Entreprendre durablement au coeur des réseaux…

Jean-Sébastien publie sur son blogue un texte qu’il vient de soumettre à trois quotidiens québécois. J’aime beaucoup le ton et il me semble que son propos est très juste — particulièrement en ce qui regarde la faible prise de conscience de nombreux entrepreneurs par rapport à la société de l’information.

Cela me semble un peu paradoxal que des enterpreneurs se présentent en victimes ou n’imaginent que des solutions qui soient « en dehors d’eux-mêmes ». Cela ne correspond pas tellement à ma conception de l’entrepreneuriat.

Et si l’attititude de certains entrepreneurs et de certaines chambres de commerce faisaient partie des choses à revoir dans « le climat social actuel »? C’est la piste que Jean-Sébastien nous invite à explorer en tous cas…

Un candidat à la présidence semonce « les pédagogues »

Nicolas Sarkozy a fait aujourd’hui un très long discours portant essentiellement sur l’éducation. Le texte est fort bien écrit, très vertueux, et sert d’occasion pour semoncer indifféremment tous ceux qu’il appelle « les pédagogues ». Extraits:

Je refuse d’expliquer que le niveau de l’enseignement monte alors qu’il n’y a jamais eu autant d’enfants qui ne savent ni lire ni écrire, que la méthode globale est une réussite, que la démocratisation de l’enseignement est un succès. […]

Comment croire à la valeur de l’effort si l’école ne l’a pas inculqué ? On ne rend pas service à la jeunesse en détruisant l’autorité du professeur et la légitimité du savoir. […] On ne rend pas service à l’élève de 4e auquel on demande d’écrire une autre fin au « Cid » comme s’il était le rival de Corneille. On ne rend pas service à la jeunesse en lui enseignant que tout se vaut. […]

L’école, dans le primaire et dans le secondaire, ce n’est pas la délibération, ce n’est pas le colloque permanent. L’école c’est la transmission des savoirs, des normes et des valeurs et au premier rang d’entre elles, de celle du respect.

Je veux une école du respect où les élèves se lèvent quand le professeur arrive […]

Je veux dire aux pédagogues que s’il ne faut pas écraser la personnalité de l’enfant, ni étouffer sa spontanéité, qu’il faut l’encourager à développer toutes ses potentialités, il ne faut pas pour autant renoncer à l’instruire.

Je n’ai pas d’opinion sur les candidats à la Présidence et je ne cherche même pas à m’en forger une. Je m’accorde cette fois seulement le droit d’observer, d’analyser, d’essayer de comprendre, d’apprendre. Mais devant pareil discours, sur un sujet aussi déterminant pour l’avenir d’une société, je ne peux qu’être désolé — et un peu inquiet.

L’Institut CD Howe critique les CPE et Cyberpresse en ajoute!

Ça me choque de lire ce matin dans Cyberpresse que « l’Institut CD Howe recommande au gouvernement fédéral d’éviter l’exemple québécois de service de garderie ».

Ce n’est pas le point de vue de l’Institut CD Howe qui me choque… c’est le traitement que Le Soleil donne à la nouvelle! Il me choque parce qu’il manque clairement de perspective — ce qui est d’autant plus important lorsqu’un texte aborde un sujet chaud à partir du point de vue d’un organisme reconnu pour ses points de vue polémiques.

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Croire dans l’éducation

Un texte de François m’a bousculé il y a quelques jours: désillusion de l’éducation. J’ai dû prendre un peu de temps pour y penser avant de réagir… parce qu’il ne faut pas perdre confiance dans l’éducation. Nous n’en avons pas les moyens… il n’y a rien d’autre pour faire face à l’obscurantisme, à l’injustice, à la misère à la guerre et aux espoirs déçus.

Quand on ne croit plus dans l’éducation on ne croit plus en rien. Il faut y croire. Par conviction ou, à défaut, par obligation.

En contrepartie, il faut sans doute accepter de remettre en question notre conception de l’éducation et la manière dont on la conduit généralement.

* Charles-Antoine insiste sur l’importance du « vivre ensemble »;
* Negroponte, cité par Mario, rappelle que l’enseignement n’est qu’une des manières d’éduquer;
* Le congrès des Villes éducatrices (où je serai évidemment!) sera l’occasion de nous rappeler que les écoles ne sont pas le lieu exclusif de l’éducation.

C’est juste, je partage tout ça, mais je pense qu’il faut aller plus loin. Il faut surtout remettre en cause notre conception pittoresque de « l’éducateur solitaire » — celui qui enseigne seul devant son groupe d’élève — et (re)bâtir une conception de l’éducation comme une responsabilité véritablement collective, où l’enseignant joue un rôle essentiel au sein d’un vaste ensemble d’intervenants, dans et hors de l’école.

Être éducateur aujourd’hui, être prof, être pédagogue, est-ce que ça ne devrait pas d’abord et avant tout être un leader — celui qui prend les devants — être celui ou celle qui coordonne le déploiement de toutes les ressources que la société choisi de mettre à la disposition des enfants pour apprendre à vivre en société? Être celui qui accompagne, celui qui trace le parcours par lequel un petit humain devient un adulte? Être prof, n’est-ce pas avant tout être en mesure de mettre en contact, au moment opportun, ceux qui savent et ceux qui veulent ou ont besoin d’apprendre?

Pas facile tout ça. Impossible, sans doute, dans le contexte actuel. Mais est-ce une raison suffisante pour ne pas y croire? Pour ne pas l’espérer? Pour ne pas travailler à faire en sorte que cela puisse se réaliser?

Je comprends très bien que François puisse flirter avec la désillusion. Ce doit être difficile, très difficile, par les temps qui courent, d’être un prof solitaire dans une école-sanctuaire.

Vraiment, plus que jamais, la pédagogie telle que je la conçois passe par:

– Une ouverture croissante de l’école sur son milieu;
– La conception de la ville comme une cité éducative;
– La reconnaissance des profs comme les indispensables catalyseurs de la réalisation d’un travail social qui ne peut être que le résultat d’une concertation et d’un engagement collectif permanent.

Voilà pourquoi je rêve d’une ville où des incitatifs seraient mis en place pour:

– encourager les écoles à mettre en tous temps leurs ressources à la disposition des communautés qui vivent à proximité;
– pour multiplier les interactions de nature éducative entre tous les acteurs de la communauté;
– valoriser le travail des enseignants et leur accorder les privilèges nécessaires pour leur permettre de collaborer plus facilement entre eux, de tirer profit des ressources de leur milieu, de faire appel aisément aux médias, aux entreprises, aux élus, etc.

Quand il est question d’éducation, devant le risque de désillusion il faut rêver. Croire et rêver.

L’immigration à Québec… pourquoi?

Je m’énerve un peu en constatant la nature du débat sur l’immigration qui a cours présentement à Québec.

D’une part, la mairesse rappelle — avec raison — que les immigrants ne doivent pas être considérés comme des machines qu’on importe pour répondre aux besoins des entreprises de la région. C’est une déclaration qui est toute à son honneur.

D’autre part, la Chambre de commerce de Québec rappelle — aussi avec raison — qu’il faut malgré tout être en mesure d’offrir un travail valorisant aux immigrants si on désire qu’ils s’intègrent adéquatement à la société québécoise (il faut quand même déplorer certains choix de mots et quelques nuances manquantes dans ce communiqué) .

Enfin, la Chambre de commerce des entrepreneurs de Québec formule une opinion selon laquelle c’est une illusion de croire que l’immigration qui permettra de combler les besoins de main-d’oeuvre des entreprises de la région et qu’il faudrait plutôt faire des efforts pour amener des travailleurs d’autres régions du Québec vers la capitale.

Ce ne sont pas les positions des uns et des autres qui m’agace, c’est le fait qu’en posant ainsi le débat en terme de « besoins du marché du travail » on occulte ce qui est à mon avis la principale raison pour privilégier l’immigration dans la région de Québec.

Il me semble que dans un monde de plus en plus globalisé, où l’interdépendance des pays, des régions, des villes et des peuples et des plus en plus évidente, il est indispensable de comprendre la diversité — de la côtoyer, dans la mesure du possible — de savoir que tout le monde ne vit pas de la même façon, de réaliser qu’ailleurs c’est aussi ici…

Si nous avons toutes les raisons de croire dans l’ingéniosité et le savoir faire de gens de Québec, d’en être fiers, et de penser qu’il pourrait rayonner partout autour du monde — comme les créations de Robert Lepage — il faut bien admettre qu’un des principaux handicaps auquel nous devons palier pour cela, c’est de vivre dans un vase clos relatif — entre nous — très blancs, très catholiques, très francophones. Il y a bien quelques touristes pour nous rappeler l’existence d’un autre monde, mais c’est clairement insuffisant.

Il me semble que dans ce contexte, l’immigration devrait d’abord être perçue comme une fenêtre sur le monde, comme une passerelle vers des réalités qui nous sont autrement inaccessibles, étrangères, inconnues. Dans cette perspective, c’est une relation de solidarité qui doit s’installer dès le départ entre l’immigrant et son milieu d’accueil: il faut s’entraider, pour se comprendre, pour s’expliquer le monde, ici et ailleurs – c’est une condition pour ressortir mutuellement enrichis de cette expérience. Il faut accueillir les gens d’abord pour ce qu’ils sont.

Si on y croit, il faut donner plus régulièrement la parole aux immigrants — pas pour leur faire dire que nous les avons bien (ou mal) accueilli, mais pour les inviter à nous parler d’eux, d’où ils viennent, du monde que nous partageons, de ce qui les amènent à Québec — de ce qui est semblable et de ce qui est différent, ici et là-bas.
* * *

Lorsque j’avais sept ou huit ans et que je restait à l’école le midi, c’est Madame Malouf qui supervisait le dîner.

Un jour, vers la fin de l’année, Madame Malouf nous a présenté des diapositives du Liban, le pays qu’elle avait quitté pour venir s’installer au Québec. Je m’en souviens comme si c’était hier. Un de mes souvenirs d’école les plus clairs.

Une première série de diapositives nous avait permis de découvrir le Liban d’avant la guerre et sa splendide côte méditerranéenne avec ses plages, ses grands hôtels, de remarquables immeubles et de superbes avenues. Une deuxième série nous avait permis de comprendre les conséquences de la guerre: des images semblables, où on pouvait reconnaître les mêmes lieux, les mêmes immeubles, mais où, pour l’essentiel, il n’y avait plus qu’un champ de ruines. Inoubliable, à tout âge, mais encore plus pour des yeux d’enfants.

Chaque jours, je revois les images que madame Malouf nous a présentées et même vingt-cinq ans plus tard, elles ont plus de sens que celles que me présentent aujourd’hui en boucle Radio-Canada, Libération, Le Monde ou CNN. Ces images ont un visage, elles m’obligent à ne pas « théoriser » cette guerre — elles m’imposent de ne pas perdre de vue que derrière tout « ça » il y a des gens qui souffrent.

Aujourd’hui, je souhaiterais qu’il y ait une Madame Malouf dans toutes les écoles du Québec, au moins une, pour parler de son pays d’origine aux enfants, pour leur parler de la paix et de la guerre, de ce qu’elles ont laissé derrières elles et de ce qu’elles ont trouvé ici.

Aujourd’hui, je souhaiterais qu’il y ait beaucoup de Madame Malouf à Québec… non pas parce que nous manquons de personnes pour superviser les enfants le midi dans les cafétérias scolaires, mais parce que je pense que leur présence est indispensable pour préparer adéquatement les enfants à vivre dans le monde qui sera le leur — celui que nous leur aurons laissé en héritage.

Merci Madame Malouf. Merci. Et bon courage.

Ma langue, deux langues, les langues…

Chaque matin, je survole sur le Web les principaux textes de quelques journaux français et québécois: pour garder le beat, pour faciliter la découverte des contrastes entre mon hier et mon aujourd’hui… pour inventer progressivement mon demain. J’aime les contrastes, petits et grands, parce qu’ils m’interpellent.

Le contraste était particulièrement fort, jeudi, entre les textes placés à la une du Soleil et à la une du Monde. Extraits:

À Québec: « Germain Lamonde, président d’EXFO, suggère de laisser tomber la francisation des immigrants afin de les convaincre de venir… et de rester. Si les immigrants doivent absolument apprendre le français pour venir s’installer ici, oublions ça. L’immigration, c’est tout un défi pour une ville blanche et monolithique comme Québec. Mais c’est aussi une grande opportunité » […] Les Québécois devront faire un effort pour « s’internationaliser de l’intérieur », poursuit M. Lamonde. »

(Source: Le prix à payer: sacrifier le français, Le Soleil, 27 avril 2006)

À Paris: « Le premier devoir de quelqu’un qui est accueilli est de respecter celui qui l’accueille, et donc d’aimer la France ou au moins de la respecter. […] C’est un minimum que d’exiger que l’on apprenne le français. »

(Source: Immigration et Front national: Nicolas Sarkozy s’explique, Le Monde, 28 avril 2006)

La situation linguistique en France et au Québec est évidemment très différente. Celle de l’immigration aussi.

Je ne doute pas que de très vives réactions ont dues suivre la suggestion de Germain Lamonde, peut-être avec raison, je ne sais pas. Est-ce une proposition réaliste? Ça reste à voir. Il y a peut-être d’autres pistes à explorer.

Quoiqu’il en soit, le contraste me laisse l’impression que sur la question linguistique, le Québec « reprend un peu de confiance » alors que la France semble être tentée par « le repli sur soi ». Si c’est bien le cas, je m’en réjouis pour le Québec, et m’interroge, perplexe, pour la France.

Cela dit, « reprendre confiance », à Québec, ça me semble encore insuffisant! Il faudra s’ouvrir davantage, valoriser l’apprentissage des langues, beaucoup plus! Stimuler leur pratique et leur affichage. Il faut cesser de s’étonner que les panneaux d’information touristique soient aussi en anglais, et faire en sorte qu’ils soient également en espagnol, en allemand, et en italien, par exemple.

Parmi les choses qui me frappent le plus depuis mon arrivée en France, c’est de constater que le monde ne se construit pas qu’en anglais — contrairement à l’impression que peut nous laisser la vie quotidienne à Québec — ni même dans une seule langue à la fois, quelle qu’elle soit… C’est une affaire de multilinguisme!

L’Europe (un concept très « réel » vu de Paris) se construit en plusieurs langues à la fois, dans une danse des mots qui s’affichent partout: dans le tourisme, sur les boîtes de céréales, dans les publicités, dans les sites Web pour enfants, etc. Et je me dis que cette prise de conscience est absolument essentielle aujourd’hui pour rester dans la game.

À cet égard aussi, il faudrait que Québec soit une cité éducative. ;-)

Mise à jour: Incroyable! Même débat… dans la plus prétendue plus grande puissance du monde:

« And I think people who want to be a citizen of this country ought to learn English, » Mr. Bush said. « And they ought to learn to sing the national anthem in English. » »

(Source: NewYork Times, 29 avril 2006).

Merci à Margarita pour avoir attiré mon attention sur le sujet.

Délires souverainistes vus de Paris

Le texte qui suit a été soumis aux quotidiens Le Soleil et Le Devoir il y a plusieurs jours. L’intention des cosignataires étant de contribuer au débat qui a suivi les déclarations récentes de certains tenors souverainistes, nous souhaitons pour le publier ici aujourd’hui.

* * *

Souveraineté du Québec
Le désolant spectacle de l’amertume

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Chapeau. Et merci!

Grâce au site Web de l’Assemblée nationale, j’ai pu regarder en direct le discours que Pauline Marois vient de prononcer au Salon bleu de l’Assemblée nationale afin d’annoncer son départ de la vie politique. Un remarquable discours.

Je manque de temps, ce soir, pour « ramasser adéquatement mes idées » et expliquer pourquoi sa décision m’attriste. Mais j’ai forcément le temps de lever mon chapeau à cette admirable femme politique.

Il y a son bilan, impressionnant, ses réalisations. Il y a sa façon de faire la politique, il y a son parcours, il y a son caractère de pionnière, il y a sa détermination, son engagement aussi. J’ai le goût de revenir sur les impacts concrets que tout ça a pu avoir sur moi, comme québécois de 32 ans… mais pas ce soir.

Une chose qui me fatigue déjà dans les hommages qui lui sont faits: les phrases du type « …peu de femmes au Québec qui ont fait autant que vous… ». Bordel! C’est vrai… mais peu d’hommes aussi! Son parcours n’est pas exceptionnel parce qu’elle est une femme. Il est exceptionnel. Point.

Heureusement, Jean Charest a finalement bien tourné la chose dans le bref hommage qu’il lui a rendu à la suite de son discours.:

« Un jour, sait-on jamais, peut-être qu’un homme fera la même chose. Permettez-moi d’en douter »

Chapeau Mme Marois. Et merci.

(J’y reviendrai.)

Coïncidences sur le thème « Cité éducative »

Je manque terriblement de temps pour écrire ici aussi souvent que je le voudrais. Mais aujourd’hui, trop de choses ont « curieusement » attiré mon attention pour que je ne prenne pas le temps d’en laisser quelques traces… il me semble que tout m’interpelle pour me rappeler de ne pas oublier que le concept de cité éducative doit rester au coeur de mes réflexions — que c’est ma pierre angulaire.

— Il y a quelques jours un message de Québec, sollicitant ma collaboration sur le sujet…

— En entrant dans le métro ce matin, une affiche: Vivre les villes

— Puis ce soir, toujours dans en entrant le métro: Concours Talents des Cités

— … comme si ce n’était pas assez, en sortant du métro, on me met dans les mains un programme du Festival artistique étudiant "Ici et demain"

— Et en rassemblant tout ces liens, je découvre la Maison des initiatives étudiantes« …parce qu’il est essentiel d’établir un véritable dialogue entre la Mairie et le monde étudiant… »

— Tout ça sans compter un autre message qui m’invitent à prendre contact avec un spécialiste des relations entre musées et citoyenneté. Décidément!

Merci Colonel ! (il faut lire Kafka sur le rivage pour comprendre — un livre aussi superbe qu’étrange)

Sur la soi-disant impuissance du MELS

Une discussion dans la liste de discussion edu-ressources me porte à réfléchir.

Grosso modo, le point de départ de la discussion:

Il y a de plus en plus d’ordinateurs dans les écoles québécoises; le branchement à Internet est de mieux en mieux, les familles sont de mieux en mieux équipées… mais pourtant, les statistiques sur l’utilisation réelles de l’ordinateur à l’école ne varient que très peu depuis dix ans.

Et le point de chute (actuel):

Pour observer une amélioration, il faudrait que la responsabilité des ordinateurs dans les écoles incombe aux services éducatifs et non aux services informatiques. Malheureusement, dans un contexte de décentralisation, le ministère de l’Éducation ne peut rien faire pour cela… « Nous ne pouvons que lire vos textes et compatir avec vous… Désolé. », a-t-on même pu lire…

Il me semble qu’il y a dans cette discussion une grande confusion et que sous le couvert de la décentralisation, c’est à une véritable déresponsabilisation de l’État qu’on nous invite à consentir.

Je suis favorable à la décentralisation et pour la responsabilisation des milieux qui doit normalement l’accompagner;

Je suis conscient que cela implique que le ministère de l’Éducation, par exemple, ne pourra plus intervenir pour « corriger les mauvaises décisions » prises ici ou là.

Je suis conscient que cela implique aussi la possibilité que des milieux fassent dans certains domaines des avancées beaucoup plus rapides et que des disparités importantes puissent apparaître sur le territoire — y compris dans le domaine de l’éducation.

Mais je ne suis surtout pas d’accord avec le fait que le ministère ne peut plus intervenir. Et je suis encore moins prêt à me faire dire que l’État « peut seulement compatir avec nous ». L’État doit simplement apprivoiser de nouveaux modes d’actions, de nouveaux vecteurs d’influence, un nouveau type de discours.

Dans le contexte politique actuel, il me semble que nous sommes en droit de nous attendre que le ministère de l’Éducation concentre son action sur:

  • La collecte d’information permettant de faire un juste portrait de la situation, au plan national, dans chacune des régions et dans chaque commission scolaire.
  • La formulation d’orientations et d’objectifs généraux qui, sans être forcément contraignants, peuvent suggérer une direction à suivre, un rythme souhaitable.
  • L’animation du débat public sur les thèmes autour desquelles s’articulent les orientations et les objectifs.

S’il faut éviter d’attendre que le gouvernement apporte des solutions à tous nos problèmes, nous devons exiger qu’il joue un rôle actif dans l’animation des débats qui sont nécessaires à l’identification des solutions.

Il me semble qu’affirmer que l’État ne peut plus rien faire parce sous prétexte qu’il n’en a plus les moyens, c’est jouer le jeu des idéologues néo-conservateurs qui aimeraient bien qu’on oublie que l’intervention dans les débats publics est aussi un pouvoir… parfois bien plus puissant que l’action politique unilatérale.

Concrètement, dans le cas qui nous intéresse, j’ai depuis longtemps cessé d’attendre « un nouveau plan Marois »… mais j’ai encore le goût de hurler ma frustration devant l’absence presque totale du ministère de l’Éducation dans les discussions sur le logiciel libre, les nouvelles formes de ressources didactiques numériques, les politiques d’équipements, etc.

Ce silence est aussi impardonnable qu’injustifiable.

L’énigme de Québec

Il faudrait être bien indifférent à la chose politique pour ne pas s’interroger sur ce qui est devenu le buzz du moment et qui a désormais pour nom « l’énigme de Québec ». Il y a forcément quelque chose à comprendre quand une région — ma région — bascule ainsi politiquement. Quelque chose à comprendre sur le jeu politique qui s’y joue ou sur la façon de réfléchir des gens qui y vivent.

J’en ai discuté avec quelques amis. J’ai lu quelques textes. Pris connaissance de quelques analyses — savantes ou spontanées. Parmi toutes ces explications, plusieurs me sont apparues un peu simplistes, d’autres un peu trop abstraites pour pouvoir éclairer l’action politique.

Lire la suite de « L’énigme de Québec »

Entre l’utopie et la réalité

C’est étrange.

J’ai été silencieux ici très (trop?) longtemps parce que je manque de temps pour mettre de l’ordre dans mes idées personnelles… me contentant pour le moment d’absorber, de noter, d’emmagasiner. J’en ai plein les yeux, plein le coeur, plein la tête.

Et voilà précisément que c’est cette difficulté de trouver du temps pour réfléchir qui me ramène ici.

Parce que mon blogue est le meilleur outil dont je dispose pour m’accompagner dans mes réflexions.

Parce que je l’ai modelé ainsi; parce qu’il m’est personnel… tout en me reliant à des gens qui ont manifesté de l’intérêt pour réfléchir avec moi.

Évidemment, le problème quand on reprend l’écriture après autant de temps, c’est de savoir par où commencer, parce que forcément, les sujets ne manquent pas…

Cette fois, quand je cherche un fil conducteur entre toutes les idées, embryonnaires, qui me passent par la tête depuis quelques semaines, il y a un texte qui occupe une place privilégiée. Il s’agit d’un texte de François Dubet, lu dans Libération, le 12 janvier.

Dans ce texte intitulé Redoutable égalité des chances, le sociologue aborde sans complaisance le caractère utopique (voire illusoire) du concept d’égalité des chances qu’il estime, par ailleurs, indispensable pour le bon fonctionnement (et le développement) d’une société démocratique.

Pourquoi utopique?

« …tout devrait nous conduire à être prudent en la matière car, après tout, l’ensemble des recherches sociologiques conduites en France et ailleurs montre que ni l’école ni le marché du travail ne parviennent à effacer les effets des inégalités sociales. »

« …l’égalité des chances constitue notre horizon de justice central, qu’elle est la fiction sur laquelle nous continuons à imaginer qu’il est possible de construire des inégalités justes. Un enseignant peut être révolté par les inégalités sociales qui pèsent sur les performances de ses élèves, il n’empêche qu’il est «obligé» de croire à l’égalité des chances quand il note leurs copies… »

« L’orgueil des élites issues des compétitions économiques et scolaires montre aisément que l’égalité des chances peut être, à la fois, une forme de justice et une manière de légitimer de plus grandes inégalités puisque celles-ci sont produites par un principe indiscutable. Dès lors, l’égalité se retourne contre elle-même. »

« …si nous méritons nos succès et nos échecs, nous ne méritons pas forcément les vertus et les handicaps qui nous font triompher ou échouer. »

« Même juste, l’égalité des chances implique mécaniquement qu’il y ait des vaincus… »

Pourquoi nécessaire?

« …il est évident que, dans les sociétés démocratiques affirmant l’égalité fondamentale des individus, l’égalité des chances est la seule manière de produire des inégalités justes, c’est-à-dire des inégalités tenant au mérite de chacun, à son travail, à sa vertu et à sa liberté puisque chacun doit être libre de mettre son propre mérite à l’épreuve. »

« …l’égalité des chances ne vise pas à produire une société égalitaire, mais une société dans laquelle chacun peut concourir à égalité dans la compétition visant à occuper des positions inégales. »

« La lutte pour l’égalité des chances ne peut pas faire l’économie du combat pour la réduction des inégalités sociales, des inégalités des positions et des ressources… [c’est] la seule façon d’offrir des garanties et une égalité sociale fondamentale à ceux qui échouent dans la compétition égalitaire, fût-elle juste. »

« Pour être juste et vivable, une société ne peut se réduire à cette sorte de compétition permanente et d’autant plus permanente qu’elle serait juste, à une société dans laquelle chacun ne serait que l’entrepreneur de lui-même. Pour cette raison, la justice ne consiste pas seulement à réduire les inégalités de position, elle conduit aussi à faire que ces positions soient les meilleures possibles en permettant à chacun de construire la vie qui lui semble bonne. »

Pourquoi avoir choisi ce texte?

Parce que d’une certaine façon, il rassemble plusieurs convictions qui me servent à articuler mes préoccupations sur la ville comme une cité éducative (plus présentes et alimentées que jamais), sur le rôle de l’école (que je découvre sous de nouveaux angles), sur la place du matériel didactique et des « technologies numériques » (plus que jamais au coeur de mon quotidien) dans un projet éducatif « libérateur et solidaire ». Il fait aussi clairement écho à plusieurs des observations (parfois étonnantes!) que je fais sur l’évolution de la situation politique à Québec, au Québec et au Canada.

En effet, quand je lis, j’entends et je vois, malgré la distance, les discours simplistes de plusieurs politiciens; quand je m’indigne (en privé, pour le moment) de plusieurs décisions qui se prennent dans ma région; quand je lis avec effroi certains discours sur la réforme scolaire; et quand je constate que la tactique fait office de valeurs pour plusieurs partis et mouvements politiques qui devraient animer l’espace public dans le but de « tirer la société vers le mieux »… je me dis que c’est très juste (et nécessaire) aujourd’hui d’affirmer, comme le fait François Dubet dans ce texte, que malgré les contraintes auxquelles la réalité nous confronte, et en dépit des résignations temporaires qu’il est parfois nécessaire d’accepter, il faut continuer d’affirmer les valeurs qui nous guident, de formuler des utopies et d’oeuvrer avec détermination à rallier les gens autour des idées qui en découlent. À défaut de le commenter de façon plus complète dès maintenant, notons que c’est également dans cette perspective que j’ai lu avec grand intérêt la récente réflexion de Philippe Meirieu sur le rôle des enseignants à l’horizon 2020.

En d’autres termes, ce qui apparaît dans un premier temps contradictoire peut n’être en fait qu’un méandre sur la trajectoire qui doit nous mener vers une destination projetée. Évidemment, il n’y a rien comme avoir clairement en tête cette destination pour accepter les détours auxquels la vie nous convie…

Il me semble qu’en cela le travail des enseignants et celui des animateurs de l’espace public se rejoignent clairement parce qu’ils impliquent dans les deux cas d’être en mesure de formuler des projets dans lesquels les gens à qui ils s’adressent pourront s’engager avec suffisamment de conviction pour accepter les efforts et les sacrifices que leur réalisation peut impliquer.

C’est aussi — dans une tout autre perspective — le défi qui se pose à moi ici pour les prochains mois. Je m’en réjouis.

Bingo politique…

Je suis aussi débordé que fatigué par l’aventure française dans laquelle je suis plongé… mais je garde quand même un oeil sur ce qui se passe au Québec et au Canada par les temps qui courent (vive la baladodiffusion d’ailleurs!).

Ce soir, après presque dix heures de montage de meubles IKÉA, je découvre le bingo politique du NPD… tiens tiens… ça me rappelle quelque chose!

Tant mieux si l’inspiration continue de faire son chemin. Les idées sont toujours le résultats d’une « course à relais ».

Pour d’autres informations, réflexions et clins d’oeil, il faudra attendre que j’aie une plus grande disponibilité d’esprit. Toutes mes ressources sont actuellement consacrées à l’adaptation à cette nouvelle vie et à ce qu’elle implique comme transition…

Normand Baillargeon, polémiste

Note: le texte suivant a été rédigé en collaboration avec Mario Asselin, en réaction à une entrevue qui nous avait tous les deux fait réagir et au sujet de laquelle nous étions tous les deux sollicités pour réagir.

Une autre entrevue avec Normand Baillargeon qui nous a mis hors de nous, au sujet de la réforme, hier à Indicatif Présent.

Baillargeon apporte quelques points de vue intéressants, mais fait preuve d’une étonnante malhonnêteté intellectuelle en laissant entendre que la recherche en science de l’éducation est unanime à « célébrer » l’enseignement explicite et à condamner toutes autres pratiques pédagogiques… Il est aussi à la limite de la malhonnêteté lorsqu’il sous-entend que « la réforme c’est faire des projets »; encore cette ritournelle! Nous aurions tellement aimé qu’il explique concrètement comment il aurait été possible « d’expérimenter et d’évaluer la réforme avant de commencer à l’appliquer ». Plusieurs des études auxquelles il a fait référence (notamment Follow Through) sont aussi l’objet de polémiques depuis de nombreuses années, ce qu’il s’est bien gardé de mentionner.

Tout cela est particulièrement paradoxal venant de celui qui a signé l’indispensable Petit cours d’autodéfense intellectuelle.

Lire la suite de « Normand Baillargeon, polémiste »

Qu’est-ce qu’une nation?

Un éditeur rencontré plus tôt cette semaine m’a fait cadeau de sa dernière publication: Les destinées de la Norvège moderne (1814-2005), de Jean-François Battail (éditions Michel de Maule). Un très bel ouvrage, aussi agréable à lire qu’à manipuler — tout le plaisir d’un livre.

J’y lis en page 174 un passage qui m’interpelle en cette journée où les membres du Parti Québécois commencent à voter pour se choisir un chef (les liens sont de moi):

« Dans une conférence devenue classique, « Qu’est-ce qu’une nation? » (1882), Ernest Renan avait souligné avec force qu’aucun des éléments qu’on invoque généralement — la langue, la race, la religion, l’économie, une défense commune… — ne suffit à lui seul à constituer une nation. Celle-ci repose selon lui sur un « principe spirituel » présentant deux aspects indissociables, d’une part un héritage de souvenirs communs, de l’autre la volonté de vivre ensemble et de faire fructifier le legs reçu. L’exemple de la Norvège confirme amplement ce diagnostic. […] La construction de la nation repose sur des conventions admises par la communauté, non sur des données objectives. Il en résulte une cohésion accrue, mais qui favorise les tendances ethnocentriques. En Norvège, l’affirmation d’une identité nationale n’est nullement agressive. Elle tend néanmoins à tracer une frontière entre « nous » et « les autres », d’où parfois une surestimation de la distance par rapport au monde extérieur et corrélativement une sous-estimation des différences, pourtant bien réelles, qui s’observent au sein de la collectivité nationale »