Printemps

Elle est là, depuis deux ans, sur le mur rouge, près de la table de la cuisine. Elle nous inspire.

Elle accompagne notre vie familiale: les repas, les devoirs, les leçons, la lecture des journaux et les conversations auxquelles elle donne lieu — entre adultes et avec les enfants: comme pour nous aider dans la nécessaire pédagogie du bien commun et de la vie en société.

Discrète, elle a parfois pu passer inaperçue, mais elle a toujours là quand nous avons eu, autour d’un bon repas, avec la famille ou avec des amis, des échanges plus vigoureux sur la politique d’ici et d’ailleurs. Elle nous a entendu parler de souveraineté, d’environnement, de langue, d’identité, de culture et d’éducation, de justice et d’économie. De gaz de schiste, de plan nord et de corruption, aussi, parfois — comme des programmes d’à peu près tous les partis politiques.

Et, tout à coup, la voilà plus d’actualité qu’elle ne l’a jamais été — parce que c’est enfin le printemps.

Mon pays ce n’est pas que l’hiver, c’est une œuvre qui a été créée par ma mère, Geneviève De Celles, en décembre 2009.

Francoeur

Sophie Durocher publie dans Le Journal de Montréal, et sur Canoë, une entrevue avec Lucien Francoeur, au sujet de l’éducation — et des étudiants d’aujourd’hui.

On m’a demandé ce que j’en pensais, et ce que pouvait en penser mon ami Nicolas, prof au cégep — qui est au contact de ces étudiants d’aujourd’hui. Je lui ai donc demandé.

Voici sa réponse. Je n’ai rien à ajouter.

* * *

Bon. Par où commencer?

D’entrée de jeu, je dirais que, dans le meilleur des cas, c’est divertissant. Dans le pire, c’est décevant. En fait, je crois qu’il s’agit d’un cri du cœur, un cri du Francœur. Pour l’argumentaire, par contre, là ça vole tout juste au-dessus de ce à quoi nous ont habitués les abrutis de CHOI-FM.

Je n’ai pas 30 années d’expérience comme notre Lucien. J’en ai 15. Je ne sais pas ce qui s’est passé à Rosemont dans les dernières années, ou au Québec l’année juste avant celle où j’ai commencé à enseigner. Mais, dans mon expérience personnelle, il n’y a eu AUCUNE différence significative dans la qualité de la maîtrise de la langue de mes étudiants, tous programmes confondus. D’ailleurs, j’attends encore les statistiques qui vont me prouver le contraire. En fait, depuis 1783, on les attend toujours. À cet égard, le discours de Francœur me fait un peu penser à celui des chevaliers de ladite époque, qui se plaignaient de la fainéantise de leurs cadets et qui décriaient haut et fort le fait que les plus jeunes puissent, sans véritable entraînement, dégommer un preux chevalier, entraîné celui-là, à 300 pi, avec leur nouvelle arbalète.

En ce qui a trait au nivellement par la base et du Ministère qui ne sert qu’à justifier son rôle, rempli qu’il est de fonctionnaires déconnectés, je répliquerais au ramassis de préjugés de Francœur que j’ai, moi, à 3 reprises, participé à des activités de comités élargis du Ministère en question, comités où discutaient directrices d’écoles secondaires, enseignantes et enseignants du collégial et du secondaire, conseillers et conseillères pédagogiques, chercheurs et professeurs d’université. Bref, des gens de divers horizons et expérience, mais aucun qui ait été déconnecté. Bien sûr, ces 3 expériences sont des anecdotes, et la rigueur intellectuelle me recommande de n’en point tirer de généralisations hâtives. Mais mes anecdotes valent bien celles de Francœur. Et puisqu’il est passionné de littérature, je lui conseille le Petit cours d’autodéfense intellectuelle, de Normand Baillargeon, lecture au terme de laquelle il devra convenir, comme moi, qu’anecdotes et témoignages sont les pires gages d’une vision éclairée des choses. Malheureusement, il se pourrait aussi que cette lecture amène tout lecteur le moindrement critique — de ceux qui peuvent faire la différence entre le titre du bouquin et le nom de l’auteur — à faire un tel ménage dans les propos de Francœur qu’il n’en reste plus guère que de la ponctuation.

Des réformes de contenant, maintenant, je dirais que l’approche par compétence est le fruit de réflexions amorcées et expérimentées sous les vocables de Outcome Based Education, Assessment FOR and AS learning, Backward Design. Rien de tout cela ne concerne le contenant, bien au contraire. Mais, toutes les idées, même les meilleures, même celles de Francœur, quand on les roule dans la merde pendant des mois, je vous garantis qu’elles puent.

Je lis Francœur, je lis les propos d’un passionné. Et qu’est-ce qu’un bon prof? C’est un prof passionné. Quand on a dit ça, on a tout dit… et rien à la fois. Mais qu’est-ce que je peux être lassé de ce beau discours ô combien creux! À mon sens, en voilà un autre qui ne fait pas la différence entre enseigner sa passion et enseigner avec passion. Oui, parce que ton rôle, mon beau Lucien, ce n’est pas d’enseigner ta passion de la littérature, mais de faire apprendre la littérature en mettant à profit ta passion de l’enseignement. Et ça, ça commence par accepter que les temps changent, et les gens aussi. Il fut un temps où seuls les fils des riches citadins allaient à l’école. Aujourd’hui, le Québec s’est urbanisé et on frôle le 100 % de fréquentation de l’école. C’est un choix de société qui a, comme toute chose, ses mauvais côtés aussi. Mais, ce choix, je le refais quand tu veux. Les temps changent. Pour le mieux? Je n’en sais rien. Pour le pire? Ça reste à voir. À tous ceux qui, comme Francœur, se désolent de la tristesse de la génération iPad que nous avons devant nous, je rappelle que ce ne sont pas nos jeunes qui ont inventé la sédentarité. Et pendant qu’on remplit nos pétitions sur Internet, pendant qu’on se fait voler nos ressources, qu’on se fait frauder dans la construction, qu’on détruit notre environnement et puis qu’on prend notre auto pour aller chercher la pinte de lait au dépanneur, ce sont quand même les jeunes qui sont dans la rue, qui soulèvent un important débat de société, et qui le font en plus grand nombre que nous ne l’avons été, toutes causes réunies au Québec, depuis les trente dernières années.

CQFD

Nicolas Faucher

Le jongleur


C’était encore l’hiver. Rue Saint-Laurent, à Montréal, dans le secteur italien.

Nous étions arrêtés au feu rouge quand il a fait son apparition. Il nous a élégamment salués, en levant son chapeau, et s’est mis à jongler, pour nous.

J’ai repensé à lui cet après-midi en voyant, à la télévision, un jongleur parmi la foule compacte du rassemblement en faveur du bien commun.

J’ai aussi pensé à lui en jonglant, à mon tour, avec la peur, la liberté, la démocratie et le bien commun — en essayant de rendre concret pour les enfants ce qu’est un projet de société — au fur et à mesure que prenait forme ce magnifique arbre géant.

Les enfants se sont endormis vers 20h30, sans trop de difficulté; rassurés après les événements d’hier, je pense, mais aussi un peu plus émotivement engagés dans l’avenir de leur pays — ça j’en suis sûr.

* * *

Une fois calme revenu dans la maison (et le lavage de la vaisselle terminé!), j’ai ressorti l’Âge de la parole — l’œuvre phare de Roland Giguère, écrite entre 1949 et 1960. J’en ai une très belle édition de 1965, un peu abimée, mais beaucoup plus agréable à lire que toutes les éditions plus récentes.

Je me suis accordé ainsi quarante-cinq minutes d’un précieux recul poétique par rapport aux événements des derniers jours — en plongeant dans les mots d’une époque au cours de laquelle se préparaient également de profonds bouleversements pour la société québécoise.

J’en suis ressorti particulièrement touché par un texte, que j’ai envie de dédier aux étudiants qui auront marché de l’hiver jusqu’au printemps dans les rues du Québec — et dont la détermination, l’habileté politique et la solidarité m’inspirent profondément.

TANT ATTENDUS

Vint la neige dans nos mains moites
vint la lueur des condamnés
vint le dégel du fleuve
vint le vent ramasser les feuilles mortes
vint ensuite la douceur de l’air libre
circulant dans les rues tête nue
vint aussi la raison des pas perdus
puis vinrent les jours tant attendus
où nous vécûmes de rien de tout et bien
les moments les plus difficiles

Roland Giguère, 1950.

* * *

À partir d’aujourd’hui, il ne s’agit plus surtout de savoir si nous sommes en faveur ou non d’une hausse des frais de scolarité. Il s’agit de savoir si nous sommes capables de reconnaître l’importance du mouvement que ces jeunes ont tenu à bout de bras depuis plus de dix semaines — et la nécessité d’en faire pour eux (et pour nous!) une expérience positive, un événement fondateur, grâce auquel ils deviendront des citoyens engagés, plutôt que de rejoindre progressivement la génération particulièrement cynique qui les a précédés.

Le jour où la peur

Hier, j’ai écrit: j’ai été volé.

J’ai été volé. On m’a confisqué une partie importante du sens de la journée de demain. C’est à l’image de l’ensemble, des dernières semaines et des derniers mois, et ça me reste en travers de la gorge. (lire le texte)

Hier soir, j’ai été volé. Cambriolé.

Douloureuse coïncidence.

Il n’y aura pas de manifestation pour moi à Montréal aujourd’hui.

Je voulais aller y témoigner de l’importance de ne pas succomber à la peur.

En faire un geste éducatif, une action politique.

C’est dans ma propre maison que je devrai le faire.

On part de plus loin. Plus près. Au coeur.

Les voyous sont repartis les mains vides.

Au milieu de la nuit, les policiers ont été sympa. Ils m’ont dit de ne pas trop m’en faire avec ça.

J’ai eu envie de leur dire que cela complétait une semaine franchement pourrie.

Une semaine où la peur a fait son entrée dans nos vies.

Collectivement. Et personnellement.

Et que ça m’écoeure. Profondément.

Il n’y a bien sûr aucun lien entre le vol que je déplorais hier matin et celui auquel j’ai fait face hier soir. Mais la co-incidence est puissante. Surréaliste.

Ce n’est pas sur la Place des festivals que je vais combattre la peur et parler de bien commun aujourd’hui, c’est dans mon propre salon. Collés les uns sur les autres. Cellule familiale. Notre petite manifestation à nous cinq.

On va repartir de là. Osti qu’on a du chemin à faire.

Mais on va le faire.

Il est hors de question que la peur s’installe icitte.

Pas dans mon foyer.

Pas dans ma société non plus.

On a un monde meilleur à inventer.

On arrive à ce qui commence.

* * *

J’ai fait de plus loin que moi un voyage abracadabrant
il y a longtemps que je ne m’étais pas revu
me voici en moi comme un homme dans une maison
qui s’est faite en son absence
je te salue, silence
je ne suis pas revenu pour revenir
je suis arrivé à ce qui commence

Gaston Miron (L’Homme Rapaillé, Montréal, l’Hexagone, 1994)

Lettre à une amie

Merci pour ton message.

Oui je vais très bien — personnellement. Mais j’ai tous les jours l’impression de découvrir que la société dans laquelle je vie est plus malade que je ne le pensais. Ce déballage presque quotidien de petits et grands bobos, de copinages, de choix douteux et de processus viciés me fait très mal. Je n’arrive plus à prendre cela avec distance… il y a comme quelque chose qui nous rattrape, quelque chose qu’on a négligé et qui remonte soudainement à la surface.

L’invraisemblable journée d’hier est peut-être en train de devenir une sorte de point tournant — tellement d’images qui cristallisent toutes sortes d’impressions. Un début de haut le coeur. Je ne sais trop, j’ai probablement besoin d’un peu de temps pour réfléchir. Prendre du recul, si c’est encore possible.

J’avais prévu me rendre à Montréal en famille demain pour offrir aux enfants une première expérience de manifestation — sur le thème du bien commun (imprécis, certes, mais ouvert, généreux) ça me semblait une remarquable occasion éducative, une occasion rêvée (et rare) de faire sentir concrètement aux enfants « leur appartenance au collectif », l’existence de la Société. Et voilà que j’irai seul.

On ne sent plus de le faire en famille — après les images que les enfants ont vu à la télévision hier, ils n’ont pas une bonne impression de la chose. Ils comprennent qu’il faut que j’y aille et que je trouve cela important — indispensable — mais ils n’en seront pas partie prenante. J’ai été volé. On m’a confisqué une partie importante du sens de la journée de demain. C’est à l’image de l’ensemble, des dernières semaines et des derniers mois, et ça me reste en travers de la gorge.

Tu es troublée, me dis-tu. Je pense que c’est le bon mot pour décrire aussi mon état d’esprit.

Un trouble dont je ne sais encore trop ce qui ressortira…

À bientôt.

Dans ce parc


Il y a dans ce parc tout ce qu’il faut pour écrire un livre.

Du beau, du laid. Du neuf, du vieux. De la richesse et de la pauvreté. Des gens aussi. Des personnages. D’hier et d’aujourd’hui. Gilles Kègle, Gabrielle Roy. Une gare et un port avec tous leurs départs, leurs arrivées et les rêves qui les accompagnent.  On y trouve la fontaine de Charles Daudelin et les chaises de Michel Goulet — sur lesquelles sont reproduits les mots de dizaines de grands auteurs. Pas très loin, il y a aussi ma pizzeria préférée et quelques autres bons petits restaurants.

Qu’on y passe rapidement ou qu’on s’y installe pour l’après-midi, on est aussitôt enveloppé par la magie: on se trouve l’imagination grouillante, au cœur d’une fiction en train de s’écrire. Tout inspire.

Ces deux cônes qui coiffent le lampadaire, par exemple.

N’importe où ailleurs on aurait cru qu’ils avaient été posés là par un espiègle. Pourtant, pour qui était dans le parc hier midi, c’était évident qu’il ne s’agissait pas de cônes, mais plutôt d’improbables repères piqués là par un géant égaré à la recherche de sa route sur Google Maps, dans une autre dimension.

Ces repères aux allures de cônes témoignaient de l’existence d’un autre, ailleurs, presque invisible, mais pourtant là. Ici.

Dans ce parc.

Regards

Nous attendions l’ouverture du Salon du livre dans une lumière étincelante, celle du printemps de Paris. Les portes auraient dû être ouvertes depuis une bonne vingtaine de minutes. L’impatience s’emparerait peu à peu de la majorité d’entre nous.

Elle semblait échapper à l’impatience. Plongée dans sa lecture, assise sur une valise, bottes aux pieds, sac de voyage ouvert à ses côtés.

Intrigué, je me suis éloigné du groupe pour m’en approcher un peu — déambulant, l’air de rien, pour éviter d’attirer son attention.

L’étiquette sur son sac indiquait qu’elle était arrivée le jour même à Paris, CDG, en provenance des États-Unis, par US Airways. Elle lisait un livre dont je reconnaissais la maquette sans pouvoir en lire ni le titre ni l’auteur. J’ai volontairement échappé ma cocarde près d’elle afin d’en apprendre un peu plus. J’ai pu voir qu’elle lisait Soifs, de Marie-Claire Blais.

Me redressant, cocarde à la main, j’ai croisé son regard. Elle a certainement pu voir la surprise dans le mien. J’aurais pu lui parler, mais les portes se sont ouvertes et j’ai rapidement rejoint les collègues. Elle a dû se lever, emporter son sac et sa valise puis entrer à son tour au Salon, quelques pas derrière moi. Je ne l’ai pas revue. Je ne sais pas qui elle était. Et je l’ai oubliée.

Jusqu’à hier matin.

Je venais de déposer Le Devoir du samedi sur la table de la cuisine. Un peu trop vigoureusement, peut-être, parce que le bulletin d’information des éditions du Boréal s’en est aussitôt échappé — avec en couverture le profil d’un visage féminin dont les airs me sont apparus familiers. Une très belle couverture, colorée, très efficace pour attirer l’attention.

Aussitôt ouvert, j’ai pu constater dans le petit catalogue saisonnier que cette très belle image était en fait la couverture du plus récent livre de Marie-Claire Blais, Le jeune Homme sans avenir — expressément présenté comme le sixième volet de la série romanesque Soifs

Ce visage, ne pouvait qu’être que le sien.

Et, cela, vraiment la plus étonnante façon de croiser à nouveau son regard.

Marie Hélène Poitras au sujet de l’écriture

Quel extraordinaire plaidoyer pour l’écriture:

« Quand j’ai la possibilité d’écrire beaucoup dans ma vie, je deviens vraiment un meilleur humain: je suis plus zen, j’ai une meilleure acuité, une plus grande énergie, j’ai besoin de courir vraiment beaucoup, comme si j’exultais. Après, si j’écoute de la musique, j’entends mieux les sons. J’ai tendance à remarquer des choses que je ne remarque jamais. Comme si toutes mes petites antennes étaient sorties. »

Merci à Marie Hélène Poitras. À lire dans Le Devoir d’aujourd’hui:

Marie Hélène Poitras, western moderne

Marie Hélène Poitras parle d’écriture et de Griffintown

Livre numérique: et si on allait un peu plus loin?


C’est dommage qu’on n’ait pas, au Québec, de journalistes qui s’intéressent sérieusement — et de manière continue — à l’économie de la culture. C’est plus que dommage: c’est déplorable. Cela nuit au développement des entreprises culturelles, mais également, de façon plus générale, au développement de la culture québécoise. De notre identité. Ça me frappe particulièrement ce soir.

Ce n’est pourtant pas par manque d’importance : il s’agit de milliards de dollars chaque année. Plus de 800 millions de dollars annuellement juste pour le secteur de l’édition de livres. Des milliers d’emplois, des centaines d’entreprises, dans toutes les régions du Québec. C’est bien plus important, économiquement parlant, que l’économie du sport professionnel, à titre d’exemple…

L’économie de l’industrie musicale s’est profondément transformée au contact des technologies numériques. L’économie de la production et de la diffusion du cinéma et télévision est en plein bouleversement pour les mêmes raisons. Et le livre s’engage à grande vitesse dans le même genre de métamorphose.

Et on en parle peu. Trop peu. Et souvent de façon beaucoup trop superficielle — ou ponctuellement, comme ce soir, parce que le US Department of Justice fait entendre sa voix pour taper sur les doigts d’Apple.

Ça me fait soupirer.

Ça me fait soupirer parce que si ce qui se passe actuellement aux États-Unis dans le domaine du livre numérique est important, cela devrait aussi (surtout?) attirer notre attention sur les nombreux enjeux que cela soulève ici, pour les éditeurs, les auteurs, les libraires et les bibliothèques québécoises, pour ne nommer que ces quelques acteurs.

Ce serait bien aussi qu’on ne regarde pas qu’au sud — qu’on regarde ce qui se passe ailleurs qu’aux États-Unis, mais aussi en France, et en Europe en général. Qu’on essaie de comprendre pourquoi dans une majorité de pays membres de l’OCDE, il existe des lois ou des règlements pour encadrer de façon très précise le commerce des livres — pourquoi les prix du livre sont réglementés et qu’ils ne sont pas soumis aux mêmes taxes.

Pourquoi pas traiter une nouvelle comme cela, bien sûr :

Livre numérique : Washington poursuit Apple et des éditeurs

Mais ce serait bien de compléter l’analyse en abordant aussi les enjeux soulevés dans ces articles, par exemple :

ebooks : defending the agency model

Some big-six publishers refuse to sign new contracts with Amazon

Deux éditeurs refusent de reconduire leur contrat avec Amazon

Les ebooks Harry Potter redéfinissent les règles de l’édition, pourquoi?

Ce serait bon également de…

…comprendre les infrastructures qui sont en train de se mettre en place au Québec pour aider les éditeurs (et autres acteurs) à relever les défis du numérique et à prendre une part active dans la définition de ce nouveau marché — ici et sur la scène internationale.

…s’intéresser au rapport, fraîchement rendu public, du Conseil consultatif sur la lecture et le livre (dont j’ai le privilège de faire partie), qui s’est penché au cours des derniers mois à la fois à la question de la réglementation des prix et à celui du développement du marché du livre numérique.

…jeter un oeil aux rapports issus des vastes consultations pour lesquelles la Société de développement des entreprises culturelles (Porte grande ouverte sur le numérique, en pdf) et le Conseil des Arts et des Lettres (Projet @lon — Arts et lettres, option numérique).

…s’intéresser aussi aux notes d’analyse du Centre d’analyse stratégique du bureau du Premier ministre français sur les acteurs de la chaîne du livre à l’ère du numérique.

…et pourquoi pas également aux défis culturels et économiques qui entourent l’arrivée du livre numérique dans les bibliothèques publiques (aux États-Unis et au Québec, notamment).

Tout cela n’est pas complet, mais ce serait déjà un bon début… il me semble… pour commencer à comprendre…

Et pour le reste… il y a des dizaines de personnes disponibles pour compléter l’information, commenter, nuancer, contredire et débattre — parce que c’est ça qui est ça… c’est un secteur particulièrement vivant! Et c’est bien ça qui est passionnant!

 

Mise à jour — 12 avril, 9h30 — J’ajoute aux lectures importantes ce matin, cette lettre de John Sargent, PDG de Macmillan, poursuivi, comme Apple, par le US Department of Justice.

Plateforme de distribution unique?

Le Centre d’analyse stratégique du bureau du Premier ministre français s’est récemment intéressé aux acteurs de la chaîne du livre à l’ère du numérique.

Trois notes d’analyse ont été publiées à ce sujet:

Sur les auteurs et les éditeurs (pdf)
Sur les librairies (pdf)
Sur les bibliothèques publiques (pdf)

J’ai commencé la lecture des documents hier et déjà, quelques éléments me surprennent, en particulier ce passage de la note sur les auteurs et les éditeurs (page 7):

La fragmentation de la distribution

Un autre élément préjudiciable à l’essor du livre numérique en France est celui d’une distribution éclatée. Alors que les États-Unis bénéficient d’une plate-forme de distribution unique pour les livre numériques, la France ne compte pas moins de trois grandes plates-formes (…)

Je m’interroge. D’autant que c’est une affirmation importante qui amène à la formulation de la troisième proposition du document.

Existe-t-il vraiment une plateforme de distribution unique aux États-Unis? Je ne le crois pas. J’ai manqué quelque chose?

Vous avez une idée de quoi il s’agit?

Qui marche?

Lundi de congé. Pas de pluie. Pas de vent.

J’ai défait le garage de toile et libéré les arbres de leurs abris. L’hiver est officiellement terminé.

Au cours des travaux, j’ai plusieurs fois eu l’impression que l’homme qui marche m’observait, qu’il m’invitait à profiter du moment — à le sentir.

Alors j’ai pris le temps d’apprécier la texture des vis envahies par la rouille, le froid des tuyaux d’aluminium, les feuilles séchées par l’hiver, qui cassent entre les doigts.

J’ai senti l’odeur des cèdres sous la toile de jute, celle du sapin de Noël qui sèche sur le tas de compost, celle de la terre humide là où il y avait encore de la neige ce matin.

J’ai écouté le chant des oiseaux, le bec du pic qui frappait sur le tronc du grand chêne, et celui de la toile de plastique qui m’a rappelé les jours de froid et de grands vents.

J’ai vu les chats de la voisine m’observer, cachés sous une voiture, les tiges et des premières tulipes se frayer un chemin dans la terre noire et les minuscules bourgeons de la spirée chercher le soleil.

J’ai croqué dans une pomme aussi. Et bu un grand verre d’eau fraîche.

Quand j’ai eu fini de préparer le terrain pour le printemps, l’homme qui marche était reparti. Je me suis dit qu’il était allé marcher avec les étudiants… parce que j’ai beaucoup pensé à eux aussi au cours de l’après-midi.

Je suis rentré pour me réchauffer. Ma tendre moitié m’avait préparé une collation: croustade renversée aux pommes et aux framboises. Un magnifique petit carré rouge à l’odeur enivrante, au goût extraordinaire, tendre et croquant, servi avec un mélodieux je t’aime.

Le bonheur quoi.

Prendre le temps


Guy m’a envoyé il y a quelques jours par courriel cette photo qu’il a prise dans le parc linéaire de la Narchez. La lumière et le calme qui s’en dégagent m’ont profondément touché. Je l’ai mise de côté, le temps d’y revenir.

J’ai reçu hier en cadeau L’homme qui marche, de Jirô Taniguchi. Je l’ai lu ce soir et j’y ai retrouvé la même lumière et le même calme qui m’avait touché dans la photo — qui m’est aussitôt revenue à l’esprit.

L’homme qui marche, c’est une bande dessinée aux images sobres, toutes en noir et blanc; une série de courtes histoires qui se lisent lentement; une ode à la contemplation — une invitation à prendre le temps de regarder, d’écouter, de goûter, sentir, de toucher tout ce qui est au cœur de notre quotidien. Un livre impossible à apprécier si on est pressé, stressé ou inquiet. Un livre de sérénité.

On pourrait croire qu’il ne s’y passe presque rien — le vol d’un oiseau, la découverte d’un coquillage, une pluie soudaine, une rencontre imprévue, une sieste sous un cerisier. Et pourtant!

Et pourtant, les détails de chaque image nous font découvrir tout ce qui nous échappe, tout ce qu’on perd, quand on se laisse envahir par l’empressement et qu’on néglige nos sens.

En tournant la dernière page, je me suis servi quelques gorgées de Bowmore, j’ai tamisé la lumière du salon, j’ai ressorti la photo que m’avait envoyé Guy et j’ai écrit ce texte dans le calme de la maison endormie.

Apparition


Aujourd’hui il y a 5 personnes qui sont arrivées sur mon blogue en écrivant dans un outil de recherche:

histoire de larocque et fils drummondville

Je trouve ça incroyable. Des voyageurs, clients de Via Rail, peut-être.

Ça m’a fait penser que j’ai pris une autre photo de l’entrepôt de Larocque et fils lors d’un récent déplacement vers Montréal. Et cette fois, je pense que je l’ai vu! Celui que j’avais cherché, en février dernier : le fils (ou le petit fils) du E disparu. Il était là, dans l’embrasure.

Comme une apparition.

Journal d’un printemps

Il s’appelait Godefroi Flegmon.

Ses amis l’avaient mis au défi. Il avait accepté. Il devrait noter pendant trente jours ses observations sur l’actualité, telle qu’elle lui était relayée par les médias. Pour quoi faire? Pour rien. Rien de prévu en tout cas.

Il devait commencer ce soir.

* * *

Extraits du journal de Godefroi Flegmon

1er avril 2012


« Ils se sont succédé à l’écran toute la soirée pour marteler ce qu’ils présentaient comme une évidence.

Une fatalité, ou presque: nous n’avons plus les moyens de se payer tous ces services publics.

— Vous les avez pourtant déjà défendus, monsieur le chroniqueur…

— Oui, mais les choses ont bien changées depuis…

Bien sûr… il fallait y penser!

La solution serait donc de moduler le prix des services en fonction des revenus de ceux qui utilisent les services. Que les plus riches paient plus cher, ce serait plus juste, a-t-il dit d’un air généreux.

Bullshit!

— Comment peut-on accepter que les riches d’Outremont (comme moi, insiste le chroniqueur) ne paient que 7$ par jours pour faire garder leur enfant alors qu’ils ont les moyens de faire des voyages deux fois par année? Il me semble qu’ils devraient payer plus cher. Ce serait plus juste…

C’est peut-être parce qu’on ne veut pas que ceux qui paient plus cher exigent des services différents des autres? ou que ceux qui ne bénéficient pas des services parce qu’ils n’ont pas d’enfants ou qu’ils ne sont pas malades ne demandent pas d’être exemptés des coûts du système de garderie, du système scolaire ou du système de santé?

Ce qui est équitable, ce n’est pas toujours ce qui apparaît plus juste au premier regard. Ce qui est équitable, ce qui est vraiment juste, c’est que tous les citoyens soient également considérés quand il est question de services publics, et, ce quel que soit leur revenu.

Un système universel — comme les garderies, les écoles et la santé — c’est quelque chose qu’on juge absolument essentiel au bon développement de la société — quelque chose qui doit rester hors de la logique de marché. C’est quelque chose qui doit être financé par les impôts — et surtout pas dans une logique d’utilisateurs payeurs. C’est quelque chose pour lequel chacun doit payer par l’entremise de l’impôt sur le revenu, et, cela, indifféremment de l’usage qu’il fait des services publics.

Mais j’ai comme l’impression que c’est de plus en plus tabou de parler de l’impôt — et de la solidarité.

Y’a peut-être des gens qui ont intérêt à ce qu’on en parle pas trop…

…des gens qui sont même prêts à payer spontanément 20$ de plus par jour pour envoyer leurs enfants à la garderie plutôt que de nous voir parler du rôle fondamental de l’imposition pour assurer la distribution de la richesse. Peut-être parce qu’ils savent que ça leur coûterait pas mal plus que 20$ par jours si on analysait tout ça plus en profondeur et qu’on se mettait à (re)parler de solidarité entre les classes sociales et entre les générations.

Je dis ça de même…

Ce serait peut-être bien qu’on fasse une petite place à un économiste-pédagogue quelque part entre toutes ces images de manifestations étudiantes pour nous aider tous à comprendre ça… pour sortir du spectaculaire et entrer un peu plus dans le véritable débat politique.

Qui sait? Peut-être demain soir… »