Je vous présente Rosette Côté, candidate du Parti québécois dans Louis-Hébert

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, j’ai décidé il y a quelques mois de m’impliquer davantage dans la politique partisane — pour le Parti québécois, dont le programme correspond le mieux à mes valeurs et à ma manière de concevoir la politique. Je l’ai fait animé par la profonde conviction qu’il est devenu absolument nécessaire de changer de gouvernement, d’assainir les mœurs politiques et de remettre le cap sur la souveraineté du Québec.

La démocratie québécoise étant ce qu’elle est, si la campagne électorale nationale qui est en cours m’intéresse évidemment, c’est la lutte qui se fait dans la circonscription où je milite qui me tient le plus à cœur. En effet, c’est contribuant à faire gagner notre candidate locale que je peux contribuer le plus efficacement à la victoire du Parti québécois le 4 septembre prochain. Le reste est pas mal hors de mon contrôle. Et une campagne locale, j’vous jure que c’est pas juste des idées… y’a aussi (surtout?) beaucoup de concret, d’organisation, de mobilisation. Je prévois d’ailleurs en reparler bientôt.

C’est Rosette Côté qui est la candidate du Parti québécois dans la circonscription de Louis-Hébert. Notre candidate. C’est à elle que revient le mandat de battre Sam Hamad, le député sortant et candidat du Parti libéral du Québec.

Je connais Rosette depuis très peu de temps, mais j’ai découvert très rapidement à quel point c’est une femme passionnée et très proche des gens — « une des personnes les plus inspirantes que j’ai rencontrée », disait spontanément une jeune femme sur Twitter il y a quelques jours.

J’ai pensé lui poser quelques questions pour vous permettre de mieux la connaître à votre tour — des questions pas trop formelles, parce qu’elle est comme ça, et moi aussi!

Ce sont des questions qui restent assez générales, mais n’hésitez pas à ajouter vos questions dans la section commentaire, au bas de la page. Je les lui transmettrai avec plaisir et j’ajouterai ses réponses aussitôt que possible.

* * *

QUESTION: J’ai été surpris de constater au cours des derniers jours à quel point les gens acquièrent vite le réflexe de t’appeler Rosette, comme on dit Pauline pour parler de la chef du Parti québécois. Pourquoi crois-tu?

RÉPONSE: Je crois que c’est parce que j’aime entrer en contact direct avec les gens. Cela me nourrit. J’ai besoin de comprendre et de discuter. C’est une question de caractère et aussi un héritage de mes parents.

Si je ne me trompe pas, tu habites Cap-Rouge depuis longtemps. C’est donc Sam Hamad qui te représente à l’Assemblée nationale depuis presque dix ans. Pourquoi choisis-tu de te présenter aujourd’hui à l’élection contre lui ? Tu penses seulement pouvoir faire mieux qu’il a pu le faire pour représenter les citoyens de Louis-Hébert ou tu as des reproches particuliers à lui faire?

Je me présente contre lui parce que je pense qu’il ne fait pas son travail. Il représente plus le gouvernement dans le comté que les citoyens à l’Assemblée nationale. J’aimerais qu’il nous présente un bilan sérieux de son action pour Louis-Hébert, des promesses qu’il a réalisées. Eh oui, je peux dire sans hésitation que je ne suis pas fier du député sortant… quand je pense à son manque de sensibilité et de clairvoyance à la corruption dans la construction. Pourtant, c’est un ingénieur qui travaillait dans une grande firme. Il pouvait savoir « comment ça marche ». Il a choisi de fermer les yeux.

En lisant les premières réactions à l’annonce de ta candidature, j’ai pu constater que plusieurs personnes accolaient une image d’homme d’affaires à Sam Hamad, alors qu’on t’associe à la défense des femmes. Qu’est-ce que tu en penses? Est-ce que c’est conforme à la réalité?

C’est vrai que j’ai un parcours de combat et j’en suis fière. L’enseignement, le syndicalisme, la défense des droits et femmes et la promotion de la famille ont marqué ma vie professionnelle. Et je crois sincèrement que la seule façon de faire évoluer les choses est de réunir les gens, de réapprendre à travailler ensemble. Sans solidarité, nous n’allons nulle part.

Quant à l’image Monsieur Hamad, je pense que c’est une illusion. On n’est pas un homme d’affaires simplement parce qu’on fréquente les chambres de commerce. Quand a-t-il vraiment agi en entrepreneur? Avec son propre argent? Il est un porte-parole, ce qui peut être respectable, mais il n’est pas un entrepreneur.

Qu’est-ce qui, dans ton parcours professionnel, a le plus marqué ta façon de voir le monde? Comment est-ce que cela influence ta manière de faire de la politique? De voir l’avenir du Québec?

Toutes les fois où j’ai réussi à réunir les gens autour d’une table, à partager les informations pour baliser le débat, à créer des consensus sur des objectifs, nous avons tous gagné. La politique familiale en est un bel exemple. En politique, la manière est particulièrement importante. Je reproche beaucoup au gouvernement actuel d’avoir divisé les gens, d’avoir semé le mépris au lieu de nous réunir. Le dossier des jeunes est particulièrement grave. Une société ne peut grandir en écrasant sa jeunesse.

Tu sembles être une femme pragmatique, tu abordes les choses très concrètement, loin des grands discours, toujours très proche de l’action. Quels sont tes engagements pour les citoyens de Louis-Hébert?

J’ai pris cinq engagements concrets pour Louis-Hébert (note: voir discours de lancement de la campagne). Mais au-delà de ces engagements, il y a quelque chose qui me tient à coeur. Pour faire revivre notre démocratie, il faut apprendre à rendre des comptes, à nouer un dialogue constant avec ceux qui nous confient un mandat.

J’ai une conviction profonde : il n’y a pas de démocratie quand un représentant du peuple rompt le dialogue et cesse de rendre compte de son travail. Dans les 30 jours qui suivront mon élection à titre de députée, une plateforme d’échange continu avec la population du comté de Louis-Hébert sera mise en ligne. Chaque année, des rencontres publiques avec les électrices et les électeurs du comté seront organisées pour que chacune et chacun puisse discuter directement des enjeux et de leurs ambitions pour le comté.

Tu as enseigné 15 ans, tu as été présidente de la Commission de l’équité salariale du Québec, commissaire aux plaintes en santé et services sociaux, directrices de deux cabinets de ministres, coordonnatrice au cabinet du premier ministre et tu as été membre de la Commission Bélanger-Campeau sur l’avenir du Québec. Comment penses-tu que tu pourrais être particulièrement utile à un gouvernement dirigé par Pauline Marois. (je sais, je sais, tu ne peux pas vraiment répondre à cela… mais si j’insiste un peu…)

Quand j’ai dit oui à Madame Marois, je n’ai pas posé des conditions. J’ai simplement répondu oui, j’accepte d’offrir quelques années de ma vie pour défendre mes concitoyens, pour faire la promotion d’une certaine idée de la justice et de la grande ambition que nous avons le peuple québécois : réaliser notre pleine souveraineté.

Depuis le début de la campagne, j’ai l’impression que Sam Hamad se fait le plus discret possible et qu’il se contente de répéter chaque fois qu’il le peut les messages de la campagne nationale du Parti libéral. Pourquoi crois-tu?

Je te laisse ce jugement même si je crois que tu as malheureusement raison…

Tu as mis au défi Sam Hamad de débattre avec toi. C’est sérieux?

Évidemment. Il aura à défendre le bilan de son gouvernement et rendre des comptes sur ses promesses. De mon côté, j’aurai à expliquer notre programme et mes engagements.

Et que penses-tu des autres candidats? Et en particulier ceux de Québec Solidaire et d’Option nationale, avec qui tu partages probablement plusieurs valeurs? Quelles réflexions fais-tu sur la division possible du vote progressiste et souverainiste lors du scrutin?

Je pense qu’à cette étape de la campagne électorale, toute forme de militantisme et d’engagement est bonne pour la démocratie. Tout ce qui amène les gens à s’intéresser à la politique et qui peut entraîner un fort taux de participation à l’élection doit être reconnu et souligné. Bravo particulier à l’entourage et aux partisans de Sol Zanetti, d’Option nationale et de Guillaume Boivin, de Québec Solidaire, avec qui je partage effectivement plusieurs valeurs.

J’ai confiance qu’après avoir eu l’occasion de défendre avec vigueur leurs convictions et avoir travaillé à faire connaître leur formation politique pendant trente jours, ils choisiront de se rallier au Parti québécois et de voter pour moi devant l’absolue nécessité de battre Sam Hamad et de retirer le pouvoir au Parti libéral.

Je souhaite qu’ils puissent le faire dans l’honneur, et c’est pour cela que je ne leur ferai aucun reproche de leur choix de militer pour d’autres partis que celui dans lequel j’ai personnellement choisi de m’engager.

Q: Je ne peux pas ne pas te demander en terminant quelques réflexions sur la place des jeunes dans la société québécoise — c’est un sujet tellement d’actualité. En quoi est-ce un avantage ou un handicap d’être jeune aujourd’hui? Et comment on peut faire travailler ensemble les générations pour construire le Québec dont nous rêvons?

Une société qui est incapable d’écouter la jeunesse est une société condamnée. Les jeunes méritent notre respect et, au risque de sembler mièvre, nous devons leur ouvrir notre cœur. Avec ouverture et générosité. Nous n’avons pas le droit de leur couper les ailes au moment même où ils s’engagent à construire la société où ils vivront demain. Ils sont notre espoir et notre avenir. Les sondages montrent d’ailleurs qu’ils perçoivent bien cet accueil.

En complément:

Surenchère préélectorale

Le 13 juillet le député de Jean-Talon et ministre de la Santé et des Services sociaux, monsieur Yves Boduc, annonçait:

« …que les établissements de santé et de services sociaux du Québec profiteront cette année d’investissements de 748,6 millions de dollars pour maintenir et rénover les actifs immobiliers sous leur responsabilité, ainsi que pour remplacer ou rehausser leur mobilier et leur équipement. » (source)

Il faut remarquer que plutôt que d’indiquer la part de cette somme qui relève des budgets normalement associés à la maintenance des établissements de santé et ce qui serait un véritable nouvel investissment dans le réseau, le ministre choisi d’inscrire son annonce dans le cadre d’une nébuleuse augmentation cumulative globale de ces budgets depuis l’élection du PLQ — un procédé pour le moins discutable dans un communiqué issu d’un ministère et non du Parti Libéral.

Le même jour, le député de Louis-Hébert et ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale, monsieur Sam Hamad, annonçait:

« que les établissements de santé et de services sociaux de la région profiteront cette année d’investissements de 100 460 261 $ pour maintenir et rénover les actifs immobiliers sous leur responsabilité, ainsi que pour remplacer ou rehausser leur mobilier et leur équipement. » (source)

Lui aussi parle d’une hausse cumulative des augmentations annuelles des budgets depuis l’élection du Parti Libéral.

Cinq jours plus tard, le même député en remettait encore en annonçant:

« que deux établissements de Québec profiteront cette année d’investissements de 12 156 540 $ pour maintenir et rénover les actifs immobiliers sous sa responsabilité, ainsi que pour remplacer ou rehausser son mobilier et son équipement. » (source)

Un troisième communiqué pour une même annonce, parce que le 12 millions fait évidemment partie du 100 millions, qui fait lui-même partie du 748 millions — qui est lui-même essentiellement composé de budgets réguliers du ministère de la santé, si je comprends bien.

Et ça été exactement comme ça dans plusieurs autres régions du Québec au cours des derniers jours: Côte Nord, Estrie, Outaouais, Montréal, Mauricie et Centre-du-Québec, et Chaudière-Appalaches.

Quand on additionne tous ces montants, on en arrive à presque 1,25 milliard de dollars d’annonces, par sept ministres, en moins d’une semaine! —tout cela pour annoncer, au fond, rien de plus que l’affectation d’un budget régulier pour la prochaine année plus, peut-être, une petite augmentation de ce budget, mais dont on ne connaît pas l’ampleur. Et malgré mes recherches, je n’ai  trouvé aucun communiqué en 2011 en rapport avec ce programme de maintien des actifs immobiliers, de l’équipement et du mobilier des installations du réseau de la santé et des services sociaux. Ni en juillet, ni à un autre moment de l’année. Ça semble être la première fois qu’on en fait un tel étalage.

Tout cela en plein mois de juillet, après que le premier ministre ait dit, il y a quelques semaines à peine, que le mois de juillet était fait pour se reposer et non pour faire de la politique.

Et malgré cela, le premier ministre nie encore être en campagne électorale.

N’en doutons plus: Jean Charest, Sam Hamad et bien d’autres ministres se moquent de nous.

Nous sommes déjà en élection.

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Important: rappel au sujet du contexte dans lequel je publie ce texte.

De la discrétion partisane

Cet espace est essentiellement personnel, mais il se trouve qu’on y réfère parfois dans un contexte professionnel. Et d’ailleurs, est-ce qu’il ne faut pas tenir pour acquis que tout ce qui est exprimé sur le Web sera forcément amené à être interprété dans un contexte un peu flou? Je le crois.

C’est la raison pour laquelle j’évite, en temps normal, de faire inutilement étalage de mes convictions politiques sur mon blogue. Je n’ai pas voulu en faire un espace trop partisan parce que je pense qu’il est important de ne pas tout confondre; d’autant que j’ai dans le cadre de mon travail à collaborer tous les jours avec des gens de toutes les allégeances partisanes — avec du personnel politique et des cabinets ministériels. Aussi parce que mes opinions n’engagent évidemment que moi et que je ne souhaite pas qu’elles se trouvent à engager, même indirectement, mes collègues de travail — ou à compliquer des dossiers déjà complexes par leur nature.

Je crois qu’il est préférable d’éviter d’exprimer trop publiquement sa partisanerie politique hors des périodes électorales, afin de favoriser un travail efficace avec ceux et celles qui ont été élus et avec ceux qu’ils ont nommés à différents postes. C’est ainsi que fonctionne la démocratie, c’est ce sur quoi reposent nos institutions — et cela me semble absolument fondamental. Il ne s’agit pas d’ignorer ses valeurs ou de faire abstraction de ses convictions, mais d’accepter de faire avec le contexte — par respect des personnes et des institutions.

Mais en période électorale, ce peut être différent. Ce doit être différent.

L’élection, c’est le moment où nous sommes spécialement invités à défendre nos convictions, dans un contexte partisan, à titre de citoyen. C’est un moment très particulier. C’est un moment privilégié pour débattre.

Et nous sommes presque en élection — nous le serons vraisemblablement dans quelques jours.

Je serai donc moins discret, plus partisan, au cours des prochaines semaines — en faveur du Parti Québécois, dont je préside l’exécutif de la circonscription de Louis-Hébert.  La transparence m’invite à le dire.

Je serai moins discret afin de pouvoir participer pleinement à cet indispensable moment de notre vie collective — et parce que je pense que ce sera une élection particulièrement importante pour l’avenir de la société québécoise.

Je reprendrai mes habitudes de discrétion, de non-partisanerie, après l’élection — pour les mêmes raisons qui m’ont amené à l’être jusqu’à présent.

Au sujet du manifeste de la CLASSE

Il y a quelques jours Le Devoir publiait le manifeste de la CLASSE, intitulé Nous sommes avenir.

De nombreux échanges ont immédiatement suivi, notamment sur Twitter, où j’ai eu l’occasion de déplorer les raccourcis par lesquels certains critiquaient le texte. Dans la foulée, j’ai proposé à Mario Asselin de sortir des 140 caractères pour préciser sa pensée. Il l’a fait ce matin. Je l’en remercie.

Presque au même moment où je prenais connaissance du texte de Mario, j’ai aussi eu un échange avec un ami, par Facebook et par courriel, au sujet du manifeste.

C’est comme ça que mon opinion sur le sujet prend forme lentement. Voici mes réflexions à ce stade:

Je trouve inutile de reprocher à la CLASSE de faire appel à un vocabulaire suranné et à un ton clinquant. On s’en fout, c’est du style! Et puisque c’est destiné à rejoindre des gens qui se reconnaîtront dans ces choix, pourquoi pas? Tout au plus peut-on déplorer que cela fasse un peu prêchi-prêcha.

Je trouve intéressante l’idée de viser « une démocratie directe sollicitée à tous les instants ». Je pense que Mario a tort de prétendre que cela signifierait forcément « interroger le peuple aussi souvent que possible » — parce que la démocratie c’est plus que de répondre à des questions par un vote. Favoriser l’engagement des citoyens dans divers organismes, multiplier les occasions d’échanges entre eux, favoriser l’émergence de médias plus participatifs, mettre en place des mécanismes de consultation continue et miser sur la transparence de l’État: ce sont tous des moyens de favoriser l’exercice d’une démocratie plus directe et moins centrée sur la tenue d’élections.

Je déplore toutefois l’opposition que la CLASSE semble faire entre « démocratie directe » et « démocratie représentative ». Je pense qu’il n’y a pas là d’opposition, mais plutôt deux choses complémentaires qui sont nécessaires à un exercice efficace de la démocratique.

Dans la même perspective, je déplore le manque de considérations pour nos institutions que je sens se faufiler entre les phrases du manifeste. Je pense toutefois que Mario exagère en allant jusqu’à dire que cela sous-tendrait « un déni de la responsabilité individuelle ». Par ailleurs, je ne peux m’empêcher de penser que le cynisme et l’insolence du gouvernement actuel au regard de nos institutions sont bien plus dommageable que la candeur du programme de la CLASSE à cet égard.

Je pense qu’il faut prendre le temps de réfléchir et de débattre du concept de la « juste part » — et éviter d’en balayer toute critique du revers de la main comme le fait Mario dans son texte. Je le comprends un peu parce que c’est un concept qui est central dans l’argumentaire de la CAQ — mais, justement pour cette raison, il me semble que ce serait doublement intéressant de s’y intéresser davantage.

Sur le reproche qui a été fait à la CLASSE de s’être approprié un peu trop facilement le « nous » et de parler comme si le mouvement représentait l’ensemble du peuple québécois, je trouve que plusieurs commentateurs ont la mèche courte. L’inclusion est un procédé qui me semble normal dans un texte qui vise à rallier pour bâtir un rapport de force et je pense qu’il ne faut pas y voir davantage. Je trouve que ceux qui s’offusquent le plus de cela témoignent surtout de l’importance qu’ils accordent au mouvement. Je ne lui en accorde pas tant.

Une critique plus pragmatique du « nous » me rejoint toutefois. C’est celle des « membres involontaires » de la CLASSE, comme cet ami qui me dit:

« Je comprends que de l’extérieur, on peut trouver ça « beau » que la CLASSE ait l’audace d’écrire un tel manifeste. (…) Cependant, je suis, oui, foutument exaspéré. Exaspéré parce que j’ai l’impression de me retrouver par défaut membre du Parti Communiste. (…) J’aimerais me désaffilier de la CLASSE mais c’est impossible. »

Je reconnais qu’il y a un problème d’extension de la portée du « nous » qui est plus inconfortable de ce point de vue que de celui des commentateurs extérieurs.

Cet ami n’est pas resté les bras croisés:

« C’est pourquoi j’ai simplement créé ce groupe facebook. C’est inoffensif, ils gardent mon 1$ et mon « 1 membre de plus » que je représente en leur sein, mais j’ai le droit de dire publiquement que parmi leurs nombreux membres, il y en a pas mal qui n’endossent rien de ce qu’ils crient trop fort. »

Je salue son initiative. C’est aussi ça la démocratie.

* * *

Je m’interroge par ailleurs, de façon plus générale, sur la place qu’occupe la CLASSE dans l’actualité et sur la place qu’ils occuperont vraisemblablement dans le cadre de la prochaine élection.

Certains déplorent une certaine confiscation de l’espace public par le mouvement étudiant et un accaparement des médias par les thèmes qui lui sont chers. Ainsi, il serait plus difficile de parler de langue, d’une meilleure gestion de nos ressources, de politiques énergétiques ambitieuses, de soins médicaux à domicile, d’intégrité et du bilan gouvernemental. De la souveraineté aussi — parce qu’il le faudra bien, parce que c’est plus que jamais nécessaire.

Je ne le crois pas.

C’est vrai que cela peut sembler compliqué de parler de tout cela dans un contexte aussi chargé que celui qui s’annonce, mais je ne pense pas que le silence amorphe de la politique des dernières années était plus propice à faire avancer d’autres causes.

Prêcher dans le désert, c’est plus facile — mais c’est inefficace. J’aime mieux me battre pour des idées dans un espace public animé que de devoir lutter contre l’indifférence.

Et pour ça, je pense qu’il faut apprécier la contribution de la CLASSE pour (re)dynamiser l’espace public et politique — malgré ses traits parfois caricaturaux et ses quelques excès (de démocratie directe, notamment).

Et c’est pour cela que ce manifeste me plaît bien — dans le mesure où on prend le temps de le mettre en contexte.

La seule forme de prudence convenable

Dernière journée avant les vacances.

Reste plus qu’à faire la réunion du conseil d’administration, pour adopter plan d’action et budget pour la prochaine année. Et partir l’esprit d’autant plus tranquille.

Des vacances à lire, écrire, jouer et travailler dehors, rénover — et voyager un peu.

Des vacances dont la fin coïncidera probablement avec le déclenchement d’une élection au Québec. Une élection déterminante — dans laquelle je compte m’engager pleinement. Cela me semble indispensable.

C’est tout cela — les défis personnels, professionnels et collectifs/sociaux — qui me sont revenus à l’esprit en traversant ce matin le terrain de l’Assemblée nationale, où j’ai croisé (la statue de) René Lévesque.

Ses mots m’ont touché.

« Nous en sommes rendus à la période du choix »

Devant l’actualité du jour, il faut apparemment se faire à l’idée: tous les coups seront permis lors de la prochaine campagne électorale, même les stratégies les plus dégradantes, dont le Québec avait jusqu’à présent été épargné: wedge politic, publicités négatives, salissage. Dur dur à accepter pour ceux qui croient encore qu’une campagne électorale c’est une occasion privilégiée de débattre d’idées et de projets de société.

Alors plutôt que de passer la soirée à faire le tour de tout ce qui se dit ici et là sur les déplorables stratégies pré-électorales du Parti Libéral, j’ai préféré ouvrir Les 50 discours qui ont marqué le Québec — question de prendre un peu de recul, et de donner un peu de perspective à tout cela.

J’y ai lu un discours prononcé par Jean Lesage le 30 septembre 1962.

En voici quelques extraits, troublants d’actualité:

Pendant les prochaines semaines, mes amis, nous allons au Québec vivre des moments historiques. Je ne parle pas tant de la campagne électorale proprement dite que de l’occasion que cette campagne donnera à tous et à chacun des citoyens de notre province de décider du sort de notre nation.

Nous en sommes rendus à la période du choix. Certains ont dit que ce serait la «minute de vérité». C’est vrai. Le Parti libéral du Québec, conscient des exigences de la démocratie dans laquelle nous vivons, a voulu, une fois sa propre décision prise, demander à la population entière de se prononcer catégoriquement sur la plus importante des questions jamais soumises à son attention. Il veut savoir d’elle si, oui ou non, elle veut enfin poser le geste dont ont rêvé nos ancêtres depuis des générations. Il veut savoir si elle accepte d’orienter elle-même son propre avenir.

(…)

Comme peuple adulte, nous ne pouvons plus supporter de croupir dans l’immobilisme forcé, immobilisme imposé par une clique politique à qui il plaît que notre province demeure une source de matière première, un réservoir de main-d’oeuvre à bon marché ou un pays vieillot que l’on visite en touriste. L’époque du colonialisme économique sera définitivement morte, oubliée même, [le lendemain de l’élection]. En ce jour qui méritera de devenir une seconde fête nationale, le peuple du Québec aura signifié leur arrêt de mort aux intérêts égoïstes qui s’opposent directement ou hypocritement à la marche en avant d’un peuple jeune à qui, désormais, l’avenir peut et doit appartenir.

(…)

Je sais qu’il y en a qui diront : «Laissons les étrangers venir ici et investir leur argent et tout ira bien». Maintenant, cela n’est plus suffisant. Les étrangers ne viennent ici que lorsque cela leur rapporte, et je comprends cela. Ils viennent ici lorsqu’ils peuvent exploiter des ressources naturelles qui peuvent leur rapporter un profit. Tel est leur but, et c’en est un parfaitement normal.

(…)

Pour nous toutefois – oui pour nous Québécois de toute origine – est-ce que cela est suffisant ? Pouvons-nous nous contenter de ce que cela peut nous rapporter ? Serons-nous toujours victimes de cet état d’esprit qui nous condamne à ne toucher toujours que les miettes qui tombent de la table à laquelle mangent ceux qui viennent d’ailleurs ? Certes ces miettes peuvent en certains moments paraître être très abondantes, mais elles ne seront toujours que des miettes. (…)

Laissons les politiques du « patchwork » à ceux qui, malheureusement pour eux, sont encore incapables de comprendre les aspirations profondes qui animent notre peuple. Laissons cette politique aux lèches-bottes qui ont déjà commencé à faire le tour de la province dans un effort vain en vue de convaincre notre peuple qu’il est de notre destin de continuer à se prosterner devant le Veau d’Or ! Quant à nous, nous avons compris depuis longtemps qu’il est inutile de rêver à un meilleur avenir si nous ne contrôlons pas notre économie aujourd’hui.

(…)

Heureusement, personne ne sera dupe. C’est Abraham Lincoln qui, je crois, disait : «On peut tromper tout le monde quelque temps. On peut tromper quelques-uns tout le temps. Mais on ne peut tromper tout le monde tout le temps ». Or, l’Union nationale, illusion qui lui sera fatale, essaie de tromper tout le monde tout le temps.

(…)

Mesdames et messieurs, à la face de la province, j’accuse l’Union nationale (…) d’être TRAÎTRE envers notre nation en prenant la part d’influences occultes qui tiennent à l’asservir…

Mesdames et messieurs, je défie publiquement le chef imposé de l’Union nationale de révéler quelle sorte d’avantages, directs ou indirects, son parti reçoit pour faire campagne en faveur des compagnies d’électricité ? Cela aussi le peuple du Québec veut le savoir !

Mes chers amis, la campagne électorale du Parti libéral n’est pas encore officiellement ouverte. Bientôt elle le sera, et alors j’aurai l’occasion de revenir avec plus de détails sur des sujets qui feront regretter à l’Union nationale, sa LÂCHETÉ, son RENIEMENT et sa TRAÎTRISE envers la population de notre province. Pour le moment, oublions ces gens chez qui les historiens de l’avenir sauront déceler les vestiges du colonialisme économique dont notre peuple veut maintenant se défaire à jamais !

C’était il y a 50 ans, presque précisément.

C’est troublant d’actualité — sauf que le Parti Libéral se retrouve aujourd’hui dans le rôle de l’Union nationale, à défendre le Veau d’Or et en prenant la part d’influences occultes…

Je ne doute pas qu’il y a des gens très bien au Parti Libéral, mais je n’arrive pas à comprendre leur silence. Je suis troublé devant la loyauté dont ils font preuve à l’égard d’un parti qui semble maintenant prêt à toutes les bassesses pour être réélu, même au détriment des valeurs et des idéaux qu’il a représentés pendant presque un demi siècle. S’il le faut.

Il me semble qu’au moins l’un d’eux devrait se lever pour crier haut et fort: « eille, la trahison de l’héritage Libéral, ça va faire! ».

* * *

J’ai aussi trouvé le discours complet en ligne.

C’est ici pour ceux et celles qui souhaiteraient le lire en entier — c’est un peu plus long, mais encore plus percutant.

* * *

Mise à jour:

En relisant mon texte, me revient à l’esprit le souvenir d’un autre livre que j’ai lu il y a un peu plus d’un an et qui faisait référence à l’époque qui suivait immédiatement l’élection dont il est question dans le discours ci-dessus: Passion et désenchantement du ministre Lapalme, une pièce de Claude Corbo, publiée par les Éditions du Septentrion. J’y avait fait référence dans ce texte…

Je pense que ce sera pertinent de le relire dans le contexte où la ministre de la Culture vient de lancer « un grand chantier pour actualiser la loi sur le livre ».

De l’importance d’aller voter

Le Québec a connu un printemps politique fou fou fou. Un réveil nécessaire.

L’été est à nos portes et on sait bien que le mouvement va devoir prendre de nouvelles formes; se métamorphoser.

Plusieurs personnes appellent depuis quelques jours à d’improbables alliances entre les partis politiques. Je trouve que ce n’est pas la chose la plus pressante, ni la plus importante.

Ce qui me semble le plus urgent c’est de travailler, de toutes les façons possibles, pour faire en sorte que le plus grand nombre de citoyens se rendent voter le jour venu. C’est une nécessité démocratique. C’est absolument indispensable pour faire arriver les changements souhaités, mais aussi, pour nous éviter de sombrer collectivement dans le cynisme et la résignation.

Quand on fait le calcul, on réalise bien que les votes que les partis progressistes se partageront pourraient avoir des conséquences néfastes si le taux de participation à l’élection est faible — mais aussi que le risque est bien moindre à mesure que le taux de participation augmente. Et la conclusion qui s’impose, c’est qu’il faut voter. Qu’importe pour qui, mais il faut aller voter!

Je rêve depuis quelques jours d’une grande corvée nationale où, malgré les obstacles, comté par comté, on mettrait en place des moyens considérables pour favoriser la participation à la prochaine élection… reste à voir comment cela pourrait être possible. Mais, il faut bien constater que tout le monde n’accorde manifestement pas la même importance à la participation de tous les citoyens — comme s’ils s’accommodaient très bien du fait que certaines parties de la population négligent de voter… peut-être même au point d’avoir intégré cela à leur stratégie électorale, qui sait?

* * *

Un ami éditeur m’a transmis plus tôt cette semaine un texte de Lucie Pagé, une journaliste et écrivaine qui partage sa vie entre le Québec et l’Afrique du Sud depuis 1990 (elle a notamment publié Mon Afrique — dont j’ai entrepris la lecture hier soir — et Comprendre l’Afrique du Sud). Elle y exprime, avec une touchante perspective historique, pourquoi il est plus que jamais indispensable d’aller voter pour assumer pleinement « notre devoir de bâtir, individuellement et collectivement, la société ».

Je reprends son texte ici — et je vous invite à le faire circuler.

Pourquoi aller voter

Il s’appelait Vuyisile Mini. Il était père de trois enfants, travailleur acharné, représentant syndical dans son usine, militant antiapartheid et auteur des plus célèbres chants de libération d’Afrique du Sud. Ses chants étaient courts, puissants avec toujours un air facile à retenir et à chanter par les foules et les masses. Desmond Tutu, prix Nobel de la paix (1984) a dit à leur sujet: « Sans ces chants, notre luttre aurait été beaucoup plus longue, beaucoup plus sanglante, et n’aurait même peut-être pas abouti ». Les chants de Mini étaient de courts slogans puissants. Un peu comme ceux qu’on entend dans les rues de Montréal depuis quelques mois. « Charest, dehors, va te trouver une job dans le Nord ». Sauf qu’ils étaient chantés. Les chants de libération étaient devenus si puissants qu’on a passé une loi pour empêcher les gens de chanter » parce qu’ils donnaient froid dans le dos des policiers », dit Tutu. « L’Afrique du Sud n’aurait pas été le même pays sans les chants de Mini », m’a déjà raconté Nelson Mandela.

Un jour, en 1964, la police débarque chez Vuyisile Mini et l’amène au poste. Son crime? Connaître deux militants qui avaient posé une bombe dans une centrale électrique. Aucun mort, mais quel inconvénient pour les Blancs (pratiquement les seuls qui avaient accès à l’électricité à la maison)! On a demandé à Mini de dévoiler les noms de ses deux camarades. Il a refusé, au nom de la solidarité. Alors on lui a donné le choix: la délation ou la pendaison.

Il a écrit une longue lettre à sa femme, ses enfants et ses camarades pour expliquer sa décision. Il voulait qu’un jour, ses enfants jouissent du droit de vote.

Le matin de sa pendaison, le 6 novembre 1964, le geôlier a demandé à Mini s’il comptait chanter jusqu’à la potence. Il a entamé un de ses chants les plus populaires: « Attention Verwoerd (premier ministre de 1958 à1966), l’homme noir s’en vient. Attention Verwoerd, l’homme noir vous aura. » Les 1500 prisonniers ont chanté avec lui. Mini a chanté jusqu’à la potence. Il chantait lorsque la trappe sous ses pieds s’est ouverte. Il est mort en chantant. Il a donné sa vie pour que les autres jouissent, un jour, du droit de vote.

Le droit de vote vient avec son revers de la médaille: le devoir d’aller voter. On ne peut pas qu’exiger d’une société qu’elle nous donne des droits. C’est une avenue à deux sens. Nous avons le devoir de bâtir, individuellement et collectivement, la société. Si nous n’avions pas le droit de vote, on se battrait jusqu’à la mort. Comme Mini qui avait pourtant le choix. Il aurait pu retourner tranquillement chez lui, deux noms en moins. S’il savait combien ce droit est aujourd’hui méprisé… Notre travail, à nous Québécois, plus que jamais, est de convaincre l’un et l’autre d’aller voter. Qu’est-ce qui explique que seulement le quart des électeurs soient allés voter dans la cirsconscription de Lafontaine? Les trois quarts des électeurs avaient une urgence? Une jambe prise sous la roue d’un camion? Une gastro active des deux bouts? Un massage cardiaque à donner à sa grand-mère? J’ai si souvent entendu « Qu’est-ce que mon vote à moi changera? Je ne suis qu’une goutte dans l’océan ». Et si les trois quarts des gouttes du Pacifique décidaient de quitter le bassin, il resterait quoi de l’océan? Un trou d’eau. Un trou de bouette, comme dans Lafontaine. Chaque goutte compte. Chaque vote compte. C’est ça, vivre en société. Nous avons des droits, mais aussi ce devoir sacré de se rendre aux urnes et de mettre un X au côté de son candidat de choix. « Y’a aucun parti qui fait mon affaire » est une autre phrase que j’entends. Et bien, si vraiment, aucun parti ne fait vraiment pas votre affaire, il est de votre devoir d’aller gaspiller votre bulletin de vote. Mettre un grand X sur toute la page, ou y dessiner un bonhomme sourire ou le doigt d’honneur. Mais il faut aller s’exprimer.

C’est notre plus grande arme que celle de s’unir pour aller s’exprimer. Charest le sait. L’entendez-vous encourager la population d’aller voter? Ou pousser les jeunes à aller voter? Il sait bien trop que si nous nous unissons et allons nous exprimer, il se retrouvera caissier chez Walmart. Et sinon, et bien, au moins ce sera la volonté d’un océan et pas que celle d’un trou d’eau.

Les partis politiques se préparent déjà pour les prochaines élections. Nous devons, nous aussi, nous préparer dès maintenant. Parler à ses frères et soeurs, cousins et cousines, tantes et oncles, parents et enfants. Leur demander d’abord s’ils sont inscrits sur la liste électorale. Et sinon, les encourager à le faire. Les accompagner, leur fournir les coordonnées pour le faire. Ensuite, lorsque son entourage immédiat est fait, on parle aux voisins, puis ceux de la rue, du quartier. Ses collègues, ses amis. On n’a pas à dire pour qui voter. Notre travail est de s’assurer, simplement, que tous aillent voter. Puis, si on rencontre de la résistance, on leur raconte l’histoire de Vuyisile Mini, et de tant d’autres qui ont donné leur vie pour ce droit sacré de la démocratie. On leur demande de s’imaginer le Pacifique moins les trois quarts de ses gouttes. Il faut se réveiller, peuple québécois. Réveillons-nous l’un l’autre pour qu’on arrête de parler du gouvernement comme s’il appartenait à quelqu’un d’autre, pour qu’on puisse enfin parler de notre gouvernement, de notre pays. Allez, debout, retroussons nos manches. De grâce, allons tous voter aux prochaines élections. Moi, en tous cas, j’en ai marre de vivre dans un trou de bouette. Pas vous?

Lucie Pagé, 14 juin 2012

Il ne s’agit plus de s’en sortir…

Ni voir,

Ni entendre,

Ni parler.

Faire comme si de rien était.

Le leadership de l’absence.

Et comme il n’est pas possible de disparaître complètement, on se réfugie de plus en plus dans des discours préfabriqués. Jusqu’à l’absurde. Jusqu’à prétendre, par exemple, que Fred Pellerin est un apôtre de la violence et l’intimidation. Ben voyons!

Jusqu’à la dérape.

Jusqu’à perdre le contact avec la réalité.

Si seulement il n’y avait que le gouvernement qui était enlisé dans cette bêtise — mais j’ai l’impression qu’on l’est malheureusement tous un peu. On manque de recul, on dit chacun notre tour un peu n’importe quoi, pour essayer de se sortir de l’impasse; dans l’honneur, si possible. Parce que nous ne comprenons plus très bien où nous en sommes — comment nous en sommes arrivés .

Mais je me demande si ce n’est pas justement ça l’erreur — notre erreur.

Il ne s’agit plus de se sortir de quelque chose; il faut arrêter de réagir — parce que quand on se contente de ça, on fait le jeu des conservateurs.

Où nous en sommes, il faut surtout inventer la suite; entrer dans quelque chose de nouveau, qui reste à inventer — à décrire.

L’heure n’est plus à dénoncer, il faut proposer.

Comment le faire collectivement, cet été — en s’appuyant sur la mobilisation du printemps, et sans se laisser distraire par ceux et celles qui déparlent?

C’est la question qui m’habite.

Comment peut-on s’engager rapidement dans une telle démarche? et lui donner un rayonnement important — pour y engager le prochain gouvernement — quel qu’il soit — au lieu de s’en remettre candidement à une élection — dont on connaît bien les limites, particulièrement dans le contexte actuel?

C’est ce sur quoi j’ai le plus envie de réfléchir dans les prochains jours.

Faudra forcément tirer profit des réseaux sociaux, mais pas seulement.

Je pense qu’il va falloir commencer par se parler autour des BBQ… et multiplier les assemblées de patio — avec amis et voisins — comme on a déjà tenu des assemblées de cuisine.

Parce que c’est cet été que ça se passe…

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Photo: Sculpture de Tom Otterness — prise à New York le 5 juin 2012.

Où tu vas quand tu dors en marchant?

Samedi dernier, le 26 mai. Soirée magique à Québec.

Nous sommes partis en famille pour marcher dans la basse ville de Québec. Nous avons stationné près du Musée de la civilisation, nous avons parcouru la rue Saint-Paul, nous avons déambulé devant la gare du Palais, où nous avons pu apprécier la fontaine de Daudelin et les chaises de Michel Goulet.

Un peu plus loin, nous avons croisé des citoyens revendiquant un monde meilleur armés de casseroles. Des citoyens tous sourire, de tous les âges, originaires d’un peu partout dans le monde.

Un peu plus tard, nous avons pris part au Carrefour international de théâtre — et savouré intensément chaque tableau du génial spectacle déambulatoire Où tu vas quand tu dors en marchant?

C’est là que la magie a été la plus forte avec pour ingrédients une température magnifique, la foule émerveillée, les jeux de lumière, la musique, les mots, les cris.

Merci à Frédéric Dubois, et aux 130 artistes qui nous ont ravis ce soir-là — en nous faisant cadeau, en plus, de plusieurs images très fortes, pour nous aider poursuivre notre réflexion sur la société que nous mettons actuellement tant d’énergie à essayer de débloquer.

Quelques images…

J’ai vu des marcheurs déposer leurs casseroles pour échanger — longuement et de façon très civilisée — avec des passants en désaccord avec eux: la démocratie en action.

La jeunesse, la maladie, la vieillesse qui se côtoient, dans un parc, la nuit, au coeur de la ville.

La rue de toute les tentations, les discours, la tromperie — la politique, la consommation, le divertissement, les médias, les religions…

Jésus qui tente désespérément de mettre la main sur un Revello géant — inoubliable.

Intersection rue Saint-Joseph et rue Dupont — l’ambiance.

Une extraordinaire projection sur la façade de l’épicerie A. Rouleau, dans laquelle le propriétaire nous parle de ses clients — et de la réalité du métier d’épicier dans un quartier défavorisé. Une mise en scène touchante qui témoignait habilement de la grandeur de l’homme, et des solidarités qui lient ceux qui côtoient la pauvreté.

* * *

Et le clou de la soirée — qui m’a profondément ému: un ballet de personnes en chaises roulantes. Il fallait voir le sourire des danseurs, l’émerveillement de la foule, la sincérité des applaudissement, la fierté partagée…

C’était magnifique. Inoubliable.

Inspirant.

Le temps des claviers

It’s Not About Tuition Any More — c’était la une du Globe and Mail de ce matin. Avec pour illustration une grande fleur de lys composée de petits carrés rouges.

La une nous invitait à lire un dossier sur la situation politique au Québec dans le cahier Focus, — dont le titre, composé de lettres immenses, était:

Quebec’s Defining Moment

L’angle choisi pour les articles:

«… [the situation] leaves people in Quebec and across Canada wondering not only what will happen next but also what lasting impact the dispute will have on the future of the province and that of the nation».

Loin du catastrophisme et de la couverture de faits divers, le journal nous offrait une analyse sociologique, particulièrement intéressante pour comprendre l’image du conflit qui est offerte au reste du Canada.

Un autre article, signé Simon Houpt, dans la section Arts, abordait également le conflit, sous l’angle des « deux solitudes » linguistiques.

What the printemps érable really means

J’y ai découvert l’existence du projet Translating the printemps érable:

« Translating the printemps érable is a volunteer collective attempting to balance the English media’s extremely poor coverage of the student conflict in Québec by translating media that has been published in French into English. »

C’est un projet collectif, bénévole, qui s’appuie sur les réseaux sociaux, sur l’utilisation de Google Docs, et sur Tumblr. Un projet remarquable qui, je pense, préfigure justement de quelle façon les règles du jeu politique sont en train de se transformer en profondeur — et que c’est probablement ces bouleversements qui constitueront le plus important l’héritage de la crise actuelle; celui dont l’influence se prolongera, et qui me fait espérer que c’est un tout nouveau cycle politique qui est actuellement en train de se mettre en place.

Je pense de plus en plus qu’on est tout juste en train de se retrousser les manches.

Je pense qu’on est seulement en train de se prouver qu’on peut aborder les questions sociales sous d’autres angles que ceux qui nous sont imposés depuis dix ou vingt ans; et de se souvenir que l’économie doit être au service de la société et des citoyens, pas l’inverse.

Il fallait d’abord se réapproprier l’espace public. On est là-dedans. Il faut aussi se réapproprier le vocabulaire politique — réapprendre à dire nos aspirations. On commence tout juste: on se choque, on crie, on sacre… on marque une rupture.

Il restera ensuite à trouver, rapidement, comment inventer, concrètement, le monde / le pays auquel on aspire — et que les manifestation ne permettent de décrire que de façon très impressionniste — et très vertueuse.

La prochaine étape devra être celle des propositions.

Après le temps des casseroles, ce sera celui des claviers.

L’aveugle mépris de Denise Bombardier

J’ai été renversé par l’invraisemblable chronique que Denise Bombardier signe aujourd’hui dans Le Devoir — et par son prétentieux mépris à l’égard d’une importante partie de la population québécoise.

Elle y répète avec désolation, comme un refrain, que « la rue a gagné ». A gagné quoi? Elle ne le dit pas.

Elle regrette la futilité des revendications de la rue. Quelles revendications? Elle ne le dit pas.

Elle déplore l’irresponsabilité des gens qui sont engagés dans le mouvement parce que leur solidarité momentanée serait « dégagée de toute contrainte, de toute obligation, de toute responsabilité à long terme. » Pourquoi ce jugement? Elle ne le dit pas.

Elle dénonce le fait que les manifestants ont noyauté les réseaux sociaux, et intimidé leurs adversaires en usant de violence. Sur quoi s’appuie-t-elle pour affirmer cela? Elle ne le dit pas.

Elle ajoute, à l’instar du ministre Bachand, que la rue a été noyautée par une extrême gauche passée maître dans l’art du noyautage, de l’infiltration et de l’intoxication « selon les meilleures références soviétiques d’avant la chute du mur de Berlin ». À quoi fait-elle référence? Elle ne le dit pas.

Elle affirme que la seule manière de défendre ses idées, c’est de les faire triompher par les canaux institutionnels. Que faudrait-il faire quand ces canaux officiels semblent corrompus? Elle ne le dit pas.

Elle plaide même que l’esthétisme a détourné l’essentiel de la démocratie, que les foules, « d’une beauté incontestable » ont eu un effet de contagion illégitime parce qu’y prendre part « n’engage à rien d’autre ». En quoi l’esthétisme est contradictoire avec l’exigence? Elle ne le dit pas.

Elle serine que les jeunes leaders sont « grisés par leur omnipotence médiatique » et « qu’ils n’ont pas l’âge de comprendre qu’il y a plus difficile que de savoir perdre, et c’est de gagner sans triomphalisme » — comme si la sagesse était uniquement une question d’âge.

Elle s’inquiète parce qu’en plus d’avoir gagné contre le gouvernement Charest, la rue aurait même gagné contre les futurs gouvernements, parce que ceux-ci pourront dorénavant « être mis en échec par des groupes d’opposants ». Et pour bien souligner la peur qui devrait nous envahir devant le déferlement de la rue, elle demande même « comment un futur gouvernement, vraisemblablement minoritaire, en arrivera-t-il à exercer le pouvoir sous la menace »?

En d’autres termes, les cent derniers jours auraient marqué la fin définitive de la démocratie au Québec.

On comprend alors qu’elle puisse se demander comment nous pourrons « retrouver nos esprits après tant d’excitation, de fébrilité, de haine aussi, une haine sans retenue, violente, collante [et] épeurante ».

Une haine sans retenue — rien de moins, ça elle le dit.

Qui, demande-t-elle, « parmi le peuple québécois perturbé, inquiet, espérant et raisonnable » — et dont elle ferait indéniablement partie, au contraire de ceux qui manifestent — « [qui] émergera pour imposer leur autorité morale sans laquelle le chaos, la désorganisation sociale, la déstabilisation institutionnelle nous guettent ? ».

Ouf!

Si je me suis à peu près contenté jusqu’à présent de citer ses propos, je ne peux cette fois que l’inviter à nuancer: on reconnaît l’autorité morale de quelqu’un ou d’un gouvernement, on ne se la fait pas imposer. Et, au fond, c’est même beaucoup plus qu’une simple nuance, c’est au cœur du problème. C’est au coeur de ce qui se passe actuellement dans la rue.

Plus ça va, plus les gens qui manifestent le font parce qu’ils ont l’impression de pouvoir enfin exprimer leur exaspération devant ceux et celles qui leur ont progressivement imposé leur autorité, jusqu’à leur confisquer les rouages de la démocratie. Ils veulent dénoncer ceux qui ont perdu de vue que l’État n’appartient pas qu’aux puissants.

C’est en cela que Madame Bombardier se trompe lorsqu’elle prétend que la rue a internationalisé un conflit mineur. Qu’on ne s’y trompe pas: c’est l’intransigeance du gouvernement qui a transformé les revendications étudiantes au sujet des droits de scolarité en une illustration exemplaire de la confiscation de la démocratie par quelques-uns. Et c’est éclairé par cette éloquente démonstration de l’arrogance du pouvoir que les gens se sont mis à marcher derrière les étudiants. Parce qu’au Québec, s’il y a toujours moyen de moyenner, il y a aussi un boute à toute.

Assez, c’est assez! C’est ça que les gens crient, chacun à leur façon. C’est pour ça qu’ils tapent sur leurs casseroles. Ils le font pour une multitude de raisons, parfois contradictoires, mais ils le font dans une dénonciation unanime de la manière dont on a progressivement détourné l’esprit de la démocratie au bénéfice de quelques privilégiés.

Le plus invraisemblable, c’est de constater que Madame Bombardier est aux abois alors que la rue n’a encore rien gagné — ou si peu.

Parce que pour le moment, la seule chose que la rue a, peut-être, gagnée, c’est d’avoir enfin pu crier haut et fort qu’en démocratie, la légitimité ne peut pas être réservée aux hommes en complet-cravate et aux femmes en tailleurs cintrés. C’est comme cela qu’il faut comprendre, il me semble, l’esthétisme absurde d’Anarchopanda.

Je pense qu’il est impossible de comprendre ce qui est en train de se passer au Québec si, comme Madame Bombardier, on refuse de voir le prof de philo qui se cache dans le costume du panda et l’étudiant en création littéraire qui incarne Banane rebelle.

Faut-il rappeler qu’en dépit du mépris et des cris d’orfraie de la chroniqueuse qui laisse entendre que la rue est essentiellement composée de casseurs et de révolutionnaires, ceux et celles qui occupent la rue le font précisément pour défendre la démocratie — et que, pour cette raison, c’est évidemment lors de la prochaine élection qu’il faudra trouver moyen de concrétiser les effets de cet imprévisible printemps québécois.

J’ai hâte.

Le réveil est brutal

Le Québec est une démocratie exemplaire. C’est Jean Charest qui l’a dit dans le journal samedi matin. Dans une publicité. Y’a rien de trop beau quand on paye pour s’assurer de pouvoir le dire.

Exemplaire. Le mot est audacieux. Provocateur même pour quelqu’un qui, comme moi, a mal à son Québec — et qui est loin d’en être fier aujourd’hui.

Il y a évidemment la loi spéciale, démesurément répressive, qui suscite ma colère et qui me fait honte, mais il y a plus, il y a pire : il y a ce que les quatorze dernières semaines ont révélé sur l’état de la société dans laquelle je vis.

J’ai depuis quelques jours la très désagréable impression que rien ne va plus. Comme si le Québec que je tenais pour acquis s’avérait une illusion. Je réalise à quel point des années de négligence d’un peu tout le monde et l’arrogance de quelques-uns ont fini par abîmer mon pays.

— Nous sommes devenus irritables; nous surréagissons à la moindre contrariété.
— Nous avons l’esprit critique endormi; nous nous contentons très souvent d’information aux allures de fast-food, sans questionner la véracité de ce qu’on nous présente comme la vérité;
— Nous avons perdu le tour de débattre; nous nous obstinons; nous heurtons des amitiés; ou nous préférons nous taire.
— Nous semblons avoir perdu confiance en nous; nous sommes en panne de grands projets collectifs.

Tout est comme si nous avions perdu l’envie de rêver d’un monde meilleur, d’inventer, de s’offrir en exemple au monde — sinon dans les publicités, et ça m’écoeure!

Heureusement, les étudiants qui ont manifesté.

Je pense qu’on avait perdu de vue que la démocratie ne doit jamais être tenue pour acquise et que les mécanismes sur lesquels elle repose doivent être continuellement mis à jour pour continuer à être efficaces. On a laissé la démocratie s’endormir.

On avait oublié que l’arrivée des nouveaux médias, et des réseaux sociaux nécessitait une mise à jour de nos façons de communiquer; on avait oublié que la multiplication des lobbies nécessitait une mise à jour en profondeur de nos lois; on avait oublié que le passage des générations exigeait d’adopter de nouvelles manières d’aborder les enjeux; et on avait oublié que la globalisation, de façon générale, nécessitait aussi une mise à jour de tous nos points de repère.

Tout le monde avait oublié. Les politiques, les forces de l’ordre, les médias et chacun de nous, comme citoyen. On s’était endormi, jusqu’à perdre contact avec les aspirations d’une grande partie de la jeunesse.

Heureusement, ils sont là qui manifestent.

On a trop longtemps fait comme si la démocratie ce n’était que des élections; comme si la justice ce n’était que des tribunaux, que la solidarité reposait essentiellement sur les programmes sociaux — et que l’éducation se limitait à ce qui se passe à l’école.

Le réveil est brutal.

Soudain, tout est devenu plus clair — grâce aux manifestants.

Le confort nous avait aveuglés. On a laissé pendant des années la corruption, le gaspillage de nos ressources naturelles et la détérioration de notre système démocratique gangrener notre société. On a oublié que la santé d’une société ne peut pas se limiter à quelques indicateurs purement économiques.

C’est maintenant évident: on ne peut plus être mous avec la corruption; on doit mieux gérer nos ressources naturelles; le financement des partis politiques doit devenir essentiellement public et le fonctionnement de l’Assemblée nationale doit être amélioré. Vite. C’est indispensable, parce que c’est tout ça qui nous coupe les jambes, qui nous empêche d’avancer, et qui nous empêche d’imaginer ce que nous voulons devenir.

Heureusement, il y a les jeunes, et les moins jeunes, qui manifestent encore, tous les soirs.

Ils me donnent confiance dans l’avenir, parce qu’ils sont là, plus créatifs et plus vigoureux que jamais.

Non, le Québec n’est plus la démocratie exemplaire qu’il a déjà été, mais on va se retrousser les manches pour qu’il le redevienne rapidement — et on va le faire avec les jeunes à part ça! Avec les jeunes et avec les artistes, parce que c’est la seule façon d’y arriver. La plus agréable aussi!

C’est ça qu’il est urgent d’affirmer. Haut et fort. Sur toutes les tribunes. Maintenant.

Et pour que toute ce réveil ne soit pas vain, il sera aussi essentiel d’aller voter, massivement, dès qu’on en aura l’occasion.

Printemps

Elle est là, depuis deux ans, sur le mur rouge, près de la table de la cuisine. Elle nous inspire.

Elle accompagne notre vie familiale: les repas, les devoirs, les leçons, la lecture des journaux et les conversations auxquelles elle donne lieu — entre adultes et avec les enfants: comme pour nous aider dans la nécessaire pédagogie du bien commun et de la vie en société.

Discrète, elle a parfois pu passer inaperçue, mais elle a toujours là quand nous avons eu, autour d’un bon repas, avec la famille ou avec des amis, des échanges plus vigoureux sur la politique d’ici et d’ailleurs. Elle nous a entendu parler de souveraineté, d’environnement, de langue, d’identité, de culture et d’éducation, de justice et d’économie. De gaz de schiste, de plan nord et de corruption, aussi, parfois — comme des programmes d’à peu près tous les partis politiques.

Et, tout à coup, la voilà plus d’actualité qu’elle ne l’a jamais été — parce que c’est enfin le printemps.

Mon pays ce n’est pas que l’hiver, c’est une œuvre qui a été créée par ma mère, Geneviève De Celles, en décembre 2009.

Le jongleur


C’était encore l’hiver. Rue Saint-Laurent, à Montréal, dans le secteur italien.

Nous étions arrêtés au feu rouge quand il a fait son apparition. Il nous a élégamment salués, en levant son chapeau, et s’est mis à jongler, pour nous.

J’ai repensé à lui cet après-midi en voyant, à la télévision, un jongleur parmi la foule compacte du rassemblement en faveur du bien commun.

J’ai aussi pensé à lui en jonglant, à mon tour, avec la peur, la liberté, la démocratie et le bien commun — en essayant de rendre concret pour les enfants ce qu’est un projet de société — au fur et à mesure que prenait forme ce magnifique arbre géant.

Les enfants se sont endormis vers 20h30, sans trop de difficulté; rassurés après les événements d’hier, je pense, mais aussi un peu plus émotivement engagés dans l’avenir de leur pays — ça j’en suis sûr.

* * *

Une fois calme revenu dans la maison (et le lavage de la vaisselle terminé!), j’ai ressorti l’Âge de la parole — l’œuvre phare de Roland Giguère, écrite entre 1949 et 1960. J’en ai une très belle édition de 1965, un peu abimée, mais beaucoup plus agréable à lire que toutes les éditions plus récentes.

Je me suis accordé ainsi quarante-cinq minutes d’un précieux recul poétique par rapport aux événements des derniers jours — en plongeant dans les mots d’une époque au cours de laquelle se préparaient également de profonds bouleversements pour la société québécoise.

J’en suis ressorti particulièrement touché par un texte, que j’ai envie de dédier aux étudiants qui auront marché de l’hiver jusqu’au printemps dans les rues du Québec — et dont la détermination, l’habileté politique et la solidarité m’inspirent profondément.

TANT ATTENDUS

Vint la neige dans nos mains moites
vint la lueur des condamnés
vint le dégel du fleuve
vint le vent ramasser les feuilles mortes
vint ensuite la douceur de l’air libre
circulant dans les rues tête nue
vint aussi la raison des pas perdus
puis vinrent les jours tant attendus
où nous vécûmes de rien de tout et bien
les moments les plus difficiles

Roland Giguère, 1950.

* * *

À partir d’aujourd’hui, il ne s’agit plus surtout de savoir si nous sommes en faveur ou non d’une hausse des frais de scolarité. Il s’agit de savoir si nous sommes capables de reconnaître l’importance du mouvement que ces jeunes ont tenu à bout de bras depuis plus de dix semaines — et la nécessité d’en faire pour eux (et pour nous!) une expérience positive, un événement fondateur, grâce auquel ils deviendront des citoyens engagés, plutôt que de rejoindre progressivement la génération particulièrement cynique qui les a précédés.

24 poses féministes


Au hasard des déplacements d’une semaine de vacances, j’avais entendu à la radio une discussion sur le projet 24 poses féministes. J’avais aussi lu certains articles du dossier que Le Devoir y a consacré.

Une image m’avait particulièrement frappé (à la radio!) — celle des cubes de glace, proposée par Queen Ka pour illustrer le mot égale.

C’est ici…

Ça me semble une puissante métaphore de l’écart parfois très grand entre nos intentions et la réalité — aux plans personnel et collectif. Vrai dans une perspective féministe, mais aussi, beaucoup plus largement pour de nombreux programmes sociaux.