Affamé de textes québécois, Antidote se nourrit grâce à la BNF et à Google

De toutes les notes prises au cours des Assises internationales de l’imprimé et du livre électronique (E-PaperWorld) la semaine dernière à Montréal, celles qui me reste le plus fortement à l’esprit concernent les interventions de Éric Brunelle, président de Druide informatique, éditeur de Antidote.

Monsieur Brunelle a beaucoup insisté sur l’importance de rendre disponible la littérature québécoise sous forme numérique — notamment afin d’en assurer le rayonnement à travers les outils linguistiques contemporains.

Il a évoqué le fait que Google Books est très utile à Druide pour enrichir et perfectionner Antidote en parcourant de ses algorithmes l’ensemble du corpus numérisé par Google — qui est malheureusement, selon ses dires, assez pauvre en oeuvres québécoises.

Il a aussi mentionné avoir déjà sollicité les éditeurs québécois afin d’avoir accès à leur fonds d’édition sous forme numérisée dans le but de pouvoir en tenir compte — et ainsi pouvoir mettre en valeur notre écriture à travers Antidote.  Cela s’est malheureusement conclu par un échec.

Encore plus invraisemblable, il a mentionné que Druide n’a jusqu’à présent pas pu tirer profit des efforts de numérisation de la BAnQ parce que celle-ci numériserait essentiellement sous forme d’images et/ou que les fichiers textes qui pourraient être issus de cette numérisation ne sont pour le moment pas accessibles. Druide doit donc se tourner vers les fruits du programme Gallica, de la Bibliothèque nationale de France, afin de répondre à ses besoins et continuer à enrichir et améliorer Antidote.

Cela fait bien réfléchir…

Parce que, non mais… merde!… qu’est-ce qu’on attend pour numériser notre littérature nationale sur le sens du monde? — pour en faire un véritable projet — avec toutes les ressources qu’exigerait un projet aussi ambitieux; un projet aussi nécessaire? Arggghhh

La tuyauterie au service des oeuvres, jamais l’inverse

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On parle de distribution numérique et de livres sur La Feuille et chez Aldus… avec une foule de commentaires généralement intéressants, bien qu’un peu trop marqués à mon goût par une conception traditionnelle des rôles dans ce qu’on appelle encore (à tort, il me semble) la chaîne du livre.

Là où il y avait une chaîne, il y a maintenant un cycle — des cycles. Un écosystème, beaucoup plus complexe, avec des rôles qui se superposent bien plus qu’auparavant, et des intervenants/interventions plus polymorphes que jamais.

C’est cette conviction que j’apprécie particulièrement dans l’approche de Xavier Cazin, rapportée par Hubert Guillaud — J’y adhère complètement.

Ce qui m’anime, au quotidien, c’est la volonté de procurer aux éditeurs — à tous les éditeurs — les moyens d’offrir le plus large accès possible aux oeuvres qu’ils éditent, aux conditions qui leur conviennent ainsi qu’à leurs auteurs. Leur offrir les moyens de maîtriser (pas de contrôler complètement: de maîtriser le mieux possible) la manière dont leurs oeuvres peuvent faire leurs premiers pas dans l’univers numérique.

Et je suis convaincu que pour réussir cela, il faut viser à permettre l’accès aux oeuvres partout où il peut en être question sur le Web — partout où des gens auront pu établir un lien vers ces oeuvres. Et qu’importe s’il faut pour cela que les infrastructures que nous mettons à leur disposition soient parfois interconnectées à celles d’autres « distributeurs » — même potentiellement concurrentes, comme s’en étonne Aldus. Ce n’est même pas une question de mon point de vue — le choix définitif demeurant toujours, à cet égard, celui de l’éditeur, comme ultime responsable de l’oeuvre.

Il ne faut surtout pas perdre de vue sont les liens qui s’établissent entre les oeuvres, par l’entremise des lecteurs, qui assurent leur vitalité — pas la tuyauterie qu’elles empruntent pour se rendre jusqu’à nous.

Bien sûr, tout cela peut sembler très abstrait devant ce qu’on perçoit (trop) souvent comme les implacables règles du commerce — mais je pense qu’il faut néanmoins adopter cette idée, l’affirmer, rappeler qu’elle est notre idéal, au moins d’un point de vue technique. Et plaider aussi souvent que possible cette conviction quand les contraintes semblent nous inviter à la résignation.

Il ne faudrait pas accepter de voir se refermer sur elles-mêmes (ou alors le moins possible!) des plateformes qui prétendent pourtant être destinées à faire mieux connaître — et à commercialiser plus efficacement — des oeuvres qui ne demandent qu’à exister sous formes numériques.

Lire et lier: une proximité essentielle dans l’aventure du livre numérique

À l’occasion d’une conférence que je prononçais hier dans le cadre des Journées de la Culture, au sujet du livre électronique, je me suis entendu dire:

« … une des choses qui me fascinent, c’est de voir, à quel point les verbes lire et lier sont proches l’un de l’autre quand les livres sont numériques. »

et

« … je pense que la créativité qui s’exprime actuellement autour des différentes formes que peuvent maintenant prendre les livres constitue un des plus extraordinaires laboratoires culturels qui soit — un laboratoire qui se révélera au moins aussi fascinant que ceux qui ont donné forme à la rencontre de la musique, du cinéma et du théâtre avec les technologies numériques. »

Ces deux phrases me restent depuis comme un écho. Comme un appel. Comme un rappel.

Un rappel important qu’il me faut réinvestir du temps dans ce blogue. Pour partager. Pour lier. Pour relier. Non pas parce que j’aurais tout abandonné de ce côté — notamment grâce à Twitter et del.icio.us — mais parce que je suis convaincu qu’il ne suffit pas de faire des liens 140 caractères à la fois. Il faut prendre le temps d’écrire vraiment.

Mes journées sont actuellement beaucoup trop chargées, par toute l’énergie que je déploie, sans compter, dans cette aventure du livre numérique… c’est ce qui fait que je ne trouve pas le temps d’écrire. Je m’y étais résigné… mais je vais devoir y remédier.  Trouver le temps d’écrire. Dès demain.

Tous les liens évoqués lors de ma conférence d’hier sont ici.

Mise à jour: après avoir écrit ce texte, j’ai lu le dialogue entre un gars et son blog, de Michaël Carpentier… et j’ai beaucoup rit, vraiment! Voilà une très amusante synchronicité.

Porter un nouveau regard

Presque trois mois depuis le dernier texte publié ici. Pourtant, bien peu de repos au cours de ces trois mois… le temps passe vite. Très vite. Trop vite? J’ai eu besoin au cours de cette pause de prendre des notes, d’écrire pour moi — privément. De lire aussi — de me laisser amener ailleurs. Puis, il y a eu deux semaines, ou à-peu-près, de vacances. Et me revoilà. Et le goût de communiquer qui revient.

Un goût suspendu par fatigue du regard, je crois. Comme le champ de vision tend à rétrécir avec la vitesse, à se refermer, à fuire — trop d’info, trop d’action, trop vite. Il ne s’agissait pas tant de ralentir, plutôt d’identifier de nouveaux points de repère.

Le goût de communiquer ici qui revient donc. Avec le recul, un peu de repos, un peu de dépaysement et de la lecture, surtout — des idées, des récits, de nouveaux regards. Un regard renouvelé.

Je vais essayer de garder simples les textes à venir ici — viser écrire sans trop me casser la tête. Revenir à l’écriture « pour moi » — à la réflexion à voix haute — celle que j’ai toujours souhaité être à la source de ma démarche bloguesque (rocambloguesque?).

* * *

Il y a eu, bien sûr, de nombreux textes, plusieurs discussions, bien des images, bien des parcours qui ont contribué à me ramener ici aujourd’hui. Notamment:

Aussi, plus particulièrement, au cours des derniers jours, la visite de l’exposition de Shepard Fairey au Institute of Contemporary Arts de Boston (une pure merveille!) et la lecture de l’Incendie du Hilton, de François Bon (présentation vidéo par l’auteur ici).

Hallucinante découverte de l’oeuvre graphique et de la démarche artistique, philosophique et politique de Shepard FaireyStreet Artist génial, notamment auteur du portrait de Barack Obama qui est devenu une véritable icône lors de la dernière campagne présidentielle aux États-Unis. Son oeuvre est magnifique, originale, engagée. Elle prend forme de puis vingt ans au coeur de la ville, littéralement. Elle consiste pour l’essentiel à interroger tous les messages qui nous sont adressés et à nous inviter à porter un regard plus actif/créatif sur notre milieu de vie.

Grand plaisir à lire aussi, pour conclure mes vacances, le nouveau roman de François Bon — qui se déroule à Montréal, une nuit qui précède un rendez-vous que René Audet et moi avions avec lui, l’automne dernier.  Chaque paragraphe de l’Incendie du Hilton est une invitation à voir la ville — et la vie qui s’y déroule — sous une autre perspective: à décoder l’anecdotique; à fixer l’esthétique de l’errance, de la déambulation, du mouvement. Une invitation à interroger le réel, le pouvoir des mots et des images, la manière de les écrire, de les communiquer, de les partager. Réflexion sur la ville, sur le récit, sur l’écrit, sur le livre. Sur mon quotidien aussi.

En concluant mes vacances par cette visite et cette lecture, j’ai eu la vive impression que  Shepard Fairey et François Bon me guidaient avec complicité afin que je mette un terme à cette période de retrait de la blogosphère. Comme s’ils avaient voulu me rappeler par leurs oeuvres que si on peut choisir de se laisser raconter le monde tel qu’il apparaît dans le regard des autres, il est bien plus amusant de le raconter à sa manière — devenant par le fait même auteur/acteur d’une nouvelle histoire, d’un nouveau monde.

Je m’y remettrai donc.

Lecture en cours, dans la même veine, mais d’un tout autre point de vue: The Political Mind, de George Lakoff. Fascinant.

Un autre équilibre

J’ai écrit ici beaucoup moins que je ne l’aurais souhaité au cours des dernières semaines. Non par manque de sujets, d’inspiration ou même de temps (ça se trouve toujours quand on le veut vraiment) mais par effort de gestion de mon énergie. Avec, chaque jour, littéralement, une interrogation sur le choix que je faisais à cet égard.

Je n’ai jamais eu les neurones autant sollicités — tant par mon quotidien et par les défis nombreux et variés qui se présentent à moi. Ça surchauffe! — mais je me sens au meilleur de ma forme, en pleine possession de mes moyens, et je peux compter sur des gens extraordinaires comme compagnons de défis.

J’arrive à m’accorder du temps pour faire régulièrement un peu d’introspection — heureusement, parc que c’est plus que nécessaire! — mais je ressens le besoin de le faire un peu plus seul — dans ma tête — qu’à d’autres moments. Comme si à cette période de ma vie, les moments de réflexion dans l’isolement étaient devenus aussi rares et précieux que ne l’apparaissaient les véritables moments de réflexion collective avant l’avènement de la blogosphère.

J’ai besoin de plus de temps seul avec moi-même — sans possibilité d’être interpellé — afin de donner naissance à de nouvelles idées, à de nouveaux projets ou pour suivre de nouvelles orientations à ma manière.

Il y a eu un temps où j’ai ressenti la présence de la blogosphère comme une poussée vers plus d’audace — un temps où je me sentais poussé par elle à aller au bout de mes idées. Aujourd’hui, je crains plutôt l’inverse: que le besoin d’expliquer des idées pas mûres, prématurément formulées ici ou ailleurs, me force trop à nuancer, à défendre… à me laisser tenter par le conformisme. Or, j’ai plus que jamais le goût d’aller au bout de mes réflexions. Peut-être est-ce la peur? Un prétexte pour justifier le manque de temps? Une forme de renonciation? Je ne doute pas qu’il y aura des gens pour me le dire puisque sur ce sujet, je choisis de m’exposer ici, par ce texte.  ;-)

Je ne me coupe évidemment pas pour autant de toute l’intelligence collective qui se trouve dans ma blogosphère. Je continue à lire, beaucoup, et je vais évidemment continuer à contribuer à ce réseau, de diverses manières, au cours des prochains mois — mais probablement dans un nouvel équilibre, un autre équilibre.

Éducation et culture: la clé du passage au numérique, c’est le dialogue

Je vis depuis quelques semaines des moments particulièrement intenses au contact des différents acteurs du monde du livre — au Québec, en France, et plus largement, ailleurs dans le monde, notamment à travers la blogosphère. Les bouleversements en cours s’accélèrent et cela provoque toutes sortes de rencontres. Je me répète tous les jours — dans la fatigue comme dans l’ivresse — que c’est un grand privilège de pouvoir ainsi prendre part à des moments où tout est à inventer.

J’avais bien besoin de décrocher un peu cette fin de semaine — j’ai donc déconnecté vendredi soir. J’ai pris du temps en famille, pris l’air, plongé dans quelques livres, et dans les journaux — imprimés — un peu plus à l’abri que d’habitude des distractions inhérentes à la permanence des réseaux. Et ça m’a fait le plus grand bien.

Et puis ce matin, en lisant Le Soleil, café en main, un texte a attiré mon attention jusqu’à me faire reconnecter. Un texte bien loin des grandes analyses sur l’éducation, l’avenir du livre, le statut de l’écrivain, etc., Un texte très humble, qui m’a replongé aux sources de plusieurs de mes engagements personnels et professionnels depuis quinze ans — voire un peu plus. C’est un texte de France Castonguay, de Saint-Laurent-de-l’Île-D’Orléans, que je reprends in extenso ci-dessous, faute d’avoir pu le trouver sur Cyberpress.ca. Je reprends mes commentaires à la suite.

Précieux coup de main d’une grande dame

En lisant mon Soleil dimanche dernier, j’apprends que c’est le 100e anniversaire de naissance de Gabrielle Roy

Aussitôt m’est revenue en mémoire une anecdote concernant cette écrivaine dont j’ai croisé le chemin pour quelques minutes, mais qui me sont restées gravées en mémoire pour toujours.

J’avais 14 ans à l’époque et j’avais un travail de français à faire, concernant une partie de son roman La petite poule d’eau.

En étudiant sa biographie, j’avais découvert qu’elle était marée à un médecin de Québec. Comme j’éprouvais certaines difficultés à bien saisir le texte, j’ai pris la décision de l’appeler. Ce qui fit très facile, car son mari était dans le bottin téléphonique( tout en pensant bien que mes chances étaient plutôt minces qu’elle daigne me consacrer du  temps). À ma grande surprise, c’est elle-même qui ma répondu au téléphone et elle a patiemment répondu à mes questions. Après avoir raccroché, je n’en croyais toujours pas mes oreilles… Ces quelques minutes m’ont aidée à mieux comprendre son texte et m’ont été dune grande utilité pour terminer mon travail.

À la remise des travaux, mon professeur de français m’a indiqué, devant toute la classe, que je n’avais pas bien saisi le texte et que mon travail, somme toute, ne méritait pas une bonne note. J’ai attendu la fin du cours pour le rencontrer en privé et lui dire que j’avais communiqué avec Gabrielle Roy et qu’elle m’avait beaucoup aidée à saisir e sens de son texte! Je lui ai expliqué ma démarche et l’ai invité à l’appeler pour confirmer directement avec elle que nous avions bien eu cette conversation.

Cette très brève conversation avec cette grande dame a tout de même changé ma vie et m’a fait comprendre:

* Que le jugement que les autres portent sur notre travail peut parfois être complètement erroné, et qu’il ne faut pas trop s’en faire avec cela. Surtout si on est convaincu de l’avoir bien fait.

* Que d’avoir rencontré mon professeur en privé, pour lui expliquer la situation, au lieu d’essayer de l’humilier devant la classe, m’a apporté son plus grand respect.

Ces leçons de vie me servent encore aujourd’hui, même après plusieurs décennies.

Pour cela, merci encore, chère Gabrielle Roy.

— France Castonguay, Saint-Laurent-de-l’Île-D’Orléans

J’aime beaucoup ce texte parce qu’il illustre remarquablement que c’est dans le dialogue que la culture prend tout son sens, et tout particulièrement dans un contexte éducatif. C’est une conviction qui était à la base de  mon choix d’étudier en enseignement, qui était également à la base de mon intérêt immédiat pour le Web et de mon choix à participer à la mise en place de l’Infobourg, ainsi que de celui de travailler spécialement avec le monde de l’édition. Une conviction qui s’est renforcée lors de mon passage en France, et qui est au cœur de ma manière d’envisager l’avenir du livre dans un environnement culturel de plus en plus numérique. Une conviction qui s’incarne aussi dans mon engagement autour du projet de faire de Québec une cité éducative. Une conviction qui me ramène aussi fréquemment à l’œuvre de Paolo Freire.

Le témoignage de Mme Castonguay montre bien la valeur que peut avoir le contact avec l’auteur d’un texte. Il montre bien, aussi, que cela n’est pas seulement rendu possible depuis l’avènement d’Internet. Mais comment ne pas s’émerveiller devant tous les contacts que le Web facilite ou rend possible avec les auteurs des livres qui nous passionnent ou sur lesquels nous devons travailler, dans un contexte scolaire, notamment? Et devant tous les apprentissages et les projets dont ils peuvent être la source? Comment peut-on imaginer l’avenir de l’école sans tenir compte de telles possibilités?

Est-ce que, bien plus qu’un passage d’un support à l’autre, ou d’une forme matérielle à une autre, dématérialisée, ce n’est pas sous l’angle de nouveaux dialogues autour des oeuvres qu’il faudrait envisager la transformation actuelle du monde du livre? Je le crois. Profondément. C’est d’ailleurs ce qui me fait croire que tous les métiers qui sont fondés sur la médiation, sur le relationnel et sur le conseil peuvent particulièrement gagner dans ce nouvel univers littéraire. C’est une partie du message que j’ai souhaité laisser aux libraires, plus tôt cette semaine, notamment.

Dans un univers numérique, la clé du succès, c’est le dialogue. Dans le monde du livre, cela suggère le dialogue avec un auteur vivant, certes, mais aussi avec d’autres lecteurs, ou d’autres participants à l’écosystème qui prend forme autour d’une œuvre. Par conséquent, par delà les infrastructures, les formats, les modèles commerciaux, etc. ceux qui réussiront le mieux seront ceux sauront tirer profits des dialogues — par tous les moyens; par ceux qui leur conviennent, ne serait-ce que par courriel, par un blogue, etc. Qu’ils soient auteurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires, etc. Je m’émerveille d’ailleurs en voyant apparaître, chaque jour, de nouvelles initiatives qui s’inscrivent dans cette dynamique conversationnelle.

À moyen terme, je suis persuadé que les initiatives qui contribueront à favoriser les dialogues ont plus de chance de réussir que les autres. C’est même, je crois, la meilleure grille d’analyse pour faire des choix, tant éditoriaux, que techniques ou commerciaux — en particulier dans le monde du livre.

* * *

Si j’étais toujours enseignant, je m’empresserais de coller ce texte sur la porte de mon local, pour qu’il serve sans cesse de rappel aux élèves:

La culture est quelque chose de dynamique — vous en faites partie — vous disposez de moyens de communication extraordinaires — servez-vous-en! — communiquer avec les gens qui s’adressent à vous, à travers les médias, les livres ou autrement, quels qu’ils soient — interpellez votre entourage— posez-leur des questions — demandez qu’on vous explique — donnez votre opinion.

Je crois que c’est seulement de cette façon que les technologies du numérique — et que la culture, dans un environnement numérique — pourront devenir des outils de liberté et de solidarité; et non pas seulement de nouveaux vecteurs de la société de consommation.

À défaut d’avoir une porte de classe où afficher ce texte, je vais de ce pas le placer sur la porte du réfrigérateur familial. C’est dans le même esprit que je le dépose ici.

Qu’aimeriez vous lire dans le journal le 17 février?

J’ai beaucoup d’échos, de vive voix, en rapport avec mon appel à tous au sujet de Québec Horizon Culture; également par courriel, mais très peu publiquement, ici, sur le blogue.

C’est même à croire qu’il n’y a que les médias traditionnels qui s’intéressent à l’événement jusqu’à présent… parce que pratiquement rien n’a été écrit sur le sujet dans la blogosphère — à l’exception de René Audet qui a interpellé publiquement ses collègues du CRILCQ et de l’ITIS: La culture à Québec… et notre engagement alors ? Extraits:

Loin de moi l’idéalisme d’une culture qui puisse exister sans infrastructures, sans soutien gouvernemental. Le financement est chose nécessaire, mais selon quelles orientations ? favoriser un développement général, au petit bonheur?

Quelle orientation pour un développement culturel à Québec ? Pour le dire autrement : qu’y aura-t-il de singulier dans cet élan insufflé à la culture dans la ville de Québec, qui la distinguera des initiatives culturelles de toute autre grande ville de la province, du pays ?

… quelle place souhaitons-nous prendre comme universitaires dans cette économie de la culture?

… comment arrimer la réflexion universitaire sur la culture à un milieu en pleine effervescence ? Comment jouer, comme universitaires et intellectuels, un rôle dans la cité lorsqu’il est question de développement culturel ? On nous donne, par cet événement, un possible droit de parole ; est-ce que nous nous en prévaudrons ?

Constatant cet après-midi que j’étais aussi tombé dans le piège de discuter avec lui de tout ça en privé, dans le confort du courriel, j’ai proposé à René que nous déplacions plutôt notre échange ici afin de permettre à d’autres personnes de prendre part à la conversation.  —  je profite de la même occasion pour lancer, en fin de texte, une idée simple pour brasser des idées en rapport avec Québec Horizon Culture au cours des prochains jours… c’est cette idée qui a inspiré le titre de ce texte.

Lire la suite de « Qu’aimeriez vous lire dans le journal le 17 février? »

Nationalisme et humanisme

Je suis en profond désaccord avec la charge que Mathieu Bock-Côté signe contre le Bloc québécois ce matin dans les pages du Devoir.

Le très médiatique candidat au doctorat à l’UQAM accuse Gilles Duceppe de trahison, participe au délirant discours du « coup d’état » et prétend que le Bloc s’est disqualifié pour de bon dans la défense des intérêts du Québec.

Foutaise!

On comprend que pour lui tout ce qui permettrait au Québec de vivre tranquille dans son coin (« un gouvernement fédéral plus discret [même très] conservateur ») est préférable à un fédéralisme plus centralisateur — il ajoute même que le Bloc devrait rester — comme au moment de sa fondation — « une coalition de nationalistes de tous les horizons »… comme si depuis 17 ans le contexte politique québécois, canadien et international ne s’était pas profondément modifié.

Je récuse le nationalisme d’isolement que plaide Mathieu Bock-Côté et je condamne le cynisme de ceux qui croient que le Bloc n’avait pas à se mêler des querelles entre le Parti conservateur, le Parti libéral et le NPD — voire pire, de ceux qui, comme Mathieu Bock-Côté croient que Gilles Duceppe aurait dû profiter de la situation et faire « une alliance [avec] un gouvernement conservateur s’ouvrant à certaines revendications historiques du Québec. »

Non, franchement. Le nationalisme doit avoir des limites et la volonté de faire du Québec un pays doit continuer d’être motivée par un projet de société (lequel nous manque cruellement aujourd’hui) et par des valeurs humanistes.

Dans ce contexte, de mon point de vue, il serait absolument inacceptable que le Bloc québécois s’allie à un gouvernement qui s’était proposé de couper le financement aux partis politiques, de retirer aux employés du gouvernement le droit de grève et d’abolir le droit pour les femmes de recourir aux tribunaux pour protéger leur droit à un salaire égal. Un gouvernement qui a par ailleurs démontré à maintes reprises depuis quelques mois, notamment dans le dossier de la culture, qu’il est prêt à renier sa parole à tout moment.

La situation à Ottawa est invraisemblable, c’est vrai. Mais pour ma part, je suis fier de constater que Gilles Duceppe a préféré assumer l’humiliante alliance avec les Libéraux (et leur chef!) et le NPD que de nous engager dans la voie d’un nationalisme prêt à tout pour vivre seul dans son coin.

Je souhaite, moi aussi, être « maître chez nous », mais pas si cela me demande, même par opportunisme, de renier mon engagement humaniste pour la démocratie et pour les droits des femmes et des travailleurs.

Pour cette raison, j’appuie pour le moment sans réserve le Bloc et la coalition que j’espère voir prendre place au Parlement fédéral.

Malaise post-électoral…

J’éprouve un grand malaise devant la réaction officielle du Canada suite à l’élection de Barak Obama. Un très grand malaise.

Malaise devant le manque d’enthousiasme, d’abord. Alors que presque le monde entier se réjouit, notre premier ministre boude. Pas de déclaration publique, en personne, devant les caméras. Juste un communiqué, apparemment laconique, auquel fait référence la Presse canadienne, et qui n’est même pas archivé sur le site du premier ministre. Honteux.

En comparaison, la lettre, très personnelle, de Nicolas Sarkozy est exemplaire — et source de fierté, je crois, pour tous les Français. Gilles Duceppe a pour sa part transmis une lettre plus modérée, qui m’apparaît relever de la plus élémentaire courtoisie.

Certains diront que la réaction mitigée du premier ministre canadien s’explique par le fait que le Canada risque, plus que la France, de subir des conséquences négatives suite à l’élection d’un président démocrate. C’est, par exemple, ce que prétend le Fraser Institute.

Peut-être. Mais cela ne fait qu’accroître mon malaise.

Je m’interroge: est-ce que le Canada est à ce point devenu un pays calculateur, intéressé, pingre, voire mesquin — que ses intérêts économiques à court terme doivent passer avant toute considération humaniste, avant l’espoir d’une meilleure compréhension et de solidarités accrues à l’échelle internationale?

Je ne veux pas le croire. Je n’ai pas envie d’y croire. Je n’ai pas envie de vivre dans un pays qui oublie ses valeurs fondamentales pour défendre ses intérêts économique.

Lester B. Pearson où êtes-vous?

Non, franchement, la réaction du gouvernement canadien à l’élection historique de Barak Obama me dégoûte.

Shame on you Mr Harper.

13h27 — Mise à jour: apparemment le premier ministre a décidé de cesser de bouder. Le site du Globe and Mail nous apprend que Stephen Harper viendrait tout juste de déclarer que l’élection de Barak Obama était un « truly inspiring moment » et que « Canada will be there for the U.S. as its most reliable ally in the world ». More to come, ajoute le Globe and Mail…

Je suis un peu plus fier que je ne l’étais… un tout petit peu plus… (en espérant que Harper ne cherche pas seulement à corriger une erreur diplomatique).

Écrire pour proposer

Je m’interroge depuis mon retour de la France sur la manière de me remettre à l’écriture; à une écriture plus régulière. Pour retrouver une plus grande aisance rédactionnelle, mais aussi pour la gymnastique intellectuelle que cela procure.

Si je m’interroge autant, c’est parce que j’ai envie d’écrire dans le cadre d’un projet. J’ai envie d’écrire « pour quelque chose ». J’ai envie d’écrire à dessein.

Je n’ai pas envie de commenter.

J’ai envie de proposer.

Je me sens plus que jamais lié par la conclusion d’un texte que j’ai écrit il y a quelques années dans lequel je disais que le devoir d’un intellectuel est moins de commenter l’évolution de la société que de proposer des façons de la faire évoluer. De formuler des utopies et des projets qui donnent envie de marcher ensemble dans une même direction; mais aussi de proposer des manières, concrètes, qui pourraient permettre d’y arriver.

J’y crois d’autant plus que le contexte me semble particulièrement propice à une réflexion sur le pouvoir de la proposition, en tant que telle.

Je sens naître chez plusieurs des gens que je côtoie le désir d’explorer de nouvelles façons de voir les choses. L’envie, aussi, de poser des gestes concrets qui correspondent à ce nouveau regard.

Paradoxalement, au moment où le système financier s’écroule, où notre environnement se dégrade à vitesse accélérée et où on s’enlise dans une succession de gouvernements faibles — faute d’un projet de société capable de rallier la majorité — je n’ai pas l’impression que les gens que je côtoie sont abattus. J’ai, au contraire, l’impression que le contexte leur donne le goût de (re)prendre les choses en main.

J’ai envie de croire que les crises que traversent certains des systèmes complexes qui sont au coeur de notre vie collective peuvent avoir comme effet bénéfique de stimuler et de revaloriser l’action individuelle.

Sur la base de cette hypothèse, j’ai le goût d’explorer de nouvelles façons d’inspirer, de soutenir et de coordonner les actions de ceux et celles qui auront envie de s’engager dans cette voie.

Il ne s’agit pas d’engager tout le monde dans un même projet. Il ne s’agit pas de créer un nouveau groupe de pression. Il s’agit de contribuer à faire naître un contexte qui permet de transformer des intentions, des voeux et des rêves, en gestes à poser par chacun d’entre nous. Pour agir. Pour cesser de réagir.

Pour aller dans ce sens, à ma façon, j’ai envie de m’imposer une discipline d’écriture. Une discipline de forme — parce que la contrainte peut parfois aider à contourner certains réflexes d’écriture et favoriser un regard différent sur les idées qui nous amènent à écrire.

Dans le cadre de ce projet d’écriture, j’ai donc envie de m’obliger :

– à m’exprimer de façon particulièrement constructive, notamment en faisant en sorte que chacun de mes textes soit l’occasion de formuler une proposition concrète;

– à toujours écrire de manière à susciter un dialogue, notamment en m’adressant chaque fois à une personne précise et identifiée;

– à évoquer dans chacun des textes les valeurs et les projets qui m’amènent à formuler de telles propositions;

– et, au moment de me mettre à écrire, à ne jamais présumer qu’une idée est trop commune ou trop évidente pour mériter d’être formulée.

J’ai envie de m’obliger aussi à répondre à tous ceux qui s’adresseront éventuellement à moi sur des bases semblables. Parce que je me permets de rêver que cet exercice d’écriture peut être contagieux et donner lieu à une vague de propositions sans précédent, dont certaines pourraient éventuellement m’être adressées. Je le souhaite.

Je me suis fait la main au cours des derniers jours avec des textes formulés à l’intention de Carl-Frédéric et de Michaël. Le moment est maintenant venu de m’y consacrer plus sérieusement; de recommencer à écrire, pour proposer.

Ce projet ne m’empêchera évidemment pas d’aborder certains sujets sous d’autres angles, comme dans le cas de l’accord entre Google et les auteurs et éditeurs américains — au sujet duquel je dois encore écrire dans les prochains jours — mais je souhaite qu’il ait pour effet d’inspirer et de guider mon écriture au cours des prochains mois. Rien de plus. Rien de moins.

Google et les éditeurs de livres (1)

Google a annoncé mardi dernier qu’il était parvenu à un accord pour régler le litige qui l’opposait depuis 2005 à l’association des auteurs et à l’association des éditeurs américains relativement au programme Google Book Search.

Bien sûr, l’accord ne concerne en principe que les États-Unis, et doit encore être approuvé par les tribunaux, mais on peut d’ores et déjà affirmer sans trop de risque de se tromper que le 28 octobre 2008 restera comme une date importante dans l’histoire de Google (je dirais spontanément que c’est la quatrième : après la fondation et le lancement de adwords et de adsense), dans celle du Web, de façon générale, et à plus forte raison dans celle de l’édition et du commerce du livre.

Il faudra évidemment encore beaucoup de temps pour comprendre et évaluer l’étendue des retombées de cet accord complexe, mais une chose est certaine : les 134 pages qui le composent transformeront vraiment très profondément — et très rapidement — le commerce du livre (numérique, surtout, mais pas uniquement) non seulement aux États-Unis, mais aussi un peu partout dans le monde, y compris au Québec.

Dans ce contexte, quand je lis les communiqués émis par certains regroupements d’éditeurs américains et européens, qui laissent entendre que les éditeurs « ont gagné contre Google », que « Google accepte de payer 125 millions de dollars de compensation aux éditeurs » voire que cet accord « confirmerait la validité des règlements et politiques en vigueur sur le droit d’auteur »… je me dis qu’ils ne lisent certainement pas la même chose que moi — où qu’ils ne le font pas avec le même regard en tout cas! Parce que je pense qu’il faut être beaucoup plus nuancé.

Ainsi, au terme de trois lectures complètes de l’accord, et de celle plusieurs dizaines de textes publiés sur les blogues spécialisés, je sens le besoin de récapituler ce que j’en retiens… comme pour me faire une idée et intégrer tout cela dans le plan d’action qui m’anime depuis mon retour au Québec, qui motive la création d’un nouveau département au sein de De Marque, et qui doit conduire à la mise en place d’une infrastructure numérique collective, partagée par l’ensemble des éditeurs québécois qui le souhaiteront.

Comme il y aura vraiment beaucoup à écrire sur tout ça, ne serait-ce que pour me clarifier les idées, je vais regrouper dans les prochains jours l’ensemble de mes réflexions, notamment pour tenter de formuler simplement:

– Ce qu’est réellement Google Book Search
– En quoi consiste le litige auquel l’accord vise à mettre un terme?
– De quoi est constitué l’accord? Est-ce un bon accord? (Qui en sont les principaux gagnants/perdants?)
– Qu’est-ce que Google peut bien nous réserver pour la suite?
– Qu’est-ce que cela signifie pour le monde de l’édition québécois (et pour celui de l’éducation)?
– Quels défis cela pose-t-il à court et à moyen termes?

En terminant (pour aujourd’hui!) et sans vouloir présumer des conclusions de l’exercice — j’ai encore beaucoup à cogiter — disons que mon intuition à ce stade est à l’effet que les éditeurs américains ont choisi en signant cet accord de prendre tout de suite les revenus que Google leur proposait (et qu’ils n’auraient pas générés autrement parce qu’ils ne sont absolument pas prêts pour faire face aux défis du numérique; ce n’est donc pas un si mauvais accord!) mais qu’ils ont dû pour cela accepter que Google détermine dorénavant presque seul les règles du jeu dans le commerce du livre (jusqu’à pouvoir déterminer, et faire varier dans le temps, sur la base d’un algorithme secret, le prix de vente des livres — rien de moins!). À court terme, c’est peut-être un bon calcul pour les actionnaires des maisons d’édition, mais à moyen et à long terme cela pourrait s’avérer extrêmement contraignant et coûteux.

Quant aux pouvoirs publics, qui dans presque tous les pays occidentaux ont crû nécessaire d’accorder un statut particulier au livre (à la fois comme oeuvre et comme produit) ainsi qu’aux acteurs de ce secteur économique et culturel (éditeurs, bibliothèques et libraires, notamment), je pense qu’ils ont intérêt à lire et à analyser très rapidement les conséquences potentielles de cet accord sur les réglementations et les législations en vigueur… parce qu’à défaut de procéder de façon pressante à leur mise à jour afin de tenir compte du numérique, ce sont des accords de la nature de celui proposé par Google qui risque de de substituer, de facto à de larges pans de la Loi 51, au Québec, et à la Loi sur le prix unique, en France, par exemple.

Et si une chose est sûre… c’est que ce serait vraiment bête pour le Québec de s’être battu avec autant d’acharnement sur la scène internationale afin de défendre « l’exception culturelle » (et de réclamer avant autant de vigueur un siège à l’UNESCO) et de laisser par ailleurs tomber en désuétude les leviers réglementaires que nous avons mis tant d’années à mettre en place… simplement par manque de courage ou d’imagination — ou simplement par fascination devant la puissance et le succès de Google… qui sont tellement impressionnants qu’ils peuvent effectivement parfois donner l’envie de nous en remettre à lui plutôt que de devoir élaborer nous-mêmes les moyens de faire face aux défis du numérique.

En tout cas, pour ma part, cela me donne plutôt envie de me retrousser les manches…

Michaël Carpentier: réglementer la distribution des annuaires téléphoniques

Je poursuis avec ma formulation de propositions… en m’adressant cette fois à Michaël Carpentier.

–/ début /–

Michaël,

J’ai lu avec grand intérêt ton texte sur l’invraisemblable gaspillage qui entoure la distribution des annuaires téléphoniques. Une distribution tous azimuts, qui ne respecte ni la nature, ni les gens. Je ne veux pas d’annuaire téléphonique: tant pis, j’en aurai un! C’est inacceptable.

Je te remercie pour les heures que tu as passé à documenter l’attitude du Groupe Pages Jaunes, notamment.

Je pense, comme toi, qu’il faut aller plus loin.

Tu fais dans ton texte un survol d’hypothétiques moyens pour faire pressions sur le Groupe Pages Jaunes afin qu’ils cessent de nous imposer leurs annuaires. A priori, dans un tel cas, je ne crois qu’à la réglementation. Mais encore faut-il obtenir cette réglementation.

Dans ce cas, elle me semble évidente — surtout quand on pense que plusieurs villes ontariennes ont récemment interdit la vente d’eau embouteillée parce que les bouteilles vides emplissaient les sites d’enfouissement et les incinérateurs (de façon totalement inutile, qui plus est, puisque l’eau qu’elles contenaient n’est généralement pas de meilleure qualité que l’eau du robinet).

Il y aura une campagne municipale en novembre prochain dans toutes les municipalités du Québec. Je pense que c’est l’occasion rêvée de faire de la réglementation que nous souhaitons un enjeu partout au Québec.

Comme tu es un expert du référencement Web, je te propose de coordonner les efforts de ceux et celles qui voudront joindre leurs efforts pour que les réglementations à cet égard se multiplient en mettant en place une stratégie de manière à rendre incontournable une page Web (à produire) qui pourrait regrouper un ensemble de moyens pour faire valoir l’idée d’une réglementation dans toutes les villes et les villages du Québec.

Ce pourrait être une page Web très simple, avec des éléments de discours; des documents pdf à faire circuler (numériques ou imprimés); des modèles de lettres à faire parvenir aux élus, etc. D’autres volontaires pourraient nous aider à rédiger tout cela et à produire des documents visuellement « punchés ».

Je suis convaincu que si tu prenais dès aujourd’hui le leadership de ce mouvement (c’est déjà bien parti… il ne te reste à peu près qu’à confirmer que tu acceptes officiellement d’assumer ce rôle!) il y aurait une foule de gens pour s’engager dès maintenant à tes côtés.

Qu’est-ce que tu en penses?
Des idées pour cette stratégie?
Des suggestions à faire quant à la manière de construire le site évoqué?

Ou alors peut-être que tu souhaites transformer cette proposition? Qu’importe… si on avance, ensemble, dans la suite de tes premiers efforts.

Merci pour tout, de toute façon!

Clément

–/ fin /–

Que ferait CFD avec un million de dollars?

Je cogite depuis quelque temps à la manière de me relancer dans une écriture publique plus régulière. J’ai longtemps été à la recherche d’un angle, d’un projet d’écriture — parce que je crois beaucoup aux contraintes qu’on s’impose afin de faire naître des idées différentes à partir de perspectives nouvelles. Je crois qu’il faut parfois forcer notre regard à regarder dans des directions qui nous sont moins naturelles ou familières — dans des directions que le quotidien ne nous amène pas forcément à explorer.

Je résumerai sans doute dans les prochains jours les quelques règles/guides d’écriture que je suis tenté de me m’imposer pour les prochains mois, mais je peux d’ores et déjà dire qu’ils tourneront autour de la proposition. J’ai envie que l’écriture contribue à me maintenir dans un esprit d’ouverture et de proposition — pas de commentaire et de critique.

Alors en guise de réchauffement, j’ai eu envie ce matin de faire une proposition à mon cousin… une proposition dont l’idée m’est venue à la lecture de ce texte et de ce profil de lui publiés sur le site de la Jeune chambre de commerce de Québec.

—/ début /—

Cher Carl,

En réponse à une question de la JCCQ, qui te demande « Que feriez-vous avec un million de dollars? », tu dis: « [je le placerais] pour qu’il génère des intérêts qui puissent financer de nombreux petits projets ». Permets-moi d’être surpris.

Je suis surpris parce qu’en ces temps de tempête financière… Il me semble qu’un point de vue entrepreneurial exigerait de faire davantage confiance au travail et aux idées des gens qu’à la spéculation que nous offrent les marchés boursiers ou qu’aux placements qui contribuent à immobiliser l’argent dont les entrepreneurs ont bien besoin par les temps qui courent. « Les banques prêteront de toute façon à des entrepreneurs l’argent que tu leur confierais », me diras-tu? Je suis sceptique… et je préférerais pour ma part te voir choisir toi-même les projets dans lesquels tu as envie de croire, ceux qui sont portés par des entrepreneurs qui partagent des valeurs avec toi. C’est trop facile de confier ce rôle aux banques et de se laver les mains par la suite de leur manque d’éthique (ce que nous faisons tous, je ne te le reproche pas personnellement!).

Cela dit, et puisqu’on est de toute façon dans le domaine des scénarios (« Que feriez-vous… ») j’aurais une proposition à te faire… pour élargir la discussion et, qui sait?, la transformer en quelque chose de positif pour la ville et la région de Québec. Sans compter qu’elle pourrait être très amusante à mettre en place. Tu sais comment on peut avoir du fun à réaliser des projets ensemble! La voilà donc cette idée:

Pourquoi ne pas mettre en place (avec la JCCQ?) un site de placement fictif dans des projets régionaux? Quelque chose de très simple. Les personnes intéressées pourraient, par exemple, s’inscrire sur le site et se voir virtuellement créditées d’un million de dollars, qu’ils pourraient investir, en tout ou en partie dans des projets régionaux. Ces projets pourraient être ceux dont les journaux se font l’écho, où ceux de promoteurs qui viendraient les soumettre, les décrire et préciser leurs besoins sur le site. Chaque mois, les participants pourraient être invités à prendre connaissance des nouveaux projets et à réajuster leurs investissements (la répartition de leur million de dollars) s’ils le souhaitent. La JCCQ pourrait se servir des palmarès résultants pour animer son site web, et mettre en valeur dans son réseau et lors de ses événements les projets dans lesquels les participants croient le plus. Cela contribuerait sans doute à attirer vers eux de véritables investisseurs privés ou institutionnels. Ce serait, il me semble, un geste concret pour « soutenir financièrement et stratégiquement de bonnes idées », comme tu le dis si bien — pour passer du conditionnel à la réalité, au présent.

Alors, qu’est-ce que tu en dis? Je pense que c’est le genre de projets dont tu pourrais facilement te faire le promoteur auprès de la JCCQ — voire d’autres partenaires. Je suis évidemment volontaire pour participer à tous les remue-méninges nécessaires pour faire de l’idée une réalité.

J’attends impatiemment tes réactions!

Clément

—/ fin /—

buzzz.tv

L’idée est née il y a dix jours. Autour d’une bière, avec Daniel et Carl-Frédéric. Nous jouions avec nos iPhone, nous émerveillant devant telle application, tel usage, telle possibilité… et rêvant de faire nous même un jour quelque chose avec ça. Nous avions envie d’inventer quelque chose, de participer, comme acteurs, à ce nouvel univers.

Je m’émerveillais notamment des possibilités qu’offre le iPhone pour permettre aux gens de témoigner, de s’exprimer, de partager et d’interagir les uns avec les autres de façons inédites — même plongés dans la vie quotidienne, au coeur de l’activité de la Cité.

Passant du coq à l’âne, on se disait aussi que la télé c’est (encore) tellement trop passif en comparaison avec tout cela.

Et soudainement, nous nous sommes dit: «eh pourquoi pas utiliser tous les iPhone et les iPodTouch qui se sont vendus au Québec et au Canada pour jazzer un peu le débat des chefs du 1er octobre? »

Wow! Et c’est rapidement devenu une évidence… il fallait le faire! Nous nous sommes donc retroussé les manches, nous avons commandé chacun une autre bière et nous nous sommes mis au travail. Schématisation, conception, vives discussions — de fil en aiguille le projet a pris forme.

Et dix jours plus tard, nous sommes prêts — grâce à l’équipe d’iXmédia qui, dès le lendemain a pris l’idée en main et à tout fait pour en faire une réalité.

L’idée est simple:

Se servir des dizaines de milliers de iPodTouch et de iPhone qui se sont vendus au Québec et au Canada au cours des derniers mois pour créer un nouveau genre d’interaction entre les gens qui regarderont à la télévision les débats des chefs du 1er octobre (en français) et du 2 octobre (en anglais). On a même étendu l’idée pour que tout le monde qui a un ordinateur à sa disposition puisse participer.

Il ne s’agit pas de remplacer les outils existants, mais de faire plus simple, pour permettre à tout le monde de passer de téléspectateur à participant à un événement télévisuel.

Comment ça marche?

Simple: en se branchant sur buzzz.tv, les internautes qui le souhaitent verront sur l’écran de leur ordinateur, de leur iPodTouch ou de leur iPhone trois boutons:

En appuyant sur le pouce levé, ils pourront signaler à tout moment qu’ils aiment ce qu’ils entendent.

En appuyant sur le pouce baissé, ils pourront signaler à tout moment qu’ils n’aiment pas ce qu’ils entendent.

Et en appuyant sur le point d’exclamation, ils pourront lâcher un grand cri virtuel — pour dénoncer ce qu’ils perçoivent être un mensonge, par exemple. Ce bouton pourrait aussi servir à signaler, de façon plus générale, un temps fort du débat — quelque chose qui dépasse le simple « j’aime / je n’aime pas ». Pas aussi clair que les deux premiers? Très/trop subjectif? On le sait… et on assume. C’est même voulu ainsi.

Cliquer sur un de ces trois boutons, c’est buzzzer, faire un buzzz.

Des graphiques traceront évidemment aussi sur l’écran, en temps réel, l’évolution des buzzz de l’ensemble des participants.

Et le plus beau dans tout ça, le plus nouveau, le plus stimulant (et le plus subversif, il me semble!), c’est que nous rendrons disponible aussitôt après le débat l’ensemble des données ainsi recueillies — brutes — afin qu’elles puissent être traitées et interprétées collectivement, grâce aux idées aux compétences de chacun.

Que pourrons-nous en faire? Je ne sais pas. Traitements graphiques? Animations? Vidéos? etc. J’attends d’être surpris!

Seront ainsi rendus publics: liste des participants (anonyme: aucune inscription requise); ensemble des buzzz enregistrés et le minutage du débat (qui parlait à chaque instant). Trois fichiers donc, dont des exemples seront diffusés en début de semaine afin de permettre à ceux qui le souhaitent de se préparer.

Toutes les personnes qui ont contribué à rendre possible ce projet — complètement ludique et expérimental, sans aucune prétention scientifique — ont leurs hypothèses sur le nombre de participants que nous pourrons avoir et sur ce que pourraient révéler les données ainsi générées. Nous avons aussi chacun nos opinions sur les limites d’un tel exercice — et nous assumons absolument tout cela!

Je ne doute pas que nous aurons l’occasion de discuter du projet et de débattre de ses forces et de ses faiblesses dans les prochains jours et les prochaines semaines… et je me garderai donc bien de le faire par anticipation… (sinon pour dire que, oui, nous savons qu’il est possible que certains groupes tentent d’influencer indûment les résultats… et que nous croyons qu’elles joueront ainsi un jeu dangereux parce que leur action sera très probablement décelable dans les données publiques).

Nous avons, la conviction d’expérimenter quelque chose de nouveau, qui pourrait ouvrir la voie à d’autres interactions d’un nouveau genre entre la télé et les gens qui sont assis devant… des interactions initiées par le monde… et où il ne s’agit pas seulement faire ce que le réalisateur de l’émission à prévu. Dans les débats politiques, certainement, mais pourquoi pas aussi dans d’autres types d’émissions?

Tout cela est fait avec humilité. Nous savons évidemment qu’il y a une foule d’autres outils qui peuvent déjà contribuer à relier les gens qui partagent un moment de télé… Mais ce sera notre contribution, que nous avons du plaisir et de la fierté à partager avec le monde, d’atant plus que nous croyons qu’elle apporte quelque chose de véritablement nouveau — en particulier sous l’angle du partage des données générées.

Tout se passera donc sur buzzz.tv.

D’abord un test dimanche soir pendant Tout le monde en parle, juste pour voir si le mécanisme fonctionne bien. Ensuite on referme tout et on termine le travail.

Le site sera officiellement ouvert mercredi à 19h45 — juste à temps pour le débat en français. Les données seront rendues publiques dans l’heure suivant la fin du débat.

Une version anglaise du site sera mise en ligne jeudi pour le débat en anglais. Même modus operandi. Les données disponibles une heure après.

Et pour la suite on verra.

Mario a déjà écrit un texte sur le sujet. Carl-Frédéric le fera sans doute aussi dans les prochaines heures. Et probablement d’autres aussi — nous le souhaitons.

Pour ma part, je vous dirais que si je suis emballé par l’ensemble du projet et curieux de découvrir ce que nous pourrons apprendre de toutes les données générées (quel traitement pourra en être fait, avec quels outils, quelles méthodes, par quel genre de monde), je suis tout particulièrement intéressé par ce que pourra révéler l’usage du point d’exclamation.

Je rêve que l’intelligence collective nous permette d’identifier cinq ou six moments dans le débat qui seraient autrement passés relativement inaperçus dans le contexte d’une écoute individualisée. Je rêve aussi que nous documentions ensuite collectivement les raisons de ces pics de buzzz (dans un wiki?) ou que des journalistes se servent de ces données pour interpeller « en notre nom » les candidats ou qu’ils rédigent des articles sur ces sujets.

Ce serait, il me semble, une étape significative dans le développement d’une participation accrue des citoyens dans la vie politique telle qu’elle nous est traditionnellement rapportée par la télévision.

Peut-être que je suis naïf. Peut-être que je m’illusionne. Quoi qu’il en soit, j’ai le goût d’y croire et d’essayer. Et en plus, j’ai du fun à le faire! Et à voir le regard de ceux qui ont rendu tout cela possible cette semaine… je me dis que c’est un fun pas mal contagieux… alors on serait ben fous de s’en passer!

Et on debriefera tout ça ensemble ensuite de toute façon… quel que soit le résultat de l’expérience!

P.S. aussi, pour les habitués, buzzz.tv sur Facebook et sur Twitter

Démocratie, politique… et campagne électorale

Je suis renversé par plusieurs choses que je lis depuis le déclenchement des élections. Et plus encore depuis hier — notamment tout ce qui entoure la diffusion de cette vidéo.

Je suis renversé parce que j’ai l’impression qu’on a perdu de vue ce qu’est la démocratie, la politique à laquelle elle donne forme et les élections qui sont un moment très spécifique de cet ensemble.

Pour moi:

La démocratie, c’est la conviction que les meilleures conditions du développement d’une communauté humaine reposent sur un pouvoir également réparti entre tous les membres qui la composent. C’est l’utopie fondatrice de notre civilisation.

Le système politique, c’est l’organisation qu’on se donne pour tenter d’opérationnaliser cette vision, pour la rendre fonctionnelle — pour faire en sorte que ça marche. C’est cette volonté de mettre en pratique qui nous a amené à imaginer un système de représentation par lequel une personne en représentera plusieurs autres dans les assemblées nationales… et à regrouper les idées au sein de groupes/partis politiques, notamment.

La politique, c’est la vie de l’ensemble des institutions qui constituent le système politique; c’est la vie des partis, le boulot des députés, les mobilisations des électeurs pour se faire entendre de leurs représentants et de ceux qui aspirent à le devenir et ce que les médias en rapportent.

Les élections / les campagnes électorales, c’est le moyen qu’on s’est donné pour élire ces représentants dans les différentes assemblées. C’est un moment précis, ponctuel, de la vie politique. Ce n’est pas la démocratie.

La démocratie ce n’est pas voter une fois tous les quatre ans (ou, dans notre système défaillant: quand le premier ministre le décide)… c’est le débat, continu, qui doit contribuer au développement des communautés humaines auxquelles on s’identifie.

Dans ce contexte, les campagnes électorales sont d’une certaine façon un mal nécessaire. Une période où, forcément les débats sont simplifiés à outrance, où les luttes sont âpres et où tout peut être mis en oeuvre pour faire resurgir dans la place publique les sujets que chacun croit importants. Ce n’est pas le temps des nuances. Ce n’est pas le temps de l’approfondissement. C’est le temps où on souhaite que les choses s’expriment « un peu plus crûment » que d’habitude afin de pouvoir identifier les personnes en qui nous aurons confiance de remettre notre pouvoir de citoyen pour les années à venir. Parce que c’est bien cela élire un député.

Le moment des débats, des nuances, de l’approfondissement, des idées nouvelles et des valeurs, c’est entre les élections. C’est dans les associations, dans les conseils de quartiers, dans les instances des partis politiques, dans les journaux et sur le Web, dans les blogues, les wikis, etc. que ça se passe. Dans l’espace public au sens large. Et ça demande du temps, de la constance et de l’engagement.

Et c’est parce qu’on a trop souvent renoncé à ce temps long de la vie démocratique que les campagnes électorales prennent l’importance qu’elles ont aujourd’hui et qu’on se retrouve à vouloir faire en 34 jours des débats de fonds de façon nuancée sur la place publique et sans préparation préalable.

Si la vidéo que certains décrient avait eu la prétention de faire office de position politique, ou de contribuer à un débat public sur le financement de la culture, hors d’une période électorale, je me serais sans doute rallié à plusieurs des arguments évoqués depuis hier (quelques-uns évoqués ici: simplisme caricatural, injuste opposition anglophones-francophones, anonymat relatif, etc.). Mais nous sommes à une période très précise de la vie démocratique et c’est dans ce contexte qu’il faut analyser cette production: comme un moyen de faire resurgir un sujet dans l’espace public pour amener les gens à se positionner et forcer une polarisation des prises de position, pour rendre le vote plus facile le jour venu. C’est de ce dont il s’agit. Rien de plus. Et en ce sens, je pense que la vidéo joue très bien son rôle — elle force à réagir, à prendre position. C’est ce qu’on souhaite en période électorale.

En complément de cette réflexion toute personnelle — que j’ai fait d’abord et avant tout pour m’éclaircir moi-même les idées — je dirai que ce qui me semble commun aux périodes électorales et à la politique, de façon générale — à la vie politique — c’est la nécessité de faire exister des réseaux de réflexions et d’action autour des valeurs que chacun souhaite voir débattre dans l’espace public… puis devenir des motifs de différenciation des programmes politiques, et progressivement des raisons de voter pour un candidat ou un autre dans une élection.

Or, ce qui me frappe depuis quelques jours, dans ce qui me semble la première campagne électorale canadienne où les technologies et les nouvelles formes de réseaux prennent une place déterminante… c’est que les tenants des valeurs traditionnellement associées à la droite sont clairement plus forts, plus structurés et plus efficaces que les autres. Ça se voit à une foule de choses… les sites web des partis et groupes associés, la capacité de réagir rapidement, systématiquement et avec des messages clairs aux textes publiés dans les journaux, sur le web, dans les blogues, à participer aux émissions radiophoniques, etc.

Personnellement, ça me désole. Mais je dois le constater. Et souhaiter que ça nous donne une bonne leçon pour les prochaines semaines (s’il est encore temps) et pour la prochaine fois. Évidemment, sans attendre la prochaine campagne électorale… parce que c’est dans la vie démocratique, au quotidien, que ça se passe… pas pendant les élections.