Parler moins, écouter plus. C’est le titre de l’éditorial de Bernard Descôteaux dans Le Devoir de ce matin. Je cite sa conclusion:
« Au-delà de l’inventaire des causes de cette défaite, un aggiornamento s’impose dans le mouvement souverainiste. Il lui faut retourner sur le terrain, sortir des parlements, parler moins et écouter plus ce que les Québécois ont à dire. Surtout, il lui faut rejoindre les jeunes, adapter son discours aux générations X et Y. (…) La vraie leçon du 2 mai, elle est là. »
Je suis de ceux qui croient que le résultat de la dernière élection fédérale n’a rien à voir avec les convictions des électeurs souverainistes. Il faut toutefois, sans l’ombre d’un doute, en tirer des leçons importantes au sujet des attentes des électeurs — de tous les électeurs — à l’égard des gens qui les représentent ou qui aspirent à les représenter.
Parler moins et écouter plus. Peut-être. Mais surtout parler autrement, et écouter différemment.
Écouter pour comprendre plutôt que pour réagir.
Parler pour proposer plutôt que pour critiquer.
Il faut arrêter de parler des radio-poubelles et de juger les gens sur la base de ce qu’ils écoutent, regardent ou lisent. C’est une forme de mépris qui nous discrédite. Sans un respect de tous les instants pour tous les citoyens, la souveraineté n’a aucune chance de se réaliser.
Gilles Duceppe a raison de dire que cela a été une erreur de faire preuve de dérision à l’égard de Jack Layton lors du débat en français.
Il faut s’interdire de critiquer sans proposer du même souffle une idée complémentaire ou une alternative.
Il faut utiliser prioritairement le temps de parole qui nous est alloué à toutes les tribunes pour donner forme au projet de société dans lequel nous croyons.
Il serait sans doute utile pour cela que plus d’intellectuels choisissent de se frotter à la réalité politique, comme le souligne Manon Cornellier dans un autre texte publié en page éditoriale.
Il faut relever le défi d’être constructifs même dans un rôle d’opposition parlementaire.
Il ne suffira pas de trouver de nouveaux mots pour parler de la bonne vieille souveraineté si on veut convaincre les jeunes. Ce n’est pas à un problème de marketing auquel fait face le mouvement souverainiste. Le défi est bien plus fondamental: c’est la nature de notre démarche que nous devons accepter de remettre en question.
Les gens attendent de nous que nous proposions un projet de société stimulant et que nous leur expliquions pourquoi la souveraineté est nécessaire à sa réalisation. Nous avons le devoir de formuler un projet progressiste qui pourra rallier une majorité de citoyens.
Il faut (ré)accepter l’idée que pour la majorité de Québécois la souveraineté est essentiellement un moyen et non une fin en elle-même. Il faut accepter de (re)placer la souveraineté au rang d’outils socio-économiques et élaborer notre discours en s’appuyant sur ce constat. À défaut de nous imposer cette exigence, je crains que nous ne méritions plus la confiance des électeurs.
Il est urgent de formuler clairement un projet ambitieux au coeur duquel se trouvera l’éducation, la culture et l’environnement. Un projet au service duquel les technologies de la communication et les réseaux seront intensivement mis à contribution et pour lequel nous stimulerons le développement de l’esprit entrepreneurial, sous toutes ses formes — parce que c’est nécessaire au bon fonctionnement de l’économie et donc indispensable afin que nous ayons collectivement les moyens de nos ambitions.
La fin de campagne du Bloc québécois a une fois de plus démontré à quel point il est devenu inefficace de présenter la souveraineté du Québec comme une nécessaire conclusion de l’histoire. Il est plus que jamais indispensable d’adopter à ce sujet un discours qui relève de l’invention du futur et de s’assurer qu’il sera porté haut et fort par de nouveaux visages.
Je ne peux pas accepter l’idée de François Legault, selon laquelle il faut mettre de côté la question nationale pour être en mesure de proposer un projet stimulant aux Québécois.
Mais pour la combattre, il ne suffira pas de critiquer, même très habilement, la position de LegaultDQ. Le plus important sera de reprendre le leadership de la proposition sociale. Recommencer à être à l’origine des débats plutôt qu’être sans cesse en situation de réaction.
C’est dans cet esprit que je me réjouis de voir apparaître ce Nouveau projet. C’est aussi ce pour quoi je me réjouis que l’idée de gouvernance souverainiste de Pauline Marois ait lentement fait son chemin dans les différentes instances du Parti québécois.
C’est une méthode dans laquelle je me retrouve parce qu’elle respecte ma conviction que l’essentiel est de décrire la société dans laquelle nous souhaitons vivre et de faire ensuite, en toute indépendance, ce que nous croyons utile pour faire advenir cette société — y compris proclamer notre souveraineté si cela s’avère nécessaire (ce que je crois).
Pour reprendre le leadership politique — et éventuellement, gagner des élections — les souverainistes devront écouter de façon plus active l’ensemble des citoyens et s’exprimer de façon plus constructive que nous l’avons fait au cours des dernières années.
Parler moins, écouter plus.
Proposer plus, réagir moins.
Faire un peu plus confiance aux jeunes aussi, avec tout ce que ça implique… comme le rappelle avec humour cette lettre de Jacques Bujold, aussi publiée dans Le Devoir d’aujourd’hui..