
Antoine Robitaille écrit une brillante chronique dans Le Devoir de ce matin. Extraits:
« À mes yeux, le terme [périphérique] décrit bien une partie de notre état d’esprit, notre psyché. (…) Nous ne sommes pas un centre. Ni New York, ni Paris, ni Toronto. Dubaï et Shanghai sont très loin. Mais Dieux que les grenouilles que nous sommes rêvent souvent de se faire grosses comme ces boeufs. (…)
« L’esprit périphérique comporte plusieurs risques cependant. Le principal est de passer à côté de soi. Si, dans ses versions pathologiques, le nationalisme nous ferme sur le monde, le syndrome du périphérique, lui, referme le monde sur nous. (…)
« Quand on est atteint du syndrome du périphérique, il faut invoquer l’Autre, le centre, le plus possible. (…)
« À force de regarder ailleurs, le périphérique finit par exceller dans l’art de l’imitation.
« Périphériques, nous le sommes, c’est un fait géographique, linguistique, continental, civilisationnel. Nous le serons d’autant plus que les forces démographiques et économiques déplacent tranquillement le pôle, le centre, plus loin de nous que jamais (…) Résister au « périphérisme » sera de plus en plus difficile, diront certains. Mais l’histoire n’est jamais écrite d’avance. »
L’histoire n’est jamais écrite d’avance.
J’y vois un clin d’oeil intéressant à l’introduction de la chronique de Danielle Laurin — Soi-même, l’autre — faisant référence à la première phrase du plus récent livre d’André Carpentier: Dylanne et moi.
« Prenons les choses en feignant qu’il soit possible d’attribuer un commencement à une histoire… »
Je reviens toutefois à cette histoire, la nôtre, celle qu’Antoine Robitaille lie au périphérisme, un terme auquel il donne une connotation négative, je trouve. Alors que je crois qu’on peut s’en faire une force.
Périphériques, nous le sommes. Pas de doute. Je pense qu’on peut s’en faire une force. Je pense même que c’est une partie du sens de notre histoire: de découvrir l’avantage d’être périphériques — la force qu’on peut y trouver, les atouts que cela nous procure.
Réfléchissant à tout cela ce matin, après la lecture du texte d’Antoine Robitaille, je me suis trouvé à repenser à Nicolas Copernic, qui nous a fait réaliser, il y a quelques siècle, que la Terre n’était pas le centre du monde, qu’elle tournait autour du soleil — qu’elle était périphérique — entraînant par conséquent l’humanité dans une sorte de périphérisme cosmique. On a depuis compris que tout dans l’univers tourne autour de quelque chose d’autre, quelque chose de plus grand, d’un autre centre.
La vie telle qu’on la connaît dépend en quelque sorte de ce périphérisme, parce que c’est au mouvement de la planète autour du soleil qu’on doit les conditions propices à son apparition. Ni trop grosse, ni trop petite, la terre se trouve à une distance du soleil qui lui procure une température favorable.
Bien sûr, la lune tourne autour de la Terre. Et dans ce système, la Terre est au centre. Elle est le centre.
Il y a bien sûr des gens pour regarder ce petit système et crier bien fort qu’il faut être fiers que la lune tourne autour de la Terre. Mais ils oublie généralement de dire qu’il n’y a pas de vie sur la lune. Et à part les marées, la lune n’est responsable de bien peu de choses dans notre écosystème. Même la lumière poétique qui éclaire nos nuits n’est en fait que le reflet du soleil sur sa surface. Ces gens sont des périphériques obtus — ils nient ce qu’ils sont préférant regarder ailleurs.
S’il y a encore des gens pour croire que le soleil tourne autour de la Terre. Ce sont des ignorants.
Mais il y a heureusement bien plus de gens qui savent très bien que la terre tourne autour du Soleil et que, quoi qu’on fasse, cela restera ainsi — et que c’est cela qui a rendu la vie possible ici. Et que ce qui accompagne le périphérisme, c’est le mouvement. La dynamique.
Pour le Québec, et pour la ville de Québec, c’est pareil. La question n’est pas de savoir si nous sommes périphérique — c’est de savoir de quoi nous le sommes? Quelles conditions particulières cela nous procure? Et à quoi ces conditions sont-elles favorables? Quelles réalisations permettent-elles d’imaginer? De quel mouvement nous pouvons profiter, de quelle dynamique?
J’ai passé la semaine à parler affaires avec des gens de New York et de Paris et nos échanges ont maintes fois évoqué certains des avantages que nous avons d’être ici, en périphérie. Pas de doute possible dans mon esprit: le périphérisme comporte de nombreux avantages quand il est clairement assumé — qu’il ne se vit pas comme un complexe d’infériorité, comme quelque chose contre quoi il faudrait lutter par de répétitives manifestations de grandeur.
Il n’est sans doute pas inutile de rappeler les fondements de la révolution copernicienne à certains de nos leaders, à Québec et au Québec en général — mais il faudrait surtout, il me semble, écrire rapidement un texte sur l’avantage d’être périphérique, de manière à compléter l’indispensable réflexion à laquelle nous conviait ce matin Antoine Robitaille autour de l’inconvénient d’être « périphérique ».
Il ne faut pas résister au périphérisme. Il faut s’en faire une force.