Une réalité!

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« L’édition numérique est maintenant devenue une réalité » — c’est le sous-titre d’un article de Frédérique Doyon, publié dans Le Devoir de ce matin. Avec même une belle visibilité à la une du journal: « Papier ou numérique? Lire, mais comment? ». Je me réjouis évidemment de lire ça!

C’est un article qui prend pour point de départ « l’indignation qu’a suscitée le virage numérique de Marie Laberge et d’Arlette Cousture ». J’ai déjà exprimé plus tôt cette semaine que je trouvais cette indignation disproportionnée. J’ajoute qu’elle est contreproductive, parce qu’en donnant une portée symbolique aux décisions de ces deux auteures, on risque de perdre la vision d’ensemble.

L’indéniable réalité est que le monde du livre est en profonde transformation, partout dans le monde — sous plusieurs influences, dont l’intérêt des grandes chaînes pour les bestsellers, mais aussi le développement du commerce électronique, le développement du livre numérique et les nouvelles formes de médiations culturelles qui se développent autour des réseaux sociaux. Avec tous les effets associés à ces forces de transformation : accès facilité à des livres en langues étrangères, modification des rôles des acteurs de la « chaîne traditionnelle du livre », changements aux équilibres économiques associés, etc.

On ne peut pas plaider l’ignorance : on le constate partout, sous des formes diverses, et avec une très grande brutalité dans certains marchés (et en particulier aux États-Unis), et avec des effets plus lents, insidieux, dans d’autres marchés — en particulier dans des endroits, comme le Québec, où le marché est fragile en permanence et où tout déséquilibre économique se fait cruellement sentir par les acteurs les plus vulnérables.

Dans ce contexte, je me réjouis évidemment que les libraires indépendants serrent les rangs et qu’ils manifestent pour démontrer leur importance dans la culture et dans l’économie québécoise — et, plus encore peut-être, dans le développement de l’identité québécoise. J’ai envie d’ajouter que la librairie est essentielle à la démocratie — pour permettre la circulation des idées et la qualité des débats.

Mais on ne peut pas nier que ça fait des années qu’on sait qu’on va passer par où on est aujourd’hui! Ça fait l’objet de je ne sais combien de milliers d’heures de discussion, de colloques, de tables de concertation, de documents plus-ou-moins-tablettés, et quoi encore? Je ne compte plus les tribunes où j’ai eu l’occasion de le dire, le nombre d’aller retour Québec-Montréal que j’ai pu faire pour aborder ces questions.

Une réglementation du prix des livres neufs fait certainement partie des moyens qu’il faut mettre en place pour nous aider à passer à travers les prochains bouleversements (j’ai déjà pris position là-dessus), mais on sait tous que ne sera certainement pas suffisant. Il est de plus en plus urgent de redoubler d’efforts pour aborder ces changements avec une attitude plus ouverte à l’innovation — en particulier pour ce qui concerne le livre numérique.

Il va falloir accepter de prendre plus des risques. Il va falloir oser travailler ensemble autrement, accepter de revoir les frontières des rôles traditionnels de chacun, sortir davantage des sentiers battus. On l’a fait un peu dans les dernières années, on n’a pas tout mal, mais faudra faire bien plus. Et investir davantage évidemment. Rejeter certains réflexes protectionnistes aussi — parce qu’il y a de ça aussi, et pas que chez les petits acteurs (faut quand même pas le nier!).

Il faut urgemment réaffirmer que le numérique n’amène pas avec lui que des menaces. Qu’il représente aussi une extraordinaire opportunité pour la culture québécoise en général et pour le livre, en particulier. « Sauvons les livres», certes! Mais pas en le protégeant du numérique. Pour « sauver les livres », il faut le/se projeter dans ce nouvel espace avec davantage d’enthousiasme (ce qui n’est pas contradictoire pas une certaine prudence).

« L’édition numérique est maintenant devenue une réalité ». Il aura fallu cinq ans entre la mise en place de l’Entrepôt numérique par De Marque, en partenariat avec l’Association nationale des Éditeurs de livres (ANEL), pour avoir le plaisir de lire ça dans un grand quotidien québécois… c’est très long, trop long… Il va décidément falloir que les prochaines étapes se franchissent plus rapidement.

L’innovation et le livre

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Je me rends à Montréal en train ce matin pour une rencontre qui vise à faire avancer le dossier du livre numérique en milieu scolaire. Encore un salmigondis à démêler…

Entre deux gorgées de café je lis les réactions des uns et des autres aux décisions de Marie Laberge et d’Arlette Cousture de ne rendre disponibles les versions numériques de certaines de leurs œuvres exclusivement dans certains canaux de ventes — essentiellement leurs sites Web personnels et le iBookstore de Apple, dans le cas de Marie Laberge. Le Devoir, La Presse, blogues, réseaux sociaux… Il fallait bien s’en douter: c’est à travers le star system que le livre numérique finit par faire parler de lui…

Plusieurs s’étonnent de la violence du vocabulaire utilisé par certains (trahison, vraiment?). Personnellement, je suis moins surpris par la virulence des commentaires et des mots choisis que par la nature de certains des reproches qui sont formulés aux deux auteures.

On peut certes reprocher aux auteurs de manquer de vision pour la mise en marché des versions numériques de leurs œuvres (je le crois) ou d’être malhabiles au plan des communications (ça me semble indéniable). On peut aussi déplorer une forme de négligence à l’égard des bibliothèques, voire des librairies, mais est-ce que la « chaîne du livre » en est rendue à se sentir menacée par les maladresses de deux auteures, aussi populaires puissent elles être? Deux auteurs: une, deux. Pensons-y bien! Est-ce qu’on en est vraiment rendu là? J’espère que non!

Et je n’ai certainement pas envie de reprocher à Arlette Cousture et Marie Laberge d’oser quelque chose de nouveau… d’innover, même maladroitement… pas dans un milieu qui manque très souvent de goût pour l’innovation! Je n’ai pas envie de leur reprocher cela, même si je suis absolument certain qu’elles font toutes les deux une erreur dans les cas qui nous intéressent. Je suis d’ailleurs convaincu qu’elles le réaliseront bien assez vite. C’est inutile d’en faire tout un plat. J’ose même ajouter que nous pourrons éventuellement les remercier pour avoir fait la démonstration que ces approches ne sont pas les bonnes.

Le monde du livre est en profonde (et de plus en plus rapide) transformation. Il faut certes que ses différents acteurs « se serrent les coudes » et appeler chacun d’eux à adopter une vision « systémique » du marché — mais certainement pas au prix de condamner ceux et celles qui prennent le risque d’innover… même maladroitement.

Déplorer, peut-être. Dénoncer, à la limite. Mais condamner? Certainement pas! Ce n’est pas la bonne voie.

Ceux qui crient le plus fort devraient peut-être s’interroger sur les rapports qu’ils entretiennent avec l’innovation.

Innover dans un contexte comme celui-ci ce n’est pas un luxe, c’est une nécessité.

Au risque de se tromper, évidemment. Parce que ça fait inévitablement partie de la game.

À la recherche du temps perdu

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Deux articles à lire dans Le Soleil de ce matin, sous la plume de François Bourque: À la recherche du temps perdu et Cinq pistes pour mieux organiser le temps à Québec.

Au cœur de ces deux articles, une idée: la création d’un Bureau des temps, afin de réduire la pression sur les infrastructures publiques — routières, notamment.

Je suis content de voir que cette idée fait son chemin, lentement mais sûrement, jusqu’en Amérique du Nord… J’y avait fait référence sur mon blogue en décembre 2004, à la suite d’un texte de François Cardinal, dans La Presse.

François Bourque dit dans son texte que c’est une idée qui a été créée en Italie dans les années 90 sous l’impulsion des mouvements féministes. Ma perception est que c’est une idée qui a aussi (surtout?) été portée par plusieurs membres de l’Association internationale des villes éducatrices (ce que j’appelle pour ma part le mouvement des cités éducatives) — dont Rennes, citée en exemple par François Bourque, est un membre très actif (Québec est aussi membre — et voir la liste des membres).

Je profite de l’occasion pour signaler que la Banque internationales de documents des villes éducatrices est un extraordinaire recueil de projets socio-culturels-éducatifs — de l’inspiration à l’état pur.

Exemples: les projets présentés par la ville de Rennes (voir le #12 pour le Bureau des temps) et ceux de la ville de Turin (voir le #2 pour le projet Rythmes et horaire de la ville).

Je m’amuse en pensant que j’ai parlé des bureaux des temps en réponse à un sondage de la Chambre de Commerce de Québec, dans le cadre de la campagne électorale. Je m’étais dit en répondant « ça a beau être anonyme, ils vont sûrement deviner que c’est moi qui propose ça et me trouver une fois de plus un peu excentrique »… et voilà que l’idée se retrouve sur leur table de cuisine ce matin! :-)

Photo: fragment de Réveils, de Arman 1960. Oeuvre vue à Chicago.

Lecture au sujet des valeurs

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En complément de la très agréable lecture de Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson (merci Florent!) — et pour alimenter une réflexion personnelle sur les valeurs qui me guident (dans un contexte où les valeurs sont omniprésentes dans l’actualité) — j’ai lu ce soir quatre textes dont je souhaite garder ici une trace. Pour référence ultérieure.

1. Parle-moi de tes valeurs et je te dirai… (2004)

Une entrevue avec Claude Paquette

2. La troublante montée de l’intégrisme (1996)

Une réflexion de Claude Paquette

3. Valeurs d’ici et valeurs islamiques / La collision est-elle évitable? (2006)

Texte de Claude Paquette paru dans le collectif Québécois et musulmans main dans la main pour la paix (Lanctôt Éditeur)

4. Seven Acupuncture Points for Shifting Capitalism to Create a Regenerative Ecosystem Economy (2010)

Texte de Otto Scharmer, qui m’a été suggéré par Jean-Sébastien Bouchard.

Trois textes de Claude Paquette, donc, l’auteur de Des idées d’avenir pour un monde qui vascille, publié en 1991, auquel j’avais brièvement fait référence ici il y a un peu plus d’un an, au sujet du besoin de nouvelles formes de leadership.

J’y reviendrai certainement.

Les fils tressant les ponts

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J’ai été très touché ce soir par un échange avec un ami qui s’est opposé de façon très virulente au projet de « Charte des valeurs québécoises » présenté par Bernard Drainville. Il m’a dit que mon texte d’hier avait contribué à le faire réfléchir.

« j’ai eu mon lot de propos pour le moins vigoureux. je ne les regrette aucunement car ceux que j’ai présentés ici avaient été réfléchis (…) [mais] merci clément. tu m’as convaincu de reprendre mon chapeau d’optimiste et de surmonter mon amertume pour promouvoir encore plus ardemment les véritables valeurs d’égalité auxquelles tant de nous croient avec autant de passion. »

Il faut dire que je lui avais écrit en privé quelques jours plus tôt pour lui faire part d’un malaise. Et que, devant son silence, je m’inquiétais qu’il ait mal reçu ma critique. Je sais maintenant que ce n’était pas le cas. Merci L.-F. pour le respect et la confiance dont témoigne ta réaction  — et dont ma démarche initiale témoignait d’ailleurs aussi, je pense que tu l’as compris. Alors rendez-vous devant un café dès que possible pour discuter de nos positions respectives… et, d’ici-là je t’offre cette photo, que j’ai prise à Barcelone, une ville que je sais que tu affectionnes particulièrement.

* * *

Décidément… j’adore quand les mots nous aident « à ne pas perdre le fil des valeurs vraies, ni échapper les fils tressant les ponts », comme me disait, tard hier soir, un ami maître es twittérature.

C’était juste avant que nous concluions notre échange de la façon suivante, avec la contrainte des 140 caractères:

« Depuis toujours funambules sur le fil de l’histoire, il s’agit maintenant de tresser un pont du Passé jusqu’à l’Autre. Sans trop hésiter. »

Tout ça pour dire que, même si le débat n’est pas facile, on continue pareil — comme dirait la gang de Mes Aïeux.

Le rôle du temps dans le débat

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Nous sommes samedi soir, le 14 septembre. Un verre de vin à la main, j’essaie de prendre un peu de recul sur l’invraisemblable semaine qui vient de s’écouler.

Il y a quatre jours (eh oui… seulement quatre jours!) le ministre responsable des institutions démocratiques a présenté un projet de Charte des valeurs québécoises. L’espace médiatique s’est instantanément embrasé — et les réseaux sociaux avec lui (si ces deux espaces existent encore distinctement l’un de l’autre, mais c’est un autre sujet).

Quatre jours ont suffit pour qu’on perde collectivement toute capacité de débattre convenablement (du moins en apparence). Les excès se sont multipliés, les échanges se sont polarisés, les nuances ont été pratiquement évacuées de l’espace médiatique. Heureusement, depuis hier c’est un peu mieux. Un peu.

Mais qu’a-t-il bien pu arriver pour qu’on passe en si peu de temps d’un calme relatif à la publication de textes chaque jour plus enflammés? — textes qui ont été jusqu’à décrire un document de travail comme un pacte avec le diable, l’associant au racisme, à la xénophobie, voire au fascisme (avec un gouvernement minoritaire, faut le faire!).

Depuis quatre jours, tout semble permis. Quand il est de bon ton pour un chroniqueur en vue d’un grand quotidien de Montréal, de décrire la première ministre comme « une femme sans jugement et sans principes », c’est qu’on a sérieusement perdu le sens de la mesure.

Et ce sont bien souvent les médias traditionnels qui ont alimenté les débordements des réseaux sociaux.

Je fais l’hypothèse que si nous en sommes là aujourd’hui, c’est parce que nous avons perdu de vue le rôle du temps dans le débat social.

Je pense que nous avons succombé à une forme d’instantanéité qui est guidée par tous ces outils qui nous permettent maintenant de communiquer nos opinions de façon immédiate et de relayer celle des autres encore plus facilement. Nous avions déjà expérimenté cela l’an dernier pendant le printemps érable, mais je pense que nous avons atteint de nouveaux sommets au cours des derniers jours.

En cédant une partie de notre raison au bout de nos doigts, nous nous sommes engagés, peut-être sans trop le réaliser, dans un immense vox pop multimédia. Facebook, Twitter, sondages, tribunes téléphoniques — les uns faisant sans cesse référence aux autres, dans un grand cercle vicieux. Un débat à coup de « j’aime », de commentaires et de « partage ». Comme si, une fois que tout le monde aurait exprimé son opinion, on aurait enfin fait le tour de la question.

J’en ressors essoufflé.

Essoufflé par tant de lecture — tant de bruit et de tensions, souvent pour rien.

Essoufflé aussi par les efforts que j’ai dû faire pour me retenir, pour ne pas être complice de cette transformation d’un débat en simple chicane.

On peut-tu prendre un break? Une semaine? Pour laisser retomber un peu la poussière. Pour se donner le temps de lire les documents auxquels on fait référence, pour écouter attentivement les défenseurs et les opposants — et les amener à expliquer ce qu’ils appuient et ce qu’ils dénoncent dans la proposition. Pour sortir des antagonismes et créer un climat plus propice à l’expression des nuances et à la formulation de propositions alternatives — parce que le document peut certainement être amélioré; et qu’il a d’ailleurs été présenté comme tel.

J’ai été renversé d’entendre des commentateurs suggérer que le Québec ne pouvait tout simplement pas se permettre de faire un débat sur la laïcité et sur les valeurs — comme si nous formions une société tellement fragile que nous pourrions perdre en quelques jours notre mince vernis de civilisation. Franchement! Ayons un peu plus confiance en nous et en la société que nous avons bâtie.

Soyons sérieux, ce n’est pas le débat en lui-même qui pose problème, c’est la manière de le mener. Être une société moderne ce n’est pas éviter les sujets délicats, comme certains nous y invitent, c’est avoir le courage les aborder pour ne pas les laisser pourrir et savoir en débattre sereinement, sans sombrer dans les excès. Ce n’est pas infantiliser les citoyens (« on ne parle pas de ça à table! allez dans vos chambres! »), c’est leur faire confiance et créer les conditions pour un débat respectueux.

Tout miser sur l’instantanéité, c’est la stratégie de ceux qui veulent empêcher le débat, de ceux qui veulent le court-circuiter, le transformer en polémique et en chicane (et ça marche! ce n’est pas un hasard si la wedge politic connaît de si bons moments).

L’instantanéité ne fait pas de nous des gens plus civilisés — même si on professe de cette façon de très nobles valeurs. Si on croit vraiment à la valeur du débat, il faut donc refuser de céder à l’instantanéité — malgré les gratifications qui l’accompagnent. Il faut utiliser les réseaux sociaux mais ne pas se laisser manipuler par eux.

Si on croit vraiment à la valeur du débat, il faut éviter de servir l’appétit des médias pour le manichéisme (« et vous monsieur, vous êtes pour ou contre? »), il faut refuser le simplisme, il faut prendre le temps de réfléchir. Même sur Twitter. Même sur Facebook. Surtout sur Facebook. Ce n’est pas parce qu’on peut réagir tout de suite qu’il faut nécessairement le faire. Il ne s’agit pas de nier l’existence des réseaux sociaux, ni d’en déplorer l’existence, mais bien de reconnaître aussi leurs limites est les enjeux qu’ils soulèvent.

Il faut se rappeler qu’il n’y a pas de mal à penser à quelque chose, à prendre le temps de l’écrire et à ne le publier le lendemain (après quelques ajustements, qui s’imposent souvent naturellement, avec quelques heures de recul). Parce que ça change tout. C’est ça qui fait de nous des gens plus civilisés, c’est ça qui nous permet de prendre part au débat de façon plus constructive.

Je le répète: je ne dis pas que ce sont les réseaux sociaux sont responsables de la dérive que nous avons observée au cours des derniers jours. Mais je dis que notre façon d’utiliser ces réseaux — la maturité (ou l’absence de maturité) avec laquelle nous l’avons fait — n’est pas neutre dans le déraillement du débat auquel nous avons assisté. Je continue de penser que l’avènement des réseaux sociaux est une victoire pour la démocratie et qu’il faut se réjouir qu’un plus grand nombre de gens puissent se faire entendre — mais il faut apprendre à composer avec tout ce que cela implique.

Je pense que les médias dit « traditionnels » ont la responsabilité de nous aider à séparer le bon grain de l’ivraie sur les réseaux sociaux, pour réintroduire ce qu’on y trouve de meilleur dans le débat public — plutôt que d’alimenter la débauche d’opinion en publiant des chroniques polémiques et des caricatures qui semblent parfois avoir été pensées spécialement pour cela.

Il me semble que les médias devraient faire un peu moins de vox pop et donner un peu plus souvent la parole à des auteurs, non pas pour parler de ce qu’ils pensent de l’actualité, mais pour nous parler de leurs écrits et des réflexions qui en ont guidé leur rédaction. Parce l’écriture d’un livre impose le recul dont nous manquons terriblement aujourd’hui.

Il faut réhabiliter les blogues aussi, parce qu’eux aussi permettent d’inscrire une réflexion dans le temps, et qu’ils témoignent de l’évolution de la pensée d’une personne. Ils nous donnent accès à un autre niveau de réflexion.

On a reproché cette semaine à un député d’avoir exprimé sur son blogue, il y a quelques années, une autre position que celle défendue aujourd’hui son parti — et de laquelle il est solidaire. Où est le scandale? En ce qui me concerne, j’ai plutôt envie de le remercier d’avoir pris le temps, à l’époque, de formuler sa pensée et de l’avoir publiée pour nous aider à saisir, encore aujourd’hui, le sens de sa démarche intellectuelle. Et tant mieux si cela nous fournit un indice qu’il y a bel et bien des débats au caucus, derrière la nécessaire ligne de parti. Il me semble que cela atténue aussi, un peu, les inévitables effets de la partisanerie. La démocratie se porterait beaucoup mieux si plus d’élus prenaient le temps / avaient pris le temps de tenir un blogue au cours des dernières années — et si on avait accès à ces écrits pour interpréter les positions qu’ils défendent aujourd’hui.

Tout ce qui peut désamorcer notre appétit pour l’instantanéité me semble plus essentiel que jamais. Tout ce qui peut introduire un peu de temps dans l’exercice du débat devrait être favorisé — parce que c’est ce qui nous offre le meilleur rempart contre les débordements auxquels nous assistons malheureusement depuis quelques jours.

Il ne s’agit pas d’éviter les débats.

Il s’agit de se donner des conditions pour les faire adéquatement.

Et ne jamais perdre de vue que le temps est un indispensable modérateur.

Vivre ensemble

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C’était la rencontre de parents ce soir à l’école primaire d’une de mes filles. Elle située dans un quartier de Sainte-Foy qui est de plus en plus multiethnique. Le gymnase était bondé. Les directrices, les enseignantes, quelques enseignants, et surtout des pères et des mères — dont certaines portaient un voile. C’était beau. La rentrée scolaire m’émeut toujours.

Quelques heures plus tôt, le gouvernement du Québec avait soumis au débat cinq propositions devant mener à la rédaction d’une Charte dans laquelle serait affirmé la laïcité de l’État et réaffirmé le caractère fondamental de l’égalité homme-femme. L’espace public s’était aussitôt embrasé, les médias (et les médias sociaux) privilégiant très souvent l’expression des opinions les plus extrêmes, en dépit de toutes les nuances qui s’imposent lorsqu’on aborde un sujet aussi sensible.

J’observais ces immigrants, plus ou moins facilement identifiables, portant ou pas de signes religieux visibles, et ce n’est pas les propositions de Bernard Drainville qui me rendaient inconfortable. Pas du tout! C’était plutôt l’immaturité dont nous avions collectivement fait preuve au cours des heures et des jours précédents. À croire que nous avions abandonné toute raison pour tomber dans le simplisme, les insultes et le jeu des bons et des méchants. Jusqu’à oublier que si pour bien vivre ensemble il faut, bien sûr, des règles claires, il faut aussi (surtout!) de l’écoute, du respect et du temps pour considérer le point de vue de l’autre. C’est d’ailleurs ce qu’on enseigne aux enfants à l’école: « la curiosité intellectuelle, les connaissances et la sensibilité nécessaires pour contribuer à bâtir un monde meilleur et plus paisible, dans un esprit d’entente mutuelle et de respect interculturel ».

Ce soir, j’ai eu le goût de dire aux parents immigrants, et en particulier à ceux qui portaient des signes religieux visibles, qu’ils sont bienvenus dans notre quartier et que j’apprécie leur participation à la vie de cette école où nos enfants inventent, ensemble, le Québec de demain.

J’ai eu envie de leur dire de ne pas accorder d’importance aux réactions excessives dont les médias se sont fait l’écho depuis quelques jours. J’ai eu envie de leur dire que les polémistes allaient bien finir par s’épuiser, que la raison allait bientôt reprendre ses droits et que nous pourrions commencer à discuter sereinement des règles qui nous permettront de bien vivre ensemble, à long terme, dans le respect des valeurs de chacun.

J’ai eu envie de leur citer les paroles de Rachida Azdouz qui mentionnait un peu plus tôt à la télévision qu’il ne faut pas s’inquiéter du débat qui s’amorce: « parce que c’est tout à fait normal dans une société pluraliste de se poser la question du vivre ensemble sur une base régulière [et qu’une] démocratie qui ne se questionne plus est une démocratie qui n’est pas vivante ».

J’ai aussi eu le goût de remercier les enseignantes et tout le personnel de l’école, parce que pendant qu’on débat, c’est grâce à leur engagement quotidien que l’école réussit à accueillir des enfants aussi différents — certains qui ont de la facilité, plusieurs qui ont beaucoup de difficultés, de comportement ou d’apprentissages, des enfants nés ici et d’autres, venus d’ailleurs — et que ça marche! C’est grâce à eux que tout le monde dans ce gymnase, ce soir, était fier de son école.

J’ai eu envie de dire tout ça, mais je ne l’ai malheureusement pas fait. C’est pour ça que, de retour à la maison, j’ai pris le temps d’écrire ce texte.

En souhaitant qu’il trouve son chemin jusqu’à eux.

Des repères pour un débat tumultueux

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Je lis et j’écoute beaucoup autour du projet de Charte des valeurs québécoises. J’essaie aussi d’interpréter les excès verbaux de certains — en particulier chez les opposants — dont le zèle me laisse pantois. Je pose également des questions autour de moi, en quête de bons repères intellectuels pour me situer (et participer) dans un débat qui s’annonce tumultueux.

Parmi toutes ces lectures, les trois textes publiés en éditorial par Le Devoir cette semaine sont dans une classe à part. J’en suggère vivement la lecture.

Laïcité 1 — Questionnement légitime
Par Antoine Robitaille

Laïcité 2 — De quoi agir
Par Josée Boileau

Laïcité 3 — Ce crucifix
Par Bernard Descôteaux

Je trouve ce dernier texte particulièrement important. Jusqu’à sa conclusion.

La cité éducative comme projet de société (et les librairies dans tout ça?)

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Je l’ai dit hier, les points de vue de ceux qui sont en faveur d’une éventuelle réglementation sur le prix des livres neufs et de ceux qui sont contre cette idée me semblent tellement diamétralement opposés qu’ils m’apparaissent presque irréconciliables, du moins à cette étape du débat. Ils s’appuient pourtant sur un certain nombre de constats communs, à partir desquels il sera éventuellement possible d’élaborer un consensus ou de formuler des propositions alternatives quand aux actions qui devraient être entreprises pour soutenir le développement de la lecture et du domaine du livre.

Pour essayer de mettre en perspective ces différents points de vue, et de faire progresser la discussion, j’ai proposé que chacun précise dans quelle vision de la société ses prises de position s’inscrivent. À quel projet de société elles sont appelées à contribuer. Parce qu’il y a forcément un projet implicite derrière tout ça — il me semble.

Avant que la semaine ne recommence, et que les travaux de la commission parlementaire ne reprennent, je consacre quelques instants pour décrire, très succinctement (et donc avec beaucoup de raccourcis, pardonnez-moi) la vision — le projet de société — qui me guide depuis des années et en fonction duquel j’organise forcément une bonne partie de mes réflexions.

* * *

Je rêve de vivre dans une cité éducative (j’en parlais déjà en 2002, en 2003, en 2004) — un milieu de vie à l’échelle humaine où tout serait organisé de  manière de permettre à tous les citoyens d’apprendre quelque chose tous les jours. Apprendre quelque chose, qu’importe quoi, parce ce qui est important, dans ce contexte, c’est d’être en apprentissage.

Être en apprentissage, tous les jours, parce que c’est le meilleur moyen d’être heureux, bien sûr, mais aussi parce que cela m’apparaît de plus en plus nécessaire pour assurer l’équilibre d’une société moderne.

Parce qu’au rythme où les sociétés évoluent aujourd’hui — sous l’influence des changements technologiques, de la globalisation de l’économie, des défis écologiques, des flux migratoires, etc. — leur capacité d’adaptation est constamment mise à l’épreuve. Et pour pouvoir s’adapter continuellement, une société doit pouvoir compter sur des citoyens qui disposent d’une bonne ouverture d’esprit devant la nouveauté et qui possèdent un certain appétit pour l’innovation. Des citoyens qui ne sont pas fermés, d’emblée, à toute nouvelle proposition ou à une approche différente pour aborder un problème récurrent.

Or, être en apprentissage, c’est un projet personnel; c’est se projeter dans le futur; c’est accepter que demain sera un peu différent de ce qu’a été aujourd’hui; c’est imaginer la vie sous de nouveaux angles, avec une autre perspective; c’est accepter d’aborder positivement le changement; c’est fréquenter l’innovation.  Être en apprentissage, c’est cultiver, sur une base personnelle, des qualités qui sont de plus en plus nécessaires quand vient le temps de faire évoluer, collectivement, notre organisation sociale en fonction des défis auxquels nous sommes confrontés.

J’ose faire la relation: moins de gens en apprentissage = moins de gens à l’esprit ouvert = difficultés pour faire accepter de nouvelles façons de voir les choses = difficultés politiques accrues = problèmes sociaux de plus en plus aigus.

Pour que la cité éducative devienne réalité, il est absolument nécessaire de multiplier les contextes d’apprentissage. Il faut réinventer l’école, la décloisonner, lui retirer la responsabilité de tout ce qui peut être appris ailleurs pour qu’elle puisse se concentrer sur ce qui lui incombe vraiment (cela avait été l’objet d’un échange avec Michel Dumais, il y a quelques années). Il faut aussi stimuler les rencontres entre les citoyens, encourager la formation en milieu de travail, élargir la mission des lieux culturels et des événements (musées, théâtre, salles de spectacles, bibliothèques), inciter les entreprises à s’engager davantage dans leur communauté, inviter les médias à jouer un rôle pédagogique accru. Il faut inventer des contextes qui favorisent des rencontres entre les générations, entre les cultures et les religions. Avec l’idée, permanente, d’apprendre les uns des autres, chaque jour de l’année.

Ce projet de société n’est pas nouveau. Edgar Faure, Ivan Illich, Paolo Freire — et bien d’autres — l’ont décrit chacun à leur façon depuis longtemps. Je suis toutefois convaincu qu’il n’a jamais existé de meilleures conditions pour concrétiser cette vision.

* * *

C’est donc avec ce projet en tête que j’interprète les revendications actuelles du monde du livre et que j’analyse les différents points de vus exprimés à leurs sujets.

Avec la conviction que les librairies sont, comme les bibliothèques, chacune à leur façon, des composantes essentielles dans la réalisation d’une cité éducative. Non seulement parce qu’elles contribuent à la diffusion d’un grand nombre de livres qui ne trouveraient pas facilement leur chemin vers les lecteurs autrement (l’exemple de Un dimanche à la piscine à Kigali, de Gilles Courtemanche, donné par Pascal Assathiany à Il ne faut pas croire tout ce qu’on dit (il faut cliquer à 43:00) est très bon à cet égard), mais aussi (et peut-être surtout!) parce qu’elles sont aussi des lieux de rencontres importants au cœur de la cité. Des commerces dont la présence sur une rue principale multiplie le potentiel éducatif d’un quartier ou d’une ville et contribue ainsi à améliorer, concrètement, la capacité de la société à évoluer sereinement.

Dans cette perspective, la librairie est un commerce qui mérite évidemment une reconnaissance toute particulière — et des appuis qui tiennent compte de cette importance — qu’il s’agisse d’une librairie indépendante ou de la succursale locale d’une chaîne de librairies.

Il ne s’agit pas de privilégier un point de vue idéologique au détriment d’une analyse plus rationnelle de la situation du marché du livre. Il s’agit d’expliciter le référentiel de valeurs à partir duquel j’organise les différentes conclusions, parfois contradictoires, qui découlent de l’analyse des différents points de vue qui sont exprimés sur le sujet.

S’agit-il donc de sauver à tout prix les librairies parce que l’avenir du livre en dépendrait? À l’évidence, non. Il faut bien sûr souhaiter qu’elles puissent continuer à jouer un rôle actif dans la diffusion de la création éditoriale, mais il s’agit surtout, pour moi, de pouvoir compter sur elles pour bâtir cette cité éducative. Parce qu’elles ne seront pas, pour cela, remplaçables par les magasins grandes surfaces, qui sont généralement situées hors des milieux de vie et n’offre pas du tout le même potentiel éducatif, simplement parce que les livres y sont vendus au même titre que des chaussettes et sans aucune expertise particulière pour le faire.

Une vision idyllique de la librairie que tout cela? Peut-être un peu. Mais un très beau défi surtout. Le défi  pour les libraires de redéfinir de façon audacieuse leurs relations avec leurs milieux, en imaginant des rapports de complémentarité encore plus fort avec les bibliothèques (qui doivent aussi se réinventer — lire à ce sujet l’excellent texte relayé par Marie D. Martel), les lieux culturels, les écoles, les entreprises et l’ensemble de leurs communautés. En tirant évidemment profit des possibilités que représentent à cet égard l’avènement du Web et du livre numérique.

* * *

Je l’ai dit lors de mon passage à la Commission parlementaire (voir mon mémoire): je suis favorable à la réglementation du prix des livres neufs (selon les modalités proposées dans le cas des livres imprimés, et selon des modalités différentes, pour les livres numériques). Je le suis parce que je pense que c’est une mesure qui peut donner un bon coup de pouce aux librairies — avec notamment pour effet de leur donner un peu de temps pour s’engager encore un peu plus dans la voie de tous ces changements.

Est-ce que la réglementation du prix est une mesure suffisante quand on caresse de telles ambitions pour les librairies? Est-ce qu’elle permettra à elle seule à toute une industrie de faire face à tous les défis auxquels elle fait actuellement face? Évidemment pas! Mais il faut bien commencer quelque part, et rapidement.

Par conséquent, je me réjouirai, bien sûr, si on peut ajouter à cette cette mesure contraignante, dont je souhaite l’adoption, un ensemble d’autres mesures, plus positives, notamment pour valoriser la place de la librairie au coeur de la cité — comme un lieu de rencontre et un espace qui a le potentiel de stimuler l’apprentissage d’un grand nombre de citoyens.

Et au risque que mes lecteurs les plus réguliers me disent que je radote, je mentionne en terminant que le projet 826 Valencia, à San Francisco — et les nombreuses initiatives qui lui sont associées — me semblent particulièrement inspirants pour les libraires qui seraient à la recherche d’un peu inspiration dans le but accélérer un peu leur transformation.

Voilà donc, tel que je l’avais promis, la vision qui me guide quand je parle des librairies. Quelle est la vôtre?

On part de (trop?) loin…

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J’ai d’abord cru qu’il faudrait réagir aux arguments des opposants à une éventuelle réglementation du prix des livres neufs — selon des modalités qui restent à définir, rappelons-le, bien qu’il existe un consensus à cet égard au sein de l’industrie (pendant neuf mois, en permettant 10% de rabais, pour le livre papier et numérique — proposition que je nuance pour ma part en ce qui concerne le livre numérique, pour lequel je propose d’autres modalités).

Mais une semaine après le début de la commission parlementaire, je réalise que c’est peine perdue. Pas parce que les opposants sont tellement nombreux, ni parce qu’ils disposent de tribunes privilégiées, ni parce que leurs arguments sont trop forts ou trop faibles. Simplement parce que vu la nature des discours adoptés, on part tout simplement de trop loin pour se rejoindre quelque part avant la semaine des quatre jeudis.

Je pense maintenant qu’il faut changer d’approche si on veut que tout cela nous permette d’arriver à quelque chose et obtenir des résultats concrets.

Je (re)pars donc du constat qu’il y a un large consensus qui émerge des mémoires et des articles qui ont été publiés sur le sujet au cours des derniers jours:

  • L’analphabétisme demeure un problème au Québec
  • Il est essentiel de cultiver le goût de la lecture chez tous les citoyens
  • Il est nécessaire, pour cela, de rendre les livres plus accessibles
  • Et de préserver la diversité de la création éditoriale

C’est déjà pas pire… Un peu vertueux, sans doute, mais cela reste un bon de point de départ.

Alors, comment on fait pour éviter d’en rester à des vœux pieux et faire converger les discours des uns et des autres vers des actions concrètes? — avec des visées à court, moyen et long terme — en évitant le piège de ne rien faire parce qu’il n’existe pas de moyen pour tout régler d’un seul coup.

Certains affirment qu’il est essentiel de réglementer le prix des livres pour « donner un coup de pouce » aux librairies indépendantes parce qu’elles sont essentielles pour assurer une bonne diffusion à une grande variété de livres, faire connaître de nouveaux auteurs et offrir des conseils personnalisés aux lecteurs.

D’autres affirment qu’il faut au contraire favoriser par tous les moyens la concurrence pour favoriser une baisse du prix des livres et permettre ainsi à plus de gens d’acheter des livres.

Et plusieurs (sinon tous) affirment que le livre numérique a un rôle à jouer dans « ça », sans trop savoir comment — ou même pouvoir l’exprimer clairement.

Dans ce contexte, je me dis que si on veut avancer, il faudra que chacun fasse l’effort de mettre en perspective les affirmations qui apparaissent contradictoires en les situant dans un projet de société un peu plus large — auquel les observateurs du débat pourront plus facilement s’identifier, voire adhérer. Parce qu’on ne déploie assurément pas toute cette énergie, de part et d’autre, uniquement pour une question de prix des livres. Il y a plus, forcément… parce que ce serait beaucoup trop irrationnel… ça ne me semble pas possible.

Je vais donc essayer de donner l’exemple en décrivant dans un prochain texte la vision de la société qui éclaire ma position dans ce débat. Toujours avec l’idée de contribuer à susciter les échanges et de faire avancer la discussion.

Et si je reste seul à le faire… ben coudonc… ça m’aura au moins permis de mettre de l’ordre dans mes idées.

– – –

P.S. Inutile de me dire que j’ai une approche pour le moins idéaliste, voire romantique, du débat politique. Je suis bien conscient que la politique impose parfois aussi de jouer en coulisses et de retourner les coups — et je ne dis pas que je ne le ferai pas aussi — mais je refuse que ça se résume seulement ça!

Les bonnes manières

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Je l’ai dit hier après ma présentation, c’est un exercice très exigeant de passer en commission parlementaire.

En faisant le bilan de mon expérience, hier soir, je constatais à quel point ça été un bon exercice pour moi. Mon idée n’a pas changé en cours de route, mais j’ai lu de nouveaux arguments et j’ai dû faire l’exercice de trouver de nouveaux angles pour présenter mon point de vue.

C’est ainsi que j’ai choisi choisi d’organiser mon mémoire avec une perspective résolument économique. En exprimant d’entrée de jeu ma position et en l’expliquant de manière à essayer de rejoindre ceux qui ne partagent pas cette position. À quoi bon prêcher aux convaincus?

J’ai aussi assisté, à distance lundi et mardi et sur place, toute la journée hier, à presque toutes les présentations. C’est évidemment confortable d’entendre ceux qui vont dans le sens de sa position, mais c’est plus stimulant intellectuellement d’entendre les autres… ceux qui nous confrontent.

Globalement, je dois dire que je suis assez déçu des opposants à la réglementation. Je l’ai dit ailleurs, je pense que le débat actuel mérite de meilleurs opposants. Et, peut-être surtout, d’opposants qui se seront donné la peine d’approfondir leur connaissance de la réalité du monde du livre avant de lui faire la leçon du haut d’une tour d’ivoire. Ne serait-ce que comme une forme de respect et de considération pour ses acteurs.

Dans cette catégorie, la présentation de François Colbert, de la Chaire de gestion des arts Carmelle et Rémi-Marcoux, a atteint des sommets d’insignifiance. Sans doute un manque de préparation, Monsieur Colbert peut assurément mieux.

La présentation de Germain Belzile et de Vincent Geloso, de l’Institut Économique de Montréal, en fin de journée hier, était pour sa part tout simplement inacceptable. Je pense très sincèrement que ces messieurs ont été tellement brouillons, approximatifs et excessifs dans leur intervention et encore pire dans leurs réponses aux questions des parlementaires, qu’ils ont même desservi leur cause.

Tout le monde a le droit à son opinion. Je valorise les débats, et je l’ai dit, je trouve stimulant d’écouter les points de vue qui s’opposent au mien. Mais il y a des façons pour débattre et les bonnes manières y ont toujours leur place.

Je regardais la délégation de l’ALQ, assis à ma gauche dans le fond de la salle pendant la présentation de Belzile et Geloso et je souffrais avec eux. Je pense que je n’aurais pas pu accepter qu’on dise tellement d’âneries au sujet de ma profession et de ma réalité économique sans me lever pour crier mon indignation. C’était insupportable.

Amis libraires, vous méritez plus de respect.

J’ai mon idée sur la réglementation du prix des livres neufs. Je ne sais pas si c’est cette direction que prendra le gouvernement, ou si des solutions alternatives pourront être proposées pour tenter d’atteindre les mêmes objectifs, mais je sais, hors de tout doute que les libraires méritent plus de considération — même, et peut-être surtout, des opposants à la mesure proposée. Il faut le dire, haut et fort.

Dans un autre ordre d’idée, j’ai évidemment été déçu de constater que Nathalie Roy, députée de la CAQ membre de la Commission parlementaire Culture et Éducation, n’était pas présente hier matin — et qu’elle n’a donc pas entendu ma présentation. Françoise David n’était pas là non plus

J’étais d’autant plus déçu que Mme Roy ne soit pas là, que mon mémoire lui était d’une certaine façon encore un peu plus destiné qu’aux autres députés puisqu’elle est la seule à avoir officiellement exprimé son opposition à la réglementation, tout en assurant « qu’elle allait écouter les arguments des groupes qui se présenteront en commission parlementaire tout au long de la semaine ». Mais un contretemps, ça peut arriver, me suis-je dit. Et comme j’ai reçu des excuses pour cette absence, j’ai accepté de bon cœur.

Mais en réalisant ce matin que l’absence de Mme Roy à la commission parlementaire s’explique par sa participation à une conférence de presse pour commenter les sondages… je me dis que, décidément, il y a de bonnes manières qui se perdent au Québec.

Réglementer le prix des livres? Mon mémoire (et les suites).

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C’est fait. Présentation terminée. Je suis soulagé.

Il y a la théorie, il y a regarder la commission parlementaire à la télévision ou sur le Web… et il y a la réalité: c’est un exercice intense. Chapeau à tous ceux et celles qui se prêtent à l’exercice.

Tout ça pour dire que Je suis content du résultat.

Mon mémoire n’est pas parfait, la présentation ne l’était pas non plus (et le veston carreauté inadéquat devant les caméras… je sais!), mais de façon générale, je pense que je peux dire que c’est pas mal mission accomplie.

La mission? Disons plutôt les objectifs que je m’étais donnés:

  • faire un peu de pédagogie sur le livre numérique (non, c’est pas magique, ça ne coûte pas toujours « presque rien »)
  • rappeler que c’est un monde où presque tout reste à inventer — et qu’il faut des conditions favorables et du temps pour ça
  • formuler une proposition de réglementation du prix adaptée au livre numérique
  • offrir un point de vue sur l’industrie un peu plus positif et dynamique que ce qu’on avait pu entendre jusqu’à présent.

Je reviendrai évidemment sur certains éléments dans les prochaines heures ou les prochains jours. Le temps de décanter ça un peu plus.

Mais d’ici là, voici le mémoire que j’avais déposé hier soir en prévision de ce matin. C’est un document qui reste assez bref, mais qui est tout de même un peu plus long/complet que ce que j’ai pu prononcer dans les dix minutes qui m’étaient accordées avant les questions). Toujours avec l’intention d’élargir autant que possible la réflexion et de permettre à tous ceux qui le souhaitent d’y prendre part.

Il est ici: en format pdf et — surprise! — en format epub, dans le but de faciliter sa lecture sur une liseuse ou une tablette — cela grâce à l’aimable proposition de Jimmy Gagné, de Studio C1C4. Merci Jimmy!

À suivre…

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Mises à jour:

22 août: Les bonnes manières

25 août: On part de (trop?) loin

26 août: La cité éducative comme projet de société (et les librairies dans tout ça?)

Voir aussi:

Une série de textes qui a précédés la rédaction du mémoire.

Pourquoi règlement quand on peut subventionner

Fin prêt (ou presque)

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Dernières journées de vacances. Période de rédaction.

Je viens donc tout juste de terminer le texte que je présenterai à titre de mémoire, mercredi prochain, devant la Commission culture et éducation, dans le cadre des auditions publiques sur le document intitulé : «Document de consultation sur la réglementation du prix de vente au public des livres neufs imprimés et numériques». Une dernière relecture demain matin et peut-être quelques ajustements. Je le publierai ensuite ici mercredi en début d’après-midi, après en avoir fait la présentation aux députés membres de la commission.

Le titre du mémoire devrait être: Réglementer le prix des livres numériques pour protéger la concurrence et stimuler l’innovation. [Mise à jour: ce sera finalement Réglementer le prix des livres numériques pour stimuler la concurrence et l’innovation dans un marché encore naissant].

Je pense que c’est un document qui ne comportera pas de grandes surprises pour ceux et celles qui ont lu mes réflexions préparatoires:

L’art de réglementer

Réglementer le prix des livres? Contexte.

Réglementer le prix des livres? L’édition.

Réglementer le prix des livres? Le gros mot.

Réglementer le prix des livres? Une spécificité du numérique.

Réglementer le prix des livres? Pourquoi.

…ainsi que les réponses que j’ai formulées à la suite de certains commentaires, notamment ici et .

Le fil conducteur sera sans doute un peu différent, mais sur le fond… je défendrai évidemment les mêmes idées. Je n’ai pas changé d’avis au cours des dernières heures!  ;-)

Retour au boulot demain matin (je devrais dire ce matin, à l’heure qu’il est)… pour une semaine qui s’annonce des plus intéressantes.

Mise à jour: le mémoire est ici…

C’est l’État qui a payé, ça devrait être gratuit! (vraiment?)

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Hum…

Article intéressant dans Le Devoir de ce matin pour présenter Usito, « le premier dictionnaire du français au Québec entièrement dématérialisé».

Clin d’oeil: j’ai bien rit en lisant la juxtaposition de la photo et de la citation de la directrice de publication, Hélène Cajolet-Laganière. Une photo prise entre deux rayonnages de dossiers plein de papiers et cette phrase: « c’est la première fois dans la francophonie qu’un dictionnaire est produit dans un environnement entièrement numérique ». Mieux, plus loin dans le texte: « Nous travaillons dans un univers sans papier ». Mais bon, je comprends ce qu’on voulait dire, et ce sont des choses qui arrivent… ;-)

Cela dit, ce n’est pas ça qui a attiré mon attention. C’est plutôt le passage dans lequel le journaliste formule un commentaire de nature économique:

« Au plus fort, une trentaine de personnes ont travaillé sur l’ouvrage, qui a nécessité environ 10 millions de dollars, que de l’argent public. Alors, pourquoi faire payer les abonnements (jusqu’à 60 $ pas année), d’autant plus qu’Usito utilise des logiciels libres ? »

Parce que le dictionnaire a été payé par de l’argent public, il faudrait qu’il soit gratuitement accessible… et à plus forte raison parce qu’il utilise des logiciels libres.

L’État paie pour concevoir le dictionnaire. On le met en ligne. Et hop: comme par magie, ça ne coûterait plus rien pour le faire connaître, pour continuer à le faire évoluer, pour maintenir son infrastructure, pour assurer le support aux utilisateurs. Et c’est bien connu, les développeurs informatiques qui travaillent à partir de logiciels libres le font toujours bénévolement… De la magie, je vous dis!

Je ne dis pas ça pour me moquer, j’utilise seulement cet extrait comme un exemple des raisonnements étriqués qu’on nous sert parfois quand il s’agit de l’économie de l’immatériel — en particulier dans le monde de l’édition, mais pas seulement. J’aime beaucoup Stéphane Baillargeon… mais sur ce coup… disons que…

Je n’ai pas encore utilisé ce dictionnaire. Je n’en sais pas plus à son sujet que ce que l’article nous en apprend. Mais je sais que cela ne coûtera pas rien d’en assurer l’existence dans les prochaines années. Et je ne vois pas pourquoi il faudrait déplorer que ceux et celles qui choisiront de l’utiliser aient à contribuer à ces coûts.

Rappelons-nous toujours qu’il n’y a rien de vraiment gratuit. Et ce n’est pas parce que l’État initie un projet (cela fait d’ailleurs partie de son rôle) qu’il faut qu’il en assume éternellement l’ensemble des coûts.

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Photo: extrait d’une œuvre de Mark Bradford.

La Fête de la rentrée

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C’était il y a huit ans.

On avait réuni plusieurs amis pour la Fête de la rentrée.

Tout avait été pensé en fonction des enfants cet après-midi là. Pour que nous puissions leur souhaiter une très bonne année à l’école (ou à la garderie). Et de façon solennelle.

J’avais construit une petite scène dans la cour, à partir de laquelle nous avons remis à chaque enfant un certificat, en bonne et due forme. Et j’avais fait un discours. Tous les adultes avaient signé chacun des documents afin de témoigner de leur engagement à les accompagner dans leurs apprentissages lorsqu’ils en auraient besoin.

Tous les adultes. Sur tous les certificats. Un engagement pas seulement de parents ou de grands-parents, donc, mais également comme amis. Et, plus largement, comme membre d’une communauté.

Pour s’offrir comme modèles aussi. Parce qu’il ne faut jamais cesser d’apprendre. Parce que c’est la meilleure façon de donner le goûts aux autres d’apprendre aussi, quel que soit leur âge. Et parce qu’apprendre, c’est le meilleur moyen d’être heureux.

Je pense bien qu’on va refaire ça cette année… avec des enfants huit ans plus vieux!