Ne pas courir

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Cape Cod, l’été dernier. Le panneau le précisait bien: ne pas courir.

Ne pas courir s’il vous plaît.

S’il vous plaît… mais en ajoutant tout de même un bonhomme allumettes avec les yeux en X et la bouche en O, comme pour ajouter un effet dramatique.

Il ne faut pas courir quand on est à la recherche d’un cornet de crème glacée.

Je l’ai appris ce jour là. Je le sais maintenant.

Je me demande si la chose s’applique aussi à la poursuite de nos rêves.

Technoculture camp

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Techno Culture Camp. C’était le nom de l’événement. Le programme est ici. Une partie de la liste des participants aussi.

J’y ai assisté cet après-midi. Comme un peu plus de 150 autres personnes — je dirais, à l’oeil.

L’idée: favoriser un rapprochement entre les gens de la culture, et les gens de la technologie — sortir des silos, faire naître des contextes propices aux rencontres, des projets conjoints.

Milad Doueihi a prononcé en ouverture une conférence d’une trentaine de minutes; une allocution s’appuyant sur les valeurs humanistes, très intéressante, mais qui ne plaçaient probablement pas suffisamment les gens dans un contexte pratique de collaboration, de co-construction — comme cela était pourtant souhaité par la suite.

Quatre projets structurants ont ensuite été présentés aux participants:

Un MediaLab pour Québec

Les Productions Rare

Une édition québécoise de Muséomix

La ruche — un outli de sociofinancement (crowdfunding)

Chaque projet était brièvement présenté et faisait ensuite l’objet d’un atelier.

Les deux premières présentations m’ont semblé très (trop) imprécises — elles ne semblaient pas avoir été adéquatement préparées. Pas de mauvaises idées, mais pas suffisamment mûres, je pense.

Le projet de réaliser à Québec, au Musée de la civilisation, une nouvelle édition de Muséomix, un type d’événement qui a été réalisé l’an dernier à Lyon, a pour sa part suscité beaucoup d’intérêt. J’étais vendu d’avance, c’est vrai — notamment parce que je partage ma vie avec la porteuse du projet! — mais au-delà de ça, l’idée a semblé toucher beaucoup de gens, qui s’y sont vus, ou qui ont eu envie d’en savoir plus. C’est d’ailleurs ce qui ressort le plus clairement des premiers articles de la couverture de presse (ici dans Le Soleil).

La ruche a suscité aussi pas mal d’intérêt, mais c’est un projet déjà beaucoup plus avancé, qui a déjà son site Web, et qui fonctionne déjà. Je pense que l’idée, dans ce cas, était surtout de faire connaître le projet et d’inviter les gens à y adhérer — et pour ça, je pense que c’est plutôt mission accomplie.

Il y a eu beaucoup d’échos au Techno Culture Camp sur Twitter (mot-clic #tccq2013) — des interventions très diverses. Ce sera très précieux pour rattacher les ficelles pour la suite. Parce qu’il le faudra si on veut qu’il y ait des retombées à l’événement.

Pour voir ce que j’ai publié sur Twitter au cours de l’après-midi: @remolino + #tccq2013

* * *

Ce que j’ai surtout retenu de mon après-midi (en plus du plaisir de revoir plaisir d’amis, et de faire connaissance avec plusieurs personnes stimulantes), c’est qu’il y a manifestement à Québec beaucoup de monde qui ont envie de participer à des projets qui les amèneront à sortir des sentiers battus… mais qu’on manque peut-être un peu de réalisme sur ce que cela implique, ou de rigueur pour mettre en place les bases de ces projets.

Pour réaliser des projets, il faut de bonnes idées, mais aussi savoir les présenter, savoir convaincre — il faut aussi de l’argent et de l’expertise; des expertises, de plus en plus variées. L’appui d’institutions aussi, parfois, et des pouvoirs politiques, souvent.

Il faut du monde prêt à s’y investir, vraiment, beaucoup — et pas que dans les mots, mais dans l’action. Il faut des comités organisateurs, de la planification, de l’organisation et du soutien, tout au long des projets ou des événements. Carl-Frédéric De Celles l’a bien signalé en évoquant que pour le Muséomix de Lyon, il y avait probablement plus de monde dans l’équipe de soutien que de participants officiellement inscrits, et que c’était un des facteurs qui avait fait de l’événement un succès.

Au sortir de cet après-midi, je souhaite évidemment que Muséomix puisse trouver sa voie, réunir de plus en plus de gens, et se réaliser, dans de bonnes conditions; je souhaite que La ruche puisse rapidement aider des projets embryonnaires à se structurer — et je souhaite que les deux autres projets puissent continuer à évoluer, à se préciser, pour qu’on y revienne éventuellement.

J’aimerais aussi que plus d’institutions de Québec s’engagent dans ce genre de démarche et de projets. Et que les pouvoirs publics (à la Ville de Québec et au gouvernement du Québec, en particulier) trouvent des façons innovatrices de soutenir ces initiatives. Parce que c’est indispensable.

Et voilà… bravo aux organisateurs et aux participants…

…et il nous reste à ne pas oublier que pour être un succès, cette rencontre devra s’inscrire dans nos esprits comme le début de quelque chose et non pas comme une fin (est-ce qu’il y aura des suivis en ligne au cours de l’année, messieurs et mesdames les organisateurs/trices?).

– – –

Autres textes sur le TechnoCulture Camp:

(je regrouperai progressivement les textes que je trouverai en rapport avec l’événement)

Le livre numérique [à] Tout le monde s’en fout

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J’admire le travail de Matthieu Dugal depuis longtemps — pour son éclectique érudition, sa marginalité-qui-tire-vers-le-haut et son talent pour nous faire découvrir du nouveau: des personnes, des idées, des œuvres.  C’est donc avec beaucoup de plaisir que j’avais accepté de participer ce soir au tournage de Tout le Monde s’en fout (qui sera diffusé dans deux semaines).

Apprenant la semaine dernière que je partagerais le micro avec Gilles Archambault, j’ai pris le temps dans les derniers jours de lire son plus récent livre (son trente-deuxième!). Une façon — très agréable — de contribuer à favoriser la rencontre orchestrée par Matthieu et son équipe.

J’ai beaucoup aimé Lorsque le coeur est sombre, tant sur la forme que sur le fond.

Pour les courts chapitres qui rendent compte tour à tour des réflexions de cinq amis réunis à l’invitation du plus vieux d’entre eux — les réflexions d’une seule journée qui témoignent pourtant de la vie entière des personnages et des liens qui les unissent.

Pour la mélancolie, omniprésente sans jamais être empesée — une mélancolie qui invite à vivre empreint de souvenirs plutôt qu’à s’oublier à leur profit.

C’est un roman sur les valeurs, sur les pourquoi qui hantent notre quotidien, sur l’amitié, et sur l’amour: sur ce qui nous unit les uns aux autres.

Un roman sur l’écriture aussi, dont je retiens notamment ce leitmotiv:

Pourquoi écrire?

Pour avoir l’impression de retarder la marche du temps.

* * *

J’étais invité pour parler de livres numériques. J’ai dit que l’essentiel était de ne pas y voir une lutte entre le papier et l’électronique, mais plutôt un ensemble de nouveaux moyens pour faire en sorte que les textes trouvent leurs lecteurs; qui qu’ils soient, où qu’ils soient et quel que soit le temps dont ils disposent.

Cela nous a amené a parler d’écriture, sur papier, à la machine à écrire, à l’écran, sur un iPad — et de comment cela peut changer la nature de ce qu’on écrit.

J’ai lu dans un journal la fin de semaine dernière que Gilles Archambault était un des derniers auteurs québécois à écrire ses romans sur une machine à écrire.

Mais j’ai aussi entendu ce soir qu’il serait un des premiers à écrire un roman directement sur un iPad.

À presque 80 ans, c’est un admirable mélancolique.

Verà off road

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Le 3 janvier nous étions à Piriapolis. Il faisait plus de 30 degrés Celcius. Ça été la seule journée complètement consacrée à la plage dans tout le voyage. Et nous avons presque tous pris un coup de soleil.

Nous avons ensuite soupé dans un restaurant fantastique: La Corniche. J’ai mangé du très bon poisson — de la brotola — un poisson avec lequel nous avions nagé dans la journée (celui que j’ai dégusté avait été pêché quelques heures plus tôt, de façon artisanale, tout juste devant le resto!).

À un moment pendant le repas, nous nous sommes levés pour aller contempler le coucher de soleil qui était particulièrement spectaculaire (et expliquer le mythe du rayon vert aux enfants).

De retour à l’hôtel, nous avons croisé Paulo Germano, un journaliste brésilien qui venait d’entreprendre un imprévisible périple de Porto Alegre à Santa Catarina, au Brésil, en passant par l’Uruguay — et dont il avait pour mission de rendre compte sur ce blogue.

J’ai pu constater le lendemain que son collègue Bruno Alencastro avait justement pris plusieurs photos du magnifique coucher de soleil auquel nous avions assisté.

Nous sommes revenus au Québec depuis dix jours, mais eux poursuivent leur aventure, et continuent à témoigner de façon merveilleuse des gens remarquables qu’ils rencontrent. Regardez cette photo, par exemple.

Le 23 janvier nous étions à Québec. Il faisait -30 degrés Celcius. Nous n’avons pas pris de coups de soleil.

Hommages à Léonce et au drapeau

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Il y avait trois jours par page et six lignes par jour dans son diary.

Bien avant les blogues, Facebook et Twitter, grand-père Léonce écrivait chaque jour quelques mots dans son petit cahier noir. Rarement beaucoup plus de 140 caractères.

La température, les personnes vues, quelques faits marquants de l’actualité internationale… et les échanges avec ses partenaires d’échecs (parties jouées par la poste, sur des années, grâce à un patient échange de cartes postales).

Dans le diary de 1948, au bas d’une page, sous l’inscription Wednesday 21, on peut lire:

Drapeau fleur de lys officiel Québec

C’était il y a 65 ans.

La naissance du fleurdelisé.

Destins croisés

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José Mujica nait le 20 mai 1935 à Montevideo.

Il est un des dirigeants de la guérilla des Tupamaros dans les années 1960-1970.

Arrêté au début des années 1970, il est enfermé à la prison de Punta Carretas.

En 1971, il s’évade de la prison avec plus d’une centaine de prisonniers politiques.

Arrêté à nouveau, il s’en évade une deuxième fois.

Il sera ensuite capturé par la dictature qui s’est installée au pouvoir à l’occasion d’un coup d’état (27 juin 1973) et détenu dans des conditions extrêmes. Au total, il aura passé 14 ans de sa vie en prison.

La démocratie revenue, la prison de Punta Carretas est définitivement fermée — puis transformée en centre commercial — l’un des plus chics de Montevideo.

Mars 2005, José Mujica est nommé ministre de l’Agriculture par le président Tabaré Vasquez.

Novembre 2009, il est élu président de la République orientale de l’Uruguay.

Mujica refuse d’occuper la résidence présidentielle préférant continuer d’habiter sa petite ferme en banlieue de la capitale, et continuer à cultiver des fleurs. Il alloue plus de 85% de son salaire de président à divers programmes sociaux, ne conservant que le salaire moyen des citoyens de l’Uruguay.

Le 20 juin 2012 il fait un discours remarqué au Sommet Rio+20 au cours duquel il affirme notamment:

« Celui qui est pauvre n’est pas celui qui possède peu, mais celui qui a besoin de beaucoup et qui désire toujours en avoir plus. »

« Mes compatriotes se sont battus pour obtenir la journée de travail de huit heures. Aujourd’hui, ils travaillent six heures. Mais celui qui travaille six heures doit cumuler deux boulots ; donc il travaille encore plus qu’avant. Pourquoi ? Parce qu’il accumule les crédits à rembourser : la moto, la voiture… toujours plus de crédits. Et, quand il a fini de payer, c’est un vieillard perclus de rhumatismes, comme moi, et la vie est passée. Je vous pose la question. Est-ce que c’est cela la vie ? »

Clairement, Mujica tente de s’échapper pour la troisième fois de Punta Carretas — prison politique devenue symbole du consumérisme — et il nous invite à fuir avec lui.

Invraisemblables destins croisés que ceux de José Mujica et de Punta Carretas.

* * *

Pour voir et entendre le discours de José Mujica à Rio+20:

Le voici en vidéo (offrez-vous ce plaisir, c’est un grand discours)

Et pour le lire: transcription en espagnol et transcription en anglais

La petite maison blanche

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C’était une toute petite maison qui, avec nos regards nord-américains, avait un air modeste, presque rudimentaire, voire fragile — impossible à concilier avec la pérennité.

Et pourtant. Elle est toujours là. Fière. D’être là, et de porter une très longue histoire familiale.

Combien de nos maisons, aux allures tellement plus fortes, plus prétentieuses, seront toujours là pour témoigner d’une telle histoire? Bien peu, je le crains.

Et de tout ce qui m’entoure, qu’est-ce qui durera?

Et de tout ce que je fais, qu’est-ce qui restera?

Ce qui frappe l’imagination aujourd’hui?

Ou autre chose?

Une ville de contrastes

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Nous avons passé quatre jours à Buenos Aires. Douze à Montevideo. Quatre ailleurs en Uruguay (Minas, Piriapolis et Punta del Este).

Buenos Aires est une ville facile à aimer — pour laquelle j’ai eu un coup de foudre immédiat.

Montevideo est une ville plus difficile à aimer… qu’il m’a fallu plusieurs jours à apprivoiser, et sur laquelle mon regard a beaucoup évolué au cours de notre séjour. Jusqu’à l’aimer profondément — et plus encore que Buenos Aires — particulièrement pour ce qui m’avait pourtant déplut dans un premier temps.

Je retiens spécialement les incroyables contrastes que Montevideo offre à celui qui accepte de s’y plonger réellement — et la richesse, visuelle et philosophique qui accompagnent ces contrastes.

J’ai adoré Montevideo!

Pour ses vieux camions et ses très vieilles voitures, qui roulent encore très bien, et qui côtoient dans la circulation des voitures récentes, économiques et de luxe.

Pour le bruit incessant des motos dans lesquels se perd le bruit des sabots de quelques chevaux qui tirent les charettes des recycleurs.

Ici chaque déplacement est un voyage dans le temps!

J’ai adoré Montevideo!

Pour la richesse passée qu’on y devine très bien et le délabrement de tellement de choses, de places, de mobiliers urbains.

Pour ses immeubles très modernes qui font de l’ombre à d’humbles demeures probablement inchangées depuis des décennies.

Pour ses commerces aux allures modestes et ses prétentieux centres commerciaux à l’américaine.

Pour toutes ces clôtures de fer qui isolent chaque terrain et chaque maison — jusqu’au moment où tout le monde se retrouve dans la rue pour faire la fête.

Pour ses plages très propres et ses rues parfois très sales.

Pour le dialogue incessant entre le beau et le laid aussi, entre le récent et le vieux, entre la richesse et la pauvreté; entre le dénuement et l’envie.

Sans oublier les rapports complexes qu’on y constate régulièrement entre le fonctionnel et l’esthétique — des rapports qui m’ont régulièrement interpellé; et qui m’ont fait réaliser à quel point l’espace public ne peut pas se satisfaire de choses « qui fonctionnent »; à quel point les choses doivent également être belles pour donner forme à un espace habitable — dans lequel on se sent spontanément bien.

Montevideo une ville exigeante, comme il y en a trop peu.

J’ai adoré!

21 jours au bout du monde

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21 jours en famille au bout du monde, à la découverte de l’Uruguay // d’une nouvelle partie du monde, d’une partie de nous.

J’y ai pris presque 3500 photos (dont une à la fenêtre, chaque matin, comme celle ci-dessus) et quelques notes tous les soirs: un compte rendu de la journée, des anecdotes, quelques réflexions. Trois à quatre cent mots chaque fois, voire davantage. L’équivalent d’une cinquantaine de pages au total je crois bien.

De tout. Du plus banal au plus magique. Autant de matériaux.

Dans un premier temps je regrouperai ça ici, en vrac // une image, un court texte… dans un effort quotidien d’organisation des souvenirs.

Qu’est-ce que t’en penses Réal?

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Fin de soirée de travail, de lecture et de discussion par courriel, Facebook, Twitter, messagerie instantanée. Je fouille dans mes photos pour m’inspirer un court texte avant d’aller me coucher… et voilà que Réal Caouette me fait un clin d’oeil… Qu’est-ce que t’en penses?

Ben c’est ça, c’est tellement facile de polariser un débat — d’utiliser des mots forts pour attirer l’attention, pour faire réagir. Tu étais pas mal bon là-dedans, toi, Réal, il me semble. Les réseaux sociaux sont devenus des caisses de résonance tellement efficaces pour ça… tu aurais eu pas mal de fun, je pense… la polémique ça marche, peut-être encore plus qu’avant — pis on a du pas mal bon monde là-dedans à part ça…

Mais ça fait avancer quoi dans l’fond? Rien. Ou si peu.

Me semble qu’il faut faire plus confiance aux gens, à leur intelligence. Par choix. S’y obliger. Comme position philosophique.

Il n’y a pas d’adversaires, il n’y a pas de réfractaires ou de gens qui ne veulent pas comprendre: il n’y a que des gens à convaincre.

Pis ça prendra le temps que ça prendra.

Un par un s’il le faut.

Jusqu’à rallier une majorité — ou mieux, jusqu’à obtenir un consensus.

Et pour cela, il faut être (encore plus) exigeant avec soi-même: éviter les superlatifs; trouver les bons mots, ne pas nier la complexité du monde (surtout) et rester l’esprit ouvert, être créatif.

Il faut contredire et dénoncer ce qui doit l’être, bien sûr, et aussi fermement que nécessaire, mais toujours dans le respect — en cherchant à dépolariser les enjeux — parce que la crédibilité et l’efficacité du message n’en seront que renforcées.

C’est ça que j’en pense Réal. Et toi?

Participation à #sommet2013 (réflexion à 17h30)

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Nous étions regroupés en trois ateliers cet après-midi. J’ai participé à celui qui avait pour thème « Quels mécanismes pourraient assurer la qualité de l’enseignement offert par les universités québécoises ». Il y avait dans la salle autant d’observateurs que d’intervenants.

Les échanges ont été très respectueux et disciplinés — mieux: j’ai trouvé qu’ils ont été véritablement constructifs. Des bases de consensus et quelques dissensions, bien sûr, mais une très bonne ambiance dans l’ensemble. Je pense que la forme de l’événement — très ouverte — est pour beaucoup dans ce climat propice au dialogue. Éliane Laberge, de la FECQ, a très bien résumé cela, je trouve: « ça fait tellement longtemps qu’on ne s’était pas vraiment parlé: on avait du rattrapage à faire ».

Je n’ai pas l’intention de reproduire ici l’ensemble de mes notes, ni de prétendre faire une synthèse des propos qui ont été tenus pendant nos deux heures et demie de travail. Je souhaite plutôt rapporter, de façon subjective, quelques-uns des éléments qu’il me semble important de conserver à l’esprit dans la suite des travaux qui nous mèneront jusqu’au Sommet, en février. Des synthèses plus officielles seront de toute façon sans doute déposées sur le site de l’événement comme cela a été le cas avec les présentations de ce matin.

Ces quelques éléments donc:

  • Il est important de bien définir les termes.
    • L’ASSÉ a demandé que les participants précisent ce qu’ils entendent par « la société » quand ils expriment le besoin d’établir des liens entre les universités et la société. « Est-ce que cela intègre aussi les entreprises privées? ».
    • À mon tour, j’ai demandé qu’on précise aussi de quoi on parle quand on fait référence « aux entreprises » (et même « aux entreprises privées ») — en rappelant qu’il y a derrière ce mot des réalités très variées, selon leur secteur d’activité, leur taille, la philosophie de leurs dirigeants (voir aussi mes réflexions de ce matin).
  • S’il faut bien définir les mots (et même l’idée de « qualité »), il ne faudrait pas aller jusqu’à remettre en question l’idée qu’il est possible d’évaluer la qualité (et en particulier la qualité de l’enseignement). Martine Desjardins, de la FEUQ, a d’ailleurs rappelé qu’il se fait beaucoup de recherche de qualité à ce sujet au Québec. Un rappel très pertinent.
  • Il faut finalement être conscient que le mode financement des universités — qui serait essentiellement basé sur les EETP (équivalent étudiants à temps plein) — n’est pas neutre sur certains des choix que font les universités au regard de la qualité.

Martine Desjardins a aussi souligné que s’il n’y a pas d’urgence pour changer les moyens que nous prenons pour évaluer la qualité de l’enseignement et de la recherche (ce que certains participants avaient évoqué), il y a néanmoins urgence pour discuter des changements souhaités — dans une perspective de long terme.

Avons-nous besoin d’un nouvel organisme pour évaluer la qualité des universités? Je n’ai pas pu me faire une idée sur la question, mais j’ai trouvé importante la préoccupation exprimée par Caroline Senneville, de la CSN: « il ne faudrait pas complexifier sans améliorer ».

John R. Porter a bien résumé le constat, partagé par pas mal tout les participants, je pense:

« Au sujet de l’université, on a, à l’évidence, un problème de perception — et, devant cela, nous avons minimalement un devoir de communication ».

Il faut donc parler plus des universités, de leurs réalités, de leurs besoins — et de l’importance de l’éducation supérieure (et j’ajouterais de l’éducation, de façon générale).

J’y vois une raison de plus pour croire qu’il ne peut pas y avoir d’une part «l’éducation, les écoles, les cégeps et les universités» et la société d’autre part. Il me semble qu’on a plus que jamais le devoir de réfléchir, ensemble, dans une perspective de cité éducative. Et j’accepterai volontiers qu’on me dise que j’en fais une obsession…Je me réjouis d’ailleurs que la ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Madame Agnès Maltais, ait choisi d’adopter le mot cité dans sa conclusion.

Quant à mon intervention en atelier, elle tournait essentiellement autour des quelques idées suivantes:

  • Courte description de De Marque.
  • Décrit très sommairement la réalité de cette entreprise d’une trentaine de personnes, basées à Québec, qui oeuvre dans une une industrie culturelle importante, qui change rapidement, et dont la dimension internationale est de plus en plus importante.
  • Rappelé que l’implication d’un entrepreneur et d’une entreprise, de façon générale, dans les universités, peut prendre de multiples formes.
  • Qu’une entreprise comme la nôtre, quand elle embauche, ne cherche pas forcément des profils très spécialisés; plus souvent qu’on pense des profils plus généralistes — capables de bien saisir la complexité de l’environnement dans lequel nous évoluons.
  • Que je n’avais pas le prétention de pouvoir suggérer, de l’extérieur, des manières d’évaluer la qualité des universités — mais que j’ai la conviction que les processus recherchés devront être continus, ouverts, souples et surtout pas toujours formels.
  • Qu’il est par exemple possible de rendre visite à des entreprises — et particulièrement dans une perspective de développement local et régional.
  • Il qu’il faut surtout mettre en place les conditions d’un dialogue permanent entre l’université et « la société », parce que l’évaluation de la qualité se fait souvent naturellement quand il existe un dialogue… et les mécanismes et structures visent parfois seulement à pallier, voire à masquer une absence de dialogue.

J’aurais aimé évoquer aussi l’idée de faire un pas vers une perspective open data — en rendant disponible plus de données brutes sur la réalité quantitative dans les universités pour permettre à chacun de tirer des interprétations — mais j’ai jugé, à tort ou à raison — que ça ferait inutilement diverger une discussion qui a bien davantage besoin de trouver des points de convergence. Je suis convaincu qu’il y aura bientôt d’autres occasions pour en parler — et pour débattre de quelles données auraient avantage à être partagées. Je souhaite en tout cas le favoriser en l’écrivant ici.

Dans la synthèse de la journée des grands rapporteurs, on a fait référence au besoin de respecter la diversité en assurant la cohésion — de viser continuellement en gardant en tête l’idée que la notion de qualité est liée au contexte, donc dynamique, évolutive. J’apprécie cette perspective.

« Il faut sur ces sujets, bouger rapidement, mais sans précipitation; sans attendre que, devant l’urgence, nous n’ayons plus le temps d’en débattre — parce que nous souhaitons faire les changements nécessaires dans une perspective de développement durable. »

Merci au Ministre de l’Enseignement supérieur, Monsieur Pierre Duchesne, ainsi qu’à son équipe, pour l’organisation de cette journée qui était très importante pour qu’on redonne enfin à l’enseignement supérieur sa juste place dans nos préoccupations collectives.

Participation à #sommet2013 (réflexion à 11h15)

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J’ai le privilège de pouvoir prendre part aujourd’hui à la première rencontre préparatoire au Sommet de l’enseignement supérieur.

Il est 11h15, la période des « contributions des partenaires » vient de prendre fin. On prend une pause.

On s’engagera maintenant progressivement dans les échanges… vers les ateliers de l’après-midi et la plénière de fin de journée.

Premier regard sur mes notes, et quelques réflexions, que je pose ici pour contribuer à favoriser les échanges au-delà des personnes présentes sur place.

De mon point de vue:

  • les points de vue ont été présentés dans le respect.
  • tout reste à faire pour qu’elles se rencontrent — pour qu’on aille un peu « au-delà ».
  • plusieurs prises de position corporatistes — c’est de bonne guerre à ce stade.
  • j’ai particulièrement apprécié la présentation de Martine Desjardins (FEUQ) qui m’a semblé plus concrète et plus ouverte. Elle invitait davantage au dialogue tout en définissant clairement des zones d’autonomie pour les universités et des zones de reddition de compte nécessaires envers la société québécoise.

Je regarde en parallèle ce qui s’échange en rapport avec #sommet2013 sur Facebook et sur Twitter… et je dois dire que je m’inquiète un peu en constatant qu’on associe trop souvent le Conseil du patronat au point de vue des entreprises — de toutes les entreprises. J’ai pourtant parfois (souvent) bien du mal à m’y reconnaître.

Sans avoir de statistiques précises à ce sujet, je pense qu’il fait dire que de nombreux diplômés universitaires (une majorité?) se trouvent un emploi dans de petites ou de moyennes entreprises — et que c’est souvent là qu’ils et qu’elles pourront faire la plus grande différence, apporter une contribution particulièrement significative à l’évolution de la société dans son ensemble.

C’est souvent là que la qualité de la formation qu’ils auront reçue sera la plus déterminante pour la société. Et attention, ça ne veut pas dire seulement avoir une formation très spécialisée — ça veut aussi dire être capable d’adopter une perspective large sur les défis de l’entreprise et sur la manière dont ils sont reliés aux enjeux auxquels fait face la société dans son ensemble.

Quand on parle des interactions entre les universités et le milieu des affaires on s’intéresse spontanément aux grandes et aux très grandes entreprises — probablement parce qu’on rêve de philanthropie — mais je pense qu’on devrait s’intéresser beaucoup plus à l’écosystème qu’il faudrait  mettre en place autour de l’université afin de favoriser des interactions avec de petites et moyennes entreprises (pour lesquelles il y a d’ailleurs bien moins de risques au regard des influences indues que certains redoutent tant).

Il faudra décidément mettre ça en évidence au cours de prochaines heures.

De retour sur Instagram

J’ai recommencé à utiliser Instagram au cours des derniers jours. À la demande insistante des enfants.

— Papa, tu ne peux quand même pas être le seul de la famille à ne pas utiliser Instagram

J’avais beaucoup utilisé Instagram il y a un an. J’avais ensuite délaissé : trop de sources de trop d’informations instantanées. Trop de sollicitations.

Et c’est toujours vrai. Je pense qu’il ne faut pas trop multiplier les sources de distraction. Se garder du temps pour penser à partir de sa propre imagination; dans le calme.

Mais c’est vrai que c’est intéressant de partager nos regards — et en particulier dans la famille, de voir ce qui attire le regard de ceux qu’on aime, de développer une complicité esthétique. Et c’est indéniable, Instagram est un outil qui aide à rester alerte, à garder l’oeil ouvert, à voir mieux.

Alors, je vais utiliser Instagram comme un carnet de notes visuelles. Pour de bonnes ou de moins bonnes images. Comme un carnet de notes à partir duquel je pourrai écrire des textes par la suite. Il ne faudra donc pas s’étonner de voir certaines des images dans mon flux Instagram se retrouver sur mon blogue par la suite.

Rouyn-Noranda

J’y ai fait mon voyage le plus inspirant cette année.

J’y ai fait rien de moins qu’un voyage dans le temps — non dans le passé, mais dans l’avenir.

Presque tout y a l’air tout droit sorti du passé — quasiment sépia — mais les projets que j’y ai vus préfigurent l’avenir — ils sont à la fois simples et puissants; lumineux, inspirants. Ils forcent l’admiration tant ils sont réalisés avec les moyens du bord.

Alors que notre métropole semble depuis longtemps engluée quelque part entre son passé et son avenir (c’est parfois même vraie pour notre capitale) cette ville semble carrément échapper à l’aujourd’hui. J’ai y vu le futur dans un écrin vieilli.

Je suis reparti avec l’impression d’avoir rencontré, à travers les Rouynorandiens, une partie inconnue de moi-même; une partie méconnue de nous-mêmes — quelque chose dont j’aurais aimé qu’on me parle ailleurs que dans les livres d’histoire. J’en suis revenu convaincu d’avoir fait une rencontre importante — déterminante.

Je retournerai très certainement au Cabaret de la dernière chance.

Un appel pour un Québec plus numérique

Un Québec numérique, qu’attendons-nous? C’est le titre que treize personnes ont choisi de donner à une lettre qui est reprise et commentée par plusieurs médias depuis hier. Certains médias y font référence comme une simple « lettre d’opinion », d’autres comme un texte directement adressé au gouvernement du Québec (et parfois aussi aux partis d’opposition).

Je me réjouis de l’initiative de ces treize étonnés (c’est leur expression), parmi lesquels se trouvent plusieurs personnes que je connais et que j’estime au plus haut point. Je les remercie de jeter ainsi un pavé dans la marre — de chercher à faire réagir. Il est en effet urgent que nous prenions conscience, collectivement, et à tous les niveaux, de l’importance que le numérique est en train de prendre dans la manière dont s’organise la société — et que le gouvernement s’organise en conséquence, ce qui n’est manifestement pas le cas aujourd’hui.

Il ne fait pas de doute que les preneurs de décisions doivent être beaucoup mieux conseillés par rapport au numérique — et tout spécialement dans des secteurs particulièrement sensibles comme la culture et l’éducation, mais je m’interroge à la lecture de la lettre. Est-ce que c’est en multipliant les nouvelles structures que nous y arriverons le mieux?  Et est-ce que tout est si noir que ne le laissent croire certains passages de la lettre?

Le Québec glisse en bas de l’échelle de compétitivité… tous les rapports sont tablettés ou risquent de l’être… nous n’entreprenons que des actions individuelles et souvent désordonnées… nous vivons une série de crises… nous sommes uns société tellement divisée que nous ne pouvons plus établir de consensus concernant nos projets d’avenir… nous perdons nos points de repères, devenons inquiets…

Les treize ont raison de mettre les projecteurs sur le fait que plusieurs des bouleversements économiques et sociaux qui nous affectent aujourd’hui sont directement ou indirectement liés à l’omniprésence discrète du numérique — même (surtout) quand on n’en a pas connaissance de prime abord.

Cela dit, est-ce que ces changements sont si dichotomiques que la lettre le fait croire? Doit-on parler de révolution? Faut-il y voir des ruptures ou de profondes évolutions — des transformations?

Est-ce qu’on passe vraiment d’une démocratie élective à une démocratie participative? N’est-il pas mieux d’y voir un phénomène d’addition?

Est-ce que la majorité silencieuse est réellement en train de perdre de l’importance? Les dernières élections me portent pourtant à croire le contraire…

Sommes-nous vraiment en train de passer de l’individualisme forcené (!) à une responsabilisation collective? Je partage ce souhait, mais je doute qu’il corresponde à la réalité..

Et le passage du livre aux images-écran? Je pense qu’il faut éviter d’en faire une  fixation fétichiste (sur l’objet) — au détriment du phénomène de création (cela dit même si on parlait du texte, plutôt que du livre).

Quant au fait de passer de la loi de l’offre à celle de la demande? Je sais qu’on en a parfois l’impression, mais est-ce le cas de façon générale?

Je suis reconnaissant aux signataires d’avoir partagé avec cette lettre leur étonnement « devant notre peu d’envergure et de prévoyance » (et je partage ce constat), mais je suis déçu de la forme que prend leur appel et par la nature de leurs demandes. Il me semble qu’il aurait été préférable de décrire davantage « les bénéfices des nouveaux modes de communication de l’économie immatérielle » plutôt que d’insister autant sur ce qui va mal.

Pourquoi est-ce que je prends la peine de le dire?

D’abord et avant tout parce que je pense que ça pourra contribuer à stimuler le débat — parce qu’on a vraiment besoin de cette discussion et que je suis certain que c’est, au fond, ce que les étonnés appellent de leurs voeux.

Aussi parce qu’il semble qu’il y aura un point de presse sur le sujet jeudi prochain, le 22 novembre, et que je pense que ce serait bien qu’on assiste d’ici-là à un crescendo dans la prise de conscience sociale des enjeux réels qui sont soulevés par ce texte.

Et finalement — et peut-être surtout — parce que je partage leur conviction à l’effet que

« Nous basculons [actuellement] vers une société de la connaissance où l’information devient notre matière première et l’Internet la place publique où se prennent nos décisions. »

Et que ça, c’est vraiment fondamental!

Alors sur l’essentiel: bravo aux étonnés et surtout un grand merci pour avoir initié quelque chose qui se poursuivra, et s’intensifiera, j’espère, dans les prochaines semaines et les prochains mois.