Idées pour la suite — 7

39AA038E-AF0D-49FA-9D67-3F118ED2AC93

À la suite de ce texte, je poursuis ma réflexion à voix haute pour brasser quelques idées, pour essayer d’esquisser des propositions concrètes qui pourraient contribuer à mettre le Québec sur la piste d’une transformation positive au sortir de la pandémie.

Aujourd’hui: développer une vraie culture éducative numérique

Les écoles primaires et secondaires du Québec sont fermées depuis le 16 mars. Les élèves et les profs sont à la maison. C’est un euphémisme de dire que le système scolaire québécois n’était pas prêt à ça. C’en est gênant.

Ça a pris beaucoup de temps à réaliser ce que cette pause scolaire signifierait et à se r’virer de bord pour les profs les plus débrouillards. Le ministère de l’Éducation a ensuite demandé que les profs communiquent avec les élèves au moins une fois par semaine — mais tout ça est resté bien inégal entre les milieux. Le ministère a ensuite envoyé des suggestions et du matériel rudimentaire aux élèves et Télé-Québec a été appelé en renfort pour produire des émissions éducatives. L’éducation en mode broadcast — encore. C’est mieux que rien, bien sûr… mais après 25 ans de développement du Web? Vraiment?

Je m’étonne que presque tout ça demeure dans une perspective de reproduire l’expérience de la classe physique. Même la remarquable expérience de Marie-Ève Lévesque s’inscrit dans cette perspective.

Je propose qu’on profite des prochains mois pour entreprendre une grande transformation culturelle dans les écoles québécoise. On doit profiter du contexte actuel pour intégrer à nos pratiques les fondements de la culture numérique.

La culture numérique n’est pas une affaire de gadget, c’est une d’état d’esprit, une façon d’agir, de collaborer, d’entrer en relation les uns avec les autres.

C’est anormal qu’après tous les investissements qu’on a fait depuis 25 ans (et plus) dans «l’informatisation» des écoles on soit aussi mal pris devant une situation comme celle à laquelle nous sommes confrontée.

Ce n’est manifestement pas un problème technologique puisque la très grande majorité des enseignants et des élèves disposent d’ordinateurs et d’accès internet qui leur permettrait de poursuivre des activités éducatives à distance (il faudra bien sûr trouver des solutions pour les autres, mais c’est un problème distinct).

Sauf que pour que les équipements informatiques (publics et privés) soient mobilisés efficacement à des fins éducatives, il faudra d’abord pouvoir répondre à des questions comme celles-ci:

Faut-il vraiment que le prof s’adresse simultanément à tous ses élèves? Faut-il même qu’ils soient regroupés au moment où il interagit avec eux?

Comment peut-on tirer profit de la possibilité que les élèves communiquent entre-eux et fassent appel à des ressources externes à la classe (au lieu d’essayer de les empêcher de le faire, comme on le fait encore très souvent)?

Est-ce qu’il y aurait des tâches qui pourraient être mutualisées entre les profs pour gagner du temps, qui pourrait être mieux utilisé dans l’accompagnement des élèves?

Or, ces questions sont taboues depuis trop longtemps, pour toutes sortes de raisons. dans de nombreux milieux — et à plus forte raison au plan institutionnel. Et cela n’est malheureusement pas toujours guidé par l’intérêt des élèves.

***

Quand les élèves pourront être de retour en classe, est-ce qu’on se contentera de dire «ouf, on est passé à travers» avant de reprendre les pratiques antérieures comme si de rien n’était? Ou oserons-nous bâtir sur les possibilités que nous aurons découvertes pendant la crise? Comme des façons de répondre autrement à certains des besoins éducatifs?

Je propose un chantier, qui se déroulerait dans chaque école, dans le cadre duquel les enseignants et le personnel d’accompagnement, les parents et les élèves auraient à repenser les services éducatifs. Ce pourrait être la priorité à partir de maintenant et jusqu’à la prochaine rentrée — qu’elle se fasse en classe ou pas.

Comment on peut apprendre de la crise actuelle? Comment les échanges par courriel, par téléphone, les échanges de documents, le travail réalisé à la maison et la collaboration entre les profs peut se poursuivre par exemple? Comment cela pourrait permettre de répondre plus efficacement aux besoins de certains types d’élèves?

Comment le ministère de l’Éducation pourrait lever des obstacles à ces changements, à court terme, d’abord?

***

Le numérique n’est pas qu’une alternative à l’enseignement en classe. C’est surtout un monde de possibilités complémentaires qu’on voit plus clairement que jamais.

Maintenant qu’une majorité de profs, de parents et d’enfants sont familiers avec la visioconférence, comment on fait pour que ce soit plus qu’un substitut à la classe? Comment on pourrait s’en servir pour faire intervenir des ressources additionnelles dans la classe? Ou en marge de la classe?

Maintenant qu’encore plus de profs se sont familiarisés avec la production vidéo, pourrait-on imaginer que dans une école (une commission scolaire, voire dans le Québec entier) un prof produise des présentations éducatives qui serviraient à plusieurs profs — et que le temps sauvé par ces profs serve à autre chose?

Maintenant qu’encore plus de profs ont découvert une foule de ressources éducatives de qualité produites hors du système scolaire, comment on pourrait interpeller les musées, par exemples, et pourquoi pas les entreprises, pour contribuer encore plus efficacement aux processus éducatifs?

Maintenant qu’encore plus de profs ont découvert qu’il existait beaucoup d’outils collaboratifs disponibles gratuitement sur le Web — et qui sont facilement utilisables dans un contexte éducatif, est-ce qu’on pourrait encourager plus vigoureusement les profs qui innovent avec ces outils et les inviter à partager leurs apprentissages avec leurs collègues au lieu de leur mettre des bâtons dans les roues?

Et, bien sûr, les réponses à ces questions ne seront pas les mêmes dans tous les milieux — ça fait partie du défi: ancrer les pratiques pédagogiques dans la réalité de chaque milieux.

Dans tous les domaines, la culture numérique encourage à plus de collaboration, à respecter les rythme de chacun, à délocaliser les activités, à favoriser la réutilisation du travail des uns et des autres, à encourager l’innovation, à accorder le droit à l’erreur, parce que c’est une partie intégrante de l’apprentissage et de l’innovation.

Ils faut arrêter de dire que ça ne se fait pas parce que les profs n’ont pas eu de formation préalable. Ça va se passer uniquement quand on va énoncer clairement que cette transformation est une priorité, quand on va valoriser la prise d’initiative, donner le droit à l’erreur, créer un contexte pour que les profs apprennent les uns des autres.

C’est une transformation qui est déjà en cours dans tous les milieux et qui doit très nettement s’accélérer dans les écoles.

Je propose donc que ce changement de culture devienne dès maintenant une top priorité du système scolaire — et tout particulièrement d’ici la rentrée de septembre, dont on ne peut même pas être absolument certain qu’elle pourra se faire en classe.

Les pionniers du numérique dans chaque école devraient d’ailleurs être immédiatement mobilisés pour agir comme leaders dans cette (plus que jamais) nécessaire révolution pédagogique et organisationnelle.

Photo: Une oeuvre de Geneviève DeCelles, vue à la Galerie l’Espace contemporain, à Québec, en novembre 2011.

Idées pour la suite — 6

B52A1AC9-3D82-426E-8BCF-2FB70BEDF385

À la suite de ce texte, je poursuis ma réflexion à voix haute pour brasser quelques idées, pour essayer d’esquisser des propositions concrètes qui pourraient contribuer à mettre le Québec sur la piste d’une transformation positive au sortir de la pandémie.

Aujourd’hui: Remplacer l’anachronique PIB

Si on veut que le Québec change, il va falloir y travailler: se mettre d’accord sur des constats, se donner des objectifs, faire des choix et se retrousser les manches. Je me réjouis en voyant que des réflexions et des propositions se multiplient dans ce sens. Comme celles formulées cette semaine par un regroupement d’une quinzaine d’organismes, que François Bourque a résumé dans un article récent.

Tous ne souhaiteront vraisemblablement pas transformer le Québec de la même façon au sortir de cette crise, ni au même rythme. Ce sera le terrain de la politique — et tant mieux si cela revigore nos débats démocratiques…

Mais dans tous les cas, et quels que soient les objectifs qu’on se donnera, si on veut pouvoir en suivre la réalisation, être en mesure évaluer l’efficacité de nos choix, de nos actions et de nos investissements, nous aurons besoins d’indicateurs adéquats.

Or, s’il y a quelque chose qui apparaît de plus en plus clairement depuis quelques années, c’est que le sacro-saint Produit Intérieur Brut (PIB), est une mesure insuffisante, qui est devenue complètement anachronique.

La croissance de l’économie, sans distinction de la nature de l’activité économique qui est mesurée, c’est inadéquat — et d’avoir gardé ça comme principal indicateur depuis si longtemps n’est pas étranger aux défis auxquels on fait face actuellement au plan sanitaire et environnemental.

On ne devrait pas mesurer notre succès uniquement sur la dimension économique, mais même au plan strictement économique, ce n’est pas vrai qu’on veut que tout croisse de la même façon. Un PIB qui croit parce que les secteurs polluants augmentent et qui masque une atrophie des secteurs plus écologiques ne veut pas dire la même chose sur l’état de la société que l’inverse.  Et ce n’est qu’un exemple.

Il y a déjà des initiatives intéressantes sur lesquelles on pourra s’appuyer. Le cas de la Nouvelle-Zélande (voir ce texte) et de l’Écosse (voir ce discours de Nicola Sturgeon), par exemple. Il y a aussi la proposition du Triple Bottom Lines d’Alternativet, un parti politique danois (qui m’inspire beaucoup!) et ses trois catégories (économique, environnementale et sociale) regroupant 18 indicateurs (si le sujet vous intéresse il faut vraiment lire ce document). Plus récemment, un groupe de 170 professeurs des Pays-Bas propose aussi d’aller dans ce sens et cela trouve un grand écho dans la population (résumé en anglais dans cette série de tweets).

Je trouve que le Québec est très en retard sur cette réflexion et qu’on devrait s’en faire rapidement un chantier national: définir les indicateurs en vertu desquels on souhaite évaluer l’évolution du Québec après la crise.

Il faut repenser les indicateurs économiques qui guident nos choix. De façon urgente.

Exit le PIB — on mérite mieux.

Nous avons besoin d’un ensemble d’indicateurs qui rendra compte de nos priorités, qui guidera plus adéquatement les débats politiques, et qui permettra à la population d’y voir plus clair. Des indicateurs sur lesquels on pourra s’appuyer pour les pourquoi et les parce que.

Ça devrait être une priorité dès que le gouvernement sera sorti de la gestion de crise.

De mon point de vue, on pourrait commencer par regarder du côté des 18 indicateurs de Alternativet.dk pour inspirer notre réflexion,

Idées pour la suite — 5

03ED7A1F-6AFA-4A79-93E7-90B83DC597BA

À la suite de ce texte, je poursuis ma réflexion à voix haute pour brasser quelques idées, pour essayer d’esquisser des propositions concrètes qui pourraient contribuer à mettre le Québec sur la piste d’une transformation positive au sortir de la pandémie.

Aujourd’hui: valoriser le parce que et le pourquoi

J’ai eu le plaisir d’une visioconférence avec cinq amis ce matin: Bruno, Patrick, Sylvain, Sébastien et Carl. On s’est donné des nouvelles — Montréal, Québec, Provence — et on a longuement jasé du contexte: nos perceptions sur les constats, les leçons qui commencent à émerger, ce qu’il y a à retenir, les tendances à observer, les réflexions à poursuivre. Un très bel échange, à la fois agréable et stimulant.

On a notamment fait référence à ce texte de Pierre-Henri Tavoillot — en particulier à cet extrait que j’avais cité sur Twitter quelques heures plus tôt:

« Il faut plutôt promouvoir ce que cette crise va nous permettre d’améliorer plutôt que passer notre temps à détester ce que nous sommes. »

Et je retiens de cette partie de notre échange une intervention de Sylvain: « il n’y aura pas d’après… parlons plutôt de la suite ». J’adopte ça — d’où le changement dans le titre de ma série de textes.

***

Ma proposition d’aujourd’hui porte sur la nature de nos débats. On salue depuis plusieurs semaines le fait que la partisanerie a été mise de côté pour aider le gouvernement à passer au travers de la crise. Les élu.e.s ne font qu’un, a-t-il été dit: «on est tous dans la même équipe».

C’est vrai, et c’est louable — mais personne ne se fait d’illusion, ça ne pourra pas durer. Et c’est bien correct comme ça. Une fois sortis de la crise, il faudra que l’action du gouvernement recommence à être critiquée, soumise aux questions, mise en comparaison avec d’autres approches, d’autres façons de voir les choses. Et c’est sain qu’il en soit ainsi.

Mais je pense qu’il y a plus que ça. Il y a aussi la manière de faire du gouvernement, et celle de l’opposition. On peut faire mieux que ce qu’on faisait au cours des dernières années — avec souvent de vains tiraillages.

Je propose pour cela qu’on valorise le « parce que » et le « pourquoi ».

Ça m’a frappé à quelques reprises au cours des derniers jours: confronté à des questions difficiles, François Legault a quelques fois eu le réflexe d’expliquer le dilemme dans lequel son gouvernement se trouvait. Exemple:

Journaliste: Est-ce qu’il n’aurait pas été mieux de faire ceci plutôt que cela?

François Legault: C’est une question qu’on se pose tous les jours. Il faut comprendre qu’on ne peut pas faire les deux. On doit choisir. D’un côté, on peut faire ceci, mais ça veut dire qu’on ne pourra pas faire cela. Et si on fait l’inverse, on ne pourra pas faire cela. Il faut chercher un équilibre. Il faut prioriser quelque chose. Pour le moment on a choisi de faire ça parce que…

Parce que.

Expliquer. Expliquer simplement le choix auquel un dirigeant est confronté. En faisant confiance à l’intelligence des gens qui écoutent, parce qu’ils peuvent comprendre que parfois, on ne peut pas faire A et B à la fois. Parce que c’est comme ça dans la vie et que les citoyens le savent.

On peut être d’accord ou pas avec François Legault, mais on sait ainsi qu’il a pris le temps d’y réfléchir, qu’il a dû peser le pour et le contre, arbitrer en fonction des valeurs qui le guident, et prendre une décision.

Je propose qu’il en soit ainsi tout le temps. Pas juste en temps de crise.

Je propose que quand il annonce une décision, de toute nature — une annonce économique, par exemple — les ministres nous expliquent simplement, en utilisant un simple « parce que », la raison qui les a amenés à investir dans cela plutôt que de le faire dans autre chose.

Je propose que ce soit ainsi également pour les élu.e.s de l’opposition. C’est ok de critiquer le gouvernement, mais il faudrait aussi prendre le temps d’expliquer, simplement, avec un simple « parce que », ce qui les amènerait, eux, à prendre une décision différente — en fonction de quel raisonnement, en vertu de quels principes ou de quelles valeurs?

Et pour que cela soit possible, je propose aussi que les journalistes et l’opposition adoptent plus souvent des questions commençant par « Pourquoi… », plutôt que par « est-ce que…» — cela invitera plus facilement des réponses en forme de « parce que » et qui seront beaucoup plus riches pour le débat public.

Si tout le monde faisait un peu plus souvent usage des « pourquoi » et des « parce que », on laisserait probablement pas mal moins de place à la langue de bois, nos débats seraient plus vigoureux, plus riches — et on donnerait l’occasion à nos femmes et nos hommes politiques d’être beaucoup plus authentiques.

Cela rendrait bien mieux compte, aussi, de la difficulté de l’exercice du pouvoir, qui est fait d’une continuelle succession de dilemmes et de choix difficiles — où les principes prennent tout leur sens au moment où ils sont confrontés à la réalité.

Pourquoi?

Parce que…

Idées pour l’après — 4

FC8CE401-CEB3-44C8-844E-63ADF8CC88FA

À la suite de ce texte, je poursuis ma réflexion à voix haute pour brasser quelques idées, pour essayer d’esquisser des propositions concrètes qui pourraient contribuer à mettre le Québec sur la piste d’une transformation positive au sortir de la pandémie.

Aujourd’hui: plus de démocratie, pas moins!

Les dernières semaines nous ont bien montré que notre société reste fragile. Un virus suffit pour tout bouleverser. 

Cela nous a aussi donné l’occasion de (re)prendre conscience de l’importance de nos institutions, et tout particulièrement de notre filet social: assurance maladie, assurance chômage, etc. Une meilleure conscience de l’importance d’avoir un État qui fonctionne aussi: capable d’agir efficacement, de coordonner les actions partout sur le territoire, et de distribuer rapidement l’aide financière promise, etc.

Tout ça, on le doit à notre démocratie. Il est essentiel de garder ça à l’esprit.

Parallèlement, il y a de nombreuses entreprises qui nous font déjà miroiter des façons beaucoup moins démocratiques pour faire face à la crise: appropriation des données personnelles de nos téléphones, filature des citoyens susceptibles d’être porteurs du virus, utilisation précipitée de l’intelligence artificielle pour guider les décisions — sans réflexions éthiques suffisantes, débats publics et acceptabilité sociale préalables. Ces entreprises nous proposent (encore) de troquer un peu de liberté en échange de la promesse (sans aucune garantie) d’un peu plus de sécurité.

Je propose que nous prenions rapidement, et clairement, la voie inverse en misant plutôt sur un renforcement de notre démocratie — en la rendant encore plus dynamique. 

On pourrait par exemple commencer par transformer le rôle directeur général des élections. Après tout, la démocratie ce n’est pas seulement des élections une fois tous les quatre ans.  Remplaçons le par un poste plus large de Responsable de la démocratie.

La (ou le) Responsable de la démocratie, qui relèverait toujours directement de l’Assemblée nationale, devrait avoir comme mandat de mettre en place une plateforme de communication entre les citoyen.ne.s et les élu.e.s — de tous les niveaux de représentations: en commençant par les élu.e.s municipaux et les élu.e.s à l’Assemblée nationale. 

Cette plateforme (web et application pour téléphones numériques) viserait d’abord et avant tout à optimiser les échanges entre les élu.e.s et les citoyen.ne.s qu’ils représentent. Dans les deux directions. De façon simple et adaptée à la réalité de tous les citoyens (âge, langue parlée, handicaps, etc.). 

Cette plateforme devrait permettre aux élu.e.s de communiquer simplement avec l’ensemble des citoyens. Et pas seulement pour leur diffuser de l’information, mais  pour être en mesure de les questionner, solliciter leurs suggestions, etc., le plus régulièrement possible. 

Elle devrait, de la même façon, permettre aux citoyen.ne.s de communiquer facilement avec les personnes qui les représentent, de leur propre initiative, ou pour répondre à des questions ou des sollicitations de leurs part.

La Responsable de la démocratie aurait pour rôle de stimuler l’intensité de ces échanges, de faire connaître les pratiques exemplaires, de rappeler aux élu.e.s leur responsabilité de garder un contact dynamique et constant avec les citoyen.ne.s qu’ils et elles représentent.

Cette plateforme devrait éventuellement aussi permettre aussi la tenue d’un vote électronique officiel. Parce qu’on sait maintenant que ça pourrait devenir nécessaire. Imaginez si on avait été en élection ce printemps… Voyez les dangers qui guettent les États-Unis en pleine année électorale… 

Il apparaît plus évident que jamais qu’il faut dès maintenant se préparer à pouvoir assurer un fonctionnement adéquat de la démocratie dans toutes les circonstances. 

Bien sûr que cette proposition soulève des questions: sur le fonctionnement d’une telle plateforme, sur la responsabilité de ses opérations (qui devrait elle-même forcément aussi faire l’objet d’une étroite surveillance démocratique), la confidentialité des échanges, sur l’équité pour les personnes qui n’ont pas un accès adéquat à Internet. Je le sais. Je la mets quand même sur la table dès maintenant — pour qu’on puisse en débattre sans tarder. D’autant qu’il existe des solutions pour répondre à tous ces enjeux.

Il me semble essentiel de faire dès maintenant le choix de sortir de la crise par la confiance. En investissant dans notre démocratie, de manière à la rendre plus dynamique et plus efficace, plutôt que par l’abandon, en confiant une partie de notre vie collective aux bons soins de Big Brother.

Photo: Enigma, une oeuvre de Cozic, vue au MNBAQ en janvier 2020.

 

Merci aux journalistes!

497470A5-C0B4-4465-BDE7-B116858F8F29

J’ai été très étonné par l’ampleur des réactions qu’a suscité un tweet que j’ai fait ce matin, que j’avais souhaité très constructif, mais qui a suscité des réactions très vives — de façon publique et privée. Des réactions que je n’ai d’abord pas comprises, et maintenant peut-être un peu mieux. Mon tweet se lisait ainsi:

« D’accord avec @Ant_Robitaille sur le fond. Une suggestion toutefois: pourquoi ne pas faire exceptionnellement place à quelques journalistes scientifiques à la Tribune de la presse? »

Avec ce tweet, je souhaitais surtout réagir positivement à ce texte d’Antoine Robitaille, dans lequel il souligne notamment l’importance du travail des journalistes dans une période comme celle que nous traversons. 

Antoine Robitaille a raison de rappeler que c’est un travail qui est souvent difficile et quelques fois carrément ingrat, comme lorsqu’ils questionnent des dirigeants dont le travail est exceptionnellement apprécié — comme c’est le cas maintenant. 

Je sais que depuis quelques jours, certains journalistes se font reprocher leurs questions, se font accuser de nuire, ou on leur demande tout simplement de se taire. C’est une erreur.

On a plus que jamais besoin des journalistes et de leurs questions — même si elles nous paraissent parfois inconvenantes (surtout quand elles nous paraissent inconvenantes, d’ailleurs).

Je ne voulais surtout alimenter cette dynamique malsaine ou miner la crédibilité des journalistes avec mon tweet. Au contraire! D’autant que j’ai vraiment un immense respect pour les journalistes en général et pour celles et ceux de la Tribune de la presse, en particulier.

Je voulais seulement proposer une façon de faire en sorte que le travail des journalistes soit encore meilleur, encore plus pertinent et plus efficace pour nourrir les débats démocratiques qui sont nécessaires même en temps de crise — surtout en temps de crise. 

Ma proposition de faire une place à des journalistes scientifiques à la Tribune de la presse ne visait pas à miner la crédibilité des journalistes parlementaires, mais à renforcer la capacité d’interroger, sous de nouveaux angles, le gouvernement et les autorités de la Santé publique. Parce que le point de presse de 13h est pratiquement devenu le seul moment pour poser des questions publiquement aux autorités.

Peut-être que ma proposition n’était pas la bonne. Peut-être qu’au lieu de suggérer qu’on donne la parole à des journalistes scientifiques à la Tribune de la presse, j’aurais dû proposer qu’il y ait d’autres moments pour poser d’autres types de questions aux autorités?

Je ne voulais surtout pas mettre en opposition le travail des journalistes parlementaires et celui des journalistes scientifiques — plutôt le contraire. Je voulais faire en sorte qu’ils se complètent encore plus efficacement dans l’intérêt public.

***

Au terme de la journée:

Je continue de penser que les journalistes scientifiques devraient avoir une plus grande place dans la couverture médiatique des événements actuels;

Je crois le travail des journalistes doit pouvoir, lui aussi, faire l’objet de critiques et de suggestions; 

Mais je suis encore plus sûr qu’il est important de valoriser le travail des journalistes.

Il faut se rappeler tous les jours que leurs questions contribuent aussi à ce qu’on trouve collectivement le chemin le plus efficace pour aplatir la courbe et se sortir le plus rapidement possible de tout ça.

On en a bien besoin!

Idées pour l’après — 3

36DDC5D0-67A3-4F88-AC93-6FEC858550FE

À la suite de ce texte, je poursuis ma réflexion à voix haute pour brasser quelques idées, pour essayer d’esquisser des propositions concrètes qui pourraient contribuer à mettre le Québec sur la piste d’une transformation positive au sortir de la pandémie.

Aujourd’hui: l’instauration d’un service agricole obligatoire

François Legault l’a dit: le Québec devra développer une plus grande autonomie alimentaire dans un futur rapproché. Notre sécurité en dépend. On ne peut plus être aussi dépendant des États-Unis, et de quelques autres pays, pour nous nourrir — en particulier l’hiver.

On est d’accord. Sauf que c’est plus difficile à dire qu’à faire.

En 2013, le Parti Québécois avait présenté une politique de souveraineté alimentaire… qui n’a jamais pu être mise en oeuvre.

Il y a quelques jours, Québec solidaire a formulé des propositions très intéressantes à ce sujet, notamment pour l’idée de «cultiver partout où c’est possible».

Aujourd’hui, Jean-Martin Fortier a proposé un partenariat stratégique entre Hydro-Québec et les petites fermes dans le but de nourrir le Québec à l’année.

Je suis d’accord.

Il me semble toutefois manquer une dimension essentielle à tout ça: l’éducation. Et j’en ferai le sujet de ma troisième proposition pour contribuer à la réflexion sur l’après COVID-19.

***

L’alimentation est plus qu’un besoin physiologique. Cela comporte aussi une forte dimension culturelle. Notre rapport à l’alimentation fait aussi partie de notre façon de vivre, de profiter des repas, de notre manière de vivre les uns avec les autres.

Alors tant qu’à développer une plus grande autonomie alimentaire, il me semble qu’on devrait en profiter pour se reconnecter progressivement avec la réalité de la production agricole, avec notre terroir, avec la saisonnalité — avec les sources de notre alimentation. Avec notre patrimoine alimentaire.

Je propose pour cela la mise en place d’un service agricole obligatoire (rémunéré) de deux mois pour tous les Québécois et toutes les Québécoises de 16 à 22 ans.

Concrètement, cela voudrait dire que tous les jeunes devraient passer au moins deux mois sur une exploitation agricole entre leur 16e et leur 22e anniversaire. Pour préparer la terre, participer aux récoltes, etc.

Ce serait une façon de prêter main forte aux agriculteurs et agricultrices québécoises (qui autrement dépendent de la main d’œuvre étrangère), de développer des connaissances de bases en agriculture, et de mieux comprendre le circuit alimentaire, de la terre à notre assiette.

Ce serait une façon concrète d’aider le milieu agricole à monter plus rapidement en puissance pour nourrir le Québec.

Une façon de développer le goût pour les produits d’ici, pour leur préparation et pour le patrimoine qui leur est rattaché.

Pour certains jeunes, ce serait aussi une façon de découvrir une autre réalité, en s’installant deux mois dans une région du Québec qu’ils ne connaissaient peut-être pas — et pourquoi pas d’y revenir pour étudier, ou pour s’y installer?

***

En 1930, le Frère-Marie Victorin posait les bases de ce qui allait devenir les Cercles des jeunes naturalistes: un mouvement d’éducation populaire qui a suscité un grand enthousiasme et qui a contribué à développer l’enseignement des sciences et à définir le Québec moderne.

Soixante dix ans plus tard, je pense qu’on devrait s’inspirer des CJN pour amener les jeunes à poser les pieds dans les champs au moins quelques mois dans leur vie — question de participer à un chantier essentiel pour l’avenir du Québec, tout en leur permettant de développer un meilleur contact avec la réalité agricole ainsi qu’une plus grande considération pour les produits d’ici.

***

Dans un tel contexte, il va sans dire que des terres agricoles à proximité des grands centres urbains, comme celles des Sœurs de la Charité, à Beauport — dont le sort est incertain depuis quelques années — devraient rapidement devenir des exploitations agricoles exemplaires, avec une vocation éducative essentielle pour l’ensemble de la population.

Tous les enfants des écoles primaires et secondaires de la région de Québec devraient y faire au moins une visite aux cours de leur scolarité — pour mettre leurs mains dans la terre, vivre la satisfaction de récolter quelque chose et de le porter directement à sa bouche, en plus de mieux comprendre l’importance pour le Québec de développer une meilleure autonomie alimentaire

Il me semble que cela remplacerait avantageusement la visite que ma génération faisait à l’usine des petits gâteaux Vachon.

Note: Merci à Benoît Tardif pour une conversation qui a beaucoup aidé à formuler cette proposition.

Idées pour l’après — 2

8D22869C-4BE6-4EBF-A002-BF88D508A574

À la suite de ce texte, je poursuis ma réflexion à voix haute pour brasser quelques idées, pour essayer d’esquisser des propositions concrètes qui pourraient contribuer à mettre le Québec sur la piste d’une transformation positive au sortir de la pandémie.

Aujourd’hui: la création de Bureaux du temps

Le 23 mars, le premier ministre a dit « Le Québec est sur pause » et (presque) tout s’est arrêté, subitement. Brutalement. On s’est retrouvé chacun chez-nous et on a dû apprivoiser un nouveau rythme. Pour tout: nos affaires personnelles, professionnelles, nos obligations de toutes sortes.

Plus récemment, le gouvernement a même fermé les épiceries le dimanche, comme dans l‘temps. Pour reposer les employé.e.s. Et plusieurs se sont dit: et pourquoi on ne continuerait pas comme ça quand on aura vaincu le virus?

C’est une bonne question, qui peut paraître anecdotique, mais qui devrait, je pense nous amener à pousser plus loin la réflexion. Qu’est-ce qu’on fait de notre temps? Notre temps personnel, bien sûr, mais notre temps collectif, surtout.

Parce que le temps est une ressources dont nous disposons, collectivement, et qu’on peut aménager — avec plus ou moins de contraintes. On le voit bien depuis quelques semaines. On l’apprend, à la dure.

Le temps est une ressource invisible, qu’on avait peut-être un peu oubliée, avant cette pause, mais qui peut valoir une fortune, au sens propre et au figuré. Et l’utilisation d’une ressource, ça se planifie, ça se gère, et surtout ça se discute de façon démocratique.

Voilà pourquoi je propose la création d’un bureau du temps dans toutes les municipalités du Québec — avec un soutien et une coordination nationale.

De quoi s’agit-il? Un bureau du temps serait une structure de consultation souple, permanente, composée de citoyens, d’élus et d’urbanistes, qui aurait la responsabilité de suggérer des aménagements concrets dans les horaires des fonctions et différents types d’activités de la ville dans le but de mieux profiter du temps disponible.

C’est une petite équipe qui devrait périodiquement formuler des recommandations pour qu’une meilleure gestion du temps collectif contribue à optimiser l’utilisation de l’ensemble de nos ressources collectives, comme le réseau routier et les transports publics, par exemple. Le numérique nous permet maintenant d’analyser tout ça facilement, reste à analyser, faire des choix, formuler des recommandations.

Parce qu’étaler l’heure de pointe, au fond, c’est un peu comme aplatir la courbe d’un virus, comme nous le dirait, à grands gestes, le Dr Arruda. Et puisqu’on sait qu’on peut le faire avec l’un, pourquoi pas le faire avec l’autre?

Notre mauvaise gestion du temps prive actuellement des familles de temps de qualité en laissant un paquet de monde dans le traffic de trop longues heures chaque année. Elle provoque des stress inutiles et nous coûtent des fortunes dans toutes sortes de domaines pour lesquels on doit actuellement prévoir la taille de nos équipements et engager du personnel pour répondre à des pointes de services qui ne durent que quelques heures par jour.

On doit aplatir les courbes dans l’utilisation de chacune de nos ressources collectives — routes, transports collectifs, système de santé, services publics — en distribuer l’utilisation sur longue période de temps. Si on n’a pas compris ça après la pandémie, on ne l’apprendra jamais.

En arrivant à faire ça on pourra non seulement améliorer notre qualité de vie, mais vraisemblablement aussi sauver des milliards de dollars chaque année qu’on pourra consacrer à autres choses: investir dans l’éducation, dans la santé, dans l’autonomie alimentaire, dans la lutte aux changements climatiques, dans des réductions d’impôts. Mieux gérer notre temps, c’est aussi mieux gérer notre budget.

En rappelant sans cesse à nos gouvernements — et à chacun d’entre-nous que le temps est une précieuse ressource collective, les Bureaux du temps pourraient nous aider à mieux utiliser mieux de nombreuses ressources qui sont souvent très peu utilisées 80% du temps.

Est-il nécessaire que les écoles, les cégeps, les universités, les commerces, les entreprises et les organismes publics commencent et finissent presque tous à la même heure? Y a-t-il moyen de faire autrement? Qu’est-ce qu’on gagnerait collectivement à favoriser le télétravail? À faciliter les horaires variables? À aménager le territoire de manière à éviter les déplacements inutiles?

Il me semble que ça mérite qu’on se pose la question… qu’on développe et partage une expertise pour le faire efficacement, et que chaque milieu puissent ensuite répondre en fonction de sa réalité.

***

Je fais l’hypothèse qu’au sortir de cette longue période d’isolement nous poserons un regard bien différent sur le temps dont nous disposons. Ce serait dommage de l’oublier trop vite en replongeant dans nos routines… et en laissant à nouveau le temps nous filer entre les doigts... comme si on ne pouvait rien y faire.

La création rapide de bureaux du temps, dans toutes les municipalités, serait un moyen simple et peu coûteux d’éviter de retomber dans ce piège. À plus forte raison parce qu’on sait qu’on aura aussi d’importants défis économiques à relever et que le temps, c’est de l’argent.

Sans compter que l’idée n’est pas nouvelle. En Italie, c’est une réalité depuis plus de vingt ans. Au Québec, ça fait presque aussi longtemps qu’il en est périodiquement question. C’est apparement même passé à un cheveux d’être intégré dans la loi sur la conciliation travail-famille (j’y ai déjà fait référence ici, ici et ).

Pour toutes ces raisons, il me semble que le moment est tout indiqué pour créer ces Bureaux du temps et en faire un levier important de la transformation de nos milieux de vie en fonction de ce que nous aurons appris de cette pandémie.

***

Après la crise du verglas, les inondations et la catastrophe ferroviaire de Lac-Mégantic on s’est assuré que les municipalités aient toutes de bons plans d’urgence.

Après cette longue période d’arrêt on devrait, de la même façon, s’assurer que toutes les municipalités disposent d’un bureau du temps.

Parce le temps, c’est ce qu’on a de plus précieux. On le sait mieux que jamais.

Aussi: Idées pour l’après — 1 : la nationalisation des infrasuctures d’accès à Internet

Mise à jour: Le site Web du Bureau des temps de la ville de Rennes illustre très bien le type de réflexions auxquelles cela peut donner lieu — et les effets bénéfiques qui en découlent.

Idées pour l’après — 1

F016BDFD-440C-4146-8428-FBCDECE8192E

Dans la suite de mon texte d’hier, je me lance ce matin avec un premier texte  dans le but de brasser des idées, pour essayer d’esquisser des propositions concrètes qui pourraient contribuer à mettre le Québec sur la piste d’une transformation positive au sortir de la pandémie.

Aujourd’hui: la nationalisation des infrastructures d’accès à Internet

Ça fait 25 ans qu’on promet de donner un accès de qualité à Internet à tous les québécois. Une promesse réitérée par tous les partis politiques, sans exception, à presque toutes les élections (j’en avais fait une liste en 2015). Or, ce n’est toujours pas le cas. 

Un accès à Internet de qualité aujourd’hui ça veut dire de la haute vitesse. Et c’est presque aussi essentiel que l’accès à l’électricité et à l’eau potable. 

La crise actuelle illustre bien l’ampleur des inégalités à cet égard:

De nombreux citoyens en région éloignées, et même pas si loin des grandes villes, n’ont pas accès à une infrastructure qui leur permet de faire du télétravail, même si leur emploi le permettrait. 

De nombreux citoyens ne disposent pas d’une infrastructure adéquate pour poursuivre leur scolarisation en ligne.

De nombreux citoyens ne peuvent pas profiter du commerce en ligne de la même façon que les autres pour répondre à leurs besoins essentiels — ni même pour pouvoir profiter de toutes les manifestations culturelles qui sont actuellement mises en ligne pour nous aider à garder le moral. 

Et à mesure que la télémédecine va se développer (enfin), celles et ceux qui y gagneraient le plus (en région, notamment, parce qu’ils ont accès à moins de services locaux) pourraient bien ne pas pouvoir en bénéficier faute d’une infrastructure d’accès suffisamment stable et puissante.

Nous sommes dans une situation très semblable à celle qui a conduit à la nationalisation de l’électricité au début des années soixante: des réseaux de qualité inégale selon les régions, des normes insuffisantes, des coûts inéquitables… et la prise de conscience du caractère de plus en plus essentiel de ce service.

Avec un mode de gouvernance adéquat (qui reste à définir), cela permettrait aussi que toute l’information de plus en plus critiques (personnelles et stratégiques) qui circule sur les réseaux soit sous la responsabilité d’une instance qui est sous contrôle démocratique. 

DANS CE CONTEXTE:

Au moment où le gouvernement du Québec voudra sans doute entreprendre d’important travaux d’infrastructure pour relancer l’économie, pourquoi ne pas mettre en priorité le déploiement d’une infrastructure d’accès rapide à Internet partout sur le territoire — jusqu’à TOUTES les résidences québécoises? Au même titre que l’électricité.

Et pour ne pas que l’État se retrouve le dindon de la farce en payant pour la partie la plus coûteuse de ce déploiement et laisse les entreprises privées engranger les profits sur les parties moins coûteuses (centres urbains, grandes entreprises, etc.) —  pourquoi ne pas nationaliser l’infrastructure d’accès au réseau, de manière à en assurer à la fois l’équité au niveau du service et des coûts. Parce que c’est un service devenu essentiel.

À partir du moment où l’État sera responsable du développement, du maintien et de l’exploitation de l’infrastructure du réseau d’accès à Internet, il deviendra à plus facile d’entreprendre les grands chantiers avec lesquels nous savons dorénavant avoir rendez-vous sans crainte d’accroître encore davantage les inégalités: télé-travail, télé-médecine, télé-éducation, etc.

Remarquez, je parle bien de nationaliser l’infrastructure d’accès à Internet, c’est à dire le réseau de fils et les appareillages informatiques nécessaires. Si des entreprises privées souhaitent exploiter ce réseau pour développer des services particuliers c’est très bien, ils n’auront qu’à payer leur juste part à l’État pour l’utilisation de l’infrastructure publique.

Mais je pense qu’il faut se rendre à l’évidence, le secteur privé n’a pas réussi à assurer une équité dans l’accès à Internet à tous les citoyens — et, cela, malgré de nombreux programmes de subventions publiques. Il n’est plus possible de continuer comme ça plus longtemps compte tenu de la nature des défis qui se présentent à nous dans les prochaines années.

Je pense qu’on a besoin d’un Hydro Québec de l’accès à Internet. Ce pourrait même être la pierre d’assise de plusieurs autres grandes réformes.

Certes, ce n’est sans doute pas une proposition sans inconvénients… discutons-en. Et il y a peut-être d’autres façons d’arriver aux mêmes fins sans devoir nationaliser, pourquoi pas? Tant mieux même…

…mais il va falloir finir par sortir des vœux pieux et assurer rapidement un accès universel et équitable à Internet à tous les citoyens, d’une façon ou d’une autre.

François Legault faisait le bon diagnostic il y a 18 mois:

«Au siècle dernier, il fallait amener l’électricité partout. Aujourd’hui, c’est Internet. C’est une urgence de le faire. C’est une obligation.» 

Reste à le faire, pour vrai — d’une manière ou d’une autre. En nationalisant les infrastructures s’il le faut.

La suite le requiert. Absolument.

Photo: Détail d’une œuvre de Erica Stoller vue au Symposium d’art contemporain de Baie-Saint-Paul en août 2019.

 

Le Québec d’après?

79DF7CE0-8D70-4A65-8352-1E0D7024DC6E

J’ai souvent écrit que l’optimisme était un choix plus qu’un tempérament.

J’ai lu cette semaine, sous la plume de Abdennour Bidar, que l’optimisme était une responsabilité. Ça me semble encore plus juste dans les circonstances.

« Certains semblent persuadés (…) que dès la fin de la pandémie va venir le temps d’une communauté humaine tout entière réveillée et ressoudée par l’épreuve, et qui, littéralement transfigurée, ne vivra plus dès lors que d’écologie, d’entraide et de paix. (…)

Soit. Je partage cet optimisme. Mais je voudrais ici rappeler que l’optimisme est une responsabilité — le mot est du philosophe Alain. L’épidémie à elle seule ne pourra rien pour nous. L’épreuve à elle seule ne sera pas salvatrice. Bien au contraire, elle risque fort de nous précipiter demain dans une situation bien pire. Ce que nous observons de positif durant ce temps suspendu du confinement s’évanouira aussitôt que les “affaires” auront repris, que chacun sera à nouveau accaparé par sa vie d’avant (…)

Retrouver l’espérance c’est bien, tout faire pour qu’elle se concrétise, c’est mieux. »

La question à laquelle il convient donc de réfléchir est comment on va pouvoir tirer profit de la pandémie pour transformer positivement la société dans laquelle on vit.

Qu’est-ce que ça veut dire? Comment faire? Concrètement.

Abdennour Bidar suggère qu’il faut commencer par se transformer soi-même. Certes, c’est une dimension importante. Mais je crois qu’indépendamment de ça, il faut aussi de s’interroger, dès maintenant, sur la dimension politique de l’après-crise.

Qu’est-ce que cela nous dit sur nos prochaines priorités collectives? Sur les défis que nous aurons à relever? Sur le rythme avec lequel il sera possible de les relever? Sur les qualités qu’il faudra rechercher chez les hommes et les femmes politiques? Comme député.e.s? Comme ministre et premier ministre? Sur le fonctionnement de notre démocratie?

Concrètement.

Je me réjouis de lire, depuis quelques jours, de plus en plus de textes sur le Québec d’après. Ils vont un peu dans toutes les directions et c’est parfait comme ça. On est à l’étape du remue-méninges… il faut brasser les idées, les points de vue, les craintes et les utopies.

On peut rêver, on doit rêver — surtout si ça aide à vaincre l’isolement — mais après il faudra les réaliser ces changements. Il ne se feront ni « tout seul », ni instantanément. Ce ne sera pas romantique, ce sera politique.

Les transformations qu’on aura souhaitées ne se feront pas toujours dans le consensus non plus. Ils feront l’objet de débats, probablement vigoureux. Ils impliqueront des choix difficiles, qu’il faudra arbitrer.

Malgré les conditions difficiles dans lesquelles nous serons vraisemblablement pendant plusieurs années, il n’en tient qu’à nous pour que ce soit aussi une période d’effervescence — un moment charnière pour redéfinir notre façon de vivre ensemble pour les prochaines décennies. Ce pourrait être comme la période du New Deal de Roosevelt, dont l’influence se fait encore sentir aujourd’hui dans nos structures sociales, même au Québec.

Ce pourrait être une période précieuse qu’il ne faudra pas laisser passer ni laisser seulement entre les mains des puissants actuels.

Il ne faut pas être dupe: quand le comité éditorial du Financial Times évoque la nécessité de réfléchir rapidement à l’instauration d’un revenu minimal garanti ce n’est probablement pas pour reconnaître que le capitalisme néolibéral a atteint ses limites, mais bien pour espérer lui permettre de continuer à prospérer… comme avant.

Si on veut que le monde change, il va falloir être en mesure de proposer des choses à la fois audacieuses et concrètes, de les faire entendre, de s’organiser pour qu’elles suscitent l’adhésion et faire en sorte qu’elles soient portées politiquement. À tous les niveaux: milieux de travail, municipal, régional, national.

Il faudra réusir poser les bases d’un nouveau New Deal — ou d’une autre révolution tranquille, pour prendre une référence plus proche de nous. On n’avait pas de grands moyens, comme société, pour se lancer dans les changements que nous avons entrepris à la fin des années 50… mais on a eu de l’audace, de l’ambition, et on a ancré nos rêves dans des actions concrètes (nationalisation de l’électricité, constructions massives d’écoles, etc.). Il faut réécouter cette extraordinaire série d’émissions de Radio-Canada pour s’en convaincre (en particulier les épisodes 3 et 4).

Actuellement, le gouvernement du Québec pitche de l’argent ici et là pour répondre aux besoins immédiats… il va au plus urgent — et il le fait assez bien, heureusement. Mais on ne pourra pas faire ça beaucoup plus longtemps… L’État sera rapidement à court d’argent. Nous devrons (ré)apprendre à distinguer ce qui est essentiel de ce qui est important… et garder des ressources pour bâtir l’après.

Très bientôt, les organismes et les entreprises qui demanderont de l’argent pour pouvoir continuer comme avant seront moins écoutés et ceux qui auront des idées à proposer pour faire les choses autrement, essayer autre chose, le seront d’avantage.

C’est à nous de voir à ce que les propositions qui seront mises en place soient basées sur des valeurs de liberté, de justice et de solidarité — et donc d’une plus grande considération pour notre environnement.

Entre deux séances d’exercices, ou deux visiococktails, je crois il faut prendre un peu de temps pour penser à tout ça, aussi.

Mise à jour

Une pause qu’il faut bien utiliser

F64139E1-CF68-4502-88B1-B5ABF0B73160

Le Québec est sur pause, François Legault l’a dit le 23 mars. On le sait. On fait avec, un jour à la fois, depuis une semaine. On le fait assez bien d’ailleurs: bravo nous!

Le message le plus important du point de presse d’aujourd’hui, je pense que c’est le Dr Arruda qui l’a formulé: on doit tirer profit de cette pause pour repenser nos façons de travailler.

« Et d’ailleurs, cette pause […] n’est pas une pause pour s’arrêter et se reposer […] mais surtout une pause pour repenser comment on travaille. Et je suis convaincu que dans cette adversité que nous vivons tous, nous allons transformer la façon dont on travaille pour permettre, dans quelques années, une meilleure conciliation travail-famille, etc — parce que ça nous force à penser autrement comment on travaille dans les différents milieux. »

En d’autres mots: après le choc initial, après l’expérimentation du télétravail — avec ses hauts et ses bas — il faut de prendre le temps de s’interroger sur la suite. Comment s’organisera le travail quand on va progressivement réouvrir les lieux de travail? À court terme, à moyen et à long terme?

Maintenant qu’on sait qu’on peut, dans l’urgence, repenser toutes nos façons de faire, quels sont les changements qu’on voudra conserver? Lesquels on voudra améliorer? Lesquels on souhaitera abandonner dès que possible? C’est le temps d’y penser, nous dit Dr Arruda.

Il faut faire cette réflexion parce que les milieux de travail qui présenteront moins de risques pourront plus rapidement redémarrer — et toute l’économie du Québec avec — mais plus largement aussi, pour éviter de se retrouver dans la même situation dans le futur.

Et tant qu’à faire, il ne faudrait pas se priver de réfléchir aussi à comment la crise actuelle peut nous amener à repenser nos façons d’aborder certains des défis auxquels la société québécoise étaient déjà confrontée avant la Covid 19?

Comment les sujets suivants, par exemple, sont transformés par ce que nous vivons actuellement?

  • L’importance de la production alimentaire locale.
  • Le commerce de proximité et le commerce en ligne.
  • La place de la culture québécoise dans l’univers numérique.
  • La qualité de l’accès à Internet en région.
  • L’aménagement urbain.
  • Le besoin de nouvelles infrastructures routières.
  • L’impact des déplacements internationaux.
  • L’éducation à distance.
  • La télémédecine.

Je crois que tous ces domaines de réflexions, tous ces enjeux de sociétés — et bien d’autres! — devront bientôt être abordés sous des angles nouveaux. Les débats auxquels ils donnaient lieu jusqu’à présent vont devoir reprendre sur de nouvelles bases.

C’est une belle opportunité si:

on continue de respecter les recommandations de la Santé publique et du gouvernement — pour ne pas ressortir de la crise trop maganés;

et si on est attentif à la suggestion du Dr Arruda d’utiliser la pause pour faire une bonne réflexion sur nos façons de travailler et, plus largement, à la façon d’organiser les différentes dimensions de notre vie en société.

Il faut faire les deux, parce que:

Si on s’en sort bien;

Qu’on redémarre l’économie aussi rapidement que possible;

Et qu’on le fait de façon ingénieuse, avec un nouveau regard notre environnement physique et social;

Alors le Québec en ressortira plus fort.

On peut encore y croire! — c’est un grand luxe quand on se compare avec d’autres pays qui risquent de sortir de tout ça pas mal plus maganés.

Il faut tout faire pour arriver à protéger ces conditions! On a tous un rôle à jouer pour ça.

On peut le faire. J’y crois. Ça va bien aller.

Que restera-t-il de cette semaine?

8C57BDBE-F627-41B2-B410-2ABB7275E4AC

Au terme d’une semaine complètement folle — invraisemblable, inimaginable, il y a encore à peine dix jours — j’ai senti le besoin de laisser la maison s’apaiser, de réduire l’éclairage, de me servir un petit verre de whisky, de mettre un peu de musique et décanter un peu tout ça. Pour me reconnecter. Pour prendre un tout petit peu de recul — ne serait-ce qu’une petite heure.

Que restera-t-il de cette semaine?

Assurément quelques sources d’espoir: pour plusieurs années on ne pourra plus jamais dire que quelque chose est impossible. On a réalisé cette semaine tellement des choses qu’on disait impossibles: techniquement, financièrement, légalement, politiquement. On a découvert que tout se pouvait si on le voulait vraiment — ou s’il le fallait vraiment. Et ça, c’est une immense avancée! Un déblocage inouï!

Plusieurs sources d’inquiétude: quel sera l’état de l’économie mondiale dans quelques semaines? Dans quelques mois? Je pense que ce n’est pas le moment de trop élaborer sur ça.

Beaucoup d’inconnus aussi: on est en train de perdre bien des repères: personnels, professionnels, politiques, locaux et internationaux. L’impression d’un effondrement. Dans quel état ressortiront les différents pays? Les équilibres mondiaux? Assisterons-nous à la chute de l’empire états-unien? Rien n’apparaît plus impossible. Un nouvel équilibre entre la politique et l’économie? Comment la globalisation se transformera? Quels impacts cela aura sur nos habitudes, sur notre vie quotidienne?

On n’est pas sortis du bois…

***

J’ai l’impression que la question la plus déterminante à ce stade-ci est de savoir si, au sortir de tout ça, dans quelques mois, ce sont plutôt les nouvelles contraintes qui influenceront notre avenir ou si ce sont plutôt les nouveaux possibles.

Est-ce que notre avenir apparaîtra encore plus compliqué qu’avant parce que tout cela nous aura appauvris et divisés ou si, au contraire, cela nous aura permis de nous libérer de certains des blocages qui nous empêchaient inconsciemment de nous émanciper?

Dans le premier cas, la pandémie aura plombé notre avenir pour longtemps alors que dans le second elle nous aura peut-être, au contraire, ouvert de nouveaux horizons. Je choisi d’être optimiste.

Je crois que c’est ça, au fond, qui se joue actuellement sous nos yeux — et c’est probablement ce pourquoi je suis si fier de constater l’état de notre État. Il est là: actif, puissant, efficace.

Le leadership que manifeste le trio formé par le Premier ministre Legault, le Dr Arruda et la ministre McCann est inspirant. Tout comme l’action concertée de tout le gouvernement, de tous les député.e.s et de tous les élu.e.s de partout au Québec.

Et que dire de la réaction exemplaire de (presque) toutes les Québécoises et tous les Québécois? — sinon que c’est vraiment très agréable de se sentir tous et toutes très solidaires!

Je veux croire qu’on peut en sortir plus forts.

C’est pour ça qu’on doit rester à la maison jusqu’à nouvel ordre: pour pouvoir en ressortir plus forts, plus ingénieux et plus innovateurs. Pour être mieux équipés pour relever ensemble les prochains défis qui nous attendent — en particulier ceux qui sont liés aux changements climatiques.

Il faut continuer! On est bien parti!

Je ne voudrais être nulle part ailleurs qu’au Québec par les temps qui courent. On travaille fort et on travaille bien pour faire face au virus — on ne le regrettera pas!

Alors juste avant d’aller me coucher, j’ai surtout le goût de prendre le temps de dire «Bravo nous!» pour cette première semaine de crise.

Faut pas lâcher — aussi longtemps qu’il le faudra.

Y nous aura pas ce virus-là!

De la politique stimulante svp!

EC094554-4740-4DDF-BF01-72894F26DA39

Je l’ai dit dans un texte récent, après plusieurs mois d’une grosse fatigue politique, je recommence à trouver la dynamique politique québécoise intéressante.

Pas que tout ce que je vois me plaît, bien sûr, mais je me réjouis tout de même en constatant que les idées semblent vouloir reprendre de l’importance.

Je trouve très stimulant, par exemple, que les jeunes du Parti Québécois osent mettre à l’ordre du jour de leur congrès des idées audacieuses, en sachant qu’elle feront réagir, et qu’elles pourront même faire l’objet de moqueries — parce qu’ils croient nécessaire qu’on en débatte. Ils ont raison: notre manière d’accueillir ces idées permettra de mieux définir le pays que nous souhaitons.

Les jeunes ont raison d’attirer l’attention sur l’anxiété (et sur l’écoanxiété, en particulier), sur l’essoufflement croissant d’un peu tout le monde et sur l’influence de notre mode de vie dans tout ça. Ils ont raison de nous forcer à explorer de nouvelles façons de répondre aux enjeux de santé mentale, d’endettement et de protection de l’environnement. Ils ont raison de nous dire qu’on a peut-être négligé de considérer la Loi sur les normes du travail comme un puissant levier pour aborder tous ces sujets.

Est-ce que leur proposition de réduire la semaine de travail de 40 heures à 30 heures est la bonne? Je ne sais pas, mais discutons-en! Et j’espère que tous les candidats à la chefferie se donneront la peine de dire ce qu’ils en pensent — et d’expliquer pourquoi.

Je me réjouis aussi de voir, et de lire, Paul St-Pierre Plamondon affirmer qu’il est urgent de sortir d’une politique de tactiques au sujet de l’indépendance et de revenir à une politique d’idées — de sortir du défaitisme et de redonner aux gens le goût d’adhérer à un mouvement parce que celui-ci constitue un moyen de concrétiser des projets auxquels ils croient.

Je trouve ça beaucoup plus stimulant que de voir défiler sur mon fil twitter des photos de motions refusées — motions qui avaient pour la plupart été formulées avec pour principale intention de faire mal paraître le gouvernement — comme plusieurs député.e.s, de plus d’un parti, l’ont fait aujourd’hui. Est-ce qu’on convainc qui que ce soit en essayant de gagner la journée parlementaire de cette façon?

L’attention publique est rare aujourd’hui — quand on l’a je pense qu’il faut en profiter pour proposer des idées stimulantes.

Et quand on ne l’a pas, je pense que la meilleure façon de l’obtenir c’est aussi de proposer des idées stimulantes.

Le retour des idées ne doit évidemment pas être seulement le fait du Parti Québécois — il faut souhaiter que ce soit le cas dans toutes les formations politiques, et que les médias y contribuent aussi — mais c’est particulièrement important dans une course à la chefferie comme celle qui s’amorce pour le PQ.

Je pense qu’il est plus important que jamais d’abandonner les perspectives inutilement partisanes — pire, le clientélisme — pour parler de façon inspirante à tous les Québécois et toutes les Québécoises.

Parlons d’idées. Et d’idées audacieuses, de préférence!

Sortir des discours moralisateurs

4F804DCD-8792-4AF1-840D-0293FD7F8B08

J’ai lu avec un grand intérêt le texte que La Presse a consacré ce matin aux propositions de Paul Saint-Pierre Plamondon au sujet de l’environnement.

Bien sûr parce que l’environnement est un sujet indispensable pour juger quiconque aspire à être chef d’un parti politique en 2020 (probablement le plus indispensable de tous!).

Mais aussi parce que l’état d’esprit qui se dégage de la proposition me plaît beaucoup: il faut aborder le défi environnemental de façon proactive, en mobilisant les citoyens, de façon constructive — et pour cela, abandonner les discours moralisateurs ou, pire, culpabilisateurs.

« Je propose une approche renouvelée en environnement où l’on parle des solutions environnementales avec aplomb, de manière rafraichissante et rigoureuse et en insistant constamment sur les succès qu’ont connus d’autres pays comparables en la matière. Il faut en effet sortir du discours moralisateur et orienter la discussion vers les meilleures pratiques dans le monde. »

Il faut de l’ambition, du pragmatisme, et un discours rassembleur — même (surtout!) avec les gens qui ne pensent pas comme nous.

Je pense que PSPP a raison de souligner que malgré un très bon programme environnemental, le Parti Québécois n’a pas réussi à se faire entendre efficacement sur cette question au cours des dernières années — et que pour y arriver, il va falloir faire les choses différemment. Il va falloir une nouvelle forme de leadership.

J’ai déjà salué certaines prises de position de Sylvain Gaudreault sur l’environnement. Et j’ai hâte d’entendre les propositions concrètes qu’il formulera à ce sujet dans le cadre de la course à la chefferie. J’espère qu’elles comporteront aussi une forme de rupture sur les manières de faire que le PQ a adoptées au cours des dernières années.

Je crois que les candidats à la chefferie ne doivent pas avoir peur de remettre en question ce qui a été fait dans les dernières années — dans tous les domaines.

De mon point de vue, la course est d’abord et avant tout une occasion pour démontrer qu’ils peuvent incarner une nouvelle forme de leadership.

À ce sujet, un texte me revient à l’esprit: Sur le leadership (2011) — et cette phrase, en particulier:

« I wish we had more dynamic following around here. That’s were the real energy of an organisation comes from. »

Je suis profondément convaincu que le Québec a plus que jamais besoin de leaders qui mobilisent; qui peuvent rallier, largement; qui favorisent une participation dynamique de tout le monde; qui acceptent les remises en question et qui acceptent de donner leur chance à des idées nouvelles.

Même si ça dérange. Surtout si ça dérange.

Un an plus tard, au PQ…

664AE69A-A201-4BD1-9848-ED4AFC475DA8

J’ai eu une semaine un peu folle (que dire, un mois… un trimestre même!). Mille fois je me suis répété un jour à la fois, une chose à la fois même… J’ai néanmoins réussi à prendre chaque jour de petites notes personnelles. Ça fait maintenant partie de mon hygiène mentale.

Ces petites notes me permettent aussi de constater le temps qui passe — dans la vie en général, et dans ma vie en particulier. Comme aujourd’hui, où elles me rappellent ce texte écrit il y a un an: Et toi, tu ferais quoi avec le PQ?

Ça allait mal pour le PQ il y a un an. Très très mal. Un ami m’avait invité à exprimer ce que je ferais moi, pour lui redonner de la vigueur.

Et je dois dire qu’un an plus tard, je dois lever mon chapeau à celles et ceux qui ont tenu le fort — beaucoup de choses ont été faites, et plusieurs de mes souhaits ont été réalisés:

  • Le parti a adopté une Déclaration de qui énonce simplement les principes essentiels qui doivent rallier ceux qui adhèrent au parti.
    • …et comme plusieurs de éléments que j’évoquais s’y retrouvent, ça me plaît beaucoup.

Je pense que quand on se donne le droit de critiquer, il faut aussi prendre le temps de le dire quand ça va bien: la dernière année a été, globalement, très bonne pour le Parti Québécois.

***

La suite — le rythme et la manière de faire les choses, concrètement, au quotidien, devra être débattu dans le cadre de la course à la chefferie, et c’est tant mieux! La transformation doit se poursuivre…

Je continue de penser qu’on peut se donner du temps, ne pas chercher à plaire à tout le monde, cultiver de l’ambition, réfléchir avec de la perspective — et fixer l’horizon au-delà de la prochaine élection.

D’autant plus que je trouve que le gouvernement de la CAQ fait, de façon générale, un travail pas pire pantoute — et que je constate qu’une grande majorité des Québécois et des Québécoises pensent la même chose.

Je recommence à trouver la dynamique politique québécoise positive et inspirante — et je trouve ça encourageant.

Les médias, la culture et les géants du Web

À la lecture des nombreuses chroniques publiées depuis quelques jours en rapport avec la culture, les médias et les géants du Web, je sens le besoin de souligner le caractère complémentaire de trois éléments… qui m’apparaissent même indissociables.

1- Il est évidemment nécessaire de s’assurer que les géants du Web paient des impôts sur les revenus qu’ils font au Canada et au Québec — comme le font toutes les entreprises canadiennes et québécoises.

C’est une question d’équité fiscale.

Mais ça ne réglera pas les problèmes que les secteurs des médias et de la culture rencontrent aujourd’hui — qui sont essentiellement liés à l’obsolescence des modèles d’affaires.

2- Il est tout aussi nécessaire d’explorer des façons d’imposer aux géants du Web un cadre législatif et réglementaire qui permettra aux médias locaux et aux productions culturelles locales de coexister avec les offres internationales — voire d’être favorisées dans le but de soutenir la diversité des expressions culturelles.

C’est un principe qui est reconnu par la Convention sur la diversité des expressions culturelles, qui a été ratifiée par 145 pays, dont le Canada, et le Québec, en 2005.

Mais cela ne suffira pas si les les principaux intéressés s’entêtent par ailleurs dans des comportements auto-destructeurs dans l’univers numérique.

3- Il est par dessus tout indispensable que les médias (et les acteurs culturels, mais qui ont une longueur d’avance, dans ce cas) modifient leurs rapports schizophréniques avec les géants du Web.

Parce qu’il est faux de dire que les géants du Web vampirisent les contenus des médias — ce sont les médias qui font actuellement tout pour que Google et Facebook mettent plus et mieux en valeur leurs contenus. Ce sont eux qui les codent pour qu’ils soient bien indexés par Google, qui déposent eux-mêmes tous leurs contenus sur Facebook, qui s’assurent qu’ils soient le plus largement partagés, qui envoient leurs lecteurs commenter et débattre sur Facebook et Twitter, etc. Certains produisent des émissions en direct sur Facebook seulement… On en voit même accepter maintenant de l’argent de Facebook pour produire des contenus exclusifs!

Par conséquent,

Tant que les comportements par rapport aux géants ne changeront pas;
Tant que les modèles d’affaires ne changeront pas;
On aura beau adopter toutes les lois, les règlements et les quotas qu’on voudra…
Et même si on prélève (enfin) toutes les taxes et impôts de façon équitable…

…les problèmes qu’on déplore aujourd’hui ne trouveront pas de solutions durables.

La seule façon de réussir, c’est de faire tout ça à la fois.