Du cynisme à l’espoir en passant par un iPad oublié

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J’ai passé la semaine en Europe — Espagne et France. Très occupé, mais je prends quand même toujours le temps de suivre un peu l’actualité quand je suis à l’étranger, pour découvrir d’autres points de vue et d’autres enjeux.

Et cela a été une dure semaine de ce côté, en France particulièrement: entre l’Affaire Cahuzac, le Offshore Leak — et les ramifications de tout ça. Avec les révélations de la Commission Charbonneau au Québec et le reste, il n’y a pas de quoi se réjouir. Le cynisme est vraiment à son maximum.

* * *

Je suis allé courir ce matin avant de reprendre l’avion pour Québec. Un peu plus de 11 km, de Place d’Italie à Notre-Dame, en passant par le Parc de Bercy et retour en passant par le Jardin des Plantes. J’écoutais WoodKid en pensant à tout ça: à la politique, tellement malmenée et pourtant tellement nécessaire. Mais comment? Quelle politique? Avec quels genres d’hommes et de femmes politiques? Qu’est-ce qui est acceptable, qu’est-ce qui ne l’est pas? Et comment éviter de se draper inutilement dans une illusoire vertu? Se raconter des histoire en prétendant vouloir laver plus blanc que blanc?

Au travers de ces réflexions, j’ai aussi croisé la misère.

Sur les quais, juste après le pont qui mène à la gare de Lyon, j’ai vu un homme, pieds nus, se laver à l’eau d’une fontaine. Il faisait 2 degrés Celcius.

Et devant le Jardin des Plantes, j’ai vu un homme hébété assis sur un petit banc à côté de sa tente effondrée sur le terre-plein entre trois voies de circulation particulièrement passantes. Les pigeons picorraient le reste de son repas, manifestement trouvé dans les poubelles. Le regard vide, il n’a même pas réagi à mon passage.

Après une douche, j’ai pris le taxi pour l’aéroport.  J’ai discuté avec le chauffeur de la situation politique. Ses propos dégoulinaient de cynisme. Il croyait à l’existence d’une solution, mais tout semblait se confondre dans son esprit: le mariage gai, la présence des Roms, la corruption, la mode, et quoi encore? Nous étions tout de même d’accord sur la place importante de la morale (laquelle?) dans la solution.

Après sept heures de vol, longue escale à Montréal en attente du vol vers Québec. J’en profite pour lire Le Monde de vendredi. Déprimant.

Avec la fatigue, j’ai l’impression de sombrer: non mais quel monde politique pourri!— et quelle dérive morale. C’en est invraisemblable. Et Le Devoir ne semble guère me réserver beaucoup mieux. Je sais pourtant que les gens honnêtes et dévoués sont nombreux en politique — comme ils doivent souffrir de se voir ainsi condamnés par association — et de voir le cynisme faire ainsi le lit de tous les extrémismes, de droite comme de gauche.

— une autre bière madame s’il vous plaît.

* * *

C’était jusqu’à ce que j’arrive à la page 18:

Conte de printemps.

L’histoire (vraie) d’une journaliste du Monde qui a oublié son iPad dans le panier d’un vélib — et qui le retrouve quelques jours plus tard grâce à la générosité de deux hommes au destin absolument incroyable. J’en ai eu les larmes aux yeux.

Didier Janus et Patrice Balzac m’ont redonné espoir.

J’ai repensé aux deux poqués que j’ai croisés ce matin sur les quais de la Seine et je me suis dit qu’il ne fallait pas succomber au cynisme — on a pas le droit de leur faire ça — et qu’il fallait de toute urgence se retrousser les manches (encore un peu plus) pour réhabiliter la politique et ceux qui s’y engagent avec sincérité — envers et contre tout.

Parce qu’il n’y a pas de solution collective sans la politique.

L’économie du savoir et les conditions de l’innovation

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Je me suis réjoui de lire dans Le Devoir de lundi un billet d’Éric Desrosiers intitulé L’économie du savoir — dans lequel celui-ci nous invite à élargir l’idée qu’on se fait de ce concept qui est malheureusement de plus en plus utilisé pour dire un peu tout et n’importe quoi. Extraits:

La fameuse économie du savoir ne se limite pas aux sciences et technologies, ni à ses spécialistes. Elle est le domaine de presque tous les champs de l’activité commerciale humaine et elle peut être le fait d’ingénieurs, de comptables, de sociologues, de gestionnaires en ressources humaines, d’artistes ou d’éducateurs.

Dans ce contexte, l’université constitue évidemment un lieu privilégié non seulement pour apprendre toutes sortes de connaissances générales et techniques, mais aussi, et peut-être surtout, pour apprendre à apprendre, et apprendre à inventer à partir des nouvelles technologies qui viendront, des problèmes auxquels on sera confronté, et des occasions qu’on saura reconnaître et saisir.

[Et] notre réflexion ne doit pas s’arrêter là. Si l’on dit que ce qui fera le succès des économies et de la carrière des gens dépendra de leur capacité d’adaptation et d’innovation dans un monde en changement constant, on comprend qu’il y sera à tout le moins essentiel de savoir lire, écrire, communiquer, pianoter sur un ordinateur et penser.

Je suis évidemment d’accord avec tout ça — et cela rejoint, très directement, ce que j’ai déjà exprimé dans ce texte, où je proposais d’ailleurs d’adopter le terme « économie de l’apprentissage » plutôt que « d’économie du savoir ».

C’est également à la base de ce qui m’amène à croire un peu plus chaque jour, depuis plus de dix ans, à l’importance de penser le développement des villes comme des cités éducatives.

Une invraisemblable coïncidence

Quand il semble y avoir tout à coup autour de nous toutes sortes de coïncidences, c’est généralement qu’on a l’esprit plus alerte, plus éveillé que d’habitude. C’est parce qu’on est là, l’esprit ouvert, dans un contact privilégié avec notre environnement — avec la vie.

Ce n’est pas parce qu’il y a vraiment plus de coïncidences dans ces moments-là. C’est une illusion. C’est seulement parce qu’on les remarque plus facilement. Et d’ailleurs, qu’est-ce qu’une coïncidence — si ce n’est l’association fortuite de deux phénomènes distincts qui se trouvent soudainement liés par une idée plus ou moins mûre qui germe dans notre esprit?

J’adore ces moments-là.

Ils sont pour moi le signe qu’il se passe quelque chose. Que c’est un moment important. Que quelque chose est en train de prendre forme — même si je ne peux pas encore le définir clairement.

***

Je dinais ce midi avec Samuel Matteau. Ça fait des mois que Carl-Frédéric me dit que nous devions faire connaissance. C’est la mise en ligne de Limoilou, la semaine dernière, qui nous avait enfin donné l’occasion de prendre rendez-vous.

J’avais fait référence à Limoilou dans ce court billet, en signalant notamment une scène du court-métrage où les enfants défilent dans une ruelle, passant devant un camion coloré — dont j’avais retenu l’image pour illustrer mon texte.

Quittant Le Cercle vers 13h15, je sers la main de Samuel, on se promet de garder le contact, lui part vers l’Ouest et moi vers l’Est… et quelques pas plus loin… qu’est-ce que je ne vois pas arriver vers moi sur la rue Saint-Joseph? Le camion coloré!

Le camion coloré: celui du film. Le même! Celui qui était sur l’image que j’avais choisie parmi des centaines de possibles quelques jours plus tôt!

Il est passé devant moi. J’étais ébahi. J’ai eu tout juste le temps d’en faire une photo.

Si je n’avais pas pris cette photo, je n’y croirais déjà plus ce soir.

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En faveur de la lecture

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Il y a eu plusieurs réactions au texte d’Antoine Robitaille dans Le Devoir du 18 février. Il faut s’en réjouir. J’ai également eu plusieurs commentaires à la suite de la publication de Un mouvement en faveur de la lecture.

Je retiens pour le moment de tout ça les pistes de réflexion suivantes :

  • J’ai un doute sur l’appellation «grands lecteurs» en opposition à «petits lecteurs». Il me semble que nous devrions imaginer une étiquette qui s’appuie davantage sur le type d’oeuvres lues, ou sur le type de lecture, plutôt que sur les lecteurs eux-mêmes. En athlétisme on parle bien de coureurs de sprints et de coureurs de marathons, et non pas de petits athlètes et de grands athlètes.
  • Il faut aussi tenir compte du fait qu’il y a des types de lecture: le survol et l’approfondissement — qui ne sont pas forcément opposés — au contraire même.
  • Cela dit, il faut reconnaître que les aperçus et les occasions de survoler des textes prolifèrent, et que l’idée de stimuler des lectures de fonds est importante, voire indispensable.
  • Il ne faut pas perdre de vue non plus que l’habileté à lire en profondeur, de faire de grandes lectures, prend naissance dans l’enfance, et que, pour cela, on insistera jamais assez sur l’importance «d’apprendre à lire tôt pour ensuite lire pour apprendre, longtemps», pour reprendre l’habile formule de Marc Saint-Pierre. Et, pour cette raison, la situation épouvantable dans laquelle sont la plupart des bibliothèques scolaires ne devrait pas nous laisser indifférents.

Je retiens aussi l’idée que:

  • Le mouvement désiré en faveur de la lecture passe inévitablement par les bibliothèques et les librairies, dont les activités s’inscrivent déjà, à l’évidence, dans une perspective de développement de la lecture, mais qu’il faudrait voir sortir plus régulièrement de leurs murs pour investir plus fortement la ville — par des moyens qui restent à imaginer, mais que nous sommes probablement mieux d’inventer avec elles, plutôt que de chercher à réinventer inutilement la roue.

Et si c’était le rôle des bibliothèques et des librairies que nous étions en train de re-découvrir? ou d’adapter à ce début de XXIe siècle.

* * *

Le Devoir a innové de belle façon avec sa page hebdomadaire Le Devoir de philo — peut-être pouvons-nous imaginer un nouvel espace destiné à stimuler la lecture; hors de la forme classique du cahier Livres (qu’il ne s’agit évidemment pas de remplacer: bien au contraire!).

Pour le centenaire du Devoir, nous avions eu droit à une très agréable série de portraits de lecteurs du journal. Pourquoi ne pas inviter, de la même façon, de «grands lecteurs» (avec toutes les réserves exprimées plus haut pour cette appellation) à présenter leur lecture du moment en prévoyant un espace sur le site du Devoir afin de permettre à ceux et celles qui le souhaitent d’approfondir, collectivement, cette lecture?

Des bibliothécaires et des libraires pourraient être mis à contribution dans cette page / cet espace, dans le but de suggérer des lectures complémentaires voire de les prolonger par des rencontres — et pour inviter les gens à fréquenter davantage ces indispensables lieux de culture.

Je lance ça comme ça…

Un mouvement en faveur de la lecture

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J’aimerais que l’éditorial qu’Antoine Robitaille consacre ce matin à la diminution du nombre de « de grands lecteurs » ait un effet semblable à celui qu’Omer Héroux signait dans Le Devoir du 3 avril 1930. Cet éditorial avait joué un rôle déterminant pour sonner le réveil de la société québécoise en ce qui concerne l’importance de la science.

Saisissant l’occasion, les Frères Marie-Victorin et Adrien Rivard allaient par la suite participer à la fondation des Cercles des jeunes naturalistes — un mouvement qui allait recueillir un succès absolument fulgurant et qui aura eu une importance capitale dans le développement de nombreuses vocations scientifiques. Pauline Gravel rappelait d’ailleurs tout cela dans un texte publié le 24 avril 2010: Le Devoir à l’origine des cercles des jeunes naturalistes.

J’ai déjà écrit à plusieurs reprises mon souhait de voir un tel mouvement se reproduire pour favoriser l’avènement d’une approche plus ouverte de l’éducation — pour favoriser l’avènement d’une cité éducative. Je l’avais notamment fait il y a cinq ans, en réaction à un texte de Michel Dumais. C’est ici: L’utopique (mais pourtant nécessaire) cité éducative.

La lecture est évidemment fondamentale dans un tel projet — et dans celui, plus large, de bâtir une société du savoir, une société éducative — où l’apprentissage est l’affaire de tous, tous les jours.

Alors donc… comment est-ce qu’on répond à l’invitation que nous lance Antoine Robitaille en conclusion de son texte

« Si vous vous êtes rendu en bas de ce texte, il y a des chances que vous soyez une grande lectrice ou un grand lecteur. Ceux qui se reconnaissent dans cette étiquette devraient peut-être former des clubs, des groupes, afin de s’entraider, s’entraîner. Qu’en pensez-vous ? »

Des personnes intéressées par ce chantier?

Patience

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Une dizaine de minutes pour écrire. Souvenir du fauteuil inconfortable où j’ai pris quelques notes. Décor seventies. Bruits de verres, de roues de valises, des conversations, en anglais, en français, en espagnol. Des rires aussi. L’homme devant moi lisait Les frères Sisters pendant que la femme assise à côté de moi bâillait constamment. Jusqu’à l’appel: « Le vol AC871 à destination de Paris est maintenant prêt pour l’embarquement ».

J’enfile mes écouteurs. Bulle musicale. Ane Brun — Do you remember?

Je me souviens.

Je me souviens de ces autres notes, prises quelques jours plus tard, assis sur une autre chaise inconfortable, dans un motel de Drummondville.

C’est quand tout se précipite qu’il faut être le plus patient.

Se répéter que si tout seul on peut souvent aller plus vite, ensemble on va généralement plus loin.

Par ici les photos…

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Rallye Instagram été 2011. Le premier. Mon dernier. Pourtant, j’avais eu  beaucoup de plaisir à le faire. Manque de temps.

Il y avait plusieurs thèmes. Résultat: quelques bonnes photos — pour l’esthétisme, parfois; pour les clins d’oeil, le plus souvent.

Un défi créatif, surtout — pour susciter l’attention, faire de la lumière un matériau. Un puissant moyen de rester à l’affût.

Comme il est de plus en plus clair que c’est dans mon blogue que je souhaite conserver les traces de mes créations — plutôt que sur Instagram, dans Facebook, Twitter ou ailleurs — je (re)publierai ici dans les prochaines semaines certaines des photos que j’ai pu prendre avec Instagram au fil du temps. En me donnant la peine d’y ajouter quelques mots, une autre dimension.

Et, de la même façon, j’essaierai de publier dorénavant ici certaines des photos prises avec mon iPhone — que j’aurais autrement déposé uniquement dans Instagram ou ailleurs. Le plus librement possible.

– – –

P.S. texte à lire, mettre en parallèle, avec cet autre texte, écrit il y a quelques semaines… contradictoire? Je ne pense pas. Cela témoigne plutôt d’une réflexion toujours en cours… Instagram, oui, mais pas qu’Instagram.

Destins croisés

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José Mujica nait le 20 mai 1935 à Montevideo.

Il est un des dirigeants de la guérilla des Tupamaros dans les années 1960-1970.

Arrêté au début des années 1970, il est enfermé à la prison de Punta Carretas.

En 1971, il s’évade de la prison avec plus d’une centaine de prisonniers politiques.

Arrêté à nouveau, il s’en évade une deuxième fois.

Il sera ensuite capturé par la dictature qui s’est installée au pouvoir à l’occasion d’un coup d’état (27 juin 1973) et détenu dans des conditions extrêmes. Au total, il aura passé 14 ans de sa vie en prison.

La démocratie revenue, la prison de Punta Carretas est définitivement fermée — puis transformée en centre commercial — l’un des plus chics de Montevideo.

Mars 2005, José Mujica est nommé ministre de l’Agriculture par le président Tabaré Vasquez.

Novembre 2009, il est élu président de la République orientale de l’Uruguay.

Mujica refuse d’occuper la résidence présidentielle préférant continuer d’habiter sa petite ferme en banlieue de la capitale, et continuer à cultiver des fleurs. Il alloue plus de 85% de son salaire de président à divers programmes sociaux, ne conservant que le salaire moyen des citoyens de l’Uruguay.

Le 20 juin 2012 il fait un discours remarqué au Sommet Rio+20 au cours duquel il affirme notamment:

« Celui qui est pauvre n’est pas celui qui possède peu, mais celui qui a besoin de beaucoup et qui désire toujours en avoir plus. »

« Mes compatriotes se sont battus pour obtenir la journée de travail de huit heures. Aujourd’hui, ils travaillent six heures. Mais celui qui travaille six heures doit cumuler deux boulots ; donc il travaille encore plus qu’avant. Pourquoi ? Parce qu’il accumule les crédits à rembourser : la moto, la voiture… toujours plus de crédits. Et, quand il a fini de payer, c’est un vieillard perclus de rhumatismes, comme moi, et la vie est passée. Je vous pose la question. Est-ce que c’est cela la vie ? »

Clairement, Mujica tente de s’échapper pour la troisième fois de Punta Carretas — prison politique devenue symbole du consumérisme — et il nous invite à fuir avec lui.

Invraisemblables destins croisés que ceux de José Mujica et de Punta Carretas.

* * *

Pour voir et entendre le discours de José Mujica à Rio+20:

Le voici en vidéo (offrez-vous ce plaisir, c’est un grand discours)

Et pour le lire: transcription en espagnol et transcription en anglais

La petite maison blanche

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C’était une toute petite maison qui, avec nos regards nord-américains, avait un air modeste, presque rudimentaire, voire fragile — impossible à concilier avec la pérennité.

Et pourtant. Elle est toujours là. Fière. D’être là, et de porter une très longue histoire familiale.

Combien de nos maisons, aux allures tellement plus fortes, plus prétentieuses, seront toujours là pour témoigner d’une telle histoire? Bien peu, je le crains.

Et de tout ce qui m’entoure, qu’est-ce qui durera?

Et de tout ce que je fais, qu’est-ce qui restera?

Ce qui frappe l’imagination aujourd’hui?

Ou autre chose?

Qu’est-ce que t’en penses Réal?

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Fin de soirée de travail, de lecture et de discussion par courriel, Facebook, Twitter, messagerie instantanée. Je fouille dans mes photos pour m’inspirer un court texte avant d’aller me coucher… et voilà que Réal Caouette me fait un clin d’oeil… Qu’est-ce que t’en penses?

Ben c’est ça, c’est tellement facile de polariser un débat — d’utiliser des mots forts pour attirer l’attention, pour faire réagir. Tu étais pas mal bon là-dedans, toi, Réal, il me semble. Les réseaux sociaux sont devenus des caisses de résonance tellement efficaces pour ça… tu aurais eu pas mal de fun, je pense… la polémique ça marche, peut-être encore plus qu’avant — pis on a du pas mal bon monde là-dedans à part ça…

Mais ça fait avancer quoi dans l’fond? Rien. Ou si peu.

Me semble qu’il faut faire plus confiance aux gens, à leur intelligence. Par choix. S’y obliger. Comme position philosophique.

Il n’y a pas d’adversaires, il n’y a pas de réfractaires ou de gens qui ne veulent pas comprendre: il n’y a que des gens à convaincre.

Pis ça prendra le temps que ça prendra.

Un par un s’il le faut.

Jusqu’à rallier une majorité — ou mieux, jusqu’à obtenir un consensus.

Et pour cela, il faut être (encore plus) exigeant avec soi-même: éviter les superlatifs; trouver les bons mots, ne pas nier la complexité du monde (surtout) et rester l’esprit ouvert, être créatif.

Il faut contredire et dénoncer ce qui doit l’être, bien sûr, et aussi fermement que nécessaire, mais toujours dans le respect — en cherchant à dépolariser les enjeux — parce que la crédibilité et l’efficacité du message n’en seront que renforcées.

C’est ça que j’en pense Réal. Et toi?

Participation à #sommet2013 (réflexion à 17h30)

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Nous étions regroupés en trois ateliers cet après-midi. J’ai participé à celui qui avait pour thème « Quels mécanismes pourraient assurer la qualité de l’enseignement offert par les universités québécoises ». Il y avait dans la salle autant d’observateurs que d’intervenants.

Les échanges ont été très respectueux et disciplinés — mieux: j’ai trouvé qu’ils ont été véritablement constructifs. Des bases de consensus et quelques dissensions, bien sûr, mais une très bonne ambiance dans l’ensemble. Je pense que la forme de l’événement — très ouverte — est pour beaucoup dans ce climat propice au dialogue. Éliane Laberge, de la FECQ, a très bien résumé cela, je trouve: « ça fait tellement longtemps qu’on ne s’était pas vraiment parlé: on avait du rattrapage à faire ».

Je n’ai pas l’intention de reproduire ici l’ensemble de mes notes, ni de prétendre faire une synthèse des propos qui ont été tenus pendant nos deux heures et demie de travail. Je souhaite plutôt rapporter, de façon subjective, quelques-uns des éléments qu’il me semble important de conserver à l’esprit dans la suite des travaux qui nous mèneront jusqu’au Sommet, en février. Des synthèses plus officielles seront de toute façon sans doute déposées sur le site de l’événement comme cela a été le cas avec les présentations de ce matin.

Ces quelques éléments donc:

  • Il est important de bien définir les termes.
    • L’ASSÉ a demandé que les participants précisent ce qu’ils entendent par « la société » quand ils expriment le besoin d’établir des liens entre les universités et la société. « Est-ce que cela intègre aussi les entreprises privées? ».
    • À mon tour, j’ai demandé qu’on précise aussi de quoi on parle quand on fait référence « aux entreprises » (et même « aux entreprises privées ») — en rappelant qu’il y a derrière ce mot des réalités très variées, selon leur secteur d’activité, leur taille, la philosophie de leurs dirigeants (voir aussi mes réflexions de ce matin).
  • S’il faut bien définir les mots (et même l’idée de « qualité »), il ne faudrait pas aller jusqu’à remettre en question l’idée qu’il est possible d’évaluer la qualité (et en particulier la qualité de l’enseignement). Martine Desjardins, de la FEUQ, a d’ailleurs rappelé qu’il se fait beaucoup de recherche de qualité à ce sujet au Québec. Un rappel très pertinent.
  • Il faut finalement être conscient que le mode financement des universités — qui serait essentiellement basé sur les EETP (équivalent étudiants à temps plein) — n’est pas neutre sur certains des choix que font les universités au regard de la qualité.

Martine Desjardins a aussi souligné que s’il n’y a pas d’urgence pour changer les moyens que nous prenons pour évaluer la qualité de l’enseignement et de la recherche (ce que certains participants avaient évoqué), il y a néanmoins urgence pour discuter des changements souhaités — dans une perspective de long terme.

Avons-nous besoin d’un nouvel organisme pour évaluer la qualité des universités? Je n’ai pas pu me faire une idée sur la question, mais j’ai trouvé importante la préoccupation exprimée par Caroline Senneville, de la CSN: « il ne faudrait pas complexifier sans améliorer ».

John R. Porter a bien résumé le constat, partagé par pas mal tout les participants, je pense:

« Au sujet de l’université, on a, à l’évidence, un problème de perception — et, devant cela, nous avons minimalement un devoir de communication ».

Il faut donc parler plus des universités, de leurs réalités, de leurs besoins — et de l’importance de l’éducation supérieure (et j’ajouterais de l’éducation, de façon générale).

J’y vois une raison de plus pour croire qu’il ne peut pas y avoir d’une part «l’éducation, les écoles, les cégeps et les universités» et la société d’autre part. Il me semble qu’on a plus que jamais le devoir de réfléchir, ensemble, dans une perspective de cité éducative. Et j’accepterai volontiers qu’on me dise que j’en fais une obsession…Je me réjouis d’ailleurs que la ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Madame Agnès Maltais, ait choisi d’adopter le mot cité dans sa conclusion.

Quant à mon intervention en atelier, elle tournait essentiellement autour des quelques idées suivantes:

  • Courte description de De Marque.
  • Décrit très sommairement la réalité de cette entreprise d’une trentaine de personnes, basées à Québec, qui oeuvre dans une une industrie culturelle importante, qui change rapidement, et dont la dimension internationale est de plus en plus importante.
  • Rappelé que l’implication d’un entrepreneur et d’une entreprise, de façon générale, dans les universités, peut prendre de multiples formes.
  • Qu’une entreprise comme la nôtre, quand elle embauche, ne cherche pas forcément des profils très spécialisés; plus souvent qu’on pense des profils plus généralistes — capables de bien saisir la complexité de l’environnement dans lequel nous évoluons.
  • Que je n’avais pas le prétention de pouvoir suggérer, de l’extérieur, des manières d’évaluer la qualité des universités — mais que j’ai la conviction que les processus recherchés devront être continus, ouverts, souples et surtout pas toujours formels.
  • Qu’il est par exemple possible de rendre visite à des entreprises — et particulièrement dans une perspective de développement local et régional.
  • Il qu’il faut surtout mettre en place les conditions d’un dialogue permanent entre l’université et « la société », parce que l’évaluation de la qualité se fait souvent naturellement quand il existe un dialogue… et les mécanismes et structures visent parfois seulement à pallier, voire à masquer une absence de dialogue.

J’aurais aimé évoquer aussi l’idée de faire un pas vers une perspective open data — en rendant disponible plus de données brutes sur la réalité quantitative dans les universités pour permettre à chacun de tirer des interprétations — mais j’ai jugé, à tort ou à raison — que ça ferait inutilement diverger une discussion qui a bien davantage besoin de trouver des points de convergence. Je suis convaincu qu’il y aura bientôt d’autres occasions pour en parler — et pour débattre de quelles données auraient avantage à être partagées. Je souhaite en tout cas le favoriser en l’écrivant ici.

Dans la synthèse de la journée des grands rapporteurs, on a fait référence au besoin de respecter la diversité en assurant la cohésion — de viser continuellement en gardant en tête l’idée que la notion de qualité est liée au contexte, donc dynamique, évolutive. J’apprécie cette perspective.

« Il faut sur ces sujets, bouger rapidement, mais sans précipitation; sans attendre que, devant l’urgence, nous n’ayons plus le temps d’en débattre — parce que nous souhaitons faire les changements nécessaires dans une perspective de développement durable. »

Merci au Ministre de l’Enseignement supérieur, Monsieur Pierre Duchesne, ainsi qu’à son équipe, pour l’organisation de cette journée qui était très importante pour qu’on redonne enfin à l’enseignement supérieur sa juste place dans nos préoccupations collectives.

Participation à #sommet2013 (réflexion à 11h15)

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J’ai le privilège de pouvoir prendre part aujourd’hui à la première rencontre préparatoire au Sommet de l’enseignement supérieur.

Il est 11h15, la période des « contributions des partenaires » vient de prendre fin. On prend une pause.

On s’engagera maintenant progressivement dans les échanges… vers les ateliers de l’après-midi et la plénière de fin de journée.

Premier regard sur mes notes, et quelques réflexions, que je pose ici pour contribuer à favoriser les échanges au-delà des personnes présentes sur place.

De mon point de vue:

  • les points de vue ont été présentés dans le respect.
  • tout reste à faire pour qu’elles se rencontrent — pour qu’on aille un peu « au-delà ».
  • plusieurs prises de position corporatistes — c’est de bonne guerre à ce stade.
  • j’ai particulièrement apprécié la présentation de Martine Desjardins (FEUQ) qui m’a semblé plus concrète et plus ouverte. Elle invitait davantage au dialogue tout en définissant clairement des zones d’autonomie pour les universités et des zones de reddition de compte nécessaires envers la société québécoise.

Je regarde en parallèle ce qui s’échange en rapport avec #sommet2013 sur Facebook et sur Twitter… et je dois dire que je m’inquiète un peu en constatant qu’on associe trop souvent le Conseil du patronat au point de vue des entreprises — de toutes les entreprises. J’ai pourtant parfois (souvent) bien du mal à m’y reconnaître.

Sans avoir de statistiques précises à ce sujet, je pense qu’il fait dire que de nombreux diplômés universitaires (une majorité?) se trouvent un emploi dans de petites ou de moyennes entreprises — et que c’est souvent là qu’ils et qu’elles pourront faire la plus grande différence, apporter une contribution particulièrement significative à l’évolution de la société dans son ensemble.

C’est souvent là que la qualité de la formation qu’ils auront reçue sera la plus déterminante pour la société. Et attention, ça ne veut pas dire seulement avoir une formation très spécialisée — ça veut aussi dire être capable d’adopter une perspective large sur les défis de l’entreprise et sur la manière dont ils sont reliés aux enjeux auxquels fait face la société dans son ensemble.

Quand on parle des interactions entre les universités et le milieu des affaires on s’intéresse spontanément aux grandes et aux très grandes entreprises — probablement parce qu’on rêve de philanthropie — mais je pense qu’on devrait s’intéresser beaucoup plus à l’écosystème qu’il faudrait  mettre en place autour de l’université afin de favoriser des interactions avec de petites et moyennes entreprises (pour lesquelles il y a d’ailleurs bien moins de risques au regard des influences indues que certains redoutent tant).

Il faudra décidément mettre ça en évidence au cours de prochaines heures.

De retour sur Instagram

J’ai recommencé à utiliser Instagram au cours des derniers jours. À la demande insistante des enfants.

— Papa, tu ne peux quand même pas être le seul de la famille à ne pas utiliser Instagram

J’avais beaucoup utilisé Instagram il y a un an. J’avais ensuite délaissé : trop de sources de trop d’informations instantanées. Trop de sollicitations.

Et c’est toujours vrai. Je pense qu’il ne faut pas trop multiplier les sources de distraction. Se garder du temps pour penser à partir de sa propre imagination; dans le calme.

Mais c’est vrai que c’est intéressant de partager nos regards — et en particulier dans la famille, de voir ce qui attire le regard de ceux qu’on aime, de développer une complicité esthétique. Et c’est indéniable, Instagram est un outil qui aide à rester alerte, à garder l’oeil ouvert, à voir mieux.

Alors, je vais utiliser Instagram comme un carnet de notes visuelles. Pour de bonnes ou de moins bonnes images. Comme un carnet de notes à partir duquel je pourrai écrire des textes par la suite. Il ne faudra donc pas s’étonner de voir certaines des images dans mon flux Instagram se retrouver sur mon blogue par la suite.

Rouyn-Noranda

J’y ai fait mon voyage le plus inspirant cette année.

J’y ai fait rien de moins qu’un voyage dans le temps — non dans le passé, mais dans l’avenir.

Presque tout y a l’air tout droit sorti du passé — quasiment sépia — mais les projets que j’y ai vus préfigurent l’avenir — ils sont à la fois simples et puissants; lumineux, inspirants. Ils forcent l’admiration tant ils sont réalisés avec les moyens du bord.

Alors que notre métropole semble depuis longtemps engluée quelque part entre son passé et son avenir (c’est parfois même vraie pour notre capitale) cette ville semble carrément échapper à l’aujourd’hui. J’ai y vu le futur dans un écrin vieilli.

Je suis reparti avec l’impression d’avoir rencontré, à travers les Rouynorandiens, une partie inconnue de moi-même; une partie méconnue de nous-mêmes — quelque chose dont j’aurais aimé qu’on me parle ailleurs que dans les livres d’histoire. J’en suis revenu convaincu d’avoir fait une rencontre importante — déterminante.

Je retournerai très certainement au Cabaret de la dernière chance.

Un appel pour un Québec plus numérique

Un Québec numérique, qu’attendons-nous? C’est le titre que treize personnes ont choisi de donner à une lettre qui est reprise et commentée par plusieurs médias depuis hier. Certains médias y font référence comme une simple « lettre d’opinion », d’autres comme un texte directement adressé au gouvernement du Québec (et parfois aussi aux partis d’opposition).

Je me réjouis de l’initiative de ces treize étonnés (c’est leur expression), parmi lesquels se trouvent plusieurs personnes que je connais et que j’estime au plus haut point. Je les remercie de jeter ainsi un pavé dans la marre — de chercher à faire réagir. Il est en effet urgent que nous prenions conscience, collectivement, et à tous les niveaux, de l’importance que le numérique est en train de prendre dans la manière dont s’organise la société — et que le gouvernement s’organise en conséquence, ce qui n’est manifestement pas le cas aujourd’hui.

Il ne fait pas de doute que les preneurs de décisions doivent être beaucoup mieux conseillés par rapport au numérique — et tout spécialement dans des secteurs particulièrement sensibles comme la culture et l’éducation, mais je m’interroge à la lecture de la lettre. Est-ce que c’est en multipliant les nouvelles structures que nous y arriverons le mieux?  Et est-ce que tout est si noir que ne le laissent croire certains passages de la lettre?

Le Québec glisse en bas de l’échelle de compétitivité… tous les rapports sont tablettés ou risquent de l’être… nous n’entreprenons que des actions individuelles et souvent désordonnées… nous vivons une série de crises… nous sommes uns société tellement divisée que nous ne pouvons plus établir de consensus concernant nos projets d’avenir… nous perdons nos points de repères, devenons inquiets…

Les treize ont raison de mettre les projecteurs sur le fait que plusieurs des bouleversements économiques et sociaux qui nous affectent aujourd’hui sont directement ou indirectement liés à l’omniprésence discrète du numérique — même (surtout) quand on n’en a pas connaissance de prime abord.

Cela dit, est-ce que ces changements sont si dichotomiques que la lettre le fait croire? Doit-on parler de révolution? Faut-il y voir des ruptures ou de profondes évolutions — des transformations?

Est-ce qu’on passe vraiment d’une démocratie élective à une démocratie participative? N’est-il pas mieux d’y voir un phénomène d’addition?

Est-ce que la majorité silencieuse est réellement en train de perdre de l’importance? Les dernières élections me portent pourtant à croire le contraire…

Sommes-nous vraiment en train de passer de l’individualisme forcené (!) à une responsabilisation collective? Je partage ce souhait, mais je doute qu’il corresponde à la réalité..

Et le passage du livre aux images-écran? Je pense qu’il faut éviter d’en faire une  fixation fétichiste (sur l’objet) — au détriment du phénomène de création (cela dit même si on parlait du texte, plutôt que du livre).

Quant au fait de passer de la loi de l’offre à celle de la demande? Je sais qu’on en a parfois l’impression, mais est-ce le cas de façon générale?

Je suis reconnaissant aux signataires d’avoir partagé avec cette lettre leur étonnement « devant notre peu d’envergure et de prévoyance » (et je partage ce constat), mais je suis déçu de la forme que prend leur appel et par la nature de leurs demandes. Il me semble qu’il aurait été préférable de décrire davantage « les bénéfices des nouveaux modes de communication de l’économie immatérielle » plutôt que d’insister autant sur ce qui va mal.

Pourquoi est-ce que je prends la peine de le dire?

D’abord et avant tout parce que je pense que ça pourra contribuer à stimuler le débat — parce qu’on a vraiment besoin de cette discussion et que je suis certain que c’est, au fond, ce que les étonnés appellent de leurs voeux.

Aussi parce qu’il semble qu’il y aura un point de presse sur le sujet jeudi prochain, le 22 novembre, et que je pense que ce serait bien qu’on assiste d’ici-là à un crescendo dans la prise de conscience sociale des enjeux réels qui sont soulevés par ce texte.

Et finalement — et peut-être surtout — parce que je partage leur conviction à l’effet que

« Nous basculons [actuellement] vers une société de la connaissance où l’information devient notre matière première et l’Internet la place publique où se prennent nos décisions. »

Et que ça, c’est vraiment fondamental!

Alors sur l’essentiel: bravo aux étonnés et surtout un grand merci pour avoir initié quelque chose qui se poursuivra, et s’intensifiera, j’espère, dans les prochaines semaines et les prochains mois.