Communiquer plus, communiquer mieux, communiquer pour accompagner

05.04.2009 | Mise à jour | Ceux et celles qui arriveraient sur ce texte en provenance du site de la Fondation Fleur de Lys, je vous invite à lire aussi le texte suivant: Je ne crois pas à la révolution.

–/ Début du texte original /—

Il y a quelques jours Serge-André Guay répondait à un texte que j’ai écrit le 10 mars. Son texte s’amorce sur une mésentente parce qu’il a présumé que je plaidais pour le droit des éditeurs de ne pas partager leurs réflexions avec le reste du monde, au sens de « ne pas communiquer au sujet de », alors que je voulais plutôt dire « ne pas partager » au sens de « ne pas être d’accord ». Partant de cette malheureuse ambiguïté, l’auteur du texte reproche aux éditeurs (et indirectement à De Marque, et à moi) de ne pas communiquer efficacement, voire de cacher des choses.

Si j’accorde volontiers à monsieur Guay qu’il est sans aucun doute possible pour l’ANEL, pour De Marque et pour moi de communiquer davantage et mieux (je redoublerai donc d’efforts en ce sens) je dois dire à mon tour que je déplore l’habituelle rhétorique qui compose la suite de son texte. Je crois d’ailleurs qu’elle contribue à entretenir les maladresses de communication qu’il perçoit comme un manque de transparence.

Dans le même genre, Fabrice Epelboin signait avant-hier dans la version française de Read Write Web un texte polémique intitulé eBook : l’édition connaitra-t-il le même sort que la presse? Un texte très dur pour les éditeurs. Inutilement dur.

Je ne prétends pas qu’il n’y a aucun fondement dans l’argumentaire employé par monsieur Epelboin (au contraire!) mais je ne crois pas que c’est le genre de texte qui nous fait avancer, collectivement, vers les nouvelles formes de collaboration qui seront nécessaires pour permettre la naissance des oeuvres et leur découverte par les lecteurs.

Je l’ai déjà dit, de mon point de vue, nous partageons tous la responsabilité d’accompagner tout un secteur culturel dans sa transformation du « tout papier » vers le « en partie numérique ». Je crois que nous ne pourrons y arriver que dans la mesure où nous pourrons conjuguer les forces des plus innovateurs, audacieux (et souvent solitaires) et celles des acteurs plus conservateurs, prudents (et souvent établis depuis longtemps; qui ont plus à perdre et qui aussi à tenir compte de nombreuses contraintes, parmi lesquelles, des équipes en place, etc.).  Cette transformation ne se fera pas comme une révolution, mais comme une évolution, plus ou moins rapide.

J’ai choisi d’apporter ma contribution à ce vaste chantier en adoptant l’attitude et la posture du premier (l’innovateur), tout en inscrivant mes actions dans une logique d’accompagnement et d’appui des seconds (les acteurs établis). Je n’ai jamais regretté mon choix, malgré les inévitables contraintes et les frustrations que cela entraîne parfois (seul on va plus vite, ensemble on va plus loin). Messieurs Guay et Epelboin ont plutôt choisi la confrontation, je leur reconnais évidemment ce droit — et leur laisse le champ libre sur cette voie.  Je n’ai franchement pas envie de jouer à ce jeu.

* * *

C’est avec tout cela en tête que j’ai découvert, plus tôt cet après-midi Guerre et paix, un texte que Virginie Clayssen a publié plus tôt aujourd’hui sur son blogue. Un court texte dans lequel mon ex-collègue rend bien compte de l’attitude qui m’anime. Merci Virginie! — cela fait du bien à lire, et encourage à poursuivre dans cette voie.

Pour le dire encore plus simplement : je préfère m’exprimer avec pour principale motivation d’offrir du matériel aux agents de changement au sein des maisons d’édition plutôt que de cristalliser l’opposition entre les avant-gardistes et les conservateurs — parce que cela se ferait au risque d’affaiblir les premiers.

Évidemment, il existe aussi d’autres manières de contribuer à la transformation du monde du livre, comme le signale habilement Karl Dubost à la suite du texte de Virginie :

« Il y a une troisième position : L’action en tant que lecteurs… ».

Cela me semble très juste : les lecteurs aussi doivent se faire entendre — comme acteurs d’un écosystème, et non pas seulement comme l’extrémité de la soi-disant « chaîne du livre ». Il y a là un véritable activisme possible.

Les auteurs aussi peuvent jouer un rôle bien plus grand encore — eux qu’on a l’habitude de voir « à l’autre bout de la chaîne », mais qui sont plutôt, de mon point de vue, au coeur du système.

Ou, comme le dit Karl dans un texte intitulé Le Petit Prince : proximité et spontanéité, publié au cours des dernières heures — vraisemblablement après avoir lu Virginie:

« Le texte et l’édition a de belles heures devant lui mais si les acteurs s’engagent dans de nouveaux modes d’interactions dans son écosystème. »

Je le crois aussi.

Éducation et culture: la clé du passage au numérique, c’est le dialogue

Je vis depuis quelques semaines des moments particulièrement intenses au contact des différents acteurs du monde du livre — au Québec, en France, et plus largement, ailleurs dans le monde, notamment à travers la blogosphère. Les bouleversements en cours s’accélèrent et cela provoque toutes sortes de rencontres. Je me répète tous les jours — dans la fatigue comme dans l’ivresse — que c’est un grand privilège de pouvoir ainsi prendre part à des moments où tout est à inventer.

J’avais bien besoin de décrocher un peu cette fin de semaine — j’ai donc déconnecté vendredi soir. J’ai pris du temps en famille, pris l’air, plongé dans quelques livres, et dans les journaux — imprimés — un peu plus à l’abri que d’habitude des distractions inhérentes à la permanence des réseaux. Et ça m’a fait le plus grand bien.

Et puis ce matin, en lisant Le Soleil, café en main, un texte a attiré mon attention jusqu’à me faire reconnecter. Un texte bien loin des grandes analyses sur l’éducation, l’avenir du livre, le statut de l’écrivain, etc., Un texte très humble, qui m’a replongé aux sources de plusieurs de mes engagements personnels et professionnels depuis quinze ans — voire un peu plus. C’est un texte de France Castonguay, de Saint-Laurent-de-l’Île-D’Orléans, que je reprends in extenso ci-dessous, faute d’avoir pu le trouver sur Cyberpress.ca. Je reprends mes commentaires à la suite.

Précieux coup de main d’une grande dame

En lisant mon Soleil dimanche dernier, j’apprends que c’est le 100e anniversaire de naissance de Gabrielle Roy

Aussitôt m’est revenue en mémoire une anecdote concernant cette écrivaine dont j’ai croisé le chemin pour quelques minutes, mais qui me sont restées gravées en mémoire pour toujours.

J’avais 14 ans à l’époque et j’avais un travail de français à faire, concernant une partie de son roman La petite poule d’eau.

En étudiant sa biographie, j’avais découvert qu’elle était marée à un médecin de Québec. Comme j’éprouvais certaines difficultés à bien saisir le texte, j’ai pris la décision de l’appeler. Ce qui fit très facile, car son mari était dans le bottin téléphonique( tout en pensant bien que mes chances étaient plutôt minces qu’elle daigne me consacrer du  temps). À ma grande surprise, c’est elle-même qui ma répondu au téléphone et elle a patiemment répondu à mes questions. Après avoir raccroché, je n’en croyais toujours pas mes oreilles… Ces quelques minutes m’ont aidée à mieux comprendre son texte et m’ont été dune grande utilité pour terminer mon travail.

À la remise des travaux, mon professeur de français m’a indiqué, devant toute la classe, que je n’avais pas bien saisi le texte et que mon travail, somme toute, ne méritait pas une bonne note. J’ai attendu la fin du cours pour le rencontrer en privé et lui dire que j’avais communiqué avec Gabrielle Roy et qu’elle m’avait beaucoup aidée à saisir e sens de son texte! Je lui ai expliqué ma démarche et l’ai invité à l’appeler pour confirmer directement avec elle que nous avions bien eu cette conversation.

Cette très brève conversation avec cette grande dame a tout de même changé ma vie et m’a fait comprendre:

* Que le jugement que les autres portent sur notre travail peut parfois être complètement erroné, et qu’il ne faut pas trop s’en faire avec cela. Surtout si on est convaincu de l’avoir bien fait.

* Que d’avoir rencontré mon professeur en privé, pour lui expliquer la situation, au lieu d’essayer de l’humilier devant la classe, m’a apporté son plus grand respect.

Ces leçons de vie me servent encore aujourd’hui, même après plusieurs décennies.

Pour cela, merci encore, chère Gabrielle Roy.

— France Castonguay, Saint-Laurent-de-l’Île-D’Orléans

J’aime beaucoup ce texte parce qu’il illustre remarquablement que c’est dans le dialogue que la culture prend tout son sens, et tout particulièrement dans un contexte éducatif. C’est une conviction qui était à la base de  mon choix d’étudier en enseignement, qui était également à la base de mon intérêt immédiat pour le Web et de mon choix à participer à la mise en place de l’Infobourg, ainsi que de celui de travailler spécialement avec le monde de l’édition. Une conviction qui s’est renforcée lors de mon passage en France, et qui est au cœur de ma manière d’envisager l’avenir du livre dans un environnement culturel de plus en plus numérique. Une conviction qui s’incarne aussi dans mon engagement autour du projet de faire de Québec une cité éducative. Une conviction qui me ramène aussi fréquemment à l’œuvre de Paolo Freire.

Le témoignage de Mme Castonguay montre bien la valeur que peut avoir le contact avec l’auteur d’un texte. Il montre bien, aussi, que cela n’est pas seulement rendu possible depuis l’avènement d’Internet. Mais comment ne pas s’émerveiller devant tous les contacts que le Web facilite ou rend possible avec les auteurs des livres qui nous passionnent ou sur lesquels nous devons travailler, dans un contexte scolaire, notamment? Et devant tous les apprentissages et les projets dont ils peuvent être la source? Comment peut-on imaginer l’avenir de l’école sans tenir compte de telles possibilités?

Est-ce que, bien plus qu’un passage d’un support à l’autre, ou d’une forme matérielle à une autre, dématérialisée, ce n’est pas sous l’angle de nouveaux dialogues autour des oeuvres qu’il faudrait envisager la transformation actuelle du monde du livre? Je le crois. Profondément. C’est d’ailleurs ce qui me fait croire que tous les métiers qui sont fondés sur la médiation, sur le relationnel et sur le conseil peuvent particulièrement gagner dans ce nouvel univers littéraire. C’est une partie du message que j’ai souhaité laisser aux libraires, plus tôt cette semaine, notamment.

Dans un univers numérique, la clé du succès, c’est le dialogue. Dans le monde du livre, cela suggère le dialogue avec un auteur vivant, certes, mais aussi avec d’autres lecteurs, ou d’autres participants à l’écosystème qui prend forme autour d’une œuvre. Par conséquent, par delà les infrastructures, les formats, les modèles commerciaux, etc. ceux qui réussiront le mieux seront ceux sauront tirer profits des dialogues — par tous les moyens; par ceux qui leur conviennent, ne serait-ce que par courriel, par un blogue, etc. Qu’ils soient auteurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires, etc. Je m’émerveille d’ailleurs en voyant apparaître, chaque jour, de nouvelles initiatives qui s’inscrivent dans cette dynamique conversationnelle.

À moyen terme, je suis persuadé que les initiatives qui contribueront à favoriser les dialogues ont plus de chance de réussir que les autres. C’est même, je crois, la meilleure grille d’analyse pour faire des choix, tant éditoriaux, que techniques ou commerciaux — en particulier dans le monde du livre.

* * *

Si j’étais toujours enseignant, je m’empresserais de coller ce texte sur la porte de mon local, pour qu’il serve sans cesse de rappel aux élèves:

La culture est quelque chose de dynamique — vous en faites partie — vous disposez de moyens de communication extraordinaires — servez-vous-en! — communiquer avec les gens qui s’adressent à vous, à travers les médias, les livres ou autrement, quels qu’ils soient — interpellez votre entourage— posez-leur des questions — demandez qu’on vous explique — donnez votre opinion.

Je crois que c’est seulement de cette façon que les technologies du numérique — et que la culture, dans un environnement numérique — pourront devenir des outils de liberté et de solidarité; et non pas seulement de nouveaux vecteurs de la société de consommation.

À défaut d’avoir une porte de classe où afficher ce texte, je vais de ce pas le placer sur la porte du réfrigérateur familial. C’est dans le même esprit que je le dépose ici.

Partenariat Google-Sony autour du format ePub

Je suis à l’aéroport, sur mon chemin de retour… et comme pour me rappeler que les choses ne vont encore que s’accélérer dans le domaine de l’édition numérique… voilà la nouvelle que Virginie porte à mon attention:

500,000 public domain titles in ePub, from Google-Sony partnership

C’est, je crois, une *énorme* nouvelle. Faudra que j’analyse cela attentivement d’ici ma participation à une présentation devant l’association des libraires du Québec le 25 mars, et une autre devant les éditeurs québécois, au sujet de l’accord Google Book Search, le 3 avril.

On a décidément pas fini de pédaler…

Les Échos, Le Soleil, quelques précisions et un peu de fatigue…

Le Soleil publie sur son site un court texte qui fait référence au choix de Gallimard et de La Martinière d’appuyer la part commune de leur stratégie numérique sur une solution technologique proposée par De Marque. Un bon texte, auquel deux ajustements seront apportées dans les prochaines heures (merci au journaliste — et vive le Web!)

Le premier ajustement est une correction factuelle: les fichiers de Gallimard et de La Martinière ne seront pas hébergés au Québec, mais bien en France, même si c’est dans un entrepôt de conception québécoise. De la même manière que dans le projet que nous annoncions le 25 février, nous assurons aux éditeurs québécois que leurs fichiers seront toujours hébergés au Québec (dans le pays où ils ont été édités).

Le second ajustement est une précision au sujet du texte qu’on trouve sous la photo et un peu plus bas dans le corps du texte. Ce que j’avais signalé au journaliste lors de notre court entretien, c’est que ce qui a provoqué le plus grand choc au Salon du livre, ce n’est pas tellement le choix de De Marque, mais l’alliance entre Gallimard et La Martinière dans le domaine du numérique, en tant que telle. Je désirais mettre les choses en perspectives. Il faut relire à cet égard l’annonce des deux pdg et ce qu’en rapporte Livres Hebdo, notamment.

La formulation initiale de l’article me rendait un peu malheureux par l’impression qu’elle pouvait laisser à mes anciens collègues et amis-concurrents-de-la-même-époque. Parce ce que si je me réjouis bien sûr du succès que nous venons de rencontrer, mais je n’ai pas pour autant envie de faire le fanfaron. Je connais trop bien tous les efforts qu’ils consacrent aussi de leur côté pour répondre aux besoins des éditeurs avec lesquels ils travaillent. Courage tous! — c’est ensemble que nous y arriverons; en diversifiant les approches aussi pour finir par trouver la bonne (ou les quelques bonnes d’ailleurs, parce qu’il n’y en aura sans doute pas qu’une!).

* * *

Quatre jours complètement fous s’achèvent pour moi. Quatre jours au cours desquels chaque heure m’a réservé son lot de surprises et de rencontres, parfois délicates. Je suis fatigué, bien sûr, mais plus encore, je dois dire que je suis impatient de retourner aux fourneaux; c’est à dire à la réalité du développement et de la mise en place de cette solution.

J’ai hâte de retourner, concrètement, à l’accompagnement des éditeurs et des autres acteurs de la « chaîne du livre », aussi, parce que c’est ce que j’aime le plus dans cette aventure. Et je reste convaincu c’est ce qui compte — plus que tout! — si on veut franchir avec succès les étapes qui nous mènent à la dématérialisation du livre.

Salon du livre de Paris: plaisirs, objectifs et opportunité

Je suis au Salon du livre de Paris depuis quelques jours. C’est un très grand plaisir de retrouver la ville que j’ai habitée trois ans, encore pleine de souvenirs de vie familiale et professionnelle. Un plus grand plaisir encore de retrouver plusieurs personnes que j’ai tellement aimé côtoyer pendant cette période. Sans compter qu’il n’est pas désagréable du tout de devancer le printemps de quelques semaines.

J’avais deux grands objectifs en planifiant ce voyage. D’abord et avant tout être ici pour échanger le plus spontanément possible des enjeux du numérique avec les éditeurs québécois directement au contact du marché français. Je souhaitais aussi consolider la relation que nous développons depuis plusieurs semaines avec Stéphane Michalon et ePagine — l’objectif étant de faire en sorte que les outils que nous mettons respectivement à la disposition des éditeurs, soient le plus complémentaires possible. D’où la série de présentations que nous avons communément prévu d’animer mardi après-midi.  C’est d’ailleurs ce à quoi je faisais référence en écrivant, le 25 février dernier: « De Marque travaille actuellement à mettre en place des partenariats additionnels afin de permettre l’arrimage de sa plateforme d’édition numérique avec d’autres infrastructures semblables, notamment en Europe francophone. Sa participation au Salon du livre de Paris devrait être l’occasion d’annoncer des développements à cet égard. » Ce sont les deux objectifs qui demeurent au coeur de mon séjour et qui me semblent plus indispensables que jamais.

Une opportunité est toutefois venue bouleverser mon agenda de façon imprévue au cours des derniers jours. Les groupes d’édition français Gallimard et La Martinière nous ont en effet annoncé qu’ils souhaitaient retenir les services de De Marque pour une partie de leurs besoins dans le domaine du numérique — à la manière de ce que nous faisons avec les éditeurs québécois — et nous sommes arrivés à conclure un premier accord dans des délais records. Je suis évidemment très fier de cela. C’est un projet qui aura des effets très structurants pour l’ensemble de nos activités (le communiqué est ici).

J’aurai sans doute l’occasion de revenir sur tout ça mais puisque l’alliance entre Gallimard et La Martinière fait aujourd’hui l’objet d’une annonce, je tiens à remercier dès maintenant ceux et celles sans qui il n’aurait pas été possible d’arriver à saisir cette opportunité. Merci à Jean-François, Geneviève et Nicolas; merci Pierre, Gilles et Suzanne; merci Guy, Christian, Marc et toute l’équipe de De Marque. Merci également, et tout particulièrement, à Luc et Sébastien de Prosemédia, partenaires essentiels de De Marque dans cette aventure vers l’édition numérique. Merci aussi à Vincent et Alban qui ont piloté le dossier pour leurs maisons d’édition respectives.

Certaines étapes ont évidemment été délicates au cours des derniers jours — c’est inévitable, je crois, dans ce genre de passages.  Des étapes qu’il faut bien franchir, malgré les hésitations, et même si on sait que les décisions qu’elles impliquent ne seront pas sans conséquence pour des partenaires et des amis engagés avec moi / comme moi dans l’édition numérique. Des étapes que j’ai souhaité franchir au mieux, avec autant d’humanisme que de détermination.

J’espère y être arrivé.

L’expérience des derniers jours me porte par ailleurs à concevoir plus que jamais mon rôle comme celui d’un médiateur et d’un catalyseur.  Je souhaite contribuer le plus activement possible à provoquer la rencontre des besoins et des idées de l’ANEL, des éditeurs qu’elle représente et de tous les éditeurs québécois; de ceux et de celles de Gallimard et de La Martinière; de ProseMédia, et d’ePagine, aussi. Et bien sûr aussi de ceux et celles qui désireront se joindre à nous pour faire au moins un bout de chemin ensemble.

J’espère qu’ils seront nombreux.

Les éditeurs ne comprennent vraiment rien (croient certains)

C’est parfois bon de se faire secouer un peu, se faire rappeler à l’ordre, voire se faire dire ses quatre vérités — c’est vrai! Mais je n’aime pas qu’on discoure de façon pontifiante au sujet des éditeurs.

À lire certains textes, au cours des derniers jours, j’ai eu l’impression que certains croyaient vraiment que les éditeurs ne comprennent rien à rien: ni au livrel — les appareils —, ni à la commercialisation du livre numérique, ni même à la nature des œuvres, voire aux besoins des auteurs et des lecteurs. Franchement!

Je suis évidemment d’accord pour dire que les éditeurs ne comprennent pas tout, ni individuellement ni collectivement d’ailleurs, mais peut-on pour autant leur faire la leçon sans nuance sans présumer qu’il y a sans doute quelques aspects de leur profession qui nous échappent parfois? Une partie de leur réalité économique aussi? Et qu’ils ne sont pas plus cons que nous et que leurs actions sont aussi guidées par des réflexions — qu’on a par ailleurs tout à fait le droit de ne pas partager.

Pris, plus que jamais, par des développements concrets, en rapport avec des éditeurs qui font face à des défis tout aussi concrets, sur qui comptent des auteurs en chair et en os, qui ont investi tout leur coeur dans l’écriture de leur oeuvre… je manque de temps pour formuler aussi bien que je ne l’aurais souhaité plusieurs des réflexions qui me sont passées par l’esprit au cours de la semaine. Néanmoins…

…j’aimerais dire à Carl-Frédéric que j’ai apprécié qu’il revienne sur son texte au sujet du Kindle 2 pour le nuancer un peu, en interpellant les acteurs du monde du livre de façon un peu plus constructive. Reste que plusieurs des questions posées, notamment aux libraires, apparaîtront probablement candides à plusieurs de ceux et celles qui consacrent leur vie à mettre en contact des lecteurs avec des oeuvres. La prochaine étape, cher cousin, serait de passer en mode proposition. Que suggèrerais-tu à un libraire aujourd’hui?

…j’aimerais dire à Michaël (comme je l’ai fait en d’autres mots, sous forme de commentaires, sur son blogue) qu’il faut arrêter de parler ainsi du livre imprimé, du livre numérique et du lecteur — la réalité est plus complexe: il  y des types d’oeuvres, des types de livres, des types de lecteurs, des contextes de lectures plus variés que jamais, etc. Il y a aussi (surtout?) toute une réalité industrielle derrière le livre dont il faut tenir compte quand on veut comprendre les transformations en cours dans le monde du livre.

…j’aimerais aussi remercier à Hugh pour son précieux témoignage au sujet de son expérience avec Librivox (que j’utiliserai dorénavant en formation). Mais aussi lui dire que je trouve très incomplet son raisonnement sur l’apparente simplicité de la commercialisation du livre numérique:

The old Publisher-Distributor-Retailer model [..] seems to prevail still into the digital age, for reasons that seem to make some sense when someone passionate is explaining them to you insistently. And then you walk away and say: What? That doesn’t make any sense at all! It’s the Internet! It doesn’t have to be like that at all.

Si le raisonnement proposé m’apparaît valable pour de nouveaux éditeurs, pur numérique (et encore!), je ne pense pas qu’il le soit pour les éditeurs dont les équilibres financiers reposent en large partie sur l’édition imprimée (et, cela, pour encore bien des années) — qui ont plus que jamais besoin des libraires notamment — et d’un réseau de librairies, pour assurer la vente des oeuvres qu’ils publient. Et même pour les purs numériques… je me méfie de la concentration de la vente dans un lieu « central ». L’essence d’Internet, ce n’est pas la centralisation, c’est la distribution, l’accès multipoint, la mise à disposition par tous les intermédiaires possibles — ce sont des écosystèmes économiques plus riches et plus diversifiés que le brick and mortar, pas moins! À cet égard, je m’en voudrais de ne pas souligner au passage la (ré)apparition de immatériel.fr — et tout particulièrement la présentation qu’en fait François Bon.

C’est vrai que cela pourrait être tentant de bypasser tous les intermédiaires entre l’éditeur et le lecteur (voire entre l’auteur et le lecteur — une fois partie!) — et c’est peut-être possible dans certains cas… mais je refuse de m’engager dans cette voie. Je préfère miser sur le fait que la diversité des acteurs qui unissent leurs forces pour permettre la rencontre d’une oeuvre et d’un lecteur. Alors oui pour réévaluer les frontières des rôles de chacun ainsi que la manière dont ils se partagent les revenus — et à chacun de trouver la manière de valoriser son expertise — mais je réfute qu’il faille baser notre raisonnement a priori sur la disparition de l’un ou l’autre des acteurs, en faisant l’hypothèse que cela bien mieux ainsi.

Cela peut sembler très abstrait comme raisonnement, mais c’est tout le contraire! C’est au quotidien, dans de petits et de grands choix, que cela se détermine. C’est ce qui explique, par exemple, le choix de De Marque de ne pas opérer un magasin de livres numériques québécois en ligne, mais de mettre plutôt à la disposition de tous les libraires qui le souhaitent un accès équivalent à un entrepôt de fichiers développé collectivement avec l’ANEL — sachant que si tous les libraires ont (potentiellement) accès aux fichiers, nous risquons moins de voir un seul acteur acquérir d’aussi outrageantes parts de marché qu’Amazon a pu le faire aux États-Unis, par exemple.

Attention: je ne plaide pas pour le statu quo! Je reconnais que les rôles doivent évoluer. Je dis seulement que ce la m’apparaît une très mauvaise piste de miser sur un appauvrissement de la chaîne du livre (je reviendrai par ailleurs éventuellement sur cette expression qui me semble désuète) — soi-disant pour simplifier le passage au numérique.

Tout cela est un peu en vrac — je m’en excuse. J’ai néanmoins préféré partager ces quelques traces que de tout garder pour moi dans l’attente d’un improbable meilleur moment pour écrire.

Heureusement, il y a aussi eu cette semaine cette entrevue avec Gilles Pellerin (audio), à Ça me dit de prendre le temps, qui démontre bien qu’il n’y a pas que les éditeurs les plus geeks qui ont une réflexion sur le numérique et sur l’avenir du livre… Merci Gilles!

Au sujet des pratiques culturelles des jeunes

Le ministère de la Culture de France vient de publier un court document sur les pratiques culturelles des jeunes.

Pratiques culturelles chez les jeunes et institutions de transmission : un choc de cultures ? — Culture prospective, n° 1, janvier 2009, PDF, 8 p.

Si le document n’apporte rien de fondamentalement nouveau par rapport aux classiques du genre (Tapscott, Prensky, etc.), il a néanmoins le mérite de décrire efficacement le contexte dans lequel l’école et les médiateurs culturels traditionnels — ainsi que les créateurs — doivent aujourd’hui repenser leurs actions. Extraits:

la révolution numérique a bouleversé les usages et modes de consommation culturels, particulièrement auprès des jeunes générations, nées dans un univers où l’accès à l’information, au savoir et à la culture est numérique. (…)

Les mutations des modes de consommation – consommation à la demande, convergence des usages sur un même support qui facilite un temps multitâche, développement de l’éclectisme, de la curiosité et de la consommation culturelles – engendrent dans les jeunes générations une redéfinition de la labellisation au détriment de l’institution et au profit de l’individu et des réseaux.

Les instances de transmission culturelle que sont l’école et les équipements culturels sont donc confrontées à des bouleversements affectant les fondements de leur action (…) Elles sont appelées à revisiter leur modèle de médiation pour l’adapter aux jeunes générations, afin de favoriser l’émergence d’une culture de demain et pour permettre la transmission d’un patrimoine culturel, lui-même en voie de redéfinition.

Et à propos de la lecture:

Les générations successives sont de moins en moins lectrices de livres, alors que d’autres formes de lecture s’y substituent, modifiant le modèle implicite qui a été celui de la lecture linéaire, littéraire. Les formes de la lecture se modifient : dans les jeunes générations, la lecture de magazines et de presse se substitue à celle de livres, et l’on a bien du mal à prendre en compte l’ampleur croissante des lectures sur écran. Que l’on songe que les moteurs de recherche, premiers outils utilisés sur l’internet, ont remplacé dans bien des cas la consultation des encyclopédies et ouvrages thématiques, et l’on aura une idée des basculements à l’oeuvre…

Merci à François Bocquet.

Première revue de presse… et lancement de Shortcovers!

Après la rencontre de presse d’hier matin, et ses suites, c’était journée d’entrevues et de questions/réponses par courriel aujourd’hui. Déjà, quelques textes, apparaissent ici et là sur le Web, notamment dans La Presse (En attendant le livrel) et dans Direction informatique (Une plate-forme Web de diffusion pour les livres numériques — au milieu de la page). Je sais que d’autres suivront bientôt.

Il y a aussi eu conversation à l’antenne de CIBL, plus tôt cet après-midi, dans l’émission de Michel Dumais (malheureusement pas de version archivée de l’entrevue disponible en ligne — [2009.03.02 — mise à jour: l’entrevue est ici, en format mp3 — merci *beaucoup* à Michel Dumais], et un très bref passage à la télévision, au Canal Argent, en début de journée (c’est ici). Je ne suis jamais très confortable ni très satisfait avec la radio et la télé — tant de choses que j’aimerais avoir formulées autrement, avoir précisées, ou ne pas avoir dit du tout — mais qu’importe: vu la maîtrise qu’on peut avoir de ces médiums, je suis dans l’ensemble assez content.

Cela dit, il y avait en même temps que tout cela un autre lancement… au moins aussi important pour le monde du livre au Canada (anglophone, pour le moment). C’est en effet aujourd’hui que la chaîne de librairie Chapters/Indigo lançait son service ShortCovers — à découvrir en vidéo ici (en anglais) ou lire le premier test de Xelle.

Des milliers de livres à lire sur son ordinateur, son iPhone ou son Blackberry… dont le premier chapitre est gratuit et (parfois) les suivants à 99 cents chacun (ou le livre entier à acheter en un clic) — et tout cela étroitement lié avec les réseaux sociaux les plus populaires: Facebook, MySpace, Twitter, etc. Et en plus des livres entiers, des extraits, des articles, de courts récits, des poèmes, des discours, etc. Un site très impressionnant à explorer de fond en comble — de quoi remuer encore un peu plus des modèles économiques déjà en profonde transformation. Et je pense que c’est un service qui connaitra vraiment un très grand succès.

Ouf, décidément… chaque grande étape franchie n’est encore qu’un tout petit pas en avant. Alors ce soir je prends le temps d’apprécier les réalisations des derniers mois, parce que demain, déjà, il faudra repartir de plus belle…

P.S. le clin d’oeil du jour: Kindle vs livre imprimé, une bataille? via Aldus 2006.

Rencontre de presse avec l’Association nationale des éditeurs de livres

J’ai participé ce matin à une rencontre de presse qui avait été convoquée par l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) afin de présenter la plateforme d’édition numérique à laquelle nous travaillons ensemble depuis quelques mois. L’ANEL a publié un communiqué pour l’occasion. De Marque a aussi publié son communiqué, dans lequel je tenais notamment à souligner la collaboration de Prosemédia dans ce projet. Merci Luc! Merci Sébastien!

Les journalistes présents ont semblé apprécier la présentation, que nous avions souhaitée brève, simple et sobre. Parce que tout le monde est bien conscient que la transformation du marché du livre est une chose qui se fera de façon progressive et que tout aussi fiers que nous sommes de ce que nous avons réalisé jusqu’à présent, ce ne peut-être qu’une première étape.

Je ne sais pas ce qui ressortira des textes que publieront les journalistes dans les prochains jours, et je ne doute pas qu’ils pourront soulever un certain nombre de questions — auxquelles je pourrai tenter de répondre ici — mais une chose est certaine: on passe maintenant en deuxième vitesse. Et ça m’enchante.

J’ai placé les principaux éléments visuels de la présentation sur Slideshare.

Vos questions et vos commentaires sont plus que jamais les bienvenus.

Lectures numériques matinales

Il y a Michel Dumais qui fait une prédiction, que je suis prêt à partager avec lui:

Et si Apple nous préparait une liseuse?

Il y a Carl-Frédéric qui nous dit que l’essentiel c’est de donner accès à la culture et aux produits culturels en ligne, simplement, pas de tenter de les protéger jusqu’à en restreindre la diffusion:

De la culture canadienne et du CRTC

Il y a Mike Schatkin qui nous parle de la place des monopoles dans l’économie, du rôle des pouvoirs publics et des responsabilités des entrepreneurs dans les écosystèmes/marchés où ils sont présents:

Managing monopolies and dominance in the Net age

Finalement, il y a Pierre Caouette, dans L’actualité, qui aborde à sa manière la transformation progressive de la chaîne du livre à partir de l’exemple du projet de Marie Laberge — Martha:

Martha et moi

Quatre textes qui s’inscrivent très bien dans la dynamique d’une rencontre de presse à laquelle je participerai demain à l’invitation de l’ANEL.

La représentation des métiers du livre

Je découvre au hasard des courriels et des recherches sur le Web, un colloque sur Les représentations du livre et des métiers du livre dans la fiction. L’événement aura lieu ce vendredi, 27 février, à Sherbrooke. J’aurais bien aimé y aller, mais ce ne sera malheureusement pas possible. J’espère qu’on pourra en trouver des traces sur le Web — via Twitter, les blogues, etc.

J’aurais été particulièrement intéressé à entendre la présentation de Pascal Genêt, dont le titre est à la fois intrigant… et d’un humour grinçant:

« Le bon, la brute et le truand » ou l’évolution de la représentation de figures d’éditeur dans la fiction

Plus globalement, le sujet de la recherche de Pascal Genêt (aussi journaliste à Livre d’ici) m’apparaît aussi très intéressant:

La figure de l’éditeur au cœur des défis de la relève et de la succession dans les maisons d’édition indépendantes au Québec (source)

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Et un clin d’oeil en terminant, puisqu’il est question de relève dans le domaine de l’édition au Québec, la conclusion d’un récent (?) article de Livres d’ici, justement:

« Ça peut paraître étonnant, mais j’ai 60 ans, et une de mes préoccupations, c’est la relève dans l’édition, explique Guy Champagne. Et je suis fier d’y avoir contribué à ma manière en permettant la naissance d’Alto. » Du reste, fait-il valoir, l’édition est pour lui davantage une passion qu’une question d’argent : « C’est sûr qu’on a la responsabilité, en tant qu’éditeur, d’être viable financièrement, mais si j’avais voulu faire de l’argent, je ne serais pas en édition »

Livre numérique: le moment iTunes?

Le plus récent numéro du magazine The Economist, nous offre un article intitulé Electronic books and newspapers: An iTunes moment? L’intro est très punchy:

THINGS are suddenly hotting up in the rather obscure field of electronic books and their associated reading devices, the best known of which is Amazon’s Kindle. A new, sleeker version of the Kindle was unveiled on February 9th. Just days earlier, Google said it was making 1.5m free e-books available in a format suitable for smart-phones, such as Apple’s iPhone and handsets powered by Google’s Android software. Amazon said it was working to make e-books available on smart-phones as well as the Kindle. Plastic Logic, the maker of a forthcoming e-reader device, said it had struck distribution deals with several magazines and newspapers. The iPhone, meanwhile, has quietly become the most widely used e-book reader: more people have downloaded e-book software (such as Stanza, eReader and Classics) for iPhones than have bought Kindles. Might e-books be approaching the moment of take-off, akin to Apple’s launch of the iTunes store in 2003, which created a new market for legal music downloads?

Et je réponds volontiers « oui! » à la question posée par le journaliste. Oui, le monde du livre se prépare à son iTunes moment — rapidement. Ce qui reste à voir, c’est la forme que prendra ce moment. J’en parlais encore lundi soir, avec deux éditeurs de la région de Québec, en marge de Québec Horizon Culture: l’un pensait que cela prendrait plus de 15 ans avant que plus de la moitié des « achats d’oeuvres » se fasse sous forme numérique; l’autre croyait que cela prendrait plutôt cinq ans. Je pense pour ma part que ce sera certainement plus près de cinq ans que de 15 ans, mais je pense surtout qu’on ne peut pas analyser cela simplement comme une conversion de « ventes d’exemplaires imprimés » en « ventes en formats numériques ». L’exemple récent d’Indigo/Chapters qui a décidé d’offrir la vente de romans, chapitre par chapitre, sur le iPhone, est éloquent à cet égard: ça s’appelle Shortcovers.

Sans compter que ce que l’article de The Economist ne dit pas c’est que ça grouille de projets innovants sur le Web — des projets qui sont en train de déblayer le terrain avec de nouvelles approches — techniques dans certains cas, commerciales dans d’autres — voire éditoriales, carrément. Il faudrait avoir le temps de les décrire sommairement, ensemble, dans les prochaines semaines te les prochains mois, mais en attendant, si vous avez une heure aujourd’hui pour vous laisser bousculer un peu, je vous suggère quinze minutes sur publie.net, quinze autres sur Feedbooks, et encore 15 minutes sur LibraryThings. Et puis tiens, gardez donc le dernier quinze minutes pour témoigner de vos observations dans les commentaires, ci-dessous…

L’article de The Economist vient par ailleurs couronner une semaine très riche en information sur l’évolution du monde du livre numérique, notamment dans le contexte de la conférence TOC, qui se tenait il y a quelques jours à New York — des informations que je tenterai de faire percoler jusque dans ma veille sur le sujet au cours des prochains jours, parce que j’ai vraiment manqué de temps pour l’alimenter rigoureusement dans les derniers temps… trop occupé auprès des éditeurs québécois justement… (on reparlera de cela la semaine prochaine d’ailleurs: première présentation officielle de ce que nous sommes en train de faire ensemble le 25 février).

Mise à jour: Au sujet de TOC — Tools of Change, pour revoir les présentations en vidéos, c’est ici: wow! quelle richesse!

Je m’interroge en terminant: si on est de plus en plus près du iTunes moment pour le livre… est-ce qu’il n’aurait pas été pertinent que les éditeurs québécois, et canadien, se fassent entendre par le CRTC, avec une approche plus prospective, plus constructive, que celles des producteurs de musique et de cinéma/télévision — en amont des « problèmes », plutôt qu’à la suite? Peut-être est-ce que cela a bien été le cas et que Le Devoir ne le mentionne pas? Dans le cas contraire, peut-être est-il encore temps?

Rencontres en textes et en images

J’adore quand la vie prend l’initiative de me rappeler que mes intérêts, qui me semblent parfois quelque peu dispersés, sont malgré tout portés par des fils conducteurs forts. C’est ce qui est arrivé ce matin en relevant mon courriel.

Une note m’apprenait que François X Côté (qui est-ce?, me suis-je demandé) venait de s’abonner à mes gazouillis (appellation amusante donnée par plusieurs à ce qu’on place sur Twitter).  Clic! — je vais voir.

Eh ben. Il commence tout juste à gazouiller.

Reclic, vers sont blogue. Eh ben, il parle de Québec Horizon Culture, sous un angle intéressant, pas encore entendu depuis le début de la semaine. Stimulant — et qui me semble confirmer l’intérêt d’idées comme celle que Gilles Herman lançait hier.

Puis, surprise — en ben ma foi… comment est-ce possible que je ne connaisse pas François X Côté? On a une foule d’intérêts en commun! Tous ses textes m’apparaissent intéressants… et, c’est le comble, il expérimente de nouvelles formes d’écriture, notamment à partir de son iPhone, dans ma ville! Dans notre ville — en plein le genre de chose qui m’occupe les neurones depuis mon retour de Paris. Wow!

Il faut que je trouve le moyen de lui parler — de le rencontrer — rapidement… ou au plus tard à la première édition de Québec se livre!

Parlant de rencontres, il faut aussi que je laisse une trace ici de celle que j’ai faite avec Denis Chiasson en fin de journée lundi. Extraordinaire! Il est venu me voir pour me parler des petits dessins que j’avais intégrés dans ma présentation — qu’il avait apparemment trouvée sympathiques. Lui avait un plein cahier de croquis réalisés dans la journée. Un plein cahier!

Denis Chiasson vit à Québec. Il est reporteur graphique. Il est méconnu malgré un talent fou. Du talent pour le dessin, bien sûr (heureusement!), mais aussi pour la synthèse éditoriale, comme vous pourrez le constater à partir de cette première œuvre qu’il publie à la suite de Québec Horizon Culture (je ne l’ai pas mise directement dans le texte, préférant vous réserver la surprise!):

La culture, c’est…

Prenez le temps d’explorer son portfolio — il fait un travail remarquable!

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Comment ne pas commencer la journée avec le sourire quand la lecture des courriels matinaux nous plonge ainsi dans les rencontres?

Québec se livre

Gilles Herman lance une super idée, en marge de Québec Horizon Culture.

Je rêverais qu’une fois par mois, à date fixe, dans un café de la rue Saint-Joseph (Le Cercle quelqu’un ?), se retrouvent les amoureux du livre. Auteurs établis ou en devenir, éditeurs, libraires, bibliothécaires, critiques et, bien entendu, lecteurs, tout ce beau monde pourrait en toute simplicité échanger leurs points de vue sur ce qui les rassemble.

À lire ici: Québec se livre

Google, les livres, le Québec: « Prêts, pas prêts… »

J’ai été surpris en lisant ce texte dans Le Devoir de ce matin:

Numérisation de livres – Google présente son offre aux auteurs et aux éditeurs québécois

J’ai été surpris d’abord par le titre de l’article, parce que, si on s’en tient aux faits, on ne devrait pas pas parler d’une offre de Google, mais bien d’un règlement hors cour à la suite d’une poursuite intentée contre Google.

Surpris aussi que Copibec serve ainsi de courroie de transmission pour Google vers les auteurs et les éditeurs, indifféremment [copie de la lettre], sans même prendre position ni même ajouter d’information à celles diffusées par Google, notamment en ce qui concerne les enjeux que soulève cet accord dans le cadre des juridictions canadiennes et québécoises. Est-ce suffisant? Peut-être n’était-il pas possible de faire autrement? Était-ce son rôle? Je ne sais pas, mais je n’en suis pas moins perplexe.

Surpris d’apprendre, par la suite, que plusieurs éditeurs avec lesquels je travaille par ailleurs n’ont pas encore reçu la lettre de Copibec/Google alors que leurs auteurs l’ont déjà reçue et qu’ils commencent, naturellement, à leur communiquer diverses demandes.

Je comprends que l’accord survenu au cours des derniers mois entre les auteurs états-uniens (certains d’entre eux), les éditeurs états-uniens  (certains d’entre eux) et Google affectera éventuellement les éditeurs et les auteurs québécois et canadiens — mais je ne comprends pas qu’on précipite de cette façon tout le monde du livre dans la Gogglesphère, sans autres précautions de communication, préparation, documentation — voire avis ou recommandations. Cela me semble malheureusement préparer des jours difficiles entre les nombreux acteurs de l’écosystème du livre — préparer les affrontements au lieu de favoriser la concertation. Il me semble que c’est une manière de procéder qui ne peut que servir les intérêts de Google.

Que pensent les principales associations professionnelles de cet accord? Auteurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires?

Quelle interprétation fait de cet accord le ministère de la Culture, responsable de l’application de la Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre (l’aussi délicate que célèbre Loi 51)?

Quelle analyse la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC) fait-elle de cet accord?

Et là-dessus, entendons-nous bien, je ne suis absolument pas un anti-Google. Bien au contraire! Je suis plutôt plein d’admiration pour le talent, l’audace et le savoir-faire de cette entreprise. Un utilisateur de très nombreux de ses services aussi (en plus de la recherche, évidemment devenue incontournable). Je ne suis pas non plus contre l’apparition de nouveaux modèles économiques pour le livre — bien au contraire, puisque j’œuvre tous les jours à les faire advenir! Mais il ne faut pas perdre de vue la force de Google, sa puissance, son omniprésence — et le fait que ses intérêts ne sont pas forcément toujours les mêmes que ceux d’une petite industrie culturelle — à l’échelle du monde — comme celle du livre au Québec. Il faut être réaliste sur les rapports de forces qui sont en jeu.

Je ne dis pas non plus que les éditeurs ne doivent pas être présents dans le programme Recherche de livres de Google — j’ai d’ailleurs témoigné en ce sens lors d’une réunion de l’UNEQ en décembre — je dis seulement que ce n’est pas parce que Google peut contribuer à faire connaître, avec une très grande efficacité, les livres que nous publions ici qu’il faut pour autant accepter toutes les conditions qui nous sont proposées.

Bien sûr, vous pourrez rappeler, à la lecture de mes prochains textes sur le sujet, que je travaille avec des éditeurs, avec l’ANEL, que je côtoie régulièrement des libraires, des bibliothécaires, des auteurs — c’est toute la richesse de mon travail, que j’adore! — et suggérer que je ne suis pas neutre. C’est vrai — et je l’assume. Cela ne me privera pas pour autant de faire preuve d’esprit critique. Je pense qu’il y a des questions importantes qui doivent être soulevées au regard de cet accord, au moins dans une perspective québécoise, et que si d’autres ne le font pas, je ne me priverai pas pour le faire ici — en invitant ceux qui le souhaitent à réfléchir avec moi et avec ceux qui voudront prendre part à la conversation.

Ça y est la Recherche de livres de Google est vraiment débarquée au Québec. Décidément, la vie n’est pas un long fleuve tranquille…