Les modèles économiques ne sont pas neutres

Commentaire placé ce matin sur eBouquin.fr en réaction à un texte qui faisait référence aux données du NY Times sur l’économique du livre numérique:

Le modèle présenté par le NY Time est discutable — il correspond à une réalité très états-unienne des choses.

La disparition complète de la ligne « Printing, storage, shipping » pour le livre numérique décrit en réalité le modèle où ce sont les libraires qui entreposent et gèrent les fichiers numériques. C’est le modèle dominant aux États-Unis où Amazon, notamment exigent des éditeurs qu’ils lui cèdent une copie des fichiers. C’est un modèle qui comportent de nombreux inconvénients du point de vue des éditeurs (et des auteurs) parce qu’il favorise démesurément les gros libraires (seuls capables de gérer la logistiques numériques correspondantes) et la création d’oligopoles. Dans ce cas de figure, les coûts de stockage (numérique) et de distribution (gestion des transactions/accès/protection des fichiers) sont inclus dans les marges du libraires (typiquement 30%). Mais ce modèle n’est pas une fatalité. Qui plus est, c’est un modèle que le reste du monde tend à rejeter.

Une des alternatives consiste à dire que c’est aux éditeurs qu’il revient d’assurer la logistiques des fichiers correspondants aux oeuvres qu’ils publient, et de les rendre disponible aux libraires de façon équitable quelle que soit leur taille. Cela suppose la mise en place « d’entrepôts numériques » par les éditeurs. C’est un modèle qui vise notamment à favoriser la diversité des « revendeurs » — et doit permettre à un plus grand nombre de libraires de prendre part à l’émergence du marché du livre numérique. C’est important parce que cette diversité est également nécessaire à la diversité de la production éditoriale (les sélections éditoriales de Apple et d’Amazon — que certains associent, à tort ou à raison à une nouvelle forme de censure — sont là pour nous le rappeler).

Dans ce second modèle on ne peut pas faire disparaître les coûts de « storage and shipping » qui prennent alors la forme des coûts de maintien de l’infrastructure de « distribution numérique ». Ce sont des coûts potentiellement importants aujourd’hui, qui devraient diminuer au fil du temps.

Cela dit, j’invite les lecteurs de eBouquin à se méfier des modèles de ce type… il faut être en mesure de réaliser qu’ils témoignent d’une certaine manière de concevoir la culture et le monde du livre — qui ne correspond pas toujours à celle que nous défendons par ailleurs.

Les livres francophones sur le iPad

RFI évoque ce matin des rumeurs qui bruissent en France à quelques semaines du lancement du iPad. Extrait:

« Des rumeurs courent déjà sur la Toile, indiquant par exemple que la version européenne de l’iPad ne serait pas équipée de la fonction i-book. Du côté des éditeurs, on s’insurge contre ce genre d’information puisque les négociations entre le nouvel arrivant sur le marché électronique du livre et les éditeurs français, ces négociations n’ont pas commencé. »

J’ignore comment les éditeurs français se positionneront par rapport à l’iPad — ni les québécois d’ailleurs. Je serais toutefois déçu qu’il se résignent entre « vendre leur livre par l’entremise de la boutique d’Apple » (probablement pas disponible en français au lancement de l’appareil) ou « pas du tout ». Le iPad offrira une expérience de lecture exceptionnelle et il me semble indispensable que les livres francophones soient aisément accessibles et consultables par les utilisateurs de cet appareil (d’autant qu’ils seront vraisemblablement très nombreux!).

J’explore avec les collègues depuis quelques temps les différentes façons de créer un écosystème favorable au livre sur le iPad… et je suis plus convaincu que jamais qu’on peut très bien y arriver, de façon simple et ouverte — dans le respect des contraintes des éditeurs de toutes les tailles et de tous les types d’édition. Dans le respect des libraires aussi. Mieux encore que je ne le croyais au moment où nous avons publié ce communiqué.

Je laisse trace de cela ici même si je ne suis pas encore tout à fait prêt à discuter des détails de ce à quoi nous travaillons parce que je me dis que nous ne sommes jamais seuls à jongler avec une idée et que, peut-être, quelqu’un, ailleurs, tente aussi de relever les même défis. Dans ce cas, ce serait bien de se parler…

La Fabrique du numérique

Vendredi c’était la Fabrique du numérique. Un événement co-organisé par René Audet, Éric Duchemin et moi — hors de tout contexte institutionnel et dont le principal objectif était la rencontre de personnes engagées, d’une façon ou d’une autre dans les métamorphoses du livres.

Comme René, qui l’a fait avant moi, je souhaite revenir rapidement sur les objectifs que je poursuivais en participant à l’organisation de la Fabrique:

1. Rendre possible des rencontres qui n’auraient autrement pas eu lieu

Les feedbacks reçus me permettent de croire que cet objectif a été pleinement atteint.

2. Faire en sorte que les échanges de la journée laissent de nombreuses traces sur le Web — devenant ainsi des matériaux pour la suite.

Je pense que cet objectif est déjà partiellement atteint et qu’il le sera encore davantage à mesure que d’autres participants emboîteront le pas à François, Gilles, Jean-François et Laurent qui ont déjà trouvé le temps de rendre compte de leur expérience sur leur blogue — cela s’ajoutant à plus de 300 twits en rapport avec la Fabrique depuis deux jours.

3. Favoriser des discussions qui se nourrissent de projets concrets et de l’expression de besoins plutôt que d’idées générales, d’opinions et d’hypothèses (dont l’expression sert trop souvent de prétexte pour justifier le statu quo).

C’est peut-être le point sur lequel le bilan me semble le plus mitigé. Je pense que nous n’avons pas su trouver les moyens pour éviter que les discussions tournent autour de cas généraux au lieu de porter sur des cas particuliers, bien ancrés dans le réel. À réfléchir pour une éventuelle deuxième édition.

4. Favoriser l’émergence d’une vision partagée au regard de l’horizon temporel des changements évoqués

J’ai un peu de mal à conclure sur ce point. Peut-être parce que cela n’a pas été suffisamment pris en compte au cours des échanges, ou tout simplement parce qu’il était évident pour tout le monde que le moment de ces changements… c’est maintenant!

* * *

Quelques autres réflexions en vrac…

Ma grande surprise au cours de la journée?

Constater le désintérêt presque total pour la question des métadonnées associées aux oeuvres publiées sous formes numériques. C’est pourtant une question qui me semble absolument essentielle — à tous points de vue et pour tous les acteurs. Faudra y revenir.

Une déception?

Réaliser le contraste entre la richesse et l’énergie qui se dégageaient des échanges que j’entendais aux tables et ce qui pouvait en être rapporté lors des plénières. Notre méthode était manifestement déficiente à cet égard (faudra que je demande conseil à Jean-Sébastien pour la prochaine fois — en le remerciant pour le matériel qu’il nous avait prêté vendredi).

Une idée séduisante qui me laisse songeur?

Exprimée à la fin de la première série d’atelier [citée par Gilles]: « ne nous concentrons pas sur le modèle économique, il se définira lui-même, mais concentrons-nous sur les contenus ». Je suis d’accord si cela est une invitation à définir les modèles par l’action, en tentant des expériences. Mais très franchement je n’aime pas tellement l’idée que les « modèles économiques vont se définir eux-mêmes ». Ce n’est pas vrai! Les modèles économiques ne sont pas neutres, ils rendent compte de rapports de forces et d’interactions complexes entre des acteurs qui poursuivent des objectifs très différents et ils s’appuient sur des valeurs (au sens moral) dont on ne peut pas se désintéresser. Il ne faut pas perdre de vue que les modèles économiques ne seront pas neutres sur la nature de la création littéraire ni sur la nature de ce à quoi les gens s’intéressent au moment de choisir de la lecture. Ne soyons pas candides.

La leçon que je retiens personnellement?

La proposition d’action très concrètes formulée en fin de matinée par François Bon m’a interpellée: « que chacun d’entre nous écrive un texte, ce soir, sur le Web — cela changerait peut-être bien des choses ».

Cela m’a rappelé que malgré l’incessante course du quotidien, il faudrait que je re-trouve le temps d’écrire, de témoigner, de questionner, d’interpeller. Dans l’esprit de la Fabrique. Je vais donc tenter à nouveau de me retrousser les manches pour recommencer à le faire dans les prochains jours, ici et sur Twitter @remolino.

* * *

Une chose est certaine, je ressorts de l’événement plus que jamais convaincu que l’écosystème dans lequel évoluera « le livre numérique » est quelque chose qui reste à inventer — à fabriquer — et que nous faisons partie des acteurs de ces changements.

J’ai été ravi de rencontrer vendredi autant de gens qui partagent aussi cette conviction, chacun à leur manière.

Grands mercis à l’équipe du Cercle, et en particulier à Jean-François et Frédéric, dont la collaboration de tous les instants a été un important facteur de succès de l’événement. Vous nous avez offert un espace parfait pour cette rencontre.

La qualité de l’orthographe et la sécurité nationale

Extrait d’un texte de Richard Hétu, dans La Presse:

« Le rapport de la Maison-Blanche confirme la conclusion à laquelle le président était lui-même arrivé mardi : le gouvernement américain possédait suffisamment d’informations pour empêcher le suspect, un Nigérian de 23 ans, de monter à bord d’un avion à destination des États-Unis avec des explosifs dissimulés sur lui. Mais les services de renseignement n’ont pas réussi à analyser ces informations correctement. Des erreurs humaines telles que des fautes d’orthographe ont également contribué à l’échec du système. »

Bel exemple à retenir.

L’entrepreneur et le politique

« …il faut que la politique se fasse aimer de nouveau, qu’elle soit un lieu vivant et chaleureux de renforcement des liens sociaux et des croyances dans les valeurs communes, qu’elle redevienne le creuset de rêves et d’espoirs d’un monde meilleur à construire ensemble. »

C’est une phrase de Florence Piron, tirée d’un texte publié dans Le Devoir du 31 décembre. Un texte que j’ai beaucoup apprécié, et dont la principale qualité est de m’avoir fait découvrir une professeure de l’Université Laval dont le travail me semble particulièrement intéressant — tant par les sujets qu’elle aborde que par l’approche qu’elle adopte et les outils qu’elle utilise (le wiki, notamment).

Néanmoins, tout en étant généralement d’accord avec le propos de Mme Piron,  je déplore l’opposition qu’elle présente entre « le choix de la politique » et « celui de la finance ou des affaires » — d’autant plus qu’elle suggère qu’il s’agirait dans le premier cas « de travailler au bien commun » et dans l’autre « de se consacrer à sa fortune personnelle ». La réalité est évidemment plus subtile.

Je préfère lorsque l’auteure parle du plaisir civique,  pour dire que « cela n’a de sens que dans une démocratie vraiment ouverte à l’intelligence collective de la société civile, aux multiples savoirs des citoyens et à l’expression de leurs aspirations par d’autres formes que par une croix sur un bulletin de vote ». L’entrepreneuriat n’est-il pas justement une manière privilégiée d’exprimer des aspirations? Je le crois. Je crois même que le monde des affaires est un lieu privilégié pour acquérir certains des multiples savoirs utiles (voire nécessaires) à recherche du bien commun.

Je crois qu’il est possible d’être en affaires et de participer à la réhabilitation de la politique — en portant des idées fortes, en réalisant des projets, en défendant des valeurs — parce qu’il faut la faire aimer de nouveau, et pourquoi pas pour mieux l’embrasser éventuellement — avec ceux et celles qui partageront cette autre politique, parce que la politique est forcément une affaire collective — un sport d’équipe.

Au rythme auquel le monde de l’éducation et celui de la culture se transforment aujourd’hui (et celui du livre, particulièrement) sous l’influence des nouvelles technologies et de la globalisation, et vu l’inertie de nos moyens politiques actuels, je me dis qu’il n’est pas bête d’occuper politiquement le champ des affaires dans ces domaines. Je me dis qu’il n’est pas bête de mettre en oeuvre, comme entrepreneur, des projets qui ont pour but de faire en sorte que nous conservions, comme peuple, les moyens d’assurer la diffusion de notre culture — notre façon de voir le monde — et de renforcer notre identité de manière à pouvoir continuer à participer pleinement à l’expérience humaine.

Ce sera ça, plus que jamais, mon défi en 2010 : me souvenir tous les jours que si j’ai choisi d’être en affaires, c’est parce que je suis profondément attaché à la recherche du bien commun et que je suis plus que jamais convaincu que le rythme auquel certains des changements fondamentaux qui affectent le monde du livre, notamment, ne nous permettent pas de nous en remettre uniquement à nos trop lentes institutions pour faire naître les solutions dont nous avons besoin, tant du point de vue culturel qu’économique.

Cela, en continuant à croire à la politique et à investir du temps pour la faire aimer de nouveau. Parce que je pense que croire profondément à la politique, c’est aussi savoir reconnaître dans quel contexte et avec quelle forme d’engagement, on peut y être le plus utile.

Aujourd’hui, j’ai la conviction que, dans mon cas, c’est en étant un entrepreneur engagé dans le domaine de la culture que je suis le plus efficace politiquement. Demain, on verra bien.

Québec, Paris… et Copenhague

Un mois depuis le dernier texte. Et ça bouge, très vite. Les transformations en cours dans le domaine de l’édition continuent de s’accélérer. Les articles sur le sujet se multiplient.

Dans l’avion vers Paris, la semaine dernière, mon voisin lisait les articles du journal Les Affaires sur l’édition numérique. Au retour, ma voisine lisait l’édition de fin d’année de SVM qui présente en converture « la révolution eBook ». On a pas fini de lire des spéculations et d’aller de surprises en étonnements dans ce domaine!

Et tout ce temps l’équipe continue de rencontrer des éditeurs au Québec, ailleurs au Canada et en France. Nous continuons à développer la plateforme technologique qui nous permet de répondre à leurs besoins et à les accompagner dans leurs réflexions en rapport avec les prochaines étapes. Ça ne chôme pas! — et c’est parfois un peu difficile de tenir compte à la fois des exigences des éditeurs qui débutent dans le numérique et de ceux qui s’y sont mis depuis plusieurs mois et qui ont adopté un autre rythme. Nous devrons faire des efforts importants pour améliorer nos communications. Je pense qu’on peut résumer cela en disant que ce sont, dans les circonstances, de bien beaux problèmes.

J’essaie aussi de ne pas perdre de vue que la Terre continue de tourner, et que plus encore que de faire passer l’éducation et la culture à l’ère du numérique, il y a des enjeux encore bien plus grands doivent demeurer au coeur de nos préoccupations — le réchauffement climatique, notamment. À suivre cette semaine à Copenhague.

À travers ça, pour ne pas me laisser avaler par le maëlstrom: un peu de lecture, de bons plats (délicieuses côtelettes d’agneau à l’orange hier soir, fougasse aux olives ce midi), quelques sorties culturelles (dont, hier, les Variations mécaniques d’Harold Réhaume: une merveille!), un peu d’air (notamment au nouveau Marché de Noël allemand de Québec) et quelques surprises (dont les prix Boomerang remis à Buzzz.tv). Tout cela avec en trame de fond un nouveau loisir : la photo. Je me suis offert pour cela un appareil qui me ravit en plus d’explorer tous les outils que m’offre mon iPhone. On ne regarde vraiment pas notre environnement de la même façon avec un appareil photo à la main — ni même avec un iPhone ou avec un reflex de qualité. J’adore!

Je m’amuse également beaucoup en explorant quelques outils de traitement d’images, comme pour le clin d’oeil au Sommet de Copenhague qui est en haut de ce texte, réalisé entièrement à partir du iPhone et de quelques Apps bien choisies (en l’occurence PS Mobile et ColorSplash). Le vase au centre de la photo m’a été offert il y a quelques mois par des amis de retour de la capitale danoise.

Je laisse pour le moment quelques traces photographiques ici et là, mais je finirai bien par organiser un peu mieux tout ça… (reste à voir comment!).

P.S. et parfois les loisirs rejoignent les activités professionnels, comme dans le cas de ce message reçu il y a quelques jours dans mon compte Flickr

Les prix des Prix…

Amusantes observations cette semaines autour des Prix littéraires.

D’abord le paradoxe de voir que le Prix Goncourt, remis à Marie Ndiaye, une auteure française, est distribué en numérique grâce à une plateforme technique québécoise; alors que le Prix Médicis, remis à Dany Laferrière, un auteur québécois, est distribué en numérique grâce à une plateforme technique française.

Ainsi, si vous achetez Trois femmes puissantes, publié par Gallimard, sur le site de la FNAC, c’est grâce à une infrastructure opérée à partir de Québec que vous obtiendrez le fichier.

Alors que si vous achetez L’énigme du retour, publié par Boréal à Montréal (et par Grasset à Paris) sur jelis.ca, c’est par une infrastructure opérée à partir de Paris que vous obtiendrez le fichier.

Pour mémoire, les prix aujourd’hui sont les suivants:

Trois femmes puissantes

Prix, version imprimée, site de la FNAC: 18,05€ (environ 28$)

Prix, version imprimée, site de bibliosurf.fr: 18,05€ (environ 28$)

Prix, version imprimée, site de la librairie Pantoute: 35,95$

Prix, version imprimée, site d’Archambault.ca: 35,95$

Prix, version imprimée, site de Renaud Bray.ca: 35,95$

Prix, version numérique (ePub), sur le site de la FNAC: 16,50€ (environ 25$)

Prix, version numérique (ePub), site de bibliosurf.fr: 16,50€ (environ 25$)

Conclusion, il est plus économique de lire Trois femmes puissantes en version numérique, mais il faut pour cela l’acheter dans une librairie en ligne française.

L’énigme du retour

Prix, version imprimée, site de la FNAC: 17,10€ (environ 26$)

Prix, version imprimée, site de bibliosurf.fr  17,10€ (environ 26$)

Prix, version imprimée, site de la librairie Pantoute (édition Boréal): 24,95$

Prix, version imprimée, site d’Archambault.ca (édition Boréal): 24,95$

Prix, version imprimée, site de Renaud Bray.ca (édition Boréal): 24,95$

Prix, version imprimée, site de mosaique.qc.ca (édition Boréal): 24,95$

Prix, version numérique (ePub), sur le site de la FNAC: 16,25€ (environ 25$)

Prix, version numérique (ePub), sur le jelis.ca (édition Grasset): 24,95$

Conclusion, quelle que soit la librairie ou le format, il en coûte environ 25$ pour lire le prix Médicis 2009.

* * *

Et pendant ce temps, Philippe Laperle, directeur, achats et mise en marché, d’Archambault, révèle que « les ventes de livres numériques représentent déjà 10% de leur équivalent papier ».

Ça promet…

Des livres qui nous accompagnent

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Retour de voyage. Home sweet home.

J’étais parti pour Rome avec un exemplaire du Monde qui titrait, à la une, « Amazon lance son Kindle à l’assaut de la planète ».

En correspondance pour Montréal, à l’aéroport Charles-de-Gaulle, hier, j’ai vu mes deux premiers Kindle en véritable situation d’usage. C’est l’image d’entête de ce texte: un homme et une femme qui lisent, lui sur le Kindle DX, elle sur le Kindle 2. Personne ne s’étonnait tant leurs appareils se confondaient parmi les Nintendo DS, iPod Touch, iPhone et autres gadgets en vogue. J’ai d’ailleurs été fasciné de voir à quel point la posture des gens est identique quelque soit l’appareil qu’ils ont entre les mains. On pourrait les interchanger sur des photos sans que cela n’y paraisse — sinon d’un point de vue sociologique (des jeunes avec des livres? des vieux avec des consoles de jeux vidéos?). Pourtant, pour l’essentiel, chacun tient un récit, plus ou moins interactif, entre ses mains.

Entre temps, j’aurai aussi vu des livres merveilleux dans le cadre d’une exposition sur les instruments scientifiques de la collection du Vatican — une exposition qui passait sous silence d’obscène façon le sort réservé pendant des siècles aux astronomes, et en particulier à Galilée, mais qui offrait à voir des objets et des livres absolument merveilleux.

J’ai été particulièrement étonné par ces livres, du XVIe siècle, dont les pages se dépliaient de savantes façons pour rendre compte avec précision des reliefs de la surface de la lune, ou du mouvement des planètes. Des pages dont des illustrations s’animaient grâce à un ingénieux système de superposition de feuilles reliées par des ficelles. Des oeuvres qui n’ont rien à envier aux PopUp Book modernes que j’ai pu voir à Francfort — le caoutchouc et les pouet pouet en moins.

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J’ai aussi pu m’étonner de retrouver Cory Doctorow par hasard dans une cafeteria de Rome, le dernier jour de notre voyage — lui qui avait pris part à la conférence d’ouverture de Tools of Change, à Francfort. Pas lui en personne, bien sûr, mais une de ses oeuvres. En effet, en levant les yeux entre deux gorgées de capucino, j’ai découvert le premier chapitre de son dernier livre en italien sur un support destiné à accueillir des cartes postales publicitaires — comme il y en a partout au Québec. Un beau petit livre, d’un seul chapitre, bien présenté, qui se termine par « continua in libreria… », comme il se doit!

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Il y avait aussi d’autres premiers chapitres de livres — et pas tous du même éditeur — dans ce présentoir. Je ne sais pas si cela s’est déjà fait au Québec et que j’ai manqué quelque chose, mais j’ai trouvé que c’était une très bonne idée. Introduire le livre là où les gens se trouvent, dans les restos, dans les bars, dans les dépanneurs — comme La courte échelle le fait avec Epizzod à l’intention des ados.

Notre aventure de livres en voyage a aussi été ponctuée par la lecture, pour Ana, de The Lost Symbol, de Dan Brown, sur la PRS-600, et pour moi de Terre des Hommes, de Saint-Exupéry, sur la PRS-505.

Et elle s’est terminée par un amusant clin d’oeil, avec la lecture d’un texte de Jean-Sébastien Trudel, un voisin — et papa d’amis des enfants — que j’ai découvert tout à fait par hasard dans le magazine d’Air Canada à vingt minutes de Québec. Intitulé À la pêche, le texte s’est mérité le second prix dans la catégorie Nouvelles, aux Prix littéraires Radio-Canada en 2008. Un texte d’une seule phrase qui, comme un voyage, est fait de méandres, d’incises et d’élisions.

Un voisin qui nous accueille, de retour de voyage, sans même le savoir, et avant même qu’on ait  mis les pieds au sol —  c’est aussi ça la magie littéraire!  Je pense que Saint-Exupéry aurait apprécié cette histoire d’avion, de mots et d’amitié.

* * *

Après une bonne nuit de sommeil, il reste beaucoup de lavage à faire, le réfrigérateur à remplir, une visite d’école secondaire à effectuer, des devoirs et des leçons avec les enfants, des centaines de photos à classer, des courriels à survoler (mes ambitions à cet égard sont assez minces — faudra être patient!), beaucoup du rattrapage médiatique (incroyable ce qu’il peut se passer en deux semaines à l’étranger!) et la lecture de tous les blogues qui ne se sont évidemment pas arrêtés en mon absence (en particulier pour rendre compte du colloque Génération C, organisé par le CEFRIO, que j’aurai manqué avec beaucoup de peine).

Et pendant ce temps, il y a les enfants qui rient en jouant dans ce qu’il reste de la première neige…

Édition numérique: quand les médias s’emparent du sujet

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Je m’accorde quelques jours de vacances au retour de Francfort. Direction Rome. J’y vais pour la première fois. Au moment où j’écris ces lignes, je n’y suis que depuis quelques heures, mais déjà, la ville est envoûtante. Quelques images.

Il me reste une drôle d’impression de ma troisième expérience à la Frankfurter Buchmesse — comme si, encore une fois, personne dans l’industrie du livre ne voulait montrer de signes d’inquiétude même si tout indique que de profondes transformations de l’industrie sont bel et bien en cours. On se cache derrière toutes sortes de prétextes pour ne pas prendre les devants ou à tout le moins pour faire preuve de leadership devant ces changements.

Si en France comme au Québec, les éditeurs consacrent de plus en plus de ressources au numérique, on est encore bien loin d’avoir véritablement pris le taureau par les cornes. Tout reste à faire… sans quoi nous ferons la vie bien trop belle/facile à Amazon, Google, Apple et quelques autres géants pour s’accaparer le monde du livre. J’en reviens plus convaincu que jamais.

Et pendant qu’on aimerait ne pas trop avoir à en parler, ce sont évidemment les médias qui s’emparent de l’affaire et qui choisissent les angles pour traiter ces sujets, forgeant du même coup l’opinion publique au regard des efforts (insuffisants) déployés par les éditeurs — et pas toujours de façon très heureuse.

Comme dans Le Monde que j’ai pu attraper à l’aéroport ce matin, à la une — c’est l’image en entête du présent texte — et l’article est à l’intérieur. Pareil dans l’article que Le Devoir publiait au même moment presque sur le même sujet.

Drôle de façon de partir en vacances tout ça… les réflexions m’accompagnent littéralement dans l’avion, je les poursuivrai en me baladant d’une fontaine à l’autre cette semaine…

Restera ensuite à me retrousser à nouveau (encore plus) les manches, dès mon retour la semaine prochaine.

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TOC @ Frankfurter Buchmesse

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Ma présence à la grande Foire du livre de Francfort (Frankfurter Buchmesse) débute cette année par la journée Tools of Change for Publishing (TOC Frankfurt).

Au programme, quelques personnalités en vue dans la blogosphère éditoriale et quelques personnes moins connues, venues présenter leurs approches dans la redéfinition du monde du livre.

D’entrée de jeu, en conférences d’ouverture, nous avons eu droit à de courtes présentations de:

  • Sara Lloyd, de Pan Macmillan — décevant pour qui suit son blogue régulièrement: rien de nouveau.
  • Neelan Choksi, de Lexcycle, créateur de Stanza (acheté par Amazon un peu plus tôt cette année), l’application la plus populaire pour « lire des livres » sur iPhone/iPod Touch — j’en retiens l’énergie du présentateur, son enthousiasme et ce qui m’apparaît être son message le plus essentiel: « innovate fast; keep experimenting; be bold ».
  • Cory Doctorow, auteur et blogueur, vedette du Web — encore une fois, rien de très neuf pour qui le suit même distraitement, mais une phrase importante à placer en exergue de sa présentation: « we love our books because they belong to us ». En clair, il interpelle les éditeurs afin qu’ils abandonnent les DRM et tous les autres mécanismes (légaux, etc.) qui empêchent les lecteurs de faire ce qu’ils veulent des livres qu’ils achètent. (mise à jour: un propos qui reviendra clairement dans le discours de Michael Tamblyn, de Shorcovers, plus tard en matinée)

Son important rappel aussi, que je retiens comme principal message de la première partie de la journée:

«Never forget: we are all readers before being publishers or authors».

Les conférences se poursuivent à bon rythme, j’en laisse quelques traces ici — comme bien d’autres participants…

À suivre…

Le Kindle partout dans le monde… (ou presque!)

Grosse nouvelle aujourd’hui dans le monde du livre: le livre numérique d’Amazon — le Kindle — débarque partout dans le monde… ou presque (pas disponible au Canada aux dernières nouvelles).

L’article eBouquin me semble le plus intéressant sur le sujet jusqu’à présent (avec les commentaires qui suivent).

Je viens d’ailleurs d’y ajouter mon grain de sel — commentaire que je reprends ici:

« Je ne crois pas pour ma part que ce ne soit révélateur ni d’un succès ni d’un échec d’Amazon à ce stade — seulement une illustration additionnelle (puissante!) de la féroce bataille qui est en cours (en particulier entre Amazon et Google) afin de contrôler le plus rapidement possible, par tous les moyens, le plus grand nombre de fichiers.

Amazon lance ainsi un message très clair aux éditeurs de partout dans le monde: « Le Kindle débarque sur votre marché national, alors si vous voulez vendre, confiez-nous vos livres le plus rapidement possible! ».

Ils le font maintenant parce qu’ils savent que plus le temps passe, plus les éditeurs s’organisent pour maîtriser leurs propres infrastructures de « logistique numérique »… Ils savent que le temps joue contre eux.

Je pense qu’ils assument parfaitement le fait de ne pas très bien le faire (frais additionnels, pas d’adaptateur électrique pour chaque pays, etc.) et qu’ils n’ont pas d’attentes commerciales en termes de ventes — c’est le message aux éditeurs qu’ils veulent passer aujourd’hui, juste avant la Foire de Francfort. Et de cette manière, cela ne leur coûte pas tellement cher de le faire…

Sans qu’il n’y ait de « front commun contre Amazon » — j’espère comme Xelle que les éditeurs résisteront au chant des sirènes… il faut se rappeler ce que cela coûte, à long terme, d’un point de vue économique et culturel, quand un seul acteur exerce une influence aussi dominante qu’Amazon en a l’habitude. »

À suivre… très attentivement!

Affamé de textes québécois, Antidote se nourrit grâce à la BNF et à Google

De toutes les notes prises au cours des Assises internationales de l’imprimé et du livre électronique (E-PaperWorld) la semaine dernière à Montréal, celles qui me reste le plus fortement à l’esprit concernent les interventions de Éric Brunelle, président de Druide informatique, éditeur de Antidote.

Monsieur Brunelle a beaucoup insisté sur l’importance de rendre disponible la littérature québécoise sous forme numérique — notamment afin d’en assurer le rayonnement à travers les outils linguistiques contemporains.

Il a évoqué le fait que Google Books est très utile à Druide pour enrichir et perfectionner Antidote en parcourant de ses algorithmes l’ensemble du corpus numérisé par Google — qui est malheureusement, selon ses dires, assez pauvre en oeuvres québécoises.

Il a aussi mentionné avoir déjà sollicité les éditeurs québécois afin d’avoir accès à leur fonds d’édition sous forme numérisée dans le but de pouvoir en tenir compte — et ainsi pouvoir mettre en valeur notre écriture à travers Antidote.  Cela s’est malheureusement conclu par un échec.

Encore plus invraisemblable, il a mentionné que Druide n’a jusqu’à présent pas pu tirer profit des efforts de numérisation de la BAnQ parce que celle-ci numériserait essentiellement sous forme d’images et/ou que les fichiers textes qui pourraient être issus de cette numérisation ne sont pour le moment pas accessibles. Druide doit donc se tourner vers les fruits du programme Gallica, de la Bibliothèque nationale de France, afin de répondre à ses besoins et continuer à enrichir et améliorer Antidote.

Cela fait bien réfléchir…

Parce que, non mais… merde!… qu’est-ce qu’on attend pour numériser notre littérature nationale sur le sens du monde? — pour en faire un véritable projet — avec toutes les ressources qu’exigerait un projet aussi ambitieux; un projet aussi nécessaire? Arggghhh

Le livre numérique de plus en plus tendance

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Le livre numérique devient décidément un sujet de prédilection pour les médias québécois.

Dimanche matin, titre à la une du journal Le Soleil et deux pleines pages à l’intérieur sous la plume de Daphnée Dion-Viens.

Un e-book sous le sapin? (ce texte a été le plus populaire sur le site du Soleil au cours de la journée)

L’abc du livre numérique

Et on en annonce autant pour lundi (mise à jour de ce billet à prévoir).

Et je sais qu’il y a aussi des reportages en préparation à la radio de Radio-Canada.

Si le sujet est de plus en plus chaud, c’est évidemment que les gens s’y intéressent aussi de plus en plus (l’éternel cercle vertueux/vicieux des médias), mais également parce que plusieurs découvrent ce qui se déroule en sous-terrain depuis quelques mois.

Qui aurait cru, par exemple, que quelques mois après son ouverture, Shortcovers représenterait presque 5% des ventes d’Indigo, le plus grand libraire au Canada? Tout pendant que plusieurs continuent de penser que lire sur un écran, « c’est une affaire de geeks ».

Il n’y avait peut-être pas tant de monde qu’espéré cette semaine à Montréal pour les premières Assises internationales de l’imprimé et du livre électronique (E-PaperWorld), mais les rencontres ont été très riches et je pense que cela aura contribué à éveiller les journalistes encore un peu plus sur les bouleversements qui sont en cours dans le monde du livre. Bravo à Éric Le Ray et à l’ensemble des personnes qui ont rendu ces rencontres possibles.

Comment ne pas mentionner au passage que De Marque s’est vu reconnaître à cette occasion comme « la société qui offre la meilleure solution numérique (édition, presse) », pendant que le PRS 600 de Sony se voyait reconnaître comme le meilleur eReader et milibris comme le meilleur logiciel.

Il faudrait maintenant organiser rapidement un événement qui aborde les mêmes thèmes en accordant davantage d’espace aux auteurs, aux éditeurs et aux lecteurs — en particulier à de jeunes lecteurs…

Pourquoi pas à Québec?

Pourquoi pas pendant l’année littéraire qui se prépare?

J’entends déjà des gens évoquer des dates… quelque part en février 2010… (à suivre!)

Et pourquoi pas en faire aussi l’occasion d’un happening comme le 24hr Book Project qui se termine actuellement à Londres?