1000 mots

FullSizeRender.jpg

En marge du Web à Québec, j’ai pris un peu de temps pour lire quelques articles que j’avais mis de côté.

J’ai été particulièrement fasciné par la lecture du texte que Morten Just a publié sur Medium le 28 mars.

I doomed mankind with a free text editor

Morten Just raconte les réactions qu’il a reçues après avoir distribué une application de traitement de texte dont la principale fonctionnalité est de contraindre les auteurs à n’utiliser que les 1000 mots les plus fréquents de la langue anglaise.

Partant d’une intention de forcer une écriture simple, compréhensible par le plus grand nombre, il s’est fait reprocher de susciter, voire stimuler la médiocrité.

Il faut voir les quelques exemples du fonctionnement de l’application pour bien saisir l’impact de la proposition de Morten Just. Les gens qui écrivent auront probablement, comme moi, quelques sueurs froides à l’idée d’utiliser ce logiciel.

Inévitablement, les échanges autour du projet ont dérivé vers le phénomène Donald Trump… qui, croyez-le ou non, n’utilise dans ses discours que moins de 300 des mots les plus fréquents. Le programmeur a même décidé d’ajouter un « Trump mode » à son application pour réduire le vocabulaire autorisé à 100 mots. Sueurs, sueurs…

Que penser de tout ça? Je ne sais pas trop… mais j’ai du mal à condamner l’expérience sans nuances.

Qu’en pensez-vous?

Par ailleurs, il y aurait des programmeurs pour tenter la même chose avec les 1000 mots les plus fréquents de la langue française? Question qu’on expérimente à notre tour?

Vi

1459905485_911_381.jpg

Plusieurs amis m’ont écrit, presque tous en même temps, un peu après huit heures ce matin.

Kim Thúy venait de mentionner mon nom à la radio au cours d’une entrevue, à l’occasion de la publication de son nouveau roman.

Vi | Kim Thúy | Libre Expression | 2016 | 144 pages

L’ineffable Kim. Toujours enjouée, tellement généreuse — avec qui j’ai eu la chance de pouvoir tisser quelques liens, grâce à je ne sais trop quels hasards de la vie. J’évoque le hasard; ce sont peut-être des coïncidences; ou je ne sais quel autre phénomène étrange, qu’elle a le don de magnifier. Avec elle, aucun instant n’est banal, même pas un simple échange par Facebook, en fin de soirée, quand l’auteure se pose une question pour son prochain livre.

C’est ce qui est arrivé il y a quelques mois. Et c’est ce que Kim a raconté à Claude Bernatchez dans cette courte entrevue (entre 5:40 et 7:50 — mais il faut l’écouter en entier!).

Rencontre avec Kim Thúy | Première heure | 6 avril 2016

J’ai été particulièrement touché par le passage de l’entrevue au cours duquel Kim explique de quelle façon elle apprivoise les mots, en en faisant parfois littéralement le tour, dans un espace imaginaire, avant de les choisir et les intégrer à ses phrases. L’influence de son fils autiste aussi dans son rapport au langage. Touchant et inspirant.

Kim, c’est le triomphe du merveilleux sur le banal. Toujours.

Merci Kim.

 

Mise à jour: Kim a également fait référence à ma contribution à la télévision, à l’émission Entrée principale, le 12 avril 2016.

Pour être sérieux au sujet du train

IMG_2134.jpg

Il m’arrive d’être invité dans des événements organisés ou financés par le gouvernement du Québec. Les règles de remboursement de dépenses applicables se sont considérablement resserrées dans les dernières années. Normal, jusqu’à un certain point.

Je pense toutefois qu’on est allé un peu au bout de la logique de compression; qu’on manque maintenant un peu de clairvoyance.

La politique en vigueur:

les frais de transport en autobus Québec- Montréal (101,80 $) + les frais de transport de la gare d’autobus au lieu de l’événement en métro ou bus (6,50 $ par jour) sur présentation d’une copie des billets de transport

OU 

les frais de déplacement en automobile au tarif de 0,145 $/km sur présentation d’une copie de reçu d’essence + le stationnement (maximum 2 jours) qui sera réglé à l’hôtel directement.

J’ai récemment demandé si je pouvais prendre le train plutôt que le bus. Réponse, non. Même si le prix est comparable, voire légèrement inférieur à l’autobus? Réponse: toujours non. L’autobus est le seul transport collectif remboursable.

Dans un contexte où l’intégration de la ville de Québec dans le tracé du projet de train à grande fréquence de Via Rail est un enjeu essentiel pour la capitale, il me semble que le gouvernement du Québec devrait donner l’exemple et intégrer le train dans sa politique de remboursement de frais de déplacement.

Le gouvernement n’a pas que les lois, les impôts et les taxes comme moyen d’influence et d’action. Il a aussi son propre pouvoir d’achat. Qui est d’ailleurs souvent le plus puissant moyen à sa disposition.

En permettant aux employés de l’État de voyager en train entre Québec et Montréal — mieux, les incitant à le faire! — le gouvernement poserait un geste bien plus concret et bien plus efficace que tous les discours afin de démontrer l’existence d’un volume de passagers suffisant de/vers Québec auprès de VIA.

D’autant que la politique actuelle a indirectement pour effet de réserver le marché des nombreux déplacements des employés de l’État à une entreprise qui délaisse progressivement les services d’autobus en régions — qui a toujours été la contrepartie au monopole accordé sur le tronçon Québec-Montréal, ce qui ne me semble pas particulièrement brillant.

Aveuglement volontaire

IMG_1329

Je trouve incroyable de voir des acteurs du monde du livre relayer, parfois avec un plaisir évident, ce court texte publié dans Le Devoir d’hier:

Les fluctuations du livrel au Québec en 2015 | Le Devoir | 23 février 2016

Cet article est au mieux imprécis, sinon incorrect, voire carrément trompeur. Alors s’il y en a qui veulent se construire des opinions sur cette base qu’ils le fassent, mais ça ne sera jamais autre chose que des opinions, mal informées.

Reprenons les phrases une à une, dans le désordre, en apportant quelques précisions.

  • «L’Observatoire de la culture et des communications a diffusé hier les statistiques sur les ventes mensuelles pour le mois de décembre 2015, et conséquemment pour toute l’année dernière.» 

Il faudrait préciser deux que les statistiques ne concernent qu’une partie du marché, parce que l’Observatoire n’est pas en mesure d’obtenir des données qui permettrait de décrire l’ensemble du marché. L’observatoire le précise dans ses notes… mais on l’oublie bien vite quand on fait référence à ses analyses.

À titre d’exemple, l’essentiel des ventes de livres numériques anglophones vendues par Amazon et par Apple lui échappent. De même pour toutes les ventes qui ne passent pas par un acteur québécois de la chaîne traditionnelle du livre (imprimé). C’est loin d’être  banal.

  • «La valeur des livrels vendus est de 7,4 millions de dollars, en augmentation de 3,4 % sur 2014.»

À nouveau: il s’agit de la valeur des livrels qui ont été vendus par les acteurs qui partagent leurs données avec l’Observatoire. Une partie des acteurs — dont sont absent plusieurs acteurs très importants du marché du livre numérique.

Quelle proportion des ventes réelles totales est-ce que cela représente? 90%? 75%? 50%? Personne ne le sait. Est-ce que les chiffres dont on dispose nous donnent une vision juste et complète de ce qui se passe actuellement dans le marché du livre numérique? Certainement pas.

  • «Les entrepôts et librairies numériques de la province ont vendu 502 600 livres numériques l’an dernier (en baisse de 0,6 % par rapport à l’année précédente).»

Cinq cent mille livres numériques, uniquement pour la partie du marché qu’analyse l’Observatoire… et c’est un nombre comparable avec le nombre total de bandes dessinées vendues au cours de la même période. Anecdotique?

Par ailleurs, une baisse de 0,6% c’est bien peu significatif dans un marché dont les ventes dépendent aussi des livres qui sont publiés. Et quand on sait qu’après huit mois, les ventes de livres imprimés subissaient une baisse six fois plus importantes (-3,5%). À ce compte-là, il faudrait dire que le marché du livre numérique performent donc mieux que celui de l’imprimé.

  • «À titre comparatif, les ventes totales de livres neufs, tous genres confondus, pour 2015 atteignent 375 410 062 $.»

C’est tout à fait faux. Ce sont les ventes répertoriées par l’Observatoire pour la période de janvier 2015 à août 2015.

Qui plus est, on ne compare pas les mêmes catalogues. Pour avoir un vision juste de la part des ventes numériques, il faudrait comparer les ventes uniquement pour les livres qui ont une version numérique offerte au public. Personne n’a encore fait cette comparaison. On pourrait être surpris.

  • «Le prix moyen du livrel a été haussé, de 14,18 $ en 2014 à 14,74 $ en 2015.»

En comparaison, le prix de vente moyen d’un livre imprimé au Québec est probablement de l’ordre de 20$ — il faut donc également tenir compte de cela quand on compare les marchés, et comparer aussi les ventes en nombre.

Et finalement, la perle du texte:

  • «La vente de livres numériques et de livrels demeure, encore aujourd’hui, anecdotique au Québec.» 

Disons le clairement: les ventes de livres numériques ne sont anecdotiques qu’aux yeux de ceux qui souhaitent, consciemment ou inconsciemment, le voir ainsi.

Quand on s’intéresse vraiment, sincèrement, à ce qui est en train de se passer, on est forcé d’être beaucoup plus circonspect, de reconnaître les très grandes limites des données dont on dispose… et d’être aussi un peu plus inquiet pour la suite des choses.

Une partie de plus en plus importantes de ce qui se passe dans le domaine du livre numérique échappe au regard de «l’industrie québécoise du livre», qui préfère trop souvent se conforter dans son interprétation des choses en faisant circuler le genre de dépêche auquel j’ai choisi de réagir aujourd’hui.

Il n’y a plus aveugle que quelqu’un qui ne veut pas voir.

Tetris

IMG_3876

Lecture à la fois amusante et inspirante ce matin:

Your Life is Tetris. Stop Playing It Like Chess | Tor Blair 

L’auteur compare le jeu d’échec au jeu de Tetris, et suggère qu’il est préférable d’aborder la vie comme le second.

Au sujet des échecs:

Chess wired me to think causally at a young age. Move your knight here; you’ll trap his bishop. Capture that pawn; you’ll weaken his right side. Every correct move led me closer to a checkmate; every false step brought me closer to defeat.

Chess also introduced the idea of the “other”. Black versus white. Our school versus theirs. And every game was zero sum — there was only ever one point to score, either to be shared or taken in its entirety. No way to grow the pie. (…)

Au sujet de Tetris:

In Tetris, you’re only playing against time and the never-ending flow of pieces from top to bottom. The mindset is internally focused — you are challenging yourself to correctly manipulate a random stream of inputs into an orderly configuration. There’s no final boss. No blame to assign.

Sur l’attitude à avoir devant les événements qui composent notre vie:

I spent much of my life in that chess mindset trying to find the best possible play or force my way toward a predetermined conclusion. I was hard-wired to see causality all around me and to seek control.

But real life isn’t causal. There is always a distribution of possible events. Things happen that are one in a billion. There is no direct, predictable response to our actions. Our lives are open systems, where any number of unobservable events can change our outlooks and perspectives in moments.

Ce que Tor Blair propose donc de retenir de la comparaison c’est que dans la vie, comme dans Tetris:

  • notre principal adversaire, c’est nous-même;
  • les choses ne sont pas de plus en plus dures, elles se déroulent seulement de plus en plus vite;
  • on ne peut jamais tout contrôler;
  • personne ne nous dira jamais quand on a gagné.

Il y aurait évidemment bien des nuances à apporter à tout ça — mais pour un dimanche matin, d’un mois où j’explore un quotidien moins prévisible qu’il a pu l’être dans les dernières années, j’ai trouvé ça stimulant.

«The only way to master life — like Tetris — is to learn to play with the same self-control at the highest speeds. You can’t allow your goals to be compromised, no matter the pace at which you move. You must control your own mind, your own behaviors, and your own time.»

Alors, comment ne pas terminer sur cette touche musicale, inoubliable:

Tetris Original Theme Music

 

1000

origami

On dit souvent qu’une image vaut mille mots. Eh bien en voilà une. C’est l’image d’un orizuru: une grue en papier. Elle est facile à réaliser. La première est bien sûr un peu longue à fabriquer, mais une fois qu’on a pris le tour, ce n’est pas très compliqué. Ça fait partie des pliages d’initiation à l’origami.

Une légende veut que si on fabrique mille de ces grues et qu’on les lie de manière à former une sorte de guirlande — un senbazuru — on pourra voir un de nos voeux exhaussé.

Mille — c’est aussi le nombre de jours qui nous sépare ce matin de la prochaine élection au Québec.

Vous avez un souhait par rapport à cette élection? Moi oui en tout cas!

Je souhaite que d’ici à ce que je me présente au bureau de vote la dynamique politique québécoise ait changé en profondeur. Pour que cela soit possible, je pense qu’il faudra:

Qu’on accueille (mieux: qu’on valorise!) les prises de positions audacieuses, qui sortent des sentiers battus, de manière à vraiment rebrasser les cartes;

Que le prochain congrès du Parti Québécois soit l’occasion d’adopter un programme beaucoup plus affûté;

Qu’un leadership transpartisan force l’ensemble des mouvements politiques nationalistes à s’engager dans de nouvelles formes de collaborations: pactes, coalitions, intégrations, etc.

On ne peut tout simplement pas se retrouver à l’aube de l’élection de 2018 dans la même configuration qu’aujourd’hui avec Option nationale, Québec Solidaire, la Coalition Avenir Québec et le Parti Québécois qui présentent des candidats dans toutes les circonscriptions, sans aucune coordination ou stratégie commune. Faut qu’on se parle et, plus encore, qu’on fasse le nécessaire pour pouvoir travailler ensemble.

Pour pouvoir prétendre faire avancer la cause du Québec aujourd’hui je pense qu’il faut être prêt à faire le nécessaire pour éviter l’élection de gouvernements par défaut. C’est le premier défi auxquels sont confrontés tous ceux et celles qui n’ont pas baissé les bras devant la résignation provincialiste actuelle (avec laquelle je soupçonne même de nombreux libéraux d’être discrètement en désaccord).

Alors à votre avis, pour que cela se réalise dans les mille prochains jours, on mise sur la légende et on se met tous à l’origami ou on se retrousse les manches pour courageusement renouveler la dynamique politique québécoise?

Il faut se préparer à ce que ça brasse un peu.

 

Objet 2

IMG_1724

Lorsque j’ai publié la photo de mon nouvel espace de travail, quelqu’un m’a demandé «mais qu’est-ce là, sur ta droite? Un taille-crayon?». Bien sûr que non. C’est une vieille caméra!

Kodak Hawkeyes Instamatic Movie Camera Model B

La poignée sous l’appareil contient deux piles AA et peut être repliée. Un seul bouton pour déclencher la captation du film. Une lentille 14mm qui se tourne en fonction de la lumière ambiante, selon les suggestions inscrites au verso de la poignée — gros soleil, soleil, nuageux, beaucoup de nuages, intérieur. En ouvrant l’appareil, un espace pour une Kodak Super 8 Film Cartridge.

Made in Rochester, N.Y., U.S.A. by Eastman Kodak Co. * REG. U.S. PAT. OFF.

C’est un appareil qu’Ana a dû acheter au marché aux puces pour ajouter à notre collection paresseuse de vieux appareils photos et caméras. Pour le plaisir des belles choses ingénieuses et des traces de l’évolution technologique. Parce qu’on est bien loin du iPhone et d’iMovie

On tombe dans un monde fascinant quand on fait des recherches sur ce genre d’objet.

J’ai évidemment trouvé des appareils semblables sur eBay, pour 5$ à 40$. Et même des cartouches de film inutilisées. Je me demande si j’arriverais à les faire développer.

J’ai aussi trouvé au fil de mes recherches des versions pdf de très vieux manuels d’utilisation de caméras fixes (jusqu’aux environs de 1880). Fascinant! Curieusement, je n’en ai trouvé aucun qui offre des suggestions pour faire de bon selfies. Dommage.

On peut lire fréquemment dans ces guides:

When pushing the exposer lever, hold the breath for the instant. 

C’est pour des raisons de santé publique qu’on devrait faire la même chose aujourd’hui.

 


De la série Sur mon (nouveau) bureau

Dix ans

LCHQ4850
Amusant de tomber un peu par hasard sur cette photo, à la veille de commencer ma dernière semaine complète chez De Marque.

C’était une autre époque. Mon bureau chez Editis, à Place d’Italie.

C’était en 2006, le jour de mon anniversaire. Mon ami Daniel était de passage à Paris et on était allé déjeuner (dîner!) ensemble. Il avait aussi pris quelques photos des enfants. Il me les a données il y a quelques semaines. De beaux souvenirs.

La fenêtre de mon bureau donnait sur le toit vitré des espaces commerciaux du Centre commercial Italie 2. Étagère, armoire, bord de fenêtre, bureau: du papier partout, partout, partout! Des céderoms aussi. Et une souris, deux boutons, avec un fil, qui atteste du fait qu’on m’avait proposé un ordinateur roulant sous Windows… j’avais toutefois objecté que je conserverais plutôt mon ordinateur portable Mac… parce que je ne m’adaptais pas au clavier AZERTY. Argument pragmatique, efficace.

Il y a aussi sur le bureau une grosse tasse Google, qui est encore dans mon bureau et que je rapporterai pour la poser maintenant sur le nouveau bureau que j’ai acheté hier et j’irai chercher la semaine prochaine au nouveau centre de dépôt d’Ikea à Québec.

Un nouveau cycle pourra commencer.

 

Déconnecté?

IMG_1297.jpg

La chronique de Joseph Facal dans le Journal de Montréal d’aujourd’hui me laisse perplexe.

Un homme déconnecté | Joseph Facal | 7 décembre 2015

Pas tant parce que je ne serais pas d’accord avec ses conclusions sur Justin Trudeau, mais parce que je m’interroge sur sa proposition selon laquelle:

« Pour moi, un leader politique «de son temps» est quelqu’un qui voit clairement les enjeux du moment, qui comprend ce qui préoccupe vraiment ses concitoyens.»

Qui voit clairement les enjeux du moment, bien sûr.

Sensible à ce qui préoccupe vraiment les citoyens, bien sûr.

Mais est-ce pour autant forcément la même chose?

Je ne sais pas si c’est ce que Joseph Facal suggère — c’est bien ce qui m’embête.

Parce que s’il ne fait pas de doute que «l’enjeu qui s’est hissé au premier rang de l’agenda des pays qui comptent» (un concept sur lequel je m’interroge par ailleurs) n’est «ni le réchauffement climatique, ni les finances publiques» — que c’est «indiscutablement la lutte au terrorisme», je ne crois pas que cela soit suffisant pour affirmer qu’il s’agit de l’enjeu du moment — «le combat d’aujourd’hui et non le combat d’hier», pour reprendre l’expression de Facal. Ce qui préoccupe les citoyens, oui. L’enjeu du moment, par voie de conséquence? Dans une perspective partisane, aucun doute. Avec de la perspective, et par-delà les impératifs électoraux, je suis moins sûr.

Je peux difficilement accepter qu’on présente «la lutte au terrorisme et la question de notre sécurité» comme l’enjeu du moment sans intégrer dans le périmètre de «l’enjeu du moment» une forte dimension d’éducation. Il est impossible de se sortir véritablement des enjeux de sécurité sans accroître les ressources que nous accordons à l’éducation. Il faut le dire, sans quoi on passe à côté de l’essentiel.

Pour moi, un leader politique «de son temps», c’est quelqu’un qui comprend ce qui préoccupe vraiment les citoyens — qui sait, bien sûr y répondre adéquatement — mais qui sait aussi s’en dégager pour pouvoir travailler sur ce qui excite peut-être un peu moins les instincts, mais qui détermine plus durablement les « combats d’aujourd’hui » de la génération suivante.

 

 

Tout va bien (ou presque)

IMG_1257

Il n’y a rien comme écrire un bon texte à l’allure rassurante dans une période d’instabilité pour être cité et partagé encore et encore sur les réseaux sociaux. La recette marche à tous les coups.

Le dernier en liste à avoir utilisé ce bon vieux truc est le CEO de Hachette, Michael Pietsch. Dans un billet rédigé pour The Wall Street Journal, le président nous dit que malgré les apparences ça va bien, globalement, pour l’édition — et que les bouleversements provoqués par le numérique restent, sommes toutes, marginaux.

Hachette CEO Michael Pietsch on the Future of Publishing | WSJ | 1er décembre 2015

« I’ve been hearing about the demise of book publishing since the first day I stepped through the doors of a publisher back in 1978. […] The most recent variant of the death watch: A digital revolution would cause e-books to replace printed ones. [But] print books have proved durable because, as a format, they’re simply hard to improve on. »

Qui plus est, de son point de vue, le métier d’éditeur devrait rester, pour l’essentiel, inchangé. Alors pourquoi s’en faire?

« Publishers’ essential work will remain the same—identifying, investing in, nurturing, and marketing great writers. »

Ça fait du bien à lire. Ça rassure. Ça peut même justifier un certain retour du conservatisme. Alors on partage généreusement. C’est la photo de chat faite discours. Et on like, on repartage, on tweete«Vous voyez, je vous l’avais bien dit…»

Sauf qu’il y a quand même un petit hic dans tout ça… Michael Pitsch ne le cache d’ailleurs pas — mais ce n’est pas le passage le plus cité de son texte:

« At the same time, publishers will need to innovate and challenge assumptions about every aspect of the business. »

Eh ben voilà le chat qui sort du sac… tout va bien MAIS les éditeurs vont devoir innover et se remettre en question dans toutes les dimensions de leurs activités! Il y a même une courte (!) liste de quelques uns des défis qui attendent les éditeurs:

« The abundance of titles readers have come to expect will continue to gush forth. Pictorial storytelling will increase in popularity, and comic versions of novels and nonfiction will become commonplace. More titles will be published for children and young-adult readers, including books blended and layered with games. Beloved best-selling writers, living and dead, will publish books more frequently, often with help from co-writers. (Especially the dead ones.) Self-publishing will continue to grow, and appetites unnoticed by mainstream publishers, like the erotica explosion that began in online fan fiction, will find, well, satisfaction. New forms will emerge for mobile devices, as millions abandon e-readers with phones already in their pockets.

Ever-larger retailers and wholesalers bring significant margin pressure, which will lead to continued conglomeration. Social media will continue to expand the writer’s ability to connect with readers; publishers will deepen their relationships with writers, but they’ll also create content of their own. As runaway books sell ever-larger numbers, publishers will earn more on their biggest sellers—which will keep driving up the advances they pay for potential hits. »

Rien que ça…

Alors, ça va toujours? Encore rassurés? Le chat prend soudain des allures de tigre, vous ne trouvez pas?

Quand le gros, le puissant, celui qui a eu les moyens de faire des expériences, celui qui a l’argent pour acquérir les startups les plus innovatrices, celui qui a déjà complètement intégré sa chaîne de production, de distribution et de mise en marché — quand il dit, ce géant que tout va bien dans l’édition, et que les éditeurs ne devraient pas trop s’inquiéter… eh bien moi, je pense qu’il faut se méfier.

Ce qu’il nous dit ce géant, c’est qu’il a un plan de match… et les moyens de le réaliser.

Les petits, ceux qui n’ont pas les mêmes moyens que lui, ceux qui s’essoufflent à faire le minimum, qui n’ont pas les moyens d’innover parce qu’ils trop occupés à survivre — eux, ils ne devraient peut-être pas trop se réjouir de la confiance manifestée par le géant.

Le défi ne prendra peut-être pas la forme prévu, c’est vrai, mais il n’en sera pas moins grand.

Quand tout va bien ou presque — tout est dans le presque.

Une ville sensible (donc numérique)

IMG_1193

Québec numérique publie depuis quelques jours une série de textes sous la forme de regards croisés autour de thèmes qui devraient inspirer nos réflexions sur l’avenir de la ville de Québec.

Le regard proposé par Vincent Routhier, fondateur et président de SAGA,  publié hier — autour du concept de communauté intelligente — me rejoint particulièrement:

« On associe souvent le terme ville intelligente à ville technologique. Pour moi, une ville intelligente est une ville sensible. Le mot sensible a une signification large, qui peut inclure la technologie dans les moyens, mais le résultat devrait être une ville qui comprend ses citoyens.  (…) 

« Une ville sensible devrait également favoriser les rencontres humaines, les surprises, la poésie et l’émerveillement. » 

Son texte nous interpelle avec raison, il me semble, que:

«Les places publiques de Québec sont ennuyantes. Souvent des lieux de passage, et non de destination,  elles pourraient, dans une vision de ville intelligente/sensible, devenir beaucoup plus rassembleuses, animées, interactives.» 

Je partage tout à fait son appel à imaginer la ville hors silos et des secteurs:

«…une ville sensible est une ville en réseau, où les citoyens, entrepreneurs, artistes et politiciens travaillent au même niveau. (…) nous gagnerions collectivement à utiliser davantage un processus ouvert comme ceux des hackathons, Fab Labs et Living Labs, tout en prenant soin de garder ces démarches accessibles et invitantes pour tous.»

Ça peut sembler un peu romantique comme vision du développement aux yeux de certains. Je crois que c’est pourtant bien plus avec ce genre de projections inspirantes qu’on pourra mobiliser les gens et faire du développement social et économique à l’aide des technologies numériques.

Et  pour cette raison, les feuilles de route de l’économie numériques et autres documents et gouvernementaux inévitablement arides gagneraient à s’appuyer sur ces visions — se mettre explicitement à leur service, plutôt que d’aspirer à être elles-mêmes source de mobilisation. L’État en véritable appui — plutôt qu’en illusoire initiative.

Je pense que les visions sont de plus en plus claires et partagées. Le défi à partir de maintenant, c’est surtout de trouver des façons pour en accélérer la concrétisation.

*

Tout cela est pas mal convergent avec l’intervention que j’avais fait en 2009 dans le cadre de l’événement Québec avenir 2025 — dont j’ai retrouvé les notes par hasard hier en faisant le ménage de mon bureau en prévision du 31 décembre.

Ma présentation à Québec Avenir 2025

Le contexte de la présentation, en mai 2009

Je pense qu’il faut que je replonge plus activement dans tout cela, moi aussi au cours des prochains mois. Les changements professionnels qui se préparent pour moi en seront peut-être l’occasion.

Mon départ de De Marque le 31 décembre: fierté et confiance

 

Données et santé publiques

IMG_1534

Les données issues de l’administration de l’État (notamment) devraient être rendues disponibles à la population. Parfois avec des précautions essentielles, bien sûr, mais le principe devrait être la publication systématique des données. C’est de plus en plus une condition d’une livraison efficace des services publics, une question de démocratie et même un moteur économique indispensable. Les données doivent aujourd’hui être considérées comme une véritable ressource naturelle.

Carole Beaulieu publiait la semaine dernière dans L’actualité un texte percutant concernant les données issues de la Régie de l’Assurance Maladie du Québec:

Libérez les données de la RAMQ! 

Extraits:

«Dans les serveurs de la Régie de l’assurance maladie du Québec dorment des milliards d’informations qui peuvent aider le Québec à améliorer la qualité des soins et à mieux surveiller l’augmentation des coûts. 

Pourtant, Québec refuse de laisser des chercheurs analyser ces données. Le printemps dernier, la Régie en a même refusé l’accès… au Collège des médecins, dont l’un des mandats est de s’assurer de la pertinence des choix cliniques de ses membres!» 

Quatre jours plus tard, toujours dans L’actualité, Damien Contandriopoulos publiait un autre article sur le même sujet:

Santé: cinq milliards dépensés dans le noir

Extraits:

«Au Québec, pour tous les soins offerts dans le système public, un seul organisme paie les services médicaux. (…) Cela constitue une base de données d’une incroyable richesse pour comprendre comment la manière dont sont payés les soins influence les pratiques cliniques et ultimement les soins reçus par la population. C’est une mine d’or potentielle (…) mais dans les faits, l’exploitation du potentiel d’information que constituent ces données pour mieux comprendre, décider et intervenir est presque impossible. (…) 

Sur le fond, et quelles qu’en soient les causes, cette impossibilité à utiliser les données pour analyser la performance du système de santé est désespérante pour un chercheur. Sans données détaillées, il est impossible de faire des modélisations sophistiquées, de tester des hypothèses en contrôlant pour des facteurs confondants, et ainsi de répondre à des questions socialement et scientifiquement importantes.» 

C’est avec ces textes en tête que je découvre ce soir sur le fil Twitter d’Etalab la publication suivante:

Capture d’écran 2015-11-25 à 19.09.25 (1)

C’est impressionnant… prenez le temps d’y jeter un coup d’oeil:

Cancer de la prostate : A quoi ressemblera le parcours de soin en 2030?

«Construire un nouvel hôpital suppose d’anticiper ce que sera le parcours de soin pour différentes pathologies dans les 5, 10 ou 15 ans à venir. On ne construit pas un hôpital de la même manière si on prévoit une hausse de la surveillance active des patients ou au contraire une permanence des soins lourds. Dans le premier cas, on suit le patient régulièrement en soins ambulatoires alors que dans le second cas, il est nécessaire de pouvoir héberger le patient à l’hôpital.(…)

…cet outil montre la richesse potentielle de l’analyse des données sémantiques. Cette exploration de la littérature scientifique pourrait avoir de nombreuses autres applications dans d’autres domaines de la recherche. Les travaux sont désormais rendus publics sur la plateforme Data.gouv.fr pour favoriser des collaborations avec des partenaires publics et privés autour de cette innovation.»

Et tant qu’à y être, prenez donc quelque instants pour découvrir la Mission Etalab:

Mission sous l’autorité du Premier Ministre, chargée de l’ouverture des données publiques et du développement de la plateforme française @datagouvfr

Blog de la mission Etalab.

On en est pas là au Québec… c’est le moins que l’on puisse dire!

Montrer la voie

IMG_1264

Le gouvernement libéral a présenté il y a quelques semaines une feuille de route pour l’économie numérique — et une consultation pour l’accompagner. Une consultation tout ce qu’il y a de plus classique: un formulaire en ligne, avec des questions dirigées, et une improbable diffusion des résultats (ou vraisemblablement dans une forme guidée par des intentions précise et plus ou moins explicite).

Devant cette situation, un groupe d’acteurs du monde de l’économie numérique (ou qui se perçoivent comme tel — j’en suis) ont proposé une consultation plus informelle, moins dirigée, pour ouvrir un peu la démarche. C’était vendredi dernier, à Montréal + une diffusion sur le Web pour les personnes qui ne pouvaient se déplacer (ce qui était mon cas).

À ma connaissance, deux textes ont aussi été publiés spécifiquement sur la rencontre:

Il faut aussi noter que d’intenses échanges courriels se poursuivent depuis vendredi entre certains des participants et un cercle élargi d’acteurs du numérique (et certains le déplorent). Ces échanges sont clairement teintés par la déception… qui tend à la résignation et même à la colère pour certains. Cela fait tellement longtemps qu’on parle de tout ça. La rencontre de vendredi n’a clairement pas permis de renouveler l’approche, et d’espérer obtenir des résultats différents. D’où la frustration, je pense. C’est la lecture que j’en fais en tout cas.

Devant ce constat, je me permets de partager quelques réflexions:

Réussir à réunir pendant trois heures un vendredi après-midi autant de gens avec autant d’expertise et de vision dans le domaine du numérique est sans aucun doute un tour de force.

Mais tenir une telle rencontre sans échanges préalables, ou documents de départ qui permettraient de structurer la réflexion, m’apparaît être une erreur qu’il faudrait éviter de reproduire. C’est beau les non-conférences, mais ça donne trop souvent aussi des non-résultats.

Je ne comprends pas qu’on tombe encore aussi facilement dans le piège de penser que c’est en asseyant le bon monde ensemble qu’on va forcément y arriver. Il faut plus que ça. Il faut une vision, du leadership (partagé), des actions nombreuses et variées, de la coordination et du temps, bien sûr. On a pas réuni ces conditions vendredi — ni depuis longtemps d’ailleurs, je pense.

Je ne doute pas de la conviction de chacun devant les efforts nécessaires pour accompagner la société québécoise devant les nombreux défis associés au numérique. Et je ne pense pas qu’il faut juger les choix de champs d’action et de priorités de chacun. Mais je constate qu’on arrive pas encore à se faire une force de cette diversité — et que c’est peut-être là notre principal défi.

J’ai parfois l’impression qu’on a un réflexe un peu prénumérique en essayant de centraliser nos démarches pour en faire quelque chose d’unique, la manifestation d’une revendication, un rapport de force. C’est peut-être une erreur. On oublie de s’appliquer la logique qu’on réclame par ailleurs.

Devant l’échec de nos maladroits efforts de centralisation, il est normal d’avoir le réflexe de revenir chacun à nos affaires, avec pour résultats une complète décentralisation de nos actions — chacun travaillant de son côté — et une incroyable perte d’efficacité collective.

Je crois qu’on a perdu de vue quelque chose de fondamental: la clé de la culture numérique repose sur l’existence d’un mode de fonctionnement alternatif, qui se situe entre la centralisation et la décentralisation: la distribution. Un fonctionnement qui ne repose sur aucun noeud central, dont les éléments peuvent fonctionner indépendamment les uns des autres de façon cohérente, grâce à une synchronisation efficace.

Cela m’amène à faire l’hypothèse qu’on fonde trop d’espoir et qu’on consacre trop d’énergie à tenter de se rallier dans un mouvement commun, et qu’on devrait plutôt travailler à mieux synchroniser nos actions respectives: en partageant plus régulièrement et plus efficacement, en s’interpellant les uns les autres, avec transparence et confiance, pour suggérer des ponts entre nos actions respectives, en s’invitant à la collaboration.

On a peut-être trop cédé à une dynamique de l’instant et négligé par le fait même le temps qu’il faut pour laisser des traces de nos réflexions et de nos actions, bons et mauvais coups, de les partager — de créer un véritable réseau entre nous. Et si on échouait dans cette démarche en faveur du numérique parce qu’on était nous-mêmes à côté de la coche? Un cas de cordonniers mal chaussés?

Une approche distribuée pour accompagner l’évolution de la société québécoise en s’appuyant sur le numérique, ça prête bien sûr un peu moins aux jeux de coulisses, à l’égo-leadership, au lobbying et à l’influence des boys clubs, ou même aux manifestes et aux écrits plus lyriques (ce peut être, pour cela, une approche moins sexy aux yeux de certains) — mais ça aurait  le mérite de nous rendre plus cohérent avec nos revendications. Et comme les autres approches ont (maintes fois) fait la démonstration de leur inefficacité…

Alors si au lieu (ou en plus) de faire des rencontres improvisées, des diffusions sur YouTube, des Google Docs, des publications Twitter et des statuts Facebook — chaque fois avec la meilleure des intentions — on s’engageait plutôt à mettre en place un répertoire d’expertises et d’expériences, qu’on s’engagerait à documenter adéquatement, et entre lesquelles on tentait de créer des liens, pour faire émerger quelque chose de nouveau, de stimulant, d’inspirant?

Quelque chose qui donne le goût de bouger et des pistes d’actions concrètes à toutes sortes de monde — et aussi à nos gouvernements qui sont encore bien plus désemparés que bornés ou malintentionnés par rapport à tout cela.

C’est un exemple. Mais c’est aussi une proposition. Parce que je crois que la suite commence par nous, par un changement d’approche.

Parce que, plus j’y pense, plus je suis convaincu qu’il est impératif de sortir de la dynamique revendiquer et offrir notre aide pour s’inscrire plutôt dans une dynamique exemplaire. Il faut montrer la voie.

Ce billet a été rédigé d’un seul jet, sans trop anticiper les réactions. Je le dépose ici en étant bien conscient des limites de l’exercice. Je le fais  dans le but de laisser des traces, d’ouvrir le jeu, de proposer quelque chose — et de tisser des liens avec ceux et celles qui souhaiteront poursuivre la discussion.

*

P.S. La rédaction de ce texte m’a permis de retrouver un texte que j’ai écrit il y a treize ans, à la demande d’Hervé Fischer, et qu’il me semble pertinent de lier ici, pour une certaine actualité, mais aussi parce qu’il m’a fait réaliser à quel point le temps passe, et comment le numérique n’est plus un concept nouveau.

Je mets aussi un lien ce bref coup de gueule d’il y a trois mois:

 

 

Paris

IMG_1348

Les journaux vont rester sur le coin de la table ce matin. Pas envie de les lire. La télévision va aussi rester fermée.

Et je vais probablement fermer les réseaux sociaux pour quelques heures. Overdose d’instantanéité.

Trop convaincu que cela fait partie du plan des barbares de nous synchroniser, tous, par la peur, à partir des mêmes images, des mêmes témoignages, vus, entendus, encore et encore, qui deviendront des codes à partir desquels nous réagirons à l’unisson. Je refuse d’être ainsi reprogrammé.

Grand besoin de me déconnecter un peu de la matrice — pour donner sa chance à l’humanisme.

Très grosse accolade et voeux de courage à mes amis Français, mais pas que. On va en avoir besoin ici aussi de courage.

Et bienvenue aux réfugiés syriens. On comprend mieux que jamais l’horreur que vous fuyez.

Boulevard Saint-Michel

IMG_1376

J’étais à Paris au début de la semaine.

Un soir, au retour d’une réunion, j’ai pris une longue marche en direction de mon hôtel.

Descendant le boulevard Saint-Michel, un peu avant la Sorbonne, j’ai dû contourner un jeune sans-abri manifestement installé pour la nuit, sur un matelas, avec son chien. Il était en train de lire un roman à la lumière d’une liseuse. Ça m’a beaucoup ému.

Le contraste était fort: la lecture concentrée et l’indifférence des gens qui passaient autour de lui. Je me suis arrêté un peu plus loin pour prendre discrètement une photo. Et je suis retourné lui porter les quelques euros de monnaie que j’avais au fond de ma poche. En m’excusant de l’avoir dérangé dans sa lecture. Il m’a souri.

Je suis ensuite allé manger dans une petite pizzeria et j’ai beaucoup pensé à lui. Qu’est-ce qui avait bien pu le conduire à la rue? Que lisait-il?

Au moment de payer, j’ai demandé à la serveuse une autre pizza — pour apporter. Et je suis retourné la lui porter.

J’en ai profité pour me présenter, lui dire que j’avais été très touché de le voir lire, dans le dépouillement le plus total, au milieu des passants.

Je lui ai souhaité bon appétit et, le plus important, je lui ai serré la main. Un moment clairement aussi précieux pour l’un que pour l’autre.

Une belle rencontre, qui doit son existence à un livre.