L’hospitalité française

Je n’ai pas écris depuis plus d’un mois. Le temps passe très/trop vite. Je continue néanmoins de lire et de penser beaucoup au Québec, à tous ceux que j’aime et à tous les projets qui s’y vivent — ceux que j’ai laissé et les autres.

J’espère trouver éventuellement le temps d’écrire ici un peu plus souvent dans les prochaines semaines… mais il y a tant à faire ici pour apprécier le dépaysement, apprivoiser le quotidien, accomplir le boulot qu’on attend de moi, découvrir le monde.

Sauf que ce matin, en lisant dans Cyberpresse que « les Français seraient le peuple le plus ennuyeux et le moins hospitalier de tous » je ne peux pas garder le silence!

Je ne comprends pas.

Je ne reconnais pas ceux et celles qui nous ont accueillis ici. Pour nous, tout a été impeccable: l’accueil dans l’immeuble, dans les écoles, au travail, etc. Vraiment, tout a été parfait.

Rien à redire sur l’hospitalité!

Et sur le fait que la France soit ennuyeuse… ben, disons que je n’ai rien à dire sur le sujet, sinon pour pousser un très grand éclat de rire.

Je n’ai vraiment pas le temps de m’ennuyer!

Gros merci à tous ceux et celles qui ont fait des six derniers mois une si extraordinaire aventure.

Je souhaite la même aventure à tout le monde.

Ma langue, deux langues, les langues…

Chaque matin, je survole sur le Web les principaux textes de quelques journaux français et québécois: pour garder le beat, pour faciliter la découverte des contrastes entre mon hier et mon aujourd’hui… pour inventer progressivement mon demain. J’aime les contrastes, petits et grands, parce qu’ils m’interpellent.

Le contraste était particulièrement fort, jeudi, entre les textes placés à la une du Soleil et à la une du Monde. Extraits:

À Québec: « Germain Lamonde, président d’EXFO, suggère de laisser tomber la francisation des immigrants afin de les convaincre de venir… et de rester. Si les immigrants doivent absolument apprendre le français pour venir s’installer ici, oublions ça. L’immigration, c’est tout un défi pour une ville blanche et monolithique comme Québec. Mais c’est aussi une grande opportunité » […] Les Québécois devront faire un effort pour « s’internationaliser de l’intérieur », poursuit M. Lamonde. »

(Source: Le prix à payer: sacrifier le français, Le Soleil, 27 avril 2006)

À Paris: « Le premier devoir de quelqu’un qui est accueilli est de respecter celui qui l’accueille, et donc d’aimer la France ou au moins de la respecter. […] C’est un minimum que d’exiger que l’on apprenne le français. »

(Source: Immigration et Front national: Nicolas Sarkozy s’explique, Le Monde, 28 avril 2006)

La situation linguistique en France et au Québec est évidemment très différente. Celle de l’immigration aussi.

Je ne doute pas que de très vives réactions ont dues suivre la suggestion de Germain Lamonde, peut-être avec raison, je ne sais pas. Est-ce une proposition réaliste? Ça reste à voir. Il y a peut-être d’autres pistes à explorer.

Quoiqu’il en soit, le contraste me laisse l’impression que sur la question linguistique, le Québec « reprend un peu de confiance » alors que la France semble être tentée par « le repli sur soi ». Si c’est bien le cas, je m’en réjouis pour le Québec, et m’interroge, perplexe, pour la France.

Cela dit, « reprendre confiance », à Québec, ça me semble encore insuffisant! Il faudra s’ouvrir davantage, valoriser l’apprentissage des langues, beaucoup plus! Stimuler leur pratique et leur affichage. Il faut cesser de s’étonner que les panneaux d’information touristique soient aussi en anglais, et faire en sorte qu’ils soient également en espagnol, en allemand, et en italien, par exemple.

Parmi les choses qui me frappent le plus depuis mon arrivée en France, c’est de constater que le monde ne se construit pas qu’en anglais — contrairement à l’impression que peut nous laisser la vie quotidienne à Québec — ni même dans une seule langue à la fois, quelle qu’elle soit… C’est une affaire de multilinguisme!

L’Europe (un concept très « réel » vu de Paris) se construit en plusieurs langues à la fois, dans une danse des mots qui s’affichent partout: dans le tourisme, sur les boîtes de céréales, dans les publicités, dans les sites Web pour enfants, etc. Et je me dis que cette prise de conscience est absolument essentielle aujourd’hui pour rester dans la game.

À cet égard aussi, il faudrait que Québec soit une cité éducative. ;-)

Mise à jour: Incroyable! Même débat… dans la plus prétendue plus grande puissance du monde:

« And I think people who want to be a citizen of this country ought to learn English, » Mr. Bush said. « And they ought to learn to sing the national anthem in English. » »

(Source: NewYork Times, 29 avril 2006).

Merci à Margarita pour avoir attiré mon attention sur le sujet.

Délires souverainistes vus de Paris

Le texte qui suit a été soumis aux quotidiens Le Soleil et Le Devoir il y a plusieurs jours. L’intention des cosignataires étant de contribuer au débat qui a suivi les déclarations récentes de certains tenors souverainistes, nous souhaitons pour le publier ici aujourd’hui.

* * *

Souveraineté du Québec
Le désolant spectacle de l’amertume

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Sur la soi-disant impuissance du MELS

Une discussion dans la liste de discussion edu-ressources me porte à réfléchir.

Grosso modo, le point de départ de la discussion:

Il y a de plus en plus d’ordinateurs dans les écoles québécoises; le branchement à Internet est de mieux en mieux, les familles sont de mieux en mieux équipées… mais pourtant, les statistiques sur l’utilisation réelles de l’ordinateur à l’école ne varient que très peu depuis dix ans.

Et le point de chute (actuel):

Pour observer une amélioration, il faudrait que la responsabilité des ordinateurs dans les écoles incombe aux services éducatifs et non aux services informatiques. Malheureusement, dans un contexte de décentralisation, le ministère de l’Éducation ne peut rien faire pour cela… « Nous ne pouvons que lire vos textes et compatir avec vous… Désolé. », a-t-on même pu lire…

Il me semble qu’il y a dans cette discussion une grande confusion et que sous le couvert de la décentralisation, c’est à une véritable déresponsabilisation de l’État qu’on nous invite à consentir.

Je suis favorable à la décentralisation et pour la responsabilisation des milieux qui doit normalement l’accompagner;

Je suis conscient que cela implique que le ministère de l’Éducation, par exemple, ne pourra plus intervenir pour « corriger les mauvaises décisions » prises ici ou là.

Je suis conscient que cela implique aussi la possibilité que des milieux fassent dans certains domaines des avancées beaucoup plus rapides et que des disparités importantes puissent apparaître sur le territoire — y compris dans le domaine de l’éducation.

Mais je ne suis surtout pas d’accord avec le fait que le ministère ne peut plus intervenir. Et je suis encore moins prêt à me faire dire que l’État « peut seulement compatir avec nous ». L’État doit simplement apprivoiser de nouveaux modes d’actions, de nouveaux vecteurs d’influence, un nouveau type de discours.

Dans le contexte politique actuel, il me semble que nous sommes en droit de nous attendre que le ministère de l’Éducation concentre son action sur:

  • La collecte d’information permettant de faire un juste portrait de la situation, au plan national, dans chacune des régions et dans chaque commission scolaire.
  • La formulation d’orientations et d’objectifs généraux qui, sans être forcément contraignants, peuvent suggérer une direction à suivre, un rythme souhaitable.
  • L’animation du débat public sur les thèmes autour desquelles s’articulent les orientations et les objectifs.

S’il faut éviter d’attendre que le gouvernement apporte des solutions à tous nos problèmes, nous devons exiger qu’il joue un rôle actif dans l’animation des débats qui sont nécessaires à l’identification des solutions.

Il me semble qu’affirmer que l’État ne peut plus rien faire parce sous prétexte qu’il n’en a plus les moyens, c’est jouer le jeu des idéologues néo-conservateurs qui aimeraient bien qu’on oublie que l’intervention dans les débats publics est aussi un pouvoir… parfois bien plus puissant que l’action politique unilatérale.

Concrètement, dans le cas qui nous intéresse, j’ai depuis longtemps cessé d’attendre « un nouveau plan Marois »… mais j’ai encore le goût de hurler ma frustration devant l’absence presque totale du ministère de l’Éducation dans les discussions sur le logiciel libre, les nouvelles formes de ressources didactiques numériques, les politiques d’équipements, etc.

Ce silence est aussi impardonnable qu’injustifiable.

L’énigme de Québec

Il faudrait être bien indifférent à la chose politique pour ne pas s’interroger sur ce qui est devenu le buzz du moment et qui a désormais pour nom « l’énigme de Québec ». Il y a forcément quelque chose à comprendre quand une région — ma région — bascule ainsi politiquement. Quelque chose à comprendre sur le jeu politique qui s’y joue ou sur la façon de réfléchir des gens qui y vivent.

J’en ai discuté avec quelques amis. J’ai lu quelques textes. Pris connaissance de quelques analyses — savantes ou spontanées. Parmi toutes ces explications, plusieurs me sont apparues un peu simplistes, d’autres un peu trop abstraites pour pouvoir éclairer l’action politique.

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Vingtième jour

Une fois installé, le confort un peu retrouvé, un nouveau rythme sur le point de s’établir (il faut encore nous habituer au congé scolaire du mercredi et à l’école du samedi matin) on apprécie Paris un peu plus chaque jour. Pour la diversité, l’histoire, les sons, les couleurs, les accents, les saveurs et les conversations. Partout, il y a quelque chose découvrir pour qui veut bien se laisser surprendre… être attentif, entretenir un état d’émerveillement. La Place d’Italie, à Paris, embellie de lanternes et de banderoles pour souligner le nouvel an chinois… c’est étonnant! C’est fantastique.

J’apprécie particulièrement lire dans le bus et dans le métro. J’en suis déjà à mon second roman qui, comme le premier, se déroule à Paris — dans des lieux que je fréquente régulièrement: rue Blanqui, Place de la Concorde, Boulevard Saint-Michel, Métro Corvisart, Gare de Lyon. C’est fascinant. J’ai parfois vraiment l’impression de côtoyer les personnages du roman, d’habiter mon livre, d’en être moi-même un personnage. D’ailleurs, n’est-ce pas un peu le cas? Mais qui l’invente ce récit? Qui tient la plume? C’est moi, aussi. Sans doute. Et vous? Qui êtes-vous? Des personnages à mes côtés? Des co-auteurs? De simples lecteurs? Qui êtes-vous?

Et si dans vingt ans je devais trouver ce livre sur un banc, dans un parc, ou dans une librairie de livres d’occasion, qu’est-ce que j’y lirais en quatrième de couverture? Quelle dédicace y trouverais-je? Aurait-il seulement été imprimé?

S’il y a une chose à laquelle il est particulièrement difficile de s’habituer, c’est de déposer les enfants à l’école, à 8h30, alors qu’il fait encore noir! Vivement les levers ensoleillés…

Entre l’utopie et la réalité

C’est étrange.

J’ai été silencieux ici très (trop?) longtemps parce que je manque de temps pour mettre de l’ordre dans mes idées personnelles… me contentant pour le moment d’absorber, de noter, d’emmagasiner. J’en ai plein les yeux, plein le coeur, plein la tête.

Et voilà précisément que c’est cette difficulté de trouver du temps pour réfléchir qui me ramène ici.

Parce que mon blogue est le meilleur outil dont je dispose pour m’accompagner dans mes réflexions.

Parce que je l’ai modelé ainsi; parce qu’il m’est personnel… tout en me reliant à des gens qui ont manifesté de l’intérêt pour réfléchir avec moi.

Évidemment, le problème quand on reprend l’écriture après autant de temps, c’est de savoir par où commencer, parce que forcément, les sujets ne manquent pas…

Cette fois, quand je cherche un fil conducteur entre toutes les idées, embryonnaires, qui me passent par la tête depuis quelques semaines, il y a un texte qui occupe une place privilégiée. Il s’agit d’un texte de François Dubet, lu dans Libération, le 12 janvier.

Dans ce texte intitulé Redoutable égalité des chances, le sociologue aborde sans complaisance le caractère utopique (voire illusoire) du concept d’égalité des chances qu’il estime, par ailleurs, indispensable pour le bon fonctionnement (et le développement) d’une société démocratique.

Pourquoi utopique?

« …tout devrait nous conduire à être prudent en la matière car, après tout, l’ensemble des recherches sociologiques conduites en France et ailleurs montre que ni l’école ni le marché du travail ne parviennent à effacer les effets des inégalités sociales. »

« …l’égalité des chances constitue notre horizon de justice central, qu’elle est la fiction sur laquelle nous continuons à imaginer qu’il est possible de construire des inégalités justes. Un enseignant peut être révolté par les inégalités sociales qui pèsent sur les performances de ses élèves, il n’empêche qu’il est «obligé» de croire à l’égalité des chances quand il note leurs copies… »

« L’orgueil des élites issues des compétitions économiques et scolaires montre aisément que l’égalité des chances peut être, à la fois, une forme de justice et une manière de légitimer de plus grandes inégalités puisque celles-ci sont produites par un principe indiscutable. Dès lors, l’égalité se retourne contre elle-même. »

« …si nous méritons nos succès et nos échecs, nous ne méritons pas forcément les vertus et les handicaps qui nous font triompher ou échouer. »

« Même juste, l’égalité des chances implique mécaniquement qu’il y ait des vaincus… »

Pourquoi nécessaire?

« …il est évident que, dans les sociétés démocratiques affirmant l’égalité fondamentale des individus, l’égalité des chances est la seule manière de produire des inégalités justes, c’est-à-dire des inégalités tenant au mérite de chacun, à son travail, à sa vertu et à sa liberté puisque chacun doit être libre de mettre son propre mérite à l’épreuve. »

« …l’égalité des chances ne vise pas à produire une société égalitaire, mais une société dans laquelle chacun peut concourir à égalité dans la compétition visant à occuper des positions inégales. »

« La lutte pour l’égalité des chances ne peut pas faire l’économie du combat pour la réduction des inégalités sociales, des inégalités des positions et des ressources… [c’est] la seule façon d’offrir des garanties et une égalité sociale fondamentale à ceux qui échouent dans la compétition égalitaire, fût-elle juste. »

« Pour être juste et vivable, une société ne peut se réduire à cette sorte de compétition permanente et d’autant plus permanente qu’elle serait juste, à une société dans laquelle chacun ne serait que l’entrepreneur de lui-même. Pour cette raison, la justice ne consiste pas seulement à réduire les inégalités de position, elle conduit aussi à faire que ces positions soient les meilleures possibles en permettant à chacun de construire la vie qui lui semble bonne. »

Pourquoi avoir choisi ce texte?

Parce que d’une certaine façon, il rassemble plusieurs convictions qui me servent à articuler mes préoccupations sur la ville comme une cité éducative (plus présentes et alimentées que jamais), sur le rôle de l’école (que je découvre sous de nouveaux angles), sur la place du matériel didactique et des « technologies numériques » (plus que jamais au coeur de mon quotidien) dans un projet éducatif « libérateur et solidaire ». Il fait aussi clairement écho à plusieurs des observations (parfois étonnantes!) que je fais sur l’évolution de la situation politique à Québec, au Québec et au Canada.

En effet, quand je lis, j’entends et je vois, malgré la distance, les discours simplistes de plusieurs politiciens; quand je m’indigne (en privé, pour le moment) de plusieurs décisions qui se prennent dans ma région; quand je lis avec effroi certains discours sur la réforme scolaire; et quand je constate que la tactique fait office de valeurs pour plusieurs partis et mouvements politiques qui devraient animer l’espace public dans le but de « tirer la société vers le mieux »… je me dis que c’est très juste (et nécessaire) aujourd’hui d’affirmer, comme le fait François Dubet dans ce texte, que malgré les contraintes auxquelles la réalité nous confronte, et en dépit des résignations temporaires qu’il est parfois nécessaire d’accepter, il faut continuer d’affirmer les valeurs qui nous guident, de formuler des utopies et d’oeuvrer avec détermination à rallier les gens autour des idées qui en découlent. À défaut de le commenter de façon plus complète dès maintenant, notons que c’est également dans cette perspective que j’ai lu avec grand intérêt la récente réflexion de Philippe Meirieu sur le rôle des enseignants à l’horizon 2020.

En d’autres termes, ce qui apparaît dans un premier temps contradictoire peut n’être en fait qu’un méandre sur la trajectoire qui doit nous mener vers une destination projetée. Évidemment, il n’y a rien comme avoir clairement en tête cette destination pour accepter les détours auxquels la vie nous convie…

Il me semble qu’en cela le travail des enseignants et celui des animateurs de l’espace public se rejoignent clairement parce qu’ils impliquent dans les deux cas d’être en mesure de formuler des projets dans lesquels les gens à qui ils s’adressent pourront s’engager avec suffisamment de conviction pour accepter les efforts et les sacrifices que leur réalisation peut impliquer.

C’est aussi — dans une tout autre perspective — le défi qui se pose à moi ici pour les prochains mois. Je m’en réjouis.

Normand Baillargeon, polémiste

Note: le texte suivant a été rédigé en collaboration avec Mario Asselin, en réaction à une entrevue qui nous avait tous les deux fait réagir et au sujet de laquelle nous étions tous les deux sollicités pour réagir.

Une autre entrevue avec Normand Baillargeon qui nous a mis hors de nous, au sujet de la réforme, hier à Indicatif Présent.

Baillargeon apporte quelques points de vue intéressants, mais fait preuve d’une étonnante malhonnêteté intellectuelle en laissant entendre que la recherche en science de l’éducation est unanime à « célébrer » l’enseignement explicite et à condamner toutes autres pratiques pédagogiques… Il est aussi à la limite de la malhonnêteté lorsqu’il sous-entend que « la réforme c’est faire des projets »; encore cette ritournelle! Nous aurions tellement aimé qu’il explique concrètement comment il aurait été possible « d’expérimenter et d’évaluer la réforme avant de commencer à l’appliquer ». Plusieurs des études auxquelles il a fait référence (notamment Follow Through) sont aussi l’objet de polémiques depuis de nombreuses années, ce qu’il s’est bien gardé de mentionner.

Tout cela est particulièrement paradoxal venant de celui qui a signé l’indispensable Petit cours d’autodéfense intellectuelle.

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Quinze jours plus tard…

Fallait-il partir de moi? de ma rencontre de l’Autre? Privilégier une perspective plus personnelle? ou plus professionnelle? Qu’importe! J’ai choisi les airs de Zebda (Essence ordinaire, 1998) et je me suis lancé dans l’écriture.

Mon visage est une page qu’on n’arrache pas
(Tombés des nues)

Les deux semaines qui viennent de s’écouler auront été marquantes à bien des points de vue. Être loin de sa famille, laisser des copains derrière soi, vendre sa maison, aborder un nouvel emploi — dans un nouveau pays — et apprivoiser tous les sentiments qui accompagnent cela, ça ne laisse pas indemne. C’est une expérience particulièrement intense.

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Cultiver le goût d’entreprendre à l’école

Cultiver le goût d’entreprendre à l’école: c’est le thème du Forum d’automne de la Fondation de l’entrepreneurship, pour lequel j’ai accepté avec grand plaisir de prononcer la conférence inaugurale, le 20 octobre prochain.

Cultiver le goût d’entreprendre? Qu’est-ce que cela signifie?
Et le faire à l’école? Qu’est-ce que ça peut bien impliquer?
Et comment ces questions devraient nous interpeller comme éducateurs?

Parmi les pistes que je compte explorer, il y a celle du rôle (et du potentiel!) des technologies de l’information et de la communication pour développer ce goût d’entreprendre.

Parce que je crois que l’ordinateur (et les réseaux qu’il rend possible) change profondément le rapport qu’on entretient avec notre milieu… et que cela est au coeur notre capacité d’entreprendre… et peut-être aussi du goût qu’on peut avoir à le faire.

La culture du logiciel libre, par exemple, n’est-elle pas justement une invitation à voir le monde différemment, à s’y voir comme un entrepreneur plutôt que comme un consommateur?

À développer dans les prochains jours.

Savoir sur quoi mettre l’accent

Je ne sais pas trop quoi penser de la demande du Conseil supérieur de la langue française pour que les écoles québécoises appliquent progressivement la réforme de l’orthographe qui dort sur les tablettes, presque partout dans la francophonie, depuis plus de dix ans.

Je suis quelqu’un qui n’a pas peur du changement et des inconvénients qu’il entraîne inévitablement.

Je suis néanmoins sensible à l’opinion que relaie l’éditorial du Devoir de ce matin — sa conclusion, en particulier.

Je pense qu’au bout du compte, tout est question de priorités. Et il est vrai que, dans le cas présent, les écoles n’ont pas vraiment besoin d’une nouvelle source de polémique entre parents, enseignants et experts de toutes sortes. On en a déjà plein les bras avec le renouveau pédagogique et la volonté, de plus en plus partagée, d’adopter un modèle d’école plus ouvert sur la communauté.

Établir des priorités, c’est aussi ça, savoir où mettre l’accent.

Lier, c’est construire

François Guité a publié plus tôt cette semaine un texte remarquable où il explore la manière dont les les blogues stimulent la pensée:

« Il s’agit, en fait, de libérer la pensée des idées préconçues. Le désordre est rapidement maîtrisé par la pensée analytique qui réorganise ensuite l’information dans une synthèse de type constructiviste. Enfin, le résultat est soumis au jugement de la communauté, dont la connectivité joue un rôle de filtre mémétique. »

Un schéma sur lequel on peut réfléchir longuement accompagne le texte.

Ce texte m’a ramené à un autre, toujours de François, publié quelques jours plus tôt. Dans ce texte, il cite George Siemens pour déplorer que le monde des blogues est la source de beaucoup de connexions mais de peu de constructions et de réalisations collectives. En d’autres termes, on parlerait beaucoup, on se renverrait la balle souvent… mais bien peu de résultats ne découleraient de tout ce bruit. C’est une préoccupation que Stéphane Allaire a d’ailleurs eu maintes fois l’occasion d’exprimer. C’est une préoccupation que je ne partage pas — ou à un bien moindre degré.

J’observe bien entendu qu’il y a beaucoup de monologues dans la blogosphère. Beaucoup d’idées lancées qui ne trouvent pas de suite. Beaucoup de grands discours sans effets. Mais à mon avis, la quantité est anecdotique. Il ne faut pas se laisser distraire. Je pense que toute cette production, en apparence insignifiante, doit être vue comme le résultat des efforts de tout un chacun pour tisser des liens avec l’Autre. Ce sont des matériaux. Des ordures. D’inévitables produits d’un réseau en construction. Le fruit des tentatives de quelqu’un de se joindre à un groupe. On est dans le préalable. Le nécessaire préalable.

On n’a pas besoin que tout s’inscrive dans un ensemble cohérent pour que l’activité ait à l’occasion un sens. Et ce sont ces occasions qu’il faut rechercher. Parler beaucoup, pour maintenir et développer un réseau autour de soi. Rien que pour ça. Pour en disposer le jour où on en aura besoin. Ce n’est pas banal.

Jaser de tout, de rien et d’éducation, tous les jours, pendant des semaines, sans résultats concrets, sans construction collective, qu’importe! Si le jour où nous aurons besoin de nous concerter nous disposons de cet acquis. C’est vrai pour chacun de nous. C’est vrai pour les enfants qu’on désire initier à la culture de réseau. Je pense que c’est aussi ça le socioconstructivisme — savoir ce qu’implique le déploiement d’un réseau autour de soi.

Sans compter que je trouve injuste de laisser entendre qu’il y a peu de coconstruction, au sein de notre groupe, par exemple. Il me semble que les exemples ne manquent pas! Sur le sujet du logiciel libre (et des licences, de façon générale), par exemple, il me semble que nous avons fait beaucoup évoluer nos conceptions. Je pense que cette compréhension améliorée des enjeux, même si elle n’est pas écrite noire sur blanc à quelque part et qu’il est difficile de cerner le processus par lequel elle s’est bâtie, est le résultat d’une construction collective. La réalisation de Signets RSS et de Liens pédagogiques collectifs, pour ne nommer que ceux-là, me semble aussi des réalisations très concrètes, qui sont le fruit de nombreux échanges qui ont pu paraître bien disparates à certains moments.

Je pense que la blogosphère est une extraordinaire machine à faire des liens — entre les gens, leurs idées et leurs projets. C’est un monde extraordinairement complexe, qui ne se laisse pas aborder aussi facilement. L’origine d’une idée peut être difficile à retracer et son processus de gestation difficile à cerner… et ce n’est pas toujours le produit qu’on anticipait qui prend forme (alors, quoi observer si on désire analyser, décrire cet univers?), mais tout ça n’est pas moins vrai.

Et après tout, quand on déploie un réseau, est-ce que par définition on ne construit pas quelque chose?

Bien sûr, je me fais un peu provocateur… mais je souhaite tant que la discussion se poursuive! ;-)

Âgisme!

La conclusion d’un texte d’opinion publié aujourd’hui dans Le Devoir me fait réagir:

« [André Boisclair] sait rassembler les diverses générations de Québécois pour les mettre en route et les inspirer. »

ll me fait réagir parce que sa lecture s’inscrit dans la suite de quelques messages échangés par courriel avec des amis au cours des derniers jours. Des échanges qui avaient eux-mêmes été initiés par la lecture de deux autres textes, qui m’ont franchement agacé :

L’affaire André Boisclair — C’est ma génération que vous attaquez!

Course à la direction — Boisclair veut rajeunir le Parti québécois

Extrait: «C’est pourquoi je veux passer du temps auprès des jeunes pour essayer de les convaincre de faire le pas. Les chiffres sont justes, et c’est pour cette raison que je veux agir», a expliqué M. Boisclair, qui bénéficie de l’appui de 13 leaders, anciens et actuels, du mouvement étudiant. » (Note: le texte d’appui est ici, précédé d’un communiqué)

Ainsi donc, cette amie me disait:

« Je pense que le regard porté sur notre génération par les babyboomers est infantile. En ce sens que à 35 ans voire 40 nous sommes des jeunes en début de carrière et que nous avons des croûtes à manger avant d’être vraiment pris au sérieux… »

Ce avec quoi j’ai le regret d’être d’accord. Sauf que! Sauf que quand on fait le lien entre ce triste constat et l’affaire Boisclair, alors là, je décroche. Carrément!

Mon opinion n’est pas encore tout à fait claire, mais je trouve que dans le cas qui nous intéresse c’est précisément André Boisclair qui a alimenté cette déplorable image de la génération à laquelle j’appartiens, et, ce, en plaidant que sa consommation de cocaïne, à presque trente ans — alors qu’il était ministre! — « était une erreur de jeunesse ». Batinse!

Si on veut être pris au sérieux à 32 ans, on a vraiment, mais alors vraiment pas besoin qu’un aspirant premier ministre de quarante ans laisse entendre pour sa défense qu’au début de la trentaine « on est encore dans la fin de l’adolescence »! Vraiment pas! On a besoin de gens qui assument fièrement qu’à 25, 26, 28, 30 ou 35 ans on est responsable de ses actes et capable d’agir en adultes!

En d’autres mots, je pense que dans cette histoire André Boisclair a clairement desservi la cause des jeunes.

Je suis de ceux qui croient qu’il n’y a rien comme assumer ses responsabilités pour mériter de prendre la place qu’on croit nous revenir.

Je trouve dommage qu’on soit apparemment encore obligé de se rabattre sur une forme de « solidarité de convenance » en appuyant politiquement des jeunes simplement parce qu’ils sont jeunes.

Cela dit, il y a peut-être bien d’autres raisons pour appuyer André Boisclair. J’ai personnellement fait un autre choix.

P.-S. Sous un tout autre angle, mais toujours sur l’affaire Boisclair, le texte de Jean-Claude Leclerc, également dans Le Devoir d’aujourd’hui, est particulièrement intéressant.

Pourquoi se limiter au premier degré?

Je ne suis pas trop sûr de quoi penser du manifeste du premier degré. Je profite donc de l’occasion que nous offre Pierre Lachance pour y réfléchir un peu.

J’ai déjà été sollicité pour signer ce manifeste par le passé. J’ai toujours hésité à le faire. Malaise. Comme aujourd’hui. J’ai comme l’impression que le texte est paradoxal.

Se voulant un texte qui guide son signataire lors de la rédaction de ses textes, j’ai l’impression qu’il se révèle en fait un outil qui se retourne bien rapidement vers le lecteur. Une phrase de Pierre l’illustre d’ailleurs très bien: « C’est-à-dire que si vous n’êtes pas certain de ce que je veux dire, posez-moi la question… ». Résultat: au lieu d’encourager l’auteur à s’exprimer clairement, le message envoyé est: si vous ne comprenez pas bien, demandez-moi de préciser. Est-ce qu’on a amélioré la communication avec une pirouette semblable? Je ne crois pas. Dans tous les cas, il me semble, l’efficacité du message doit reposer d’abord et avant tout sur l’auteur du message (sachant évidemment que les lecteurs interpréteront ce message et que cela sera source de distorsion).

Une autre chose m’agace dans ce manifeste. C’est l’idée qu’il porte que « le second degré » est une chose négative, ou à éviter. C’est certes une méthode de communication souvent plus risquée (l’usage de l’ironie, du cynisme, etc. est effectivement extrêmement délicate, particulièrement dans des contextes ou on ne dispose pas d’informations « non verbales », comme sur un blogue, par courriel ou dans un forum de discussion) mais c’est quand même un outil que la langue française met à notre disposition pour exprimer des idées. Et je ne vois pas pourquoi je m’en priverais. J’en ai parfois fait usage avec beaucoup de succès, parfois un peu moins. Il y a des choses qui ne gagnent pas à se dire trop directement, qu’il faut parfois emballer un peu, pour les aider à passer. Et il y a des auteurs dont j’ai eu tellement de plaisir à lire des lettres, des essais et des nouvelles écrites au second degré, faisant merveilleusement usage de la parabole, de la métaphore et de l’analogie, que j’ai peine à dévaloriser cette forme d’écriture!

De façon générale, je pense qu’on ne gagne pas à se priver de moyens de communication. Je pense qu’il vaut mieux consacrer nos efforts à apprendre à s’exprimer plus clairement, et à savoir choisir à quel moment choisir un type de langage plutôt qu’un autre. Faire appel moins souvent au second degré, certes! M’en priver, pourquoi donc?

Si je n’utilise pas le second degré, ce ne sera certainement pas parce que c’est mal, mais bien parce que c’est inefficace, dans une situation donnée, dans le contexte du message que je souhaite formuler. Il me semble que c’est d’abord et avant tout une question d’intention.

Que penser de « l’affaire Boisclair »?

Sachant que j’appuie l’équipe de Pauline Marois dans la campagne au leadership du Parti Québécois, des amis me demandent ce que je pense de « l’affaire Boisclair ». J’y réfléchis à voix haute.

Pour le moment, trois choses me préoccupent dans cette histoire:

1. S’il est vrai que la consommation de cocaïne peut relever de la vie privée, il me semble qu’il en est autrement lorsque celle-ci survient pendant qu’une personne occupe des responsabilités politiques importantes. Le fait qu’André Boisclair ait pu consommer de la cocaïne « pendant sa jeunesse » n’influencera pas mon choix dans la course à la chefferie, mais s’il a consommé alors qu’il était ministre, c’en sera autrement.

2. Si ce qu’il y a dans le placard d’André Boisclair peut le rendre vulnérable aujourd’hui, dans le contexte de la course à la chefferie, qu’en sera-t-il lorsqu’il sera éventuellement chef? Les vrais adversaires de la souveraineté ne seront-ils pas bien plus vicieux avec cette nouvelle que ses adversaires circonstanciels d’aujourd’hui? Est-ce que le Québec y gagnera?

Mais surtout, comme éducateur:

3. Quand André Boisclair se défend en disant qu’il n’a fait que comme tous les jeunes québécois… je m’inquiète. Je m’inquiète parce que mon entourage n’est pas comme ça et parce que, comme parent, cela brouille profondément le message éducatif que tente d’envoyer à mes enfants. Cette banalisation ne m’aide pas du tout à jouer mon rôle de parent. Je ne m’attends pas à ce que tous les politiciens soient de parfaits modèles pour mes enfants, mais je souhaite qu’ils mesurent bien l’importance des messages qu’ils envoient aux jeunes québécois et à ceux et celles qui les aident à grandir.

Je continue à réfléchir… en trouvant bien dommage que le débat public prenne cette tournure à un moment dont nous pourrions profiter pour élaborer un peu plus/mieux notre projet de société.