l’idée à la base de la refonte de mon blogue il y a déjà deux ans).

Tout cela va dans le même sens.

Bonne année 2014!

L’écriture

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J’ai publié moins sur mon blogue en 2013 que je l’avais fait en 2012, mais j’ai globalement écrit beaucoup plus. Je suis très content. J’ai pris des notes sur mon quotidien plus de deux jours sur trois (avec l’aide de DayOne — le plus souvent à partir de mon iPhone). J’ai donc écrit beaucoup plus en privé qu’en public — et je pense que cela m’a aidé à utiliser l’écriture pour réfléchir plus efficacement que par le passé.

Garder des traces du temps qui passe, des rencontres, des lectures, des réflexions, des conversations — cela me semble de plus en plus important pour pouvoir maîtriser notre rapport au temps. Parce qu’autrement, tout nous amène dans l’instantanéité, à réagir vite, à prendre position sur tout et à s’exprimer de façon manichéenne, avec un vocabulaire souvent excessif.

En 2014, je veux continuer à utiliser l’écriture et les réseaux sociaux pour réfléchir — avec la mesure, le temps et le recule que ça exige. Écrire pour le simple plaisir aussi, comme une forme de gymnastique de l’esprit.

Ce sera plus que jamais un défi. Un défi essentiel.

Pourquoi réglementer quand on peut subventionner?

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Plusieurs amis publient ce soir sur Facebook des commentaires très durs et très personnalisés après la lecture de ce texte du Devoir: Les libéraux s’opposent au prix réglementé du livre.

Au risque d’étonner, je confesse une certaine estime pour Christine Saint-Pierre dans ce dossier (n’exagérons rien, mais quand même). Parce que je pense qu’elle a défendu le dossier avec sincérité au sein de son parti — jusqu’à ce qui pourrait être qualifié « d’imprudence », en portant publiquement le macaron du mouvement Sauvons les livres. Je pense qu’il faut lui en être reconnaissante — et souhaiter qu’elle continue à défendre le dossier au sein de son caucus.

Il me semble que c’est plutôt vers son chef qu’il faut diriger notre mécontentement… pour n’avoir jamais donné l’heure juste, et avoir délibérément laissé croire que le Parti Libéral pourrait appuyer un projet de réglementation — alors qu’il tue maintenant le projet avant même qu’il ne soit formellement présenté. Il a choisi d’induire en erreur plutôt que de faire preuve de courage. C’est du très mauvais leadership.

* * *

Une autre des choses qui me sidèrent dans ce dossier c’est que ce sont les deux partis qui répètent sans cesse que l’État doit cesser d’avoir le réflexe de subventionner pour soutenir l’économie qui rejettent d’emblée une mesure qui suscitait un large consensus et qui ne coûtait rien à l’État… en disant au gouvernement qu’il devrait plutôt « délier les cordons de la bourse » et subventionner davantage les éditeurs et les libraires. C’est au moins paradoxal, voire carrément contradictoire.

Il faut le dire: dans ce dossier, ceux qui privilégient que l’État subventionne au lieu de favoriser une prise en charge de l’industrie par ses principaux acteurs — et à coût nul pour l’État (répétons-le) — c’est le PLQ et la CAQ.

Il faudrait que les chroniqueurs et les animateurs de radio qui nous ont fait la morale toute la semaine le réalisent aussi.

* * *

Et bravo à Élodie Comtois pour l’argument retourné à Philippe Couillard en rapport avec l’industrie pharmaceutique. Ça me semble très bien vu.

Expertise économique, vraiment?

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Note: je reprends ici un court texte écrit sur Facebook un peu plus tôt ce matin — dans le but de favoriser des échanges plus ouverts.

* * *

On peut être en accord ou en désaccord avec l’idée d’une réglementation du prix des livres. Il existe évidemment des raisons valables pour s’opposer à certaines des mesures qui sont proposées par le ministre Kotto… comme il y a aussi de très bonnes raisons pour les appuyer.

Mais les propos pontifiants que je lis de certains opposants depuis deux jours — sous un couvert d’expertise en économie autoproclamée — sont parfois tout simplement consternants.

Il ne s’agit pas de savoir parler « de l’offre et de demande » ou d’évoquer le droit d’acheter au prix le plus bas pour être un expert en économie.

La science économique ne s’intéresse pas qu’aux prix de vente au détail, mais aussi au cadre dans lequel sont créés et distribués les produits et les services — à court, et à plus long terme. Ce serait bien de ne pas le perdre de vue.

Le courage du développement économique

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Note: ce texte a initialement été publié dans Le Soleil du 2 décembre 2013. Je le reprends ici parce qu’il semble avoir passé son tour pour une publication dans la section Points de vue, sur le site du quotidien.

* * *

L’Institut de la statistique du Québec a publié il y a quelques jours la mise à jour de son étude sur le produit intérieur brut régional par industrie au Québec. Les résultats nous rappellent que malgré la fierté retrouvée, à laquelle on fait régulièrement référence depuis les Fêtes du 400e, la région de la Capitale nationale tire toujours de la patte en ce qui concerne la croissance du PIB.

L’analyse de l’Institut de la statistique nous apprend en effet que la croissance économique de la Capitale nationale se chiffrait à 3,2% en 2011 « ce qui constitue un taux nettement moins élevé que celui de l’ensemble du Québec (+ 4,4 %) ». On peut donc clairement faire mieux.

En regardant d’un peu plus près les données de l’Institut de la statistique, on constate que l’économie régionale est évidemment dominée par les services (82,4%), mais que seulement un cinquième de cela dépend des administrations publiques, soit à peine plus que le secteur des assurances et des services immobiliers. On ne le répétera donc jamais assez, il faut définitivement sortir du cliché Québec-ville-de-fonctionnaires. C’est une image de plus en plus trompeuse.

Le rapport de l’Institut de la statistique du Québec n’explique pas ce qui cause le retard économique de la Capitale, mais je me permets une hypothèse, avec un regard d’entrepreneur. Je pense que nous avons trop souvent l’impression, ici, que le développement économique ne dépend pas de nos propres actions, qu’il se fait malgré nous parce qu’il repose sur des décisions gouvernementales; voire, qu’il se fait carrément à notre insu. L’apparition du silo de l’Anse au Foulon en quelques heures, sans consultation, vient malheureusement renforcer cette perception — et c’est peut-être en cela qu’il est le plus dommageable, d’ailleurs, parce que le véritable développement économique ne peut pas se faire en catimini.

Le développement économique ça se fait avec courage, par des citoyens qui se retroussent les manches, une décision à la fois, un geste après l’autre, en cultivant tous les jours une attitude entrepreneuriale. Ça se fait par des gens qui croient qu’on peut avoir une influence sur notre environnement, qu’on peut changer les choses, inventer, innover. C’est une attitude qui caractérise fortement l’industrie de l’information et l’industrie culturelle depuis quelques années et ce n’est pas un hasard si c’est le regroupement sectoriel qui performe le mieux dans la région avec une croissance de 8,7%.

C’est cette confiance qu’il faut trouver moyen d’insuffler à d’autres secteurs économiques si nous voulons réussir encore mieux. Il faut donner à plus de monde le goût d’entreprendre. Et pour ça, il ne faut pas que de beaux discours et des claques dans le dos une fois de temps en temps. Le développement économique ne peut pas consister à dire aux entrepreneurs quoi faire, ou comment le faire. Pour les aider à réussir, il faut les appuyer lorsqu’ils prennent des initiatives — et de la façon la plus personnalisée possible. Il me semble qu’il faudrait pour cela que les organismes de développement économique aient eux-mêmes une attitude plus entrepreneuriale. On a vraiment beaucoup de chemin à faire dans cette direction là… la Fédération canadienne des entreprises indépendantes nous l’a d’ailleurs rappelé il y a quelques semaines en classant notre ville au 100e rang, sur 107, dans son classement des villes entrepreneuriales au Canada.

J’espère que les membres des trois comités de travail qu’a mis en place la ministre Agnès Maltais pour élaborer une vision du développement de la région pour les années à venir pourront se pencher attentivement sur cette question. Cela me semble indispensable si on souhaite que la richesse de la Capitale nationale croisse aussi rapidement que celle des villes les plus dynamiques en Amérique.

Le développement international

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La lecture du Soleil de jeudi dernier avait une résonance particulière pour moi, et pour l’équipe de De Marque. En effet, la section spéciale Zone, l’option internationale correspondait particulièrement bien aux défis qui nous occupaient cette semaine… et au cours des derniers mois!

Après avoir mis en place en 2009 l’Entrepôt numérique, avec la collaboration de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL), pour offrir des services de distribution de livres numériques aux éditeurs québécois et canadiens-français, nous avons entrepris d’étendre le service à l’international.

D’abord à la France en 2010, avec Eden Livres, puis en Italie, en 2011, avec Edigita. C’est encore méconnu, mais aujourd’hui, plusieurs des prix littéraires français, et certains des plus grands succès littéraires italiens sont commercialisés en version numérique grâce à la plateforme de distribution que De Marque développe à Québec.

Depuis 2011, donc, on travaille, d’arrache-pied pour poursuivre le développement de l’entreprise, ailleurs en Europe et sur d’autres continents. Nous avons pu signer plusieurs accords de partenariats, en Europe et en Asie, et suivre des pistes, nombreuses… mais beaucoup de choses restaient à conclure.

On a poursuivi nos efforts, tous les jours, pour suivre la croissance du marché du livre numérique (qui double pratiquement chaque année dans tous les marchés où nous sommes présents) et continué à investir dans le développement international — avec persévérance, en doutant parfois, mais jamais assez pour abandonner. Et ces jours-ci après plus d’une centaine de voyages et beaucoup d’investissement… on dirait bien que le vent se prépare à tourner, et que nous aurons bientôt quelques belles annonces à faire. Ça va faire du bien de voir les efforts porter fruits! Mais gardons les doigts croisés, il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué…

Alors des dix conseils pour favoriser l’exportation préparés par Québec International et rapportés sous la plume de Marie-Pierre Cayer, je me permets de retenir surtout le huitième:

8) «Fais des efforts et persévère» 

Investissez les efforts nécessaires à la réussite du projet. Les entreprises désirant se lancer dans l’aventure de l’internationalisation devront y mettre les efforts, le temps et l’argent nécessaires pour voir les résultats. Aucune relation d’affaires à l’international ne se crée rapidement, confirme Québec International.

Et des observations d’Alain Kirouac, président de la Chambre de commerce de Québec, au sujet des défis majeurs liés à l’exportation, je retiens particulièrement ce passage:

« Malgré tout, la santé des entreprises québécoises et en particulier celles de la région métropolitaine de Québec est bonne, mais « c’est le désir de l’international qui est moindre », insiste le président.

« Quand on leur demande leur intention d’aller vers l’international, les entreprises répondent qu’elles sont bien sur les marchés locaux et régionaux », mentionne M. Kirouac, ajoutant que le manque d’audace est évident. »

C’est vrai qu’on peut faire encore beaucoup plus d’exportation dans la région (et pas que dans le secteur manufacturier d’ailleurs: dans les services, aussi! — et en particulier dans le secteur culturel) — mais je ne suis pas certain que ce soit seulement (ni même essentiellement) le manque d’audace qui explique la situation actuelle.

Il n’y a pas que les entrepreneurs qui doivent apprendre oser un peu plus, il y a probablement aussi des conditions à réunir pour permettre à l’audace de s’exprimer plus facilement — et pour accompagner la nécessaire (et importante) prise de risque qui accompagne une démarche de développement à l’étranger.

On a déployé beaucoup de ressources dans les vingt dernières années pour apprendre et réussir à « attirer des entreprises » dans la région. Il faudra sans doute un chantier semblable pour qu’on obtienne autant de succès avec l’exportation.

Il faut qu’on y arrive, parce que c’est vraiment un très beau défi pour une entreprise — et pour toutes les personnes qui y travaillent!