Le pays des merveilles / 1

20130720-062253.jpg

Descendant du bus sur la rue Saint-Paul, je suis passé comme tous les matins devant le stationnement de la Gare du Palais. Pour une dernière fois avant les vacances.

Il faisait très beau. Soleil. Petit vent.

Aucun signe de pluie, et pourtant, le stationnement était couvert d’eau. Pire (ou mieux!): il se remplissait d’eau!

Mon environnement se préparait lui aussi aux vacances!

Demain il y aurait probablement là un lac et un parking à chaloupes.

Déambuler

20130719-074248.jpg

Vacances. Presque.

Le plaisir d’aller sans destination. De se laisser surprendre par les ruelles. D’accepter les invitations imprévues. De flâner.

Il y a partout des surprises quand on s’ouvre les yeux et l’esprit pour les accueillir. C’est plus facile pendant les vacances, mais ça devrait rester un exercice quotidien.

Comme cette ruelle de Québec aux allures new yorkaises où je me suis perdu la semaine dernière.

Comme ce jeune étudiant qui lit L’étranger assis au milieu d’un groupe d’immigrants volubiles dans l’autobus ce matin.

Comme ce qui m’attend, peut-être, au prochain coin de rue, derrière cet arbre, à la quarante-troisième page du livre, au fond de la tasse de thé ou en croquant ce dernier biscuit.

Les vacances c’est le pays des merveilles.

La goutte

Je suis arrivé une quinzaine de minutes à l’avance. Pour avoir le temps de souffler un peu. Il faisait chaud et je devais m’assurer d’avoir les idées claires.

J’ai fixé du regard la goutte sur la paroi du verre. Oui, celle-là.  Et j’ai tendu l’oreille. Pas pour écouter ce que les voisins se racontaient. Juste pour le bruit, pour l’ambiance. Pour saisir l’empreinte du moment.

Et soudain, il était là. Déjà.

Avant même que je puisse prendre une gorgée.

Canicule

IMG_5649

Plaisir d’écrire assis dans une chaise de parterre, à l’ombre, au son du vent dans les feuilles du bouleau, le nez chatouillé par l’odeur des phlox, une Dominus Vobiscum à la portée de la main.

Et cette photo, prise le 7 janvier près de la Puerta de la Ciudadela à Montevideo, par la même température caniculaire. Extrait de mes notes de voyage:

* * *

« Les enfants ont dormi jusqu’à 10h45. Moi j’ai somnolé de 8h30 à 11h. On a ensuite mangé les croissants et le pain achetés par Ana.

Je pars à l’instant pour l’océan avec É. et C. pour un trente minutes de baignade avant de se rendre à Plaça Independencia pour essayer de faire un tour de ville.

Pour le reste, on verra.

Il fait TRÈS chaud et TRÈS humide aujourd’hui.

(…)

Au lieu du tour guidé, nous avons marché dans le quartier — celui où on s’était fait arroser de bière et d’eau le 24 décembre. Ça été plus agréable cette fois! — malgré la chaleur. On a marché du côté ombragé de la rue.

(…)

Repartant de là, on a remonté l’avenue du 18 juillet, faits quelques boutiques, visité le musée Torres Garçia (et son très intéressant « constructivisme universel») et nous sommes finalement retourné à La Cigale pour une helado.

Arrivé à l’appartement, direction plage. On a passé une très belle heure rafraîchissante dans l’océan.

Au retour de la plage on a laissé les enfants seuls une petite heure et nous sommes partis en amoureux… Pour faire l’épicerie! »

* * *

Et dire que ce soir les enfants sont avec leurs cousines à la piscine… alors on sort en amoureux!

Prendre le large

photo(6)

L’été. À une semaine des vacances.

Fin de semaine de teinture. Faut remettre la terrasse dans un état qui permettra d’en profiter et d’y inviter les amis. Fin de semaine de soleil aussi. Et de calme.

Presque une heure chaque matin, au lit, pour faire un survol des réseaux sociaux, dans le silence. Eh boy qu’il s’en dit des choses, qu’il s’en raconte des histoires… que d’opinions exprimées… Pour le mieux? Je ne sais pas, peut-être — probablement.

Sur la tragédie de Lac-Mégantic, on dit que c’est le résultat de la poursuite effrénée du profit rapide — et de la déréglementation, qui en est le moteur. Une affaire de rythme. Toujours plus vite. Jusqu’au drame.

Il faut admettre que nos comportements ne sont pas étrangers aux conditions qui nous ont amenés là. On veut de l’essence à bas prix, des produits de consommation pas chers — et pouvoir les renouveler sans cesse en fonction des tendances de la mode. On voudrait aussi que les gouvernements soient de plus en plus lean; qu’ils nous taxent et nous imposent le moins possible, quitte à ce qu’ils n’aient plus les moyens d’agir. Parce qu’on nous a convaincus que l’intervention de l’État, c’est toujours trop lent, donc inefficace. Il faut aller plus vite et, pour ça, déréglementer, le plus possible, parce que le rythme est devenu l’ultime mesure de l’efficacité.

Je décroche.

Il faut ralentir.

Prendre le temps de réfléchir.

La cabine abandonnée

IMG_9548

J’ai cru assister ce matin à la disparition du dernier téléphone public de la rue Saint-Paul. Ce sont les cônes et le ruban qui ont attiré mon attention. L’ouvrier était là, démontant discrètement la cabine. Le téléphone n’y était déjà plus. Je me suis arrêté et j’ai pris cette photo.

En reprenant mon chemin, je me disais qu’une cabine téléphonique c’est bien plus qu’un endroit pour communiquer, c’est aussi un point de vue — une perspective partagée par toutes les personnes qui utilisent le téléphone ou qui s’y abritent pour éviter la pluie.

Avec le démantèlement de cette cabine téléphonique, c’est donc aussi un point de vue sur la rue Saint-Paul qui disparaissait — ou qui devenait tellement improbable que cela revenait pratiquement au même.

C’est pour tenter d’immortaliser ce point de vue par un court texte que j’ai choisi de me transporter là, virtuellement, grâce à Google StreetView. Pour réaliser, ô surprise, qu’elle était abandonnée depuis longtemps! Sur la photographie prise par Google en avril 2012, on voit très bien que la cabine est là… sans ses portes et sans téléphone à l’intérieur!

Et dire que je suis passé sur cette rue des centaines de fois sans jamais remarquer la présence d’une cabine abandonnée… probablement parce que j’avais les yeux rivés sur mon iPhone, émerveillé par les images de cabanes abandonnées que tonydetroit partage sur Instagram.

Voyages imaginaires

IMG_9354

« If the world had not been entirely discovered yet, I would probably have become an explorer and would have travelled to the most remote places. The way it is now, when the world is nearly all accessible, I have no other choice than to stay at home and to write. Reality really is overestimated. »

Judith Schalansky

Judith Schalansky est l’auteure de l‘Atlas of Remote Islands. Un livre qui a pour sous-titre Fifty Islands I Have Not Visited and Never Will. Un livre absolument fascinant si je me fie à tout ce que j’ai pu lire à son sujet un peu partout sur le Web… après l’avoir découvert dans The Island Review, grâce à je ne sais quel hasard des réseaux sociaux.

Au sujet de sa manière d’écrire, telle que décrite par Spectator:

Judith Schalansky has chosen to incubate the minds of people who map islands. Curled up behind their eyeballs, she has let herself be carried around the globe from Lonely island in the Arctic to Deception in the Antarctic. Although she travels like Jules Verne, she describes each lonely deceptive landfall like Jorge Luis Borges.

Au sujet de sa perspective sur les îles, dans ses propres mots, rapportés par National Geographic:

The absurdity of reality is lost on the large land masses, but here on the islands, it is writ large. An island offers a stage: everything that happens on it is practically forced to turn into a story, into a chamber piece in the middle of nowhere, into the stuff of literature. What is unique about these tales is that fact and fiction can no longer be separated: fact is fictionalized and fiction is turned into fact.

Ça m’a évidemment rappelé la lecture de Comment parler des lieux où l’on n’a pas été?, de Pierre Bayard, auquel j’avais fait référence en janvier 2012.

Ça m’a aussi donné le goût de tenter un exercice d’écriture cet été…

…m’installer un après-midi dans un endroit que je connais bien pour écrire deux textes: un pour décrire ce lieu, et un autre pour décrire un endroit que je ne connais pas… où se trouverait quelqu’un d’autre, qui ferait le même exercice, décrivant le lieu où il se trouve, et celui où je serai — qu’il n’aurait jamais visité. Après une heure ou deux, s’échanger nos textes, comparer, annoter, partager.

Reste à trouver lieux et complice.

– – –

P.S. Gilles Herman porte à mon attention une traduction française de l’Atlas, publiée par Arthaud.

Le Colosse de New York

IMG_9178

Première lecture préparatoire à une prochaine semaine à New York. Suggérée par un ami.

Le Colosse de New York, de Colson Whitehead.

Treize courts textes sur la ville dans lesquels l’auteur adopte un regard contemplatif pour nous présenter les lieux et les moments particuliers qui composent la métropole, ce qui fait son rythme, le battement de son cœur.

J’ai d’ailleurs été surpris par ce rythme qui ne correspond pas du tout à l’expérience que j’ai de cette ville dans laquelle je n’ai connu que la précipitation — la fuite, le 11 septembre 2001, et de courts séjours professionnels, toujours très chargés. Je découvrirai probablement cet autre rythme la prochaine fois.

J’ai particulièrement aimé les textes intitulés Les portes de la ville, Métro et Pluie — de loin mon préféré, dont voici quelques phrases:

« La première goutte, c’est le pistolet du starter, et en entendant la première détonation les gens courent… »

« Soupçonnant une telle éventualité, les vendeurs de parapluies surgissent pour faire des affaires. Ils ont attendu toute la semaine faisant provision de billets de un dollar. Les vertus de leur marchandise se passent de commentaire. »

« Les pointes argentées fusent et visent les orbites. Le risque statistique de perdre un œil est essentiellement imputable aux pointes de parapluie, et vous êtes sûrement la prochaine victime. »

« Au coin de la rue, il dispute à un fantôme l’âme de son parapluie. C’est la rafale qui l’emporte : alors qu’il attend que le feu passe au rouge, le parapluie se retourne et se déchire. On déplore de lourdes pertes. Les blessés, les victimes de ce combat, dépassent des poubelles, abandonnés, leur tissu noir froissé sur un thorax de chrome éclaté. Tel est leur destin. Ils finissent soit à la poubelle, soit oubliés au restaurant, au cinéma, dans le vestibule d’un ami, répandant au sol une large flaque. Dans cette ville, s’attacher à un parapluie, c’est le plus court chemin vers le chagrin d’amour. Une étude objective révélerait qu’il n’y a dans tout New York que vingt parapluies, qui ne cessent de passer de main en main. Bande de Casanovas. Ce sont les parapluies qui nous enseignent la douleur de la perte. »

Rue Saint-Paul

IMG_2120

L’été revient enfin. Il faut que je ressorte mon appareil photo. Que je reprenne l’habitude de l’avoir à l’épaule. Parce que le iPhone, c’est bien, mais ça reste limité.

Il y aura les vacances évidemment, quelques semaines. Mais j’ai aussi envie de porter une attention particulière à mon parcours quotidien sur la rue Saint-Paul, du Musée de la civilisation à la Gare du Palais.

J’ai envie de faire une sorte de relevé photographique de cette rue où je croise presque tous les jours, depuis plusieurs années, cet inconnu au pas élastique et cette femme, toujours un café à la main, dont j’ai découvert l’identité tout à fait par hasard, il y a quelques semaines.

Cette rue étonnante où les matins où la magie opère on peut rencontrer en mois d’un quart d’heure une musicienne, un poète laveur de vitres, un écureuil philosophe, une cow girl égarée, un cultivateur d’asperges, un galeriste, un loueur de tandems, un réparateur de statues et une jeune femme qui bosse les gars de la construction avec une éblouissante virtuosité. Tout cela sans oublier les volubiles habitués du Café Soleil et le discret Boys club de l’Hôtel Belley.

Un été pour observer, photographier, prendre quelques notes.

Et qui sait, un jour, écrire quelque chose sur cette rue que j’aime profondément.

Délivrance

IMG_2594

L’interminable série de portes m’avait effrayé dès ma sortie de l’ascenseur. D’autant qu’elles étaient toutes fermées et que l’éclairage du couloir dans lequel je devais m’engager était déficient. J’ai été spontanément projeté dans l’hôtel où Barton Fink s’est échoué en manque d’inspiration. Le bruit provoqué par la fermeture de l’ascenseur n’a fait qu’amplifier cette impression.

Je n’ai trouvé pour seul signalisation que de petits panneaux dorés négligemment fixés à la hauteur du regard. L’inscription était là, sur la porte où j’avais été convoqué: Direction de la délivrance.

Que pouvait-il bien y avoir derrière cette porte? Je n’étais pourtant venu que pour me faire arracher une dent. C’est du moins ce que je croyais.

Délivrance: Action de délivrer.

Délivrer: remettre quelque chose. Peut-être. Mais quoi? Pourquoi? Un certificat de naissance? de décès? un permis? Je n’avais pourtant besoin de rien.

Délivrer: libérer. Perspective enivrante, certes, mais de quoi allais-je donc être affranchi? De quoi étais-je dépendant? ou captif? voire prisonnier? Avais-je été dirigé à cet endroit sous prétexte de soins dentaires afin de dissimuler d’autres motifs? Lesquels?

J’ai hésité de longues minutes, la main sur la poignée, le souffle court.

La perspective de me retrouver devant le Directeur du Service de la validation et du contrôle avant la délivrance m’angoissait profondément. Trop kafkaïen.

Je n’ai jamais ouvert cette porte. J’ai préféré m’enfuir.

Deux ans plus tard, je doute même qu’elle ait existé.

Mais il y a cette photo qui semble l’attester.

Vertiges

IMG_5602

Recevoir en cadeau de ses parents un dossier avec un ensemble de poèmes écrits autour de 18 ans. Le déposer sur la table de chevet pour le lire plus tard. Le laisser progressivement recouvrir par d’autres documents. Jusqu’à l’oublier.

Recevoir trois mois plus tard une convocation de la Commission parlementaire sur la Culture et l’Éducation, qui tiendra à la fin de l’été des auditions publiques en rapport avec une éventuelle réglementation du prix des livres.

Avoir envie de donner un peu de profondeur à la réflexion qui s’amorce pour la préparation d’un mémoire. Replonger un soir dans Passion et désenchantement du ministre Lapalme — qui raconte la naissance du Ministère des Affaires culturelles du Québec. Relire aussi quelques pages de L’Amour du livre, de Denis Vaugeois, qui raconte l’origine de la Loi sur le livre.

Quelques jours plus tard, en déplaçant les documents empilés sur la table de chevet, réaliser que le dossier dans lequel avaient été regroupés mes poèmes de jeunesse porte l’identification du ministère des Affaires culturelles. Étonnement. Le ministère des Affaires culturelles a changé de nom pour ministère de la Culture et des Communications en 1994. Comment mes poèmes ont-ils pu se retrouver dans ce dossier (une enveloppe repliée sur elle-même en fait)? Mystère.

Lapalme ministre des Affaires culturelles. Denis Vaugeois également. Gérald Godin, aussi — dont j’ai cité ans les derniers jours quelques textes qui lient politique et poésie.

Amusé par ces coïncidences, oser ouvrir le dossier.

Lire. Sourire.

* * *

Le texte écrit au retour de mon baptême de l’air attire particulièrement mon attention. Je m’en souviens évidemment très bien. C’était dans un tout petit avion au-dessus de Québec.

Clin d’oeil: je pense que ce poème pourrait aussi bien décrire l’impression que j’aurai, une vingtaine d’années plus tard, en entrant à l’Assemblée nationale pour présenter un mémoire en commission parlementaire.

* * *

Noctambule impénitent
les célestes diaprures
étaient mon unique horizon
jusqu’au crépuscule magique
où un fragile vaisseau
m’emporta sur le nocturne
océan

vertigineuse découverte
le miroitement diaphane
des espaces humains

la vermeille cryptographie de
la vie
s’offre à mon regard
comme seules des
constellations l’avaient fait

funambule, je découvre
l’orfèvre cité.

* * *

photo(5)

Poésie, pédagogie et politique

IMG_9303

À la fin d’une réunion à la BAnQ, plus tôt cette semaine, j’ai pris le temps de m’arrêter au premier étage pour visiter l’exposition « Être ou ne poète », qui est consacrée à l’œuvre et à la vie de Gérald Godin.

L’exposition est très simple, mais très efficace. J’aurais aimé qu’elle soit accompagnée d’un document synthèse — ou d’un site Web complémentaire — mais, à défaut, je suis reparti de la bibliothèque avec un livre sous le bras:

Traces pour une autobiographie, Écrits et parlés II — Édition préparée par André Gervais, Éditions de l’Hexagone, 1994.

Page après page, j’y redécouvre un politicien-poète (et vice versa) absolument extraordinaire — et dont les motivations me rejoignent profondément.

« Ce qu’il faut faire, c’est de trouver la pédagogie pour montrer aux gens que c’est ça, la réalité, et comment la changer, cette réalité-là. La job, la tâche, le labeur de la gauche, actuellement, ou de toute personne qui veut que ça change, qu’elle se qualifie de gauche ou de quoi que ce soit, c’est un problème pédagogique: comment amener les gens à découvrir ou à se rendre compte de la façon dont les choses fonctionnent, premièrement, comment les convaincre qu’il faut que ça change, deuxièmement. »

Je pourrais en citer des dizaines d’extraits formidables. Je le ferai d’ailleurs sans doute au cours des prochains jours.

* * *

Je note également au passage ces deux extraits, que j’ai cités sur Facebook hier après-midi:

« La poésie peut-elle changer le monde? La politique peut-elle changer le monde? La poésie peut-elle changer la politique? La politique peut-elle changer la poésie?

On n’écrit pas ce que l’on veut. Ce que l’on écrit c’est ce qui, en nous, veut devenir de l’écrit. »

* * *

« Ce par quoi les deux se ressemblent [la poésie et la politique], en fait, c’est en ce que les mots sont les citoyens de la poésie. Innombrables, imprévisibles, vivants, dynamiques, changeants, intraitables et qui, au fond, dominent absolument ceux qui croient s’en servir. »

* * *

Et j’en ajoute une dernière pour ce soir:

« G. G.: [Le pouvoir] est un poste d’observation unique. La nature humaine nous apparaît sous son plus beau jour (sic)… On constate que le sort du monde ne se joue pas au Conseil des ministres, mais dans le cœur de l’homme. Et je crois que le poète, par son langage, peut s’adresser au cœur des individus. Il est peut-être le seul à pouvoir le faire!

V. G.: Le pouvoir de la poésie serait plus réel que celui du politique?

G. G.: Je le crois. Les gens m’appellent le député-poète, et la mythologie qui entoure ces mots jette une sorte d’auréole autour de ma personne. Ça me permet plus de liberté; je peux dire les choses différemment. Plus fortement.

— Extrait d’une entrevue de Véronique Gagnon avec Gérald Godin.

* * *

De la lecture très inspirante.

D’Istanbul à Québec (en passant par New York)

photo(4)

Revolution will not be televised, it will be tweeted.

C’est écrit sur un mur à Istanbul. (source)

Le geste d’une amie l’a placé sur mon mur Facebook.

C’est sur l’écran de mon ordinateur ce matin.

* * *

Je plonge dans mon iPhone et j’en ressors cette photo d’un graffiti vu sur un mur, à New York, il y a quelques jours.

Même message.

Une main tendue. Un appel au réseau. À la solidarité.

De la couleur

IMG_9076

— Même avec un veston? Tu es certaine?

— Oui oui! c’est vraiment toi ces espadrilles là! C’est juste que tu ne le sais pas encore…

Plus j’y pense, plus je crois qu’elle a raison.

Et c’est pas tout! J’ai aussi acheté six paires de chaussettes ultra-colorées.

Avec ces chaussettes et Comment écrire au quotidien — 365 ateliers d’écriture, de Pierre Ménard, je pense que je vais enfin être bon pour me remettre à écrire ici… et être présent sur Twitter… avec le chic-éclatant que cela exige maintenant. Veston et chaussettes à pois. Pourquoi pas?

Je me retrouve en quelque sorte le 27 décembre 2011 — et je refais le projet de me servir de mon blogue comme un espace d’écriture — un espace pour écrire plus que pour publier — sans trop réfléchir. Pour écrire plus que moins — sans avoir peur du banal, parce qu’il en faut aussi pour trouver le plus réussi.

Ce sera donc varié. De tout et de rien. Du sérieux et du frivole. De l’utile et du dérisoire. Mais ce sera.

C’est juste que je ne le sais pas encore…

Des statistiques des nuages et des vents

photo(3)

Notre attention est évidemment sélective. On remarque davantage ce qui nous touche. C’est ainsi que, parfois, on a l’impression que les coïncidences se multiplient — que notre environnement nous parle; qu’il tente de nous dire quelque chose… alors que ce n’est pas notre environnement qui a changé, c’est le regard qu’on porte sur lui.

Ce sont des moments précieux. Ce sont des moments que j’aime.

J’aime chercher ce qui relie ces choses qui, soudainement, attirent mon attention — entre lesquelles il semble y avoir un fil conducteur imprévisible. Trouver ce qui guide ainsi mon regard et titille mon esprit à ce moment.

Ces derniers jours:

Ce court texte fantastique de Kurd Lasswitz, qui a inspiré la Bibliothèque de Babel de Borges, dans lequel l’auteur explore la littérature et les mathématiques dans un jeu de probabilités vertigineux qui convie le lecteur à une réflexion sur la culture.

Cette entrevue avec Stephen Wolfram, créateur de Mathematica et de Wolfram Alpha, qui faut un plaidoyer pour la mesure et l’analyse de toutes les données de notre vie. Toutes. Le Personnal Analytics devrait, selon lui, nous aider à vivre mieux. Tout aussi vertigineux.

Deux textes me tournaient encore dans l’esprit à mon réveil ce matin.

Je me suis servi un jus d’orange, j’ai ouvert Facebook et j’ai trouvé tout au haut de la page cette image de Liniers.

liniers_20mai2013«Ce sont des nuages, ou la pensée de quelque chose d’énorme?» | Source: l’auteur sur Facebook

Les vers de Goethe qui concluent le texte de Lasswitz me sont revenus à l’esprit:

Car aux dieux
Ne doit se mesurer
Aucun homme
Et s’il se dresse
Et touche de la tête
Aux étoiles
Nulle part n’adhèrent
Ses semelles incertaines
Il devient alors le jouet
Des nuages et des vents.

Incroyable, non?

Je passe beaucoup de temps à analyser des données sur les ventes de livres numériques ces derniers temps. Mon esprit est probablement en train de me rappeler gentiment que si cela est nécessaire il ne faut pas pour autant que je confonde le portrait de la réalité que l’analyse de ces chiffres me procure et la réalité elle-même.

Note à moi-même, donc:

Ne pas oublier que l’analyse de tous ces chiffres doit être au service du projet qui m’inspire — me permettre de mieux choisir les moyens pour le réaliser.

L’analyse, c’est la carte, pas la destination.