Notre négligence

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Les idées se bousculent dans mon esprit depuis l’attaque de la Grande Mosquée de Québec. J’ai vraiment le coeur à l’envers.

Ça me fait réaliser à quel point je suis fatigué de côtoyer le terrorisme. Pas juste écoeuré: fatigué. C’est pire. Inquiet pour l’avenir aussi, si on ne réagit pas.

J’étais au pied des tours à New York le 11 septembre 2001. Je connais des gens qui ont été très directement touchés par les attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan. Et voilà que ça recommence, à cinq minutes de chez moi. La plupart des enfants qui ont perdu un proche dans les attentats d’hier fréquentent des écoles que mes enfants ont aussi fréquentées. C’est douloureusement concret.

Ça me donne envie de crier: c’est bon, j’ai compris! Je le sais que ça peut arriver partout, même là et quand où on s’y attend le moins. Inutile d’en rajouter.

Mais ce n’est pas la peur de mourir dans un attentat qui m’effraie le plus aujourd’hui. Non, c’est plutôt la crainte de voir l’avenir de notre société nous échapper… en glissant sur une pente dangereuse, celle de la méfiance les uns des autres.

Comme si l’usage juvénile que nous faisons des réseaux sociaux, conjugué à la crise financière que traversent les médias et à certains excès de la partisanerie politique nous entraînait inévitablement vers une forme de société dont personne ne veut pourtant.

Ce n’est pas en pointant des gens du doigt qu’on va régler ça. Certainement pas non plus en invitant simplement ceux qui cultivent tous les jours la division (sous toutes ses formes) à faire leur examen de conscience. Les discours vertueux qu’on entend depuis quelques heures ne suffiront pas eux non plus.

Il va falloir agir. Chacun à notre manière.

Et pour en arriver là, il va falloir reconnaître que nous sommes tous un peu responsables de la situation actuelle. À cause d’une certaine forme de négligence, ou de paresse.

Parce qu’on ne s’est pas suffisamment intéressé à la situation les uns des autres.
Parce qu’on a choisi de fermer les yeux sur des situations inacceptables.
Parce qu’on a accepté de normaliser des discours intolérables.
Parce qu’on a trop souvent réservé notre indignation à Facebook alors qu’on sait très bien que ça ne peut pas suffire.

Nous avons trop longtemps tenu la santé de notre démocratie pour acquise. C’était une erreur. On s’en rend compte aujourd’hui de façon particulièrement dramatique.

Il va falloir se retrousser les manches, s’agenouiller dans le jardin et entreprendre un grand désherbage. Tous ensemble.

C’est tout ça que j’aurai en tête en me rendant à la vigile qui se tiendra devant la Grande Mosquée de Québec pour dire à cette communauté qu’elle est bienvenue à Québec.

***

Trois coups de chapeau en terminant:

Aux porte-paroles de la communauté musulmane de Québec que j’ai entendus depuis hier. Votre noblesse est exemplaire et inspirante. C’est vous qui nous montrez la voie à suivre.

À Régis Labeaume, dont l’authenticité depuis hier est aussi exemplaire. Il a été, à mon avis, le politicien le plus à la hauteur de la situation depuis hier.

À Alain Fortier, président de la Commission scolaire des Découvreurs, aussi. Son explication calme, claire et pédagogique de la situation était aussi remarquable. J’espère que les médias auront bien compris sa demande de rester loin des écoles.

Ça tombe bien, c’est vendredi

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On se retrouve encore ce matin dans une ambiance politique profondément désolante.

Pierre Paradis qui est mis à la porte du caucus libéral parce qu’il fait objet d’une enquête policière, vraisemblablement pour inconduite sexuelle. Et dans un contexte où on a la désagréable impression qu’il y a eu tentative de camouflage dans les derniers jours avec cette prétendue chute de cheval…

Je suis encore une fois dégoûté par tout ça.

Rien à voir avec la partisanerie. C’est tout le monde politique qui pâtit de la répétition de ces événements qui viennent encore alimenter le cynisme d’un peu tout le monde. Et notre confiance en nous-même, collectivement, par la même occasion — parce que le fonctionnement de l’Assemblée nationale témoigne aussi de notre organisation et de notre capacité d’action, comme société.

D’une certaine façon, ça tombe bien, parce que c’est vendredi. Alors j’irai manger un sandwich devant l’Assemblée nationale encore ce midi. Nous serons un petit groupe de 12h à 12h30, pour une treizième semaine (et toutes les semaines ont apporté leur lot de bonnes raisons pour se dire à la semaine prochaine!). Aujourd’hui, nous avons prévu prendre le temps de bien préparer la publication d’un premier texte collectif, la semaine prochaine, à l’occasion de la rentrée parlementaire.

Ce sera un texte simple, non partisan, au ton positif, par lequel nous souhaitons interpeller les élus et les journalistes (et chacune d’entre-nous, par la même occasion). L’objectif est de rappeler la responsabilité de chacun si on veut bénéficier d’un climat politique positif, stimulant, qui donne envie aux citoyens de s’engager (plutôt que le contraire).

Ce texte ne marquera pas la fin de notre démarche. On se dit même que ce sera plutôt l’occasion d’élargir un peu le mouvement. Et nous espérons que les discussions qui vont suivre la publication du texte nous aideront à mieux définir les prochaines étapes.

Je crois qu’il va falloir commencer à voir la politique comme on a appris à voir l’environnement au cours des quarante dernières années… comme quelque chose de précieux, dont nous sommes tous responsables, et dont il faut surtout prendre soin un petit geste à la fois.

On a fini par comprendre que ce n’était pas assez de dénoncer les plus grands pollueurs. Qu’il fallait aussi faire notre part individuellement. Changer nos comportements. Penser globalement, agir localement. Il faut faire pareil avec la politique.

Il y a une expression qui me trotte dans la tête depuis quelques jours: il faut commencer à penser en termes d’écologie politique.

C’est peut-être un peu ça, aussi, le sens du rendez-vous sandwich du vendredi midi.

Réflexion à poursuivre.

Note: Pour voir les autres textes en lien avec les rendez-vous sandwich, on peut cliquer ici.


Photo: gros plan sur une murale / street art vue sur le boulevard René-Lévesque, à l’intersection du boulevard Saint-Laurent, à Montréal.

Désamorcer le populisme en quatre étapes faciles (ou pas!)

Les populistes, qu’ils soient de gauche ou de droite, tirent leur pouvoir de notre réflexe à les dépeindre comme des imbéciles et des fascistes. C’est ce que nous dit Andrés Miguel Rondón dans un texte qui a été publié par le Caracas Chronicles le jour de l’inauguration de Donald Trump.

Le chroniqueur nous met en garde contre les portraits outranciers du nouveau président des États-Unis, les réactions excessives à ses décisions et une polarisation inutile de l’espace public à son sujet. C’est en faisant ça qu’on se trouverait à nourrir son pouvoir… comme l’opposition vénézuélienne l’a fait avec Hugo Chavez pendant dix ans, rappelle-t-il.

Ce texte nous met en garde: pour éviter que le Québec ne vive une situation semblable, il est urgent d’apprendre à éviter les pièges du populisme. Quand on parlera de Trump, bien sûr, mais aussi quand on commentera le discours de tous ceux et celles qui prétendent s’exprimer au nom des victimes du système contre les élites (économiques, politiques, intellectuelles, etc.).

Rappeler l’importance des faits ne sera pas suffisant. Il va falloir que nous apprenions à éviter les discours inutilement moralisateurs, à sortir de nos zones de conforts, recommencer à se rendre là où on ne nous attend plus, écouter ceux à qui on avait peut-être cessé de tendre l’oreille. Il va falloir descendre des tribunes, aller faire un tour dans le trafic, prendre le temps de jouer aux cartes, de tricoter, de prendre une bière ou de manger un roteux à l’entrée des arénas.

Et le plus tôt sera le mieux, nous avertit Andrés Miguel Rondón.

Ci-dessous quelques extraits de son texte

***

How to Culture Jam a Populist in Four Easy Steps
Andrés Miguel Rondón

Excerpts:

The recipe [of populism] is universal. Find a wound common to many, someone to blame for it and a good story to tell. Mix it all together. (…)

Populism is built on the irresistible allure of simplicity. The narcotic of the simple answer to an intractable question. The problem is now made simple. (…)

And so, some advice:

1. Don’t forget who the enemy is.

Populism can only survive amid polarization. It works through caricature, through the unending vilification of a cartoonish enemy. Pro tip: you’re the enemy. (…) Trump needs you to be the enemy just like all religions need a demon. As a scapegoat.

“But facts!”, you’ll say, missing the point entirely. (…) Your focus has to be on erase the cartoon you’ve been drawn into. Scrambling it. Undermining it.

2. Show no contempt.

Your organizing principle is simple: don’t feed polarization, disarm it.

The Venezuelan Opposition struggled for years to get this. It wouldn’t stop pontificating about how stupid it all is. (…) “Really, this guy? Are you nuts? You must be nuts.” We’d say. (…) Repeat after me: fascism ». (…)

[Doing so you would] lost the first battle. Instead of fighting polarization, you [would play] into it. (…)

3. Don’t try to force him out.

If any [plan to force Chavez out] had gone well, bear with me for a second, Venezuela wouldn’t be in the shitshow it is in right now. (…)

The people on the other side (…) will rebel against you if you look like you’re losing your mind. Worst of all, you will have proved yourself to be the very thing you’re claiming to be fighting against: an enemy of democracy. And all the while you’re just giving the Populist and his followers enough rhetorical fuel to rightly call you a saboteur, an unpatriotic schemer, for years to come. (…)

4. Find a counter-argument. (No, not the one you think.)

The problem [is] not that Trump supporters are too stupid to see right from wrong, it’s that you’re much more valuable to them as an enemy than as a compatriot.

The problem is tribal. Your challenge is to prove that you belong in the same tribe as them: that you are American in exactly the same way they are.

In Venezuela, we fell into the abstraction trap in a bad way. We wrote again and again about principles, about the separation of powers, about civil liberties, about the role of the military in politics, about corruption and economic policy. But it took our leaders ten years to figure out they needed to actually go to the slums and to the countryside. And not for a speech, or a rally, but for game of dominoes or to dance salsa – to show they were Venezuelans too, (…) It is the only way of establishing your standing. It’s deciding not to live in an echo chamber. To press pause on the siren song of polarization.

You will not find that pause button in the cities or the university’s campuses. You will find it precisely where you’re not expected.

Only then will your message land.

There’s no point sugar coating: the road ahead is tough and the pitfalls are many. It’s way easier to get this wrong than to get this right, and the chances are the people getting it wrong will drown out those getting it right.

Électro-politique

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Ça faisait longtemps qu’on n’était pas sorti le dimanche soir. Il a fallu se botter le derrière un peu pour sortir du divan, mais une fois rendu à l’Impérial, on n’a pas regretté de l’avoir fait. Wax Tailor était en grande forme pour le premier spectacle de sa tournée nord-américaine et on s’est couché porté par une très bonne énergie.

C’est encore porté par ses rythmes, et par la magnifique voix de Charlotte Savary, que j’ai lu Le Devoir de ce matin à bord du train vers Montréal.

Deux articles ont particulièrement retenu mon attention.

***

Le premier, Guerre de tranchées politique, présente une analyse d’un nouveau sondage Léger. Deux extraits:

«Il y a beaucoup de partis qui se battent pour la même tarte, et tout le monde est un peu figé à travers le temps. On peut se demander si ça ne va pas prendre un phénomène spectaculaire en politique québécoise [pour créer un changement].»

Ça renforce ma conviction que ce n’est pas la stratégie et les calculs politiques qui permettront de gagner la prochaine élection. Ce seront des idées qui interpellent, des propositions ambitieuses, et des projets mobilisateurs.

C’est ça qu’il faudra garder en tête dans les prochains mois quand on débattra du contenu de la Proposition principale (version pdf, plateforme de consultation) pour en faire le prochain programme officiel du Parti Québécois.

Il faudra oser aller toujours un peu plus loin que notre prudence, notre réflexe le commanderait. Oser aller au bout de nos idées. Sortir de nos zones de conforts.

C’est seulement en osant sortir des sentiers battus que nous pourront mériter le privilège de former à nouveau un gouvernement.

«S’il y a une baisse de satisfaction envers le gouvernement, le PQ sera le dernier à en bénéficier. C’est-à-dire que, quand il y a un gouvernement libéral, si le PQ n’est pas la seule alternative, tous ceux qui vont quitter le navire libéral iront ailleurs. »

Il faut se le répéter, tous les jours. Il faut bien sûr assumer notre rôle d’opposition officielle et critiquer le travail du gouvernement, mais qu’il ne faut pas se laisser distraire par ça non plus. Ce n’est pas ce qui nous fera gagner. Pas plus que la dénonciation continuelle et de plus en plus dure des agissements de Donald Trump n’a aidé les Démocrates à convaincre un nombre suffisant d’États-uniens de voter pour eux.

***

Le deuxième article, Au laboratoire de nos angoisses existentielles, aborde les effets psychologiques de la transformation accélérée de la société sous l’influence du numérique — en particulier de l’automatisation et de la robotisation.

Ça peut paraître comme un sujet sans rapport direct avec celui du premier article, mais je pense que c’est beaucoup plus lié qu’il ne paraît.

Les effets du développement des technologies numériques deviennent de plus en plus évidents. De plus en plus envahissant même. Les gens le sentent bien — même s’ils ne sont pas forcément en mesure de le verbaliser aussi clairement.

Je pense qu’ils sentent aussi que les femmes et les hommes politiques qui sollicitent leur confiance pour diriger l’État n’y comprennent pas grand-chose et que, sur ces sujets, ils sont pas mal tous interchangeables, alors tsé…

Quand tu crois que le monde politique ne comprend pas (pire: ne s’intéresse pas vraiment) à certaines des forces les plus puissantes qui transforment la société — pour le meilleur et pour le pire — c’est un peu normal de perdre de l’intérêt.

Je fais l’hypothèse que ce sont les candidats qui seront les plus crédibles pour parler de l’influence des technologies sur l’avenir du Québec qui seront élus en 2018.

Vaste chantier.

Trump et La République

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En ouvrant Facebook ce matin, mon attention a été attirée sur cette courte vidéo choc qui plonge dans La République de Platon pour nous inviter à réfléchir au contexte de l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis.

— C’est presque trop fort pour être vrai, me suis-je dit… mais c’est sur le site de la BBC, alors…

Alors j’ai pris note de faire quelques recherches plus tard dans la journée pour documenter ça un peu plus. Et je passe à autre chose.

Passant dans le salon après avoir complété la lecture des journaux, je constate que Ana est  plongée dans La République, à partir de l’exemplaire que nous avons étudié au cégep. J’éclate de rire!

— Tu as vu la vidéo toi aussi?

Elle éclate de rire à son tour.

On a donc commencé la fin de semaine en faisant une petite heure de philosophie ensemble — en s’étonnant que le passage du texte auquel la vidéo fait référence ne semble pas exister sur le web dans une version structurée pour faciliter la lecture.

Je suis donc parti d’une version tirée de ce site, pour en faire l’adaptation ci-dessous. C’est moi qui ai ajouté les intertitres, que j’ai puisé dans le texte.

Il n’y a pas à dire, ça invite à la réflexion.

Bonne lecture!

***

LA RÉPUBLIQUE (livre VIII, de 562 à la fin)

La tyranie vient de la démocratie

— Or çà! mon cher camarade, voyons sous quels traits se présente la tyrannie, car, quant à son origine, il est presque évident qu’elle vient de la démocratie.
— C’est évident.
Maintenant, le passage de la démocratie à la tyrannie ne se fait-il de la même manière que celui de l’oligarchie à la démocratie.
— Comment?
— Le bien que l’on se proposait, répondis-je, et qui a donné naissance à l’oligarchie, c’était la richesse, n’est-ce pas?
— Oui
— Or c’est la passion insatiable de la richesse et l’indifférence qu’elle inspire pour tout le reste qui ont perdu ce gouvernement.
— C’est vrai, dit-il.
— Mais n’est-ce pas le désir insatiable de ce que la démocratie regarde comme son bien suprême qui perd cette dernière?
— Quel bien veux-tu dire?
— La liberté, répondis-je. En effet, dans une cité démocratique tu entendras dire que c’est le plus beau de tous les biens, ce pourquoi un homme né libre ne saurait habiter ailleurs que dans cette cité.
— Oui, c’est un langage qu’on entend souvent.
— Or donc – et voilà ce que j’allais dire tout à l’heure – n’est-ce pas le désir insatiable de ce bien, et l’indifférence pour tout le reste, qui change ce gouvernement et le met dans l’obligation de recourir à la tyrannie?
— Comment? demanda-t-il.
— Lorsqu’une cité démocratique, altérée de liberté, trouve dans ses chefs de mauvais échansons, elle s’enivre de ce vin pur au delà de toute décence; alors, si ceux qui la gouvernent ne se montrent pas tout à fait dociles et ne lui font pas large mesure de liberté, elle les châtie, les accusant d’être des criminels et des oligarques.
— C’est assurément ce qu’elle fait, dit-il.
— Et ceux qui obéissent aux magistrats, elle les bafoue et les traite d’hommes serviles et sans caractère; par contre, elle loue et honore, dans le privé comme en public, les gouvernants qui ont l’air de gouvernés et les gouvernés qui prennent l’air de gouvernants. N’est-il pas inévitable que dans une pareille cité l’esprit de liberté s’étende à tout?
— Comment non, en effet?

L’excès de liberté doit aboutir à un excès de servitude

— Qu’il pénètre, mon cher, dans l’intérieur des familles, et qu’à la fin l’anarchie gagne jusqu’aux animaux?
— Qu’entendons-nous par là? demanda-t-il.
— Que le père s’accoutume à traiter son fils comme son égal et à redouter ses enfants, que le fils s’égale à son père et n’a ni respect ni crainte pour ses parents, parce qu’il veut être libre, que le métèque devient l’égal du citoyen, le citoyen du métèque et l’étranger pareillement.
— Oui, il en est ainsi, dit-il.
— Voilà ce qui se produit, repris-je, et aussi d’autres petits abus tels que ceux-ci. Le maître craint ses disciples et les flatte, les disciples font peu de cas des maîtres et des pédagogues. En général les jeunes gens copient leurs aînés et luttent avec eux en paroles et en actions; les vieillards, de leur côté, s’abaissent aux façons des jeunes gens et se montrent pleins d’enjouement et de bel esprit, imitant la jeunesse de peur de passer pour ennuyeux et despotiques.
— C’est tout à fait cela.
— Mais, mon ami, le terme extrême de l’abondance de liberté qu’offre un pareil État est atteint lorsque les personnes des deux sexes qu’on achète comme esclaves ne sont pas moins libres que ceux qui les ont achetées. Et nous allions presque oublier de dire jusqu’où vont l’égalité et la liberté dans les rapports mutuels des hommes et des femmes.
— Mais pourquoi ne dirions-nous pas, observa-t-il, selon l’expression d’Eschyle, « ce qui tantôt nous venait à la bouche?»
— Fort bien, répondis-je, et c’est aussi ce que je fais. A quel point les animaux domestiqués par l’homme sont ici plus libres qu’ailleurs est chose qu’on ne saurait croire quand on ne l’a point vue. En vérité, selon le proverbe, les chiennes y sont bien telles que leurs maîtresses; les chevaux et les ânes, accoutumés à marcher d’une allure libre et fière, y heurtent tous ceux qu’ils rencontrent en chemin, si ces derniers ne leur cèdent point le pas. Et il en est ainsi du reste : tout déborde de liberté.
— Tu me racontes mon propre songe, dit-il, car je ne vais presque jamais à la campagne que cela ne m’arrive.
— Or, vois-tu le résultat de tous ces abus accumulés? Conçois-tu bien qu’ils rendent l’âme des citoyens tellement ombrageuse qu’à la moindre apparence de contrainte ceux-ci s’indignent et se révoltent? Et ils en viennent à la fin, tu le sais, à ne plus s’inquiéter des lois écrites ou non écrites, afin de n’avoir absolument aucun maître.
— Je ne le sais que trop, répondit-il.
— Eh bien ! mon ami, repris-je, c’est ce gouvernement si beau et si juvénile qui donne naissance à la tyrannie, du moins à ce que je pense.
— Juvénile, en vérité ! dit-il; mais qu’arrive-t-il ensuite?
— Le même mal, répondis-je, qui, s’étant développé dans l’oligarchie, a causé sa ruine, se développe ici avec plus d’ampleur et de force, du fait de la licence générale, et réduit la démocratie à l’esclavage; car il est certain que tout excès provoque ordinairement une vive réaction, dans les saisons, dans les plantes, dans nos corps, et dans les gouvernements bien plus qu’ailleurs.
— C’est naturel.
—Ainsi, l’excès de liberté doit aboutir à un excès de servitude, et dans l’individu et dans l’État.
— Il le semble, dit-il.
— Vraisemblablement, la tyrannie n’est donc issue d’aucun autre gouvernement que la démocratie, une liberté extrême étant suivie, je pense, d’une extrême et cruelle servitude.
— C’est logique.

Partageons par la pensée une cité démocratique en trois classes

— Mais ce n’est pas cela, je crois, que tu me demandais.
—Tu veux savoir quel est ce mal, commun à l’oligarchie et à la démocratie, qui réduit cette dernière à l’esclavage.
— C’est vrai
— Eh bien ! j’entendais par là cette race d’hommes oisifs et prodigues, les uns plus courageux qui vont à la tête, les autres, plus lâches qui suivent. — Nous les avons comparés à des frelons, les premiers munis, les seconds dépourvus d’aiguillon.
— Et avec justesse, dit-il.
— Or, ces deux espèces d’hommes, quand elles apparaissent dans un corps politique, le troublent tout entier, comme font le phlegme et la bile dans le corps humain. Il faut donc que le bon médecin et législateur de la cité prenne d’avance ses précautions, tout comme le sage apiculteur, d’abord pour empêcher qu’elles y naissent, ou, s’il n’y parvient point, pour les retrancher le plus vite possible avec les alvéoles mêmes.
— Oui, par Zeus ! s’écria-t-il, c’est bien là ce qu’il faut faire.
— Maintenant, repris-je, suivons ce procédé pour voir plus nettement ce que nous cherchons.
— Lequel?
— Partageons par la pensée une cité démocratique en trois classes, qu’elle comprend d’ailleurs en réalité. La première est cette engeance, qui par suite de la licence publique ne s’y développe pas moins que dans l’oligarchie.
— C’est vrai.
— Seulement elle y est beaucoup plus ardente.
— Pour quelle raison?
— Dans l’oligarchie, dépourvue de crédit et tenue à l’écart du pouvoir, elle reste inexercée et ne prend point de force; dans une démocratie, au contraire, c’est elle qui gouverne presque exclusivement; les plus ardents de la bande discourent et agissent; les autres, assis auprès de la tribune, bourdonnent et ferment la bouche au contradicteur; de sorte que, dans un tel gouvernements toutes les affaires sont réglées par eux, à l’exception d’un petit nombre.
— C’est exact, dit-il.
— Il y a aussi une autre classe qui se distingue toujours de la multitude.
— Laquelle?
— Comme tout le monde travaille à s’enrichir, ceux qui sont naturellement les plus ordonnés deviennent, en général, les plus riches.
— Apparemment.
— C’est là, j’imagine, que le miel abonde pour les frelons et qu’il est le plus facile à exprimer.
— Comment, en effet, en tirerait-on de ceux qui n’ont que peu de chose?
— Aussi est-ce à ces riches qu’on donne le nom d’herbe à frelons?
— Oui, un nom de ce genre, répondit-il.
— La troisième classe c’est le peuple : tous ceux qui travaillent de leurs mains, sont étrangers aux affaires, et ne possèdent presque rien. Dans une démocratie cette classe est la plus nombreuse et la plus puissante lorsqu’elle est assemblée.
— En effet, dit-il; mais elle ne s’assemble guère, à moins qu’il ne lui revienne quelque part de miel.
— Aussi bien lui en revient-il toujours quelqu’une, dans la mesure où les chefs peuvent s’emparer de la fortune des possédants et la distribuer au peuple, tout en gardant pour eux la plus grosse part.
— Certes, c’est ainsi qu’elle reçoit quelque chose.
— Cependant, les riches qu’on dépouille sont, je pense, obligés de se défendre : ils prennent la parole devant le peuple et emploient tous les moyens qui sont en leur pouvoir.
— Sans doute.
— Les autres, de leur côté, les accusent, bien qu’ils ne désirent point de révolution, de conspirer contre le peuple et d’être des oligarques.
— Assurément.
— Or donc, à la fin, lorsqu’ils voient que le peuple, non par mauvaise volonté mais par ignorance, et parce qu’il est trompé par leurs calomniateurs, essaie de leur nuire, alors, qu’ils le veuillent ou non, ils deviennent de véritables oligarques; et cela ne se fait point de leur propre gré : ce mal, c’est encore le frelon qui l’engendre en les piquant.
— Certes !
— Dès lors ce sont poursuites, procès et luttes entre les uns et les autres.
— Sans doute.
— Maintenant, le peuple n’a-t-il pas l’invariable habitude de mettre à sa tête un homme dont il nourrit et accroît la puissance?
— C’est son habitude, dit-il.
— Il est donc évident que si le tyran pousse quelque part, c’est sur la racine de ce protecteur et non ailleurs qu’il prend tige.
— Tout à fait évident.

De protecteur du peuple à tyran accompli

— Mais où commence la transformation du protecteur en tyran? N’est-ce pas évidemment lorsqu’il se met à faire ce qui est rapporté dans la fable du temple de Zeus Lycéen en Arcadie?
— Que dit la fable? demanda-t-il.
— Que celui qui a goûté des entrailles humaines, coupées en morceaux avec celles d’autres victimes, est inévitablement changé en loup. Ne l’as-tu pas entendu raconter?
— Si.
— De même, quand le chef du peuple, assuré de l’obéissance absolue de la multitude, ne sait point s’abstenir du sang des hommes de sa tribu, mais, les accusant injustement, selon le procédé favori de ses pareils, et les traînant devant les tribunaux, se souille de crimes en leur faisant ôter la vie, quand, d’une langue et d’une bouche impies, il goûte le sang de sa race, exile et tue, tout en laissant entrevoir la suppression des dettes et un nouveau partage des terres, alors, est-ce qu’un tel homme ne doit pas nécessairement, et comme par une loi du destin, périr de la main de ses ennemis, ou se faire tyran, et d’homme devenir loup?
— Il y a grande nécessité, répondit-il.
— Voilà donc, repris-je, l’homme qui fomente la sédition contre les riches.
— Oui.
— Or, si après avoir été chassé, il revient malgré ses ennemis, ne revient-il pas tyran achevé?
— Evidemment.
— Mais si les riches ne peuvent le chasser, ni provoquer sa perte en le brouillant avec le peuple, ils complotent de le faire périr en secret, de mort violente.
— Oui, dit-il, cela ne manque guère d’arriver.
— C’est en pareille conjoncture que tous les ambitieux qui en sont venus là inventent la fameuse requête du tyran, qui consiste à demander au peuple des gardes de corps pour lui conserver son défenseur.
— Oui vraiment.
— Et le peuple en accorde, car s’il craint pour son défenseur, il est plein d’assurance pour lui-même.
—  Sans doute.
— Mais quand un homme riche et par là-même suspect d’être l’ennemi du peuple voit cela, alors, ô mon camarade, il prend le parti que l’oracle conseillait à Crésus, et « le long de l’Hermos au lit caillouteux il fuit, n’ayant souci d’être traité de lâche. »
— Et aussi bien n’aurait-il pas à craindre ce reproche deux fois !
— Et s’il est pris dans sa fuite, j’imagine qu’il est mis à mort.
— Inévitablement.
— Quant à ce protecteur du peuple, il est évident qu’il ne gît point à terre «de son grand corps couvrant un grand espace soi. », au contraire, après avoir abattu de nombreux rivaux, il s’est dressé sur le char de la cité, et de protecteur il est devenu tyran accompli.
— Ne fallait-il pas s’y attendre?

Susciter des guerres, pour que le peuple ait besoin d’un chef

— Examinons maintenant, repris-je, le bonheur de cet homme et de la cité on s’est formé un semblable mortel.
— Parfaitement, dit-il, examinons.
— Dans les premiers jours, il sourit et fait bon accueil à tous ceux qu’il rencontre, déclare qu’il n’est pas un tyran, promet beaucoup en particulier et en public, remet des dettes, partage des terres au peuple et à ses favoris, et affecte d’être doux et affable envers tous, n’est-ce pas?
— II le faut bien, répondit-il.
— Mais quand il s’est débarrassé de ses ennemis du dehors, en traitant avec les uns, en ruinant les autres, et qu’il est tranquille de ce côté, il commence toujours par susciter des guerres, pour que le peuple ait besoin d’un chef.
— C’est naturel.
— Et aussi pour que les citoyens, appauvris par les impôts, soient obligés de songer à leurs besoins quotidiens, et conspirent moins contre lui.
— Evidemment.
— Et si certains ont l’esprit trop libre pour lui permettre de commander, il trouve dans la guerre, je pense, un prétexte de les perdre, en les livrant aux coups de l’ennemi. Pour toutes ces raisons, il est inévitable qu’un tyran fomente toujours la guerre.
— Inévitable.
— Mais ce faisant, il se rend de plus en plus odieux aux citoyens.
— Comment non?

L’obligation de vivre avec des gens méprisables ou de renoncer à la vie

— Et n’arrive-t-il pas que, parmi ceux qui ont contribué à son élévation, et qui ont de l’influence, plusieurs parlent librement soit devant lui, soit entre eux, et critiquent ce qui se passe- du moins les plus courageux?
— C’est vraisemblable.
— Il faut donc que le tyran s’en défasse, s’il veut rester le maître, et qu’il en vienne à ne laisser, parmi ses amis comme parmi ses ennemis, aucun homme de quelque valeur.
— C’est évident.
— D’un oeil pénétrant il doit discerner ceux qui ont du courage, de la grandeur d’âme, de la prudence, des richesses; et tel est son bonheur qu’il est réduit, bon gré mal gré, à leur faire la guerre à tons, et à leur tendre des pièges jusqu’à ce qu’il en ait purgé l’État !
— Belle manière de le purger !
— Oui, dis-je, elle est à l’opposé de celle qu’emploient les médecins pour purger le corps; ceux-ci en effet font disparaître ce qu’il y a de mauvais et laissent ce qu’il y a de bon : lui fait le contraire.
— Il y est contraint, s’il veut conserver le pouvoir.
— Le voilà donc lié par une bienheureuse nécessité, qui l’oblige à vivre avec des gens méprisables ou à renoncer à la vie !
— Telle est bien sa situation, dit-il.
— Or, n’est-il pas vrai que plus il se rendra odieux aux citoyens par sa conduite, plus il aura besoin d’une garde nombreuse et fidèle?
— Sans doute.
— Mais quels seront ces gardiens fidèles? D’où les fera-t-il venir?
— D’eux-mêmes, répondit-il, beaucoup voleront vers lui, s’il leur donne salaire.
— Par le chien ! il me semble que tu désignes là des frelons étrangers, et de toutes sortes.
— Tu as vu juste.
— Mais de sa propre cité qui aura-t-il? Est-ce qu’il ne voudra pas…
— Quoi?
— Enlever les esclaves aux citoyens et, après les avoir affranchis, les faire entrer dans sa garde.
— Certainement. Et aussi bien ce seront là ses gardiens les plus fidèles.
— En vérité, d’après ce que tu dis, elle est bienheureuse la condition du tyran, s’il prend de tels hommes pour amis et confidents, après avoir fait mourir les premiers !
— Et pourtant il ne saurait en prendre d’autres.
— Donc, ces camarades l’admirent, et les nouveaux citoyens vivent en sa compagnie. Mais les honnêtes gens le haïssent et le fuient, n’est-ce pas?
— Hé! peuvent-ils faire autrement?
— Ce n’est donc pas sans raison que la tragédie passe, en général, pour un art de sagesse, et Euripide pour un maître extraordinaire en cet art.
— Pourquoi donc?
— Parce qu’il a énoncé cette maxime de sens profond, à savoir « que les tyrans deviennent habiles par le commerce des habiles»; et il entendait évidemment par habiles ceux qui vivent dans la compagnie du tyran.
— Il loue aussi, ajouta-t-il, la tyrannie comme divine et lui décerne bien d’autres éloges, lui et les autres poètes.
— Ainsi donc, en tant que gens habiles, les poètes tragiques nous pardonneront, à nous et à ceux dont le gouvernement se rapproche du nôtre, de ne point les admettre dans notre État, puisqu’ils sont les chantres de la tyrannie.
— Je crois, dit-il, qu’ils nous pardonneront, du moins ceux d’entre eux qui ont de l’esprit.
— Ils peuvent, je pense, parcourir les autres cités, y rassembler les foules, et, prenant à gages des voix belles, puissantes et insinuantes, entraîner les gouvernements vers la démocratie et la tyrannie.
— Sûrement.
— D’autant plus qu’ils sont payés et comblés d’honneurs pour cela, en premier lieu par les tyrans, en second lieu par les démocraties; mais à mesure qu’ils remontent la pente des constitutions, leur renommée faiblit, comme si le manque de souffle l’empêchait d’avancer.
— C’est exact.

Si le peuple se fâche…

— Mais, repris-je, nous nous sommes écartés du sujet. Revenons-en à l’armée du tyran, cette troupe belle, nombreuse, diverse, et toujours renouvelée, et voyons comment elle est entretenue.
— Il est évident, dit-il, que si la cité possède des trésors sacrés, le tyran y puisera, et tant que le produit de leur vente pourra suffire, il n’imposera pas au peuple de trop lourdes contributions.
Mais quand ces ressources lui manqueront?
— Alors, il est évident qu’il vivra du bien de son père, lui, ses commensaux, ses favoris et ses maîtresses.
— Je comprends, dis-je : le peuple qui a donné naissance au tyran le nourrira, lui et sa suite.
— Il y sera bien obligé.
— Mais que dis-tu? Si le peuple se fâche et prétend qu’il n’est point juste qu’un fils dans la fleur de l’âge soit à la charge de son père, qu’au contraire, le père doit être nourri par son fils; qu’il ne l’a point mis au monde et établi pour devenir lui-même, quand son fils serait grand, l’esclave de ses esclaves, et pour le nourrir avec ces esclaves-là et le ramassis de créatures qui l’entourent, mais bien pour être délivré, sous son gouvernement, des riches et de ceux qu’on appelle les honnêtes gens dans la cité; que maintenant il lui ordonne de sortir de l’État avec ses amis, comme un père chasse son fils de la maison, avec ses indésirables convives…
— Alors, par Zeus! il connaîtra ce qu’il a fait quand il a engendré, caressé, élevé un pareil nourrisson, et que ceux qu’il prétend chasser sont plus forts que lui.
— Que dis-tu? m’écriai-je, le tyran oserait violenter son père, et même, s’il ne cédait pas, le frapper?
— Oui, répondit-il, après l’avoir désarmé.
— D’après ce que tu dis le tyran est un parricide et un triste soutien des vieillards; et nous voilà arrivés, ce semble, à ce que tout le monde appelle la tyrannie ; le peuple, selon le dicton, fuyant la fumée de la soumission à des hommes libres, est tombé dans le feu du despotisme des esclaves, et en échange d’une liberté excessive et inopportune, a revêtu la livrée de la plus dure et la plus amère des servitudes,
— C’est, en effet, ce qui arrive,
— Eh bien ! demandai-je, aurions-nous mauvaise grâce à dire que nous avons expliqué de façon convenable le passage de la démocratie à la tyrannie, et ce qu’est celle-ci une fois formée?
— L’explication convient parfaitement, répondit-il.

***

Intelligence artificielle

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Je me réjouis de voir que Montréal est en train de devenir un des pôles mondiaux importants dans le développement de l’intelligence artificielle. Il faut continuer dans cette voie, avec vigueur. Ne pas avoir peur d’investir.

Je suis toutefois frappé par la différence entre le discours de Philippe Couillard et de Dominique Anglade, au Québec, et celui d’Axelle Lemaire, en France.

Le premier donne l’impression que l’intelligence artificielle est pure technologie et que l’intérêt de la voir se développer à Montréal est essentiellement économique.

Le second met en évidence la dimension sociale et politique de l’intelligence artificielle, et l’intérêt de participer à son développement pour y intégrer les valeurs essentielles de la France.

Exemple:

De Davos, Philippe Couillard a salué dans ces mots l’investissement de Microsoft dans Maluuba, un fleuron de l’intelligence artificielle à Montréal — dont la multinationale a récemment fait l’acquisition (une version française du site Web ne serait d’ailleurs pas un luxe).

«Grâce au dynamisme et à la capacité d’innover d’entreprises visionnaires comme Maluuba et au savoir-faire de chercheurs reconnus mondialement tels que M. Bengio, le Québec peut se distinguer dans le secteur de l’intelligence artificielle. Ce domaine d’avenir contribue à propulser notre société vers l’économie numérique. » (source)

Presque au même moment, la secrétaire d’État au numérique et à l’innovation de France expliquait dans ces termes pourquoi elle lançait maintenant une stratégie nationale sur l’intelligence artificielle, à trois mois des élections présidentielles:

«…l’enjeu est de savoir qui va définir les normes et les standards en matière d’intelligence artificielle : est-ce que l’on veut que ce soient d’autres pays ou d’autres industries qui le fassent ? (…) La France a tout intérêt à se saisir de ces questions et à se créer un arsenal de réponses pour défendre une vision de l’intelligence artificielle qui corresponde à nos valeurs, qu’il s’agisse d’égalité, de lutte contre les discriminations, de partage, de solidarité ou d’essor économique par l’innovation.» (source)

***

L’intelligence artificielle est en train de transformer en profondeur le fonctionnement de notre société. Je pense qu’il y a lieu d’être enthousiaste et d’y voir quelque chose de positif. Mais il ne faut pas être candide.

L’intelligence artificielle intégrera les valeurs de ceux qui l’inventent aujourd’hui. Autant le savoir, l’expliquer et reconnaître que c’est aussi un enjeu démocratique.

J’aimerais que cela soit un peu plus présent dans le discours des femmes et des hommes politiques du Québec.

***

Et, d’ailleurs, si le sujet vous intéresse, j’attire votre attention sur la prochaine édition de Décoder le monde, au Musée de la civilisation, qui se tiendra sur le thème des robots et de l’Intelligence artificielle, du 30 mars au 2 avril prochain.

«Tous les domaines de la vie humaine sont concernés : les loisirs, le travail, la santé, l’économie, la politique et même les rapports à notre propre corps avec les greffes d’éléments biotechnologiques et le corps augmenté.

L’événement Décoder le monde propose aux citoyens et aux familles des ateliers, des démonstrations, des spectacles et des rencontres avec des penseurs, des artistes et des spécialistes de la recherche scientifique québécoise.»

De belles photos et des données

J’attendais d’avoir quelques livres sur ma liste avant de faire une commande sur Amazon (seulement pour des livres difficiles à trouver en librairies indépendantes, évidemment!).

J’ai lancé la commande ce matin après que SocioZone, de Sophie Hamel-Dufour, m’ait fait découvrir le livre On Reading, du photographe Steve McCurry — qui a fait l’objet d’une magnifique présentation de la BBC.

De quoi intéresser aussi Maxime Tremblay, je pense.

Avec Dear Data, je devrais donc recevoir deux merveilles par la poste au cours des prochains jours.

J’ai hâte!

J’aime (vraiment?)

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Le résultat de l’élection présidentielle américaine nous a amenés à réfléchir sur le rôle des fake news — sur ce qu’est vraiment une fausse nouvelle et, de façon plus générale, sur l’importance de la qualité de l’information dans une démocratie.

Mais ce qui me reste le plus à l’esprit, deux mois plus tard (à deux jours de l’inauguration du 45e président des États-Unis), c’est l’incroyable influence de l’environnement informationnel dans lequel on baigne au quotidien. Et des moyens dont nous disposons pour aménager cet environnement.

On l’a dit, le fonctionnement de services comme Facebook repose presque entièrement sur des algorithmes. On le dit souvent comme une façon de dire qu’on n’y peut rien, c’est comme ça.

Et pourtant, c’est nous qui nous indiquons à l’algorithme de Facebook, comment nous souhaitons qu’il aménage l’information qu’il nous présente.

Le problème c’est que l’algorithme a l’oreille fine, il entend tout ce qu’on dit, même quand ce n’est pas vraiment à lui qu’on s’adressait.

***

Pour l’algorithme, ce qui est important c’est de nous présenter des choses qui nous donnent envie d’interagir avec lui: de cliquer sur j’aime, sur je n’aime pas, de partager des textes et des images.

Et chaque fois qu’on fait ça, on se trouve à parler avec l’algorithme. On l’aide à comprendre qu’est-ce qui peut faire cliquer toujours plus souvent. Parce que c’est ça son rôle.

L’algorithme de Facebook ne veut pas nous informer. Il veut nous faire cliquer — qu’importe sur quoi. Parce que c’est nos clics que Facebook transforme en argent, de toutes sortes de façons.

Cette prise de conscience me fait maintenant hésiter à cliquer sur j’aime. Parce que j’essaie d’abord de réfléchir comme l’algorithme. J’essaie d’interpréter ce que je suis en train de dire en cliquant sur ce petit pouce bleu à l’air inoffensif?

Parce que je suis de plus en plus conscient que je ne suis pas seulement en train de dire à l’ami qui me présente un article de La Presse, par exemple, que j’apprécie ce qu’il a partagé avec moi.

Je suis en même temps en train de dire à l’algorithme que je veux qu’il sache que j’aime ce genre de publication, que j’aimerais qu’il informe tous mes amis que j’ai aimé ce texte et que je compte évidemment sur lui pour me présenter de plus en plus de choses semblables.

C’est pour ça qu’on ne peut pas se contenter de déplorer le fonctionnement algorithmique de Facebook. Parce que c’est nous qui introduisons les variables dans l’algorithme. Nous avons donc une responsabilité dans la composition de notre mur Facebook.

***

J’ai été renversé de découvrir, en fin d’année, que j’avais cliqué/partagé/publié 12000 fois sur Facebook en 2016 (c’était indiqué dans le petit bilan de fin d’année). Autant de fois où j’ai nourri l’algorithme, sans trop m’en rendre compte. Docilement.

Alors ne vous surprenez plus si je clique moins souvent sur j’aime sur ce que vous publiez sur Facebook.

Ce n’est pas parce que j’aime moins ce que vous publiez. C’est parce que je suis plus conscient du message que je passe en même temps à l’algorithme:

  • svp, répète à tout mon réseau que j’aime ça;
  • assure-toi que mes amis voient aussi ce texte ou cette photo;
  • et présente-moi le plus souvent possible des choses du même genre.

Si je ne suis pas prêt à dire tout ça à l’algorithme, je ne clique pas.

Parce que je suis de plus en plus conscient que quand je clique, c’est d’abord à l’algorithme que je parle.

Conseil national — 5 (suite et fin)

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Le discours que Jean-François Lisée a prononcé pour conclure le Conseil national a entièrement porté sur le nationalisme économique.

C’est un discours qui m’a vraiment enthousiasmé — et je pense que ne suis pas le seul! C’est un discours qui pose les bases d’un travail politique qui s’annonce extrêmement prometteur  — en particulier dans une région comme la Capitale-nationale.

Il faut aussi dire que le nouveau chef a un talent oratoire exceptionnel. Il sait surprendre, susciter l’attention, faire rire et expliquer: tout à la fois! C’est pédagogique sans être trop sérieux. Il réussit à faire appel à l’intelligence en conservant son petit côté badin qui fait qu’on ne s’ennuie jamais.

Je ne ferai pas un compte-rendu exhaustif de ce discours parce qu’il sera bientôt disponible sur le Web — et qu’il mérite amplement qu’on prenne le temps de le regarder en entier (on peut, d’ici-là, consulter le communiqué de presse associé au discours).

[Mise à jour: le discours est ici]

Néanmoins, quelques éléments:

«Il est temps de redéfinir ce que ça veut dire, concrètement, le nationalisme économique.»

«Il y a dans le gouvernement Couillard une naïveté néfaste devant la réalité du monde des affaires.»

«Autour de nous sur le continent, il n’y a pas que des enfants de chœur (…) il va falloir défendre notre économie — revendiquer, établir des rapports de forces.»

«Il faut continuer à aider et accompagner de façon active nos entreprises, mais de façon plus efficace et beaucoup plus ciblée.

«Nous allons favoriser l’entrepreneuriat sous toutes ses formes. En commençant par arrêter de leur nuire.»

«On impose beaucoup trop de paperasse aux entreprises… c’est une réalité intolérable. Il faut rapidement informatiser et simplifier tous les rapports entre les entreprises et le gouvernement.»

«Il faut aussi changer la culture en vigueur à Revenu Québec, qui présume toujours de la culpabilité des entrepreneurs.»

«La concertation est au coeur du modèle économique québécois.»

«La transformation économique qui a été faite dans la région de la Capitale-nationale au cours des vingt dernières années peut servir d’inspiration pour tout le Québec.»

«On ne veut pas de péréquation, on veut notre part des investissements efficaces dans l’économie canadienne — ou, comme le disait Dédé Fortin: « passe-moi’ puck pis j’vas en compter des buts.« »

«Nous allons toujours faire confiance au dynamisme des entrepreneurs.»

Ce sont seulement quelques-uns des passages qui ont particulièrement retenu mon attention. J’ai hâte de voir ce que les médias en auront retenu de leur côté!

***

C’était mon dernier texte pour ce Conseil national.

Je suis content d’avoir décidé de partager de cette façon notes et premières réflexions.

Je l’ai fait pour favoriser une communication spontanée, avec les collègues militants, mais aussi dans une volonté d’ouverture — avec les curieux et avec ceux qui souhaitent redécouvrir le Parti Québécois.

Pour démystifier aussi, un tant soit peu, ce genre de grands rendez-vous politiques qui sont au coeur de notre démocratie.

Ç’a été d’autant plus agréable que la fin de semaine a été particulièrement réussie… et très stimulante!

Prochaine étape: se plonger dans une lecture attentive de la proposition principale (je compte partager éventuellement certaines notes de lecture)  — et se préparer à en débattre… pendant les huit prochains mois.

On a un peu de temps devant nous…

Voir aussi: 

Conseil national — 4

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Faire de la politique, c’est aussi se lever avec le soleil un dimanche matin, prendre une douche rapide, sauter dans ses bottes et faire virevolter la fraîche des rues de son quartier pour aller rejoindre d’autres citoyens qui ont choisi de consacrer leur fin de semaine à débattre de l’avenir de notre société. Il faut prendre le temps d’apprécier un peu la poésie de la chose… (d’où le choix de la photo!).

***

Le deuxième jour du Conseil national a commencé par un premier bloc d’activités qui se tenait à huis clos (retour sur la course à la chefferie, suivi du plan d’action triennal, budget, etc.). Rien qui peut être rapporté ici, donc.

***

Nous avons ensuite réinvité les observateurs et les journalistes à se joindre à nous pour souligner le travail de trois militants exemplaires: Gilles Cantin, Vincent Angel-Despins et Gilles Gaudreau. Les deux premiers sont de la région de la Capitale-Nationale (de Charlesbourg). Bravo!

***

Nous par la suite conclu la campagne de financement 2016 (avec un grand succès!) et lancé la campagne de 2017, que j’aurai le plaisir de coprésider avec la nouvelle députée de Marie-Victorin, Catherine Fournier.

***

Ça a ensuite été le moment d’un passage obligé de tous les conseils nationaux: la présentation des propositions aux instances et à l’aile parlementaire ainsi que les propositions d’urgence.

J’ai eu, une fois de plus, l’impression qu’il faudrait repenser la manière de traiter ces propositions. C’est un moment important de la vie démocratique du parti, mais on la confine à un moment où les délégués des circonscriptions ont faim et n’attendent plus que le discours de clôture du chef pour reprendre la route et retourner chez eux. C’est dommage. On peut faire mieux.

Je pense qu’on devrait aussi beaucoup mieux définir (ou appliquer) les conditions de recevabilité de ces propositions. Certaines me semblaient seulement indirectement destinées aux instances ou à l’aile parlementaire. Certaines ne me semblaient pas se qualifier pour être considérées comme une résolution d’urgence. Je suis peut-être dans l’erreur… mais, quoi qu’il en soit, je pense qu’il faut y réfléchir.

Reste le discours du chefqui fera l’objet de mon dernier texte.

Voir aussi: 

Conseil national — 3

J’ai pris part ce midi au dîner des présidents régionaux en compagnie du nouveau chef du parti. C’est un moment que je trouve chaque fois particulièrement précieux parce qu’il nous permet de prendre le pouls rapidement de la situation politique partout au Québec. Cette édition était particulièrement bonne: positive et stimulante.

Tout le monde semble recevoir la proposition principale avec enthousiasme. J’ai vraiment senti que tout le monde avait hâte d’entreprendre les débats qu’elle va évidemment provoquer — convaincus qu’on en sortira renforcé.

***

En après-midi, les participants étaient regroupés dans quatre ateliers. J’ai participé à l’atelier sur la communication et les médias sociaux.

J’ai beaucoup apprécié ce qui a été présenté: du concret, des idées, des exemples. Le message essentiel est simple: c’est plus indispensable que jamais de sortir de notre bulle — sur les réseaux sociaux, bien sûr!, mais aussi dans la réalité de chacune des circonscriptions. Ça peut avoir l’air évident… et pourtant! Et c’est là que le changement de ton auquel nous invite Jean-François Lisée (j’y faisais référence ce matin) peut faire toute la différence.

Je ne partagerai évidemment pas les trucs, outils et suggestions qui ont été présentés, mais je les évoque quand même ici pour que les militants qui n’ont pas pu participer à l’atelier sachent qu’ils existent et fassent le nécessaire pour les obtenir.

***

Une des réflexions que je me suis faite cet après-midi concerne la manière dont on parle des jeunes.

Je l’ai déjà évoqué dans les derniers mois, mais je crois qu’il n’est pas inutile de le rappeler:

C’est un piège d’évoquer les jeunes — comme si c’était un groupe homogène. On tombe encore trop souvent dans ce piège.

Il ne faut jamais perdre de vue que le groupe des 16 à 35 ans est (au moins) aussi diversifié que celui des 36 à 55 ans, par exemple.

Si on veut entrer en contact avec des jeunes, il va falloir apprendre à s’intéresser de façon beaucoup plus précise à ce qui les intéresse, à leurs aspirations et à ce qui les distingue des plus vieux, mais aussi d’autres jeunes de leur âge.

***

Ça va être tout pour le partage de mes notes et de mes réflexions de la première journée du Conseil national.

La suite demain.

Voir aussi: 

Et peut-être aussi:

 

Conseil national — 2

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La première demi-journée du Conseil national du Parti Québécois a été consacrée à différents rapports d’activités (leader parlementaire, président du parti, etc.), à un premier discours du chef (essentiellement destiné aux membres), à la présentation de la proposition principale, ainsi qu’à un projet de révision des statuts du parti. Je partage de quelques notes.

Sur les rapports d’activités:

Il nous faut plus d’interventions enjouées comme celle de Mathieu Traversy. Parce que je suis convaincu que le plaisir est indispensable pour que tout projet soit couronné de succès (et peut-être encore plus en politique).

Je pense que rire ensemble c’est déjà faire un pas dans la bonne direction.

Sur le discours du chef (quelques citations, de façon approximative):

«…nous devrons être clairs, nets et constants.»

«Il faut privilégier les gestes efficaces et rassembleurs.»

«Il ne faut pas hésiter à aller là où on ne nous attend pas.»

«Nous devons être convaincus et convaincants, mais pas fermés; jamais rancuniers.»

«Il faut éviter d’en faire trop sur les réseaux sociaux… ne pas perdre de temps avec les gens que nous savons qu’il est impossible de convaincre.»

«Il faut être nous-mêmes, fiers, sans être abrasifs.»

«Il faut accepter que nous ne serons pas toujours d’accord sur tout… qu’on ne va pas tous au même rythme, et que ce qui est important c’est d’aller tous dans la même direction.»

Sur la présentation de la proposition principale:

Je reçois avec un très grand enthousiasme le document qui nous a été présenté.

J’aurai évidemment l’occasion d’en reparler abondamment dans les prochaines semaines.

D’ici là, si vous désirez pour en prendre connaissance, c’est ici, en format pdf, ou ici — en version Web, dans une plateforme qui nous permettra d’en débattre, de façon très ouverte, avec tous les Québécois, en parallèle des différentes étapes plus formelles qui doivent nous guider vers le XVIIe congrès national.

La révision des statuts, c’est pas mal de la poutine interne… pas de notes à partager ici.

Voir aussi: 

 

Conseil national — 1

Je participe cette fin de semaine au Conseil national du Parti Québécois. Une rencontre importante au cours de laquelle la proposition principale sera présentée aux militants.

La proposition principale, c’est l’embryon du prochain programme. C’est le document de base, à partir duquel nous allons débattre pendant huit mois — dans des congrès locaux, des congrès régionaux, et finalement au congrès national, à la fin du mois de septembre.

Nous n’allons pas débattre formellement du document et des propositions qu’il contient cette fin de semaine. Nous allons simplement en prendre connaissance et partager nos premières impressions.

Certaines personnes se précipiteront évidemment devant les micros des journalistes pour donner leur avis sur telle ou telle proposition formulée par le nouveau chef. Ce seront probablement les personnes les plus connues, les figures les plus traditionnellement associées au parti. Ils voudront donner un spin sur la proposition. Ça fait partie du jeu.

Mais il ne faudra pas trop porter attention à ces spins. Il sera préférable de s’intéresser aux autres points de vue, probablement plus nuancés, qui s’exprimeront vraisemblablement au cours des prochaines semaines.

Il faudra s’intéresser particulièrement aux débats que les jeunes nous inviteront à faire au sein du parti. Parce qu’on va débattre, ça c’est sûr (et on est bon là-dedans!). C’est même précisément ça l’objectif des prochaines semaines et des prochains mois!

Je suis convaincu qu’une grande majorité des membres du Parti Québécois ont envie qu’on aborde les choses autrement au cours des prochaines années. Ils souhaitent que le parti adopte de nouvelles perspectives et qu’il évite de se laisser guider par les réflexes et les stratégies qui nous ont maintenu dans l’opposition depuis beaucoup trop longtemps.

Il va falloir, pour ça, se méfier de toutes les interventions qui nous sembleront guidées par la peur — de tout, de rien, qu’importe.

Il va falloir se faire confiance et innover.

Voir aussi: 

Trump et les médias

Scénario purement imaginaire:

  • Les médias institutionnels n’aiment pas Donald Trump: il est beaucoup trop indépendant à leur goût. Ils n’apprécient évidemment pas son mépris… ni le fait que son audience sur Twitter est beaucoup plus importante que le public de la plupart d’entre eux.
  • Donald Trump n’aime pas les médias: ils ne sont pas assez manipulables à son goût — ils n’acceptent pas de diffuser docilement son message.
  • Dans sa première conférence de presse officielle, il semonce publiquement un des médias les plus symboliques des États-Unis: «I will not anwser your question, you are fake news.»
  • De nombreux médias mettent la citation de Trump à la une de leur site Web et s’empressent de la diffuser sur les réseaux sociaux. Les partages se multiplient. Le message passe.
  • De nombreux journalistes, offusqués, s’empressent de partager la une de leur employeur sur Facebook et sur Twitter, accompagée d’un petit mot du genre «Quel con!». Le message continue de circuler…

Résultat:

  • Les médias s’indignent contre Trump mais participent à la diffusion de son message.
    Les journalistes sont outrés du mépris de Trump pour leur profession, mais prennent l’initiative de diffuser eux mêmes son message dans leurs réseaux sociaux.
  • En ouvrant Facebook et Twitter, des millions de personnes voient les noms des médias les plus réputés des États-Unis associés à «fake news». Des décennies de crédibilité s’effritent lentement mais sûrement.
  • Donald Trump est mort de rire. Il n’en demandait pas tant.

Conclusion:

  • On a clairement pas fini de tirer des leçons de ce qui s’est passé lors de la campagne présidentielle aux États-Unis.

L’optimisme, un geste à la fois

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Je le disais hier, je pense qu’il faut choisir d’adopter une attitude optimiste devant la situation sociale et politique. Ne pas se laisser abattre, résister au cynisme.

Ça ne veut évidemment pas dire de se mettre des lunettes roses et de se mettre à croire aux licornes — au contraire. Ce n’est pas nier la réalité. C’est, au contraire, un combat constant avec la réalité telle qu’elle se présente — tel qu’on tente de nous la présenter.

Je pense que ça commence par refuser l’idée «qu’on y peut rien». C’est miser sur le fait qu’on peut avoir une influence sur la situation — que l’engagement n’est pas vain. C’est croire que l’innovation est une force positive. C’est réitérer tous les jours sa conviction que ça pourrait aller mieux demain.

C’est ça qui me motive quand je travaille à la transformation numérique des industries culturelles — en particulier dans le monde du livre.

C’est ce qui motive mon engagement avec le Parti Québécois.

C’est ce qui m’amène à manger un sandwich devant l’Assemblée nationale chaque vendredi — dans une démarche citoyenne non partisane.

Et c’est aussi ce qui m’amène à apposer depuis quelques semaines de petits autocollants sur tous les dollars qui passent dans mes poches.

Il s’agit de quatre formes d’engagements variées — en nature et en intensité — qui sont pour moi tout à fait complémentaires et dont chacun a son importance.

Parce que je pense qu’on augmente nos chances de rester optimiste quand on diversifie la forme de ses engagements — et quand ils nous amènent à côtoyer des gens variés, qui ont des points de vue différents sur les défis auxquels notre société est confrontée.

***

C’est aussi dans cet état d’esprit que je vais participer en fin de semaine au Conseil national du Parti Québécois, qui se tient à Québec.

C’est ce qui va guider le regard que je vais poser sur la proposition principale (l’embryon du prochain programme) qui nous sera présentée à cette occasion.

C’est ce qui me fait souhaiter que le Parti Québécois:

  • adopte une attitude et un discours de plus en plus positifs;
  • manifeste une opinion favorable pour l’innovation, sous toutes ses formes;
  • et qu’il choisisse bien les batailles qu’il entend mener.

On s’en reparle en fin de semaine…

Note: Pour voir les autres textes en lien avec les rendez-vous sandwich, on peut cliquer ici.

Photo: une oeuvre de Geneviève De Celles.