Premières réflexions post-élection

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J’ai toujours utilisé mon blogue pour réfléchir à haute voix, par écrit.

Je vais continuer à le faire dans les prochaines semaines et les prochains mois — en particulier pour partager des impressions sur ma première expérience de campagne électorale et pour participer aux réflexions qui sont plus que jamais nécessaires si on veut réinventer le Parti Québécois. Le mot est fort, mais j’ose quand même l’utiliser.

Quatre éléments de réflexion pour ce soir.

UnCeux et celles qui sont à la fin de leur parcours politique devraient éviter de tirer des conclusions inutilement pontifiantes au sujet du projet souverainiste. Je peux comprendre que certains aient perdu confiance mais nous sommes plusieurs à vouloir poursuivre, même si cela doit prendre encore longtemps. L’idée de faire du Québec un pays n’appartient pas à une génération de militants ou d’ex-députés, ni à personne d’ailleurs.

Deux — Je suis animé depuis toujours par la conviction qu’il faut faire beaucoup plus de place à l’éducation et à la culture dans le discours politique; à la réalité des petites entreprises aussi; et des changements induits par le numérique. Je ressors de ma première campagne électorale plus convaincu que jamais de tout cela.

Trois — J’ai pu constater dans les dernières semaines la difficulté d’aborder de nombreux sujets dans un temps limité et dans un univers médiatique sursaturé — a fortiori si ce sont des sujets complexes. Je pense que pour faire mieux il faudra établir une priorité plus claire dans nos messages et remplacer rapidement la stratégie basée sur la recherche du meilleur clip par une stratégie basée sur la pédagogie.

Quatre — Tout cela m’amène à souhaiter que nous fassions une place importante à « l’entrepreneuriat éducatif et culturel » dans nos réflexions des prochaines semaines et des prochains mois. En mettant au coeur de notre projet l’éducation et la culture, en même temps que le goût et la capacité d’entreprendre, je pense que nous pourrons travailler à la fois sur l’identité personnelle et collective des Québécois et sur la confiance en soi (en nous) qui est nécessaire pour désamorcer (enfin!) le réflexe de peur sur lequel repose la force de nos adversaires. Nous cesserons aussi de rendre faussement conditionnels au développement économique les investissements en éducation et en culture alors qu’ils en sont en réalité le carburant le plus essentiel.

Un projet de société basé sur l’entrepreneuriat dans le domaine éducatif et culturel — qui pourrait s’appuyer tout spécialement sur les possibilité offertes par le numérique — il me semble que c’est une belle piste à explorer au moment de lancer un remue-méninges…

Qu’en pensez-vous?

Premières réflexions (pré)campagne

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Je ne suis pas naïf, je sais bien que dans l’environnement ultamédiatique dans lequel nous baignons, la politique c’est aussi un espace où les vedettes jouent un grand rôle — où la notoriété est un atout. Mais ce n’est pas tout.

Je pense que les électeurs savent aussi reconnaître l’intérêt des candidats de terrain, issus de leur milieu, qui ont fait la démonstration de leur capacité à faire travailler les gens en ensemble sur des projets complexes. Des gens qui seront présents dans la circonscription, proches des gens, engagés.

Je fais l’hypothèse qu’ils verront l’intérêt d’élire un entrepreneur, ancré dans sa circonscription, impliqué dans le développement de la région depuis de nombreuses années.

Et je souris en lisant les textes qui déplorent depuis quelques jours la vedettisation de la politique en jouant eux-mêmes le jeu, ne nommant que des vedettes — au lieu de mettre de l’avant d’autres candidatures, peut-être un peu moins connues, mais certainement pas moins légitimes dans leur milieu et dans leur secteur d’activités.

Je n’en suis ni surpris ni victime, au contraire: ça me conforte plutôt dans la décision de faire le saut.

À suivre, la campagne sera très intéressante. J’ai vraiment hâte de commencer.

Les universités et les multinationales de l’édition

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J’ai publié plus tôt cette semaine sur Facebook une courte réaction à la lecture de du texte Les universités et les multinationales de l’édition, de Pierre Trudel.

Pour pouvoir plus facilement y faire référence dans le futur, je le reprends ici.

Et suggère en complément la lecture de Nouvelle ère pour les collections, un dossier des Bibliothèques de l’Université de Montréal

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Lire ce genre de textes ça me ramène aux enjeux fondamentaux (à l’essence même) des efforts qu’on fait tous les jours pour contribuer au développement d’infrastructure technologiques les plus ouvertes possible — et les moins à la merci des oligopoles. Pour le domaine du livre en général, bien sûr, pour leur disponibilité en bibliothèques aussi (surtout?) — et pour toute l’édition.

Le cas des revues scientifiques est un exemple d’une bataille entreprise trop tard par les universités… dont elles (nous, collectivement) payons le prix aujourd’hui.

Ce qui se passe autour de l’accès aux livres numériques dans les bibliothèques [publiques] québécoises — autour de pretnumerique.ca — est un exemple d’une bataille commencée à temps. C’est moins spectaculaire, c’est beaucoup de travail en coulisse, mais ce n’est pas moins fondamental.

La question de la réglementation du prix des livres neufs, imprimés et numériques, s’inscrit également dans ces enjeux/batailles.

—/ fin /—

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Cailloux récupérés sur une plage de l’Île-du-Prince-Édouard, été 2004

Parce que le bon espace pour archiver mes réflexions c’est mon blogue, je reproduis ici ce que j’ai publié un peu plus tôt ce matin sur Facebook:

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J’ai lancé l’idée de faire de Québec une « cité éducative » quelque part au printemps 2002 — j’en ai les traces sur mon blogue depuis septembre 2002.

En janvier 2004 (il y a déjà dix ans!), la Chambre de commerce et d’industrie de Québec adoptait pour thème de son Forum économique annuel: « Québec, Cité éducative ».

L’idée a fait son chemin dans l’esprit de beaucoup de monde au cours des dernières années… pas toujours comme prévu, sous des formes très diverses, et de façon parfois moins explicite… mais j’en ai des manifestations presque toutes les semaines. Et c’est une idée qui continue de me guider tous les jours.

Ça va bientôt être le temps d’une nouvelle synthèse/reformulation de tout ça, je pense bien.

—/ fin /—

Tête de caboche

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Juillet 2011 — Les Sept-Chutes, Saint-Férréol-les-Neiges

Il y a des années qu’on commence avec un vertige un peu particulier.

Tellement d’énergie, tellement à faire, tellement de défis anticipés.

Un long fleuve tranquille, la vie? Certainement pas! Des méandres surtout, des embacles, des cascades, des réservoirs et des turbines, aussi.

Ou, comme Gaston Miron l’a écrit:

Tête de caboche

Une idée ça vrille et pousse
L’idée du champ dans l’épi de blé
au coeur des feuilles l’idée de l’arbre
qui va faire une forêt
et même, même
forcenée, l’idée du chiendent

c’est dans l’homme tenu
sa tourmente aiguisée
sa brave folie grimpante
à hue, et à dia

Non, ça n’déracine pas
ça fait à sa tête de travers
cette idée-là, bizarre! qu’on a
tête de caboche, ô liberté

Tradition

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Levé tôt, mardi, pour préparer le cassoulet du nouvel an. Et des cannelés. Rien de trop beau.

Encore cette année, il y aurait plus de trente personnes à la maison en soirée. Un joyeux mélange de gens qui se connaissent très bien, d’autres qui ne se voient qu’une fois par année — pour le nouvel an chez Ana et Clément — et quelques nouveaux invités: bienvenus chez nous! Chacun apportant quelques plats pour que nous puissions terminer l’année en faisant honneur à nos sens. Des plats inédits et quelques plats qu’on attend impatiemment d’une année à l’autre. Le buffet de l’année, le dernier soir de l’année!

Pendant que les haricots mijotaient dans le bouillon de la dinde du 24 décembre et que je préparais confits de canard, porc, saucisses, couenne, lardons salés, ail, poivre… les enfants se réveillaient — qui vient ce soir? — les appels commençaient — oui, à partir de 17h — et les derniers achats se planifiaient — ne surtout pas oublier les bulles!

Et je me disais: qu’il est agréable de constater que cette soirée autour du cassoulet, du partage et de rencontres improbables est en train de devenir une véritable tradition.

J’ai encore le sourire en revoyant les trente-cinq personnes cordées ben serrées dans notre petit salon pour le spectacle de magie offert par un des nouveaux invités. Et le Santé! Bonne année! à minuit, tout ce beau monde là dans la cuisine…

Écris, écris.

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Île-du-Prince-Édouard, juillet 2004

Début d’année. Une année pour sortir de ma zone de confort — avec l’écriture comme ancrage. C’est mon souhait. C’est mon plan.

À la lecture de mon texte précédent — L’écriture — un ami a attiré mon attention sur ce vidéoclip de Richard Séguin: Écris, écris. Merci.

Un autre m’a invité à partager davantage, des images notamment, comme des témoignages muets à partir desquels écrire et réfléchir (ce qui était l’idée à la base de la refonte de mon blogue il y a déjà deux ans).

Tout cela va dans le même sens.

Bonne année 2014!

L’écriture

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J’ai publié moins sur mon blogue en 2013 que je l’avais fait en 2012, mais j’ai globalement écrit beaucoup plus. Je suis très content. J’ai pris des notes sur mon quotidien plus de deux jours sur trois (avec l’aide de DayOne — le plus souvent à partir de mon iPhone). J’ai donc écrit beaucoup plus en privé qu’en public — et je pense que cela m’a aidé à utiliser l’écriture pour réfléchir plus efficacement que par le passé.

Garder des traces du temps qui passe, des rencontres, des lectures, des réflexions, des conversations — cela me semble de plus en plus important pour pouvoir maîtriser notre rapport au temps. Parce qu’autrement, tout nous amène dans l’instantanéité, à réagir vite, à prendre position sur tout et à s’exprimer de façon manichéenne, avec un vocabulaire souvent excessif.

En 2014, je veux continuer à utiliser l’écriture et les réseaux sociaux pour réfléchir — avec la mesure, le temps et le recule que ça exige. Écrire pour le simple plaisir aussi, comme une forme de gymnastique de l’esprit.

Ce sera plus que jamais un défi. Un défi essentiel.

Le développement international

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La lecture du Soleil de jeudi dernier avait une résonance particulière pour moi, et pour l’équipe de De Marque. En effet, la section spéciale Zone, l’option internationale correspondait particulièrement bien aux défis qui nous occupaient cette semaine… et au cours des derniers mois!

Après avoir mis en place en 2009 l’Entrepôt numérique, avec la collaboration de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL), pour offrir des services de distribution de livres numériques aux éditeurs québécois et canadiens-français, nous avons entrepris d’étendre le service à l’international.

D’abord à la France en 2010, avec Eden Livres, puis en Italie, en 2011, avec Edigita. C’est encore méconnu, mais aujourd’hui, plusieurs des prix littéraires français, et certains des plus grands succès littéraires italiens sont commercialisés en version numérique grâce à la plateforme de distribution que De Marque développe à Québec.

Depuis 2011, donc, on travaille, d’arrache-pied pour poursuivre le développement de l’entreprise, ailleurs en Europe et sur d’autres continents. Nous avons pu signer plusieurs accords de partenariats, en Europe et en Asie, et suivre des pistes, nombreuses… mais beaucoup de choses restaient à conclure.

On a poursuivi nos efforts, tous les jours, pour suivre la croissance du marché du livre numérique (qui double pratiquement chaque année dans tous les marchés où nous sommes présents) et continué à investir dans le développement international — avec persévérance, en doutant parfois, mais jamais assez pour abandonner. Et ces jours-ci après plus d’une centaine de voyages et beaucoup d’investissement… on dirait bien que le vent se prépare à tourner, et que nous aurons bientôt quelques belles annonces à faire. Ça va faire du bien de voir les efforts porter fruits! Mais gardons les doigts croisés, il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué…

Alors des dix conseils pour favoriser l’exportation préparés par Québec International et rapportés sous la plume de Marie-Pierre Cayer, je me permets de retenir surtout le huitième:

8) «Fais des efforts et persévère» 

Investissez les efforts nécessaires à la réussite du projet. Les entreprises désirant se lancer dans l’aventure de l’internationalisation devront y mettre les efforts, le temps et l’argent nécessaires pour voir les résultats. Aucune relation d’affaires à l’international ne se crée rapidement, confirme Québec International.

Et des observations d’Alain Kirouac, président de la Chambre de commerce de Québec, au sujet des défis majeurs liés à l’exportation, je retiens particulièrement ce passage:

« Malgré tout, la santé des entreprises québécoises et en particulier celles de la région métropolitaine de Québec est bonne, mais « c’est le désir de l’international qui est moindre », insiste le président.

« Quand on leur demande leur intention d’aller vers l’international, les entreprises répondent qu’elles sont bien sur les marchés locaux et régionaux », mentionne M. Kirouac, ajoutant que le manque d’audace est évident. »

C’est vrai qu’on peut faire encore beaucoup plus d’exportation dans la région (et pas que dans le secteur manufacturier d’ailleurs: dans les services, aussi! — et en particulier dans le secteur culturel) — mais je ne suis pas certain que ce soit seulement (ni même essentiellement) le manque d’audace qui explique la situation actuelle.

Il n’y a pas que les entrepreneurs qui doivent apprendre oser un peu plus, il y a probablement aussi des conditions à réunir pour permettre à l’audace de s’exprimer plus facilement — et pour accompagner la nécessaire (et importante) prise de risque qui accompagne une démarche de développement à l’étranger.

On a déployé beaucoup de ressources dans les vingt dernières années pour apprendre et réussir à « attirer des entreprises » dans la région. Il faudra sans doute un chantier semblable pour qu’on obtienne autant de succès avec l’exportation.

Il faut qu’on y arrive, parce que c’est vraiment un très beau défi pour une entreprise — et pour toutes les personnes qui y travaillent!

Une réalité!

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« L’édition numérique est maintenant devenue une réalité » — c’est le sous-titre d’un article de Frédérique Doyon, publié dans Le Devoir de ce matin. Avec même une belle visibilité à la une du journal: « Papier ou numérique? Lire, mais comment? ». Je me réjouis évidemment de lire ça!

C’est un article qui prend pour point de départ « l’indignation qu’a suscitée le virage numérique de Marie Laberge et d’Arlette Cousture ». J’ai déjà exprimé plus tôt cette semaine que je trouvais cette indignation disproportionnée. J’ajoute qu’elle est contreproductive, parce qu’en donnant une portée symbolique aux décisions de ces deux auteures, on risque de perdre la vision d’ensemble.

L’indéniable réalité est que le monde du livre est en profonde transformation, partout dans le monde — sous plusieurs influences, dont l’intérêt des grandes chaînes pour les bestsellers, mais aussi le développement du commerce électronique, le développement du livre numérique et les nouvelles formes de médiations culturelles qui se développent autour des réseaux sociaux. Avec tous les effets associés à ces forces de transformation : accès facilité à des livres en langues étrangères, modification des rôles des acteurs de la « chaîne traditionnelle du livre », changements aux équilibres économiques associés, etc.

On ne peut pas plaider l’ignorance : on le constate partout, sous des formes diverses, et avec une très grande brutalité dans certains marchés (et en particulier aux États-Unis), et avec des effets plus lents, insidieux, dans d’autres marchés — en particulier dans des endroits, comme le Québec, où le marché est fragile en permanence et où tout déséquilibre économique se fait cruellement sentir par les acteurs les plus vulnérables.

Dans ce contexte, je me réjouis évidemment que les libraires indépendants serrent les rangs et qu’ils manifestent pour démontrer leur importance dans la culture et dans l’économie québécoise — et, plus encore peut-être, dans le développement de l’identité québécoise. J’ai envie d’ajouter que la librairie est essentielle à la démocratie — pour permettre la circulation des idées et la qualité des débats.

Mais on ne peut pas nier que ça fait des années qu’on sait qu’on va passer par où on est aujourd’hui! Ça fait l’objet de je ne sais combien de milliers d’heures de discussion, de colloques, de tables de concertation, de documents plus-ou-moins-tablettés, et quoi encore? Je ne compte plus les tribunes où j’ai eu l’occasion de le dire, le nombre d’aller retour Québec-Montréal que j’ai pu faire pour aborder ces questions.

Une réglementation du prix des livres neufs fait certainement partie des moyens qu’il faut mettre en place pour nous aider à passer à travers les prochains bouleversements (j’ai déjà pris position là-dessus), mais on sait tous que ne sera certainement pas suffisant. Il est de plus en plus urgent de redoubler d’efforts pour aborder ces changements avec une attitude plus ouverte à l’innovation — en particulier pour ce qui concerne le livre numérique.

Il va falloir accepter de prendre plus des risques. Il va falloir oser travailler ensemble autrement, accepter de revoir les frontières des rôles traditionnels de chacun, sortir davantage des sentiers battus. On l’a fait un peu dans les dernières années, on n’a pas tout mal, mais faudra faire bien plus. Et investir davantage évidemment. Rejeter certains réflexes protectionnistes aussi — parce qu’il y a de ça aussi, et pas que chez les petits acteurs (faut quand même pas le nier!).

Il faut urgemment réaffirmer que le numérique n’amène pas avec lui que des menaces. Qu’il représente aussi une extraordinaire opportunité pour la culture québécoise en général et pour le livre, en particulier. « Sauvons les livres», certes! Mais pas en le protégeant du numérique. Pour « sauver les livres », il faut le/se projeter dans ce nouvel espace avec davantage d’enthousiasme (ce qui n’est pas contradictoire pas une certaine prudence).

« L’édition numérique est maintenant devenue une réalité ». Il aura fallu cinq ans entre la mise en place de l’Entrepôt numérique par De Marque, en partenariat avec l’Association nationale des Éditeurs de livres (ANEL), pour avoir le plaisir de lire ça dans un grand quotidien québécois… c’est très long, trop long… Il va décidément falloir que les prochaines étapes se franchissent plus rapidement.

L’innovation et le livre

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Je me rends à Montréal en train ce matin pour une rencontre qui vise à faire avancer le dossier du livre numérique en milieu scolaire. Encore un salmigondis à démêler…

Entre deux gorgées de café je lis les réactions des uns et des autres aux décisions de Marie Laberge et d’Arlette Cousture de ne rendre disponibles les versions numériques de certaines de leurs œuvres exclusivement dans certains canaux de ventes — essentiellement leurs sites Web personnels et le iBookstore de Apple, dans le cas de Marie Laberge. Le Devoir, La Presse, blogues, réseaux sociaux… Il fallait bien s’en douter: c’est à travers le star system que le livre numérique finit par faire parler de lui…

Plusieurs s’étonnent de la violence du vocabulaire utilisé par certains (trahison, vraiment?). Personnellement, je suis moins surpris par la virulence des commentaires et des mots choisis que par la nature de certains des reproches qui sont formulés aux deux auteures.

On peut certes reprocher aux auteurs de manquer de vision pour la mise en marché des versions numériques de leurs œuvres (je le crois) ou d’être malhabiles au plan des communications (ça me semble indéniable). On peut aussi déplorer une forme de négligence à l’égard des bibliothèques, voire des librairies, mais est-ce que la « chaîne du livre » en est rendue à se sentir menacée par les maladresses de deux auteures, aussi populaires puissent elles être? Deux auteurs: une, deux. Pensons-y bien! Est-ce qu’on en est vraiment rendu là? J’espère que non!

Et je n’ai certainement pas envie de reprocher à Arlette Cousture et Marie Laberge d’oser quelque chose de nouveau… d’innover, même maladroitement… pas dans un milieu qui manque très souvent de goût pour l’innovation! Je n’ai pas envie de leur reprocher cela, même si je suis absolument certain qu’elles font toutes les deux une erreur dans les cas qui nous intéressent. Je suis d’ailleurs convaincu qu’elles le réaliseront bien assez vite. C’est inutile d’en faire tout un plat. J’ose même ajouter que nous pourrons éventuellement les remercier pour avoir fait la démonstration que ces approches ne sont pas les bonnes.

Le monde du livre est en profonde (et de plus en plus rapide) transformation. Il faut certes que ses différents acteurs « se serrent les coudes » et appeler chacun d’eux à adopter une vision « systémique » du marché — mais certainement pas au prix de condamner ceux et celles qui prennent le risque d’innover… même maladroitement.

Déplorer, peut-être. Dénoncer, à la limite. Mais condamner? Certainement pas! Ce n’est pas la bonne voie.

Ceux qui crient le plus fort devraient peut-être s’interroger sur les rapports qu’ils entretiennent avec l’innovation.

Innover dans un contexte comme celui-ci ce n’est pas un luxe, c’est une nécessité.

Au risque de se tromper, évidemment. Parce que ça fait inévitablement partie de la game.

Les fils tressant les ponts

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J’ai été très touché ce soir par un échange avec un ami qui s’est opposé de façon très virulente au projet de « Charte des valeurs québécoises » présenté par Bernard Drainville. Il m’a dit que mon texte d’hier avait contribué à le faire réfléchir.

« j’ai eu mon lot de propos pour le moins vigoureux. je ne les regrette aucunement car ceux que j’ai présentés ici avaient été réfléchis (…) [mais] merci clément. tu m’as convaincu de reprendre mon chapeau d’optimiste et de surmonter mon amertume pour promouvoir encore plus ardemment les véritables valeurs d’égalité auxquelles tant de nous croient avec autant de passion. »

Il faut dire que je lui avais écrit en privé quelques jours plus tôt pour lui faire part d’un malaise. Et que, devant son silence, je m’inquiétais qu’il ait mal reçu ma critique. Je sais maintenant que ce n’était pas le cas. Merci L.-F. pour le respect et la confiance dont témoigne ta réaction  — et dont ma démarche initiale témoignait d’ailleurs aussi, je pense que tu l’as compris. Alors rendez-vous devant un café dès que possible pour discuter de nos positions respectives… et, d’ici-là je t’offre cette photo, que j’ai prise à Barcelone, une ville que je sais que tu affectionnes particulièrement.

* * *

Décidément… j’adore quand les mots nous aident « à ne pas perdre le fil des valeurs vraies, ni échapper les fils tressant les ponts », comme me disait, tard hier soir, un ami maître es twittérature.

C’était juste avant que nous concluions notre échange de la façon suivante, avec la contrainte des 140 caractères:

« Depuis toujours funambules sur le fil de l’histoire, il s’agit maintenant de tresser un pont du Passé jusqu’à l’Autre. Sans trop hésiter. »

Tout ça pour dire que, même si le débat n’est pas facile, on continue pareil — comme dirait la gang de Mes Aïeux.

Le rôle du temps dans le débat

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Nous sommes samedi soir, le 14 septembre. Un verre de vin à la main, j’essaie de prendre un peu de recul sur l’invraisemblable semaine qui vient de s’écouler.

Il y a quatre jours (eh oui… seulement quatre jours!) le ministre responsable des institutions démocratiques a présenté un projet de Charte des valeurs québécoises. L’espace médiatique s’est instantanément embrasé — et les réseaux sociaux avec lui (si ces deux espaces existent encore distinctement l’un de l’autre, mais c’est un autre sujet).

Quatre jours ont suffit pour qu’on perde collectivement toute capacité de débattre convenablement (du moins en apparence). Les excès se sont multipliés, les échanges se sont polarisés, les nuances ont été pratiquement évacuées de l’espace médiatique. Heureusement, depuis hier c’est un peu mieux. Un peu.

Mais qu’a-t-il bien pu arriver pour qu’on passe en si peu de temps d’un calme relatif à la publication de textes chaque jour plus enflammés? — textes qui ont été jusqu’à décrire un document de travail comme un pacte avec le diable, l’associant au racisme, à la xénophobie, voire au fascisme (avec un gouvernement minoritaire, faut le faire!).

Depuis quatre jours, tout semble permis. Quand il est de bon ton pour un chroniqueur en vue d’un grand quotidien de Montréal, de décrire la première ministre comme « une femme sans jugement et sans principes », c’est qu’on a sérieusement perdu le sens de la mesure.

Et ce sont bien souvent les médias traditionnels qui ont alimenté les débordements des réseaux sociaux.

Je fais l’hypothèse que si nous en sommes là aujourd’hui, c’est parce que nous avons perdu de vue le rôle du temps dans le débat social.

Je pense que nous avons succombé à une forme d’instantanéité qui est guidée par tous ces outils qui nous permettent maintenant de communiquer nos opinions de façon immédiate et de relayer celle des autres encore plus facilement. Nous avions déjà expérimenté cela l’an dernier pendant le printemps érable, mais je pense que nous avons atteint de nouveaux sommets au cours des derniers jours.

En cédant une partie de notre raison au bout de nos doigts, nous nous sommes engagés, peut-être sans trop le réaliser, dans un immense vox pop multimédia. Facebook, Twitter, sondages, tribunes téléphoniques — les uns faisant sans cesse référence aux autres, dans un grand cercle vicieux. Un débat à coup de « j’aime », de commentaires et de « partage ». Comme si, une fois que tout le monde aurait exprimé son opinion, on aurait enfin fait le tour de la question.

J’en ressors essoufflé.

Essoufflé par tant de lecture — tant de bruit et de tensions, souvent pour rien.

Essoufflé aussi par les efforts que j’ai dû faire pour me retenir, pour ne pas être complice de cette transformation d’un débat en simple chicane.

On peut-tu prendre un break? Une semaine? Pour laisser retomber un peu la poussière. Pour se donner le temps de lire les documents auxquels on fait référence, pour écouter attentivement les défenseurs et les opposants — et les amener à expliquer ce qu’ils appuient et ce qu’ils dénoncent dans la proposition. Pour sortir des antagonismes et créer un climat plus propice à l’expression des nuances et à la formulation de propositions alternatives — parce que le document peut certainement être amélioré; et qu’il a d’ailleurs été présenté comme tel.

J’ai été renversé d’entendre des commentateurs suggérer que le Québec ne pouvait tout simplement pas se permettre de faire un débat sur la laïcité et sur les valeurs — comme si nous formions une société tellement fragile que nous pourrions perdre en quelques jours notre mince vernis de civilisation. Franchement! Ayons un peu plus confiance en nous et en la société que nous avons bâtie.

Soyons sérieux, ce n’est pas le débat en lui-même qui pose problème, c’est la manière de le mener. Être une société moderne ce n’est pas éviter les sujets délicats, comme certains nous y invitent, c’est avoir le courage les aborder pour ne pas les laisser pourrir et savoir en débattre sereinement, sans sombrer dans les excès. Ce n’est pas infantiliser les citoyens (« on ne parle pas de ça à table! allez dans vos chambres! »), c’est leur faire confiance et créer les conditions pour un débat respectueux.

Tout miser sur l’instantanéité, c’est la stratégie de ceux qui veulent empêcher le débat, de ceux qui veulent le court-circuiter, le transformer en polémique et en chicane (et ça marche! ce n’est pas un hasard si la wedge politic connaît de si bons moments).

L’instantanéité ne fait pas de nous des gens plus civilisés — même si on professe de cette façon de très nobles valeurs. Si on croit vraiment à la valeur du débat, il faut donc refuser de céder à l’instantanéité — malgré les gratifications qui l’accompagnent. Il faut utiliser les réseaux sociaux mais ne pas se laisser manipuler par eux.

Si on croit vraiment à la valeur du débat, il faut éviter de servir l’appétit des médias pour le manichéisme (« et vous monsieur, vous êtes pour ou contre? »), il faut refuser le simplisme, il faut prendre le temps de réfléchir. Même sur Twitter. Même sur Facebook. Surtout sur Facebook. Ce n’est pas parce qu’on peut réagir tout de suite qu’il faut nécessairement le faire. Il ne s’agit pas de nier l’existence des réseaux sociaux, ni d’en déplorer l’existence, mais bien de reconnaître aussi leurs limites est les enjeux qu’ils soulèvent.

Il faut se rappeler qu’il n’y a pas de mal à penser à quelque chose, à prendre le temps de l’écrire et à ne le publier le lendemain (après quelques ajustements, qui s’imposent souvent naturellement, avec quelques heures de recul). Parce que ça change tout. C’est ça qui fait de nous des gens plus civilisés, c’est ça qui nous permet de prendre part au débat de façon plus constructive.

Je le répète: je ne dis pas que ce sont les réseaux sociaux sont responsables de la dérive que nous avons observée au cours des derniers jours. Mais je dis que notre façon d’utiliser ces réseaux — la maturité (ou l’absence de maturité) avec laquelle nous l’avons fait — n’est pas neutre dans le déraillement du débat auquel nous avons assisté. Je continue de penser que l’avènement des réseaux sociaux est une victoire pour la démocratie et qu’il faut se réjouir qu’un plus grand nombre de gens puissent se faire entendre — mais il faut apprendre à composer avec tout ce que cela implique.

Je pense que les médias dit « traditionnels » ont la responsabilité de nous aider à séparer le bon grain de l’ivraie sur les réseaux sociaux, pour réintroduire ce qu’on y trouve de meilleur dans le débat public — plutôt que d’alimenter la débauche d’opinion en publiant des chroniques polémiques et des caricatures qui semblent parfois avoir été pensées spécialement pour cela.

Il me semble que les médias devraient faire un peu moins de vox pop et donner un peu plus souvent la parole à des auteurs, non pas pour parler de ce qu’ils pensent de l’actualité, mais pour nous parler de leurs écrits et des réflexions qui en ont guidé leur rédaction. Parce l’écriture d’un livre impose le recul dont nous manquons terriblement aujourd’hui.

Il faut réhabiliter les blogues aussi, parce qu’eux aussi permettent d’inscrire une réflexion dans le temps, et qu’ils témoignent de l’évolution de la pensée d’une personne. Ils nous donnent accès à un autre niveau de réflexion.

On a reproché cette semaine à un député d’avoir exprimé sur son blogue, il y a quelques années, une autre position que celle défendue aujourd’hui son parti — et de laquelle il est solidaire. Où est le scandale? En ce qui me concerne, j’ai plutôt envie de le remercier d’avoir pris le temps, à l’époque, de formuler sa pensée et de l’avoir publiée pour nous aider à saisir, encore aujourd’hui, le sens de sa démarche intellectuelle. Et tant mieux si cela nous fournit un indice qu’il y a bel et bien des débats au caucus, derrière la nécessaire ligne de parti. Il me semble que cela atténue aussi, un peu, les inévitables effets de la partisanerie. La démocratie se porterait beaucoup mieux si plus d’élus prenaient le temps / avaient pris le temps de tenir un blogue au cours des dernières années — et si on avait accès à ces écrits pour interpréter les positions qu’ils défendent aujourd’hui.

Tout ce qui peut désamorcer notre appétit pour l’instantanéité me semble plus essentiel que jamais. Tout ce qui peut introduire un peu de temps dans l’exercice du débat devrait être favorisé — parce que c’est ce qui nous offre le meilleur rempart contre les débordements auxquels nous assistons malheureusement depuis quelques jours.

Il ne s’agit pas d’éviter les débats.

Il s’agit de se donner des conditions pour les faire adéquatement.

Et ne jamais perdre de vue que le temps est un indispensable modérateur.

Des repères pour un débat tumultueux

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Je lis et j’écoute beaucoup autour du projet de Charte des valeurs québécoises. J’essaie aussi d’interpréter les excès verbaux de certains — en particulier chez les opposants — dont le zèle me laisse pantois. Je pose également des questions autour de moi, en quête de bons repères intellectuels pour me situer (et participer) dans un débat qui s’annonce tumultueux.

Parmi toutes ces lectures, les trois textes publiés en éditorial par Le Devoir cette semaine sont dans une classe à part. J’en suggère vivement la lecture.

Laïcité 1 — Questionnement légitime
Par Antoine Robitaille

Laïcité 2 — De quoi agir
Par Josée Boileau

Laïcité 3 — Ce crucifix
Par Bernard Descôteaux

Je trouve ce dernier texte particulièrement important. Jusqu’à sa conclusion.

La cité éducative comme projet de société (et les librairies dans tout ça?)

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Je l’ai dit hier, les points de vue de ceux qui sont en faveur d’une éventuelle réglementation sur le prix des livres neufs et de ceux qui sont contre cette idée me semblent tellement diamétralement opposés qu’ils m’apparaissent presque irréconciliables, du moins à cette étape du débat. Ils s’appuient pourtant sur un certain nombre de constats communs, à partir desquels il sera éventuellement possible d’élaborer un consensus ou de formuler des propositions alternatives quand aux actions qui devraient être entreprises pour soutenir le développement de la lecture et du domaine du livre.

Pour essayer de mettre en perspective ces différents points de vue, et de faire progresser la discussion, j’ai proposé que chacun précise dans quelle vision de la société ses prises de position s’inscrivent. À quel projet de société elles sont appelées à contribuer. Parce qu’il y a forcément un projet implicite derrière tout ça — il me semble.

Avant que la semaine ne recommence, et que les travaux de la commission parlementaire ne reprennent, je consacre quelques instants pour décrire, très succinctement (et donc avec beaucoup de raccourcis, pardonnez-moi) la vision — le projet de société — qui me guide depuis des années et en fonction duquel j’organise forcément une bonne partie de mes réflexions.

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Je rêve de vivre dans une cité éducative (j’en parlais déjà en 2002, en 2003, en 2004) — un milieu de vie à l’échelle humaine où tout serait organisé de  manière de permettre à tous les citoyens d’apprendre quelque chose tous les jours. Apprendre quelque chose, qu’importe quoi, parce ce qui est important, dans ce contexte, c’est d’être en apprentissage.

Être en apprentissage, tous les jours, parce que c’est le meilleur moyen d’être heureux, bien sûr, mais aussi parce que cela m’apparaît de plus en plus nécessaire pour assurer l’équilibre d’une société moderne.

Parce qu’au rythme où les sociétés évoluent aujourd’hui — sous l’influence des changements technologiques, de la globalisation de l’économie, des défis écologiques, des flux migratoires, etc. — leur capacité d’adaptation est constamment mise à l’épreuve. Et pour pouvoir s’adapter continuellement, une société doit pouvoir compter sur des citoyens qui disposent d’une bonne ouverture d’esprit devant la nouveauté et qui possèdent un certain appétit pour l’innovation. Des citoyens qui ne sont pas fermés, d’emblée, à toute nouvelle proposition ou à une approche différente pour aborder un problème récurrent.

Or, être en apprentissage, c’est un projet personnel; c’est se projeter dans le futur; c’est accepter que demain sera un peu différent de ce qu’a été aujourd’hui; c’est imaginer la vie sous de nouveaux angles, avec une autre perspective; c’est accepter d’aborder positivement le changement; c’est fréquenter l’innovation.  Être en apprentissage, c’est cultiver, sur une base personnelle, des qualités qui sont de plus en plus nécessaires quand vient le temps de faire évoluer, collectivement, notre organisation sociale en fonction des défis auxquels nous sommes confrontés.

J’ose faire la relation: moins de gens en apprentissage = moins de gens à l’esprit ouvert = difficultés pour faire accepter de nouvelles façons de voir les choses = difficultés politiques accrues = problèmes sociaux de plus en plus aigus.

Pour que la cité éducative devienne réalité, il est absolument nécessaire de multiplier les contextes d’apprentissage. Il faut réinventer l’école, la décloisonner, lui retirer la responsabilité de tout ce qui peut être appris ailleurs pour qu’elle puisse se concentrer sur ce qui lui incombe vraiment (cela avait été l’objet d’un échange avec Michel Dumais, il y a quelques années). Il faut aussi stimuler les rencontres entre les citoyens, encourager la formation en milieu de travail, élargir la mission des lieux culturels et des événements (musées, théâtre, salles de spectacles, bibliothèques), inciter les entreprises à s’engager davantage dans leur communauté, inviter les médias à jouer un rôle pédagogique accru. Il faut inventer des contextes qui favorisent des rencontres entre les générations, entre les cultures et les religions. Avec l’idée, permanente, d’apprendre les uns des autres, chaque jour de l’année.

Ce projet de société n’est pas nouveau. Edgar Faure, Ivan Illich, Paolo Freire — et bien d’autres — l’ont décrit chacun à leur façon depuis longtemps. Je suis toutefois convaincu qu’il n’a jamais existé de meilleures conditions pour concrétiser cette vision.

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C’est donc avec ce projet en tête que j’interprète les revendications actuelles du monde du livre et que j’analyse les différents points de vus exprimés à leurs sujets.

Avec la conviction que les librairies sont, comme les bibliothèques, chacune à leur façon, des composantes essentielles dans la réalisation d’une cité éducative. Non seulement parce qu’elles contribuent à la diffusion d’un grand nombre de livres qui ne trouveraient pas facilement leur chemin vers les lecteurs autrement (l’exemple de Un dimanche à la piscine à Kigali, de Gilles Courtemanche, donné par Pascal Assathiany à Il ne faut pas croire tout ce qu’on dit (il faut cliquer à 43:00) est très bon à cet égard), mais aussi (et peut-être surtout!) parce qu’elles sont aussi des lieux de rencontres importants au cœur de la cité. Des commerces dont la présence sur une rue principale multiplie le potentiel éducatif d’un quartier ou d’une ville et contribue ainsi à améliorer, concrètement, la capacité de la société à évoluer sereinement.

Dans cette perspective, la librairie est un commerce qui mérite évidemment une reconnaissance toute particulière — et des appuis qui tiennent compte de cette importance — qu’il s’agisse d’une librairie indépendante ou de la succursale locale d’une chaîne de librairies.

Il ne s’agit pas de privilégier un point de vue idéologique au détriment d’une analyse plus rationnelle de la situation du marché du livre. Il s’agit d’expliciter le référentiel de valeurs à partir duquel j’organise les différentes conclusions, parfois contradictoires, qui découlent de l’analyse des différents points de vue qui sont exprimés sur le sujet.

S’agit-il donc de sauver à tout prix les librairies parce que l’avenir du livre en dépendrait? À l’évidence, non. Il faut bien sûr souhaiter qu’elles puissent continuer à jouer un rôle actif dans la diffusion de la création éditoriale, mais il s’agit surtout, pour moi, de pouvoir compter sur elles pour bâtir cette cité éducative. Parce qu’elles ne seront pas, pour cela, remplaçables par les magasins grandes surfaces, qui sont généralement situées hors des milieux de vie et n’offre pas du tout le même potentiel éducatif, simplement parce que les livres y sont vendus au même titre que des chaussettes et sans aucune expertise particulière pour le faire.

Une vision idyllique de la librairie que tout cela? Peut-être un peu. Mais un très beau défi surtout. Le défi  pour les libraires de redéfinir de façon audacieuse leurs relations avec leurs milieux, en imaginant des rapports de complémentarité encore plus fort avec les bibliothèques (qui doivent aussi se réinventer — lire à ce sujet l’excellent texte relayé par Marie D. Martel), les lieux culturels, les écoles, les entreprises et l’ensemble de leurs communautés. En tirant évidemment profit des possibilités que représentent à cet égard l’avènement du Web et du livre numérique.

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Je l’ai dit lors de mon passage à la Commission parlementaire (voir mon mémoire): je suis favorable à la réglementation du prix des livres neufs (selon les modalités proposées dans le cas des livres imprimés, et selon des modalités différentes, pour les livres numériques). Je le suis parce que je pense que c’est une mesure qui peut donner un bon coup de pouce aux librairies — avec notamment pour effet de leur donner un peu de temps pour s’engager encore un peu plus dans la voie de tous ces changements.

Est-ce que la réglementation du prix est une mesure suffisante quand on caresse de telles ambitions pour les librairies? Est-ce qu’elle permettra à elle seule à toute une industrie de faire face à tous les défis auxquels elle fait actuellement face? Évidemment pas! Mais il faut bien commencer quelque part, et rapidement.

Par conséquent, je me réjouirai, bien sûr, si on peut ajouter à cette cette mesure contraignante, dont je souhaite l’adoption, un ensemble d’autres mesures, plus positives, notamment pour valoriser la place de la librairie au coeur de la cité — comme un lieu de rencontre et un espace qui a le potentiel de stimuler l’apprentissage d’un grand nombre de citoyens.

Et au risque que mes lecteurs les plus réguliers me disent que je radote, je mentionne en terminant que le projet 826 Valencia, à San Francisco — et les nombreuses initiatives qui lui sont associées — me semblent particulièrement inspirants pour les libraires qui seraient à la recherche d’un peu inspiration dans le but accélérer un peu leur transformation.

Voilà donc, tel que je l’avais promis, la vision qui me guide quand je parle des librairies. Quelle est la vôtre?