La découvrabilité des contenus culturels francophones

J’ai accepté d’animer dans les prochains jours le Rendez-vous France-Québec sur la découvrabilité en ligne des contenus culturels francophones, qui a lieu cette semaine dans le cadre de MTL Connecte.

  • Quatre conférences;
  • Huit tables rondes;
  • Vingt quatre intervenants;
  • Et quatre périodes d’échange et de réseautage avec le public.

Ça promet! — et tout ça est gratuit, il n’y a qu’à s’inscrire.

Le Rendez-vous est organisé dans le cadre la stratégie commune du Québec et de la France pour favoriser la découvrabilité des contenus culturels francophones.

J’espère que nous aurons l’occasion de faire émerger des exemples inspirants de tout et même d’identifier quelques nouvelles pistes à suivre. Les séances préparatoires me rendent très optimiste.

Ci-dessous, quelques informations additionnelles sur la programmation.

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MTL Connecte lance la toute première édition des Rendez-vous France-Québec sur la découvrabilité.

Quatre journées thématiques regroupant des acteurs culturels et du monde de la recherche québécois et français.

L’objectif est de créer un cadre d’échanges professionnels permettant la réflexion autour de problématiques communes, le partage de bonnes pratiques, et la présentation de projets innovants entre des acteurs culturels français et québécois.

MARDI 12 octobre — La découvrabilité au cœur de la transformation des organisations culturelles

  • Conférencier: Jean-Gabriel Minel, du Ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance de France
  • Panel 1: Joindre son public via des outils adaptés, avec Patrick Kearney (Le REFRAIN), Thibault d’Orso (Spideo) et Martin Bilodeau (Mediafilm)
  • Panel 2: Le marketing numérique, le référencement, l’exploitation des données : des outils indispensables pour la découvrabilité des contenus, avec Isa Mailloux (Musée de la Civilisation) Catherine Gentilcore (Opéra de Montréal) et Vincent Castaignet (Musicovery).

MERCREDI 13 octobre — Se démarquer sur les marchés étrangers par une meilleure découvrabilité des contenus francophones

  • Conférenciers: Hélène Zemmour, de TV5MONDE et Benoit Beaudoin, de TV5 Québec Canada
  • Panel 1: Bien se positionner sur les marchés étrangers grâce à l’analyse de données d’usage, avec Jacynthe Plamondon-Emond (InTempo/Amplitude Distribution), Quentin Deleau (Unifrance) et Edouard Reinach (Adviso).
  • Panel 2: S’adapter aux spécificités territoriales : quelles barrières et quels outils?, avec Jean-Christophe J. Lamontagne (h264), Gilles Freissinier (Arte) et Sylvia Cibien (Eurovod).

JEUDI 14 octobre — La métadonnée sans frontières

  • Conférencier: Christian Roy, de A10s
  • Panel 1: L’exploitation des métadonnées au service de meilleures interopérabilité et structuration de l’organisation, avec Pascal Dumont-Julien (MétaMusique), Isabelle Reusa (Videomuseum) et Frédérique Joannic-Seta (Bibliothèque Nationale de France).
  • Panel 2: Les métadonnées au service d’une meilleure visibilité des contenus et d’une plus grande reconnaissance des artistes, avec Frédérique Dubé (Productions Rhizome), Louise Brunet (Culture Laval) et Eudes Peyre (Réunion des Opéras de France).

VENDREDI 15 octobre — Les défis à venir pour la découvrabilité en ligne des contenus francophones

  • Conférencière: Catalina Briceno, de l’Université du Québec à Montréal
  • Panel 1: Mesurer la découvrabilité, entre théorie et pratique, avec Joëlle Farchy (Université France Paris 1), Jean-Robert Bisaillon (Iconoclaste musique) et Benoit Beaudoin (TV5 Québec Canada)
  • Panel 2: L’innovation au service de la découvrabilité des contenus francophones, avec Destiny Tchéhouali (Université du Québec à Montréal), JB Piacentino (Edtech One) et Loic de Visscher (RTBF).

Pour s’inscrire et pour l’horaire précis des événements, c’est ici.

La route de la bauxite

Comme je le disais hier, quand j’ai vu passer le Nord Québec pour la première fois, Marine Traffic me disait qu’il était en direction d’Esquivel, en Jamaïque (c’est finalement au Brésil qu’il s’est rendu, mais je ne l’ai su que plusieurs jours plus tard).

Je savais que la Jamaïque était un grand producteur de bauxite — la principale matière première qui est nécessaire pour la production de l’aluminium.

Mais qu’est-ce que la bauxite? Et pourquoi la transporter aussi loin, jusqu’au Québec, pour la transformer?

Ces questions m’ont permis d’apprendre que l’aluminium est un des atomes les plus présents sur la Terre, mais qu’il est généralement prisonnier de molécules complexes ce qui rend difficile la production du métal tel qu’on le connaît.

À un tel point que l’aluminium a longtemps été un des métaux les plus précieux parce qu’il coûtait extrêmement cher à produire. Apparemment, à la cour de Napoléon III, les invités les plus prestigieux se voyaient offrir des ustensiles d’aluminium, alors que les autres devaient se contenter de l’or.

C’est à la fin du XIXe siècle qu’un procédé a été trouvé pour produire l’aluminium de façon beaucoup plus économique — et que la bauxite s’est avéré être le minerai le plus intéressant d’un point de vue industriel.

La bauxite est une terre rougeâtre, qui est extraite à la surface du sol. Pas de grands trous ou de galeries, comme dans le cas du minerai de fer. Pour obtenir la bauxite, il suffit de couper la végétation, retirer la couche de terre arable, et gratter la matière rocailleuse qui se trouve au-dessous, sur plusieurs mètres de profondeur. Ça laisse tout un dégât derrière, mais c’est simple et peu coûteux (si on ne tient pas compte de toutes les conséquences associées, sur lesquelles je reviendrai dans un prochain texte).

Le principal défi de la transformation de la bauxite en aluminium est qu’il nécessite une très grande quantité d’énergie — qui n’est généralement pas disponible là où se trouve le minerai. D’où le besoin de le transporter jusqu’aux sources d’énergie.

C’est fou, parce qu’au début des années 1920, quand a été décidée la construction de la première aluminerie au Saguenay, il n’y avait ici aucun des trois ingrédients essentiels à la production de l’aluminium. Il fallait faire venir la bauxite de Guyane, la coke (une forme de charbon) du Nouveau-Mexique et la cryolite du Groenland — tous par bateau. On installait une usine là où il n’y avait *aucun* des ingrédients de la recette… quelle ambition! (ça m’a amené à lire sur cette période incroyable de l’histoire du Québec — j’y reviendrai aussi).

C’est donc la disponibilité d’importantes sources d’énergie hydroélectrique, et peu coûteuses, qui explique que, depuis un siècle, des bateaux pleins de bauxite partent d’Amérique du Sud et des Caraïbes pour alimenter les alumineries du Saguenay.

La bauxite que le Nord Québec déchargera dans les prochains jours à Port-Alfred a été extraite au Brésil, embarquée sur des barges, qui ont remonté une rivière jusqu’au port de Vila do Conde, où la profondeur de l’eau permet la navigation de plus gros bateaux.

Le voyage du Nord Québec a duré une dizaine de jours. Le quai aura été libéré juste à temps pour son arrivée, et quand il quittera, un autre navire prendra sa place.

Les bateaux relaient comme ça, sans arrêt. Depuis un siècle.

Mais il y a une étape dans la transformation de la bauxite qui mérite qu’on s’y attarde un peu plus.

Demain: la production de l’alumine.

Il faut démystifier les algorithmes

J’ai quitté Facebook en mars 2018. C’est un choix personnel, que je n’ai jamais regretté.

Je ne me sens pourtant pas moins concerné par les récentes controverses qui concernent Facebook — parce que les effets de Facebook ne sont pas seulement personnels. Le comportement de Facebook, l’entreprise, a aussi des impacts sur la société, dans son ensemble: sur la démocratie, sur la culture, sur l’environnement.

Dans l’éditorial qu’il signait hier dans Le Devoir, Brian Myles souligne que les projecteurs qui sont actuellement mis sur le cas de Facebook ne doivent pas nous faire perdre de vue que l’enjeu est beaucoup plus large que ça. C’est vrai.

Je crois qu’il est grand temps que les États interviennent beaucoup plus vigoureusement, sur tous les fronts — en commençant par encadrer mieux certaines de leurs activités. Certains parlent de les scinder en plus petites entités, voire à nationaliser certaines de leurs activités. Pourquoi pas?

Mais l’ampleur de la tâche ne doit pas servir à noyer le poisson. Il faudra bien commencer quelque part — et il est de plus en plus probable que ce sera par Facebook.

Une chose me fatigue particulièrement dans le texte du directeur du Devoir. Je trouve dommage qu’il nourrisse encore une mythologie savamment cultivée par Facebook (et comparses) selon laquelle les algorithmes seraient des mécanismes mystérieux, sur lesquels on n’aurait pas tant d’influence. C’est une duperie.

Il est faux de dire, comme le fait Brian Myles, que « le cas de Facebook illustre les risques associés au déploiement d’algorithmes qui ne sont pas soumis au contrôle de l’intelligence humaine. »

C’est précisément le contraire qu’a exposé Frances Haugen la semaine dernière! Les algorithmes de Facebook sont justement beaucoup trop soumis au contrôle de l’intelligence (et de la cupidité) humaine!

Il ne faut jamais perdre de vue que les algorithmes sont le fruit du travail réalisé par des êtres humains et que ce qu’ils nous présentent sont les résultats de choix qui ont été faits par des humains.

Nous aurons à débattre de plus en plus dans les prochains mois de l’encadrement des activités des géants du Web. Pour le faire de façon éclairée, il faudra d’abord dissiper la fantasmagorie dans laquelle ces entreprises enveloppent leurs activités.

Il s’agit d’entreprises qui sont guidées par la recherche du profit, qui embauchent des scientifiques dans le but de nous faire adopter des comportements spécifiques.

Il n’y a rien de nébuleux ou d’incrontrôlable là-dedans.

Les fils d’actualité de Facebook, d’Instagram ou de Twitter ne sont pas le fruit de la magie. Les propositions qui nous sont faites sur TikTok non plus. Pas plus que la séquence de musique qui nous est proposée sur Spotify ou sur Apple Music.

Le temps est venu de sortir des contes de fées pour débattre sereinement du monde dans lequel on souhaite vivre.

Celui par lequel tout a commencé

Il y a un bateau qui a joué un rôle très spécial dans la genèse de mon intérêt pour le transport maritime.

Je l’ai vu passer une première fois le 31 juillet, en direction Est.

Regard à la longue vue: un beau bateau bleu et rouge.

Consultation de mon iPhone: son nom: Nord Québec.

Ça a évidemment piqué ma curiosité.

Recherche complémentaire: le navire a été construit dans le chantier naval d’Onomichi, au Japon, en 2013. Il est enregistré à Singapour et appartient à une entreprise danoise.

J’étais de plus en plus curieux.

Il avait quitté Bécancour le matin et il était en direction d’Esquivel, en Jamaïque.

Que pouvait-il bien transporter?

D’une question à l’autre, les jours suivants m’ont amené à découvrir la route de la bauxite et l’invraisemblable univers de la production de l’aluminium, à redécouvrir l’histoire du Québec, à m’interroger sur les formes contemporaines du colonialisme et à réfléchir aux contradictions qui nous empêchent de réagir avec la vigueur qu’il faudrait devant les changements climatiques.

J’ai écrit au propriétaire du Nord Québec.
J’ai eu plusieurs échanges avec une documentariste jamaïcaine.
J’ai passé des heures à jouer à un jeu de simulation de transport maritime.

Et je ne peux plus boire une bière de microbrasserie sans penser à John F. Kennedy.

Ce matin, le Nord Québec est de retour sur le fleuve. Il s’engagera sur le Saguenay en après-midi et sera au quai de Port-Alfred en fin de journée.

Il transporte vraisemblablement une cargaison de bauxite destinée aux alumineries de Rio Tinto.

Et comme François Legault a justement rencontré le grand patron de Rio Tinto mardi dernier — et qu’il y a donc vraisemblablement des annonces dans l’air — je trouve que l’occasion est belle pour vous partager dans les prochains jours quelques-unes de mes découvertes et de mes réflexions des dernières semaines… inspirées par le Nord Québec

Demain: la route de la bauxite.

Les marins, la COVID et la crise climatique

Je l’écrivais il y a quelques jours, une des choses qui nourrit mon intérêt pour le transport maritime c’est que ça me permet de voir bien des sujets sous de nouvelles perspectives.

On parle souvent d’économie comme quelque chose d’abstrait, avec des chiffres de plus en plus difficiles à saisir tant ils sont grands. On évoque les importations et les exportations comme si les matières premières et les biens pouvaient changer de place instantanément, comme par magie. Pourtant non!

En fait, plus de 80% des matériaux et des biens sont transportés par bateau à un moment ou un autre de leur trajectoire — comme le rappelle le Port de Montréal dans une récente campagne publicitaire. Et tout ça, dans des bateaux de plus en plus gros, dont les déplacements sont planifiés dans un flux de plus en plus tendu. Il y a de moins en plus de place pour les imprévus.

Et tout ça fonctionne parce qu’il y a des marins à bord des navires. Des marins qui assurent les manœuvres, qui contribuent aux chargements et au déchargements, à l’entretien des bateaux, etc. (voir les témoignages de marins au bas de cette page)

Les marins passent des mois à bord des bateaux, dans des conditions très exigeantes. Sans eux, notre économie s’effondrerait rapidement il n’y aurait plus rien dans les magasins. Et on est passé très près de ça dans les derniers mois à cause de la pandémie.

On a réussi à l’éviter parce que plutôt que de risquer que notre confort ne soit trop touché, on a choisi de plutôt faire assumer les conséquences de la crise aux marins.

En effet, les restrictions de déplacements associées aux mesures sanitaires ont eu pour effet de les empêcher de quitter les navires pour les changements de personnel. On n’a pas tenu compte de leur réalité. Par conséquent, certains ont passé jusqu’à 18 mois en mer sans pouvoir retourner chez-eux. Et ce ne sont pas des cas isolés… Et c’est même encore parfois le cas. C’est la Crew Change Crisis — qui est bien documentée sur le Web.

C’est une situation dramatique dont on entend trop peu parler — entre autres parce que les marins sont généralement des travailleurs étrangers. C’est grâce à ces marins que notre consommation a pu se poursuivre à peu près normalement au cours des derniers mois.

Sauf qu’on a pas mal étiré l’élastique… et la chaîne d’approvisionnement commence à craquer de partout.

Les chaînes logistiques qui roulaient just in time, sous pression, depuis des années sont de plus en plus désynchronisées, des bateaux attendent leur tour dans les ports, les conteneurs ne sont plus où on en a besoin, le transport routier, complémentaire au transport maritime, vit des bouleversements — sans compter le manque de main d’œuvre…

Il faut probablement s’attendre à des tablettes vides dans certains magasins au cours des prochains mois… Pas possible vous croyez? Parlez-en aux Anglais…

***

Plus je m’intéresse à ce qui se passe sur le fleuve, plus je m’interroge sur l’économie québécoise, sur notre mode de vie, et sur comment notre confort est dépendant de ressources naturelles et de biens qui nous proviennent de l’autre bout du monde.

Ce sont des choses que je savais en théorie, mais qui deviennent de plus en plus concrètes, parce que je les vois passer là, devant moi, sur le Saint-Laurent.

Je m’interroge d’autant plus qu’on sait que les perturbations de la chaîne logistique qui nous assure ce confort, risquent d’être de plus en plus fréquentes sous l’impact des changements climatiques.

Plus de tempêtes, d’ouragans et d’autres phénomènes climatiques vont rendre les routes maritimes de moins en moins prévisibles… les embouteillages dans les ports aussi… et les marins risquent d’avoir la vie de plus en plus dure.

J’en suis à me dire que le moyen le plus efficace pour faire comprendre les enjeux de la crise climatique c’est peut être d’expliquer plus et mieux ce qui se passe sur le fleuve — et à quel point le transport maritime est devenu indispensable pour assurer notre confort… qui est étroitement lié à ce qui se déroule ailleurs dans le monde.

Se préparer à faire face à la crise climatique, c’est aussi penser à transformer notre économie pour moins dépendre du bon fonctionnement de la globalisation.

Chaque bateau qui passe est une occasion d’en prendre conscience.

Torrent

Ce soir, c’est un navire appelé Torrent qui attire mon attention. Il est ancré devant Saint-Simon de Rimouski, dans le parking de la voie maritime du Saint-Laurent. Un espace qu’on appelle aussi les Rasades.

J’ai découvert cet endroit en visitant une exposition de Baptiste Grison, au Centre d’art de Kamouraska cet été.

Les Rasades, c’est l’endroit où les bateaux s’arrêtent avant de passer par Les Escoumins pour faire monter à bord un pilote du Saint-Laurent — qui prendra les commandes du navire sur le fleuve.

Il arrive aussi que les bateaux s’arrêtent là en sortant de la voie maritime, après avoir laissé leur pilote du Saint-Laurent, le plus souvent dans l’attente d’une nouvelle destination — ou pour diverses autres raisons. Parfois pour plusieurs jours, voire quelques semaines.

Ce soir, il n’y a que deux bateaux aux Rasades. Un pétrolier, et un vraquier: le Torrent.

Le Torrent a piqué ma curiosité parce qu’il arrive de Paranagua, au Brésil, et qu’il a pour destination finale Toronto, après un arrêt prévu au quai 104 du port de Québec. Mes observations des dernières semaines me suggèrent qu’il doit donc transporter une cargaison de sucre brut destinée à la raffinerie Redpath.

J’ai appris dans les dernières semaines que les bateaux qui arrivent chargés de sucre ont un tirant d’eau trop important (profondeur sous l’eau) pour pouvoir emprunter la voie maritime jusqu’à Toronto. Ils doivent donc laisser une partie de leur cargaison sur un quai dans un port en eau profonde avant de poursuivre leur route. D’où l’escale à Québec.

C’est d’ailleurs ce qu’un bateau semblable, le Eider, a fait le 14 septembre… Je suis même allé voir la cargaison qu’il a laissée sur le quai, recouverte d’une immense bâche noire. C’est très impressionnant.

Je sais que cette cargaison est toujours là aujourd’hui… et le Torrent est attendu au quai 104 ce dimanche à 15h!

Comme je ne peux pas croire qu’il y a encore de la place sur le quai pour ajouter autant de sucre — et qu’il ne serait pas logique que le bateau ait fait la route du Brésil partiellement chargé pour garder de la place pour le surplus de la cargaison du Eider — je me dis qu’il doit y avoir une autre explication.

C’est l’horaire des arrivées prévues au Port de Québec qui me permet de faire une hypothèse.

Je constate que le Whitefish Bay doit arriver demain soir au quai 104. C’est un laquier — un navire à fond plus plat, conçu pour la voie maritime et pour naviguer sur les Grands Lacs.

Il se peut bien qu’il vienne chercher la cargaison du Eider pour l’apporter à Toronto, laissant de la place sur le quai pour une partie de la cargaison du Torrent, qui attend patiemment son tour aux Rasades.

Si c’est le cas, le Whitefish Bay quittera Sept-Îles demain matin en direction de Québec, il sera chargé de sucre samedi, quittera le quai dimanche et au même moment le Torrent quittera alors les Rasades en direction de Québec pour décharger une partie de sa cargaison sur le quai laissé libre quelques heures plus tôt, avant de reprendre sa route de Toronto, où il ira rejoindre le Whitefish Bay au quai de la raffinerie Redpath.

Les prochains jours diront si j’ai bien compris! Hâte de voir…

Je suis plutôt confiant parce que des recherches additionnelles me confirment que si le Whitefish Bay est généralement utilisé pour transporter du charbon ou du minerai de fer, il lui arrive de transporter aussi du sucre.

D’ailleurs, vous saviez que les mêmes bateaux pouvaient transporter du charbon en vrac, puis, dans les mêmes cales, du sucre en vrac? J’ai été renversé d’apprendre ça il y a quelques semaines. Évidemment, les cales sont lavées avant de charger le sucre… les protocoles de nettoyages sont d’ailleurs aussi un sujet fascinant — on pourra en reparler.

Tout ça révèle une impressionnante chorégraphie maritime qui se répète continuellement… parce que j’ai lu que la raffinerie Redpath reçoit une cargaison de sucre tous les dix jours!

S’ajoutent à ça d’autres livraisons pour la raffinerie Lantic, qui est située à Montréal.

C’est donc dire qu’il a au moins un bateau plein de sucre brut en provenance du Brésil (ou d’ailleurs) qui passe devant Québec chaque semaine! Ça en fait ça du sucre!

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Mise à jour: Je réalise que la photo qui nous accueille sur le site web de QSL (l’entreprise qui gère les opérations portuaires du port de Québec) permet de très bien voir de quoi on l’air les monticules de sucre sur le quai 104.

Nunalik

Il existe évidemment plusieurs sites web pour obtenir des informations sur les bateaux qui naviguent sur le Saint-Laurent. Les plus courantes: le nom, le port d’origine et le port de destination.

C’est rapidement devenu un jeu — presque un réflexe — avec la famille et les amis.

— Ce bateau arrive de telle ville et sans va dans telle autre: que pensez-vous qu’il contient?

Ça donne chaque fois lieu à des conversations et des recherches qui nous font découvrir le Québec sous des angles méconnus. Ça laisse aussi des questions à l’esprit aussi qui alimentent la curiosité pendant plusieurs semaines — vous verrez!

Prenez le Nunalik, qui est passé devant Québec hier soir. Marine Traffic m’a appris qu’il était parti de Bécancour à destination de Matane.

Mes recherches m’ont rapidement permis d’apprendre que le bateau est exploité par une entreprise qui s’appelle Nunavuk Eastern Arctic Sg Inc (NEAS).

D’une chose à l’autre, j’ai découvert un reportage de Radio-Canada, qui évoque le déménagement des entrepôts de NEAS de Valleyfield à Bécancour. Un reportage vraiment très intéressant!

NEAS est responsable de l’approvisionnement des communautés du Grand Nord québécois.

Le Nunalik transporte donc vraisemblablement des denrées non périssables, des meubles, des matériaux de construction, des voitures, du mazout, etc. — qu’il coûterait beaucoup plus cher d’acheminer par avion.

J’ai appris que les navires de l’entreprise « sont de propriété inuit et à leur bord, il y a toujours deux marins inuit » et qu’il y a « une forte participation des Inuit au conseil d’administration de l’entreprise et parmi les actionnaires. »

J’ai aussi été surpris d’apprendre que les réchauffements climatiques ne facilitent pas du tout la vie des pilotes de NEAS, au contraire:

« Le réchauffement climatique entraîne la fonte des glaciers, ce qui rend la navigation plus difficile. Il y a énormément de glace à laquelle on doit faire attention. C’est probablement le défi principal pour les navigateurs qui vont dans ces eaux-là. »

L’horaire de transport de NEAS m’a appris que l’entreprise opère cinq bateaux… et que c’est pas la fin de la saison d’approvisionnement. Le Nunalik fait sa dernière livraison de l’année, comme le confirme cet autre reportage de Radio-Canada:

« La saison d’approvisionnement s’échelonne chaque année de la mi-juin au mois d’octobre, lorsque les eaux sont libres de glaces. »

Parti de Bécancour hier soir, le 28 septembre, Le Nunalik arrive à Matane à l’instant où je publie ce texte. On y embarquera d’autres marchandises dans les prochaines heures avant qu’il reprenne sa route, aujourd’hui même, pour Kuujjuaq, puis Tasiujaq, et finalement Aupaluk, où il sera le 21 octobre.

La livraison suivante sera… dans neuf mois!

Le Nunalik devrait être de retour à Bécancour le 27 octobre. Trois semaines pour se rendre. Une semaine pour revenir.

Où ce bateau passera l’hiver? C’est une bonne question — il faudra que je fasse un suivi là-dessus.

Super Servant 4

C’est la présence d’un bateau très spécial dans le Saint-Laurent qui m’a convaincu de commencer à écrire dès maintenant sur ma nouvelle passion pour le trafic maritime.

Le Super Servant 4 est un bateau submersible (vous avez bien lu!) qui est venu livrer deux traversiers électriques à Québec. Ils sont destinés à une entreprise ontarienne.

Je reprends… je précise…

Le Super Servant 4 est parti de Roumanie le 31 août en direction de Québec, avec à son bord deux traversiers électriques tout neufs. Et pas de petits bateaux… 99 mètres de longueur dans un cas et 72 mètres dans l’autre. On peut les voir ici à leur sortie du chantier naval.

Pour les mettre à bord, il faut submerger le transporteur, faire naviguer les deux traversiers au dessus de lui, puis le faire émerger, hissant avec lui les deux embarcations. On peut voir ici une vidéo de l’opération.

Une fois ça fait, le transporteur a traversé l’Atlantique, en direction de Québec. Il s’est arrêté hier après-midi à la pointe Ouest de l’Île d’Orléans. C’est là qu’il a été photographié par Gilles Jobidon. On peut aussi les voir ici du haut des airs.

Il est ce matin dans l’embouchure de la Rivière Saint-Charles.

Je présume que c’est là qu’il sera à nouveau submergé pour libérer les deux traversiers, qui poursuivront par la suite leur route de façon autonome en remontant le Saint-Laurent jusqu’en Ontario.

J’espère qu’il y aura des amateurs ou des médias pour filmer l’opération!

Mise à jour de 8h05: les traversiers ont été remis à l’eau un peu plus tôt ce matin, comme on peut le voir ici

Mise à jour de 13h21: le transporteur est toujours submergé, les deux traversiers seront bientôt libres pour poursuivre leur route, comme on peut le voir sur cette photo prise par Gilles Jobidon.

Le Super Servant 4 pourra ensuite reprendre sa route vers l’Europe. À moins qu’il récupère une autre cargaison avant son retour — à suivre.

Quelques réflexions:

Extra de voir apparaître des traversiers 100% électriques. Il me semble que ce serait bien pour faire Québec-Lévis, notamment.

Le Devoir faisait récemment référence à des projets pour multiplier les navettes entre les rives du Saint-Laurent avec de petits traversiers. Pourquoi pas électriques? Avec un peu d’ambition…

Le chantier maritime Davie, à Lévis, fait régulièrement appel à de l’aide publique, il me semble que ce serait l’fun de commencer à penser tout de suite au prochain cycle… Me semble qu’on pourrait construire des bateaux électrique ici aussi… d’autant que le Québec est en train de développer une belle expertise en batteries.

Et dans un tout autre ordre d’idée, un des deux traversiers s’appelle Amherst Islander II. Étant donné le comportement d’Amherst à l’égard des autochtones (voir ce texte de Denis Vaugeois), je m’étonne qu’on choisisse de donner ce nom à un bateau en 2021.

Est-ce que ce serait passé inaperçu si on avait fait un choix semblable au Québec? Quand on sait tous les débats qui ont entouré le changement du nom de la rue Amherst pour Atateken? J’ai des doutes…

Il était un petit navire

J’ai eu la chance de pouvoir passer de nombreuses heures à observer le fleuve au cours de l’été.

J’ai été particulièrement fasciné par le passage des bateaux.

J’ai découvert tout un monde dont je ne soupçonnais pas la richesse… même si j’ai presque toujours vécu à Québec — une grande ville portuaire!

J’y trouve constamment de quoi m’émerveiller.

Chaque bateau qui passe m’apprend quelque chose — au point où je ne vois déjà plus le Québec de la même façon.

J’ai d’abord pensé ramasser mes observations pour en faire un petit livre — mais je suis trop pressé de partager mon émerveillement, mes découvertes et certaines des questions et des réflexions que suscite ma nouvelle passion.

Alors sur mon blogue ce sera!

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C’est ici pour la liste des textes de la catégories Sur le fleuve…

Et pour les textes qui abordent particulièrement le sujet de l’aluminium, suscité par le passage du Nord Québec, c’est ici…

Au CA de BAnQ

BAnQ est une de nos plus importantes institutions culturelles. Une société d’État qui a notamment un rôle déterminant à jouer dans les transformations numériques en cours. Il est donc normal que la nomination d’une nouvelle PDG suscite des réactions, comme c’est le cas depuis plusieurs jours. 

Mon objectif ce matin n’est pas de commenter cette nomination, mais de partager une réflexion sur la difficulté d’être membre du conseil d’administration d’une grande institution, sur l’importance de ce rôle et sur la considération qu’on devrait avoir pour les personnes qui acceptent de l’assumer.

Ce n’est jamais facile d’être administrateur d’une organisation — quelle que soit sa taille ou la nature de ses activités. C’est encore plus vrai quand il s’agit d’une société d’État. Et ce l’est encore moins dans une période de crise. Ça peut même être terriblement difficile.

Quand on est administrateur et qu’une crise se présente, on n’a pas le choix d’y faire face. On se retrousse les manches et on l’affronte — et on doit le faire solidairement avec les autres administrateurs et administratrices. Pour le bien de l’organisation. 

C’est un rôle exigeant, souvent ingrat, qui suppose des décisions parfois très difficiles, qui s’accompagnent de dilemmes personnels parfois douloureux. C’est un rôle difficile aussi parce qu’il se vit de façon isolée. Parce qu’il n’est souvent pas possible d’expliquer ses décisions publiquement. Parce que les délibérations d’un conseil d’administration exigent souvent une bonne part de confidentialité. C’est un rôle qui demande de faire preuve de beaucoup de conviction — et qui peut être très dur moralement.

C’est facile de juger de l’extérieur le travail des membres d’un conseil d’administration. De prétendre savoir ce qu’ils devraient faire. C’est une autre chose d’être plongé dans la situation.

Les administrateurs et les administratrices de BAnQ consacrent assurément un temps fou à exercer leur rôle depuis quelques semaines (un rôle bénévole, rappelons-le!). Leurs débats sont probablement vifs par moment, et c’est normal. Leur rôle reste de déterminer ce qui est le mieux pour l’avenir de l’institution. Leur motivation ne doit pas être d’avoir raison, individuellement, mais de tout faire ce qui est en leur pouvoir pour aider l’institution à passer à travers la crise.

Dans une période comme celle-ci, la cohésion et la solidarité du conseil d’administration représentent probablement un défi. Un défi qu’il est essentiel de relever dans l’intérêt de l’institution.

Pour toutes ces raisons, je pense qu’on devrait se garder une petite gêne et éviter de dire quoi faire aux membres du Conseil d’administration de BAnQ — voire, pire, de leur prêter des intentions ou de remettre en doute leur jugement ou leur courage. Leur rôle est difficile et nous ne sommes pas dans leur situation — il nous manque bien des informations essentielles. 

Je pense que nous devrions plutôt leur exprimer notre considération, leur faire savoir que nous comprennons qu’ils sont dans une situation extrêmement délicate, que nous savons qu’ils ne sont pas forcement d’accord avec tout, individuellement, mais que nous faisons confiance à leur jugement pour prendre, collectivement, les meilleures décisions pour l’avenir de l’institution — en leur âme et conscience.

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Mesdames et messieurs les administrateurs,

Je veux vous dire un gros merci d’être là. Merci de consacrer tout ce temps à BAnQ. Ne vous demandez pas ce qu’on pense de vos décisions — prenez-les courageusement, pour le bien de l’institution. C’est la seule chose qui doit vous guider.

Votre rôle est important.

Une des oeuvres de la série Le Paradis fantastique, de Niki de Saint Phalle et de Jean Tinguely
(Stockholm, mai 2019)

Quel état d’esprit devant la crise climatique?

J’ai eu un court échange avec André Cotte sur Twitter il y a quelques jours.

André venait de commenter de la façon suivante la plus récente chronique d’Aurélie Lanctôt dans Le Devoir:

Je lui ai répondu ceci:

Puis cela:

Ce à quoi André a répondu:

C’est une bonne question! — à laquelle il est difficile de répondre adéquatement en quelques mots sur Twitter. Je vais donc plutôt le faire ici.

Alors, pour résumer:

Je pense qu’on ne s’aide pas du tout à faire face à la crise climatique (qui est indéniable) quand on alimente l’idée qu’il est trop tard, que la crise climatique est inévitable, qu’il n’y a plus d’espoir. Quand on fait ça, on pave la voie à une ère du chacun pour soi, parce que l’enjeu devient alors de survivre. On ne règlera rien de cette façon.

C’est un peu la même chose quand on passe notre temps à dire que les gouvernements sont tous pourris, incapables de faire face à la crise, et que les élections ne servent à rien… Ça peut être un exutoire pour nos frustrations, mais ça nous engage, collectivement, dans une voie délicate… parce que, que faudrait-il faire dans ce cas? Renverser les gouvernements? Se désengager des processus démocratiques? On ne règlera pas grande chose de cette façon non plus.

Je crois qu’on a la responsabilité de rappeler sans cesse qu’il n’y aura pas de réponse à la crise climatique sans démocratie. Sans un regain démocratique. Sans une certaine radicalisation démocratique même. Il faut impérativement améliorer la démocratie, l’accentuer — et pour ça, il faut amplifier la participation démocratique, pas la décourager. Il faut donner le goût aux gens — et à plus forte raison aux jeunes — de s’engager dans et pour la démocratie. C’est le plus indispensable de nos devoirs aujourd’hui.

Et par démocratie je ne parles évidement pas seulement des élections — je parle aussi de tous les processus de délibération collective: les syndicats, les conseils de quartiers, les processus de consultations, l’élaboration de budgets participatifs, et même la simple prise de parole publique: autour d’une table de cuisine, dans les journaux, sur les réseaux sociaux, etc.

On doit sans cesse valoriser la démocratie: raconter, témoigner, illustrer les victoires que la démocratie a permis de faire au fil des ans. Rappeler que ce n’est pas la première fois que l’humanité se trouve devant des crises, et que c’est généralement la démocratie qui nous permis de les surmonter et de continuer d’avancer.

Il faut arrêter de dire que la démocratie ne marche pas, que les gouvernements sont pourris, que les chefs de gouvernements sont des irresponsables. Cela créé un état d’esprit qui ne donne pas envie de se retrousser les manches — et qui nous précipite dans la crise tout en nous donnant bonne conscience (« je vous l’avais bien dit »).

Pour se sortir de la crise climatique il faut se donner les moyens de travailler mieux ensemble, de se solidariser davantage — et pour ça, développer notre capacité d’écoute, de faire des compromis, et d’être patients, malgré l’urgence. Il faut combattre l’éco-anxiété au lieu de l’alimenter. Il faut alimenter l’espoir plutôt que l’éteindre.

Parce que plus on est anxieux, désespéré et convaincu que notre façon de voir est la seule qui vaille (« les autres ne comprennent pas! »), moins il devient possible de travailler ensemble, de trouver des consensus, de mobiliser des ressources et de tirer profit de la démocratie.

Plus on cultive l’éco-anxiété, plus les gens s’isolent en petits groupes qui partagent le même point de vue et moins il devient possible de former des coalitions — alors que c’est précisément ce qui permet de changer les choses en démocratie.

Plus on nourrit une perte de confiance dans la démocratie, une perte de confiance en nous, en nos capacités, plus on favorise le désengagement, plus on fait le jeu de ceux et celles qui se sacrent ben de la crise climatique — parce qu’ils sont ceux qui gagnent au fonctionnement de la société actuelle.

Je pense que la crise climatique est le résultat d’une crise démocratique, à laquelle il faut répondre avec de l’espoir, de l’imagination, et de la solidarité.

Si on veut se sortir de la crise climatique il faut que les jeunes croient dans leur capacité à influencer l’avenir. Il faut que les jeunes aient envie de participer, de gagner des élections, et d’avoir des enfants. Parce qu’ils sont convaincus que les générations suivantes seront encore plus ingénieuses et qu’ils pourront trouver des solutions aux problèmes que nous leurs laisserons. Il faut tout faire pour que les jeunes sachent travailler efficacement ensemble pour aborder collectivement les défis que l’avenir leur réserve.

Je pense que le rôle des 40 ans et plus, aujourd’hui, c’est de tout faire pour cultiver un état d’esprit collectif qui rend ça possible.

Et surtout pas d’alimenter le négativisme, le cynisme ou la résignation.

Il faut qu’on valorise l’expérience démocratique — autant dans ce qu’elle a de beau, que de frustrant;

Il faut qu’on aide les jeunes à s’y engager, qu’on leur ouvre le chemin, qu’on les épaules pour y acquérir du pouvoir;

Il faut qu’on leur donne confiance dans l’avenir — dans leur avenir;

Il faut qu’on les aide à surmonter les difficultés qui précèdent inévitablement les consensus;

Il faut qu’on leur rappelle que l’histoire nous réserve parfois de belles surprises, et que ce qui apparaissait un jour impossible est parfois devenu réalité peu de temps après.

***

Si nous, plus vieux, tombons dans le piège d’alimenter le cynisme à l’égard des gouvernement et la polarisation des opinions… on n’aidera pas les plus jeunes à trouver des solutions au bordel actuel.

Pour les aider, il faut les aider à relever les yeux, pas leur mettre le nez encore plus profondément dans le problème.

Il ne s’agit évidemment pas de leur dire qu’ils ont tort d’être inquiets, ou de leur dire quoi faire — au contraire! Il faut les aider, sans faire preuve de paternalisme, à surmonter le vertige que leur donne (et à nous aussi!) l’ampleur de la crise.

Il faut les encourager, leur donner confiance, de toutes les façons possibles — même (et peut-être même surtout!) quand notre propre confiance est ébranlée.

Dans ces conditions, je suis convaincu que l’espoir est possible.

Robibase et Tamis

J’avais commencé le mois de juin en écrivant ici tous les jours… puis je me suis fait prendre par d’autres choses… et voilà que ça fait déjà plus d’une semaine que je n’ai pas écrit… Le temps file!

Parmi les projets qui m’occupent actuellement, il y a Robibase — un projet exploratoire autour des extraordinaires vidéos de Damien Robitaille. J’ai écrit un court texte sur l’origine du projet sur le site d’A10S.

Il y a aussi Tamis, qui entre dans une nouvelle phase extrêmement stimulante, qui s’appuie, lui aussi, largement sur la richesse de Wikidata et sur le potentiel que les données qu’on y trouve représentent pour augmenter la découvrabilité de contenus culturels. Des livres en lien avec la ville de Québec, dans le cas qui nous intéresse. On vient de publier le premier d’une série de textes pour expliquer les travaux qui sont en cours.

C’est pas mal le fun de voir ces deux projets prendre forme!

Autre projet qui m’occupe: mon objectif de courir un demi-marathon d’ici la fin de l’été! Ça va bien: j’ai fait 16,5 km hier, sur un parcours qui comportait pas mal plus plus de dénivellations qu’à l’habitude, avec des vents parfois impressionnants et une grosse chaleur humide.

Ça aussi, ça progresse!

Après l’effort, à l’ombre sur la Promenade Champlain

Le pin qui danse

Parfois lors d’une grande marche on tombe sur des choses imprévues. C’est ce qui m’est arrivé cet après-midi, à l’intersection des rues Géronce-Gariepy et Rochette.

Un bosquet de pin spectaculaire — pour ses branches, ses ramifications. Une véritable sculpture!

J’y vois des personnages, des histoires, des possibles.

Je l’ajoute à ma collection d’arbres préférés.

Un deuxième pin, après le gardien du parc.

Cinq ans…

En relisant certains des textes publiés sur mon blogue en juin 2016, je constate à nouveau à quel point le contexte social et politique peut changer en cinq ans. Ce texte, en particulier:

Ce texte me rappelle que le Parti Québécois était à ce moment plongé dans une nième course à la chefferie (et dire qu’il y en a eu une autre depuis!).

Les candidats étaient Alexandre Cloutier, Véronique Hivon, Jean-François Lisée, Martine Ouellet — et Paul Saint-Pierre Plamondon tentait encore de réunir les conditions pour être, lui aussi, candidat.

Cinq ans plus tard:

Alexandre Cloutier est secrétaire général et vice-recteur à l’UQAC et il préside le Comité sur la reconnaissance de la liberté académique.

Jean-François Lisée commente l’actualité politique sur diverses tribunes.

Martine Ouellet vient de lancer un nouveau parti politique.

Véronique Hivon poursuit son excellent travail de députée.

Et Paul Saint-Pierre Plamondon, qui a terminé avec un peu plus de 6% du vote des membres en 2016, est maintenant chef du Parti Québécois.

C’est fou d’même!

***

Je continue de penser que les idées que Véronique Hivon défendait dans le cadre de cette course à la chefferie étaient les plus importantes — et qu’elles ont toujours la même pertinence.

Je résumais ainsi:

« il faut aborder les choses autrement, incarner une autre façon de faire la politique, réformer le système électoral, stimuler la démocratie locale, favoriser la participation des citoyens, etc.

[Il faut favoriser] l’engagement d’un plus grand nombre (…) c’est une approche qui est à la fois plus stimulante et plus prometteuse si on veut vraiment sortir du cycle des défaites. »

Plus de démocratie, plus d’ouverture, moins de centralisation, plus de transparence. J’y crois encore.

Et je continue de penser que c’est particulièrement indispensable si on souhaite faire du Québec un pays. La confiance en soi, individuelle et collective, et l’engagement sont des conditions préalables à l’émancipation.

Je fais maintenant l’hypothèse que c’est en donnant d’abord forme à cette autre politique au niveau municipal qu’on pourra réussir à la faire naître ensuite au niveau national.

***

Le texte évoquait le départ de la vie politique de Pauline Marois, en juin 2014.

J’ai justement eu une pensée pour elle, ce matin, en lisant ce texte. Encore merci pour tout, Mme Marois.

La façon de le faire

Lecture du Devoir avec un café au soleil, à proximité des fines herbes ce matin. Un bonheur.

J’en retiens particulièrement cette réflexion de la présidente-directrice-générale d’Hydro-Québec:

C’est moins le fait que le Québec atteindra ses cibles [climatiques] qui va changer le monde que la façon dont on va le faire. Ça peut devenir une inspiration pour les autres : comment on a mis nos efforts en commun pour atteindre cette cible.

Sophie Brochu

Ça me semble important, parce que ça vient rappeler que la contribution de chacun peut varier dans l’immense défi planétaire qui consiste à faire face aux changements climatiques.

Bien sûr que l’empreinte carbone du Québec est pratiquement insignifiante par rapport à celle de pays comme les États-Unis ou la Chine — mais ça ne veut pas dire qu’il est vain de travailler à la réduire.

Je pense, moi aussi, que la conscience de ça doit, au contraire, nous amener à réaliser que notre responsabilité est peut-être surtout de trouver des façons ingénieuses et ambitieuses pour réduire collectivement nos émissions de gaz à effet de serre — des façons de faire qui pourraient être reproduites ailleurs, où leur portée, leurs effets, pourraient être décuplés.

Ça suppose évidemment de sortir des sentiers battus, d’innover, de ne pas se laisser freiner par le fait que « ça n’a jamais été fait avant » — comme on a su le faire, dans une foule de domaines, lors de la Révolution tranquille. On doit retrouver cet état d’esprit.

Ça met aussi en évidence qu’il est indispensable de trouver le moyen de donner un sens à nos gestes, à nos choix et, plus encore, à nos projets. Il faut trouver des façons d’en faire des récits inspirants, pour toutes celles et ceux qui vivent ici — et beaucoup plus largement.

***

C’est peut-être par un effet de contraste avec les propos de Sophie Brochu… mais trouvé vraiment dommage qu’il n’y ait pas beaucoup de ce genre d’inspiration, dans le Cahier Lire.

L’idée était pourtant fantastique: offrir carte blanche à sept auteurs et autrices pour réfléchir à l’après-pandémie. Mais ouf — j’ai trouvé que le portrait qui s’en dégageait était bien sombre.

Heureusement, il y a le texte de Michel Jean au sujet d’une certaine confiance retrouvée par les Innus.

Les communautés innues sortent de la crise sanitaire avec le sentiment qu’elles peuvent décider de leur destin. Qu’elles en ont donné la preuve. Alors que le Québec semble comprendre que les pensionnats autochtones ont fait des victimes sur son territoire aussi, peut-être que les choses seront différentes désormais. Je l’espère.

Michel Jean

Les autres textes sont de Alain Farah, Chloé Savoie-Bernard, Yara El-Ghadban, Samuel Archibald. Il y a aussi une courte bande dessinée de Jean-Paul Eid et Diane Obomsawin.

***

Il ne s’agit évidemment pas de présenter le monde d’après de façon exagérément optimiste, voire candide. Il me semble qu’il s’agit plutôt d’essayer de porter sur celui-ci un regard qui prend forme à partir des possibles.

Il me semble qu’il faut essayer de profiter de l’occasion de ce grand brouhaha pour faciliter la formulation de nouvelles utopies… ce qui n’empêche évidemment pas de nier les difficultés qu’il faudra relever pour les réaliser.

Au fond, c’est peut-être un auteur ou une autrice de science-fiction qu’il manquait pour compléter le Cahier Lire.

En tant que lecteur, la science-fiction est une sorte de répertoire des possibles, qui met en scène des mondes envisageables. Les objets techniques utilisés dans ce cadre n’ont peut-être pas de pertinence au regard des connaissances actuelles mais ils ne sont souvent qu’un prétexte pour mettre des humains dans une situation qui ne se produirait pas sans eux. Se pose alors la question de ce qui se passerait s’ils existaient. C’est le fameux questionnement “Et si… ?”. 

Roland Lehoucq, dans Usbek & Rica