Il ne s’agit plus de s’en sortir…

Ni voir,

Ni entendre,

Ni parler.

Faire comme si de rien était.

Le leadership de l’absence.

Et comme il n’est pas possible de disparaître complètement, on se réfugie de plus en plus dans des discours préfabriqués. Jusqu’à l’absurde. Jusqu’à prétendre, par exemple, que Fred Pellerin est un apôtre de la violence et l’intimidation. Ben voyons!

Jusqu’à la dérape.

Jusqu’à perdre le contact avec la réalité.

Si seulement il n’y avait que le gouvernement qui était enlisé dans cette bêtise — mais j’ai l’impression qu’on l’est malheureusement tous un peu. On manque de recul, on dit chacun notre tour un peu n’importe quoi, pour essayer de se sortir de l’impasse; dans l’honneur, si possible. Parce que nous ne comprenons plus très bien où nous en sommes — comment nous en sommes arrivés .

Mais je me demande si ce n’est pas justement ça l’erreur — notre erreur.

Il ne s’agit plus de se sortir de quelque chose; il faut arrêter de réagir — parce que quand on se contente de ça, on fait le jeu des conservateurs.

Où nous en sommes, il faut surtout inventer la suite; entrer dans quelque chose de nouveau, qui reste à inventer — à décrire.

L’heure n’est plus à dénoncer, il faut proposer.

Comment le faire collectivement, cet été — en s’appuyant sur la mobilisation du printemps, et sans se laisser distraire par ceux et celles qui déparlent?

C’est la question qui m’habite.

Comment peut-on s’engager rapidement dans une telle démarche? et lui donner un rayonnement important — pour y engager le prochain gouvernement — quel qu’il soit — au lieu de s’en remettre candidement à une élection — dont on connaît bien les limites, particulièrement dans le contexte actuel?

C’est ce sur quoi j’ai le plus envie de réfléchir dans les prochains jours.

Faudra forcément tirer profit des réseaux sociaux, mais pas seulement.

Je pense qu’il va falloir commencer par se parler autour des BBQ… et multiplier les assemblées de patio — avec amis et voisins — comme on a déjà tenu des assemblées de cuisine.

Parce que c’est cet été que ça se passe…

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Photo: Sculpture de Tom Otterness — prise à New York le 5 juin 2012.

Le réveil est brutal

Le Québec est une démocratie exemplaire. C’est Jean Charest qui l’a dit dans le journal samedi matin. Dans une publicité. Y’a rien de trop beau quand on paye pour s’assurer de pouvoir le dire.

Exemplaire. Le mot est audacieux. Provocateur même pour quelqu’un qui, comme moi, a mal à son Québec — et qui est loin d’en être fier aujourd’hui.

Il y a évidemment la loi spéciale, démesurément répressive, qui suscite ma colère et qui me fait honte, mais il y a plus, il y a pire : il y a ce que les quatorze dernières semaines ont révélé sur l’état de la société dans laquelle je vis.

J’ai depuis quelques jours la très désagréable impression que rien ne va plus. Comme si le Québec que je tenais pour acquis s’avérait une illusion. Je réalise à quel point des années de négligence d’un peu tout le monde et l’arrogance de quelques-uns ont fini par abîmer mon pays.

— Nous sommes devenus irritables; nous surréagissons à la moindre contrariété.
— Nous avons l’esprit critique endormi; nous nous contentons très souvent d’information aux allures de fast-food, sans questionner la véracité de ce qu’on nous présente comme la vérité;
— Nous avons perdu le tour de débattre; nous nous obstinons; nous heurtons des amitiés; ou nous préférons nous taire.
— Nous semblons avoir perdu confiance en nous; nous sommes en panne de grands projets collectifs.

Tout est comme si nous avions perdu l’envie de rêver d’un monde meilleur, d’inventer, de s’offrir en exemple au monde — sinon dans les publicités, et ça m’écoeure!

Heureusement, les étudiants qui ont manifesté.

Je pense qu’on avait perdu de vue que la démocratie ne doit jamais être tenue pour acquise et que les mécanismes sur lesquels elle repose doivent être continuellement mis à jour pour continuer à être efficaces. On a laissé la démocratie s’endormir.

On avait oublié que l’arrivée des nouveaux médias, et des réseaux sociaux nécessitait une mise à jour de nos façons de communiquer; on avait oublié que la multiplication des lobbies nécessitait une mise à jour en profondeur de nos lois; on avait oublié que le passage des générations exigeait d’adopter de nouvelles manières d’aborder les enjeux; et on avait oublié que la globalisation, de façon générale, nécessitait aussi une mise à jour de tous nos points de repère.

Tout le monde avait oublié. Les politiques, les forces de l’ordre, les médias et chacun de nous, comme citoyen. On s’était endormi, jusqu’à perdre contact avec les aspirations d’une grande partie de la jeunesse.

Heureusement, ils sont là qui manifestent.

On a trop longtemps fait comme si la démocratie ce n’était que des élections; comme si la justice ce n’était que des tribunaux, que la solidarité reposait essentiellement sur les programmes sociaux — et que l’éducation se limitait à ce qui se passe à l’école.

Le réveil est brutal.

Soudain, tout est devenu plus clair — grâce aux manifestants.

Le confort nous avait aveuglés. On a laissé pendant des années la corruption, le gaspillage de nos ressources naturelles et la détérioration de notre système démocratique gangrener notre société. On a oublié que la santé d’une société ne peut pas se limiter à quelques indicateurs purement économiques.

C’est maintenant évident: on ne peut plus être mous avec la corruption; on doit mieux gérer nos ressources naturelles; le financement des partis politiques doit devenir essentiellement public et le fonctionnement de l’Assemblée nationale doit être amélioré. Vite. C’est indispensable, parce que c’est tout ça qui nous coupe les jambes, qui nous empêche d’avancer, et qui nous empêche d’imaginer ce que nous voulons devenir.

Heureusement, il y a les jeunes, et les moins jeunes, qui manifestent encore, tous les soirs.

Ils me donnent confiance dans l’avenir, parce qu’ils sont là, plus créatifs et plus vigoureux que jamais.

Non, le Québec n’est plus la démocratie exemplaire qu’il a déjà été, mais on va se retrousser les manches pour qu’il le redevienne rapidement — et on va le faire avec les jeunes à part ça! Avec les jeunes et avec les artistes, parce que c’est la seule façon d’y arriver. La plus agréable aussi!

C’est ça qu’il est urgent d’affirmer. Haut et fort. Sur toutes les tribunes. Maintenant.

Et pour que toute ce réveil ne soit pas vain, il sera aussi essentiel d’aller voter, massivement, dès qu’on en aura l’occasion.

Le jongleur


C’était encore l’hiver. Rue Saint-Laurent, à Montréal, dans le secteur italien.

Nous étions arrêtés au feu rouge quand il a fait son apparition. Il nous a élégamment salués, en levant son chapeau, et s’est mis à jongler, pour nous.

J’ai repensé à lui cet après-midi en voyant, à la télévision, un jongleur parmi la foule compacte du rassemblement en faveur du bien commun.

J’ai aussi pensé à lui en jonglant, à mon tour, avec la peur, la liberté, la démocratie et le bien commun — en essayant de rendre concret pour les enfants ce qu’est un projet de société — au fur et à mesure que prenait forme ce magnifique arbre géant.

Les enfants se sont endormis vers 20h30, sans trop de difficulté; rassurés après les événements d’hier, je pense, mais aussi un peu plus émotivement engagés dans l’avenir de leur pays — ça j’en suis sûr.

* * *

Une fois calme revenu dans la maison (et le lavage de la vaisselle terminé!), j’ai ressorti l’Âge de la parole — l’œuvre phare de Roland Giguère, écrite entre 1949 et 1960. J’en ai une très belle édition de 1965, un peu abimée, mais beaucoup plus agréable à lire que toutes les éditions plus récentes.

Je me suis accordé ainsi quarante-cinq minutes d’un précieux recul poétique par rapport aux événements des derniers jours — en plongeant dans les mots d’une époque au cours de laquelle se préparaient également de profonds bouleversements pour la société québécoise.

J’en suis ressorti particulièrement touché par un texte, que j’ai envie de dédier aux étudiants qui auront marché de l’hiver jusqu’au printemps dans les rues du Québec — et dont la détermination, l’habileté politique et la solidarité m’inspirent profondément.

TANT ATTENDUS

Vint la neige dans nos mains moites
vint la lueur des condamnés
vint le dégel du fleuve
vint le vent ramasser les feuilles mortes
vint ensuite la douceur de l’air libre
circulant dans les rues tête nue
vint aussi la raison des pas perdus
puis vinrent les jours tant attendus
où nous vécûmes de rien de tout et bien
les moments les plus difficiles

Roland Giguère, 1950.

* * *

À partir d’aujourd’hui, il ne s’agit plus surtout de savoir si nous sommes en faveur ou non d’une hausse des frais de scolarité. Il s’agit de savoir si nous sommes capables de reconnaître l’importance du mouvement que ces jeunes ont tenu à bout de bras depuis plus de dix semaines — et la nécessité d’en faire pour eux (et pour nous!) une expérience positive, un événement fondateur, grâce auquel ils deviendront des citoyens engagés, plutôt que de rejoindre progressivement la génération particulièrement cynique qui les a précédés.

Le jour où la peur

Hier, j’ai écrit: j’ai été volé.

J’ai été volé. On m’a confisqué une partie importante du sens de la journée de demain. C’est à l’image de l’ensemble, des dernières semaines et des derniers mois, et ça me reste en travers de la gorge. (lire le texte)

Hier soir, j’ai été volé. Cambriolé.

Douloureuse coïncidence.

Il n’y aura pas de manifestation pour moi à Montréal aujourd’hui.

Je voulais aller y témoigner de l’importance de ne pas succomber à la peur.

En faire un geste éducatif, une action politique.

C’est dans ma propre maison que je devrai le faire.

On part de plus loin. Plus près. Au coeur.

Les voyous sont repartis les mains vides.

Au milieu de la nuit, les policiers ont été sympa. Ils m’ont dit de ne pas trop m’en faire avec ça.

J’ai eu envie de leur dire que cela complétait une semaine franchement pourrie.

Une semaine où la peur a fait son entrée dans nos vies.

Collectivement. Et personnellement.

Et que ça m’écoeure. Profondément.

Il n’y a bien sûr aucun lien entre le vol que je déplorais hier matin et celui auquel j’ai fait face hier soir. Mais la co-incidence est puissante. Surréaliste.

Ce n’est pas sur la Place des festivals que je vais combattre la peur et parler de bien commun aujourd’hui, c’est dans mon propre salon. Collés les uns sur les autres. Cellule familiale. Notre petite manifestation à nous cinq.

On va repartir de là. Osti qu’on a du chemin à faire.

Mais on va le faire.

Il est hors de question que la peur s’installe icitte.

Pas dans mon foyer.

Pas dans ma société non plus.

On a un monde meilleur à inventer.

On arrive à ce qui commence.

* * *

J’ai fait de plus loin que moi un voyage abracadabrant
il y a longtemps que je ne m’étais pas revu
me voici en moi comme un homme dans une maison
qui s’est faite en son absence
je te salue, silence
je ne suis pas revenu pour revenir
je suis arrivé à ce qui commence

Gaston Miron (L’Homme Rapaillé, Montréal, l’Hexagone, 1994)

Lettre à une amie

Merci pour ton message.

Oui je vais très bien — personnellement. Mais j’ai tous les jours l’impression de découvrir que la société dans laquelle je vie est plus malade que je ne le pensais. Ce déballage presque quotidien de petits et grands bobos, de copinages, de choix douteux et de processus viciés me fait très mal. Je n’arrive plus à prendre cela avec distance… il y a comme quelque chose qui nous rattrape, quelque chose qu’on a négligé et qui remonte soudainement à la surface.

L’invraisemblable journée d’hier est peut-être en train de devenir une sorte de point tournant — tellement d’images qui cristallisent toutes sortes d’impressions. Un début de haut le coeur. Je ne sais trop, j’ai probablement besoin d’un peu de temps pour réfléchir. Prendre du recul, si c’est encore possible.

J’avais prévu me rendre à Montréal en famille demain pour offrir aux enfants une première expérience de manifestation — sur le thème du bien commun (imprécis, certes, mais ouvert, généreux) ça me semblait une remarquable occasion éducative, une occasion rêvée (et rare) de faire sentir concrètement aux enfants « leur appartenance au collectif », l’existence de la Société. Et voilà que j’irai seul.

On ne sent plus de le faire en famille — après les images que les enfants ont vu à la télévision hier, ils n’ont pas une bonne impression de la chose. Ils comprennent qu’il faut que j’y aille et que je trouve cela important — indispensable — mais ils n’en seront pas partie prenante. J’ai été volé. On m’a confisqué une partie importante du sens de la journée de demain. C’est à l’image de l’ensemble, des dernières semaines et des derniers mois, et ça me reste en travers de la gorge.

Tu es troublée, me dis-tu. Je pense que c’est le bon mot pour décrire aussi mon état d’esprit.

Un trouble dont je ne sais encore trop ce qui ressortira…

À bientôt.

Livre numérique: et si on allait un peu plus loin?


C’est dommage qu’on n’ait pas, au Québec, de journalistes qui s’intéressent sérieusement — et de manière continue — à l’économie de la culture. C’est plus que dommage: c’est déplorable. Cela nuit au développement des entreprises culturelles, mais également, de façon plus générale, au développement de la culture québécoise. De notre identité. Ça me frappe particulièrement ce soir.

Ce n’est pourtant pas par manque d’importance : il s’agit de milliards de dollars chaque année. Plus de 800 millions de dollars annuellement juste pour le secteur de l’édition de livres. Des milliers d’emplois, des centaines d’entreprises, dans toutes les régions du Québec. C’est bien plus important, économiquement parlant, que l’économie du sport professionnel, à titre d’exemple…

L’économie de l’industrie musicale s’est profondément transformée au contact des technologies numériques. L’économie de la production et de la diffusion du cinéma et télévision est en plein bouleversement pour les mêmes raisons. Et le livre s’engage à grande vitesse dans le même genre de métamorphose.

Et on en parle peu. Trop peu. Et souvent de façon beaucoup trop superficielle — ou ponctuellement, comme ce soir, parce que le US Department of Justice fait entendre sa voix pour taper sur les doigts d’Apple.

Ça me fait soupirer.

Ça me fait soupirer parce que si ce qui se passe actuellement aux États-Unis dans le domaine du livre numérique est important, cela devrait aussi (surtout?) attirer notre attention sur les nombreux enjeux que cela soulève ici, pour les éditeurs, les auteurs, les libraires et les bibliothèques québécoises, pour ne nommer que ces quelques acteurs.

Ce serait bien aussi qu’on ne regarde pas qu’au sud — qu’on regarde ce qui se passe ailleurs qu’aux États-Unis, mais aussi en France, et en Europe en général. Qu’on essaie de comprendre pourquoi dans une majorité de pays membres de l’OCDE, il existe des lois ou des règlements pour encadrer de façon très précise le commerce des livres — pourquoi les prix du livre sont réglementés et qu’ils ne sont pas soumis aux mêmes taxes.

Pourquoi pas traiter une nouvelle comme cela, bien sûr :

Livre numérique : Washington poursuit Apple et des éditeurs

Mais ce serait bien de compléter l’analyse en abordant aussi les enjeux soulevés dans ces articles, par exemple :

ebooks : defending the agency model

Some big-six publishers refuse to sign new contracts with Amazon

Deux éditeurs refusent de reconduire leur contrat avec Amazon

Les ebooks Harry Potter redéfinissent les règles de l’édition, pourquoi?

Ce serait bon également de…

…comprendre les infrastructures qui sont en train de se mettre en place au Québec pour aider les éditeurs (et autres acteurs) à relever les défis du numérique et à prendre une part active dans la définition de ce nouveau marché — ici et sur la scène internationale.

…s’intéresser au rapport, fraîchement rendu public, du Conseil consultatif sur la lecture et le livre (dont j’ai le privilège de faire partie), qui s’est penché au cours des derniers mois à la fois à la question de la réglementation des prix et à celui du développement du marché du livre numérique.

…jeter un oeil aux rapports issus des vastes consultations pour lesquelles la Société de développement des entreprises culturelles (Porte grande ouverte sur le numérique, en pdf) et le Conseil des Arts et des Lettres (Projet @lon — Arts et lettres, option numérique).

…s’intéresser aussi aux notes d’analyse du Centre d’analyse stratégique du bureau du Premier ministre français sur les acteurs de la chaîne du livre à l’ère du numérique.

…et pourquoi pas également aux défis culturels et économiques qui entourent l’arrivée du livre numérique dans les bibliothèques publiques (aux États-Unis et au Québec, notamment).

Tout cela n’est pas complet, mais ce serait déjà un bon début… il me semble… pour commencer à comprendre…

Et pour le reste… il y a des dizaines de personnes disponibles pour compléter l’information, commenter, nuancer, contredire et débattre — parce que c’est ça qui est ça… c’est un secteur particulièrement vivant! Et c’est bien ça qui est passionnant!

 

Mise à jour — 12 avril, 9h30 — J’ajoute aux lectures importantes ce matin, cette lettre de John Sargent, PDG de Macmillan, poursuivi, comme Apple, par le US Department of Justice.

Plateforme de distribution unique?

Le Centre d’analyse stratégique du bureau du Premier ministre français s’est récemment intéressé aux acteurs de la chaîne du livre à l’ère du numérique.

Trois notes d’analyse ont été publiées à ce sujet:

Sur les auteurs et les éditeurs (pdf)
Sur les librairies (pdf)
Sur les bibliothèques publiques (pdf)

J’ai commencé la lecture des documents hier et déjà, quelques éléments me surprennent, en particulier ce passage de la note sur les auteurs et les éditeurs (page 7):

La fragmentation de la distribution

Un autre élément préjudiciable à l’essor du livre numérique en France est celui d’une distribution éclatée. Alors que les États-Unis bénéficient d’une plate-forme de distribution unique pour les livre numériques, la France ne compte pas moins de trois grandes plates-formes (…)

Je m’interroge. D’autant que c’est une affirmation importante qui amène à la formulation de la troisième proposition du document.

Existe-t-il vraiment une plateforme de distribution unique aux États-Unis? Je ne le crois pas. J’ai manqué quelque chose?

Vous avez une idée de quoi il s’agit?

Trente-neuf


Trente-neuf ans hier.

De nouvelles lunettes demain — un nouveau visage, un regard neuf.

Un voyage en Uruguay dans la tête pour la fin de l’année.

Un printemps tranquille pour le 22 avril.

Et quoi encore?

Un peu d’exercice, bien sûr, parce qu’il faut garder en forme! Il faut durer — il y a tant à lire, tant à voir, tant à dire, tant à écrire, et tant à faire! Pas de niaisage: la santé! — on me l’a rappelé!

Trente-neuf ans.

L’an prochain, j’aurai l’âge que mon père avait quand je suis né.

C’est dire tout ce qu’il me reste à accomplir…

Les médias et l’éducation

Quel devrait être le rôle des médias en éducation?

En voilà une question importante!

Dans le secteur de l’éducation, plusieurs ont la perception que le sujet est mal desservi par les médias.

Comment pourrait-on mieux collaborer pour contribuer ensemble à la réussite éducative des jeunes, à la formation de citoyens responsables et au développement d’une société en santé?

C’est le Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec qui pose la question. Encore mieux, le Centre organise un échange sur le sujet, le 26 avril prochain, à Québec. Je ne pourrai probablement pas y participer, mais j’aurais beaucoup aimé y être — parce que la relation entre les médias et l’éducation est au coeur de l’idée de cité éducative, à laquelle je crois toujours autant.

Je pense que j’y serais intervenu pour dire que ce qui est le plus important, de mon point de vue, ce n’est pas que les médias parlent plus d’éducation, ni même qu’ils en parlent mieux (ce qui serait quand même bien!) — mais surtout de faire en sorte qu’ils adoptent une perspective plus éducative sur les sujets dont ils traitent.

Qu’ils informent en donnant le goût d’apprendre, en offrant des pistes pour approfondir.

Qu’ils informent en stimulant, en invitant le lecteur à se sentir partie prenante de la réalité décrite.

Qu’ils informent en ancrant dans la réalité du lecteur les sujets abordés — en donnant du sens aux événements.

Je suis plus convaincu que jamais qu’une ville dans laquelle tout le monde apprend quelque chose tous les jours n’est pas très loin d’être une ville idéale. Une cité éducative. Un milieu où l’école et les médias concourent pour que les gens soient heureux, dans l’apprentissage — tout au long de la vie.

J’espère qu’ils en parleront le 26 avril prochain.

Pour plus d’information: Les médias et l’éducation : un sujet qui suscite les discussions!

D’Antoine Robitaille à Nicolas Copernic

Antoine Robitaille écrit une brillante chronique dans Le Devoir de ce matin. Extraits:

« À mes yeux, le terme [périphérique] décrit bien une partie de notre état d’esprit, notre psyché. (…) Nous ne sommes pas un centre. Ni New York, ni Paris, ni Toronto. Dubaï et Shanghai sont très loin. Mais Dieux que les grenouilles que nous sommes rêvent souvent de se faire grosses comme ces boeufs. (…)

« L’esprit périphérique comporte plusieurs risques cependant. Le principal est de passer à côté de soi. Si, dans ses versions pathologiques, le nationalisme nous ferme sur le monde, le syndrome du périphérique, lui, referme le monde sur nous. (…) 

« Quand on est atteint du syndrome du périphérique, il faut invoquer l’Autre, le centre, le plus possible. (…)

« À force de regarder ailleurs, le périphérique finit par exceller dans l’art de l’imitation. 

« Périphériques, nous le sommes, c’est un fait géographique, linguistique, continental, civilisationnel. Nous le serons d’autant plus que les forces démographiques et économiques déplacent tranquillement le pôle, le centre, plus loin de nous que jamais (…) Résister au « périphérisme » sera de plus en plus difficile, diront certains. Mais l’histoire n’est jamais écrite d’avance. »

L’histoire n’est jamais écrite d’avance.

J’y vois un clin d’oeil intéressant à l’introduction de la chronique de Danielle Laurin — Soi-même, l’autre — faisant référence à la première phrase du plus récent livre d’André Carpentier: Dylanne et moi.

« Prenons les choses en feignant qu’il soit possible d’attribuer un commencement à une histoire… »

Je reviens toutefois à cette histoire, la nôtre, celle qu’Antoine Robitaille lie au périphérisme, un terme auquel il donne une connotation négative, je trouve. Alors que je crois qu’on peut s’en faire une force.

Périphériques, nous le sommes. Pas de doute.  Je pense qu’on peut s’en faire une force. Je pense même que c’est une partie du sens de notre histoire: de découvrir l’avantage d’être périphériques — la force qu’on peut y trouver, les atouts que cela nous procure.

Réfléchissant à tout cela ce matin, après la lecture du texte d’Antoine Robitaille, je me suis trouvé à repenser à Nicolas Copernic, qui nous a fait réaliser, il y a quelques siècle, que la Terre n’était pas le centre du monde, qu’elle tournait autour du soleil — qu’elle était périphérique — entraînant par conséquent l’humanité dans une sorte de périphérisme cosmique. On a depuis compris que tout dans l’univers tourne autour de quelque chose d’autre, quelque chose de plus grand, d’un autre centre.

La vie telle qu’on la connaît dépend en quelque sorte de ce périphérisme, parce que c’est au mouvement de la planète autour du soleil qu’on doit les conditions propices à son apparition. Ni trop grosse, ni trop petite, la terre se trouve à une distance du soleil qui lui procure une température favorable.

Bien sûr, la lune tourne autour de la Terre. Et dans ce système, la Terre est au centre. Elle est le centre.

Il y a bien sûr des gens pour regarder ce petit système et crier bien fort qu’il faut être fiers que la lune tourne autour de la Terre. Mais ils oublie généralement de dire qu’il n’y a pas de vie sur la lune. Et à part les marées, la lune n’est responsable de bien peu de choses dans notre écosystème. Même la lumière poétique qui éclaire nos nuits n’est en fait que le reflet du soleil sur sa surface. Ces gens sont des périphériques obtus — ils nient ce qu’ils sont préférant regarder ailleurs.

S’il y a encore des gens pour croire  que le soleil tourne autour de la Terre. Ce sont des ignorants.

Mais il y a heureusement bien plus de gens qui savent très bien que la terre tourne autour du Soleil et que, quoi qu’on fasse, cela restera ainsi — et que c’est cela qui a rendu la vie possible ici. Et que ce qui accompagne le périphérisme, c’est le mouvement. La dynamique.

Pour le Québec, et pour la ville de Québec, c’est pareil. La question n’est pas de savoir si nous sommes périphérique — c’est de savoir de quoi nous le sommes? Quelles conditions particulières cela nous procure? Et à quoi ces conditions sont-elles favorables? Quelles réalisations permettent-elles d’imaginer? De quel mouvement nous pouvons profiter, de quelle dynamique?

J’ai passé la semaine à parler affaires avec des gens de New York et de Paris et nos échanges ont maintes fois évoqué certains des avantages que nous avons d’être ici, en périphérie. Pas de doute possible dans mon esprit: le périphérisme comporte de nombreux avantages quand il est clairement assumé — qu’il ne se vit pas comme un complexe d’infériorité, comme quelque chose contre quoi il faudrait lutter par de répétitives manifestations de grandeur.

Il n’est sans doute pas inutile de rappeler les fondements de la révolution copernicienne à certains de nos leaders, à Québec et au Québec en général — mais il faudrait surtout, il me semble, écrire rapidement un texte sur l’avantage d’être périphérique, de manière à compléter l’indispensable réflexion à laquelle nous conviait ce matin Antoine Robitaille autour de l’inconvénient d’être « périphérique ».

Il ne faut pas résister au périphérisme. Il faut s’en faire une force.

L’édition scolaire n’est pas un marché comme les autres

Carl-Frédéric a publié hier un texte dans lequel il analyse à son tour les annonces d’Apple en rapport avec le manuel scolaire. Je m’appuie sur celui-ci pour poursuivre ma réflexion.

D’abord pour préciser que iBooks Author est un logiciel fantastique, et qu’il sera très utile, et efficace, pour ceux et celles qui souhaiteront commercialiser des livres numériques, en particulier des manuels scolaires auprès des utilisateurs de iPad. Je n’ai pas de doute là-dessus. L’expérience qu’en a faite Jean-François Gayrard dans les dernières heures le confirme (bravo à lui, d’ailleurs — pendant qu’on en parle, lui l’a expérimenté).

Aussi pour dire que je suis très circonspect concernant l’argument selon lequel il n’y pas de raisons de s’offusquer davantage du modèle présenté cette semaine, que de celui du App Store, d’ores et déjà accepté, et qui a fait ses preuves. Je pense que ce sont deux situations bien différentes : dans un cas, c’est une solution qui s’adresse à un marché de consommation domestique, essentiellement à des fins ludiques — dans l’autre, il s’agit du marché éducatif, ce qui exige qu’on analyse les conséquences avec de grandes précautions. Ce qui pouvait être acceptable dans le premier cas, ne le sera pas forcément dans le deuxième cas.

J’aimerais à cet égard souligner que l’édition scolaire est un marché très particulier, notamment parce que l’offre y est largement subventionnée, et que la demande l’est aussi, presque totalement. Plus clairement, les éditeurs sont subventionnés pour produire les manuels scolaires, et les écoles subventionnées pour les acheter.  Qui plus est, c’est un domaine dans lequel l’histoire nous a montré qu’il était nécessaire d’établir des règles afin de s’assurer notamment d’une certaine équité entre les milieux socioéconomiquement favorisés et défavorisés.

Dans ce contexte, je vois mal, par exemple, qu’on puisse tout bonnement accepter que des éditeurs soient subventionnés pour produire des manuels scolaires dont l’usage ne serait accessible qu’aux écoles qui seront en mesure d’équiper leurs élèves de iPad. Autrement, ces investissements n’auront pour effet que d’exacerber les inégalités. C’est pour cette raison que j’évoquais dans mon texte précédent qu’il était plus nécessaire que jamais de se doter d’une politique publique en bonne et due forme à l’égard des technologies à l’école.

Parmi les éléments qu’il me semble absolument nécessaire de prévoir dans cette politique, c’est l’interopérabilité, et, pour cela, l’adoption de normes et de standards dont l’usage sera obligatoire pour que l’argent de l’État puisse être mis à contribution. Carl-Frédéric tourne gentiment en dérision la préoccupation que les manuels scolaires produits avec iBooks Author ne pourront pas être lu sur autre chose qu’un iPad — mais je pense que c’est tout de même une préoccupation légitime, particulièrement si les manuels dont il est question sont produits avec un soutien public (ce qui est aussi le cas non seulement si ce sont des éditeurs subventionnés, mais également si ce sont des enseignants ou des conseillers pédagogiques qui les réalisent). Ces normes et standards assurant l’interopérabilité existent : pdf, epub 3, html 5, etc.

Je pense qu’il faut que les gouvernements disent dès maintenant à Apple: bravo, vos outils sont extraordinaires, nous en soutiendrons la diffusion, voire l’adoption, dans le domaine scolaire, mais uniquement dans la mesure où ils deviennent compatibles avec ces normes et standards — et dans ces conditions, seulement, nous accepterons que l’argent public y soit investi.

Est-ce que le résultat de tout ça est un livre? — qu’importe. C’est une ressource éducative essentielle à la réalisation du curriculum scolaire. Il faut donc le considérer comme tel dans notre réflexion.

Carl-Frédéric semble confiant qu’on n’obligera pas les écoles à acheter des iPad — certes, mais je pense qu’on ne les empêchera pas facilement de le faire non plus et qu’à défaut de politiques claires à cet égard, on pourrait se retrouver avec de mauvaises surprises rapidement : pas parce que les outils d’Apple ne sont pas bons, au contraire — mais parce qu’on n’en aura pas balisé l’usage adéquatement.

C’est ça l’urgence : encadrer. Pour que le rythme des changements qui s’annoncent, avec la force de séduction et d’investissement dont est capable Apple (et ses concurrents, qui ne sauraient tarder à emboîter le pas), ne nous empêche de garder le cap sur les missions les plus essentielles de l’école.

Et si Apple était devenu éditeur?

Ouf! — Les annonces d’Apple hier font décidément beaucoup parler d’elles!

J’ai eu l’occasion de réagir une première fois rapidement hier en répondant aux questions de Fabien Deglise, mais comme dans le cas d’à peu près toutes les annonces de Apple, il faut prendre le temps de s’accorder un peu de perspective avant de vraiment se faire une idée de ce que signifieront vraiment ces annonces une fois la poussière retombée. Voici donc ce que j’en pense maintenant, vingt-quatre heures plus tard.

Je réfléchis tout haut… je cherche un angle pour analyser tout ça.

* * *

Je ne détaillerai pas les annonces en tant que telles — cela a été fait sur de nombreux autres sites. Néanmoins, si on résume ce qu’Apple a annoncé:

  • un nouveau logiciel de création de livres, et en particulier de manuels scolaires (iBooks Author)
  • une mise à jour de iBooks adapté à une utilisation en milieu d’apprentissage (iBooks 2)
  • un outil pour organiser des documents dans un cadre d’enseignement (iTunes U)

À première vue, iBooks Author est vraiment un extraordinaire outil de création; iBooks 2 une mise à jour majeure de l’application; et iTunes U quelque chose de très prometteur. Je dis semble parce que je n’ai pas encore eu le temps d’analyser suffisamment cette portion des annonces. Tout cela est bien fait et bien mis en marché. C’est du grand Apple, encore une fois.

Ce qui frappe particulièrement cette fois, c’est à quel point le discours de l’entreprise est vertueux. En gros, elle dit: voici les outils grâce auxquels les écoles pourront (enfin) bénéficier de la puissance des technologies. Plus encore: il s’agit de réinventer le manuel scolaire, voire le curriculum lui-même. Comme si les écoles attendaient l’aide d’Apple pour (enfin) changer.

Là où le bât blesse, c’est qu’Apple nous offre un environnement informatique complètement fermé: les livres produits avec iBooks Author ne pourront être vendus que sur le iBookStore; seront dans un format unique à Apple, et ne pourront être lus qu’avec l’application iBooks 2, sur un iPad. Est-ce un crime? Certainement pas. C’est même remarquablement ingénieux… d’un point de vue commercial. Mais les discours vertueux en prennent un coup. S’il s’agissait surtout d’aider les écoles, même en vendant des iPad, Apple aurait minimalement dû annoncer à la même occasion une mise à jour de iOS pour permettre à plus d’un utilisateur de partager un appareil (sessions multi-utilisateurs, comme MacOS peut le faire)… sauf que ce sera beaucoup plus payant si les écoles (ou les parents) achètent un iPad par élève au lieu d’un iPad par pupitre.

Faut-il reprocher ces choix à Apple? Je ne pense pas (mais je suis peut-être trop cynique!). Je pense sincèrement qu’Apple propose des applications remarquables, un environnement commercial particulièrement efficace et qu’elle réussira à générer de la valeur (des profits) pour ses actionnaires. Il me semble qu’on devrait plutôt garder nos reproches aux médias qui relaient le message de la pomme un peu trop docilement… et, plus encore, pour nous interroger sur notre propre manque d’esprit critique devant ces innovations.

* * *

Au fond, je me demande si ce qu’il faut surtout comprendre des annonces d’hier, ce n’est pas qu’en plus de vendre des iPad et des logiciels, Apple a maintenant choisi de devenir éditeur… et qu’en dénonçant des éléments particuliers des conditions d’utilisations de iBooks Author et les choix de formats non standard, on passe à côté de ce qui est vraiment en train de se passer.

Je dis ça parce que, si on y pense bien, en faisant l’hypothèse que la stratégie d’Apple est de progressivement devenir elle-même un éditeur, à sa façon, on comprend beaucoup mieux les choix qu’on lui reproche avec une interprétation plus classique des annonces d’hier — à commencer par le nom de l’application: iBooks Author.

En effet, si Apple est éditeur, on peut se dire que les conditions d’utilisation du logiciel s’apparentent à un contrat d’auteur, et alors, il n’est pas anormal qu’elles prévoient une forme d’exclusivité. Il n’est pas anormal non plus que les ventes soient limitées à sa propre boutique, comme certains éditeurs misent essentiellement sur la vente directe pour diffuser leurs productions (ce n’est pas à l’auteur de choisir les canaux de ventes à privilégier). Rien de choquant, non plus, dans ce contexte, à ce qu’Apple se réserve le droit de ne pas tout publier ce qui lui sera soumis. Pas surprenant non plus qu’Apple soit tenté de barrer le chemin à certains concurrents. C’est comme ça que ça se passe…

Sauf que.

Sauf que si Apple devient éditeur, il faudra bien en tenir compte — et analyser ses choix et ses stratégies en conséquence, en particulier dans le marché scolaire. Et pour le moment, le modèle proposé par Apple n’est pas tellement différent de celui des éditeurs scolaires traditionnels. Un peu plus multimédia, mais pas beaucoup plus ouvert aux dynamiques sociales et à la co-construction. Pas moins axé sur l’enseignement et pas beaucoup plus sur l’apprentissage. En cela, la démarche d’Apple est très innovatrice, mais pas particulièrement révolutionnaire.

Vu sous cet angle, j’ai moins envie de reprocher ses choix à Apple que de crier haut et fort que l’arrivée d’un acteur aussi puissant dans le monde de l’édition scolaire doit être un wake up call pour tous ceux qui ont l’éducation à coeur et pour ceux qui ont la responsabilité du système scolaire. Il est urgent que nous explicitions, chacun dans nos milieux, nos valeurs et nos points de repère communs sur ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas dans un contexte scolaire. Sur ce qui doit ou non être encadré par les pouvoirs publics dans une perspective de recherche du Bien commun. Parce que cela ne fait pas partie du plan d’affaire d’Apple.

Il n’y a pas de doute que les outils et les propositions qu’Apple a présentées hier sont fantastiques. Enthousiasmantes. Mais ils sont aussi périlleux si nous ne nous dotons pas, collectivement, de programmes et de politiques concernant des technologies éducatives et le matériel scolaire afin d’en tirer adéquatement profit. Or, j’ai l’impression que nous n’en avons pas depuis déjà trop longtemps.

Non, décidément, je ne reproche rien à Apple. Et je n’en suis pas moins admiratif. Je juste un peu préoccupé de l’absence de produits/services/approches alternatives pour éviter une hégémonie qui me semble incompatible avec ma vision de l’éducation et de la culture en général.

Au fond, je pense que je ne reproche qu’une chose à Apple: de miser un peu trop sur notre candeur pour nous présenter et nous vendre ses produits.

Et je continue de réfléchir à tout ça.

22 janvier — mise à jour: J’ai poursuivi ma réflexion ici…

Résister

M’accrocher sur un arbre, à mi-chemin entre le sol et le ciel, pour me faire chauffer la couenne au soleil. Pour résister au cynisme, envers et contre tout.

C’est à cette photo que Guy (encore lui!) m’a envoyée hier que j’ai pensé en lisant les journaux de ce matin. Les bilans de l’année sont au mieux ternes, au pire déprimants. Même le rire n’est plus un refuge. Il faut chercher ailleurs. Résister.

Résister, plus que s’indigner, d’ailleurs.

L’indignation c’est dans l’instant. C’est un cri du coeur. Ça fait la une.

La résistance, c’est dans la durée. C’est une façon d’être. C’est moins médiagénique.

Si 2011 a été l’année des indignés, alors je souhaite que 2012 soit celle des résistants.

Le confort et l’ambivalence

Notes du 6 janvier 2011 — que je reprends ici, presque un an plus tard, pour m’inviter (me forcer?) à poursuivre une réflexion malheureusement laissée en plan.

 

Denys Arcand a proposé Le confort et l’indifférence.

Je suis plutôt inspiré par Le confort et l’ambivalence.

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Je ne pense pas que les pas-si-jeunes sont si indifférents. Ils savent s’indigner et réagir.

Parfois même s’engager. Mais c’est rare — parce qu’ils hésitent. Trop. Toujours.

Ils sont ambivalents.

Le confort dans lequel ils vivent (pas forcément financier ou matériel) n’est certainement pas étranger à leur ambivalence, mais elle n’en est pas non plus complètement responsable. Ils le sont aussi par essence. Je le suis aussi par essence.

Inutile toutefois d’être trop sévères à leur égard, à notre égard, par rapport à cela. Exit les pontifs.

Entre Le confort et l’indifférence et Le confort et l’ambivalence, est-ce qu’il n’y a pas un pas dans la bonne direction? Je le crois — même si je m’en désespère parfois.

Mais c’est le pas suivant qui m’intéresse.

Celui qui engage, qui manifeste un choix, personnel — un choix qui affecte le confort, qui force à piger dans cet actif, à franchir une étape.

Un choix qui est autre chose que de faire le choix de ne pas faire de choix.

Le choix qui sort celui qui le fait de la logique d’une vie qui se construit seulement sur l’addition.

Celui qui force à sacrifier quelque chose, ou qui amène à prendre le risque de perdre quelque chose.

* * *

Il ne s’agira pas dans ce texte de juger les pas-si-jeunes. Ce serait à la fois inutile et inintéressant.

Il s’agit plutôt de mettre en scène cette ambivalence, la rendre obsessionnelle — jusqu’à l’inconfort.

Il faut n’en pas pouvoir lire plus — s’impatienter devant l’ambivalence des personnages et (pire?) devant leur difficulté à sortir de l’ambivalence.

Il faudrait arriver à suggérer le coût de cette ambivalence.

* * *

Je ne sais pas où je m’en vais avec ça. Je ne suis pas certain que c’est la voie que j’ai envie de suivre.

Je ne sais pas trop si j’écrirai ce texte — pourquoi après tout? J’hésite.

On va essayer ça…

En faisant un premier bilan de l’année qui se termine, je réalise (une fois de plus) que j’ai négligé de consacrer du temps à la photographie et à l’écriture.

Je vais donc tenter une nouvelle stratégie dans les prochains jours (pour la prochaine année?) en publiant ici, aussi souvent que possible, des photos et de courts textes associés. De tout et de rien. De la variété. L’important étant de partager le regard et d’écrire.

Il pourra encore y avoir des textes plus sérieux, des réflexions — mais plus seulement.

On va essayer ça.