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J’ai reçu hier un hors-série appelé Le dico des mots extraordinaires. Dans la section Les mots de la nature, ce mot — ce texte:
🌸 Mono no aware 物の哀れ
Au Japon quand vient le printemps, les sakura, les célèbres cerisiers, commencent à fleurir. Les Japonais feront alors hanami : ils se réuniront sous les arbres pour pique-niquer et contempler les fleurs. Ces festivités sont empreintes de l’esprit du Mono no aware, un concept japonais mêlant esthétique et spiritualité, que l’on peut traduire ainsi : la douce mélancolie des choses éphémères.
Bulletin, Hors-série #2, 25 mai 2021
La douce mélancolie des choses éphémères: je pense que c’est un peu ça que j’essayais de décrire il y a quelques jours.
Apprendre à apprécier — mieux: à savourer — les choses éphémères. Ça m’est évidemment revenu à l’esprit ce matin en voyant la délicate tige de cœurs saignants qui m’attendait près de la porte au retour de ma courte promenade matinale.
Et que dire de cet oiseau, formé par le reflet du ciel et des arbres dans une flaque d’eau laissée par la pluie?
« Une phrase qui nous revient n’a jamais la même couleur qu’à sa naissance, comme une peau devient parchemin et finit en tambour. »
Amusante coïncidence: après avoir écrit le texte d’hier (Le temps et le lieu), je me suis souvenu que Roland Giguère avait publié un recueil de poésie intitulé Temps et lieux.
J’y suis retourné farfouiller un peu. Plusieurs beaux textes, somme toute assez sombres, comme l’ont malheureusement été ses dernières années.
On y trouve aussi, à la toute fin, un ensemble de sérigraphies que j’aime beaucoup — malheureusement reproduites en noir et blanc.
Cela m’a donné l’occasion de retourner voir les merveilleuses sérigraphies de Roland Giguère qui ont été numérisées en grand nombre par BAnQ — on peut les parcourir ici.
Ce matin, j’apprécie particulièrement celle-ci — qui fait un beau clin d’œil à nos activités de la fin de semaine:
Magnifique temps ce matin. Petit café. Le calme dans la cour. Les oiseaux qui s’éveillent. Les chats qui se prélassent au soleil. Et les myosotis qui envahissent élégamment le terrain.
Le myosotis est aussi appelé « ne m’oubliez pas » — Larry Hodgson raconte dans ce texte deux légendes qui expliqueraient l’origine de cette appellation populaire.
À la suggestion d’un ami, j’ai aussi pris le temps de regarder ce matin Le temps et le lieu, un film de Bernard Emond, tourné en 1999, à Saint-Denis-de-la-Bouteillerie (le film peut être regardé sur le site des Films du 3 Mars). Résumé:
En 1936, l’anthropologue américain Horace Miner passait un an dans le village de Saint-Denis de Kamouraska avec Agnès, sa jeune épouse, pour y observer la vie traditionnelle des cultivateurs canadiens-français. Plus tard, il publiait St.Denis, a French-Canadian Parish, un livre qui est devenu un classique de la sociologie au Québec.
Soixante ans après le séjour de Miner, un cinéaste marche sur les pas de l’anthropologue et cherche des traces de ce qu’il a vu.
Au sujet du chemin de la grève, où nous sommes allés à quelques reprises, Ana et moi (et où nous comptons bien retourner!), Miner écrit:
Cette « grève » jouit d’une certaine renommée dans la région et constitue un site de plein-air et de pique-nique apprécié. Une famille de Montréal et deux de Québec y ont leur chalet en permanence. Le sénateur de l’endroit y a son chalet d’été, un peu à l’écart des autres. À part lui, les paroissiens qui fréquentent la plage appartiennent en général à des familles de journaliers. Ils y vont pour se récréer, même si le curé désapprouve ouvertement cette conduite. Seuls les visiteurs de la ville vont se baigner et leurs maillots de bain indécents font scandale 1. La paroisse est contre la plage et méprise les paroissiens qui y fraternisent. Les commérages répandent des histoires de beuveries, d’arrestations et de visiteurs qui vivent avec les femmes des autres. Le curé s’élève en chaire contre les actes commis à la plage et menace d’employer la violence à l’endroit des magasins qui vendent de l’alcool en contrebande. La plage constitue pour le cultivateur son seul contact avec des modes de vie différents et les aspects indésirables que cela occasionne sont l’objet d’attaques continuelles.
Horace Minier, Saint-Denis un village québécois (1939), page 51 de l’édition pdf.
Mais pour revenir au film de Bernard Emond… je dois dire que j’ai particulièrement apprécié le témoignage de monsieur Martin, qu’on peut voir à 9:30. Je lui laisse d’ailleurs le mot de la fin:
Moi j’ai toujours aimé le beau (…) c’est effrayant ce que j’aimais le beau… les beaux champs, la belle musique, les belles fleurs (…) j’aimais le beau moi… Je ne sais pas ce que ça veut dire… je ne sais pas si c’est une mauvaise affaire d’aimer le beau. (rire)
Je ne sais pas si c’est le fait d’avoir passé une année complète à la maison (ou, plus simplement: mon âge!) mais j’observe beaucoup plus attentivement que par le passé la nature qui m’entoure. J’ai même acquis le réflexe de documenter quelques observations: en photo et dans mes petites notes quotidiennes.
Cette semaine, deux fleurs de pavot ont fleuri — très en avance, il me semble. Ce sont mes préférées, avec leurs tiges sinueuses qui invitent à la philosophie.
Fleurs de pavot, 22 mai 2021
Le plant était à l’arrière de la maison l’an dernier. Ana l’a déplacé à l’avant en septembre parce que le changement des fenêtres du sous-sol a forcé un grand brasse-camarade dans la platebande. Il a clairement apprécié sa migration. Et il y a un autre plant, d’une autre variété, qui attend de fleurir à son tour… à suivre!
Ce matin, les feuilles du bouleau qui oscillent sous la pluie abondante me rappellent une vidéo que j’ai vue il y a quelques années. Elle expliquait les avantages que les différentes formes de feuilles procuraient aux arbres pour tirer profit du soleil, du vent, de la pluie, etc. Je ne retrouve malheureusement pas le document ce matin… je dois me contenter de cette page web, tout de même fascinante.
J’ai ressorti hier soir les deux tomes de Curieuses histoires de plantes du Canada, de Alain Asselin, Jacques Cayouette et Jacques Mathieu, publiés chez Septentrion. Ils seront sur la table du salon dans les prochaines semaines pour nourir mes observations et mes réflexions.
L’épigraphe de ces Curieuses histoires de plantes du Canada:
Les plantes ont mille points de contact avec l’homme, s’offrant à lui, l’entourant de leurs multitudes pour servir ses besoins, charmer ses yeux, peupler ses pensées: elles ont en un mot une immense valeur humaine.
Frère Marie-Victorin, né Conrad Kirouac (1885-1944), Flore Laurentienne (1935)
Il me semble que le moment est venu de faire porter aux entreprises la pleine responsabilité des produits qu’ils mettent en circulation — c’est à dire jusqu’à la disposition de tous les déchets associés — y compris les emballages. Ce sont des coûts indirects que les entreprises devraient assumer complètement.
C’est aussi le moment aussi d’exiger que les produits qu’on achète soient plus facilement réparables, comme vient de le faire la France, selon ce qu’on apprend dans cet article de L’actualité:
Fascinant de constater qu’on a maintenant plus d’un an de pandémie derrière la cravate. À pareille date l’an dernier, on était devant le constat que ça n’allait pas être seulement l’affaire de quelques semaines.
On commençait à comprendre que ça allait être long — long comment?, on ne le savait pas. Le sait-on aujourd’hui? Malgré la lumière au bout du tunnel? Pas sûr…
J’ai pris un peu de temps cet après-midi pour relire quelques-uns des textes que j’ai publiés ici il y a un an:
Une crise comme celle que nous sommes en train de traverser nous amène tous et toutes à voir le monde un peu différemment. Ce doit être encore que plus vrai quand on est sur la première ligne pour aider la population — comme le sont les élu.e.s dans leur milieu.
Pour avoir de la crédibilité dans les prochaines mois, il va falloir être en mesure d’expliquer comment ce virus a changé votre façon de voir le Québec et les défis auxquels nous serons collectivement confronté dans les prochaines années.
Il faudra pouvoir dire franchement ce que cette crise vous a permis d’apprendre.
Je me suis demandé cette semaine si, à travers tout ce qu’on voit et qu’on déplore depuis quelques jours, ce n’était pas la Révolution tranquille qui se révélait être à bout de souffle.
La manière dont on a organisé la société québécoise depuis 60 ans ne semble pas en mesure de répondre aux besoins provoqués par la crise. (…)
Et si la crise actuelle était l’occasion d’amorcer une nouvelle révolution tranquille? Et si cela nous permettait d’initier nouvelle phase de créativité et d’innovation pour réinventer notre façon d’organiser la société — en créant de nouvelles institutions dont les fondements tiendraient compte de compte de la réalité du Québec contemporain?
Je trouve que c’est une perspective stimulante. Elle aurait pour effet de valoriser celles et ceux qui innovent dans l’ombre depuis des années et qui pourraient devenir les leader de la suite des choses: en éducation, en santé, en culture, et dans tous les domaines. (…)
La révolution tranquille c’était un état d’esprit. Un état d’esprit qu’il faut retrouver.
Ça fait déjà quelques semaines que j’ai revu la forme de mon blogue pour me permettre d’y écrire plus librement: parfois sans photos, des textes plus courts, des réflexions plus variées — voire de simples observations.
Mais je n’ai rien écrit de plus. Syndrome de la page blanche? Peut-être un peu… mais surtout, beaucoup, beaucoup de temps consacré à marcher, courir, profiter du grand air. Souvent tôt le matin.
Presque 15000 pas en moyenne en avril, encore un peu plus en mai — ça fait le plus grand bien!
Sauf que le temps consacré à la lecture et à l’écriture en souffrent évidemment un peu…
Les Laurentides, tôt le matin, du haut de la rue Cherbourg
Le primaire devrait ressembler à un camp de vacances perpétuel, avec plus de plein air, de contacts avec les choses essentielles et tangibles. Pour faciliter ce type d’enseignement, le calendrier scolaire pourrait être inversé: les grandes vacances l’hiver, quand les déplacements sont plus difficiles et que, comme la nature, on se mettrait en latence. Le printemps, l’été et l’automne ont des journées plus longues et des températures qui rendent l’enseignement en plein air réaliste.
Il faut oser brasser nos façons de faire, c’est ça une révolution!
Je dis cela en demeurant consciente que le changement ne se fait pas du jour au lendemain. (…)
J’ai confiance dans les générations futures, je suis du côté de l’espoir.
Je n’ai pas écrit ici depuis le 7 février… sans raison particulière. Appelons ça une pause. En vingt ans, il y en a eu d’autres… et des bien plus longues!
Je commence toutefois à sentir le besoin de reprendre — mais comment? Pour partager quoi? On verra bien… Je ne vois pas mon blogue comme une publication… pas tant besoin de cohérence. C’est plutôt un reflet de mon état d’esprit… Et par les temps qui courent, mon esprit butine… alors ce sera probablement ça l’esprit des prochains jours / semaines.
Probablement des images, des extraits de textes qui attirent mon attention, peut-être de courtes réflexions par-ci, par-là.
En gros: les plus riches (le 1% du 1% du 1%) sont en train de modeler l’imaginaire collectif, de nous imposer leurs rêves, leurs façons de voir le monde. Ce n’est pas nouveau, mais c’est encore plus vrai aujourd’hui étant donné l’ampleur des inégalités et leur outrageuse influence sur les médias de toutes sortes. Pour reprendre les mots de Roman Krznaric, ils sont en train de coloniser le futur — notre futur et celui des prochaines générations.
Pour Matt Shaw, nous n’avons pas à accepter qu’ils exercent une influence indue sur notre façon d’imaginer l’avenir. Je partage son avis. Ça me semble même absolument fondamental.
Mais alors, quoi faire pour résister?
La réponse était dans une fantastique infolettre que je reçois chaque dimanche matin, Sentiers, qui est éditée par Patrick Tanguay.
Dans l’édition de ce matin, il y avait cette citation de Madeline Ashby:
« Talk, loudly and frequently and in detail, about the future you want. You can’t manifest what you don’t share. »
« It’s the same with any particular vision of a future. […] this doesn’t always work. […] Eventually, you have to do the work. You have to commit. But in the meantime, you can refine a lot of ideas if you bounce them off your friends and peers and neighbours. »
« So maybe that’s really my advice for 2018, and the years following it: talk to your neighbours about the future you want. »
Et je me dis qu’il n’y a pas de moment plus propice que 2021 pour prendre le temps d’exprimer généreusement nos visions du futur — sans prétention. Pas pour les imposer à personnes, mais pour les partager, confronter nos idées, trouver des voies communes, s’inspirer les uns les autres… et éventuellement se retrousser les manches, ensemble.
Comme 2021 sera vraisemblablement encore au le rythme de la pandémie… et que 2022 devrait être au rythme de la reprise… autant profiter de 2021 pour se mettre les idées au clair en prévision de 2022…
Il faut cultiver l’espoir d’un monde meilleur, et pas juste pour les plus puissants.
Comme le rappelle si bien Emma Marris dans ce texte publié dans The Atlantic:
« Hope for the future is a reasonable and necessary prerequisite for action. »
On vient d’entrer dans le 11e mois de la pandémie. Tout le monde est évidemment tanné. Et tout le monde a compris qu’on en a encore pour plusieurs mois. Chacun doit trouver sa manière pour passer à travers.
Je délaisse pour ma part de plus en plus les médias — et même les journaux, dont j’étais un avide lecteur.
Je leur accorde moins d’attention parce que je suis tanné de l’abus des superlatifs. On dirait qu’il y a une surenchère pour attirer l’attention des lecteurs, pour susciter des réactions et pour provoquer l’indignation.
Tout a l’air d’être devenu grave, irréversible ou catastrophique. Et les débats que les textes provoquent sont à l’avenant: très polarisés. Je suis tanné de ça.
Comme cet article, à la une du Devoir de ce matin:
Il faut tout mettre en œuvre pour garder les écoles ouvertes préviennent des experts.
Franchement!
Et pourquoi ces guillemets? Le titreur savait que le terme était exagéré et a choisi de le conserver quand même? C’est une erreur — je décroche.
J’ai compris que les temps sont difficiles. Je sais que rien n’est simple. Je sais que la situation actuelle n’est pas idéale. Je sais que tout le monde fait son possible et que, trop souvent, ça reste insuffisant. Mais est-ce que c’est nécessaire de toujours faire craindre le pire?
Il y a des experts qui pensent qu’on court à la catastrophe. Soit. Il y a très probablement aussi des experts pour dire le contraire. Et d’autres (heureusement) pour apporter des nuances dans tout ça. C’est comme ça pour tous les sujets.
Je n’ai plus envie de me réveiller le matin pour me faire dire que le monde va encore plus mal que je le pense. Que tout est plus grave que je le crois et que bientôt le ciel va me tomber sur la tête.
Je pense que cet état d’esprit m’épuise encore plus que la pandémie elle même.
Je ne comprends pas que les médias adoptent cette attitude. Le contexte leur offre pourtant une belle occasion de démontrer le rôle qu’ils peuvent jouer pour cultiver un bon état d’esprit dans la population — pour contribuer à notre santé mentale individuelle et collective.
J’aimerais voir à la une des journaux des textes nuancés. Des textes qui engagent les lecteurs au lieu de leur faire baisser les bras. Des textes qui donnent envie de poser des gestes, au lieu de se dire que ça ne sert à rien. Des textes qui font des lecteurs des acteurs sociaux à part entière au lieu d’en faire des spectateurs-commentateurs des décisions prises par d’autres.
J’aimerais lire et entendre des experts qui ne se contentent pas de dénoncer, mais qui éclairent les prochaines étapes. Des experts qui apaisent aussi — parce que la panique n’est pas un bon guide et qu’elle nourrit très souvent les extrémismes.
J’ai besoin que les médias m’aident à rester ancré, à prendre un peu de recul, à mettre les choses en perspective — et surtout pas à me faire grimper dans les rideaux.
Je veux qu’on me rappelle qu’il y a eu des situations bien pire dans l’histoire, qu’on est passé à travers… et que cette fois aussi on va passer à travers — et d’autant plus facilement si on réussit à garder un peu d’optimisme.
Ça fait que c’est ça qui est ça… je suis ben ben tanné de tous ces superlatifs.
« La marche est une activité ambiguë et infiniment fertile: elle est en même temps un moyen et une fin, un voyage et une destination. »
La citation est de Rebecca Solnit, dans L’Art de marcher — un livre dont je ne connaissais pas l’existence avant d’en recevoir un exemplaire par la poste hier midi.
Le livre était accompagné d’une note de la libraire (la calligraphie me suggère le féminin), qui m’indique que le livre est un cadeau et qui est complétée par ces quelques mots, retranscrits par sa main:
« Un livre parcours pour tes pérégrinations d’écrivain! Joyeuse année 2021! Un lecteur. »
Rien d’autre!
J’ai pensé que la librairie d’origine pourrait m’offrir un indice: Papeterie des Hautes-Rivières, à Mont-Laurier… Mais non, parce que je sais que les membres de la coopératives des librairies indépendantes du Québec mettent leurs stocks en commun lorsque c’est nécessaire pour pouvoir répondre rapidement à une commande. Dans ces cas, c’est la librairie qui dispose d’un exemplaire qui fait l’envoi. Et selon ce que je peux voir sur le site des LIQ, c’était le seul exemplaire disponible dans tout le réseau, alors… je ne peux rien en conclure!
Mon hypothèse est qu’une des personnes qui a lu mon calendrier de l’avent marché — et peut-être, plus encore, cette histoire de paquet anonyme — veut ajouter au mystère.
…et nourrir du même coup ma réflexion en prévision du tour du monde à pied que je viens tout juste de commencer — à Uashat.
J’aime ça — j’aime vraiment beaucoup ça!
Merci cher lecteur, très grand merci!
« Ce sont les imprévus, les incidents inattendus entre les jalons officiels d’un parcours qui donnent son sens à la vie » (Rebecca Solnit)
Un ami m’a fait réaliser dans les derniers jours que quand j’ai quitté Facebook, j’ai aussi délaissé le compte Instagram (qui y était lié) et que je n’ai pas fait de suivi avec les gens qui me suivaient à cet endroit. L’ami avait perdu ma trace…
Je ne suis jamais revenu à Facebook (et je n’en ai toujours pas l’intention!), mais pour Instagram c’est différent. Je me suis rapidement créé un autre compte parce que c’est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour nourrir mon imagination quotidiennement. Je suis surtout abonné à des comptes d’artistes et d’artisans (et quelques amis, évidemment). C’est un espace qui me fait du bien.
Malgré ça, j’avais un peu délaissé Instagram depuis quelques mois (manque de temps)… mais la famille m’a incité à m’y remettre dans le temps des Fêtes, et j’y (re)trouve le même plaisir. J’ai même recommencé à y publier quelques petites choses, des expérimentations très variées (et ça continuera de l’être!).
Je vois mon compte Instagram comme une sorte de babillard où je peux accrocher ce que je fais, qui m’inspire ou ce qui me plaît, sans aucune obligation de cohérence — aucune!
Je pense qu’on dit ça parce qu’on a tous besoin de se donner des objectifs — et de pouvoir se réjouir de les avoir atteints. Surtout par les temps qui courent! On s’est rendu en 2021. Bravo nous! C’est un peu ça…
J’ai écrit 85 textes sur mon blogue en 2020. Des textes plus variés que jamais. J’ai essayé des choses, et je compte bien continuer dans les prochains mois.
J’ai relu quelques-uns de ces textes ce matin. Je retiens particulièrement celui que j’ai écrit le 20 mars, après une semaine de confinement:
«J’ai l’impression que la question la plus déterminante à ce stade-ci est de savoir si, au sortir de tout ça, dans quelques mois, ce sont plutôt les nouvelles contraintes qui influenceront notre avenir ou si ce sont plutôt les nouveaux possibles. (…) Dans le premier cas, la pandémie aura plombé notre avenir pour longtemps alors que dans le second elle nous aura peut-être, au contraire, ouvert de nouveaux horizons. Je choisis d’être optimiste.»
Neuf mois plus tard, je reste optimiste. L’épreuve se prolonge, c’est vrai, c’est encore difficile, mais je crois encore que les nouveaux possibles vont finir par l’emporter sur les contraintes.
Sauf que ça ne se fera pas tout seul! Il faut qu’on prenne soin de nous — pour se rendre au bout de l’épreuve… et, pour ça, il faut qu’on continue de porter particulièrement attention au beau et au bon, qu’on s’émerveille et qu’on partage.
Pour cette raison, je me dis que ce qui sera le plus important en 2021 ce sera de s’exercer à voir les possibles, même quand ils sont bien cachés, de se pratiquer à sortir des sentiers battus, d’expérimenter — et d’oser essayer de nouvelles choses!
C’est comme ça qu’on va pouvoir passer à travers l’année, un jour à la fois, avec le sourire, et se préparer à rebondir en 2022.
Ça n’a jamais été plus important de se préparer à changer le monde, parce que la fin de la pandémie devrait nous offrir des occasions exceptionnelles pour le faire.
Le monde ne va pas changer par lui-même: c’est nous qui devrons le changer.
C’est le nom que j’avais à l’esprit en me réveillant.
J’ai tapé Uashat dans Google, j’ai cliqué sur Maps, et je suis passé en mode Street View.
Ce 31 décembre 2020, avant d’aller pelleter, j’ai marché une trentaine de minutes à Uashat… en juin 2013!
***
Les rues sont larges et les maisons modestes. Il y a très peu d’arbres sur les terrains, qui sont sablonneux et parfois entourés de très basses clôtures. Il arrive qu’on voit la baie, mais curieusement, aucun endroit ne semble aménagé pour pouvoir la contempler. Le mieux que j’ai pu trouver est une impasse clôturée. Le seul immeuble qui s’y trouve est placardé. Si je n’avais pas été limité par le regard automobile de Google, j’aurais pu m’aventurer sur la grève, mais là… impossible de sortir des sentiers battus. Dommage.
En une centaine de doubles-clics, j’ai pu parcourir presque toutes les rues d’Uashat. Une promenade qui m’a laissé l’impression d’un injuste dépouillement. C’est une impression qui a été renforcée par le fait que je me suis brièvement égaré pendant ma promenade: en quelques pas, je me suis retrouvé un peu hors de Uashat, dans un quartier résidentiel de Sept-Îles. Je m’en suis rendu compte parce qu’il y avait soudainement beaucoup plus d’arbres et les terrains étaient gazonnés.
Je suis retourné sur mes pas et j’ai revu les enfants qui jouaient. Dix ans, douze ans, peut-être. J’ai résisté à leur dire qu’on les verrait peut-être au grand écran, comme comédiens dans un film qui serait tourné à Uashat en 2018… à partir de l’adaptation d’un roman que venait tout juste d’écrire une jeune femme de la communauté. Je ne crois pas qu’ils m’auraient cru. Heureusement, l’invraisemblable est parfois possible — et c’est une histoire qui pourra inspirer leurs petites soeurs et leurs petits frères.
En repassant sur le boulevard des Montagnais, je me suis arrêté au Casse-croûte du vieux poste pour manger une poutine. Google avait tenu à m’informer que les frites valaient à elles seules le détour par Uashat.
Repu, j’ai ensuite opté pour faire une courte sieste, la tête appuyée sur mes bras, assis à la table à pique-nique.
Je trouve que c’était un bien bel endroit pour commencer un tour du monde à pied.