Marcher

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Marcher dans la ville.

Pour le plaisir. Pour la santé. Pour réfléchir. Pour discuter.

Pour aller à la librairie du coin ou pour aller à la rencontre d’un ami.

Pour la justice et la vérité aussi.

Humblement, ici, parfois.

Patiemment, là-bas — pendant 37 ans, sans jamais se décourager.

Bravo aux Grands-mères de la Place de Mai — et en particulier à la présidente actuelle du mouvement, Estela de Carlotto, qui a retrouvé hier son petit-fils, Guido!

J’ai eu l’immense privilège de voir les Grands-mères sur la Place de Mai, à Buenos Aires, il y a deux ans. C’était très émouvant — et le souvenir l’est encore plus aujourd’hui.

La banlieue qu’on aime (ou pas)

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« Je suis descendu du train à la gare de Sainte-Foy, me sentant décalé, en marge du monde qui se présentait devant moi. Imaginez le narrateur d’un roman de Modiano, mais en banlieue de Québec plutôt qu’au coeur de Paris. »

Le texte de David Desjardins dans Le Devoir de ce matin me parle tout particulièrement.

Parce que je monte et descends du train à cette abominable gare de Sainte-Foy presque toutes les semaines. Parce que j’ai eu la chance, moi aussi, de redécouvrir mon quartier perdu et ma banlieue après près de trois ans passés dans une grande ville. Parce que je l’ai marchée de long en large cette banlieue comme candidat à l’élection du 7 avril et que j’ai parlé à des milliers de personnes qui y vivent — et pas qu’à mes voisins. Parce que j’aime beaucoup Modiano, aussi!

Je ne peux pas faire autrement qu’être d’accord avec David Desjardins quand il dit:

« Mais aussi parce que d’avoir grandi, presque nous tous, dans ces communautés évasées, excentrées, ne peut faire autrement que d’avoir modifié notre rapport aux autres, à la société. Seuls, côte à côte.»

« On joue au solitaire tout le monde en même temps », résume Louis-Jean Cormier dans une chanson que j’adore. J’entends aussi les échos de The Suburbs, d’Arcade Fire.

« La banlieue, c’est le coeur battant, le sujet et le décor du bien nommé The Suburbs, troisième disque de la formation montréalaise acclamée à travers le monde depuis la parution de leur premier album, Funeral, en 2004.

« Au premier regard, la thématique peut surprendre pour un groupe indie-rock dans le vent, urbain, jeune et cool. […] The Suburbs est pavé de l’affrontement entre les souvenirs d’une époque passée et les soucis d’adultes d’aujourd’hui.

« C’est sûr que dans la vie de tous les jours, les banlieues, c’est pas toujours excitant, explique au Devoir Régine Chassagne, qui a grandi à Saint-Lambert et à Longueuil. Mais il y a quand même des drames, des histoires d’amour, des questionnements, plein de trucs vraiment profonds qui peuvent se dérouler dans un stationnement, dans un endroit vraiment banal. Je trouve ça intéressant de trouver de grandes choses dans de petites choses. »»

SourceEnfants de la banlieue, adultes de la ville, Le Devoir, 31 juillet 2010.

Mais je ne suis pas certain de partager la suite du raisonnement David Desjardins — ou d’avoir envie de le suivre sur cette voie.

« …le Cap-Rouge de mon enfance n’a plus grand-chose à voir avec celui d’aujourd’hui : bâti mur à mur, entouré de tours à condos, les contours du lac ont troqué le verger contre les châteaux de pierre.

Pour retrouver la même chose, la même idée de banlieue comme projet aux frontières un peu floues, il faut aller plus loin. Neuville, Sainte-Brigitte, Château-Richer, Lotbinière. La banlieue recule, encore et encore.»

Desjardins va même beaucoup plus loin:

« La banlieue […] incarne un idéal, une pensée. Quelque chose comme un art de vivre, dont le sens s’est par ailleurs perdu. […] La banlieue est notre course terrible pour oublier que le temps passe et nous aussi.»

Je sais bien que le rêve de la banlieue persiste, évidemment, et qu’il amènent ceux qui le portent à vivre toujours plus loin des centres-villes. Mais je n’ai pas envie de juger le(s) rêve(s) de ceux qui font ce choix.

Ce qui m’intéresse bien plus, c’est de comprendre comment se transforme le(s) rêve(s) de ceux qui voient la banlieue les quitter et qui sont forcés de s’adapter — confrontés à un exil immobile.

Je suis fasciné par la banlieue-qui-ne-l’est-plus (ou qui l’est de moins en moins). J’y vis et j’y assume mes contradictions et mes paradoxes à l’égard de la ville, mais je ne suis pas sûr de bien comprendre la portée collective de ces changements. C’est pourtant un défi politique essentiel — sur lequel le parti dans lequel je milite se casse les dents depuis de nombreuses années…

Je lirai avec grand intérêt les prochains textes de la série annoncée par David Desjardins — et je me plongerai en parallèle dans la lecture de la Revue Liberté, dont numéro 301 était entièrement consacré à la banlieue: Tous banlieusards — l’hégémonie d’un idéal urbain.

 

À partir de quel montant doit-on commencer à s’intéresser à la moralité des moeurs politiques?

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Yves Bolduc est dans l’eau chaude depuis qu’on sait qu’il a bénéficié d’une rémunération incitative de plus de 200 000 $ pour prendre en charge 1 500 patients pendant les 19 mois où il a été député de l’opposition. Une rémunération qui s’ajoutait évidemment à sa rémunération de médecin… et à celle de député.

Je me suis retenu d’écrire sur le sujet depuis quelques jours parce que je voulais prendre le temps de préciser ma pensée et de trouver les bons mots pour l’exprimer — pour ne pas donner l’impression de prendre une revanche avec mon adversaire à l’élection du 7 avril.

Je ne répéterai donc pas ce que d’autres ont dit sur tout cela (notamment Antoine Robitaille et Gilbert Lavoie) et je ne relaterai pas les principaux commentaires que j’ai pu lire sur le sujet. Je souhaite plutôt aborder l’Affaire Bolduc avec une autre perspective.

Je comprends très bien que les gens soient choqués d’apprendre qu’Yves Bolduc a touché un pareil montant — pour le moins discrètement — et pire, que ni lui, ni le ministre de la Santé, ni le premier ministre n’y voient aucun problème. Je comprends évidemment que les journalistes, éditorialistes et chroniqueurs s’en offusquent aussi. 200 000 $ ce n’est pas rien… particulièrement en ces temps où le gouvernement demande à tout le monde de faire sa part pour l’austérité.

Mais qu’est-ce qui nous choque vraiment dans cette situation? Est-ce que c’est l’importance des montants qu’Yves Bolduc a encaissés à notre insu? Où c’est la moralité de ses choix, qui l’ont conduit à empocher tout cet argent en prétendant « avoir respecté toutes les règles »? A-t’on besoin d’un gros signe de dollars pour nous faire enfin réagir?

La question se pose parce que j’ai passé cinq semaines plus tôt ce printemps à dénoncer le fait qu’Yves Bolduc pratiquait la médecine à temps plein en plus d’être député à temps plein — et que ces deux occupations n’étaient pas conciliables.

J’ai dit presque tous les jours qu’il n’était pas possible de répondre aux exigences de son travail de député s’il pratiquait la médecine cinq jours par semaine. J’ai répété qu’il n’était pas normal qu’il soit payé à la fois comme député à temps plein et comme médecin à plein temps.

Je l’ai écrit sur mon blogue de campagne. Je l’ai évoqué dans presque tous les documents que nous avons imprimés et distribués. Je l’ai dit aux journalistes chaque fois que j’en ai eu l’occasion.

Tout cela avec quel résultat?

Bien sûr les citoyens que j’ai rencontrés étaient pour la plupart choqués d’apprendre que leur député avait un double emploi — même les plus libéraux.

Pourtant, de leur côté, les journalistes se sont généralement contentés de me demander: « qu’est-ce qui vous choque Monsieur Laberge dans le fait que Monsieur Bolduc pratique aussi la médecine? On a tellement besoin de médecins de famille… et d’autres le font aussi » — et ça en restait là. Silence.

Une seule fois, une journaliste a communiqué avec Yves Bolduc pour avoir son point de vue. Elle s’est ensuite contenté de publier sa réponse, textuellement, sans aucun recul critique: « soyez certaine que j’adapte ma pratique médicale pour qu’il ne nuise pas à mon travail parlementaire ». Incroyable, comme si le travail de député consistait seulement à être présent au parlement lors des périodes de questions, en commission parlementaire et au moment des votes. Alors que c’est aussi (surtout) le travail de comté, la rencontre des citoyens, les dossiers locaux, la représentation, etc.

Encore aujourd’hui, je ne comprends pas cette réaction des journalistes, que je ne peux expliquer que par une certaine forme de cynisme.

Je ne reproche pas seulement aux journalistes de ne s’être pas suffisamment intéressés à la question. Les autres députés aussi, de tous les partis, savaient (ou auraient dû savoir, puisque TVA l’avait rapporté dès 2012) que leur collègue Bolduc travaillait également comme médecin pratiquement à temps plein — et ils n’ont pas davantage dénoncé la situation. Cynisme aussi?

Ce n’est donc que cette semaine où tout a changé, subitement, parce qu’on apprenait que s’était ajouté à ce double emploi une rémunération incitative exceptionnelle de plus de 200 000 $. Le chiffre est gros — on s’y intéresse.

C’est ainsi que ce qui était inacceptable est devenu scandaleux… et que le comportement d’Yves Bolduc, dont la dimension morale n’avait suscité pratiquement aucun écho médiatique, jusque-là soudainement un scandale et mérite articles, chroniques et éditoriaux.

Mais s’il s’était s’agit de seulement 100 000 $? Est-ce que cela aurait été aussi choquant? En aurait-on parlé autant? Et 50 000 $? Ou même 20 000 $. À quel montant est-ce que les comportements d’un élu deviennent assez choquants pour qu’on s’en offusque?

À partir du moment où on ne réagissait pas à l’idée qu’il reçoive une double rémunération alors qu’il était député, pourquoi s’offusquer d’une troisième rémunération? N’avait-il pas lieu d’être plus critique dès le départ? N’aurait-il pas fallu questionner beaucoup plus tôt Yves Bolduc sur ses choix et sur la prétention qu’il avait de pouvoir remplir les responsabilités associées à deux métiers particulièrement exigeants? Et l’interrogeant sur cela, et approfondissant la question sous l’angle moral, n’aurait-on pas eu l’occasion de découvrir l’existence de cette autre rémunération exceptionnelle avant qu’il ne soit trop tard?

J’étais choqué des choix d’Yves Bolduc avant l’élection. Je l’ai été tous les jours pendant l’élection. Et je n’ai pas cessé de l’être après l’élection. Mais je ne suis ni plus ni moins choqué cette semaine que je l’ai été pendant tout ce temps… parce que c’est l’immoralité de son comportement qui me choque depuis le début — bien plus que le montant précis qui a trouvé son chemin jusqu’à son compte de banque. C’est d’autant plus vrai qu’en agissant comme il l’a fait, il compromettait sa capacité à exercer le rôle de député, et maintenant celui de ministre, dont la légitimité repose largement sur l’exemplarité.

Voilà pourquoi, par-delà du cas particulier d’Yves Bolduc j’espère que nous profiterons surtout de cette occasion pour nous interroger collectivement sur la place de la moralité dans notre vie collective et sur l’exigence éthique que nous devons maintenir à l’égard des personnes qui sont élues (et payées) pour nous représenter à l’Assemblée nationale et gouverner l’État en fonction du bien commun.

Notre indignation ne devrait pas être conditionnée par la valeur du larcin, comme ça a été le cas ici.

Question de prix…

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J’ai publié la semaine dernière un texte qui a suscité de nombreuses réactions sur Facebook, concernant le prix des livres.

Pour poursuivre la réflexion, je garde trace ici de cet article publié dans les Échos — que j’ai vu circuler abondamment sur les réseaux sociaux, le plus souvent sans commentaires ou analyse.

L’article dit que pour la première fois en 2013, les ventes de livres imprimés aux États Unis ont été majoritairement faites par le Web (ventes en ligne par rapport aux ventes en magasin). C’est une tendance lourde qu’il est effectivement important de comprendre.

L’article souligne aussi que la valeur des ventes de livres numériques on stagné, en valeur, en 2013 (toujours aux États-Unis)… et cela, malgré le fait que 512 millions de livres numériques de plus ont été vendus par rapport à 2012… parce que le prix de détail continue de baisser, notamment sous l’influence des pratiques commerciales d’Amazon.

512 millions de livres vendus de plus et aucune différence de chiffre d’affaires pour les éditeurs — et pour les auteurs…

Si on me dit que c’est dans l’intérêt des lecteurs / des consommateurs…

Je répondrai:

— À court terme. Peut-être.

 

Mise à jour:  Sur Twitter, Bruno Boutot suggère ce texte, qui s’inscrit bien dans la réflexion: Higher or lower? The challenge of newspaper pricing in print and digital.

Une terrible menace (mais laquelle?)

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Il n’y aura pas de réglementation du prix des livres, la ministre l’a redit hier. C’est dommage, de mon point de vue, mais je pense qu’il faut maintenant se dire que c’est ça qui est ça.

Quoi qu’il en soit, c’est un autre volet de ses propos lors de l’étude des crédits accordés au ministère de la Culture qui attire mon attention ce matin:

« …il y a un compétiteur encore plus terrible [que les grandes surfaces] : les achats sur le Web à partir de grandes plateformes internationales » (Source: Le Devoir)

Ça me chicote pour plusieurs raisons. D’abord parce que je ne suis pas certain que c’est ce que disent les statistiques (encore que les statistiques dont on dispose sont très imparfaites), mais surtout parce que je me demande si ce qui est « encore plus terrible » dans l’esprit de la ministre, c’est la dimension « achat sur le Web » ou la dimension « à partir de grandes plateformes internationales ».

Est-ce que c’est le Web — et les changements d’habitudes des consommateurs (dont les lecteurs) — qui représente à son avis la plus terrible menace pour les librairies?

Ou si c’est l’arrivée de ces « grandes plateformes internationales » qui captent une partie des revenus sur lesquels s’appuyait jusqu’à récemment l’équilibre de l’écosystème du livre québécois?

Je pose la question parce que les actions à poser ne sont vraisemblablement pas les mêmes selon la réponse qu’on y apporte.

Si on répond que c’est le Web la menace, je risque fort de décrocher — parce que je crois profondément que c’est, au contraire, une opportunité extraordinaire.

Si on répond que c’est la place croissance occupée par les grandes plateformes internationales, alors c’est qu’il faut surtout travailler à identifier quelles peuvent être les forces des acteurs locaux dans ce nouveau contexte.

Et peut-être qu’il faut aller au-delà… et se demander s’il n’y a pas d’autres explications, moins manichéennes.

Heureusement, la ministre annonce aussi un vaste chantier de réflexion pour doter le Québec d’une nouvelle politique culturelle — ce qui nous permettra de donner un peu de perspective aux débats en se demandant pourquoi on fait tout ça.

Parce que si le seul but c’est de vendre des livres — sans égards à toutes autres considérations, c’est certain qu’il ne faut pas se compliquer la vie: quelle que soit la nature des oeuvres, la nature du point de vente ou le prix.

Alors, seulement, je dirai pour vrai Ah, pis, tant pis…

Heureusement, on est pas rendu là… et malgré ce que mon texte d’hier a pu laisser croire à certain, je me sens plus vigoureux que jamais pour mener bataille… je pense qu’on peut y arriver… (à condition de sortir des sentiers battus).

Ah pis, tant pis…

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Ah pis, tant pis…

Je baisse les bras. Ce sera tellement plus simple de faire chacun pour soi.

C’est vrai, au fond, pourquoi se donner tout ce trouble, essayer de formuler un projet culturel collectif et organiser toute une industrie en conséquence? Chacun peut bien publier ce qu’il veut comme il veut sans s’embarrasser de lois et de règlements. Il y a tout plein d’outils gratuits sur le Web pour publier de façon autonome. Il faut les faire connaître davantage. Sans compter qu’avec moins d’intermédiaires, tout ça devrait coûter beaucoup moins cher. En numérique en plus, il n’y aura même plus à imprimer, à stocker, à distribuer… Et si ça coûte moins cher, il y aura forcément plus de gens qui liront. N’est-ce pas ça qu’on souhaite? Et du moment qu’ils lisent, ils pourront bien lire ce qu’ils voudront.

Quand on y pense bien, la culture québécoise se portera bien mieux quand tout sera publié gratuitement. À ce moment-là, même ceux qui lisent en anglais recommenceront à lire des textes écrits par des auteurs d’ici, en français, parce qu’ils seront beaucoup moins chers. Ce sera gratuit. Ce sera merveilleux.

La culture sera enfin libre.

Au début, il y a des éditeurs et des auteurs qui vont trouver ça difficile, c’est sûr. Des libraires aussi parce que ce n’est plus très clair à quoi ils serviront. C’est un changement de paradigme, c’est normal. Ça fait trop longtemps qu’on refuse de l’admettre: c’est à une révolution qu’on fait face, alors ce n’est pas le moment de s’accrocher au passé. Ceux qui ne sauront pas s’adapter seront remplacés par d’autres. C’est pas pire que ça. Sans compter que de cette façon on va enfin pouvoir arrêter de subventionner des gens qui écrivent des livres que personne ne lit ou qui font la traduction d’auteurs inconnus. Il faut se rendre à l’évidence: on a plus les moyens de faire ça. Il est urgent d’adapter le modèle québécois en culture aux réalités de notre temps.

C’est un peu dommage, quand même, parce que c’était un beau projet auquel on travaillait depuis quarante ans — quand on y pense…

Assurer l’existence d’un réseau de bibliothèques publiques et de librairies partout sur le territoire québécois, dans toutes les régions, dans toutes les grandes villes, dans le but de permettre une diffusion efficace aux oeuvres des auteurs d’ici et d’ailleurs à l’intention de tous les Québécois — en essayant d’assurer de cette façon un revenu décent à ceux et celles qui consacrent leur vie à cultiver notre imaginaire et à témoigner de ce que nous sommes ailleurs dans le monde.

C’était un beau projet, mais ce n’est ni le premier, ni le dernier qu’il nous faudra abandonner dans cette période d’austérité — alors, autant s’y faire. De bon coeur, acceptons de nous consacrer à un projet plus simple, plus abordable, plus réaliste: réduire les prix des livres.

Ça manque un peu de perspective et de grandeur, c’est sûr, mais c’est tellement plus simple à expliquer, et tellement plus facile à évaluer. Ce qu’on va perdre en ambition on va le retrouver en efficacité, c’est sûrement mieux ainsi. Tout le monde peut comprendre ça — surtout dans le contexte actuel. Et peut-être que ça nous permettra de parler du prix des livres aux bulletins de nouvelles, comme on parle du prix de l’essence: ça offrira encore un peu plus de visibilité à la littérature, qui en a bien besoin.

Il faut s’en réjouir, vous ne croyez pas?

Non? Mais alors quoi?

Sérieusement: moi non plus je n’ai pas envie de m’en réjouir. Je rage.

Casse-tête

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J’ai lu plusieurs journaux français la semaine dernière. On voyait bien que le risque que le Front national remporte l’élection européenne était réel. Des lectures qui m’avaient laissé profondément perplexe; une impression renforcée par les résultats annoncés aujourd’hui.

Vote de protestation, disent certains — pour se rassurer, comme si cela n’était qu’un résultat circonstanciel. Malheureusement, cela me semble un peu simpliste comme interprétation. Le mal me semble bien plus profond. Je suis de ceux qui pensent que cela s’explique plutôt par un désenchantement massif pour la classe politique — que cela reflète une grave perte de confiance.

Dans ce contexte, il me semble bien inutile de condamner les citoyens qui se tournent vers des partis marginaux (le Front national l’est encore). Il faut plutôt prendre acte (une fois de plus) qu’ils ont perdu confiance dans la capacité des « partis de gouvernement » à porter leurs valeurs, à les incarner dans des projets et à les réaliser lorsqu’ils sont au pouvoir.

La responsabilité est lourde aujourd’hui pour l’UMP et pour le Parti socialiste, qui ne peuvent que constater une réelle déconnexion avec les électeurs  (qui plus est, je pense qu’ils ne comprennent même pas vraiment pourquoi). Ce sont ces partis, sur lesquels repose depuis longtemps l’équilibre républicain, qui doivent être condamnés pour leur aveuglement — bien plus que les citoyens qui cherchent (même maladroitement) à être entendus.

Les jeunes français ont apparemment voté plus fortement pour le Front national que les autres groupes d’âge. Faut-il vraiment s’en surprendre? Je crains que non étant donné l’incapacité des autres partis à leur proposer des projets qui correspondent à leurs besoins et à leurs aspirations (et même si plusieurs des propositions du Front national sont simplistes et trompeuses).

Rappelons-nous par ailleurs que nous avons eu depuis plusieurs années, ici aussi, des signes de désenchantement à l’occasion d’élections fédérales, provinciales et municipales. Est-ce que les partis politiques les ont véritablement entendus? Est-ce qu’ils en ont tiré des conséquences? Je crains que non. Le Parti québécois ne les avait manifestement pas entendus (jusqu’à tout récemment en tout cas).  Les autres? Ça reste à voir.

Il n’y aura certainement pas de solution simple pour faire face à ces défis. . Il ne s’agit pas d’un problème de communication. Ce sont les fondements de l’action politique et la manière de la conduire qui sont remis en questions. Il faudra beaucoup de courage pour aller au bout de ces réflexions. L’heure est grave.

* * *

Deux éléments en parallèle à cette courte réflexion:

Du côté de ce qui contribue à nous plonger dans ce marasme politique: la lecture absolument sidérante de Nulle part où se cacher, de Glenn Greenwald — sous-titré « l’affaire Snowden par celui qui l’a dévoilée au monde » (la photo que j’ai choisie pour coiffer ce texte est d’ailleurs un clin d’oeil au moment, invraisemblable, où le journaliste rencontre pour la première fois Edward Snowden, dans un hôtel de Hong Kong). Un livre à lire pour saisir à quel point les racines du mal sont profondes.

Du côté de ce qui nous suggère des voies pour se sortir du bourbier, ou qui nous donne à tout le moins confiance qu’il sera possible d’y arriver, le discours fantastique de Xavier Dolan recevant le Prix du Jury à Cannes. J’en profite pour lui dire un très grand merci! pour cela — en plus du bravo! de circonstances.

 

Comment choisir un chef? (exercice de réflexion)

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Imaginons un instant qu’un parti politique doive se préparer pour une course à la chefferie.

Si on pense que les débats auxquels un tel exercice doit donner lieu méritent mieux qu’une série d’événements super scénarisés où des hommes et des femmes debout derrière un pupitre prennent tour à tour la parole en évitant surtout de ne pas commettre d’erreurs devant les caméras.

Si on croit que les habiletés essentielles pour être un bon leader aujourd’hui ne sont pas celles qui se manifestent dans ce type de mascarades.

Si on croit qu’en 2014, il est plus que temps de repenser radicalement la démarche par laquelle on souhaite identifier un nouveau chef.

Si, si, si… alors, on fait comment? On propose quoi comme démarche?

Faudrait bien y penser…

Univers parallèles

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Nous étions tous rassemblés — après plus deux ans de travail. Elle s’adressait à nous par un message préenregistré au contenu très prévisible, sorte de langue-de-bois-aux-accents-de-lendemains-qui-chantent.

— Merci pour votre bon travail (cela a été très utile pour justifier mon inaction jusqu’à présent), je vais maintenant étudier votre rapport (pendant plusieurs mois) et formulerai éventuellement (allez savoir quand?) des recommandations à mes collègues (en vous rappelant que plusieurs autres dossiers sont évidemment prioritaires). Dans tous les cas, soyez certains que tout cela n’aura pas été fait en vain (mais qu’il n’y aura probablement aucun budget additionnel pour répondre à vos recommandations — beaucoup trop nombreuses, de surcroît).

Sur le coup, j’avais trouvé que la scène, à la limite du fantastique, avait des allures de 1984 — mais avec le recul c’est un autre livre que cela me rappelle aujourd’hui: Le matin des magiciens, de Louis Pauwels et Jacques Bergier.

Dans la préface, Louis Pauwels dit:

« …le fantastique, à nos yeux, n’est pas l’imaginaire. Mais une imagination puissamment appliquée à l’étude de la réalité découvre que la frontière est très mince entre le merveilleux et le positif, ou, si vous préférez, entre l’univers visible et l’univers invisible. Il existe peut-être un ou plusieurs univers parallèles au nôtre. Je pense que nous n’aurions pas entrepris ce travail si, au cours de notre vie, il ne nous était arrivé de nous sentir, réellement, physiquement, en contact avec un autre monde. »

C’était à cela que j’avais assisté cet après-midi là, je pense: un instant de contact, absurde, avec un autre monde, inavouable.

Et je ne peux pas me sortir ce souvenir de la tête en relisant le texte de Michel Dumais Leaders numériques recherchés.

Je suis dubitatif ce soir, mais il faut continuer d’y croire… alors, il faudra bien se retrousser les manches encore une fois — avec une nouvelle approche et une conviction renouvelée — parce que notre avenir en dépend.

Cent fois sur le métier…

Welcome back

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Museum of Science and Industry. Chicago. Été 2011. Une aventure sous terre, avec les petits animaux, les bibittes et autres microorganismes.

Zouiiiiiiittttt… rétrécis à l’entrée. Exploration. Émerveillement. Y croire. Presque.

Vers la sortie, pfffffiouuuuuttt… retour à normal. Drôle d’impression. Déception. Presque.

Rien n’avait changé. Évidemment. Mise en scène. Et pourtant.

Welcome Back.

C’est pas mal comme ça que je me sentais ce soir.

Premières réflexions post-élection

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J’ai toujours utilisé mon blogue pour réfléchir à haute voix, par écrit.

Je vais continuer à le faire dans les prochaines semaines et les prochains mois — en particulier pour partager des impressions sur ma première expérience de campagne électorale et pour participer aux réflexions qui sont plus que jamais nécessaires si on veut réinventer le Parti Québécois. Le mot est fort, mais j’ose quand même l’utiliser.

Quatre éléments de réflexion pour ce soir.

UnCeux et celles qui sont à la fin de leur parcours politique devraient éviter de tirer des conclusions inutilement pontifiantes au sujet du projet souverainiste. Je peux comprendre que certains aient perdu confiance mais nous sommes plusieurs à vouloir poursuivre, même si cela doit prendre encore longtemps. L’idée de faire du Québec un pays n’appartient pas à une génération de militants ou d’ex-députés, ni à personne d’ailleurs.

Deux — Je suis animé depuis toujours par la conviction qu’il faut faire beaucoup plus de place à l’éducation et à la culture dans le discours politique; à la réalité des petites entreprises aussi; et des changements induits par le numérique. Je ressors de ma première campagne électorale plus convaincu que jamais de tout cela.

Trois — J’ai pu constater dans les dernières semaines la difficulté d’aborder de nombreux sujets dans un temps limité et dans un univers médiatique sursaturé — a fortiori si ce sont des sujets complexes. Je pense que pour faire mieux il faudra établir une priorité plus claire dans nos messages et remplacer rapidement la stratégie basée sur la recherche du meilleur clip par une stratégie basée sur la pédagogie.

Quatre — Tout cela m’amène à souhaiter que nous fassions une place importante à « l’entrepreneuriat éducatif et culturel » dans nos réflexions des prochaines semaines et des prochains mois. En mettant au coeur de notre projet l’éducation et la culture, en même temps que le goût et la capacité d’entreprendre, je pense que nous pourrons travailler à la fois sur l’identité personnelle et collective des Québécois et sur la confiance en soi (en nous) qui est nécessaire pour désamorcer (enfin!) le réflexe de peur sur lequel repose la force de nos adversaires. Nous cesserons aussi de rendre faussement conditionnels au développement économique les investissements en éducation et en culture alors qu’ils en sont en réalité le carburant le plus essentiel.

Un projet de société basé sur l’entrepreneuriat dans le domaine éducatif et culturel — qui pourrait s’appuyer tout spécialement sur les possibilité offertes par le numérique — il me semble que c’est une belle piste à explorer au moment de lancer un remue-méninges…

Qu’en pensez-vous?

Premières réflexions (pré)campagne

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Je ne suis pas naïf, je sais bien que dans l’environnement ultamédiatique dans lequel nous baignons, la politique c’est aussi un espace où les vedettes jouent un grand rôle — où la notoriété est un atout. Mais ce n’est pas tout.

Je pense que les électeurs savent aussi reconnaître l’intérêt des candidats de terrain, issus de leur milieu, qui ont fait la démonstration de leur capacité à faire travailler les gens en ensemble sur des projets complexes. Des gens qui seront présents dans la circonscription, proches des gens, engagés.

Je fais l’hypothèse qu’ils verront l’intérêt d’élire un entrepreneur, ancré dans sa circonscription, impliqué dans le développement de la région depuis de nombreuses années.

Et je souris en lisant les textes qui déplorent depuis quelques jours la vedettisation de la politique en jouant eux-mêmes le jeu, ne nommant que des vedettes — au lieu de mettre de l’avant d’autres candidatures, peut-être un peu moins connues, mais certainement pas moins légitimes dans leur milieu et dans leur secteur d’activités.

Je n’en suis ni surpris ni victime, au contraire: ça me conforte plutôt dans la décision de faire le saut.

À suivre, la campagne sera très intéressante. J’ai vraiment hâte de commencer.

Pourquoi je fais le saut en politique?

IMG_3062(photo: clin d’oeil humoristique!)

Je vous offre la primeur… mon vertige du jour.

J’ai mis en place un nouveau blogue à l’adresse http://www.clementlaberge.com

Je m’en servirai dans les prochains jours et les prochaines semaines… dans le contexte de la prochaine campagne électorale!

Ça commence, comme il se doit, par un texte où j’explique pourquoi je fais ce saut en politique.

Souhaitez-moi bonne chance! 

Coïncidences

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J’ai toujours aimé les coïncidences. Je les interprète comme un signe d’éveil.

Percevoir une coïncidence, c’est établir subitement un lien entre deux choses qui coexistent évidemment indépendamment de l’attention qu’on y porte, mais qui se révèlent, grâce à la vigilance intellectuelle de quelqu’un. C’est le regard qui transforme la coexistence en coïncidence. Une coïncidence c’est  la pointe de l’iceberg de tous ce qui nous lie en permanence les uns aux autres  — jusqu’à l’invraisemblable, parfois.

Un peu plus tôt cette semaine, juste avant de monter dans l’avion à destination de Paris, j’ai téléchargé sur mon iPhone le plus récent album de Coeur de Pirate: Trauma. Je l’écoute plusieurs fois pendant le vol. J’aime beaucoup. Arrivé à Charles-de-Gaulle, les bagages se font attendre au carrousel. Je remets mes écouteurs. Play. La voix de Coeur de Pirate m’accompagne pendant l’attente. J’aperçois finalement ma valise, au loin sur la courroie, précédée d’une valise de guitare. Au moment où celle-ci passe devant moi je peux lire une inscription, bien en vue: Fragile — Coeur de Pirate — Tournée européenne. En me retournant, je vous effectivement que ses musiciens sont là, juste un peu plus loin. Et la voix de Coeur de Pirate dans mes oreilles. Eh ben…

Dans le RER qui m’amène à Paris, je jette un oeil rapide sur Facebook. Marie-Andrée Lamontage mentionne le plus récent livre de Carl Leblanc, Fruits, publié par les Éditions XYZ. Un recueil de textes qui s’articule autour d’une série de coïncidences tirées de la vie de l’auteur. « Dans certains cas les faits sont  particulièrement troublantes et forcent la réflexion », précise-t-elle comme une invitation à la lecture. Décidément… coïncidence parmi les coïncidences… 

Arrivé à l’hôtel, je me suis donc évidemment dirigé sur leslibraires.ca et j’ai acheté Fruits — avant de prendre une douche et repartir aussitôt pour une première réunion. 

Je n’ai commencé la lecture que le lendemain matin. Dans l’ascenseur, en quittant l’hôtel, à partir de mon iPhone

Le premier texte raconte l’histoire d’un homme qui, entrant dans un ascenseur, met des écouteurs et démarre la musique en mode aléatoire, à partir d’une bibliothèque musicale de plus de 12000 pièces.

« Une fois dans la rue, je presse sur play. L’onguent musical se dépose sur la plaie du jour. Oui, ça va déjà mieux. (…) Les premières mesures de guitare promettent une mélodie agréable. Les premières paroles: «S’il fallait qu’un de ces quatre, mon âme se disperse…» Le Québécois Daniel Bélanger. Ça fera l’affaire. Je veux bien qu’on me parle de l’âme, cette belle chose surannée. Je veux bien, pendant trois minutes, croire qu’elle existe, et que peut-être même un mécréant comme moi, qui sait, en ai une. La chanson prend son envol. Je traverse l’avenue du Mont-Royal. Je me bats avec le cordon des écouteurs. Sur le trottoir, je heurte un homme. Il se retourne vers moi: Daniel Bélanger! Est-ce bien lui? Oui. Je m’excuse. Mon rire peut être confondu avec l’ébahissement du groupie. Je reste là, un peu sonné. Il poursuit sa route. Je cherche un témoin. Dans la surprise, je ne songe même pas à interpeller le chanteur, qui pourrait apprécier la coïncidence autant que moi et qui pourrait plus tard l’attester. Statufié sur le trottoir, tel un accidenté de la probabilité »

Deux histoires qui s’entremêlent. Deux histoires de iPhone, d’ascenseur, de musique, et de rencontres improbables avec leurs créateurs — tout cela à travers un voyage et une suggestion de lecture glanée au hasard d’un rapide passage sur Facebook. Décidément… coïncidences dans les coïncidences.

«  Je reprends ma route et me dis, avec la ferveur minutieuse du secrétaire : il faudrait bien, un jour, rédiger les procès-verbaux de ces «réunions insensées». »

Et c’est autour de cette idée qu’a pris forme le livre de Carl Leblanc. Ce court texte est guidé par la même idée. Je le dépose ici en me disant qu’il sera peut-être un jour, à son tour, l’objet d’une autre coïncidence.

« Parmi les coïncidences, il y a une échelle de l’improbabilité au sommet de laquelle, même les esprits les plus transcendantalifuges sont ébranlés. Il faut alors garder la tête froide devant la convergence des improbables et le complot des variables. Car il arrive que les choses semblent vraiment se mettre en place, venir vers vous poussées par une immense main et vous vous écriez: «Mais enfin, ce n’est pas possible!» Et pourtant oui, c’est là, c’est arrivé. »

P.S. je n’ai pas encore terminé la lecture de l’ensemble des textes, mais je souligne au passage le texte Quatre temps, dont les réflexions (qu’une coïncidence sert de prétexte à partager) m’ont semblé particulièrement pertinentes dans le contexte de tous les débats qui ont cours actuellement autour des idées de valeurs, de multiculturalisme, et de nation.