L’intellectualisme au Québec

En commentant mardi dans La Presse une entrevue que Wajdi Mouawad a accordé à France Culture il y a deux ans, Patrick Lagacé à provoqué de fortes réactions.

Son collègue Marc Cassivi lui a répondu dans un texte qui (re)centrait le débat sous l’angle de l’anti-intellectualisme.

Patrick Lagacé lui à répondu à son tour — comme des centaines de lecteurs, sur le site de Cyberpresse, sur twitter et un peu partout dans la blogosphère.

Tout cela m’a donné une forte impression de déjà vu.

* * *

Ça m’a ramené au printemps 2003, quand Le Devoir avait publié une série de textes autour du thème « le rôle des intellectuels dans les débats politiques actuels ».

J’ai relu plusieurs de ces textes ce soir, avec un grand intérêt. Ils sont toujours d’actualité — huit ans plus tard.

On y parle de l’espace politique occupé par l’ADQ dans les mêmes termes que ceux avec lesquels on parle aujourd’hui de la Coalition pour l’avenir du Québec.

On y débat de l’importance du Bloc Québécois et de la place que le NPD pourrait avoir, un jour, dans l’espace politique québécois d’une façon très étonnante dans cet après 2 mai.

On y parle du début de la guerre en Irak, alors que les médias parlent ces jours-ci de la fin de la mission canadienne en afganistan.

On y fait référence à Jocelyn Maclure, qui participait au lancement de la revue du 27 juin — et qui est aujourd’hui de l’équipe fondatrice de nouveauprojet.ca

On fait même référence Wajdi Mouawad.

* * *

Antoine Robitaille publiait Les intellectuels au Québec — pas de débat

En somme, bien sûr qu’il y a une vie intellectuelle au Québec. Si seulement les grands médias lui donnaient la place qu’elle mérite. Or on y néglige les livres, notamment les essais. Quant aux revues, on nie carrément leur existence alors qu’il y en a plusieurs qui se maintiennent avec mérite (mentionnons L’Agora, L’Action nationale et Bulletin d’histoire politique).

Dommage, car la vie intellectuelle ne concerne pas seulement les « initiés ». Elle est — et ça semble ridicule de le rappeler — d’intérêt public, éminemment.

Hervé Fischer publiait Les intellectuels au Québec — à peine un murmure

Le rôle des intellectuels est un rôle de visionnaire, de porteur de conscience possible, capable d’analyses globales et d’engagement dans les débats publics au nom de valeurs et d’idées clairement exprimées. Car ce sont les idées qui mènent le monde, à commencer par celles de liberté, de justice et de démocratie ; ce sont les idéaux qui créent les volontés, les visions d’avenir qui mobilisent les gens. Ce ne sont pas la balance des paiements, l’endettement à long terme, la météo, l’état des routes et le prix de l’essence, aujourd’hui pas plus qu’hier, malgré l’aspiration générale au bonheur matériel.

Jean Pichette publiait Les intellectuels au Québec — dire un monde silencieux

La figure de l’intellectuel est fille de la démocratie. Elle est indissociable d’un régime de la parole qui reconnaît aux mots un pouvoir singulier: avec eux, par eux, l’ordre du monde cesse de paraître immuable. Il devient un enjeu politique: il peut être autrement. Les mots ont désormais le pouvoir d’entamer la légitimité de ce qui est. Ils acquièrent un poids qui trouve un prolongement dans la fiction, terreau nourrissant l’imaginaire d’une mise en forme différente du monde, qui n’est plus donné mais à construire. C’est dans cet espace de la parole que l’intellectuel peut agir, avec la seule force des mots, pour élargir le champ des possibles. […]

Disons les choses autrement. La prolifération des images, qui prétendent nous donner un accès direct à la réalité, est en train d’étouffer la parole, qui aurait, elle, le fâcheux défaut de déformer cette réalité. Les images s’acharnent ainsi à remplir le vide sans lequel aucune parole ne peut se faire entendre. Elles nous donnent à voir une réalité qu’elles présentent comme «objective», oubliant que la pensée, l’espoir, l’utopie font aussi partie de notre réalité.

Jean-Jacques Simard publiait — Désarroi chez les intellectuels — le silence des agneaux

C’est la légitimité d’un certain modèle de l’intellectuel qui est en déclin: ce personnage qui, ayant établi son autorité dans un domaine éthéré de la culture seconde (arts, lettres, sciences), fait irruption sur la place publique, se «mêle de ce qui ne le regarde pas», s’engage dans les affaires générales, prend position, se fait conscience critique de la cité commune, pourfendeur du mensonge et de l’injustice, porteur de transcendance, allumeur d’avenir et défenseur d’éternité.

Louis Cornellier publiait Les intellectuels au Québec — intellectuel québécois… en attendant

Peut-on, au Québec, en 2003, être un intellectuel au delà ou au mépris du débat sur la question nationale? Franchement, je ne le crois pas. L’enjeu est trop central, trop fondamental, la tradition à cet égard trop prégnante pour que l’on puisse s’y soustraire. Être un intellectuel, c’est avoir une vision du monde qui dépasse les compartiments du réel et ressentir l’impérieux devoir moral de la défendre.

Et Jocelyn Létourneau publiait Intellectuels silencieux

Au sein d’une société, l’intellectuel est celui qui ne cesse de parler, d’écrire, de débattre et de discuter publiquement. L’intellectuel n’est surtout pas silencieux. Le cas échéant, et paradoxalement, ses silences sont créés par ses paroles, découlent de ses écrits. C’est qu’en énonçant le monde, l’intellectuel fixe l’agenda de ce qui est débattu, voire de ce qui est «débattable». […]

L’intellectuel est celui qui peut focaliser ou (dé)tourner les regards vers des topiques convenus ou à la mode alors même que sa raison d’être, en tant que penseur, est de libérer les regards, de les désenclaver de certaines postures

* * *

J’avais pour ma part soumis une « lettre du lecteur » au Devoir, qui n’a jamais été publiée : le rôle des intellectuels.

En relisant mon texte, je m’étonne un peu de n’y avoir fait référence qu’aux textes d’Antoine Robitaille et d’Hervé Fischer — et je trouve que j’avais un peu « étirée » l’interprétation que je faisais de leurs propos.

Je reste néanmoins confortable avec la conclusion de mon texte, qui me rapprochait du texte d’Hervé Fischer d’une part, et de celui de Jocelyn Létourneau, d’autre part.

Cette conclusion me rapproche aussi un peu de la position de Patrick Lagacé aujourd’hui — j’en suis le premier surpris! — quand il dit en conclusion de son texte d’aujourd’hui, citant Parizeau — j’en suis doublement surpris! :

Comme disait Parizeau aux « jeunes » députés qui lui ont récemment écrit la lettre que l’on sait : personne ne va vous donner votre place, prenez-la…

Toucher à l’Histoire

À lire dans La Presse d’aujourd’hui, le portrait de Lucie Tremblay, qui a récemment été nommée infirmière de l’année par le Collège canadien des leaders en santé. « Mme Tremblay travaille depuis 13 ans au Centre gériatrique Maïmonides Donald Berman de Montréal, un immense CHSLD de 385 places dans le quartier Côte-Saint-Luc. »

D’emblée, la principale intéressée souligne qu’elle est une « passionnée de personnes âgées ». « Les aînés ont tracé notre chemin. Je leur voue un grand respect. Ici, je côtoie des gens qui sont des survivants de l’Holocauste. Ils ont des numéros tatoués sur les bras. Je touche à l’Histoire tous les jours », dit-elle, les yeux brillants.

Eh que ça fait du bien de lire des portraits comme ceux-là!

L’heure de la convocation

Au cours d’une conversation avec Mario, il y a six ans, nous avions exploré l’idée de se constituer chacun un Conseil d’administration virtuel — comme une façon de s’aider à réfléchir.

C’était un exercice pédagogique — « pour se poser des questions sur la façon dont on prend des décisions quand ça devient sérieux ».

Le 5 août 2005, Mario décrivait une première mouture de son conseil d’administration virtuel.

Le 1er janvier 2006, il partageait avec nous les fruits de la première réunion de son Conseil.

Le 1er janvier 2007, il publiait le compte rendu de la deuxième réunion de son C.A. virtuel.

Et, finalement, le 1er janvier 2008, il publiait le compte rendu de la troisième réunion du comité.

À ma connaissance, il n’y a pas eu de réunion de son conseil d’administration depuis cette date.

Pour ma part, ce n’est que deux ans après avoir lancé l’idée que j’ai constitué mon Conseil d’administration virtuel — c’était en avril 2007.

J’ai bien sûr consulté régulièrement les membres de mon conseil — de façon aussi informelle qu’imaginaire — mais je n’en ai jamais rendu compte ici. Je le regrette.

* * *

En 2005, Mario s’apprêtait à quitter son rôle de directeur d’école pour se joindre à Opossum, pour travailler avec Jean-Sébastien Bouchard et moi.

En 2005, je ne le savais pas encore, mais j’étais sur le point de partir avec ma famille pour une extraordinaire aventure de trois ans en France.

Aujourd’hui —

— Mario se prépare à une nouvelle aventure;

— et moi je vis les moments les plus intenses, et les plus stimulants de ma vie professionnelle — en simultanément plus préoccupé que jamais par la nécessité de l’engagement politique — quelle qu’en soit la forme.

Nous sommes indéniablement tous les deux dans des contextes où ça devient sérieux, pour reprendre les mots de Mario en 2005.

Mario : je pense que le moment est venu de convoquer nos conseils d’administration respectifs — et de partager, dans le mesure du possible, certaines des conclusions de leurs délibérations. Qu’est-ce que tu en penses?

Je suis particulièrement intimidé par le fait que huit des treize membres de mon conseil sont vivants et qu’il est plausible que six d’entre eux prennent connaissance du dialogue imaginaire que je pourrai avoir avec eux dans le contexte de cet exercice — mais je pense que je vais quand même oser le faire, ne serait-ce que comme un exercice d’écriture estival.

Je pense que je vais dans un premier temps devoir reprendre contact avec chacun d’eux, individuellement, avant de pouvoir imaginer les réunir…

On verra bien…

L’engagement

Il a beaucoup été question d’engagement et de résignation dans les conversations que j’ai eues au cours de cette longue fin de semaine. Jeudi soir avec les uns, vendredi soir avec d’autres, samedi soir encore, cet après-midi (beaucoup!) et encore ce soir.

De la résignation.

De l’inacceptable résignation — qui ne dit pas toujours son nom.

Et de l’engagement.

De l’engagement qui peut s’exprimer de bien des façons, mais qui est plus que jamais nécessaire, sous toutes ses formes.

* * *

— Mais alors, qu’est-ce qui te choque le plus au Québec aujourd’hui?, m’a demandé un ami au beau milieu d’un échange un peu plus vigoureux que le reste de la conversation.

— Ce qui me choque le plus, je pense, c’est la résignation, aie-je répondu. C’est de voir tellement de gens qui n’y croient plus, qui ne croient plus qu’ils peuvent faire une différence — que l’engagement politique (au sens large) a toujours un sens. De gens qui s’intéressent à la politique comme à un spectacle dont ils seraient des spectateurs.

Je trouve particulièrement révélateur à cet égard de constater que le projet politique qui semble pouvoir rallier une majorité de québécois se fonde sur l’idée de mettre de côté une question fondamentale pour l’avenir du Québec — de se résigner à faire l’impasse sur un sujet essentiel— comme si pour réunir des gens il fallait aujourd’hui se faire à croire qu’on ne parlera pas de la situation politique du Québec dans le Canada pendant dix ans — alors qu’on sait très bien que ce n’est pas possible, parce que la réalité l’exigera forcément.

Mais on préfère être dupe — se mentir à nous-mêmes, choisir le confort d’un illusoire consensus plutôt que d’affronter un sujet difficile. De guerre lasse, probablement — ça me choque d’autant plus.

* * *

J’ai eu la chance de côtoyer tellement de gens passionnés, généreux, engagés dans leur communauté au cours des vingt dernières années— à l’école secondaire, au cégep, à l’université, dans différents milieux de travail, sur le Web et dans les quartiers que j’ai habités… il me semble que le monde que je connais n’est pourtant pas comme ça! Il n’est pas prompt à la résignation: il se retrousse les manches! — en gang, le plus souvent.

Et c’est peut-être là que le bât blesse, et qui fait qu’on flirte trop souvent à mon goût avec la résignation (ou ce que je perçois comme tel) par les temps qui courent. Peut-être parce que l’action collective est particulièrement difficile à certaines périodes de la vie — à l’âge où on a de jeunes enfants, par exemple — et parce qu’à défaut d’avoir le sentiment de participer à un mouvement, on peut être tenté d’accepter la réalité telle qu’elle se présente à nous (ou telle qu’on veut bien nous la présenter).

Je sais bien qu’il y a une multitude de manières pour changer le monde — pour changer son monde, à sa façon. Et je ne doute pas que la très grande majorité des gens passionnés et engagés et à qui je pense en écrivant ce texte ont trouvé leur propre façon pour le faire. Et c’est très bien comme ça — et c’est d’ailleurs ce que j’ai aussi fait depuis vingt ans!

Je n’ai donc pas de leçons à donner sur ce sujet, mais le contexte m’amène à penser qu’il n’est pas possible de négliger plus longtemps la sphère politique comme espace d’engagement — et  je sens le besoin de partager ce constat avec mon entourage.

Je sais qu’il y a aussi mille et une façons de manifester un engagement personnel dans la sphère politique — et c’est très bien comme ça, parce que c’est de cette diversité que se nourrit la démocratie. Je pense simplement que c’est plus que jamais indispensable de le faire, d’une façon ou d’une autre.

* * *

Ce sont des idées jetées de façon un peu brouillonne pour l’instant — j’en suis bien conscient — mais j’ai le goût de réfléchir un peu plus là-dessus dans les prochaines semaines et d’écrire un plus longuement avec cette perspective.

Pour le moment, j’ai seulement souhaité laisser ici une trace de cette envie et de cette intention.

Partager le regard

De tous les « réseaux sociaux », mon préféré, c’est Instagram. Un peu trop clos sur l’univers Apple/iOS, un peu trop réservé à ceux et celles qui ont un iPhone — mais combien riche, fascinant et inspirant.

Instagram est souvent présenté comme un réseau de partage de photos. Je pense que c’est une erreur. Pour moi, c’est essentiellement un espace de partage de regards.

Les photos sont d’une qualité technique très variable, souvent mauvaises, mais cela n’a que peu d’importance dans l’espace instagram, où chaque photo témoigne d’abord et avant tout du regard de celui qui l’a prise, ici, maintenant.

Le fait que l’appareil qui saisit ce regard est particulièrement mobile, toujours disponible — qu’il est presque l’extension naturelle du bras de celui qui regarde — rend le témoignage du regard particulièrement sincère.

Ouvrir Instagram, c’est découvrir le monde dans le regard de l’autre — le petit monde, celui de la réalité quotidienne, de l’ordinaire, du banal — celui qu’on ne voit plus parce qu’on l’a trop vu — celui qui s’avère pourtant extraordinaire quand on emprunte le regard de l’autre.

Instagram, c’est un rappel — celui d’ouvrir les yeux, vraiment — de rejeter l’habitude, de porter attention à la lumière, aux ombres, aux perspectives, au cadre du regard, à la magie de l’instant.

Le regard de Joanne Fournier (@jfournier), et celui de Jean-François Frenette (@dezjeff) m’inspirent particulièrement depuis quelques mois — je les en remercie.

Le regard que Jean-François porte sur la ville de Québec me semble spécialement intéressant. Il renouvelle franchement le portrait qu’on fait de Québec, très sage (trop sage) et d’une esthétique vieillotte. On découvre grâce à ses yeux une capitale avec des accents d’intrigue, des airs kafkaïens et une géométrie ludique qui contrastent, pour notre plus grand plaisir, avec les images convenues qu’utilise trop souvent l’Office de tourisme.

Québec, vue du toit de l’édifice Beenox — Source: Dezjeff

Québec by Limoilou — Source: Dezjeff

Le goût du pouvoir public

Je lis depuis quelques jours (sur mon iPhone, lors de mes déplacements et dans les transports en commun) Guy Coulombe, le goût du pouvoir public — un livre de Jacqueline Cardinal et Laurent Lapierre, publié par les Presses de l’Université du Québec.

Je connaissais le nom ce grand commis de l’État, mais pas beaucoup plus. C’est en lisant quelques textes publiés à l’occasion de son décès, la semaine dernière, que j’ai eu envie d’en apprendre davantage à son sujet — et que j’ai découvert ce livre publié tout récemment par les PUQ.

Les auteurs rendent d’ailleurs hommage à Guy Coulombe dans Le Devoir d’hier matin — en présentant notamment ce qu’étaient pour lui les quatre grandes qualités que tout haut dirigeant doit posséder. Une synthèse à lire.

Je n’en suis encore qu’au tiers du livre, mais déjà, je découvre un personnage très inspirant, tant par son parcours professionnel atypique que par le regard qu’il porte sur l’évolution de la société québécoise.

Où j’en suis dans la lecture, je retiens particulièrement l’importance que Guy Coulombe accordait au choix des gestes qu’on pose — parce qu’il faut « choisir ses batailles ».

« …[il faut] savoir distinguer entre l’essentiel et l’accessoire à chaque niveau de responsabilité. Ce qui est essentiel pour un cadre intermédiaire ne l’est pas pour un cadre supérieur. (Le Devoir)

« Il y avait tellement de données détaillées que s’il avait fallu que je commence à lire tout, j’aurais perdu mon temps. Je me suis rendu compte que non seulement c’était pratique d’aller toujours à l’essentiel, mais c’était essentiel de le faire ». (PUQ)

Je retiens aussi l’approche systémique, et l’importance de la planification — pour éviter les conséquences de l’arbitraire.

« …[c’est sous la direction de Michel Bélanger et de Guy Coulombe] que toutes les structures financières d’un État moderne ont été mises en place par l’application du système budgétaire de « planification, programmation et préparation du budget. » (PUQ)

Je trouve habilement formulé le constat qu’il fait sur le Québec des années soixante:

« … il faut dire qu’au Québec, à l’époque, […] il y avait de la place pour ceux qui avaient des ambitions ». (PUQ)

(et me dit qu’on gagnerait à affirmer plus clairement notre volonté de réunir des conditions semblables aujourd’hui).

J’ai aussi surligné à plusieurs endroits dans le texte des passages qui, d’une façon ou d’une autre, mettre en relief la place du pragmatisme dans l’utopie.

« … [parce que] c’est bien beau d’avoir des rêves, mais il faut que ce soit concret, que ce soit appuyé sur une réalité ». (PUQ)

C’est une lecture qui fait le plus grand bien dans cette période où les décisions arbitraires et l’improvisation semble régner dans une multitude de dossiers où on attendrait un fort leadership politique; où les champs d’action (de responsabilités) des fonctionnaires et des élus sont remis en question et où on a parfois l’impression d’avoir perdu tout « point de repère dans le temps » (des objectifs et des projets qui donnent de la perspective aux actions — qui les inscrivent dans le cours de l’histoire et qui nous évitent de succomber aux charmes de la dernière idée à la mode).

C’est un livre qui nous rappelle que  la politique ce n’est pas seulement le vaudeville  que nous en présentent parfois les médias — c’est aussi des hommes et des femmes qui, chacun à leur manière, orientent le développement du Québec, en donnant forme à des idées grâce à des budgets, des programmes — des actions planifiées guidées par des valeurs fortes.

« Quelles valeurs vous guident ? » — voilà une question qu’on devrait plus que jamais oser poser aux gens qui aspirent à nous représenter.

Et s’il vous plaît, ne nous dites pas seulement ce que vous comptez faire… — dites-nous aussi pourquoi vous souhaitez le faire, et sur quoi se fonde votre décision de le faire de cette façon.

* * *

C’est un livre qui peut à première vue paraître aride, mais qui ne l’est pas — c’est tout le contraire! J’en suggère particulièrement  la lecture à tous ceux et celles qui s’intéressent à la tournure politique que le Québec semble être en train de prendre.

Ralentir, pour aller plus vite

L’été est à nos portes. L’année a été mouvementée. J’avais prévu écrire plus. Je l’ai assez peu fait. Je souhaite le faire plus cet été. On verra bien.

Tellement de choses sollicitent mon attention —

— mais l’urgence, à cette période de l’année, c’est de ralentir.

C’est d’ailleurs ce que rappelle ce texte, que @froginthevalley a porté à l’attention de son réseau aujourd’hui. Je l’en remercie.

Prendre le temps de jouer dehors (soirée de tennis!), de lire (13 heures, de Deon Meyer), et de bien manger (pâtes et pizza maison dans les derniers jours) — idéalement avec la famille et des amis. Le temps de réfléchir aussi  — sur ma société, la politique; sur mon entreprise, son plan d’affaire — et sur les liens qui unissent ces différents aspects de ma vie.

C’est dans ce contexte que j’ai pris le temps d’écrire un petit mot à Mario ce matin — lui qui s’engage dans une période de grands bouleversements (voir le commentaire #6, au bas de ce texte).

C’est dans ce contexte que j’ai pris quelques minutes pour une conversation avec une amie ce midi, au soleil, de façon toute à fait imprévue — juste avant une réunion.

C’est aussi dans ce contexte que j’ai apprécié lire ce texte de Jean Trudeau, qui entreprend par la même occasion de réanimer son blogue: bonne nouvelle!

Ralentir, pour éviter de confondre l’action et l’agitation.

C’est une très belle maxime estivale.

Sur le leadership

Un livre n’a pratiquement pas quitté ma table de chevet depuis dix ans : Orbiting the Giant Hairball, de Gordon MacKenzie. J’en ai relu de longs extraits ce matin — après la lecture du Devoir de la fin de semaine.

J’avais besoin de lire sur le leadership, de trouver de quoi me ragaillardir un peu — parce que je trouve qu’on dit tout et n’importe quoi (surtout n’importe quoi) du leadership par les temps qui courent (et du leadership politique en particulier).

Gordon MacKenzie nous rappelle qu’il ne faut pas confondre leadership et autorité. Rien, ou si peu, à voir l’un et l’autre. Il rappelle aussi que dans le leadership il n’y a pas qu’un leader et des followers — des suiveux. Le leadership est une relation beaucoup plus dynamique que certains voudraient le laisser croire. Son livre, construit comme une série de courtes fables, aborde cette dynamique sous de nombreuses perspectives.

Aujourd’hui, c’est la fable du ski nautique que j’ai trouvée la plus inspirante:

« If we were to think of waterskiing as a metaphor for leading and following, the person at the wheel, in the boat, dry, would represent the leader. And the skier in the water, wet, the follower »

Wherever the leader goes, the follower goes. If, for reasons unkowns to the follower, the leader decides to steer the boat though an area where clusters of reeds are growing up out of the water, about three feet tal, the reaction of the follower might be :

 » Why are we goin’ over there?

 » This is gonna hurt.

« And it’s gonna hurt me, not you! « 

If you are a skier in this situation, you have at least a couple of options another than being whipped painfully through the reeds.

Option #1:

You can let go of the towline. Become an entrepreneur — on your own, in the middle of the lake.

Option #2:

You can become a better waterskier. Lear to ski out beyond the confines of the boat’s wake, way ‘round to the right, thus dodging some of the threatening reeds. Then, describing a great broad arc, ski back over the wake again and way ‘round to the left, avoiding more reeds.

Every point on the arc is a point of legitimate following. »

Et la fable se poursuit : page 1, page 2, page 3. — pour ceux qui voudraient la lire en entier.

Je retiens spécialement cet autre passage :

«… there were occasions when verbal intervention seemed appropriate. One of those times would be whenever anyone said:

 » I wish we had more dynamic leadership around here. »

I would respond:

  » I wish we had more dynamic following around here. That’s were the real energy of an organisation comes from.  » »

Et finalement, la presque conclusion de la fable, ou MacKenzie parle de son patron chez Hallmark:

« He knew I was not going to start pulling the boat with him in it. It just doesn’t work that way. The power remains in the boat. But in allowing me to ski past him — in a sens, allowing me to lead — he would unleash in me an excitement about our entreprise that served our shared goal well. »

Une nouvelle façon de faire de la politique?

J’ai publié il y a un peu plus de six ans l’ébauche d’un manifeste — auquel je n’ai pas retravaillé depuis.

Le manifeste pour l’indépendance politique

Je relu ce texte ce matin après avoir fait la lecture du Devoir, où les appels à une nouvelle culture politique sont nombreux, comme ils l’ont été toute la semaine — après une quinzaine politique complètement folle.

Je mettais notamment en évidence dans ce texte l’influence directe et indirecte des médias dans la politique qu’on déplore. Je pense que c’est toujours d’actualité — et je me dis que le moment est venu de se pencher à nouveau sur ce texte, avec ceux et celles qui le souhaiteront.

Qui a le goût d’y travailler avec moi?

Parler moins, écouter plus

Parler moins, écouter plus. C’est le titre de l’éditorial de Bernard Descôteaux dans Le Devoir de ce matin. Je cite sa conclusion:

« Au-delà de l’inventaire des causes de cette défaite, un aggiornamento s’impose dans le mouvement souverainiste. Il lui faut retourner sur le terrain, sortir des parlements, parler moins et écouter plus ce que les Québécois ont à dire. Surtout, il lui faut rejoindre les jeunes, adapter son discours aux générations X et Y. (…) La vraie leçon du 2 mai, elle est là. »

Je suis de ceux qui croient que le résultat de la dernière élection fédérale n’a rien à voir avec les convictions des électeurs souverainistes. Il faut toutefois, sans l’ombre d’un doute, en tirer des leçons importantes au sujet des attentes des électeurs — de tous les électeurs — à l’égard des gens qui les représentent ou qui aspirent à les représenter.

Parler moins et écouter plus. Peut-être. Mais surtout parler autrement, et écouter différemment.

Écouter pour comprendre plutôt que pour réagir.

Parler pour proposer plutôt que pour critiquer.

Il faut arrêter de parler des radio-poubelles et de juger les gens sur la base de ce qu’ils écoutent, regardent ou lisent. C’est une forme de mépris qui nous discrédite. Sans un respect de tous les instants pour tous les citoyens, la souveraineté n’a aucune chance de se réaliser.

Gilles Duceppe a raison de dire que cela a été une erreur de faire preuve de dérision à l’égard de Jack Layton lors du débat en français.

Il faut s’interdire de critiquer sans proposer du même souffle une idée complémentaire ou une alternative.

Il faut utiliser prioritairement le temps de parole qui nous est alloué à toutes les tribunes pour donner forme au projet de société dans lequel nous croyons.

Il serait sans doute utile pour cela que plus d’intellectuels choisissent de se frotter à la réalité politique, comme le souligne Manon Cornellier dans un autre texte publié en page éditoriale.

Il faut relever le défi d’être constructifs même dans un rôle d’opposition parlementaire.

Il ne suffira pas de trouver de nouveaux mots pour parler de la bonne vieille souveraineté si on veut convaincre les jeunes. Ce n’est pas à un problème de marketing auquel fait face le mouvement souverainiste. Le défi est bien plus fondamental: c’est la nature de notre démarche que nous devons accepter de remettre en question.

Les gens attendent de nous que nous proposions un projet de société stimulant et que nous leur expliquions pourquoi la souveraineté est nécessaire à sa réalisation. Nous avons le devoir de formuler un projet progressiste qui pourra rallier une majorité de citoyens.

Il faut (ré)accepter l’idée que pour la majorité de Québécois la souveraineté est essentiellement un moyen et non une fin en elle-même.  Il faut accepter de (re)placer la souveraineté au rang d’outils socio-économiques et élaborer notre discours en s’appuyant sur ce constat. À défaut de nous imposer cette exigence, je crains que nous ne méritions plus la confiance des électeurs.

Il est urgent de formuler clairement un projet ambitieux au coeur duquel se trouvera l’éducation, la culture et l’environnement. Un projet au service duquel les technologies de la communication et les réseaux seront intensivement mis à contribution et pour lequel nous stimulerons le développement de l’esprit entrepreneurial, sous toutes ses formes — parce que c’est nécessaire au bon fonctionnement de l’économie et donc indispensable afin que nous ayons collectivement les moyens de nos ambitions.

La fin de campagne du Bloc québécois a une fois de plus démontré à quel point il est devenu inefficace de présenter la souveraineté du Québec comme une nécessaire conclusion de l’histoire. Il est plus que jamais indispensable d’adopter à ce sujet un discours qui relève de l’invention du futur et de s’assurer qu’il sera porté haut et fort par de nouveaux visages.

Je ne peux pas accepter l’idée de François Legault, selon laquelle il faut mettre de côté la question nationale pour être en mesure de proposer un projet stimulant aux Québécois.

Mais pour la combattre, il ne suffira pas de critiquer, même très habilement, la position de LegaultDQ. Le plus important sera de reprendre le leadership de la proposition sociale. Recommencer à être à l’origine des débats plutôt qu’être sans cesse en situation de réaction.

C’est dans cet esprit que je me réjouis de voir apparaître ce Nouveau projet. C’est aussi ce pour quoi je me réjouis que l’idée de gouvernance souverainiste de Pauline Marois ait lentement fait son chemin dans les différentes instances du Parti québécois.

C’est une méthode dans laquelle je me retrouve parce qu’elle respecte ma conviction que l’essentiel est de décrire la société dans laquelle nous souhaitons vivre et de faire ensuite, en toute indépendance, ce que nous croyons utile pour faire advenir cette société — y compris proclamer notre souveraineté si cela s’avère nécessaire (ce que je crois).

Pour reprendre le leadership politique — et éventuellement, gagner des élections — les souverainistes devront écouter de façon plus active l’ensemble des citoyens et s’exprimer de façon plus constructive que nous l’avons fait au cours des dernières années.

Parler moins, écouter plus.

Proposer plus, réagir moins.

Faire un peu plus confiance aux jeunes aussi, avec tout ce que ça implique… comme le rappelle avec humour cette lettre de Jacques Bujold, aussi publiée dans Le Devoir d’aujourd’hui..

Traboulidon!

Je devais avoir 7 ou 8 ans.

Je regardais assez peu la télévision, mais il y avait quelques émissions que je n’aurais pas manquées pour rien au monde. Traboulidon était une de celles-là. C’était mon émission préférée.

Je plongeais chaque fois avec Bulle et Philo au coeur d’un monde étrange inspiré par l’univers informatique. Les décors étaient minimalistes, mais cela n’avait aucune importance: au contraire, ça contribuait à l’ambiance. C’était plein d’aventures et d’imagination. C’était Sol et Gobelet prisonniers d’un ordinateur imaginaire.

Dans mes souvenirs, Bulle (interprétée par Sylvie Léonard) était une jeune fascinée par la technologie. Sa candeur qui était à la source de toutes les mésaventures. Philo (interprété par Denis Mercier) était un vieux sage qui, sans être réfractaire à la technologie, ne faisait pas preuve du même enthousiasme spontané à leur égard — et c’est pourtant grâce à lui que des solutions finissaient toujours par être trouvées!

Bulle et Philo m’habitent encore — et je sais qu’ils sont encore prisonniers de l’ordinateur imaginaire. Je les ai vus sur YouTube il n’y a pas si longtemps.

* * *

J’aurai bientôt 38 ans.

Je suis passé de l’autre côté du miroir.

J’ai un emploi, je participe à des réunions sérieuses et je fais des voyages d’affaires. Je travaille dans un monde profondément influencé par l’évolution de la technologie. C’est mon quotidien.

Mais voilà que le traboulidon vient de me rattraper! J’ai revu Philo.

La première fois, c’était à la bibliothèque nationale, il y a quelques semaines. Je présentais l’univers du livre numérique à deux ou trois cents personnes, à l’invitation de l’Observatoire de la Culture. Il était là, devant moi, assis sagement dans la dixième rangée ou à peu près. J’ai dû m’interrompre en le voyant. Il était là, pour vrai… dans la réalité — dans ma réalité!

Ça m’a fait réfléchir.

J’ai l’ai revu plusieurs fois depuis ce jour-là. Nous participons tous les deux à un comité de travail sur la transformation des industries culturelles sous l’influence des nouvelles technologies.

C’est parfois assez surréaliste.

À la première réunion, j’ai apprécié qu’il m’écoute avec attention.

J’ai été très fier, quelques jours plus tard, quand il s’est dit d’accord avec moi.

Et ça été un moment marquant de ma vie quand je l’ai entendu dire, de sa remarquable voix: « je pense que ce que Clément a dit est important… ».

La voix de Philo sortait de la télévision pour prononcer mon prénom: tout simplement inoubliable.

* * *

C’est évidemment Denis Mercier qui était assis en face de moi — ce n’était pas Philo.

Et c’était aux propos de Clément-le-père-de-trois-enfants qu’il faisait référence — pas à ceux de Clément-qui-avait-sept-ans.

Nous avons bien changé tous les deux depuis le dernier épisode de Traboulidon… et je sais que les comédiens n’aiment pas toujours quand leurs personnages leur collent à la peau. Mais j’ai quand même envie de profiter de l’occasion pour remercier Denis Mercier et tous les comédiens qui travaillent auprès des enfants. Je ne serais pas celui que je suis devenu sans les extraordinaires personnages de Bulle et Philo.

C’est un peu grâce à vous si j’ai aujourd’hui la très grande chance de gagner ma vie en parcourant chaque jours le grand labyrinthe qui est né de la rencontre de la culture et des nouvelles technologies.

Merci!


Mettre l’épaule à la roue

J’ai participé la fin de semaine dernière au congrès du parti québécois. C’était mon premier congrès politique. J’y étais inscrit comme délégué de la circonscription de Louis-Hébert.

J’y suis allé guidé par un profond engagement démocratique. Parce que je pense qu’il y a des limites à déplorer l’état de notre démocratie. Il y a des moments où il faut rejeter le cynisme et mettre l’épaule à la roue pour que les choses changent.

Cela m’a fait le plus grand bien de voir la démocratie en action. Pendant trois jours nous avons débattu des centaines de propositions. Nous avons argumenté, nous avons amendé, nous avons voté; encore et encore. Quelques propositions ont retenu toutes l’attention des médias, mais toutes avaient leur importance.

La démocratie ce n’est pas seulement voter lors des élections. C’est un processus continu. C’est la recherche du bien commun et l’acceptation des compromis qui l’accompagnent inévitablement. Au cours de la fin de semaine, j’ai voté en faveur de plusieurs propositions. J’ai voté contre quelques-unes aussi. Et je suis fier, et solidaire, de l’ensemble.

En revenant de Montréal, j’ai eu envie de redire à mes enfants que la démocratie ce n’est pas le spectacle désolant que nous offrent certains politiciens. La démocratie c’est surtout ce qu’on fait tous les jours, dans nos familles et dans nos milieux de travail, en parlant avec conviction de ce à quoi on croit et quand on se relève les manches pour le voir se réaliser.

C’est dans cet esprit que j’ai repris le travail hier… convaincu que développer une entreprise comme De Marque, c’est aussi une manière très efficace de bâtir un pays.

Livres, marché et politique

Le monde du livre est en effervescence. Rien de neuf là. Cela fait des mois qu’on le dit

Sauf que les débats sont plus vifs que jamais, dans les médias, sur les blogues, sur Twitter. Parce que les enjeux sont plus clairs, sans doute, et parce que les approches adoptées par les  uns et des autres se distinguent de plus en plus, jusqu’à s’opposer parfois. Parce qu’il y a de plus en plus de commentateurs de toute cette activité aussi, alors ça jase — beaucoup.

Les enjeux techniques ont jusqu’à récemment occupé l’essentiel des esprits. Il fallait apprendre à produire adéquatement les fichiers et à les distribuer de façon satisfaisante vers les librairies en ligne et autres types de points de vente. C’est une étape qui est, pour l’essentiel, derrière nous, il me semble.

Une nouvelle étape s’ouvre depuis quelques semaines, et c’est la diffusion qui (re)devient au centre des réflexions de tout le monde. Les éditeurs (et les libraires) doivent (ré)apprendre à faire connaître les livres publiés en versions numériques — ils doivent réapprendre comment les porter à l’attention d’autres (de nouveaux?) lecteurs, par de nouveaux canaux. Et là, tout est à faire.

Les méthodes et les outils de distribution vont évidemment encore devoir s’améliorer, mais dorénavant, ce sont les métadonnées qui accompagnent les fichiers et le savoir-faire marketing qui seront les plus déterminants. Voyons ça comme un premier signe de maturité du marché du livre numérique (déjà!).

On remarque aussi une politisation accrue du marché du livre, en général, et du livre numérique, en particulier — où deux visions s’opposent, avec parfois quelques nuances.

La première affirme que le livre un produit commercial comme les autres, et qu’il faut laisser les détaillants en fixer librement le prix.

La seconde affirme que le livre n’est pas un produit comme les autres, qu’il ne devrait pas être soumis au libre marché et que, par conséquent, son commerce doit faire l’objet d’une réglementation — notamment à l’égard du prix de vente, qui devrait être fixé par l’éditeur.

Ce sont deux visions du marché du livre qui s’affrontent, mais aussi deux façons de voir le rôle de l’État dans le développement de la culture, de façon générale, et des industries culturelles, en particulier.

Résultat: c’est souvent du dialogue — jugé plus ou moins nécessaire — entre le monde politique et le monde des affaires dont il est indirectement question dans nos échanges — gazouillis, blogues, etc. De la place de la solidarité et du chacun-pour-soi dans le développement d’un marché, aussi, très souvent. De ce qui relève du discours de l’action aussi, forcément.

Au début des années quatre-vingt, la France et le Québec (notamment) se sont dotés de lois fondamentales pour encadrer le marché du livre. Trente ans plus tard, on se trouve dans l’obligation d’imaginer des façons pour les mettre à jour, pour les réinventer de façon ingénieuse. C’est fondamental. Abandonner le livre aux lois du marché devant la difficulté de le faire n’aurait aucun sens — c’est mon avis.

* * *

 

Avec quelle énergie faut-il se battre pour défendre nos convictions au regard de pareils enjeux? Comment prennent formes les positions de chacun dans ce type de débat? Comment concilier les besoins immédiats et la poursuite d’objectifs à plus long terme dans le domaine de la culture?

C’est pour répondre à ces questions que j’ai lu cet après-midi Passion et désenchantement du ministre Lapalme, une pièce de Claude Corbo, publiée par les Éditions du Septentrion.

C’est une lecture qui m’a fait beaucoup de bien et qui a renforcé ma conviction qu’il n’est pas possible de voir le développement du livre numérique comme une opportunité d’affaires sans y voir aussi un sujet politique, un projet de société — un projet qui doit forcément être porté par une vision à long terme et qui doit faire appel à notre détermination.