
Dans la suite de mon texte d’hier, je me lance ce matin avec un premier texte dans le but de brasser des idées, pour essayer d’esquisser des propositions concrètes qui pourraient contribuer à mettre le Québec sur la piste d’une transformation positive au sortir de la pandémie.
Aujourd’hui: la nationalisation des infrastructures d’accès à Internet
Ça fait 25 ans qu’on promet de donner un accès de qualité à Internet à tous les québécois. Une promesse réitérée par tous les partis politiques, sans exception, à presque toutes les élections (j’en avais fait une liste en 2015). Or, ce n’est toujours pas le cas.
Un accès à Internet de qualité aujourd’hui ça veut dire de la haute vitesse. Et c’est presque aussi essentiel que l’accès à l’électricité et à l’eau potable.
La crise actuelle illustre bien l’ampleur des inégalités à cet égard:
De nombreux citoyens en région éloignées, et même pas si loin des grandes villes, n’ont pas accès à une infrastructure qui leur permet de faire du télétravail, même si leur emploi le permettrait.
De nombreux citoyens ne disposent pas d’une infrastructure adéquate pour poursuivre leur scolarisation en ligne.
De nombreux citoyens ne peuvent pas profiter du commerce en ligne de la même façon que les autres pour répondre à leurs besoins essentiels — ni même pour pouvoir profiter de toutes les manifestations culturelles qui sont actuellement mises en ligne pour nous aider à garder le moral.
Et à mesure que la télémédecine va se développer (enfin), celles et ceux qui y gagneraient le plus (en région, notamment, parce qu’ils ont accès à moins de services locaux) pourraient bien ne pas pouvoir en bénéficier faute d’une infrastructure d’accès suffisamment stable et puissante.
Nous sommes dans une situation très semblable à celle qui a conduit à la nationalisation de l’électricité au début des années soixante: des réseaux de qualité inégale selon les régions, des normes insuffisantes, des coûts inéquitables… et la prise de conscience du caractère de plus en plus essentiel de ce service.
Avec un mode de gouvernance adéquat (qui reste à définir), cela permettrait aussi que toute l’information de plus en plus critiques (personnelles et stratégiques) qui circule sur les réseaux soit sous la responsabilité d’une instance qui est sous contrôle démocratique.
DANS CE CONTEXTE:
Au moment où le gouvernement du Québec voudra sans doute entreprendre d’important travaux d’infrastructure pour relancer l’économie, pourquoi ne pas mettre en priorité le déploiement d’une infrastructure d’accès rapide à Internet partout sur le territoire — jusqu’à TOUTES les résidences québécoises? Au même titre que l’électricité.
Et pour ne pas que l’État se retrouve le dindon de la farce en payant pour la partie la plus coûteuse de ce déploiement et laisse les entreprises privées engranger les profits sur les parties moins coûteuses (centres urbains, grandes entreprises, etc.) — pourquoi ne pas nationaliser l’infrastructure d’accès au réseau, de manière à en assurer à la fois l’équité au niveau du service et des coûts. Parce que c’est un service devenu essentiel.
À partir du moment où l’État sera responsable du développement, du maintien et de l’exploitation de l’infrastructure du réseau d’accès à Internet, il deviendra à plus facile d’entreprendre les grands chantiers avec lesquels nous savons dorénavant avoir rendez-vous sans crainte d’accroître encore davantage les inégalités: télé-travail, télé-médecine, télé-éducation, etc.
Remarquez, je parle bien de nationaliser l’infrastructure d’accès à Internet, c’est à dire le réseau de fils et les appareillages informatiques nécessaires. Si des entreprises privées souhaitent exploiter ce réseau pour développer des services particuliers c’est très bien, ils n’auront qu’à payer leur juste part à l’État pour l’utilisation de l’infrastructure publique.
Mais je pense qu’il faut se rendre à l’évidence, le secteur privé n’a pas réussi à assurer une équité dans l’accès à Internet à tous les citoyens — et, cela, malgré de nombreux programmes de subventions publiques. Il n’est plus possible de continuer comme ça plus longtemps compte tenu de la nature des défis qui se présentent à nous dans les prochaines années.
Je pense qu’on a besoin d’un Hydro Québec de l’accès à Internet. Ce pourrait même être la pierre d’assise de plusieurs autres grandes réformes.
Certes, ce n’est sans doute pas une proposition sans inconvénients… discutons-en. Et il y a peut-être d’autres façons d’arriver aux mêmes fins sans devoir nationaliser, pourquoi pas? Tant mieux même…
…mais il va falloir finir par sortir des vœux pieux et assurer rapidement un accès universel et équitable à Internet à tous les citoyens, d’une façon ou d’une autre.
François Legault faisait le bon diagnostic il y a 18 mois:
«Au siècle dernier, il fallait amener l’électricité partout. Aujourd’hui, c’est Internet. C’est une urgence de le faire. C’est une obligation.»
Reste à le faire, pour vrai — d’une manière ou d’une autre. En nationalisant les infrastructures s’il le faut.
La suite le requiert. Absolument.
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Photo: Détail d’une œuvre de Erica Stoller vue au Symposium d’art contemporain de Baie-Saint-Paul en août 2019.













