L’État et le numérique

IMG_8013.jpg

Je pose rapidement ici une réflexion qui s’inscrit dans la démarche amorcée le 5 mars — pour laquelle j’ai malheureusement manqué un peu de temps. J’en profite d’ailleurs pour remercier celles et ceux qui y ont contribué, en inscrivant des commentaires le document Google Doc ou autrement (par messenger, courriel, etc.).

Je me demande si, plutôt qu’être à la recherche de mesures précises pour inscrire le numérique dans un programme politique, on ne devrait pas aller au bout du raisonnement et assumer que le numérique est déjà là, partout, et que c’est notre façon d’aborder le sujet qu’on doit surtout changer.

Dans cette perspective, il faudrait donc arrêter de parler de transition numérique et entreprendre surtout, et de façon prioritaire, une vaste mise à jour des rouages de l’État afin de tenir compte de cette nouvelle réalité.

De ce point de vue, la proposition la plus essentielle serait probablement la mise en place d’un groupe de travail chargé de revoir systématiquement l’ensemble des les lois et des règlements qui sont sous la responsabilité du gouvernement du Québec et de proposer, publiquement, des modifications à y apporter afin de tenir compte de l’impact du numérique?

Qu’en pensez-vous?

Presque trois marathons

IMG_8421.jpg

Je suis parti pour Bruxelles il y a dix jours pour participer à l’EPUB Summit. J’ai passé quelques jours à Paris pour voir d’anciens clients, d’ex-collègues et des amis. Et je suis à Londres depuis quatre jours avec le cousin… comme on l’avait fait il y a dix ans. On s’est d’ailleurs bien promis une troisième édition en 2027… (on a d’ailleurs tenté de prédire ce que serait le contexte).

Que du bonheur pendant ces douze jours: des échanges stimulants, du dépaysement, de la perspective de l’air frais et beaucoup de marche — plus de 150 000 pas juste dans les sept derniers jours!

Bruxelles, coeur de l’Europe.
Paris, en pleine campagne présidentielle.
Londres, sur la route du Brexit.
Et, en écho, l’actualité québécoise.

De quoi donner pas mal de perspective aux réflexions politiques (ça me semble plus nécessaire que jamais).

J’ai aussi les idées un peu plus claires sur ce à quoi je consacrerai plus/moins de temps dans les prochains mois (c’était d’ailleurs le principal objectif du voyage, une fois le EPUB Summit terminé).

C’est un périple qui m’aura vraiment fait le plus grand bien!

Et pour bien finir… le dernier jour du voyage sera sur le thème du rugby parce que c’est le dernier jour du Tournoi des six nations.

Alors on part pour le pub, bye!

Un sandwich… à Bruxelles!

FullSizeRender 11.jpg

Je suis à Bruxelles aujourd’hui pour le EPUB Summit. C’est un très grand plaisir de retrouver plusieurs personnes avec qui j’ai collaboré au cours des dernières années et que je n’avais pas vu depuis trop longtemps!

Je ne serai donc pas présent, physiquement, pour le rendez-vous sandwich du vendredi — mais je participerai virtuellement, comme il se doit, en publiant une photo de sandwich autour de 12h. Merci à ceux et celles qui seront au rendez-vous!

Je prends tout de même quelques minutes pour transcrire quelques notes au sujet du rendez-vous de la semaine dernière (je n’avais pas eu le temps de le faire avant, bousculé par les préparatifs de mon départ).

  • Nous avons continué à discuter de l’actualité de la semaine, et de comment le traitement médiatique contribue au cynisme.
  • Nous avons réitéré l’intérêt que chacun partage (sur Facebook ou autrement) les gestes que nous posons pour agir sur le contexte (on a pas encore trouvé la façon adéquate pour le faire, on continue à réfléchir).
  • Le rendez-vous hebdomadaire de Bill Maher sur HBO (et YouTube) a été cité en exemple et on s’est dit que ce genre d’émission aurait sa place au Québec.
  • Nous sommes toujours à la recherche de façons pour rendre plus concrètes les actions qui découlent des rendez-vous du vendredi — mais on a confiance que ça viendra, et qu’entre temps, il faut persévérer et maintenir la continuité des rencontres.

Si j’oublie quelque chose d’important, j’espère que les autres participants l’ajouteront dans la section commentaire sous ce texte.

***

Je ne peux pas terminer sans dire que je constate que mes amis français sont nombreux à partager le même désarroi qui nous a amené à initier ce rendez-vous hebdomadaire. Un désarroi auquel s’ajoute une grande inquiétude à l’approche de l’élection présidentielle de mai prochain.

Ce serait bien qu’on n’en vienne pas à ce stade…

…et, pour ça, qu’on trouve des façons pour aborder de façon plus ingénieuse campagne électorale qui nous mènera au 1er octobre 2018.

Le numérique et la politique

IMG_7701.jpg

Vous aimeriez que les hommes et les femmes politiques parlent plus concrètement du numérique et de ses impacts sur l’évolution de la société. Qu’on arrête de parler et qu’on agisse enfin? Je vous propose une façon pour que nous tirions ensemble la politique québécoise dans cette direction.

Le Parti Québécois est en train de revoir son programme dans le cadre d’un processus particulièrement ouvert. Il s’agit d’une belle occasion pour pousser dans l’espace public un peu plus de concret en rapport avec le numérique — et, cela, quelles que soient vos affinités avec l’un ou l’autre des partis politiques québécois. C’est d’autant plus important, en fait, que si le Parti Québécois rehausse la barre en matière de numérique, ça forcera aussi les autres partis politiques à faire la même chose en prévision de la prochaine élection — et on y gagnera tous!

Alors voilà que je vous propose:

  • Nous collaborons dans les quinze prochains jours pour trouver des façons d’enrichir la Proposition principale du Parti Québécois (l’embryon du prochain programme du parti) pour tout ce qui concerne le numérique — et pour la rendre beaucoup plus précise et concrète.
  • Je fais ensuite une synthèse de nos échanges, que je reformulerai sous forme de propositions d’amendements à la Proposition principale. Je ferai évidemment cela de façon très transparente, avec vous, sur ce blogue.
  • Je présenterai ensuite personnellement ces propositions lors congrès de la circonscription de Jean-Talon (que je préside), le 26 mars, dans le but de les faire adopter par les membres.
  • Si les propositions sont adoptées, elles pourront ensuite faire leur chemin vers le congrès régional de la Capitale-nationale (le 7 mai) et éventuellement vers le congrès national (8, 9 et 10 septembre).
  • À chacune des étapes, j’aurai évidemment l’occasion de faire valoir ces propositions et d’expliquer leur importance. Je vous tiendrai informé de l’évolution des propositions.

Par où commencer?

  • J’ai préparé une version Google Doc de la section de la Proposition principale qui concerne la transition numérique. C’est ici:

 http://bit.ly/transitionnumerique

  • Le document est complètement ouvert. Tout le monde peut l’enrichir de ses commentaires, ajouter du texte, formuler des réflexions, etc.
  • Invitez des gens à participer à l’exercice.
  • Je vais faire périodiquement un retour sur tout ça sur mon blogue et les réseaux sociaux afin de mettre en évidence les éléments clés qui émergeront progressivement des échanges.

Sortir de sa bulle

IMG_6482.jpg

J’ai eu plusieurs rétroactions positives des actions proposées dans mon texte d’hier — dans l’esprit des échanges du 17e vendredi sandwich.

Je vais explorer dans les prochains jours les moyens de proposer  de façon plus régulière des actions de ce type (une  responsabilité qui pourrait éventuellement être partagée). En d’autres mots: comment mettre en place quelque chose qui stimulerait l’engagement (sans tomber dans l’engagement-en-un-clic, auquel je ne crois pas).

Pour aujourd’hui, j’ai envie de saluer le travail du Devoir avec sa série Pour sortir de sa bulle.

«Comment sortir de ses propres ornières politiques et médiatiques quand on parle de Donald Trump? Ornières d’autant plus fortes à l’ère des réseaux sociaux et des algorithmes qui s’ajustent à nos opinions. À la manière de la série « Burst Your Bubble » du Guardian, Le Devoir vous propose trois textes pour sortir de votre bulle.»

C’est dans le contexte de l’élection de Donald Trump aux États-Unis que la série a vu le jour et je trouve que la formule mériterait d’être reprise pour plusieurs autres sujets — même (pourquoi pas?) par un partage de textes à l’intérieur du cercle des médias québécois.

ACTION: j’ai envoyé un courriel à la rédaction du Devoir pour les encourager à poursuivre la série et explorer la possibilité de la pousser même un peu plus loin. L’adresse est ici.

Faire une lecture engagée du Soleil

IMG_7586.jpg

J’ai lu Le Soleil de ce matin avec les échanges du vendredi sandwich en tête. Ça m’a amené à faire quelques observations:

Je me réjouis que le maire Labeaume demande au ministère des Transports de «faire des simulations informatiques afin d’évaluer la pertinence de construire un troisième lien à l’est de la région… ».

J’ajouterais personnellement que de telles simulations doivent aussi être faites pour le scénario d’un troisième lien à l’ouest — et qu’elles doivent être rendues publiques rapidement, de manière à alimenter le débat public. Il faut faire confiance à l’intelligence des citoyens en leur fournissant de l’information de qualité. Autrement les débats et les consultations sont inutiles — voire nuisibles.

ACTION: J’ai envoyé un courriel au maire pour l’encourager à préciser sa demande en ce sens. Pour ceux et celles qui voudraient faire de même, c’est ici.

Je me suis aussi réjoui de lire la lettre dans laquelle une vingtaine de personnes demandent d’accélérer le déploiement d’un transport collectif moderne à Québec. Leur texte est constructif et réussit à éviter le piège d’opposer le développement du SRB à d’autres aménagements possibles (et potentiellement nécessaires) au réseau routier de la capitale.

ACTION: J’ai envoyé un courriel au président de la Chambre de commerce pour le féliciter d’avoir signé cette lettre et lui demander de transmettre ce message aux autres signataires. Ceux et celles qui voudraient faire de même trouveront son adresse ici.

J’ai également apprécié le texte de François Bourque, qui adopte un point de vue pédagogique tellement nécessaire en rapport avec la présence des musulmans à Québec: «… quelques clés qui peuvent aider à mieux, je crois, à mieux comprendre qui sont les musulmans de Québec et comment améliorer le « vivre-ensemble »».

ACTION: J’ai transmis un commentaire à la rédaction du Soleil pour signaler mon appréciation de ce texte. J’ai utilisé ce formulaire.

J’ai aussi aimé lire le texte de Jean-Marc Salvet, qui témoigne de l’importance de la réaction des citoyens pour faire réagir le gouvernement. Il met aussi en lumière l’importance du travail des chroniqueurs — Michel Girard, dans ce cas — quand ils décident d’approfondir un sujet plutôt que de se contenter de rester dans l’opinion. Tout à fait dans l’esprit des sandwichs du vendredi.

J’ai finalement souri en voyant la page de publicité du Syndicat canadien de la fonction publique qui encourage les personnes retraitées de l’Université Laval à communiquer avec les députés de la région, en publiant leurs adresses, téléphones et courriel.

À croire qu’il y a quelque chose dans l’air… Peut-être quelque chose comme le début d’un réveil sur l’importance pour les citoyens de prendre les moyens pour se faire entendre.

17e sandwich

16681552_10154070847766486_5634743199863968940_n (1).jpg

C’était le 17e vendredi sandwich hier midi. Il faisait tellement beau qu’on pouvait presque se dire qu’on avait déjà passé à travers l’hiver (mais attendons avant de trop se réjouir…).

Nous étions 7, dont deux nouveaux participants — et même une troisième personne qui a brièvement stationné sa voiture dans le rond-point devant l’Assemblée nationale pour nous saluer, nous encourager et nous dire qu’elle se joindrait à nous un prochain vendredi. Stimulant.

Après un survol de l’actualité de la semaine, nos échanges nous ont amené sur deux pistes de réflexion:

1. Le besoin de poser les problèmes autrement

Les débats qui enflamment les médias sont souvent prisonniers de la manière dont les questions sont posées. Au sujet du «troisième lien» entre Québec et Lévis, par exemple… la question ne devrait pas être «pour ou contre un troisième lien», mais plutôt quelque chose comme: «comment faire pour réduire le temps de transport des gens de x%». Ce serait une question plus ouverte, plus apte à susciter des échanges constructifs.

2. Le pouvoir des appels et des courriels

Il serait probablement utile de mieux faire connaître l’impact que peuvent avoir des appels ou des courriels aux bureaux de circonscriptions des députés et/ou aux médias. L’exemple du recul du gouvernement, cette semaine, sur le crédit d’impôt lié à l’âge en est un bel exemple.Nous travaillerons possiblement sur quelque chose à ce sujet au cours des prochaines semaines.

Et en attendant, nous nous sommes dit que ce serait bien de faire connaître les initiatives que chacun des participants pourrait prendre en ce sens, très simplement, sur la page Facebook Le sandwich du vendredi — comment autant d’exemples / sources d’inspiration pour d’autres.

À suivre la semaine prochaine.

Crédit photo: Étienne Ferron-Forget

Les sondages et le Jell-O

IMG_3819.jpg

Le Devoir proposait hier une intéressante réflexion de Nicole Stafford au sujet de la difficulté croissante de prévoir le résultat d’une élection: Prévisions électorales: tous se trompent!

Je m’interroge à mon tour sur ce que cela signifie, très concrètement, pour le Parti Québécois — dans la perspective de l’élection d’octobre 2018.

***

Le texte de l’ancienne directrice de cabinet de Pauline Marois s’articule autour de sept exemples d’élections ou de référendum dont le résultat n’a pas du tout été celui qui avait été prévu par les sondages:

  • l’élection québécoise de 2014 — la défaite de Mme Marois;
  • l’élection fédérale de 2015 — la victoire de Justin Trudeau;
  • le Brexit;
  • l’élection de Donald Trump;
  • l’élection de Jean-François Lisée comme chef du Parti Québécois;
  • la victoire de François Fillon à la primaire de la droite, en France,
  • la victoire de Benoît Hamon à la primaire de la gauche, aussi en France;

Je crois, pour ma part, qu’il faudrait retirer l’élection québécoise de 2014 de cette liste parce que son résultat, bien que surprenant (décevant!), s’explique aisément par la mauvaise campagne du Parti Québécois.

Dans les six autres cas, le résultat final est effectivement apparu improbable jusqu’au tout dernier instant — comme s’il avait été insaisissable par les méthodes d’analyses traditionnelles. Mais est-ce bien le cas?

Je crains qu’en faisant cette analyse, on soit en réalité en train de simplement définir une nouvelle sorte de «mystère Québec»: une explication commode qui nous évite surtout de trop se remettre en question.

J’ose une explication beaucoup plus simple qui, si elle n’est qu’une hypothèse, a au moins le mérite de ramener le raisonnement sur le terrain du tangible.

Je crois que depuis une dizaine d’années (voire plus), une proportion croissante de la population de plusieurs pays occidentaux ressentent que la société dans laquelle ils vivent est bloquée, qu’elle se trouve dans une impasse — comme si elle était prise dans le Jell-O.

Les problèmes se répètent, les solutions proposées s’avèrent chaque fois inefficaces, les discours semblent déconnectés de la réalité et les partis presque politiques apparaissent tous interchangeables. Tout semble de plus en plus compliqué et les gens se sentent de plus en plus impuissant devant une situation qui n’évolue pas comme ils le souhaiteraient.

Le rapport de la tournée «Faut qu’on se parle» — Ne renonçons à rien — fait d’ailleurs le même constat.

Et c’est dans ce contexte qu’arrivent les élections — et, avec elles, une mise en lumière intensive, pendant plusieurs semaines, de tout ce qui fonctionne mal dans la société. L’omniprésence des discours partisans, inévitable en période d’élection, a aussi pour effet d’exacerber le sentiment de blocage et l’impression que les politiciens sont déconnectés de la réalité.

Dès lors, comment s’étonner que les électeurs soient de plus en plus nombreux à choisir, au moment de voter, le candidat ou la candidate qu’ils perçoivent comme le/la plus susceptible de les sortir du Jell-O?

Et pourquoi n’expriment-ils pas ce choix aux sondeurs? Mon hypothèse est que c’est tout simplement parce que le sentiment d’impuissance et le cynisme les amènent à ne tirer leurs conclusions qu’au tout dernier moment.

Cela ne veut pas dire que le résultat n’était pas prévisible! Ça veut seulement dire que pour bien comprendre la situation, il aurait fallut interroger les électeurs sur leur état d’esprit plutôt que se contenter de les questionner sur leur intention de vote.

***

Alors, si cette hypothèse est bonne, qu’est-ce que cela veut dire pour l’élection de 2018? En particulier pour le Parti Québécois?

Je pense que ça veut dire qu’il sera indispensable de formuler des propositions audacieuses, radicalement nouvelles, qui porteront sur des enjeux profondément ancrés dans la réalité des gens. Et ne pas trop s’en faire avec les sondages.

Je pense que ça implique aussi que notre programme ne devra pas tourner uniquement autour des thèmes qui ont fait notre marque de commerce au cours des dernières années.

Concrètement: ce n’est vraisemblablement pas une surenchère sur la question identitaire ou sur la langue qui va nous permettre de sortir des sentiers battus. Pas parce que ce ne sont pas des sujets importants (évidemment!), mais parce que nous n’avons (malheureusement) pas encore su faire la démonstration que c’est en travaillant sur ces thèmes qu’on peut sortir le Québec de l’impasse (réelle ou perçue) dans laquelle il se trouve.

Ça veut dire qu’il faudra que le Parti Québécois soit perçu comme une force de changement réelle, déterminée, qui ne se barrera pas les pieds dans les premières fleurs du tapis. Et pour ça, faire preuve d’authenticité et être capable de reconnaître les erreurs que nous avons pu faire dans le passé.

Ça veut aussi surtout dire qu’il faudra éviter, à tout prix, de donner l’impression qu’on demande aux électeurs une nouvelle chance pour réaliser le programme que nous avions proposé la dernière fois (voire la précédente!) — ce serait s’inscrire dans la continuité du Jell-O dont les gens ne veulent plus…

Une chose est certaine, avant de voter pour le Parti Québécois, les électeurs devront pouvoir répondre spontanément à la question que posait récemment Michel David: Pourquoi le PQ?

Photo: partie de l’oeuvre Thom Browne Selects, vue au Cooper-Hewitt Museum de New York en mai 2016.

Kairos

Capture d’écran 2017-02-10 à 22.08.54 (1).jpg

Cette semaine je me suis délibérément retenu de réagir sur-le-champ à un paquet de choses.

Résultat: j’ai lu un peu plus et j’ai eu le temps de regarder quelques conférences sur le Web en faisant du vélo stationnaire.

Parmi ces conférences, celle de René Villemure aux Matins créatifs de Trois-Rivières, en 2015, sur le thème du temps.

L’éthicien nous rappelle que les Grecs avaient quatre concepts pour nommer le temps, dont nous n’avons conservé qu’un seul (c’est à partir de 16:50 de la vidéo).

Je retiens de sa conférence une phrase qui me semble particulièrement importante par les temps qui courent :

«Peut-être as-tu raison, mais évalue si tu as intérêt à avoir raison maintenant.»

Se révolter, en commençant par soi-même

Capture d’écran 2017-02-08 à 12.08.57 (1).jpg

Un peu plus tôt cette semaine, j’ai un peu mystérieusement cité ces quelques mots sur Facebook:

Si dans un cauchemar vous êtes poursuivi par un monstre féroce, vous avez deux solutions pour vous en tirer :

— courir vite ou se battre contre lui. Ça peut marcher;

— vous réveiller! Ça marche à coup sûr.

J’étais en train de lire discrètement le plus récent livre d’Alexandre Jardin, Révoltons-nous!, que j’avais eu en primeur, puisqu’il paraît aujourd’hui en France (me voilà donc libéré de l’embargo). La publication de ce livre marque une nouvelle étape dans la candidature de l’auteur à l’élection présidentielle française.

Le monstre, dans cet extrait, c’est la façon dont la politique se vit aujourd’hui — et notre rapport avec celle-ci, comme citoyen.

Alexandre Jardin nous invite dans ce livre à nous réveiller. À cesser d’entretenir l’illusion que la prochaine fois ça fonctionnera mieux et qu’en changeant simplement le parti au pouvoir ça changera les choses. Ce ne sera pas le cas, dit-il, parce que nous ne faisons pas face à un problème de personnes, mais à un problème de méthode.

Le message central du livre est le suivant:

«Il faut avoir assez de confiance dans la vie pour divorcer avec les candidats de l’ancien monde pour rebâtir. (…) On est alors prêt à donner du pouvoir à ceux et celles qui ont le courage véritable d’agir autrement : les Faizeux, pas les Diseux.»

«Ne vous demandez plus à qui vous allez donner du pouvoir mais qui souhaite vous en donner. (…) L’heure n’est plus au changement de «programme» mais bien au changement radical de méthode.»

Je crois aussi qu’il faut apprendre à privilégier les gens capables d’actions, les gens qui ont démontré leur capacité à mobiliser des gens, à canaliser des énergies, à faire arriver les choses — même s’ils ont moins le profil politico-médiatique. Tout en restant évidemment critique de ce discours qui peut, lui-aussi être faux — à preuve, Donald Trump s’en est même fait le champion.

La suite de la réflexion d’Alexandre Jardin m’apparaît encore plus essentielle:

«Mais la question clef est : avons-nous envie d’être traités en citoyens? Ou préférons-nous rester des sujets?»

La démocratie représentative, tel qu’elle s’exerce aujourd’hui, est effectivement assez confortable: parce qu’elle nous déresponsabilise. On fait des élections, on chiale pendant quatre ans, aussi souvent que nécessaire, et on recommence. Une démocratie qui engagerait vraiment les citoyens sera forcément beaucoup plus exigeante pour tout le monde. Est-ce que c’est ça qu’on veut? Moi oui.

Pour ça, une condition, dit Alexandre Jardin:

«… des citoyens qui, peu à peu, gagnent en confiance en eux et prennent conscience que le changement collectif réel passe par soi-même !»

Le candidat à la présidence aborde aussi de front la question de la colère populaire, qui pousse les électeurs vers les positions les plus extrêmes.

«Dans quasiment tous les domaines, la colère des gens est désormais fondée.»

«[elle est] d’autant plus justifiée qu’il existe des solutions opérationnelles qui, partout, réparent déjà le pays. Des solutions pertinentes, inventées par les gens et méprisées ou carrément freinées par notre système.»

«Les dures leçons de l’élection de Donald Trump et du Brexit ont fini par tomber. Nous devons désormais les entendre.

«S’il ne surgit pas une révolte puissante des Bienveillants pour dire stop aux oligarchies discréditées qui, dans toutes les démocraties, se croient propriétaires de l’État, les peuples voteront les uns derrière les autres pour d’authentiques populismes.»

Pour Alexandre Jardin, le changement politique commence donc en chacun de nous — en acceptant de reconsidérer la perception que nous avons de notre rôle dans la démocratie:

«L’enjeu politique de l’importance que chacun s’accorde est énorme. Si j’apprends à m’estimer, la démocratie citoyenne finira par s’imposer et par compléter notre démocratie représentative si défaillante; et nous sortirons du cycle politique finissant dans lequel nous stagnons (…)»

«[il faut être] des citoyens qui, peu à peu, gagnent en confiance en eux et prennent conscience que le changement collectif réel passe par soi-même !»

Cliché? Je ne crois pas. Je pense que c’est même plutôt tout le contraire.

***

Quel que soit le résultat de l’élection présidentielle, il ne fait aucun doute dans mon esprit que la présence d’Alexandre Jardin parmi les candidats aura un effet extrêmement positif sur la démocratie française.

En interpelant les faizeux et les optimistes à revendiquer plus de place dans l’espace public, il pose les bases nécessaire à des changements politiques qui sont de toute évidence indispensables — et urgents depuis… beaucoup trop longtemps!

Le Québec n’est certes pas aussi embourbé politiquement que la France peut l’être, mais il ne faudrait pas attendre d’être dans une situation semblable pour sonner le réveil.

Alors vivement que cette réflexion franchisse l’Atlantique pour se rendre jusqu’à nous!

Mise à jour: pour une présentation du livre par l’auteur, quelques instants avant le lancement, c’est ici…

Là où ça fait mal…

Capture d’écran 2017-02-08 à 09.16.53 (1).jpg

Le Journal de Québec nous apprend ce matin que dans un rapport préliminaire, Paul St-Pierre Plamondon rapporte crûment ce qui lui a été dit au cours de 90 rencontres/consultations.

Certains au PQ s’en offusqueront, alors que dans d’autres formations politiques certains voudront évidemment en profiter de façon clairement partisane. Ni l’un ni l’autre ne feront avancer les choses.

Je ne vois aucune raison de perdre notre calme. Il faut savoir écouter. Discuter du point de vue qui nous est présenté même (surtout) s’il est inconfortable — et débattre ensuite des recommandations (avec lesquelles personne n’est d’ailleurs pas forcé d’être d’accord).

C’est justement parce qu’il n’est pas enrobé d’un épais vernis partisan et parce que son écriture n’est pas guidée par trop de calculs stratégiques que le document de PSPP est précieux pour le Parti Québécois.

On devrait aussi attendre d’en avoir pris connaissance du document en entier avant de se laisser guider par les quelques éléments qui ont retenu l’attention du Journal de Québec.

Ce sera plus facile de mettre les choses en perspective quand on aura toutes les informations en main.

Mise à jour (11h20): le document complet est ici. Je n’y vois rien de choquant. Tout est à discuter.

Nourrir la démocratie… un sandwich à la fois!

IMG_6550.jpg

Mise à jour (8 février): J’ai accordé une entrevue à CKIA. On peut l’écouter ici.

Mise à jour (12 février): Le Soleil publie le texte ce matin.

Le Carrefour de Québec a publié hier soir le premier texte qui est issu du rendez-vous sandwich du vendredi midi — d’autres médias pourraient aussi le faire dans les prochains jours. C’est un texte collectif qui a été patiemment rédigé par les participants au fil des semaines. Nous en sommes fiers et chacun y pourra y ajouter son grain de sel au moment de le relayer sur les réseaux sociaux (la version Facebook est ici).

Publié à l’occasion de la rentrée parlementaire, le texte invite le Premier ministre, l’ensemble des élus et les gens des médias à adopter un regard plus pragmatique et plus positif sur les dossiers dont ils sont responsables. Parce qu’il apparaît plus indispensable que jamais de susciter l’engagement des citoyens pour relever les défis auxquels le Québec est confronté et que le cynisme est le pire des éteignoirs.

Nous devons tous choisir d’adopter une attitude plus positive — de ne pas succomber à la colère, au pessimisme ou, pire, à la résignation. Et vous savez quoi? C’est plus facile de faire ça en gang qu’isolé, surtout par les temps qui courent… Venez prendre un sandwich avec nous le vendredi, de 12h à 12h30, vous verrez!

J’ai trouvé amusant de constater que c’est un peu aussi ce que suggère cet article de David Frum, qui a publié hier sur le site du magazine The Atlantic: What Effective Protest Could Look Like.

«Form Facebook groups. Keep in touch. Don’t argue: recruit. Meet in real space as well as online. Serve cake. Make your presence felt on your local elected officials not just once, but day after day, week in, week out. (…) And that requires above all: be motivated by hope, not outrage.

The outrage may get you started, but only hope keeps you going. Hope, as Vaclav Havel insisted, is an expression of the state of our minds, not a description of the state of the world.»

Si vous y croyez aussi, je vous invite à commencer par cliquer J’aime sur la page Facebook des rendez-vous sandwich du vendredi (si vous n’êtes pas sur Facebook, n’ayez crainte, je vais continuer à diffuser les informations essentielles sur mon blogue!). N’hésitez évidemment pas non plus à le faire circuler autour de vous.

De quoi sera faite la suite? On ne le sait pas encore. On va en parler… un vendredi à la fois. On va l’inventer ensemble.

***

Pour connaître l’origine des rendez-vous sandwich, on peut suivre ce lien.

Pour lire certains des textes publiés échos aux rencontres précédentes, cet autre lien.

***

Je reprends finalement le texte ci-dessous, pour lui faire une place dans les archives de mon blogue.

***

 

NOURRIR LA DÉMOCRATIE… UN SANDWICH À LA FOIS

Monsieur le Premier ministre,

Mesdames et messieurs les élus,

Mesdames et messieurs les journalistes, chroniqueurs et gens des médias,

Nous sommes un groupe de citoyens, d’âges et de milieux différents. Nos engagements sociaux prennent des formes variées, tout comme nos convictions et appartenances politiques.

Nous nous réunissons chaque vendredi midi devant l’Assemblée nationale depuis maintenant quatorze semaines, le temps de manger un sandwich. C’est la façon que nous avons trouvée pour exprimer notre mécontentement envers la situation politique actuelle au Québec et de faire sentir à cet endroit symbolique la présence des citoyens, qui doivent demeurer au cœur de la vie politique.

Nous n’avons pas la prétention de parler au nom de personne d’autre que nous. Cependant, nous sommes convaincus que plusieurs de nos concitoyens s’associeront à nos propos (quelques-uns ont d’ailleurs choisi de se joindre à nous en cosignant ce texte).

Pourquoi nous adressons-nous à vous?

Nous croyons que le climat politique et médiatique est toxique depuis trop longtemps au Québec. Trop de choses alimentent continuellement le cynisme de la population sur un terreau de partisanerie aveugle. Il ne suffit pas d’interdire les applaudissements à l’Assemblée nationale pour élever le niveau des échanges. La politique ne fait plus rêver. On ne se projette plus assez dans l’avenir.

Pour être de bons citoyens, il faut s’informer, dit-on. Mais aujourd’hui au Québec, ceux qui s’informent le plus sont ceux qui risquent le plus le découragement. Dans un tel contexte, comment s’étonner que de plus en plus de citoyens se désintéressent de ce qui se passe à l’Assemblée nationale?

Vous êtes les mieux placés pour changer cela.

Ce que nous vous demandons

Monsieur le premier ministre:

On dit que vous prononcerez dans les prochaines semaines un nouveau discours inaugural, pour marquer solennellement un nouveau départ pour le gouvernement que vous dirigez.

Nous souhaitons y trouver plus que des vœux pieux. Il faut du concret, des échéanciers précis, un engagement à rendre des comptes. Il faut démontrer que vous êtes conscient du cynisme ambiant et proposer un plan pour changer les choses.

Évitez la langue de bois. Utilisez les mots «parce que» le plus souvent possible afin d’établir des liens évidents entre vos propositions et les actions que vous mènerez pour concrétiser votre vision du Québec de demain. Exigez aussi de tous vos ministres qu’ils fassent la même chose.

Mesdames et Messieurs les élus, de tous les partis:

Nous en appelons à votre responsabilité, en votre qualité de représentants de la population québécoise à l’Assemblée nationale. Si vous croyez, comme nous, que le Québec vit une grave crise démocratique, nous vous demandons de dénoncer, chaque fois que nécessaire, tout ce que vous croyez pouvoir nuire à la confiance déjà fragile des citoyens envers leurs institutions publiques et politiques — et, cela, sans égard aux intérêts partisans.

Osez privilégier des débats qui font appel au meilleur de vous-mêmes plutôt que de vous confiner aux combats électoralistes.

Mesdames et Messieurs les journalistes, chroniqueurs et gens des médias,

Nous vous demandons d’interroger plus efficacement les hommes et les femmes politiques. Libérez-vous (libérez-nous!) de la tyrannie du clip. Exigez qu’ils aillent au bout de leurs raisonnements; qu’ils expliquent le «pourquoi» des choses en fournissant des réponses factuelles et rigoureuses. Ignorez les réponses inutilement partisanes.

Essayez aussi de trouver des façons pour que vos interventions stimulent l’esprit critique, qu’elles suscitent l’engagement et qu’elles facilitent le passage à l’action des citoyens. Le Québec a besoin d’un grand coup de barre. Faites partie de l’effort!

Il faut rester optimistes

Il reste un peu moins de deux ans avant la prochaine élection. Nous comptons sur vous pour en faire une période stimulante au cours de laquelle nous pourrons recommencer à envisager l’avenir du Québec de façon plus positive, à partir de propositions concrètes, bien expliquées, et adéquatement comprises. La véritable démocratie, quoi!

Nous choisissons d’être optimistes. Parce qu’il le faut.

Ne nous décevez pas.

 

SIGNATAIRES — Personnes qui ont participé à au moins un des rendez-vous du vendredi midi

Patrice Audet, Québec

Sylvain Bérubé, Québec

Marie-Josée Bettez, Québec

Rémy Charest, Québec

Lynda Cloutier, Québec

Daniel Côté, Québec

Marie-Claude Côté, Québec

Paul Crête, Québec

Esther Déom, Québec

Pauline Dufour, Québec

Marie-Claude Émond, Beaupré

Étienne Ferron-Forget, Québec

Samiha Hazgui, Québec

Jean-Pierre Garneau, Québec

Louis Germain, Québec

Geneviève Issalys, Québec

Marianne Kugler, Québec

Clément Laberge, Québec

Marie Lavoie, Québec

Mériol Lehmann, Québec

Denis Martel, Québec

Annie Morin, Saint-Raymond

Nathalie Perreault, Québec

Marie-Claude Perron, Québec

Marjorie Ramirez, Québec

Martine Rioux, Lévis

Benoît Tardif, Québec

Marie-Hélène Vaugeois, Québec

 

COSIGNATAIRES — Personnes qui souhaitent démontrer leur appui à la démarche

Mario Asselin, Québec

Valérie Beaulieu, Lévis

Claire Bellefeuille, Québec

Pierre Castonguay, Québec

Dominic Cliche, Québec

Christian Côté, Québec

Bruno Desbois, Montréal

Louis Deschamps, Québec

Sanda Dospinescu, Québec

Sophie Duchesne, Québec

Christian Fortier, Québec

Marie-France Gagné, Repentigny

Josée Giguère, Deux-Montagnes

Yves Gaudreau, Saint-Lambert

Gilles Herman, Québec

Emil Husaru, Québec

Simon Jolivet, Montréal

Alain Juhasz, Pierrefonds

Paul-Émile Laberge, Québec

Alyne Laflamme, Québec

Laurent Lagarde, Québec

Alexandre Lavallée, Québec

Francine Lavoie, Québec

François Marcotte, Québec

Samuel Matteau, Québec

Marie-France Paquette, Québec

Bärbel Reinke, Québec

Marcel Rioux, Lévis

Pierrette Saucier, Québec

Grégoire Vachon, Québec

Claire Vignola, Québec

Yves Williams, Montréal

AG du PQ de Jean-Talon

IMG_7276.jpg

Mardi soir dernier c’était l’Assemblée générale annuelle du Parti Québécois de la circonscription de Jean-Talon.

Le contexte était très particulier étant donné la tragédie du Centre culturel islamique (qui est situé dans Jean-Talon), encore toute récente. Il devait y avoir une trentaine de personnes dans la salle, peut-être un peu plus.

Nous avons évidemment pris le temps de souligner la tragédie avant de commencer officiellement la rencontre. J’ai d’abord fait un court témoignage, puis j’ai passé la parole à autre membre de l’exécutif, qui est de confession musulmane et qui vit à Québec depuis six ans. Il s’est présenté à l’ensemble des personnes présentes et nous a expliqué pourquoi l’attaque l’avait surpris… et pourquoi, d’un autre côté, elle ne l’avait peut-être pas surpris tant que ça non plus — pourquoi ça faisait partie de ses craintes.

Il nous a invités à réfléchir à une phrase qu’il a entendue à maintes reprises à Québec: «Les musulmans [sont comme ci, ou comme ça], mais toi ce n’est pas pareil!». Ah bon? Pas pareil, pourquoi? Parce que vous me connaissez mieux que les autres?

Je ne pense pas me tromper en disant que ça a été un moment très important pour toutes les personnes qui étaient présentes — un moment qui s’est prolongé, pour certains, en allant porter quelques lampions devant le Centre culturel islamique au nom de notre groupe à la fin de la soirée.

***

Nous avons ensuite entrepris la partie plus formelle de l’Assemblée, notamment pour faire un bilan de l’année mouvementée (une autre!) qui vient de s’écouler et élire le prochain exécutif — que j’aurai à nouveau le privilège de présider. Un exécutif qui sera composé de gens d’expérience, avec qui j’ai un immense plaisir à travailler, et aussi de nouveaux visages.

Nous avons ensuite entrepris ce qui était le coeur de la rencontre: la présentation de la Proposition principale — l’ébauche du nouveau programme du Parti Québécois (le document peut-être téléchargé, en format pdf, en cliquant sur ce lien).

Pour chacune des sections, nous avons fait le tour des principaux éléments… et je me suis permis d’attirer l’attention des gens sur certains éléments plus spécifiques qui m’apparaissaient importants ou que je trouvais particulièrement stimulants (ou qui pourraient le devenir en y apportant certains amendements). Je pense particulièrement à des éléments concernant l’éducation, les technologies et l’économie (mais pas que ces sujets non plus!).

C’est un survol auquel nous avons consacré un peu plus d’une heure et demie, et dont je suis ressorti énergisé. C’est une démarche qui devrait se poursuivre avec la formation de petits groupes de travail dédiés à chacune des sections de la Proposition principale — en prévision du congrès local, de Jean-Talon, qui aura lieu le 26 mars.

***

Il est bien possible que j’aborde ici certains éléments de la Proposition principale au cours des prochains jours et les prochaines semaines, de manière à faire appel à vous, à mon réseau, pour enrichir ma réflexion.

Parce que, comme me le disait hier soir un ami lors du YULblog (une rencontre de blogueurs et blogueuses de la première heure):

«Si ce n’est pas maintenant que ton parti fait preuve d’audace (entre autres pour ce qui concerne le numérique), il risque fort de ne plus jamais avoir l’occasion de se reprendre… Alors osez bordel! Soyez ambitieux!»

Travailler sur le positif

Capture d’écran 2017-02-01 à 16.51.36 (1).jpg

J’ai regardé plusieurs fois la vidéo de Stéphane Lépine, au sujet de son ami Hassan Zaoui. Si vous ne l’avez pas encore vue, je vous encourage à le faire.

Son geste, très personnel, authentique et positif, m’a fait penser qu’il n’est probablement pas inutile de partager une autre réflexion que je me suis faite au début de la semaine.

Devant le réflexe de réagir négativement aux propos de quelqu’un, sur Facebook par exemple, j’essaie de m’imposer un temps d’arrêt. Et au lieu d’agir en fonction du réflexe, je prends le même temps pour féliciter plutôt une autre personne, qui a tenu des propos plus inspirants — en privé, par courriel, par exemple.

Juste depuis dimanche, j’ai dû féliciter comme ça cinq ou six personnes. Celles qui m’ont répondu ont manifestement beaucoup apprécié. Ça m’a permis d’établir ou de renouer des des liens avec des gens intéressants et ça permet surtout de travailler sur du positif. L’énergie n’est pas la même… et ça fait du bien! Je vous invite à l’essayer.

Je me dis surtout qu’on avancera probablement plus vite en donnant une tape dans le dos à celles et ceux qu’on aimerait voir prendre plus de place dans l’espace public plutôt qu’en  brûlant des énergies à dénoncer les autres.

Comme je l’ai lu écrit sur un mur de Burlington, au Vermont, la fin de semaine dernière:

Every act we perform today must reflect the kind of human relationship we are fighting to establish tomorrow.

— David Dellinger

Il n’y a pas de raccourci

IMG_1854.jpg

Il se dit beaucoup de choses en marge de la tragédie du Centre culturel islamique de Québec. C’est normal, ça touche tout le monde et le choc est grand.

Ce qui est moins normal toutefois, c’est la vitesse avec laquelle on s’est mis à la recherche de coupables. En cherchant évidemment surtout le coupable «en dehors de nous-mêmes». C’est une mauvaise piste.

Ça pourrait même être un guide quand on lit un texte: est-ce que la personne qui s’exprime donne l’impression de s’exclure des causes du problème? Est-ce qu’elle sous-entend que les responsables, ce sont les autres? Est-ce qu’elle semble croire que si tout le monde agissait comme elle, tout irait tellement mieux? Si oui, il est probablement préférable mettre le texte de côté et de passer au suivant…

Parce que ce ne sont certainement pas les discours pontifiants qui vont nous sortir de là. L’environnement médiatique en est déjà saturé, depuis très longtemps, et ça n’a rien réglé — au contraire! C’est à la compréhension mutuelle qu’on devrait consacrer nos efforts. Et, pour ça, la manière dont on s’exprime et le ton qu’on adopte compte pour beaucoup.

Ce qui m’amène à partager quelques observations, très personnelles après deux jours de tempête.

Un texte nuancé sur mon blogue me prend généralement une heure ou deux à rédiger (parfois plus). Il sera généralement lu par une centaine de personnes, très rarement plus de 300, même après plusieurs jours. J’aurai quelques «j’aime» sur Facebook, sommes toutes assez peu de commentaires, et peu d’échos en dehors de mes lecteurs habituels. Le texte que j’ai publié lundi après-midi en est un exemple.

Un texte résultat d’une démarche collective, d’un partage sincère d’opinions et de tous les compromis nécessaires pour établir un consensus — comme celui qui est issu des treize premiers rendez-vous sandwich du vendredi (dont nous avons reporté la publication, initialement prévue cette semaine, pour des raisons évidentes) — peut même nécessiter des dizaines d’heures d’engagement…

En comparaison, un statut Facebook spontané, publié pour attirer l’attention sur une citation, sans mise en contexte, ne prend 10 secondes à publier et pourra susciter des dizaines de réactions et même parfois un débat où il faudra, typiquement, que j’explique le choix cette citation, que je clarifie les ambiguïtés, que je dissipe les sous-entendus, etc. Résultat: je pourrai facilement passer une heure ou deux à gérer une conversation qui va presque inévitablement dégénérer jusqu’à ce qu’on ne sache plus très bien qui pense quoi. Le statut que j’ai publié lundi soir en est un exemple.

Avec du recul, j’aurais dû prendre le temps de mettre en contexte la phrase prononcée par le maire de Québec. J’aurais dû souligner qu’il n’est lui-même pas exempt de contradictions en ce qui concerne les discours accusateurs et divisifs. J’aurais dû préciser que ce sont les rouages financiers brisés des médias auxquels je crois qu’on doit surtout porter notre attention — ce qu’il évoquait avec raison, il me semble. J’aurais dû éviter de donner l’impression de vouloir faire à mon tour des radios les boucs émissaires de la tragédie.

J’aurais dû prendre le temps d’expliquer que ce que je trouvais important dans cette phrase, c’est l’ouverture qu’elle nous offrait pour réfléchir à la responsabilité de chacun dans le climat dans lequel s’exerce la démocratie (et les droits, qui lui sont associés). Une responsabilité dont personne ne doit s’affranchir — et encore moins par cupidité.

On ne peut certainement pas nier la forte influence des radios d’opinions sur le débat public à Québec. Une influence qui n’est pas toujours positive — c’est une évidence. Mais c’est loin d’être le seul problème.

Alors, à défaut d’avoir le temps d’apporter les nuances nécessaires (comme je l’avais mieux fait quelques heures plus tôt, il me semble), j’aurais dû éviter d’offrir ce statut à «liker» en guise d’exutoire — en amplifiant malgré moi la cacophonie. Il n’y a pas de raccourcis possibles quand on souhaite inviter à la réflexion.

On ne s’en sort pas: prétendre prendre part au débat public, c’est exigeant. Ça prend du temps. Il faut donc choisir à quoi on le consacre les deux heures, par exemple, qu’on est prêt à y consacrer: à préciser sa pensée avant d’écrire ou à gérer après coup les réactions (souvent au prix de beaucoup de frustrations) parce que la communication initiale était trop spontanée ou inutilement ambigüe?

Quoi qu’il en soit, les dernières heures auront malheureusement démontré que le contexte ne se prête pas encore à une réflexion sereine au sujet de l’environnement médiatique de Québec (pour bien des raisons, qui ne tiennent d’ailleurs pas qu’aux radios accusées, mais aussi à l’attitude d’autres médias réputés plus respectables, et à d’autres facteurs). Mais il faudra y revenir.

Mise à jour (17h10): C’est aussi ce que le Maire de Québec a dit cet après-midi.

Et c’est d’ailleurs la même chose pour l’influence présumée des réseaux sociaux dans la détérioration du débat public. Il faut là aussi se méfier de qu’on nous présente comme des évidences… (suggestions de lecture à ce sujet: ce texte de Jean-Philippe Tittley, ou celui-ci, que j’ai écrit le 3 janvier dernier).

Tout ça me ramène décidément à ma résolution de début d’année: en 2017, beaucoup plus de blogue et un peu moins de Facebook.

***

En terminant, je vous partage un extrait d’un texte que Benoît Tardif porte à mon attention ce matin, et qui me semble aller pas mal dans le même sens…

“We tend to view our moral values as universal [that] there are no other values but ours, and people who don’t share our values are simply immoral. Yet, in order to use moral reframing you need to recognize that the other side has different values, know what those values are, understand them well enough to be able to understand the moral perspective of the other side, and be willing to use those values as part of a political argument.”»

«Feinberg said he saw lots of liberals lobbing ad-hominem attacks, such as “you’re being un-American” or “you’re making the Statue of Liberty cry.”

“People typically do not do well when attacked,” he said, “this could simply push them to be more staunch in their position.”

If you can’t persuade your political foes, that is, you can at least try not to make the conflict worse.»

Source: The Simple Psychological Trick to Political Persuasion | The Atlantic

***

Aussi, la suggestion que cet ami a formulé un peu plus tôt ce matin, sur Facebook, pour améliorer le débat public au Québec:

«Si vous me demandiez ce que je pense qu’on devrait faire pour améliorer le débat au Québec, je dirais ceci :

Premièrement, nous devons absolument arrêter de discréditer quelqu’un aussitôt qu’on n’est pas 100% d’accord avec tout ce qu’il dit.

Ensuite, plutôt que de les ridiculiser, de les marginaliser ou de carrément les démoniser, il faut qu’on essaie de comprendre pourquoi les gens ont peur. Que ce soit la peur de Donald Trump, de l’islam radical, de disparaître comme peuple, de l’indépendance du Québec ou de n’importe quelle autre, ces peurs sont bien réelles pour ceux qui les ressentent. On peut les trouver ridicules, irrationnelles ou non fondées, elles existent néanmoins et ce n’est certainement pas en traitant les gens qui les subissent de racistes, d’incultes, de déconnectés, d’idiots utiles ou d’autres quolibets plus ou moins recherchés que nous créons un espace de dialogue respectueux propice aux échanges constructifs ou que nous faisons avancer la société.

C’est la polarisation du débat qui est malsaine et que nous devons combattre. C’est ce que je nous souhaite.»