Qui est le plus con?

Un politicien dit une connerie.
Les journalistes font des articles.
Les chroniqueurs font des chroniques.
Les internautes réagissent aux chroniques.
Les plateaux de télé se passionnent pour le sujet.
Le politicien explique sa connerie.
Les journalistes font des articles.
Les chroniqueurs font des chroniques.
Les internautes réagissent aux chroniques.
Les plateaux de télé se passionnent pour le sujet.
Le politicien s’excuse de sa connerie.
Les journalistes font des articles.
Les chroniqueurs font des chroniques.
Les internautes réagissent aux chroniques.
Les plateaux de télé se passionnent pour le sujet.
Le politicien savoure un jour ou deux. Il a gagné.
Le politicien dit une connerie…

États-Unis 2016.
J’ai souhaité que les médias en tirent des leçons.
Malheureusement, non. Ça continue.

Ici aussi.

Mise à jour du 8 septembre: Dans un tweet surréaliste, Donald Trump se trouve à reconnaître ce fonctionnement…

Culture et numérique (2)

Je souhaite revenir quelques instants sur le texte que j’ai publié dimanche — et qui a suscité de nombreuses réactions au cours des dernières heures.

Ça va bientôt faire 25 ans que je travaille dans le domaine de la culture et du numérique. Ça me passionne toujours autant. Et je suis plus convaincu que jamais que la culture québécoise a tout à gagner dans le développement du numérique.

Mais on ne va quand même pas se mentir: j’ai eu plus souvent à affronter des réflexes conservateurs que des réflexes avant-gardistes au cours de toutes ces années.

Comme bien d’autres, j’ai dû apprendre à composer avec le fait que le milieu de la culture est un milieu prudent, qui préfère généralement un tiens à deux tu l’auras. Je sais que c’est un milieu qui défend plus spontanément ses acquis qu’il ne réclame des moyens pour explorer de nouvelles façons de diffuser ou de distribuer ses créations.

Dans ce contexte, je salue évidemment la campagne que la Coalition pour la diversité des expressions culturelles a mise en place à l’occasion de l’élection fédérale qui s’amorce. C’était important de le faire. Essentiel même.

Si j’ai écrit Culture et numérique, c’est parce qu’il m’apparaissait tout aussi important d’éviter que la campagne ne nourrisse indirectement les réflexes conservateur du milieu culturel. Parce que ce serait contreproductif.

La CDEC a raison de souligner que les pouvoirs publics ont le devoir d’intervenir pour assurer une meilleure distribution des revenus qui découlent de l’exploitation commerciale des productions culturelles.

Mais pour que cela soit entendu, je pense qu’il faut aussi dire, haut et fort, que c’est pour innover que le milieu culturel a besoin de plus de moyens, et que c’est aussi pour cette raison qu’il est nécessaire de mettre en place un nouvel environnement fiscal et réglementaire plus équitable pour tous les acteurs.

Il faut que ce soit très clair que les revendications qui sont mises de l’avant à l’occasion de la campagne électorale n’ont pas pour but de défendre le statu quo, les modèles économiques d’avant le Web et la belle époque où la culture évoluait dans un écosystème protégé par Ottawa.

Il ne faut pas hésiter à dire que dans une période de transformation comme celle que nous traversons, ce sont les acteurs qui font le choix d’innover qui méritent un soutien accru de l’État — pas ceux qui résistent au changement. Ça ne veut pas dire d’abandonner tout ce qui a été fait par le passé, au contraire, mais ça suppose d’accepter de le remettre en question.

Je suis convaincu que cet optimisme, cette volonté d’embrasser le numérique, est une condition essentielle pour que la population (et donc les hommes et les femmes politiques) portent attention à nos demandes… et qu’ils vont y répondre éventuellement de façon positive.

Culture et numérique

Je m’inquiète un peu de ce que je lis depuis quelques jours. Le choc provoqué par la l’échec du Groupe Capitales médias et le lancement de la campagne de la Coalition pour la diversité des expressions culturelles semble provoquer une forme de ressentiment des milieux médiatiques et culturels au sujet du numérique.

Plusieurs chroniqueurs se sont exprimés cette fin de semaine comme si le numérique était le grand coupable des difficultés rencontrées par le milieu de la culture depuis vingt cinq ans — et sans lui reconnaître aucun mérite.

Le texte d’Odile Tremblay, dans Le Devoir d’hier, était particulièrement désolant à cet égard. Déplorant d’une part que «la culture est étouffée par le numérique» elle célébrait par ailleurs le fait que «les artistes québécois s’ouvrent davantage au monde qu’hier» — sans faire aucun lien entre les deux.

Le texte de Marc Cassivi, dans La Presse+ de ce matin, témoigne lui aussi du même réflexe. «Il est question de l’avenir de notre culture et de notre identité. De ce que nous sommes et de ce qui nous lie. Au-delà des algorithmes.»

En lisant ça j’ai envie de hisser un grand drapeau et de dire: attention, danger!, on risque de passer à côté.

Il est indéniable que la culture québécoise et le monde des médias sont en grande transformation et que cela se fait dans un certain chaos.

Il est aussi vrai que les modèles économiques (et les réglementations) grâce auxquels les industries culturelles et les médias locaux se sont développés depuis vingt cinq ans sont aujourd’hui mis à mal et qu’il est nécessaire de revoir les façons dont les pouvoirs publics peuvent les soutenir.

Mais cela ne doit pas nous amener à conclure que c’est le numérique qui est la cause de tous les problèmes. Cela ne nous mènera à rien. Le désir de retrouver / recréer les conditions d’avant le numérique est une illusion.

Le numérique doit faire partie de la solution.

Ce n’est pas les algorithmes le problème, c’est notre incompréhension des algorithmes.

***

Tout ça pour dire que…

je suis d’accord qu’il est indispensable d’expliquer l’iniquité fiscale dont bénéficient les géants du numérique — les GAFA — (et même l’évasion fiscale qui s’ajoute dans certains cas);

je suis aussi d’accord qu’il est essentiel de plaider la légitimité des gouvernements et leur capacité d’agir en réglementant le commerce en ligne;

et je ne suis pas du tout scandalisé par l’idée de nouvelles taxes ou par l’éventuelle imposition de quotas;

mais je pense que tout ça aurait plus de chance de réussir si on prenait la peine de reconnaître aussi, et de dire clairement, que le numérique est aussi une grande chance pour la nation québécoise et que notre défi ce n’est pas d’en limiter le développement, mais de réussir à créer des conditions favorables pour que nos créateurs puissent en tirer profit.

Ce n’est pas toujours le numérique le problème, c’est aussi, très souvent, notre attitude à son sujet.

Mise à jour du 27 août: La suite de ce texte: Culture et numérique (2)

Dépendance aux écrans…

Amusante coïncidence dans l’actualité du jour…

  • François Legault qui accède à la demande des jeunes caquistes en confiant au ministre délégué à la santé, Lionel Carmant, le mandat d’organiser un forum sur la dépendance aux écrans et de déposer un plan d’action avec des campagnes de sensibilisation (voir la fin de ce texte).

J’ai très hâte de voir de quelle façon la question de la dépendance aux écrans sera abordée lors de ce forum.

Parce qu’on peut aussi bien lire sur un écran que sur du papier — et que l’un n’est pas forcément mieux que l’autre.

Parce que c’est un enjeu qui concerne pas mal tous les groupes d’âges.

Parce que c’est un peu un raccourci de parler de dépendance aux écrans alors que c’est sur les mécanismes intégrés aux logiciels pour provoquer délibérément la dépendance qu’il y a surtout lieu de s’interroger (notification, likes, infinite scroll, etc.) — bien plus que sur la nature de la surface vers laquelle on pose notre regard.

La dépendance aux écrans est très certainement devenue une question de santé publique, mais je pense que c’est illusoire de penser y faire face uniquement par une meilleure sensibilisation des utilisateurs.

Il faudra vraisemblablement aussi exiger des développeurs d’applications un certain nombre de changements, et, pour ça, il faudra que le Québec se joigne à d’autres pays.

J’espère que cela fera partie du plan d’action à venir.

Heureusement, il y a ces femmes

Christian Rioux ne comprend pas ce que les gens trouvent à Greta Thunberg et il le dit dans une chronique inutilement pamphlétaire. Je pense que c’est surtout parce qu’il n’essaie pas vraiment de comprendre. Ça me semble pourtant très simple: Greta semble réussir à faire enfin bouger le monde politique devant la crise climatique, ce que personne n’avait réussi mieux avant elle. Nous sommes plusieurs à trouver ça inspirant… Rien à voir avec le mysticisme ou la religion!

Angela Merkel l’a d’ailleurs exprimé très simplement plus tôt cette semaine — voir ici et .

Trump tend un piège aux démocrates en faisant d’Alexandria Ocasio-Cortez et ses trois collègues — Rashida Tlaib of Michigan, Ayanna Pressley et Ilhan Omar — les vilaines de la campagne électorale (voire des ennemies des États-Unis) parce que le parti démocrate manque cruellement de cohésion et de courage depuis des mois (un scénario que le Québec connaît bien).

À ma connaissance, les seuls dirigeants politiques d’influence à avoir eu le courage de dénoncer les propos et la stratégie de Donald Trump sont des femmes: Angela Merkel (Allemagne), Theresa May (Grande-Bretagne) et Jacinda Ardern (Nouvelle-Zélande).

Merci Greta,
Merci Angela,
Merci Alexandria, Rashida, Ayanna et Ilhan,
Merci Theresa,
Merci Jacinda.

Merci d’être là pour mettre un peu d’espoir dans l’actualité politique estivale.

P.S. sur la multiplication des pamphlets anti-Greta, il faut lire aussi ce texte d’Edwin Zaccaï dans Le nouveau magazine littéraire.

Mise à jour du 22 juillet — ce courrier du lecteur de Paul Dionne au sujet de Greta Thunberg est aussi très bien.

Le clivage entre les villes et les régions

Dans son éditorial d’aujourd’hui, François Cardinal évoque le dernier sondage Angus Reid pour mettre en évidence le clivage grandissant entre les villes et les régions.

À mon avis, le clivage auquel il fait référence ne repose pas tant sur «le ressentiment des perdants de la mondialisation» (qui seraient en région) et «ceux qui en chantent les louanges» (qui seraient en ville), comme il le suggère, que sur une réaction de ceux qui ont la perception de subir la mondialisation à l’égard de ceux qu’ils croient capables d’en déterminer l’avenir.

Les ruraux ne veulent pas être compensés pour les inconvénients associés au monde que les citadins sont en train d’inventer. Ils ne sont pas non plus contre la mondialisation. Ils revendiquent seulement la capacité de participer, eux aussi, à sa définition.

Pour faire face à cette situation il va falloir, après des décennies de centralisation, amorcer une ambitieuse redistribution des pouvoirs.

Il faut redonner aux régions un rôle accru dans la définition de nos projets collectifs. Non par charité citadine, mais bien parce que nous avons la conviction que ce sera ultimement favorable pour tout le monde.

Montréal et Québec font bien sûr face à des défis particuliers — mais ce n’est pas en y concentrant toutes les décisions qu’elles arriveront à les relever efficacement. C’est plutôt en leur permettant d’exercer un leadership politique positif dans le but de mobiliser l’ensemble des forces vives de toutes les régions du Québec.

***

J’ajouterai en terminant que n’est certainement pas en affirmant que les urbains sont plus ouverts et plus cosmopolites que les ruraux (suggérant un clivage entre des avant-gardistes et des rétrogrades) qu’on va améliorer la situation. C’est un type de discours paternaliste qui est, au contraire, terriblement contre-productif.

Crise climatique et discours politique

Le Quotidien a publié hier un texte de Sylvain Gaudreault qui me semble très important parce qu’il pourrait contribuer à transformer l’espace politique québécois — au sujet de l’environnement et même plus largement.

Si je me réjouis personnellement de la position prise par le député de Jonquière au sujet du projet de complexe industriel de liquéfaction de gaz naturel à Port Saguenay, c’est surtout la nature de son texte qui m’amène à en parler.

Sylvain Gaudreault explique sa position simplement, en s’appuyant sur des arguments rationnels et en explicitant les convictions qui l’animent. Il fait confiance à l’intelligence des lecteurs plutôt que de faire essentiellement appel à leurs émotions.

«Mon devoir est de prendre position. (…)

J’ai rencontré les promoteurs de GNL Québec plusieurs fois. (…) Au terme d’une analyse approfondie, j’en suis venu à la conclusion de m’opposer à ce projet. (…)

J’ai participé à trois conférences de l’ONU sur le sujet (…) [et j’en suis ressorti] convaincu que la meilleure place pour les énergies fossiles, c’est de rester enfouies! (…)

J’ai déposé un projet de loi sur le respect des obligations climatiques. Je dois donc être cohérent quand un projet se présente, même dans ma région.

Il y a assez de cynisme en politique. Je n’y contribuerai pas davantage.»

La vision à long terme, qui est plus que jamais essentielle, est aussi présente dans le texte:

«On parle d’un projet de 25 ans. À quels fins seront utilisées les infrastructures une fois cette période terminée? La région se retrouvera-t-elle avec un passif environnemental?»

Cela me ramène au texte de Roman Krznaric auquel je faisais récemment référence: Notre rapport colonial avec le futur.

Et le député termine son texte en esquissant un projet alternatif pour sa région:

«J’ai tellement d’ambitions pour la région que je souhaite qu’elle devienne [plutôt] le Klondike de l’économie verte.»

Personnellement, c’est un projet que je nous verrais bien étendu à l’ensemble du Québec (et pourquoi pas, en effet, commencer par le Saguenay-Lac-Saint-Jean?).

***

Reconnaître la crise climatique;

Reconnaître que le cynisme à l’égard la politique est un des principaux obstacle pour y faire face;

Expliciter autant que possible les valeurs et convictions qui nous animent;

Et appuyer nos positions sur des bases rationnelles plutôt qu’idéologiques ou purement émotives.

Voilà des éléments essentiels au renouveau politique dont nous avons urgemment besoin.

Bravo Sylvain Gaudreault pour ce texte exemplaire.

La démocratie et le climat

Je trouve très intéressant de voir que le thème de l’urgence climatique est en train de reconfigurer profondément la dynamique politique occidentale.

Pas mal tout le monde est forcé de se positionner par rapport à cette urgence. En la contestant, en la nuançant, en y adhérant mollement ou en en faisant une priorité (et toutes les variantes possibles de ces positions).

Ça amène un nouveau vocabulaire; ça provoque des changements de stratégie et (surtout!) ça favorise l’apparition de nouvelles voix et de nouvelles formes de leadership. Globalement, je trouve ça très stimulant.

Il y a toutefois quelque chose qui me déplaît et qui m’inquiète.

Je vois apparaître dans le discours d’une certaine gauche les germes d’un discours autoritaire. Je le perçois dans les discours menaçant et les ultimatums, dans la remise en question de la démocratie et dans une forme de catastrophisme qui pourrait justifier bien des excès.

À titre d’exemples:

Ça m’inquiète parce que je crois que pour faire face à l’urgence climatique on n’a pas besoin de moins de démocratie… au contraire, on a besoin de plus de démocratie, mais d’une démocratie renouvelée, plus directe, plus transparente, plus efficace — une démocratie mieux représentative.

Depuis quinze ans, la droite nous dit: il faut sacrifier quelques libertés pour avoir une société sécuritaire. Je ne veux pas que la gauche me dise maintenant qu’il faut sacrifier un peu de démocratie pour avoir une société plus écologique.

L’urgence climatique exige qu’on transforme radicalement notre démocratie; pas qu’on la sacrifie.

Notre rapport colonial avec le futur

Plusieurs défis auxquels notre société est confrontée auront des conséquence à long terme — pour les générations à venir. On le sait.

Le réchauffement climatique en est un remarquable exemple.

Pourtant les mécanismes politiques actuels sont particulièrement mal adaptés pour répondre à ce genre de défis. Ils sont trop fortement déterminés par des variables à court terme (les cycles électoraux, entre autres choses).

Le philosophe Roman Krznaric s’est récemment penché sur ce problème dans un article publié sur BBC Future:

Why we need to reinvent democracy for the long-term

C’est un des textes les plus inspirants que j’ai lus dans les dernières semaines.

Extraits:

«It is so startlingly clear that our political systems have become a cause of rampant short-termism rather than a cure for it.»

«The deepest cause of political presentism is that representative democracy systematically ignores the interests of future people.»

«The time has come to face an inconvenient reality: that modern democracy – especially in wealthy countries – has enabled us to colonise the future.

We treat the future like a distant colonial outpost devoid of people, where we can freely dump ecological degradation, technological risk, nuclear waste and public debt, and that we feel at liberty to plunder as we please.»

«When Britain colonised Australia in the 18th and 19th Century, it drew on the legal doctrine now known as terra nullius – nobody’s land – to justify its conquest and treat the indigenous population as if they didn’t exist or have any claims on the land.

Today our attitude is one of tempus nullius. The future is an “empty time”, an unclaimed territory that is similarly devoid of inhabitants. Like the distant realms of empire, it is ours for the taking.»

L’idée que nous traitons aujourd’hui le futur de la même façon dont nous avons traité le nouveau monde au siècle des grands explorateurs me semble très forte. Et très inquiétante.

Krznaric constate que l’incapacité des sytèmes politiques actuels amène même certaines personnes à remettre en question la démocratie.

«Some suggest that democracy is so fundamentally short-sighted that we might be better off with “benign dictators”, who can take the long view on the multiple crises facing humanity on behalf of us all.

Roberto Stefan Foa et Yascha Mounk avaient d’ailleurs constaté la même chose, en particulier chez les jeunes.

Heureusement, quelques pays mènent actuellement des expériences desquelles nous devrions nous inspirer:

«several countries have already embarked on pioneering experiments to empower the citizens of the future.

Finland, for instance, has a parliamentary Committee for the Future that scrutinises legislation for its impact on future generations»

«A new movement in Japan called Future Design is attempting to answer this very question (…) One group of participants takes the position of current residents, and the other group imagines themselves to be “future residents” from the year 2060 (…) Multiple studies have shown that the future residents devise far more radical and progressive city plans compared to current ones.»

En guise de conclusion, Krznaric nous prédits de très gros bouleversements:

«We are in the midst of an historic political shift. It is clear that a movement for the rights and interests of future generations is beginning to emerge on a global scale, and is set to gain momentum over coming decades as the twin threats of ecological collapse and technological risk loom ever larger.

The next democratic revolution – one that empowers future generations and decolonises the future – may well be on the political horizon.»

Je pense que le mouvement Extinction Rebellion, qui s’est manifesté au Québec dans les derniers jours, et plus encore, l’exceptionnel engagement de la jeune Greta Thunberg (avec ce type de discours), en sont actuellement les manifestations les plus évidentes.

Et nous, au Québec, on fait comment pour tenir compte de ça — pour réinventer notre démocratie?

Urgence climatique?!

J’apprends dans Le Soleil de ce matin que les villes de la Communauté métropolitaine de Québec viennent de voter à l’unanimité une déclaration qui reconnaît l’urgence climatique.

Bien. C’est un minimum…

François Bourque se demande si c’est le début d’un temps nouveau. Je veux le croire — mais je partage son scepticisme.

Si le mot urgence veut encore dire quelque chose, alors il faudrait qu’une telle déclaration soit accompagnée de gestes immédiats et déterminants.

Annoncer une journée de réflexion et un comité de travail, ça ne correspond pas à ma définition de gestes immédiats et déterminants.

Il est plus que temps de passer de la parole aux actes.

Les élus de la région de Québec (et de tout le Québec) devraient porter une très grande attention à ce qui s’est passé à Londres la fin de semaine dernière, où le mouvement Extinction Rebellion a pris son envol.

«In London, thousands of climate-change protesters blocked Waterloo Bridge, over the River Thames, and Oxford Circus, in the West End (…) Slightly more than a thousand Extinction Rebellion activists, between the ages of nineteen and seventy-four, were arrested in eight days. On Easter Monday, a crowd performed a mass die-in at the Natural History Museum, under the skeleton of a blue whale. In a country whose politics have been entirely consumed by the maddening minutiae of leaving the European Union, it was cathartic to see citizens demanding action for a greater cause.»

«In a video message, Christiana Figueres, the former executive secretary of the United Nations Framework Convention on Climate Change, compared the civil disobedience in London to the civil-rights movement of the sixties and the suffragettes of a century ago. “It is not the first time in history we have seen angry people take to the streets when the injustice has been great enough,” she said.»

Source: The Uncanny Power of Greta Thunbergs Climate Change Rhetoric

***

Ça ne fait que commencer. Il suffit d’ajouter Extinction Rebellion à son fil twitter pour le constater.

Mise à jour: Blocage de la bourse de Londres ce matin… (CBC couvre aussi)

Il se pourrait bien que le mouvement s’étende au monde entier beaucoup plus vite qu’on le pense.

Parce qu’il y a urgence. Pour vrai.

Photo: Robe conçue par Thierry Mugler, vue au Musée des Beaux-Arts de Montréal en mars 2019.

Briser le casting (avec un simple micro)

La période difficile que traversent les médias les amène parfois à offrir une vision simpliste de la politique. C’est le cas quand ils se contentent de rapporter les événements sans apporter de nuances ou sans mettre l’information en perspective. La pression du direct est très forte et les ressources sont de plus en plus rares.

Les conséquences de ça sont multiples:

des événements prennent parfois une importance médiatique sans rapport avec leur importance réelle;

la complexité des délibérations et des arbitrages qui conduisent à ces décisions sont souvent occultées;

les motivations, et les hésitations, des acteurs impliqués ne sont pratiquement jamais expliquées.

C’est sur ces bases qu’on se met sans trop s’en rendre compte à décrire la politique comme une partie d’échec, où chaque parti politique déplace froidement ses pièces et où les politicien.nes s’affrontent en suivant des modèles bien précis.

Et pourtant, ce n’est pas ça du tout.

La politique est un monde d’hésitations, de doutes, de compromis et, parfois, de ruptures. Malgré leurs convictions et leurs déterminations, les meilleurs politicien.nes sont souvent pétris d’ambivalence et de dilemmes. Ce n’est pas simple de concilier ses convictions avec les exigences de la démocratie — pire, avec l’exercice du pouvoir. C’est d’ailleurs ce que Jean-Claude Labrecque avait exceptionnellement réussi à mettre en lumière avec À hauteur d’homme.

Tout ça pour dire que quand les médias rapportent simplement, un beau samedi matin, qu’un jeune délégué au conseil national du Parti Québécois a démissionné avec fracas, on peut facilement avoir l’impression que ça été un geste impulsif motivé par la volonté de faire un coup d’éclat.

La couverture médiatique peut aussi facilement créer l’impression que Catherine Fournier souhaite forcément l’échec du conseil national (et qu’elle y travaille en coulisse), puisqu’elle a démissionné du caucus quinze jours plus tôt.

Le casting médiatique (inconscient, sans doute) fait de l’un, un trouble-fête et de l’autre une conspiratrice. Un récit prend insidieusement forme autour de ce casting, qui va servir à relier les événements à mesure qu’ils prennent formes.

Et pourtant, très souvent, ce n’est pas ça du tout comme ça que ça se passe. Il suffit d’écouter l’épisode spécial de la balado des Engagés publics ont produit sur le conseil national du Parti Québécois pour le constater.

Toute la fin de semaine Denis Martel a interrogé, très simplement, un micro à la main, les principaux acteurs du conseil national: celles et ceux qui ont fait des interventions remarquées; Félix, le jeune qui n’a pas démissionné sur un coup de tête; Véronique Hivon et Harold Lebel; et même Catherine Fournier (par téléphone), qui a admirablement témoigné de la difficile réflexion qui l’a menée à prendre la décision de quitter le Parti Québécois. On peut aimer ou pas ce qu’ils disent. On ne peut pas douter de leur sincérité.

François Larouche a fait un brillant montage qui donne à tout ça des allures de documentaire.

La simplicité des moyens techniques et le caractère artisanal de la démarche permet ici à la baladodiffusion de témoigner de la dimension humaine de la politique bien plus efficacement que toutes les autres formes de médias ont pu le faire.

La baladodiffusion, à la manière des Engagés publics, permet de découvrir l’envers du décor, de briser le casting créé par les médias traditionnels et de comprendre les motivations des acteurs de l’actualité politique.

Je trouve que c’est une forme de média dont les partis politique auraient tout avantage à exploiter davantage et dans laquelle ils ne devraient pas hésiter à partager leurs ambivalences, à reconnaître leurs hésitations et à expliquer leurs décisions. Parce que l’ambivalence est aussi présente dans la population — les gens sont rarement pour ou contre quelque chose sans nuance (et si ce n’est pas le cas, il est d’autant plus important de les exposer ces nuances).

Je suis de plus en plus convaincu que la crédibilité et la légitimité politique passe de plus en plus par la reconnaissance de ses propres ambivalences.

C’est à ce prix que les citoyen.ne.s vont pouvoir (re)commencer à avoir confiance aux partis politiques qui ont trop longtemps fait semblant de n’avoir que des certitudes.

Il ne faut pas confondre certitudes et convictions.

Merci aux Engagés publics de nous rappeler de façon aussi éloquente la puissance de l’authenticité.

Miroir, miroir, dis-moi…

Une chose me frappe en lisant les chroniques qui portent sur le conseil national du Parti Québécois en fin de semaine: elles sont fidèles à ce à quoi on a assisté sur place, mais peut-être pas pour les raisons prévues par les scribes…

Par-delà les mots, la plupart des chroniques témoignent de la même résistance à l’égard de la jeunesse que nous avons vu s’exprimer au Conseil national. L’ensemble témoigne aussi remarquablement du déséquilibre générationnel dans l’espace médiatique. Les propos de Richard Martineau à la télévision hier, ceux de Denise Bombardier (particulièrement imbuvables ce matin), et même ceux de Michel David, auraient très bien pu être entendus en plénière la fin de semaine dernière.

À Trois-Rivières, les jeunes ne se sont pas comportés «avec une insolence d’enfants-roi» — ils ont simplement revendiqué pour les moins de 40 ans un pouvoir qui correspond au poids qu’ils représentent dans démographie québécoise (âge médian 42 ans). Ils ont raison de dire qu’il faut arrêter de tout réfléchir en fonction du membership du parti et recommencer à penser en fonction du pays.

Et ça m’amène à une réflexion complémentaire: c’est peut-être parce que le Parti Québécois agit comme un miroir un peu trop fidèle des tensions qui animent la société québécoise (démographie, rapport à l’identité, rapport à l’innovation, etc.) que les Québécois en détournent leur regard, pas trop fiers de ce que le miroir leur retourne comme image?

Si c’est le cas, ça pourrait aussi rapidement redevenir une force… parce qu’une fois qu’on aura pu dompter ces tensions, non en les niant, mais en les transformant en quelque chose de positif, les Québécois pourraient soudainement vite avoir envie de s’y regarder à nouveau.

Crédits photo: Denis Martel, pour les Engagés publics.

Un souhait

Je me suis levé très enthousiaste ce matin en repensant à la journée d’hier au Conseil national [matin; après-midi]. Y’a du pain sur la planche, c’est le moins qu’on puisse dire, mais j’ai la vive impression qu’il s’est enfin passé quelque chose de déterminant pour la suite des choses. On s’est enfin regardé dans le miroir et on a arrêté de chercher ailleurs les causes de nos problèmes.

Le mouvement indépendantiste a pas mal plus de chance de renaître en s’appuyant sur la détermination qui s’est manifestée chez les jeunes hier (celles et ceux du CNJPQ, mais aussi de l’exécutif national) qu’en continuant à chercher qui veut la peau du Parti Québécois.

Plus encore que d’expliquer les causes de nos échecs passés, il faut se rendre à nouveau attrayant. Et ce n’est pas en dénigrant les autres partis politiques qu’on va y arriver. Il faut donner envie au monde de s’intéresser à ce qu’on a à proposer (qu’on a maintenant huit mois pour définir plus clairement). Il faut aussi recommencer à écouter, avec plus d’ouverture, celles et ceux qu’on avait pris l’habitude de qualifier un peu vite de dissidents alors qu’ils n’étaient en fait que des critiques, le plus souvent bienveillants.

C’est ma fête aujourd’hui, alors je vais me permettre un souhait:

J’aimerais beaucoup entendre les élu.e.s du Parti Québécois dire clairement qu’ils ont compris le message des jeunes et qu’ils adapteront en conséquence leur action à l’Assemblée nationale: sur le fond, mais aussi sur la manière.

Je souhaite un discours rassembleur, positif, déterminé, par delà les clivages gauche-droite, en faveur de l’indépendance. L’enjeu est là, bien plus que dans le fait de gagner la journée.

Un PQ avec le sourire, quoi. Parce que s’il n’y a pas de fun, il n’y a pas de victoire possible.

Un an sans Facebook

Ça fait un an aujourd’hui que j’ai quitté Facebook [1] [2] [3]

Au début j’ai senti un certain vide. Même un réflexe physique contrarié plusieurs fois par jour. J’ai eu peur de manquer des informations importantes, de ne pas savoir ce qui arrivait à mes amis, de ne pas être dans l’coup dans les prochaines rencontres de groupes.

Mais tout ça s’est apaisé, rapidement, pour laisser place à une grande bouffée d’air frais.

Et je n’ai jamais regretté.

Ce qui a été le plus compliqué? Trouver une alternative à Messenger comme messagerie instantanée. Ça a finalement été Telegram, que j’utilise avec encore plus de plaisir. Merci à celles et ceux qui m’ont accompagné dans ce changement.

Ce qui a été le plus difficile? Perdre la grisante rétroaction instantanée des j’aime et des commentaires lorsqu’on publie un texte ou une photo: le sevrage de la dopamine. Écrire sur un blogue c’est bien, mais les réactions sont plus rares et beaucoup plus longues à venir. Le lectorat est plus limité aussi, mais les échanges auxquels la publication donne lieu sont généralement de bien meilleure qualité.

Et ce qui a fait le plus de bien? Sortir de la bulle, du buzz, des mèmes et des trolls — de l’espèce d’humeur contre laquelle on ne peut rien, qui agit sur nous comme une forme de météo psychologique. Aussi, et ce n’est pas banal: la satisfaction de ne plus être complice d’un système qui est devenu nocif pour la démocratie, et dont les dirigeants continuent de nous mentir effrontément.

Au fil des mois, je me suis progressivement rebâti une liste de blogues, je me suis abonné à quelques médias (oui, payants) et je me suis inscrit pour recevoir plusieurs excellentes infolettres. J’ai aussi fait le grand ménage de mes abonnements Twitter — notamment pour en évacuer beaucoup de politique partisane. J’y trouve maintenant des choses à la fois plus variées et plus stimulantes.

Un an plus tard, je peux dire sans hésitation qu’en quittant Facebook j’ai retrouvé un bien meilleur contrôle de mon attention et de mon humeur. Et je ne pense pas avoir manqué grand-chose.

Je lis plus, j’écris plus, et je pense que je le fais beaucoup plus librement.

Des questions? Ça va me faire plaisir d’y répondre!

 

Cher Jean-François

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Cher Jean-François,

J’ai évidemment lu le texte que tu publies sur ton blogue et dans Le Devoir ce matin. J’admire ta plume et ta détermination, mais tu sais très bien que pour réussir à réaliser ses projets en politique, il ne suffit pas d’avoir raison, il faut réussir à mobiliser autour de soi.

Tu dis croire que «rien [n’est] plus utile que de faire la guerre aux clichés et aux fausses perceptions [au sujet du PQ], qui,  malheureusement, semblent dominer le discours».

Rien de plus utile? Vraiment? Il me semble qu’il y a une meilleure manière de redonner le goût au monde de (re)venir militer avec nous. Même moi je suis profondément lassé par ce type de discours…

Je suis d’accord avec toi que certains préjugés nous nuisent mais les gens n’auront pas le goût de revenir simplement parce qu’on travaille à éliminer des préjugés. Il faut plutôt travailler à leur permettre de se former un nouveau jugement, un jugement favorable, basé sur des faits nouveaux, sur l’avenir.

Tu le sais, après dix ans comme président de diverses instances, deux fois candidat et même co-président de la campagne de financement du Parti Québécois, j’ai choisi il y a un an de prendre une pause d’implication. J’en avais besoin, j’étais épuisé, politiquement parlant.

Mais comme on ne sort pas la politique du gars aussi facilement… j’ai continué à observer, à réfléchir et à me demander quelle forme prendrait mon engagement social dans l’avenir. Je ne me suis pas totalement désintéressé du Parti Québécois, mais ça s’en venait bien… lentement mais sûrement. Jusqu’à lundi dernier.

De mon point de vue, le départ de Catherine est la meilleure chose qui pouvait arriver au PQ. On va enfin pouvoir (devoir) sortir du ronronpatapon des dernières années. On est peut-être enfin rendu au moment que je désespérais voir arriver. Un débat, un vrai, sur l’avenir du parti. Je m’en suis même réjoui publiquement…

Et là il s’est passé quelque chose de fascinant: j’ai vu la bulle péquiste se manifester pour tenter de neutraliser ce point de vue qu’elle ne voulait pas entendre: Catherine avait tort, et moi tort de lui donner raison (lui avais-je même donné raison?), ce n’est pas comme ça qu’il fallait voir ça, les statistiques montrent autre chose, l’influence indue des médias, et patati et patata. Plus facile de réagir que d’écouter.

On a beaucoup parlé depuis quelque temps des invraisemblables bulles qui regroupent sur les réseaux sociaux les flat-earthers, et les anti-vaccins, par exemple. Des bulles qui amènent les gens à croire que tout le monde pense comme eux parce qu’ils ne sont presque jamais en contact avec le reste du monde. Tu me suis? Eh bien cette semaine j’ai encore une fois eu l’impression que la bulle péquiste était elle aussi vraiment très très forte, et que son comportement rend le parti de plus en plus repoussant pour beaucoup de monde.

Ce que je trouve dommage avec ton texte de ce matin, c’est que cette bulle va se régaler de tes propos… et que cette bulle risque d’être presque leur seule audience. Résultat: malgré tes bonnes intentions, on s’éloigne d’une solution. Et le Parti Québécois continue à se refermer sur lui-même.

Il faut arrêter de se raconter des histoires: le Parti Québécois s’est servi du rapport de Paul Saint-Pierre Plamondon bien plus qu’il ne l’a accueilli dans la réalité. Ça a été un succès technique parce que la machine a réussi à le faire aboutir sans que cela n’amène trop de changements de fond. Mais le mouvement auquel ça devait donner lieu n’a pas eu lieu. Comment s’en étonner? Paul n’a même pas eu la parole au dernier congrès. On a préféré neutraliser son influence que de s’en faire une force, avec tout ce que cela aurait impliqué.

Tout ça pour dire que j’ai une faveur à te demander Jean-François: est-ce que tu pourrais profiter d’un peu de ton temps médiatique pour aider à faire émerger de nouvelles voix, de nouvelles idées, pour ouvrir les horizons autour du Parti Québécois? Je pense que ce serait plus utile que de nourrir la bulle.

Tu as déjà montré dans le passé que tu es très bon pour sortir des sentiers battus. C’est pour ça qu’on a besoin de toi aujourd’hui.

Amicalement,

Clément