Par-delà Bombardier

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Le scandale se poursuit. L’indignation de la population ne diminue pas. Les motions se succèdent à l’Assemblée nationale. Le gouvernement ne semble pas comprendre la nature du problème et, pour une fois, les partis d’oppositions semblent déterminés à collaborer pour mettre le gouvernement face à ses contradictions.

On est peut-être en train de vivre un moment important pour le Québec. Je le souhaite. Mais il se pourrait bien qu’on l’échappe, ce moment, si on ne regarde que l’arbre qui cache la forêt.

Parce que le plus important dans cette affaire, ce n’est pas d’obtenir l’abandon ou un remboursement équivalent de la hausse de rémunération des dirigeants de Bombardier. Le Québec n’est quand même pas à 15 millions près.

Le plus important c’est de profiter de l’occasion que nous offre cette affaire pour initier un grand débat sur le rapport que nous entretenons avec les interventions de l’État pour soutenir l’économie. C’est un débat que nous aurions dû tenir depuis longtemps et qui finit aujourd’hui par nous rattraper (enfin, dirons certains!).

Pour cette raison, il m’apparaît essentiel que nous demandions aux quatre partis politiques qui sont présents à l’Assemblée nationale de nous expliquer, le plus concrètement possible, comment ils voient le rôle de l’État pour aider les entreprises.

Quelques questions pourraient les guider:

Êtes-vous plutôt interventionnistes ou pas? Dans quelles conditions?

Est-ce que vous privilégiez des aides sous forme de subventions? De prêts? De crédits d’impôt? Plutôt à de très grandes entreprises, comme Bombardier, ou à des PME? À des conditions équitables?

Quelle part du budget de l’État êtes-vous prêts à consacrer à ces aides directes dans l’économie?

Quelles conditions jugez-vous nécessaires d’exiger des entreprises en contrepartie d’une aide publique?

Quels sont, à votre avis, les moyens alternatifs aux aides financières directes l’État pourrait utiliser pour venir en aide aux entreprises?

De quelle façon cela s’exprime-t-il avec cohérence dans votre programme?

J’aimerais aussi que chaque parti nous explique sa vision des profondes transformations qui sont en cours dans le secteur industriel, et dans le monde de l’emploi en général.

Comment croyez-vous que l’automatisation et la robotisation vont affecter les industries québécoises? À quel rythme? Avec quelles conséquences?

Quelles mesures proposez vous pour faire face à ces changements?

De quelles façons prévoyez-vous revoir la loi sur les normes du travail, par exemple, afin de tenir compte de la métamorphose de plusieurs types d’emploi? Savez-vous qu’Uber n’était que la pointe de l’iceberg?

Comment envisagez-vous la transformation des parcours de formation pour tenir compte de ces bouleversements?

Il me semble que ce sont des sujets concrets qui seraient bien plus de nature à intéresser les gens à la politique que les tiraillages inutilement partisans qu’on voit encore trop souvent à l’Assemblée nationale et, ce, même si nous ne sommes plus qu’à dix-huit mois d’une élection qui sera particulièrement déterminante pour l’avenir du Québec.

***

On remerciera éventuellement la famille Beaudoin et les dirigeants de Bombardier si ce sujet peut devenir un des enjeux de la prochaine élection.

Leur cupidité n’aura pas été vaine.

 

En finir avec le mur-à-mur

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Mon texte d’hier a suscité des commentaires étonnamment variés. Assez pour m’amener à poursuivre ma réflexion dans le but de la préciser un peu.

Le coeur de mon propos portait sur la montréalisation du discours politique québécois, dans son ensemble, et au sein du mouvement indépendantiste en particulier. J’y ajoute une piste de solution, concrète: une position claire en faveur de la régionalisation des modes d’intervention de l’État.

Je crois en effet que la dynamique politico-médiatique actuelle a pour effet de donner une importance démesurée aux enjeux montréalais dans l’actualité comme dans les priorités des partis politiques. Je pense que c’est une des raisons qui amènent beaucoup de monde à décrocher de la politique — qui la perçoivent de plus en plus comme étant détachée de leur réalité.

Pour espérer retrouver la confiance de la population (et regagner éventuellement les élections), il va falloir qu’on trouve des façons de lutter plus efficacement contre cette tendance qui est en train de devenir un piège pour de nombreux partis, dont le Parti Québécois. Hélène Alarie l’avait bien compris, c’est pourquoi je pense qu’il faut prendre le temps de relire son rapport de 2007.

Je crois personnellement qu’une des façons de répondre à ce défi consiste à abandonner les solutions mur-à-mur pour enfin reconnaître que ce n’est pas en imposant les mêmes mesures, à l’identique, partout au Québec que l’État pourra arriver à atteindre ses objectifs.

Il faut plaider la nécessité d’adapter l’intervention de l’État, quand elle est nécessaire, à la réalité de chaque région et prévoir de la souplesse dans la mise en oeuvre des politiques et dans l’application des lois et des règlements.

Je suis de plus en plus convaincu que l’approche de l’État centralisée et uniforme qui nous guide trop souvent est devenue contradictoire avec l’adhésion de la majorité des Québécois au projet d’indépendance. C’est en redonnant du pouvoir aux régions et en faisant confiance à chacune d’elle pour mettre en oeuvre les politiques décidées par l’État qu’on pourrait convaincre plus facilement.

L’État auquel je crois doit être ferme sur les objectifs de ses interventions, mais souple sur les moyens pour les atteindre.

Pour reprendre l’exemple de l’application de la loi 101 dans les cégeps, peut-être que c’est une bonne idée dans la région de Montréal (je demande à être convaincu, mais j’accepte cette possibilité), mais je suis convaincu que ce n’est pas une bonne idée dans la Capitale-nationale.

Je suis convaincu que la présence du Cégep St-Lawrence est une richesse pour la région de Québec et je ne vois pas quel impact positif ça aurait pour la région d’empêcher les étudiants francophones de s’y inscrire.

Qu’on limite la croissance du nombre de places disponibles, peut-être. Qu’on valorise davantage les programmes des cégeps francophones de la région, assurément. Qu’on leur procure plus de ressources pour offrir de meilleurs programmes d’enseignement de l’anglais (et d’autres langues), il le faudrait. Mais il faut travailler de façon plus positive, plus proactive plutôt que par une simple interdiction.

Parce que ça me semble tout à fait légitime pour certains jeunes, en fonction de leurs rêves et de leurs aspirations, de vouloir acquérir à 18 ans une maîtrise accrue de l’anglais. Et dans notre Capitale-nationale particulièrement francophone, deux ans à St-Lawrence, c’est probablement le meilleur moyen pour le faire.

Est-ce que j’appliquerais le même raisonnement tel quel ailleurs au Québec? Bien sûr que non. C’est précisément le sens de mon propos.

Et pas que pour ce sujet, qui n’est qu’un exemple. Le même raisonnement devrait s’appliquer pour de très nombreux sujets.

 

Dix ans plus tard…

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En 2007, Hélène Alarie a rédigé un rapport pour expliquer pourquoi le Bloc Québécois avait été balayé de la Capitale-nationale et de Chaudière-Appalaches. En quelques mots: la montréalisation de son discours.

Le Devoir l’avait qualifié de rapport lucide. Gilles Duceppe s’était empressé de dire que le rapport était périmé et que les correctifs nécessaires avaient été apportés. Dix ans plus tard, on peut encore en douter.

La montréalisation de la politique n’est pas propre au Bloc Québécois, bien sûr. Je trouve qu’elle est même assez généralisée dans la famille indépendantiste. Mais un cas récent me fatigue particulièrement. Je le prends pour exemple.

C’est un secret de polichinelle que la direction du Bloc a tenté dans les dernières semaines d’influencer le déroulement des congrès de circonscription du Parti Québécois en faisant adopter des propositions en faveur de l’élargissement de la loi 101 aux cégeps. La même chose devrait bientôt se répéter dans les congrès régionaux.

Par-delà le fait qu’il est discutable qu’un parti politique intervienne aussi directement dans le processus de définition du programme d’un autre parti, j’y vois une nouvelle manifestation de la montréalisation du discours du Bloc. Une montréalisation que je crois important de déplorer à mon tour.

Je ne nie pas l’existence d’enjeux autour de la fréquentation des cégeps anglophones à Montréal. Et je suis bien sûr prêt à en discuter… si on reconnaît d’abord que c’est un problème essentiellement montréalais.

Que les circonscriptions qui sont directement touchées par cet enjeu en fassent une priorité, soit. Que cela remonte ensuite dans les congrès régionaux de l’île de Montréal, évidemment, et éventuellement jusqu’au congrès national. Mais qu’on se serve des régions pour lui donner des allures d’enjeu national prioritaire? Là, je décroche.

Le processus des congrès consiste à prioriser, c’est-à-dire à choisir les enjeux et les défis qui sont les plus importants pour une circonscription ou pour une région. Les enjeux qu’il apparaît indispensable de porter à l’attention du parti — ceux sur lesquels il est particulièrement important d’intervenir. Ceux qui devront requérir l’attention du gouvernement une fois que le Parti Québécois aura repris le pouvoir, seul ou en coalition avec d’autres partis.

Dans ce contexte, manipuler les congrès de circonscription à partir de Montréal pour essayer de leur faire prioriser le dossier de la loi 101 dans les cégeps, c’est détourner le processus au profit des priorités de Montréal.

Le résultat de la manoeuvre (souhaité, manifestement) sera d’accorder une place indue à ce sujet dans les débats (d’autant que les médias sont aussi terriblement montréalisés!) avec pour conséquence que les régions auront encore plus de mal à se faire entendre parce que leurs priorités auront cédé leur place au profit d’un enjeu qui est pourtant quasiment inexistant à l’extérieur de Montréal.

Or, l’indépendance ne se gagnera pas à Montréal. Elle se fera uniquement quand les régions — et, parmi celles-ci, la Capitale-nationale — vont y trouver leur compte et se retrouver dans le discours de ses leaders. Et ce n’est certainement pas en faisant de la surenchère sur le dossier de la loi 101 au cégep que ça va arriver.

C’est pour cette raison que je vais m’opposer, personnellement, aux propositions tous azimuts qui porteront sur cette question. Essentiellement parce qu’elles sont en train de devenir le symbole de la montréalisation d’un certain discours et d’une certaine forme d’action qui est beaucoup trop présente dans le mouvement indépendantiste… et qui, surtout, ne nous mènera nulle part.

Étendre la loi 101 au cégep spécifiquement dans la région de Montréal? Peut-être. On peut en discuter. Au moins, formulé de cette façon, ça mettrait les choses en perspective.

Quoi qu’il en soit, une chose est certaine: QS, ON, le Bloc et le PQ auraient intérêt à relire le rapport d’Hélène Alarie pendant qu’il est encore temps.

Parce que 2018, ça arrive vite.

Deux poids deux mesures

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Photo: site de Radio-Canada

Dans une autre vie j’ai eu à composer avec les conditions d’un prêt accordé à une PME… et je peux vous assurer que parmi ces conditions il y avait, bien sûr, un droit de veto du prêteur sur les hausses de salaires des principaux dirigeants de l’entreprise. Et il est inutile de dire que ce n’était pas pour un prêt de 1,3 milliard de dollars!

Si on avait augmenté nos salaires de 50%, le prêteur ne se serait pas contenté de nous demander poliment de revoir notre politique de rémunération. Il aurait rappelé son prêt. Carlos Leitão, le banquier, le sait très bien.

On trouvait ça ben plate comme condition, mais on trouvait ça normal. Et curieusement l’argument selon lequel c’est le «libre marché» qui fixe les salaires ne tenait pas dans notre cas.

Si le gouvernement n’exerce pas ce genre de clause aujourd’hui avec Bombardier, c’est vraisemblablement parce que ça n’a pas été prévu dans leur contrat. Comme entrepreneur, je trouve ça très insultant.

C’est deux poids deux mesures.

Je pense qu’il va falloir rappeler au gouvernement que l’économie québécoise fonctionne d’abord et avant tout grâce aux PME et que ce sont elles qui devraient bénéficier de conditions avantageuses… pas des mastodontes à la gouvernance archaïque comme Bombardier.

Mélimélo numérique (et politique)

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Ma cousine Charlotte a retrouvé il y a quelques jours un document exceptionnel. Des notes rédigées par mon grand-père Léonce en 1956. On peut y lire:

« In this age of automation, one often hears or reads of « electronic brain ». Its possibility is immense. The functions it will perform are said to exceed that of the « human brain ». It remains however dependent on « information » programmed by the latter (…). »

Ses notes témoignent d’un intérêt pour l’intelligence artificielle et les enjeux qui lui sont associés qui est plus grand que celui dont témoigne la majorité des personnes qui nous dirigent aujourd’hui.

Soixante ans plus tard!

Crédits photo:  Charlotte de Celles

***

J’ai participé au Forum Culture + Numérique, qui se tenait les 21 et 22 mars à Shawinigan. Environ deux cents personnes pour deux jours d’échanges, du travail en ateliers et d’intéressantes délibérations.

Au final, toutefois, un constat à nouveau renouvelé: tout le monde souhaite de l’innovation, mais rares sont ceux qui sont prêts à remettre en questions des habitudes, des façons de faire ou des acquis. Un réflexe qui se manifeste aussi immanquablement: toujours demander plus d’argent aux gouvernements. Je me suis montré très critique à ce sujet lors d’une table ronde qui s’est tenue le deuxième jour et ce n’est pas passé inaperçu… (voir la fin de ce texte).

Je suis revenu de Shawinigan plus convaincu que jamais que ce n’est pas seulement en jetant plus d’argent sur les problèmes, en taxant ou en réglementant davantage que les industries culturelles vont réussir à tirer profit du numérique.

Il va d’abord falloir accepter de regarder la réalité en face et d’aborder les problèmes autrement. Avec ouverture, optimisme et ambition.

Je pense que c’est d’ailleurs ce qu’Alexandre Taillefer nous invitait à faire, de façon un peu polémique, lors de la conférence d’ouverture. Et heureusement qu’il l’a fait… parce qu’autrement les médias auraient très peu parlé de l’événement!

***

Un échange avec un ami m’a par ailleurs amené à relire, hier soir, une conférence que j’ai prononcée en 2003 au sujet de la manière dont les technologies de l’information peuvent/doivent influencer notre vision du monde.

Je citais en introduction le Frère Marie-Victorin, qui disait, en 1925:

« Une question angoissante se pose en ce pays: y aura-t-il une science française en Amérique ? […] Parce que nous, les Canadiens français, nous sommes pour bien peu de chose dans toute cette marche en avant des découvertes scientifiques et dans tous ces reculs d’horizon. Le monde scientifique a marché sans nous ; il nous a laissés si loin derrière lui que nous l’avons perdu de vue et que beaucoup de nos compatriotes cultivés le croient petit et de mince importance parce qu’ils le voient de trop loin. La grenouille dans sa mare ignore le grand océan dit le proverbe japonais. C’est un peu notre cas. »

Et je m’interrogeais à mon tour: est-ce que les Québécois allaient être marginalisés dans le monde technologique qui se dessine à l’horizon — faute d’avoir compris les enjeux qui accompagnent l’émergence de la culture de réseau?

Quinze ans plus tard, je me le demande toujours.

Je me le demande chaque fois que je constate qu’on n’a pas encore compris que le numérique n’est pas un sujet parmi tant d’autres, c’est une dimension essentielle de tous les défis auxquels notre société est confrontée. Il est vain de parler de culture, de langue, d’identité, d’éducation, d’économie, etc. sans tenir compte de l’impact du numérique sur les rouages de notre société… et de celles qui nous entourent.

Le numérique nous force à inventer le Québec de demain alors qu’on se contente encore trop souvent de défendre le Québec d’hier.

Le numérique change le contexte dans lequel s’exprime notre identité, comme personne et comme nation. Il modifie le fonctionnement des médias et change la façon dont les gouvernements peuvent exercer leurs pouvoirs et assumer leurs responsabilités.

Ne pas en tenir compte, c’est s’assurer de passer à côté des objectifs qu’on poursuit — aussi fermes soient nos convictions et nobles nos intentions.

***

Dimanche c’était le congrès de circonscription du Parti Québécois de Jean-Talon. Une autre journée (ensoleillée, en plus!) consacrée à la politique! Heureusement, un texte de Pauline Marois publié par La Presse nous aura aidés à démarrer la journée. Extraits:

«…la désaffection et le cynisme des citoyens à l’égard de la politique et de la chose publique laissent le champ libre à ceux qui rêvent de s’emparer de ressources et de pouvoirs qui nous appartiennent collectivement. (…)

Nos institutions démocratiques ne peuvent vivre sans celles et ceux qui s’engagent, sans les durs combats qu’impose la lutte partisane, sans les débats qui permettent au peuple de choisir celles et ceux qui voteront les budgets et les lois qui nous permettent de vivre ensemble.

Ce sera toujours grâce à l’action politique que nous pourrons faire des choix de société et, je l’espère, réaliser l’ambition d’un grand nombre de Québécoises et de Québécois de nous donner un jour un pays.»

Au final, ça a vraiment été une très belle journée d’échanges constructifs et respectueux à partir de chacun des chapitres de la Proposition principale. La démocratie à l’oeuvre, avec des gens, qui ont de profondes convictions et qui sont prêts à consacrer du temps pour les faire valoir.

Et nous avons priorisé, comme prévu, huit propositions qui poursuivront leur chemin vers le congrès régional, qui aura lieu le 7 mai.

D’un point de vue personnel, je suis particulièrement heureux de retrouver les trois propositions suivantes dans la liste parce qu’elles témoignent bien de la nécessité de tenir compte de l’évolution technologique pour façonner notre vision du Québec de demain.

à 0239 — Remplacer 2) par:

2) Créer une équipe de choc pour identifier les lois et les règlements qu’il est le plus urgent de mettre à jour pour que l’économie du Québec puisse bénéficier des opportunités offertes par le numérique et de formuler des recommandations précises en prévision de la campagne électorale.

3) Créer un Conseil national du numérique qui relèvera directement de l’Assemblée nationale et qui aura pour mission de rendre public des avis et des recommandations sur toute question relative à l’impact du numérique sur la société.

à 0278 — Ajouter avant a.

a. Consacrer une part croissante des revenus de l’État québécois qui sont issus de l’exploitation des ressources naturelles au financement d’un programme de recherche et développement destiné à soutenir l’innovation industrielle dans une perspective d’économie circulaire.

à 0742 — Remplacer d. par:

d. Prendre en compte les transformations induites par le numérique qui se profilent pour les entreprises de toute nature pour être proactif sur la structure de l’emploi et d’être « agiles » en matière de formation professionnelle à quelque niveau que ce soit (secondaire, collégial et universitaire) et ce, dans les secteurs les plus vulnérables.

***

Depuis un mois on dirait que chaque jour qui passe me rappelle le besoin, de plus en plus urgent, de faire émerger au Québec un leadership collectif de plus en plus fort en rapport avec le numérique.

Parce que

«…nous ne serons une véritable nation que lorsque nous cesserons d’être à la merci des capitaux étrangers, des intellectuels étrangers, qu’à l’heure où nous serons maîtres par la connaissance d’abord, par la possession physique ensuite des ressources de notre sol, de sa faune et de sa flore.»

Et que, pour le moment, il n’est pas dit que le numérique nous a rapproché de cette aspiration. C’est peut-être même tout le contraire, alors qu’il pourrait en être tout autrement!

De 1925… à 1956… à 2003… à aujourd’hui, je pense qu’il va falloir trouver moyen de s’y mettre un peu plus sérieusement!

L’État et le numérique

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Je pose rapidement ici une réflexion qui s’inscrit dans la démarche amorcée le 5 mars — pour laquelle j’ai malheureusement manqué un peu de temps. J’en profite d’ailleurs pour remercier celles et ceux qui y ont contribué, en inscrivant des commentaires le document Google Doc ou autrement (par messenger, courriel, etc.).

Je me demande si, plutôt qu’être à la recherche de mesures précises pour inscrire le numérique dans un programme politique, on ne devrait pas aller au bout du raisonnement et assumer que le numérique est déjà là, partout, et que c’est notre façon d’aborder le sujet qu’on doit surtout changer.

Dans cette perspective, il faudrait donc arrêter de parler de transition numérique et entreprendre surtout, et de façon prioritaire, une vaste mise à jour des rouages de l’État afin de tenir compte de cette nouvelle réalité.

De ce point de vue, la proposition la plus essentielle serait probablement la mise en place d’un groupe de travail chargé de revoir systématiquement l’ensemble des les lois et des règlements qui sont sous la responsabilité du gouvernement du Québec et de proposer, publiquement, des modifications à y apporter afin de tenir compte de l’impact du numérique?

Qu’en pensez-vous?

Presque trois marathons

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Je suis parti pour Bruxelles il y a dix jours pour participer à l’EPUB Summit. J’ai passé quelques jours à Paris pour voir d’anciens clients, d’ex-collègues et des amis. Et je suis à Londres depuis quatre jours avec le cousin… comme on l’avait fait il y a dix ans. On s’est d’ailleurs bien promis une troisième édition en 2027… (on a d’ailleurs tenté de prédire ce que serait le contexte).

Que du bonheur pendant ces douze jours: des échanges stimulants, du dépaysement, de la perspective de l’air frais et beaucoup de marche — plus de 150 000 pas juste dans les sept derniers jours!

Bruxelles, coeur de l’Europe.
Paris, en pleine campagne présidentielle.
Londres, sur la route du Brexit.
Et, en écho, l’actualité québécoise.

De quoi donner pas mal de perspective aux réflexions politiques (ça me semble plus nécessaire que jamais).

J’ai aussi les idées un peu plus claires sur ce à quoi je consacrerai plus/moins de temps dans les prochains mois (c’était d’ailleurs le principal objectif du voyage, une fois le EPUB Summit terminé).

C’est un périple qui m’aura vraiment fait le plus grand bien!

Et pour bien finir… le dernier jour du voyage sera sur le thème du rugby parce que c’est le dernier jour du Tournoi des six nations.

Alors on part pour le pub, bye!

Le numérique et la politique

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Vous aimeriez que les hommes et les femmes politiques parlent plus concrètement du numérique et de ses impacts sur l’évolution de la société. Qu’on arrête de parler et qu’on agisse enfin? Je vous propose une façon pour que nous tirions ensemble la politique québécoise dans cette direction.

Le Parti Québécois est en train de revoir son programme dans le cadre d’un processus particulièrement ouvert. Il s’agit d’une belle occasion pour pousser dans l’espace public un peu plus de concret en rapport avec le numérique — et, cela, quelles que soient vos affinités avec l’un ou l’autre des partis politiques québécois. C’est d’autant plus important, en fait, que si le Parti Québécois rehausse la barre en matière de numérique, ça forcera aussi les autres partis politiques à faire la même chose en prévision de la prochaine élection — et on y gagnera tous!

Alors voilà que je vous propose:

  • Nous collaborons dans les quinze prochains jours pour trouver des façons d’enrichir la Proposition principale du Parti Québécois (l’embryon du prochain programme du parti) pour tout ce qui concerne le numérique — et pour la rendre beaucoup plus précise et concrète.
  • Je fais ensuite une synthèse de nos échanges, que je reformulerai sous forme de propositions d’amendements à la Proposition principale. Je ferai évidemment cela de façon très transparente, avec vous, sur ce blogue.
  • Je présenterai ensuite personnellement ces propositions lors congrès de la circonscription de Jean-Talon (que je préside), le 26 mars, dans le but de les faire adopter par les membres.
  • Si les propositions sont adoptées, elles pourront ensuite faire leur chemin vers le congrès régional de la Capitale-nationale (le 7 mai) et éventuellement vers le congrès national (8, 9 et 10 septembre).
  • À chacune des étapes, j’aurai évidemment l’occasion de faire valoir ces propositions et d’expliquer leur importance. Je vous tiendrai informé de l’évolution des propositions.

Par où commencer?

  • J’ai préparé une version Google Doc de la section de la Proposition principale qui concerne la transition numérique. C’est ici:

 http://bit.ly/transitionnumerique

  • Le document est complètement ouvert. Tout le monde peut l’enrichir de ses commentaires, ajouter du texte, formuler des réflexions, etc.
  • Invitez des gens à participer à l’exercice.
  • Je vais faire périodiquement un retour sur tout ça sur mon blogue et les réseaux sociaux afin de mettre en évidence les éléments clés qui émergeront progressivement des échanges.

Les sondages et le Jell-O

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Le Devoir proposait hier une intéressante réflexion de Nicole Stafford au sujet de la difficulté croissante de prévoir le résultat d’une élection: Prévisions électorales: tous se trompent!

Je m’interroge à mon tour sur ce que cela signifie, très concrètement, pour le Parti Québécois — dans la perspective de l’élection d’octobre 2018.

***

Le texte de l’ancienne directrice de cabinet de Pauline Marois s’articule autour de sept exemples d’élections ou de référendum dont le résultat n’a pas du tout été celui qui avait été prévu par les sondages:

  • l’élection québécoise de 2014 — la défaite de Mme Marois;
  • l’élection fédérale de 2015 — la victoire de Justin Trudeau;
  • le Brexit;
  • l’élection de Donald Trump;
  • l’élection de Jean-François Lisée comme chef du Parti Québécois;
  • la victoire de François Fillon à la primaire de la droite, en France,
  • la victoire de Benoît Hamon à la primaire de la gauche, aussi en France;

Je crois, pour ma part, qu’il faudrait retirer l’élection québécoise de 2014 de cette liste parce que son résultat, bien que surprenant (décevant!), s’explique aisément par la mauvaise campagne du Parti Québécois.

Dans les six autres cas, le résultat final est effectivement apparu improbable jusqu’au tout dernier instant — comme s’il avait été insaisissable par les méthodes d’analyses traditionnelles. Mais est-ce bien le cas?

Je crains qu’en faisant cette analyse, on soit en réalité en train de simplement définir une nouvelle sorte de «mystère Québec»: une explication commode qui nous évite surtout de trop se remettre en question.

J’ose une explication beaucoup plus simple qui, si elle n’est qu’une hypothèse, a au moins le mérite de ramener le raisonnement sur le terrain du tangible.

Je crois que depuis une dizaine d’années (voire plus), une proportion croissante de la population de plusieurs pays occidentaux ressentent que la société dans laquelle ils vivent est bloquée, qu’elle se trouve dans une impasse — comme si elle était prise dans le Jell-O.

Les problèmes se répètent, les solutions proposées s’avèrent chaque fois inefficaces, les discours semblent déconnectés de la réalité et les partis presque politiques apparaissent tous interchangeables. Tout semble de plus en plus compliqué et les gens se sentent de plus en plus impuissant devant une situation qui n’évolue pas comme ils le souhaiteraient.

Le rapport de la tournée «Faut qu’on se parle» — Ne renonçons à rien — fait d’ailleurs le même constat.

Et c’est dans ce contexte qu’arrivent les élections — et, avec elles, une mise en lumière intensive, pendant plusieurs semaines, de tout ce qui fonctionne mal dans la société. L’omniprésence des discours partisans, inévitable en période d’élection, a aussi pour effet d’exacerber le sentiment de blocage et l’impression que les politiciens sont déconnectés de la réalité.

Dès lors, comment s’étonner que les électeurs soient de plus en plus nombreux à choisir, au moment de voter, le candidat ou la candidate qu’ils perçoivent comme le/la plus susceptible de les sortir du Jell-O?

Et pourquoi n’expriment-ils pas ce choix aux sondeurs? Mon hypothèse est que c’est tout simplement parce que le sentiment d’impuissance et le cynisme les amènent à ne tirer leurs conclusions qu’au tout dernier moment.

Cela ne veut pas dire que le résultat n’était pas prévisible! Ça veut seulement dire que pour bien comprendre la situation, il aurait fallut interroger les électeurs sur leur état d’esprit plutôt que se contenter de les questionner sur leur intention de vote.

***

Alors, si cette hypothèse est bonne, qu’est-ce que cela veut dire pour l’élection de 2018? En particulier pour le Parti Québécois?

Je pense que ça veut dire qu’il sera indispensable de formuler des propositions audacieuses, radicalement nouvelles, qui porteront sur des enjeux profondément ancrés dans la réalité des gens. Et ne pas trop s’en faire avec les sondages.

Je pense que ça implique aussi que notre programme ne devra pas tourner uniquement autour des thèmes qui ont fait notre marque de commerce au cours des dernières années.

Concrètement: ce n’est vraisemblablement pas une surenchère sur la question identitaire ou sur la langue qui va nous permettre de sortir des sentiers battus. Pas parce que ce ne sont pas des sujets importants (évidemment!), mais parce que nous n’avons (malheureusement) pas encore su faire la démonstration que c’est en travaillant sur ces thèmes qu’on peut sortir le Québec de l’impasse (réelle ou perçue) dans laquelle il se trouve.

Ça veut dire qu’il faudra que le Parti Québécois soit perçu comme une force de changement réelle, déterminée, qui ne se barrera pas les pieds dans les premières fleurs du tapis. Et pour ça, faire preuve d’authenticité et être capable de reconnaître les erreurs que nous avons pu faire dans le passé.

Ça veut aussi surtout dire qu’il faudra éviter, à tout prix, de donner l’impression qu’on demande aux électeurs une nouvelle chance pour réaliser le programme que nous avions proposé la dernière fois (voire la précédente!) — ce serait s’inscrire dans la continuité du Jell-O dont les gens ne veulent plus…

Une chose est certaine, avant de voter pour le Parti Québécois, les électeurs devront pouvoir répondre spontanément à la question que posait récemment Michel David: Pourquoi le PQ?

Photo: partie de l’oeuvre Thom Browne Selects, vue au Cooper-Hewitt Museum de New York en mai 2016.

Kairos

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Cette semaine je me suis délibérément retenu de réagir sur-le-champ à un paquet de choses.

Résultat: j’ai lu un peu plus et j’ai eu le temps de regarder quelques conférences sur le Web en faisant du vélo stationnaire.

Parmi ces conférences, celle de René Villemure aux Matins créatifs de Trois-Rivières, en 2015, sur le thème du temps.

L’éthicien nous rappelle que les Grecs avaient quatre concepts pour nommer le temps, dont nous n’avons conservé qu’un seul (c’est à partir de 16:50 de la vidéo).

Je retiens de sa conférence une phrase qui me semble particulièrement importante par les temps qui courent :

«Peut-être as-tu raison, mais évalue si tu as intérêt à avoir raison maintenant.»

Se révolter, en commençant par soi-même

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Un peu plus tôt cette semaine, j’ai un peu mystérieusement cité ces quelques mots sur Facebook:

Si dans un cauchemar vous êtes poursuivi par un monstre féroce, vous avez deux solutions pour vous en tirer :

— courir vite ou se battre contre lui. Ça peut marcher;

— vous réveiller! Ça marche à coup sûr.

J’étais en train de lire discrètement le plus récent livre d’Alexandre Jardin, Révoltons-nous!, que j’avais eu en primeur, puisqu’il paraît aujourd’hui en France (me voilà donc libéré de l’embargo). La publication de ce livre marque une nouvelle étape dans la candidature de l’auteur à l’élection présidentielle française.

Le monstre, dans cet extrait, c’est la façon dont la politique se vit aujourd’hui — et notre rapport avec celle-ci, comme citoyen.

Alexandre Jardin nous invite dans ce livre à nous réveiller. À cesser d’entretenir l’illusion que la prochaine fois ça fonctionnera mieux et qu’en changeant simplement le parti au pouvoir ça changera les choses. Ce ne sera pas le cas, dit-il, parce que nous ne faisons pas face à un problème de personnes, mais à un problème de méthode.

Le message central du livre est le suivant:

«Il faut avoir assez de confiance dans la vie pour divorcer avec les candidats de l’ancien monde pour rebâtir. (…) On est alors prêt à donner du pouvoir à ceux et celles qui ont le courage véritable d’agir autrement : les Faizeux, pas les Diseux.»

«Ne vous demandez plus à qui vous allez donner du pouvoir mais qui souhaite vous en donner. (…) L’heure n’est plus au changement de «programme» mais bien au changement radical de méthode.»

Je crois aussi qu’il faut apprendre à privilégier les gens capables d’actions, les gens qui ont démontré leur capacité à mobiliser des gens, à canaliser des énergies, à faire arriver les choses — même s’ils ont moins le profil politico-médiatique. Tout en restant évidemment critique de ce discours qui peut, lui-aussi être faux — à preuve, Donald Trump s’en est même fait le champion.

La suite de la réflexion d’Alexandre Jardin m’apparaît encore plus essentielle:

«Mais la question clef est : avons-nous envie d’être traités en citoyens? Ou préférons-nous rester des sujets?»

La démocratie représentative, tel qu’elle s’exerce aujourd’hui, est effectivement assez confortable: parce qu’elle nous déresponsabilise. On fait des élections, on chiale pendant quatre ans, aussi souvent que nécessaire, et on recommence. Une démocratie qui engagerait vraiment les citoyens sera forcément beaucoup plus exigeante pour tout le monde. Est-ce que c’est ça qu’on veut? Moi oui.

Pour ça, une condition, dit Alexandre Jardin:

«… des citoyens qui, peu à peu, gagnent en confiance en eux et prennent conscience que le changement collectif réel passe par soi-même !»

Le candidat à la présidence aborde aussi de front la question de la colère populaire, qui pousse les électeurs vers les positions les plus extrêmes.

«Dans quasiment tous les domaines, la colère des gens est désormais fondée.»

«[elle est] d’autant plus justifiée qu’il existe des solutions opérationnelles qui, partout, réparent déjà le pays. Des solutions pertinentes, inventées par les gens et méprisées ou carrément freinées par notre système.»

«Les dures leçons de l’élection de Donald Trump et du Brexit ont fini par tomber. Nous devons désormais les entendre.

«S’il ne surgit pas une révolte puissante des Bienveillants pour dire stop aux oligarchies discréditées qui, dans toutes les démocraties, se croient propriétaires de l’État, les peuples voteront les uns derrière les autres pour d’authentiques populismes.»

Pour Alexandre Jardin, le changement politique commence donc en chacun de nous — en acceptant de reconsidérer la perception que nous avons de notre rôle dans la démocratie:

«L’enjeu politique de l’importance que chacun s’accorde est énorme. Si j’apprends à m’estimer, la démocratie citoyenne finira par s’imposer et par compléter notre démocratie représentative si défaillante; et nous sortirons du cycle politique finissant dans lequel nous stagnons (…)»

«[il faut être] des citoyens qui, peu à peu, gagnent en confiance en eux et prennent conscience que le changement collectif réel passe par soi-même !»

Cliché? Je ne crois pas. Je pense que c’est même plutôt tout le contraire.

***

Quel que soit le résultat de l’élection présidentielle, il ne fait aucun doute dans mon esprit que la présence d’Alexandre Jardin parmi les candidats aura un effet extrêmement positif sur la démocratie française.

En interpelant les faizeux et les optimistes à revendiquer plus de place dans l’espace public, il pose les bases nécessaire à des changements politiques qui sont de toute évidence indispensables — et urgents depuis… beaucoup trop longtemps!

Le Québec n’est certes pas aussi embourbé politiquement que la France peut l’être, mais il ne faudrait pas attendre d’être dans une situation semblable pour sonner le réveil.

Alors vivement que cette réflexion franchisse l’Atlantique pour se rendre jusqu’à nous!

Mise à jour: pour une présentation du livre par l’auteur, quelques instants avant le lancement, c’est ici…

Là où ça fait mal…

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Le Journal de Québec nous apprend ce matin que dans un rapport préliminaire, Paul St-Pierre Plamondon rapporte crûment ce qui lui a été dit au cours de 90 rencontres/consultations.

Certains au PQ s’en offusqueront, alors que dans d’autres formations politiques certains voudront évidemment en profiter de façon clairement partisane. Ni l’un ni l’autre ne feront avancer les choses.

Je ne vois aucune raison de perdre notre calme. Il faut savoir écouter. Discuter du point de vue qui nous est présenté même (surtout) s’il est inconfortable — et débattre ensuite des recommandations (avec lesquelles personne n’est d’ailleurs pas forcé d’être d’accord).

C’est justement parce qu’il n’est pas enrobé d’un épais vernis partisan et parce que son écriture n’est pas guidée par trop de calculs stratégiques que le document de PSPP est précieux pour le Parti Québécois.

On devrait aussi attendre d’en avoir pris connaissance du document en entier avant de se laisser guider par les quelques éléments qui ont retenu l’attention du Journal de Québec.

Ce sera plus facile de mettre les choses en perspective quand on aura toutes les informations en main.

Mise à jour (11h20): le document complet est ici. Je n’y vois rien de choquant. Tout est à discuter.

AG du PQ de Jean-Talon

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Mardi soir dernier c’était l’Assemblée générale annuelle du Parti Québécois de la circonscription de Jean-Talon.

Le contexte était très particulier étant donné la tragédie du Centre culturel islamique (qui est situé dans Jean-Talon), encore toute récente. Il devait y avoir une trentaine de personnes dans la salle, peut-être un peu plus.

Nous avons évidemment pris le temps de souligner la tragédie avant de commencer officiellement la rencontre. J’ai d’abord fait un court témoignage, puis j’ai passé la parole à autre membre de l’exécutif, qui est de confession musulmane et qui vit à Québec depuis six ans. Il s’est présenté à l’ensemble des personnes présentes et nous a expliqué pourquoi l’attaque l’avait surpris… et pourquoi, d’un autre côté, elle ne l’avait peut-être pas surpris tant que ça non plus — pourquoi ça faisait partie de ses craintes.

Il nous a invités à réfléchir à une phrase qu’il a entendue à maintes reprises à Québec: «Les musulmans [sont comme ci, ou comme ça], mais toi ce n’est pas pareil!». Ah bon? Pas pareil, pourquoi? Parce que vous me connaissez mieux que les autres?

Je ne pense pas me tromper en disant que ça a été un moment très important pour toutes les personnes qui étaient présentes — un moment qui s’est prolongé, pour certains, en allant porter quelques lampions devant le Centre culturel islamique au nom de notre groupe à la fin de la soirée.

***

Nous avons ensuite entrepris la partie plus formelle de l’Assemblée, notamment pour faire un bilan de l’année mouvementée (une autre!) qui vient de s’écouler et élire le prochain exécutif — que j’aurai à nouveau le privilège de présider. Un exécutif qui sera composé de gens d’expérience, avec qui j’ai un immense plaisir à travailler, et aussi de nouveaux visages.

Nous avons ensuite entrepris ce qui était le coeur de la rencontre: la présentation de la Proposition principale — l’ébauche du nouveau programme du Parti Québécois (le document peut-être téléchargé, en format pdf, en cliquant sur ce lien).

Pour chacune des sections, nous avons fait le tour des principaux éléments… et je me suis permis d’attirer l’attention des gens sur certains éléments plus spécifiques qui m’apparaissaient importants ou que je trouvais particulièrement stimulants (ou qui pourraient le devenir en y apportant certains amendements). Je pense particulièrement à des éléments concernant l’éducation, les technologies et l’économie (mais pas que ces sujets non plus!).

C’est un survol auquel nous avons consacré un peu plus d’une heure et demie, et dont je suis ressorti énergisé. C’est une démarche qui devrait se poursuivre avec la formation de petits groupes de travail dédiés à chacune des sections de la Proposition principale — en prévision du congrès local, de Jean-Talon, qui aura lieu le 26 mars.

***

Il est bien possible que j’aborde ici certains éléments de la Proposition principale au cours des prochains jours et les prochaines semaines, de manière à faire appel à vous, à mon réseau, pour enrichir ma réflexion.

Parce que, comme me le disait hier soir un ami lors du YULblog (une rencontre de blogueurs et blogueuses de la première heure):

«Si ce n’est pas maintenant que ton parti fait preuve d’audace (entre autres pour ce qui concerne le numérique), il risque fort de ne plus jamais avoir l’occasion de se reprendre… Alors osez bordel! Soyez ambitieux!»

Ça tombe bien, c’est vendredi

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On se retrouve encore ce matin dans une ambiance politique profondément désolante.

Pierre Paradis qui est mis à la porte du caucus libéral parce qu’il fait objet d’une enquête policière, vraisemblablement pour inconduite sexuelle. Et dans un contexte où on a la désagréable impression qu’il y a eu tentative de camouflage dans les derniers jours avec cette prétendue chute de cheval…

Je suis encore une fois dégoûté par tout ça.

Rien à voir avec la partisanerie. C’est tout le monde politique qui pâtit de la répétition de ces événements qui viennent encore alimenter le cynisme d’un peu tout le monde. Et notre confiance en nous-même, collectivement, par la même occasion — parce que le fonctionnement de l’Assemblée nationale témoigne aussi de notre organisation et de notre capacité d’action, comme société.

D’une certaine façon, ça tombe bien, parce que c’est vendredi. Alors j’irai manger un sandwich devant l’Assemblée nationale encore ce midi. Nous serons un petit groupe de 12h à 12h30, pour une treizième semaine (et toutes les semaines ont apporté leur lot de bonnes raisons pour se dire à la semaine prochaine!). Aujourd’hui, nous avons prévu prendre le temps de bien préparer la publication d’un premier texte collectif, la semaine prochaine, à l’occasion de la rentrée parlementaire.

Ce sera un texte simple, non partisan, au ton positif, par lequel nous souhaitons interpeller les élus et les journalistes (et chacune d’entre-nous, par la même occasion). L’objectif est de rappeler la responsabilité de chacun si on veut bénéficier d’un climat politique positif, stimulant, qui donne envie aux citoyens de s’engager (plutôt que le contraire).

Ce texte ne marquera pas la fin de notre démarche. On se dit même que ce sera plutôt l’occasion d’élargir un peu le mouvement. Et nous espérons que les discussions qui vont suivre la publication du texte nous aideront à mieux définir les prochaines étapes.

Je crois qu’il va falloir commencer à voir la politique comme on a appris à voir l’environnement au cours des quarante dernières années… comme quelque chose de précieux, dont nous sommes tous responsables, et dont il faut surtout prendre soin un petit geste à la fois.

On a fini par comprendre que ce n’était pas assez de dénoncer les plus grands pollueurs. Qu’il fallait aussi faire notre part individuellement. Changer nos comportements. Penser globalement, agir localement. Il faut faire pareil avec la politique.

Il y a une expression qui me trotte dans la tête depuis quelques jours: il faut commencer à penser en termes d’écologie politique.

C’est peut-être un peu ça, aussi, le sens du rendez-vous sandwich du vendredi midi.

Réflexion à poursuivre.

Note: Pour voir les autres textes en lien avec les rendez-vous sandwich, on peut cliquer ici.


Photo: gros plan sur une murale / street art vue sur le boulevard René-Lévesque, à l’intersection du boulevard Saint-Laurent, à Montréal.

Désamorcer le populisme en quatre étapes faciles (ou pas!)

Les populistes, qu’ils soient de gauche ou de droite, tirent leur pouvoir de notre réflexe à les dépeindre comme des imbéciles et des fascistes. C’est ce que nous dit Andrés Miguel Rondón dans un texte qui a été publié par le Caracas Chronicles le jour de l’inauguration de Donald Trump.

Le chroniqueur nous met en garde contre les portraits outranciers du nouveau président des États-Unis, les réactions excessives à ses décisions et une polarisation inutile de l’espace public à son sujet. C’est en faisant ça qu’on se trouverait à nourrir son pouvoir… comme l’opposition vénézuélienne l’a fait avec Hugo Chavez pendant dix ans, rappelle-t-il.

Ce texte nous met en garde: pour éviter que le Québec ne vive une situation semblable, il est urgent d’apprendre à éviter les pièges du populisme. Quand on parlera de Trump, bien sûr, mais aussi quand on commentera le discours de tous ceux et celles qui prétendent s’exprimer au nom des victimes du système contre les élites (économiques, politiques, intellectuelles, etc.).

Rappeler l’importance des faits ne sera pas suffisant. Il va falloir que nous apprenions à éviter les discours inutilement moralisateurs, à sortir de nos zones de conforts, recommencer à se rendre là où on ne nous attend plus, écouter ceux à qui on avait peut-être cessé de tendre l’oreille. Il va falloir descendre des tribunes, aller faire un tour dans le trafic, prendre le temps de jouer aux cartes, de tricoter, de prendre une bière ou de manger un roteux à l’entrée des arénas.

Et le plus tôt sera le mieux, nous avertit Andrés Miguel Rondón.

Ci-dessous quelques extraits de son texte

***

How to Culture Jam a Populist in Four Easy Steps
Andrés Miguel Rondón

Excerpts:

The recipe [of populism] is universal. Find a wound common to many, someone to blame for it and a good story to tell. Mix it all together. (…)

Populism is built on the irresistible allure of simplicity. The narcotic of the simple answer to an intractable question. The problem is now made simple. (…)

And so, some advice:

1. Don’t forget who the enemy is.

Populism can only survive amid polarization. It works through caricature, through the unending vilification of a cartoonish enemy. Pro tip: you’re the enemy. (…) Trump needs you to be the enemy just like all religions need a demon. As a scapegoat.

“But facts!”, you’ll say, missing the point entirely. (…) Your focus has to be on erase the cartoon you’ve been drawn into. Scrambling it. Undermining it.

2. Show no contempt.

Your organizing principle is simple: don’t feed polarization, disarm it.

The Venezuelan Opposition struggled for years to get this. It wouldn’t stop pontificating about how stupid it all is. (…) “Really, this guy? Are you nuts? You must be nuts.” We’d say. (…) Repeat after me: fascism ». (…)

[Doing so you would] lost the first battle. Instead of fighting polarization, you [would play] into it. (…)

3. Don’t try to force him out.

If any [plan to force Chavez out] had gone well, bear with me for a second, Venezuela wouldn’t be in the shitshow it is in right now. (…)

The people on the other side (…) will rebel against you if you look like you’re losing your mind. Worst of all, you will have proved yourself to be the very thing you’re claiming to be fighting against: an enemy of democracy. And all the while you’re just giving the Populist and his followers enough rhetorical fuel to rightly call you a saboteur, an unpatriotic schemer, for years to come. (…)

4. Find a counter-argument. (No, not the one you think.)

The problem [is] not that Trump supporters are too stupid to see right from wrong, it’s that you’re much more valuable to them as an enemy than as a compatriot.

The problem is tribal. Your challenge is to prove that you belong in the same tribe as them: that you are American in exactly the same way they are.

In Venezuela, we fell into the abstraction trap in a bad way. We wrote again and again about principles, about the separation of powers, about civil liberties, about the role of the military in politics, about corruption and economic policy. But it took our leaders ten years to figure out they needed to actually go to the slums and to the countryside. And not for a speech, or a rally, but for game of dominoes or to dance salsa – to show they were Venezuelans too, (…) It is the only way of establishing your standing. It’s deciding not to live in an echo chamber. To press pause on the siren song of polarization.

You will not find that pause button in the cities or the university’s campuses. You will find it precisely where you’re not expected.

Only then will your message land.

There’s no point sugar coating: the road ahead is tough and the pitfalls are many. It’s way easier to get this wrong than to get this right, and the chances are the people getting it wrong will drown out those getting it right.