De Chicago à Sherbrooke

La politique est faite de grands rendez-vous, mais aussi (surtout) de beaucoup de moments plus humbles, d’échanges, de débats et d’émotions.

La politique, ce sont les jours d’élections, mais ce sont aussi des milliers d’autres heures de réunions, au cours desquels des citoyens engagés élaborent les idées sur la base desquelles notre société se construit. Des centaines de réunions locales, régionales et nationales — auxquelles les médias font rarement référence, mais qui sont pourtant essentielles à la vie démocratique.

Les médias ont couvert abondamment les élections américaines dans ce qu’elles ont de spectaculaires et de glamour, mais trop peu sous l’angle de l’engagement personnel qu’un tel moment implique pour des milliers de gens.

La vidéo ci-dessous a été rendue publique il y a quelques jours par l’équipe de Barack Obama. Elle témoigne justement d’à quel point un leader politique a besoin de tous ces gens qui consacrent des centaines d’heures, pendant des années, pour rendre possible une victoire électorale.

La reconnaissance dont fait preuve Obama dans cette vidéo est évidemment touchante — mais je pense qu’on devrait surtout faire ressortir à quel point elle peut être inspirante, parce qu’elle démontre avec éloquence à quel point c’est la somme des gestes que chacun d’entre nous pose qui fait la politique et qui détermine ce que deviendra notre société.

Elle dit haut et fort que si on veut bien se mettre en mode «participation», dans un esprit constructif, plutôt qu’en mode «gérant d’estrade» — on peut vraiment faire une différence.

Il y a bien des façons de s’engager, et de participer, bien sûr — et pas seulement l’engagement actif dans un parti politique; mais c’en est quand même un, et peut-être un des plus puissants quand on le combine avec d’autres engagements, personnels et professionnels.

C’est ce que je me disais hier, au petit matin, en route vers Sherbrooke, où je me rendais pour participer à la Conférence Nationale des Présidents et Présidentes (de circonscriptions) du Parti Québécois.

La réunion a été l’occasion de faire un bilan des dernières élections et d’évoquer quelques idées pour que la prochaine se passe encore mieux.

Ça a aussi été l’occasion de réaliser, très concrètement, que le Parti Québécois forme maintenant le gouvernement : la sécurité n’était plus du tout la même; l’ampleur de la présence du personnel politique non plus. C’était rafraîchissant!

L’ouverture de la journée a été particulièrement impressionnante quand notre maître de cérémonie de toujours, Mme Marcoux, s’est présentée au micro pour nous dire:

« J’ai eu le plaisir de vous la présenter au cours des ans comme députée de La Peltrie, comme députée de Taillon, comme députée de Charlevoix, comme ministre de la Condition féminine, comme ministre de l’Éducation, comme ministre de la Santé, comme ministre des Finances, comme vice-première ministre et comme Chef du Parti Québécois; j’ai le privilège aujourd’hui de vous la présenter comme première ministre du Québec… »

Quand on pense à tout ce qu’il a fallu traverser pour ça au cours des deux dernières années…

Après un très bon discours, Mme Marois est restée avec nous toute la journée pour prendre part au bilan de l’élection. Son leadership s’est notamment exprimée quand elle s’est levée pour répondre elle-même à une question délicate; en répondant de façon très transparente et très pédagogique.

Je ne peux rapporter les interventions qui ont été faites pendant le bilan électoral — qui se tenait à huis clos — mais je peux tout de même dire que j’ai pour ma part plaidé pour qu’on permette aux régions d’adapter davantage le programme et les messages électoraux à leur réalité : choix des thèmes, manières de les aborder. Je crois que ce serait favorable à ce que «le message passe mieux» et également de nature à favoriser la participation des militants — et des électeurs.

Je suis revenu de Sherbrooke confiant. Très confiant. Je suis convaincu que Madame Marois est en pleine possession de ses moyens et que le gouvernement s’organise bien. L’automne sera chaud, c’est certain — mais c’est aussi ça la démocratie : des débats vigoureux.

Ils seront sans doute d’autant plus vigoureux cette fois qu’ils concerneront enfin des projets ambitieux — et pas toujours évidents.

J’espère que tout cela contribuera à favoriser l’engagement et la mobilisation de plus en plus de monde — et particulièrement de tous ceux et celles qui croient dans un projet politique social-démocrate pragmatique.

Il y a tant à faire.

Qu’est-ce que la société du savoir?

Sur la page Facebook consacrée au Sommet sur l’Enseignement supérieur, le ministre Pierre Duchesne demande:

« Quelle est votre définition de l’expression « société du savoir »? »

C’est une question qui me semble effectivement fondamentale pour organiser nos réflexions en prévision du Sommet — et pour être en mesure d’interpréter les positions qui seront prises par chacun des intervenants.

J’espère avoir l’occasion d’y revenir dans les prochains jours, mais d’ici là, je partage un texte que j’avais écris à ce sujet, en 2004, à l’invitation du projet Parole citoyenne, qui avait été initié par l’ONF et qui est maintenant porté par l’Institut du Nouveau Monde.

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De l’économie du savoir à l’économie de l’apprentissage

J’entends parler depuis plusieurs années de la nouvelle économie, de la société de l’information et de l’économie du savoir sans jamais trop comprendre à quoi on fait référence. J’ai pourtant toutes les caractéristiques qu’on associe à cette « nouvelle économie » : je suis jeune, j’ai eu la chance d’étudier à l’université et je travaille dans un studio de production multimédia. En principe, la société de l’information, « je suis tombé dedans quand j’étais petit », comme on dit.

Je m’interroge, par exemple, quand je lis que le président-directeur général de Montréal International affirme que « Montréal devra plus que jamais miser sur le savoir [si elle] veut se classer parmi les chefs de file des agglomérations les plus créatives, innovatrices et performantes en Amérique du Nord». Je me demande de quel savoir il est question. Est-ce seulement celui des universitaires, des chercheurs et des gens qui innovent dans le domaine technologique ? J’en ai parfois l’impression. Et ça m’étonne.

Ça m’étonne parce que je considère que c’est une erreur de croire que le développement d’une ville peut se faire en misant uniquement sur les savoirs de pointe. Il me semble que c’est mal comprendre la nature des défis que nous pose le contexte économique actuel — marqué, entre autres, par les effets de la globalisation.

Il est évidemment nécessaire pour une région comme Montréal de disposer d’établissements d’enseignement et de centres de recherche de très grande qualité, bien financés et soutenus par les pouvoirs publics. Mais ce n’est certainement pas suffisant. L’Organisation de coopération pour le développement économique s’est d’ailleurs penchée sur cette question il y a quelques années.

Après avoir analysé en détail la situation de cinq villes de la « nouvelle économie », l’OCDE confirme, dans un premier temps, que l’élément qui est aujourd’hui le plus essentiel au développement d’une ville, tant au plan social et culturel qu’au plan économique, c’est sa capacité à faire preuve d’innovation et de créativité — une conclusion à laquelle applaudiront évidemment tous les émules de Richard Florida, qui est l’auteur du livre à succès « The Rise of the Creative Class ».

C’est toutefois la seconde conclusion de l’OCDE qui me semble la plus intéressante et la plus oubliée par ceux et celles qui président au développement économique de plusieurs des grandes villes du Québec et du Canada. Parce qu’après avoir insisté sur l’importance de l’innovation, l’organisme ajoute que les villes et les régions qui se tireront le mieux d’affaires dans les prochaines années sont celles où on comprend que l’éducation ne peut plus être exclusivement l’affaire des écoles et où l’apprentissage est valorisé sous toutes ses formes (formelles ou non, à l’école, à la bibliothèque, au musée, dans les milieux de travail, etc.).

L’importance que l’OCDE accorde au fait qu’une large proportion de la population vive régulièrement des expériences d’apprentissage stimulantes et variées s’explique très simplement. On constate en effet que le simple fait d’apprendre quelque chose (que ce soit une langue, la physique quantique, l’ébénisterie ou la comptabilité) nous expose sans cesse à des informations nouvelles, nous éveille à des réalités différentes et nous fait vivre des expériences inédites. Du coup, quand on apprend, on développe une attitude plus positive face au changement et à l’innovation. Et c’est précisément de cette ouverture à l’innovation dont une ville a le plus besoin pour assurer son développement.

Pour relever certains défis, une ville peut avoir moins besoin d’une population « instruite » que d’une population « qui apprend »… simplement parce qu’une population « qui apprend » sera plus ouverte à des façons différentes d’envisager les problèmes de la ville, à envisager à des solutions nouvelles et à appuyer des projets innovateurs.

Je crains qu’en valorisant de façon disproportionnée « l’industrie du savoir » (au sens des connaissances de pointe) et en associant l’innovation au seul secteur des « technologies », on risque de perdre de vue le fait que ce qu’il faut viser pour favoriser le développement économique d’une ville, c’est offrir des occasions variées d’apprentissage à chacun des citoyens. Tous. Ceux qui ont été choyés par le système scolaire et qui forment aujourd’hui l’élite de la société comme ceux qui l’ont été moins, mais qui désirent poursuivre leur éducation, de diverses manières, tout au long de leur vie.

Ce serait bien dommage que l’avènement des nouvelles technologies de l’information et de la communication ait pour effet d’amplifier le déséquilibre politique entre « ceux qui savent » et « ceux qui ne savent pas » alors que tout indique que pour nous enrichir collectivement et pour améliorer notre qualité de vie il est absolument essentiel de mettre de côté les chasses gardées, de remettre en question la division traditionnelle des activités économiques (tourisme, technologie, culture, etc.) et de collaborer pour que tout le monde apprenne quelque chose chaque jour.

Voilà pourquoi je crois profondément qu’à l’instar de centaines de villes qui réfléchissent actuellement aux moyens dont nous disposons pour revoir les rapports traditionnels entre la ville et l’éducation, il faut adopter l’idée que nous vivons dans une « économie de l’apprentissage » plutôt que dans une « économie du savoir » et nous laisser inspirer par une conception de la ville comme une « cité éducative ».

(Version pdf)

Entretien avec Pauline Marois

J’ai regardé le face à face entre Pauline Marois et François Legault, plus tôt ce soir, à la télévision.

J’ai été impressionné, une fois de plus, par Mme Marois — par son attitude, son aplomb et son habileté. Par la cohérence de son parcours politique aussi, qui m’a paru à plusieurs reprises transcender son discours. Surtout par cela, peut-être, d’ailleurs.

On peut critiquer ce que dit cette femme, on peut ne pas être d’accord avec certains de ses choix, mais on ne peut pas douter de son intégrité. Son cheminement est rigoureux et il témoigne d’une exceptionnelle détermination.

Consterné par les invraisemblables analyses (j’hésite même à employer ce mot) de certains des commentateurs choisis par TVA pour décortiquer le face à face, je me suis mis à la recherche d’un peu de lecture afin terminer ma journée de façon un peu plus stimulante — avec l’idée de chercher à comprendre encore un peu mieux la femme derrière la candidate; la femme qui sera vraisemblablement la prochaine première ministre du Québec.

Mes recherches m’ont mené à un livre d’Anne-Marie Villeneuve, publié en 2003 par les Éditions Québec Amérique: Paroles de femmes — entretiens sur l’existence. Disponible en version numérique, j’ai pu l’acheter, le télécharger aussitôt et le lire immédiatement. Fantastique!

L’entretien de l’auteure avec Pauline Marois m’est apparu très intéressant. Il m’a semblé témoigner efficacement, en une cinquantaine de pages, de plusieurs des valeurs qui la guident.

J’en ai retenu quelques extraits.

* * *

Au sujet de son attitude:

Courber l’échine, ce n’est pas mon genre. Je suis une fonceuse, même si parfois je trouve la côte à monter difficile et si je vois aussi les écueils. Je ne suis pas inconsciente de ce que je suis, de mes failles et de mes défauts. On en a tous, c’est comme ça. Quand les gens disent que je suis ambitieuse, je réponds «oui, je le suis». Je n’ai pas peur de l’ambition parce qu’elle fait réaliser de grandes choses quand on s’en sert pour changer la société, pour proposer des façons différentes de faire, pour réaliser ou atteindre des objectifs qui sont sains, qu’ils soient sur le plan social, sur le plan économique ou sur le plan culturel.

Au sujet des exigences de la politique

En politique, on a malheureusement toutes sortes de compromis à faire, ça fait partie de cette vie. Si on ne l’accepte pas au départ, on sera frustré tout le temps, on sera toujours de mauvaise humeur et moi, je ne veux pas dépenser d’énergie négative. Souvent, dans le travail que nous faisons, nous devons critiquer ceci ou cela. Une fois que c’est fait, c’est derrière nous. Utilisons notre énergie, notre talent, notre intelligence, notre créativité à bâtir quelque chose et non pas à continuellement critiquer autour de nous ou à remettre en question le passé qui ne peut être changé. Je pense qu’il faut être capable de regarder dans le rétroviseur pour faire des analyses, tirer des leçons, mais je suis une femme qui regarde en avant, là où l’on peut encore changer les choses.

Au sujet du sens des responsabilités

On vit dans une société où l’on fait des compromis pour trouver notre confort et notre bonheur, pour établir les relations les plus harmonieuses, les plus intéressantes et stimulantes possible. Le chacun pour soi, c’est l’anarchie finalement. À mon avis, certains créateurs doivent aller au bout de cela. Mais lorsqu’on est dans des organisations de type public, politique, social ou autre, quand on est à la tête d’institutions ou d’organismes et qu’on assume des responsabilités au nom de quelqu’un d’autre, je pense que ça prend un minimum de retenue.

Au sujet de la sincérité

J’ai la conviction profonde qu’il faut que notre société améliore le sort des plus mal pris d’entre nous. Je pense qu’on doit toujours, comme gouvernement, avoir en tête la recherche de la justice, de l’équité, et aussi la recherche d’une plus grande solidarité entre les gens. On doit pouvoir soutenir, aider ceux qui sont marginalisés, ceux qui sont sur le bord de la route. Il y a toutes sortes de façons de le faire; mon gouvernement a parfois fait des gestes avec lesquels je n’étais pas d’accord, j’aurais probablement agi autrement. Mais à partir du moment où on est franc avec la population, je peux vivre avec cela, tant que les valeurs fondamentales auxquelles je crois sont respectées.

Au sujet de l’action politique

En politique, quand on prend des engagements, c’est parce qu’on veut les réaliser. Je crois que les politiciens sont plutôt de bonne foi, mais souvent leurs rêves se heurtent aux contraintes, à la réalité, à des difficultés bien concrètes et, à partir de là, ils doivent faire des compromis.

Que faire pour revaloriser l’action politique aux yeux de la population québécoise? Il faut peut-être aller davantage chercher le point de vue de la population. On appelle ça la démocratie participative.

Au sujet de la vie, et de nos rêves

J’aime la vie et j’aime ce que je fais. Même si parfois je trouve ça dur et que je suis obligée de me bousculer, il reste que j’ai choisi de changer le monde, et s’il y a un métier ou s’il y a un lieu où c’est possible de le faire, c’est bien là où l’on prend des décisions, en politique. Je réalise donc mon rêve de jeunesse.

Et finalement, la réponse qu’elle donne à la question suivante — et qui me semble éclairer de façon particulièrement intéressante certains des choix qu’elle a faits au cours des derniers mois.

À un jeune qui viendrait vous voir et qui vous dirait «Madame Marois, moi, je veux changer le monde», que répondriez-vous?

Je lui dirais: «Allez-y! Rêvez! Imaginez! Provoquez-nous! Choquez-nous!» S’ils ne nous choquent pas à vingt ans, ils ne nous choqueront pas à cinquante, hein! J’aime ça que des jeunes pensent comme ça, qu’ils n’acceptent pas les faits. Des fois, mes jeunes à la maison se fâchent. Je ne suis pas d’accord avec leur point de vue, mais j’aime qu’ils en aient un, même s’il n’est pas le mien. Même s’ils me choquent un peu de penser comme ça, ça me stimule. Ils voient la vie autrement que je ne la vois, leur façon de juger des événements est différente de la mienne. Je trouve qu’ils ont des idées, des projets, des rêves et il faut en avoir à vingt ans si on veut avoir une influence à un moment donné dans la vie et que la vie soit meilleure dans vingt, trente, quarante ans.

* * *

Paroles de femmes
Entretiens sur l’existence

Auteure: Anne-Marie Villeneuve
Éditeur: Québec Amérique
Date de parution: Octobre 2003

Pour acheter le livre sur le site
Rue des libraires, cliquer ici.

Mayonnaise vs Google

Toujours curieux de voir ce que les gens trouvent quand ils font une recherche au sujet d’un livre dont ils entendent parler dans une chronique, à la télévision par exemple.

Comme ce soir, au Téléjournal de Radio-Canada. Isabelle Richer a évoqué, avec grand enthousiasme, Mayonnaise, d’Éric Plamondon. Ça donnait le goût de le lire — et, pour ça, possiblement de l’acheter… (et pourquoi pas, là, maintenant, pendant qu’on y pense? — ce seront probablement dit certains téléspectateurs).

J’inscris donc dans Google « Mayonnaise Éric Plamondon ».

Résultats:

Une pub de la mayonnaise Hellmann’s | Hellmanns.ca

Passons…

Immédiatement après, premier véritable résultat:

Le site de l’auteur: www.ericplamondon.fr

Ensuite:

Un texte de la Librairie Vaugeois, qui avait cité Mayonnaise dans ces citations de la semaine.

Ensuite:

Un texte du magazine L’actualité

Un texte du journal Voir

La fiche produit du livre chez Renaud-Bray

La fiche produit du livre chez Amazon.ca

Un article de La Presse

Un texte sur le blogue de Benoît Melançon

Un texte sur un autre blogue

Un texte sur le blogue de l’auteur

Et voilà pour la première page de résultats (la seule que tout le monde consulte).

Je suis intrigué par ces résultats — qui me semblent exceptionnellement pertinents.

Ils tiennent, je crois, à quelques éléments:

1. l’excellent travail de l’auteur, dont la page personnelle est d’une remarquable efficacité: très simple, regroupe les principales références à ses livres: critiques, liens vers le site de l’auteur et du distributeur/diffuseur du livre, liens pour acheter les versions imprimées et numériques. Pas de flafla, que du pertinent. Google aime. Ça paie. Et en prime, un blogue, pas très dynamique, mais efficace.

2. le travail de fond de la Librairie Vaugeois qui, avec les moyens du bord, et des textes simples publiés sur un blogue tout ce qu’il y a de plus rudimentaire, arrive à déployer progressivement sa présence sur le Web depuis des mois, sans prétentions, patiemment, régulièrement et, surtout, de façon originale — avec des contenus distinctifs. Et ça aussi, Google aime… et récompense.

3. l’engagement de passionnés de littérature comme Benoît Melançon qui, plutôt que de chercher la notoriété dans les réseaux sociaux en tant que telle, choisissent de publier des textes de grande qualité, autour desquels finissent par s’agréger des gens de qualité, dont l’autorité est reconnue, entre autres par Google — grâce à la magie des algorithmes, évidemment.

C’est comme ça que l’auteur, pourtant très discret sur les réseaux sociaux arrive en première place (combien d’auteurs peuvent en dire autant?).

C’est aussi comme ça que la Librairie Vaugeois arrive avant Renaud Bray, qui arrive avant Amazon;

Et c’est comme ça que les textes de blogues personnels se retrouvent aux côtés de ceux publiés par des médias professionnels autrement plus connus.

Je m’étonne néanmoins de ne pas trouver dans cette première page de résultats le site de l’éditeur, parce que ça me semblerait important. À première vue, ce pourrait être parce qu’on ne trouve pas de lien vers la page du livre sur la page d’accueil, ni à partir du catalogue. C’est mon hypothèse.

* * *

J’en tire comme conclusions pour ce soir:

  • Que les auteurs devraient tous faire l’exercice avec leur nom + titre de leur dernier livre.
  • Que les libraires devraient tous faire l’exercice avec quelques livres dont on parle actuellement.
  • Et qu’il serait intéressant, encore aujourd’hui, de réaliser un petit guide à l’intention des auteurs, des éditeurs et des libraires pour améliorer leur présence sur le Web — et dans les résultats de recherche de Google, en particulier.

Quoi qu’il en soit, en terminant: bravo à Éric Plamondon et à la Librairie Vaugeois qui, au regard de l’expérience de ce soir, ont manifestement réussi un tour de force qui mérite d’être donné en exemple.

Et en attendant de lire le livre en entier, pourquoi ne pas commencer par un extrait… il y en a un disponible ici.

De l’importance d’aller voter

Le Québec a connu un printemps politique fou fou fou. Un réveil nécessaire.

L’été est à nos portes et on sait bien que le mouvement va devoir prendre de nouvelles formes; se métamorphoser.

Plusieurs personnes appellent depuis quelques jours à d’improbables alliances entre les partis politiques. Je trouve que ce n’est pas la chose la plus pressante, ni la plus importante.

Ce qui me semble le plus urgent c’est de travailler, de toutes les façons possibles, pour faire en sorte que le plus grand nombre de citoyens se rendent voter le jour venu. C’est une nécessité démocratique. C’est absolument indispensable pour faire arriver les changements souhaités, mais aussi, pour nous éviter de sombrer collectivement dans le cynisme et la résignation.

Quand on fait le calcul, on réalise bien que les votes que les partis progressistes se partageront pourraient avoir des conséquences néfastes si le taux de participation à l’élection est faible — mais aussi que le risque est bien moindre à mesure que le taux de participation augmente. Et la conclusion qui s’impose, c’est qu’il faut voter. Qu’importe pour qui, mais il faut aller voter!

Je rêve depuis quelques jours d’une grande corvée nationale où, malgré les obstacles, comté par comté, on mettrait en place des moyens considérables pour favoriser la participation à la prochaine élection… reste à voir comment cela pourrait être possible. Mais, il faut bien constater que tout le monde n’accorde manifestement pas la même importance à la participation de tous les citoyens — comme s’ils s’accommodaient très bien du fait que certaines parties de la population négligent de voter… peut-être même au point d’avoir intégré cela à leur stratégie électorale, qui sait?

* * *

Un ami éditeur m’a transmis plus tôt cette semaine un texte de Lucie Pagé, une journaliste et écrivaine qui partage sa vie entre le Québec et l’Afrique du Sud depuis 1990 (elle a notamment publié Mon Afrique — dont j’ai entrepris la lecture hier soir — et Comprendre l’Afrique du Sud). Elle y exprime, avec une touchante perspective historique, pourquoi il est plus que jamais indispensable d’aller voter pour assumer pleinement « notre devoir de bâtir, individuellement et collectivement, la société ».

Je reprends son texte ici — et je vous invite à le faire circuler.

Pourquoi aller voter

Il s’appelait Vuyisile Mini. Il était père de trois enfants, travailleur acharné, représentant syndical dans son usine, militant antiapartheid et auteur des plus célèbres chants de libération d’Afrique du Sud. Ses chants étaient courts, puissants avec toujours un air facile à retenir et à chanter par les foules et les masses. Desmond Tutu, prix Nobel de la paix (1984) a dit à leur sujet: « Sans ces chants, notre luttre aurait été beaucoup plus longue, beaucoup plus sanglante, et n’aurait même peut-être pas abouti ». Les chants de Mini étaient de courts slogans puissants. Un peu comme ceux qu’on entend dans les rues de Montréal depuis quelques mois. « Charest, dehors, va te trouver une job dans le Nord ». Sauf qu’ils étaient chantés. Les chants de libération étaient devenus si puissants qu’on a passé une loi pour empêcher les gens de chanter » parce qu’ils donnaient froid dans le dos des policiers », dit Tutu. « L’Afrique du Sud n’aurait pas été le même pays sans les chants de Mini », m’a déjà raconté Nelson Mandela.

Un jour, en 1964, la police débarque chez Vuyisile Mini et l’amène au poste. Son crime? Connaître deux militants qui avaient posé une bombe dans une centrale électrique. Aucun mort, mais quel inconvénient pour les Blancs (pratiquement les seuls qui avaient accès à l’électricité à la maison)! On a demandé à Mini de dévoiler les noms de ses deux camarades. Il a refusé, au nom de la solidarité. Alors on lui a donné le choix: la délation ou la pendaison.

Il a écrit une longue lettre à sa femme, ses enfants et ses camarades pour expliquer sa décision. Il voulait qu’un jour, ses enfants jouissent du droit de vote.

Le matin de sa pendaison, le 6 novembre 1964, le geôlier a demandé à Mini s’il comptait chanter jusqu’à la potence. Il a entamé un de ses chants les plus populaires: « Attention Verwoerd (premier ministre de 1958 à1966), l’homme noir s’en vient. Attention Verwoerd, l’homme noir vous aura. » Les 1500 prisonniers ont chanté avec lui. Mini a chanté jusqu’à la potence. Il chantait lorsque la trappe sous ses pieds s’est ouverte. Il est mort en chantant. Il a donné sa vie pour que les autres jouissent, un jour, du droit de vote.

Le droit de vote vient avec son revers de la médaille: le devoir d’aller voter. On ne peut pas qu’exiger d’une société qu’elle nous donne des droits. C’est une avenue à deux sens. Nous avons le devoir de bâtir, individuellement et collectivement, la société. Si nous n’avions pas le droit de vote, on se battrait jusqu’à la mort. Comme Mini qui avait pourtant le choix. Il aurait pu retourner tranquillement chez lui, deux noms en moins. S’il savait combien ce droit est aujourd’hui méprisé… Notre travail, à nous Québécois, plus que jamais, est de convaincre l’un et l’autre d’aller voter. Qu’est-ce qui explique que seulement le quart des électeurs soient allés voter dans la cirsconscription de Lafontaine? Les trois quarts des électeurs avaient une urgence? Une jambe prise sous la roue d’un camion? Une gastro active des deux bouts? Un massage cardiaque à donner à sa grand-mère? J’ai si souvent entendu « Qu’est-ce que mon vote à moi changera? Je ne suis qu’une goutte dans l’océan ». Et si les trois quarts des gouttes du Pacifique décidaient de quitter le bassin, il resterait quoi de l’océan? Un trou d’eau. Un trou de bouette, comme dans Lafontaine. Chaque goutte compte. Chaque vote compte. C’est ça, vivre en société. Nous avons des droits, mais aussi ce devoir sacré de se rendre aux urnes et de mettre un X au côté de son candidat de choix. « Y’a aucun parti qui fait mon affaire » est une autre phrase que j’entends. Et bien, si vraiment, aucun parti ne fait vraiment pas votre affaire, il est de votre devoir d’aller gaspiller votre bulletin de vote. Mettre un grand X sur toute la page, ou y dessiner un bonhomme sourire ou le doigt d’honneur. Mais il faut aller s’exprimer.

C’est notre plus grande arme que celle de s’unir pour aller s’exprimer. Charest le sait. L’entendez-vous encourager la population d’aller voter? Ou pousser les jeunes à aller voter? Il sait bien trop que si nous nous unissons et allons nous exprimer, il se retrouvera caissier chez Walmart. Et sinon, et bien, au moins ce sera la volonté d’un océan et pas que celle d’un trou d’eau.

Les partis politiques se préparent déjà pour les prochaines élections. Nous devons, nous aussi, nous préparer dès maintenant. Parler à ses frères et soeurs, cousins et cousines, tantes et oncles, parents et enfants. Leur demander d’abord s’ils sont inscrits sur la liste électorale. Et sinon, les encourager à le faire. Les accompagner, leur fournir les coordonnées pour le faire. Ensuite, lorsque son entourage immédiat est fait, on parle aux voisins, puis ceux de la rue, du quartier. Ses collègues, ses amis. On n’a pas à dire pour qui voter. Notre travail est de s’assurer, simplement, que tous aillent voter. Puis, si on rencontre de la résistance, on leur raconte l’histoire de Vuyisile Mini, et de tant d’autres qui ont donné leur vie pour ce droit sacré de la démocratie. On leur demande de s’imaginer le Pacifique moins les trois quarts de ses gouttes. Il faut se réveiller, peuple québécois. Réveillons-nous l’un l’autre pour qu’on arrête de parler du gouvernement comme s’il appartenait à quelqu’un d’autre, pour qu’on puisse enfin parler de notre gouvernement, de notre pays. Allez, debout, retroussons nos manches. De grâce, allons tous voter aux prochaines élections. Moi, en tous cas, j’en ai marre de vivre dans un trou de bouette. Pas vous?

Lucie Pagé, 14 juin 2012

Des idées d’avenir…

Parmi les réactions à mon texte d’hier, une invitation à relire un livre qui est sur ma table de chevet depuis plusieurs mois — depuis un souper très agréable, et très stimulant, avec son auteur, sur la rue Saint-Denis, à l’automne 2010.

Je m’y suis replongé rapidement ce soir — en mode survol — avant d’y consacrer, sans doute, un peu plus d’attention dans les prochains jours (et d’avoir, peut-être, la chance de contribuer à le rendre disponible en version numérique).

Je vous en fais cadeau de quelques extraits (pour le moment, parce que j’y reviendrai assurément):

Des idées pour un monde meilleur

Attendons-nous une révolution? J’en doute. Qui dit révolution dit désordre et qui dit désordre dit insécurité, tension et angoisse. Nos dirigeants nous ont suffisamment démontré que le désordre crée un stress économique qui déstabilise nos sociétés.  Pour la majorité, le jeu n’en vaut pas la chandelle. Il vaut mieux ne rien changer plutôt que de provoquer de l’insécurité économique. C’est un slogan à la mode. Notre quotidien est en jeu. Et le quotidien implique un certain niveau de vie que nous ne sommes pas prêts à remettre en question pour aller vers de nouvelles idées, si alléchantes soient-elles. (…)

Je ne crois pas à la pertinence des modèles uniques et des doctrines à toute épreuve. Je crois à la nécessité des interactions de multiples idées qui font jaillir de nouvelles compréhensions du monde.  Je crois également que tout commence par l’individu et que tout se termine par lui et en lui. S’il faut croire en une révolution, alors il faut croire en celle de l’individu. Mais l’individu est un être d’interactions.  De plus, il est singulier et universel. (…)

La nécessité d’un leadership inspirateur

Cette société sir le qui-vive manque de leaders, ces personnes qui mobilisent, qui inspirent et qui indiquent des voies à suivre. Actuellement, nous sommes gouvernées par des personnes qui, majoritairement, collent au discours dominant sans égard aux effets de ce discours. Elles voient dans ce discours , non pas ses effets pervers, mais la solution pour régler les problèmes. [ainsi] de nouvelles stratégies apparaissent pour faire porter l’odieux de la situation sur les citoyennes et les citoyens.

Un décideur n’est pas automatiquement un leader. L’inverse est également vrai. Majoritairement, les décideurs actuels gèrent en s’inspirant du discours dominant. Ils font probablement leur possible, mais la bonne volonté, je l’ai déjette dit, n’est pas suffisante. Il faut porter un autre regard sur la société et sur les individus qui la composent. (…)

Les politiciens se sont moulés à ce même discours dominant. Il suffit d’analyser les prises de position actuelles pour constater l’ampleur de ce phénomène. C’est comme si toutes les décisions à prendre passaient par le même filtre. Il est rare que les politiciens adoptent un discours différent. Et quand ils le font, ils sont généralement assez timides. Quand certains s’y aventurent, ils sont déclarés irresponsables. C’est comme si le fait d’avoir des convictions différentes de celles véhiculées par le discours dominant entraînait directement l’irresponsabilité. Une société qui se ferme à l’exploration de nouvelles options est menacée d’entropie.

Cette adoption aveugle du discours dominant est le signe d’une profonde insécurité chez les décideurs. Dans les périodes d’insécurité, la tendance est de se raccrocher au connu et de développer de nouveaux conformismes. Au lieu d’explorer de nouvelles avenues, ils remanient sans cesse le même discours. (…)

Au cours des périodes troubles, les véritables problèmes se manifestent dans toute leur acuité. Mais les décideurs ont souvent les mains liées, tant par les influences extérieures que par l’architecture des valeurs dominantes. (…)

Notre société qui vacille a un urgent besoin de nouveaux leaders. Ils devront venir de tous les milieux de l’activité humaine et non uniquement de la classe politique. (…) Traditionnellement, le leader est celui qui a un pouvoir de commandement, qui indique la voie à suivre. (…) Ici, j’introduis un autre style de leadership, celui qui transforme parce qu’il inspire. (…) C’est un leadership de soutien. (…) C’est un pouvoir d’influence sans attente de résultats.

Cette approche de l’intervention remet fondamentalement en question le fait que nous devions toujours poursuivre des objectifs prédéterminés, ceux-ci étant trop rigoureux pour suivre le mouvement naturel de la vie. Il peut y avoi refficience sans poursuite d’objectifs prédéterminés et univoques. (…)

Le leader transformationnel influence parce qu’il est, mais il ne se présente pas comme l’exemple à suivre. Il refuse le dogmatisme. Il rejette les voies uniques. Il propose des directions, mais il laisse à l’autre le pouvoir de la décision. Il suscite, mais il relativise. Il souient ses idées et ses valeurs, mais il ne les impose pas, tout comme il ne veut pas que les autres lui en imposent. Il prend position, mais il admet qu’elle est une possibilité parmi d’autres. Il agit mais sans perdre de vue le cadre de référence qu’il a choisi.

Source: PAQUETTE, Claude, Des idées d’avenir pour un monde qui vacille, Québec Amérique, 1992, 358 pages.

Image: Extrait de la couverture.

Où tu vas quand tu dors en marchant?

Samedi dernier, le 26 mai. Soirée magique à Québec.

Nous sommes partis en famille pour marcher dans la basse ville de Québec. Nous avons stationné près du Musée de la civilisation, nous avons parcouru la rue Saint-Paul, nous avons déambulé devant la gare du Palais, où nous avons pu apprécier la fontaine de Daudelin et les chaises de Michel Goulet.

Un peu plus loin, nous avons croisé des citoyens revendiquant un monde meilleur armés de casseroles. Des citoyens tous sourire, de tous les âges, originaires d’un peu partout dans le monde.

Un peu plus tard, nous avons pris part au Carrefour international de théâtre — et savouré intensément chaque tableau du génial spectacle déambulatoire Où tu vas quand tu dors en marchant?

C’est là que la magie a été la plus forte avec pour ingrédients une température magnifique, la foule émerveillée, les jeux de lumière, la musique, les mots, les cris.

Merci à Frédéric Dubois, et aux 130 artistes qui nous ont ravis ce soir-là — en nous faisant cadeau, en plus, de plusieurs images très fortes, pour nous aider poursuivre notre réflexion sur la société que nous mettons actuellement tant d’énergie à essayer de débloquer.

Quelques images…

J’ai vu des marcheurs déposer leurs casseroles pour échanger — longuement et de façon très civilisée — avec des passants en désaccord avec eux: la démocratie en action.

La jeunesse, la maladie, la vieillesse qui se côtoient, dans un parc, la nuit, au coeur de la ville.

La rue de toute les tentations, les discours, la tromperie — la politique, la consommation, le divertissement, les médias, les religions…

Jésus qui tente désespérément de mettre la main sur un Revello géant — inoubliable.

Intersection rue Saint-Joseph et rue Dupont — l’ambiance.

Une extraordinaire projection sur la façade de l’épicerie A. Rouleau, dans laquelle le propriétaire nous parle de ses clients — et de la réalité du métier d’épicier dans un quartier défavorisé. Une mise en scène touchante qui témoignait habilement de la grandeur de l’homme, et des solidarités qui lient ceux qui côtoient la pauvreté.

* * *

Et le clou de la soirée — qui m’a profondément ému: un ballet de personnes en chaises roulantes. Il fallait voir le sourire des danseurs, l’émerveillement de la foule, la sincérité des applaudissement, la fierté partagée…

C’était magnifique. Inoubliable.

Inspirant.

Francoeur

Sophie Durocher publie dans Le Journal de Montréal, et sur Canoë, une entrevue avec Lucien Francoeur, au sujet de l’éducation — et des étudiants d’aujourd’hui.

On m’a demandé ce que j’en pensais, et ce que pouvait en penser mon ami Nicolas, prof au cégep — qui est au contact de ces étudiants d’aujourd’hui. Je lui ai donc demandé.

Voici sa réponse. Je n’ai rien à ajouter.

* * *

Bon. Par où commencer?

D’entrée de jeu, je dirais que, dans le meilleur des cas, c’est divertissant. Dans le pire, c’est décevant. En fait, je crois qu’il s’agit d’un cri du cœur, un cri du Francœur. Pour l’argumentaire, par contre, là ça vole tout juste au-dessus de ce à quoi nous ont habitués les abrutis de CHOI-FM.

Je n’ai pas 30 années d’expérience comme notre Lucien. J’en ai 15. Je ne sais pas ce qui s’est passé à Rosemont dans les dernières années, ou au Québec l’année juste avant celle où j’ai commencé à enseigner. Mais, dans mon expérience personnelle, il n’y a eu AUCUNE différence significative dans la qualité de la maîtrise de la langue de mes étudiants, tous programmes confondus. D’ailleurs, j’attends encore les statistiques qui vont me prouver le contraire. En fait, depuis 1783, on les attend toujours. À cet égard, le discours de Francœur me fait un peu penser à celui des chevaliers de ladite époque, qui se plaignaient de la fainéantise de leurs cadets et qui décriaient haut et fort le fait que les plus jeunes puissent, sans véritable entraînement, dégommer un preux chevalier, entraîné celui-là, à 300 pi, avec leur nouvelle arbalète.

En ce qui a trait au nivellement par la base et du Ministère qui ne sert qu’à justifier son rôle, rempli qu’il est de fonctionnaires déconnectés, je répliquerais au ramassis de préjugés de Francœur que j’ai, moi, à 3 reprises, participé à des activités de comités élargis du Ministère en question, comités où discutaient directrices d’écoles secondaires, enseignantes et enseignants du collégial et du secondaire, conseillers et conseillères pédagogiques, chercheurs et professeurs d’université. Bref, des gens de divers horizons et expérience, mais aucun qui ait été déconnecté. Bien sûr, ces 3 expériences sont des anecdotes, et la rigueur intellectuelle me recommande de n’en point tirer de généralisations hâtives. Mais mes anecdotes valent bien celles de Francœur. Et puisqu’il est passionné de littérature, je lui conseille le Petit cours d’autodéfense intellectuelle, de Normand Baillargeon, lecture au terme de laquelle il devra convenir, comme moi, qu’anecdotes et témoignages sont les pires gages d’une vision éclairée des choses. Malheureusement, il se pourrait aussi que cette lecture amène tout lecteur le moindrement critique — de ceux qui peuvent faire la différence entre le titre du bouquin et le nom de l’auteur — à faire un tel ménage dans les propos de Francœur qu’il n’en reste plus guère que de la ponctuation.

Des réformes de contenant, maintenant, je dirais que l’approche par compétence est le fruit de réflexions amorcées et expérimentées sous les vocables de Outcome Based Education, Assessment FOR and AS learning, Backward Design. Rien de tout cela ne concerne le contenant, bien au contraire. Mais, toutes les idées, même les meilleures, même celles de Francœur, quand on les roule dans la merde pendant des mois, je vous garantis qu’elles puent.

Je lis Francœur, je lis les propos d’un passionné. Et qu’est-ce qu’un bon prof? C’est un prof passionné. Quand on a dit ça, on a tout dit… et rien à la fois. Mais qu’est-ce que je peux être lassé de ce beau discours ô combien creux! À mon sens, en voilà un autre qui ne fait pas la différence entre enseigner sa passion et enseigner avec passion. Oui, parce que ton rôle, mon beau Lucien, ce n’est pas d’enseigner ta passion de la littérature, mais de faire apprendre la littérature en mettant à profit ta passion de l’enseignement. Et ça, ça commence par accepter que les temps changent, et les gens aussi. Il fut un temps où seuls les fils des riches citadins allaient à l’école. Aujourd’hui, le Québec s’est urbanisé et on frôle le 100 % de fréquentation de l’école. C’est un choix de société qui a, comme toute chose, ses mauvais côtés aussi. Mais, ce choix, je le refais quand tu veux. Les temps changent. Pour le mieux? Je n’en sais rien. Pour le pire? Ça reste à voir. À tous ceux qui, comme Francœur, se désolent de la tristesse de la génération iPad que nous avons devant nous, je rappelle que ce ne sont pas nos jeunes qui ont inventé la sédentarité. Et pendant qu’on remplit nos pétitions sur Internet, pendant qu’on se fait voler nos ressources, qu’on se fait frauder dans la construction, qu’on détruit notre environnement et puis qu’on prend notre auto pour aller chercher la pinte de lait au dépanneur, ce sont quand même les jeunes qui sont dans la rue, qui soulèvent un important débat de société, et qui le font en plus grand nombre que nous ne l’avons été, toutes causes réunies au Québec, depuis les trente dernières années.

CQFD

Nicolas Faucher

Le jour où la peur

Hier, j’ai écrit: j’ai été volé.

J’ai été volé. On m’a confisqué une partie importante du sens de la journée de demain. C’est à l’image de l’ensemble, des dernières semaines et des derniers mois, et ça me reste en travers de la gorge. (lire le texte)

Hier soir, j’ai été volé. Cambriolé.

Douloureuse coïncidence.

Il n’y aura pas de manifestation pour moi à Montréal aujourd’hui.

Je voulais aller y témoigner de l’importance de ne pas succomber à la peur.

En faire un geste éducatif, une action politique.

C’est dans ma propre maison que je devrai le faire.

On part de plus loin. Plus près. Au coeur.

Les voyous sont repartis les mains vides.

Au milieu de la nuit, les policiers ont été sympa. Ils m’ont dit de ne pas trop m’en faire avec ça.

J’ai eu envie de leur dire que cela complétait une semaine franchement pourrie.

Une semaine où la peur a fait son entrée dans nos vies.

Collectivement. Et personnellement.

Et que ça m’écoeure. Profondément.

Il n’y a bien sûr aucun lien entre le vol que je déplorais hier matin et celui auquel j’ai fait face hier soir. Mais la co-incidence est puissante. Surréaliste.

Ce n’est pas sur la Place des festivals que je vais combattre la peur et parler de bien commun aujourd’hui, c’est dans mon propre salon. Collés les uns sur les autres. Cellule familiale. Notre petite manifestation à nous cinq.

On va repartir de là. Osti qu’on a du chemin à faire.

Mais on va le faire.

Il est hors de question que la peur s’installe icitte.

Pas dans mon foyer.

Pas dans ma société non plus.

On a un monde meilleur à inventer.

On arrive à ce qui commence.

* * *

J’ai fait de plus loin que moi un voyage abracadabrant
il y a longtemps que je ne m’étais pas revu
me voici en moi comme un homme dans une maison
qui s’est faite en son absence
je te salue, silence
je ne suis pas revenu pour revenir
je suis arrivé à ce qui commence

Gaston Miron (L’Homme Rapaillé, Montréal, l’Hexagone, 1994)

Marie Hélène Poitras au sujet de l’écriture

Quel extraordinaire plaidoyer pour l’écriture:

« Quand j’ai la possibilité d’écrire beaucoup dans ma vie, je deviens vraiment un meilleur humain: je suis plus zen, j’ai une meilleure acuité, une plus grande énergie, j’ai besoin de courir vraiment beaucoup, comme si j’exultais. Après, si j’écoute de la musique, j’entends mieux les sons. J’ai tendance à remarquer des choses que je ne remarque jamais. Comme si toutes mes petites antennes étaient sorties. »

Merci à Marie Hélène Poitras. À lire dans Le Devoir d’aujourd’hui:

Marie Hélène Poitras, western moderne

Marie Hélène Poitras parle d’écriture et de Griffintown

24 poses féministes


Au hasard des déplacements d’une semaine de vacances, j’avais entendu à la radio une discussion sur le projet 24 poses féministes. J’avais aussi lu certains articles du dossier que Le Devoir y a consacré.

Une image m’avait particulièrement frappé (à la radio!) — celle des cubes de glace, proposée par Queen Ka pour illustrer le mot égale.

C’est ici…

Ça me semble une puissante métaphore de l’écart parfois très grand entre nos intentions et la réalité — aux plans personnel et collectif. Vrai dans une perspective féministe, mais aussi, beaucoup plus largement pour de nombreux programmes sociaux.

Pourquoi l’économie de la culture a ses propres règles

Le quotidien Le Monde a mis en ligne dans les derniers jours une remarquable vidéo qui explique pourquoi l’économie de la culture ne suit pas les mêmes règles que d’autre secteurs de l’économie:

La parabole des Tuileries ou pourquoi l’économie de la culture a ses propres règles

C’est une vidéo qu’il me semble indispensable de faire circuler en cette ère du tout à l’économie de marché.

Vivement des politiques culturelles progressistes et des interventions de l’État décomplexées dans le domaine de la culture!

Et, tiens, je pense que je vais relire l’excellent Passion et désenchantement du ministre Lapalme dans l’avion vers le Salon du livre de Paris, la semaine prochaine — ça me (re)mettra dans le bon état d’esprit!

La façon québécoise de faire des affaires…

Un échange hier soir avec des amis français, m’a rappelé un résumé très efficace de la façon québécoise de faire des affaires. C’est un résumé dont un entrepreneur québécois installé à Paris m’avait fait cadeau il y a cinq ans — malheureusement, j’ai oublié son nom.

Deux choses à retenir donc:

1. Y’a toujours moyen de moyenner;

mais…

2. Y’a un boutte à toutte!

Avec ça, on peut comprendre pas mal de choses, je pense.

Je le pose ici, parce que cela ne se trouve apparemment pas encore sur le Web. C’est pourtant particulièrement important!  ;-)

Martine et Alberte

 

« …j’ai appris que les modes, comme les gens, vont et viennent. Les attentions se dispersent, s’essoufflent, cherchent à se reconcentrer, puis se dispersent de nouveau… »

Fin de journée. De journée folle! Vraiment.

Je reprends mon souffle en lisant un peu, en faisant le tour de quelques blogues, de quelques sources d’inspiration — pour me nourrir l’esprit avant d’aller reposer mon corps…

… avant une autre journée folle — sans doute plus folle encore.

Et j’ai envie de prendre quelques minutes pour faire honneur à deux personnes. Une que j’ai la chance de connaître un peu, et l’autre seulement indirectement, par son oeuvre.

La première, c’est Martine Pagé. Elle soulignait dimanche les dix ans de son blogue — ce n’est pas rien! Et j’ai d’autant plus le goût de faire découvrir son blogue qu’elle a encore envie d’y faire des expériences… et c’est ben l’fun, parce qu’un blogue, c’est, de mon point de vue, d’abord et avant tout un atelier, un espace personnel de création.

Ne manquez surtout pas sa fiction instantanée #3, qui est particulièrement géniale à mon avis. Je ne vous en dit pas plus — je ne voudrais surtout pas vous priver du plaisir que j’ai eu à la découvrir.

La deuxième personne, c’est Francis Desharnais — l’auteur de Burquette — qui doit vivre des moments particulièrement intenses ces derniers jours avec l’avènement du site web de Burquette (et du papa d’Alberte, évidemment — quel sympathique détestable!) — un site web dans lequel son oeuvre s’anime, en vidéo… avec un résultat plus vrai que nature.

Le Papa d’Alberte avec la voie d’Yves Corbeil! — fallait quand même y penser! Bravo!

Dans les deux cas, y’a qu’un mot: j’adore! 

Danse macabre

Incroyable ce qu’une idée saugrenue peut nous amener à trouver.

Au dîner, échange absurde avec une nièce. J’imagine un cannibale musicien qui jouerait du xylophone sur les côtes de ses victimes.

— franchement, Clément…

— ben quoi, je suis certain que quelqu’un d’autre a déjà pensé à ça.

Je sors mon iPhone, ouvre Safari, Google:

jouer du xylophone sur un squelette

Étonnant!

Je découvre les Silly Symphonies de Disney — une série de courts métrages musicaux, créés à partir de 1929 — et parmi celles-ci la Danse macabre, où à 3 minutes 45 secondes ont voit un squelette s’emparer des fémurs d’un autre squelette pour jouer du xylophone sur sa colonne vertébrale, ses côtes et son crâne. J’adore ce court film — quelle liberté!

— tu vois, je te l’avais dit! et pas n’importe qui… Walt Disney!

Je vous invite aussi à découvrir les Mélodies égyptiennes, qui sont aussi d’une extraordinaire fantaisie.