Premières journée de La hutte — d’heure en heure

IMPORTANT:

Pour faciliter les premières heures de La hutte, je vais réunir les informations pertinentes d’heure en heure ici… (notes s’ajouteront au bas de ce texte au cours de la journée).

À suivre aussi: sur Twitter avec #lahutte et @remolino et sur notre zendesk.

* * *

9h00

un ajustement au webservice vers livresquebecois.com est en cours. à suivre d’ici 1h. INUTILE DE FAIRE DES ACHATS POUR LE MOMENT (mais si vous avez déjà fait, pas de problème, vous le retrouverez bel et bien dans votre application un peu plus tard)

Mise à jour: voir note ci-dessous à 12h00

***

9h15

Au sujet du processus d’achat:

Réponse brève pour le moment:

Au sujet du format des fichiers:

Réponse rapide:

(Content de la réponse:)

9h30

Pour ceux/celles qui désirent comprendre ce qui doit actuellement être ajusté, je vous renvoi au texte que j’ai publié il y a quelques semaines pour poser le concept de base de l’application (c’est ici). La difficulté tient au fait que le webservices entre l’appli et les sites libraires devait être mis en place au lancement de l’appli (ce qui a été fait cette nuit par Apple).

Encore plus concrètement, quand vous acheter sur le site de livresquebecois.com (d’autres librairies s’ajouteront dans les prochaines semaines) vous devez créer un compte-libraire. Ce compte libraire sera jumelé à un compte lié à votre iPad (avec un autre identifiant et mot de passe). Ce compte recevra vos achats et les rendra disponible à partir de votre iPad avec La hutte. C’est le lien entre le compte-libraire et le « compte La hutte » qui a dû être ajusté ce matin.

Toutes nos excuses pour les inconvénients, qui devraient rentrer dans l’ordre dans les prochaines minutes.

10h05

les principaux ajustements ont été faits — un petit bug dans les webservices entre les librairies et La hutte s’est manifesté du même coup, qui est en cours de correction. Rien de grave.

Pour les plus curieux d’entre vous qui ont installé à la fois La hutte et Eden Reader (son petit cousin français), nous vous suggérons pour le moment de ne pas fonctionner avec les deux applications installées simultanément sur votre iPad — cela n’aurait évidemment aucune conséquence grave, mais semble être la cause de quelques inconvénients. À suivre.

Et je me permets d’ajouter que:

11h00:

Presque tout est rentré dans l’ordre, on vous confirme dans les prochaines minutes.

12h00

Tout est rentré dans l’ordre. Si vous observez quelque chose d’inhabituel, dites-le nous: christian@demarque.com

12h35

Évidemment, les très nombreux échanges avec les early adopters de La hutte nous ont permis de réaliser plusieurs améliorations qui devront être apportées à l’ergonomie du processus de login dans La hutte — nous documenterons cela dans les prochaines heures et verrons à améliorer cela aussi rapidement que possible.

En ce qui concerne le processus de création des comptes et d’achats dans livresquebecois.com, nous relaierons évidemment les commentaires et suggestion à l’équipe responsable du site.

Pour rappel: tel qu’évoqué précédemment, c’est un choix important que nous avons fait de relayer les ventes aux sites libraires plutôt que de les opérer nous mêmes. Cela implique évidemment une couche de complexité avec lesquels Amazon, Kobo et d’autres n’ont pas à composer, mais nous croyons les libraires sont des acteurs très important dans l’écosystème du livres et qu’ils ont un rôle à jouer aussi dans le numérique.

Du point de vue des éditeurs, La hutte est un moyen de commencer tout de suite la vente de fichiers numérique directement à partir du iPad, sans devoir attendre d’avoir converti les fichiers en ePub (ce qui restera nécessaire à moyen terme dans bien des cas) en plus de faciliter la consultation de fichiers illustrés — et tout ça dans un environnement où les DRM ne constituent pas trop un problème.

Du point de vue des libraires, La hutte est un moyen de vendre des livres numériques directement à partir du iPad sans avoir à développer leur propre application et/ou sans avoir à redesigner immédiatement leur site web (ce que peu d’entre eux ont les moyens de faire). La hutte repose donc également, en ce sens, sur une forme de solidarité avec les libraires.

Est-ce que cela est parfait? Certes pas, mais nous croyons que pour ces deux raisons, c’est une étape très importante parce que cela met tous ces acteurs en mouvement dès aujourd’hui — et qu’il est plus facile de s’engager dans une dynamique d’amélioration quand les gens se sont engagés dans une démarche.

Et c’est la raison pour laquelle toutes vos remarques seront reçues avec beaucoup d’ouverture — et comme autant d’invitation à ce qu’éditeurs, libraires et autres acteurs du monde du livre se concertent encore mieux qu’ils ne le font aujourd’hui pour développer le marché du livre numérique. clement@demarque.com

15h40

Pour les personnes que cela intéresserait, la plus importante source de problèmes (et donc de service aux utilisateurs) depuis ce matin est liée au fait que le iPad fait de « l’autocorrection » dans les champs de saisi du nom d’usager dans La hutte (il substitut des lettres par d’autres: ajouter une majuscule au début de l’identifiant, par exemple, ou ajouter un accent aigü sur le e dans videotron.ca, ou une cédille au c du .ca, etc.). Nous mettrons en place des moyens de contournements pour ça dès que possible…

À ce sujet, voir aussi la FAQ…

16h45

Texte d’ouverture de l’application, divers textes d’info, FAQ, etc. revue une première fois au regard des expériences de la journée. Autres améliorations à suivre dans les prochaines heures et jours.

17h05

On nous suggère de placer un livre (gratuit) ou des extraits de livres dans La hutte dès l’ouverture de l’application — avant même la création d’un compte. Nous analyserons cela dans les prochains jours (supposera la possibilité d’effacer un livre — à venir dans une prochaine mise à jour de l’appli).

Merci à tous ceux et celles qui nous écrivent par courriel pour nous transmettre des commentaires détaillés. Votre contribution est très précieuse.

20h25

Un usager nous signale un problème avec deux livres qu’il a acheté et dont les pages semblent toutes blanches au moment de les lire dans La hutte… Le problème vient d’être identifié, un correctif sera bientôt apporté… et d’ici-là, voici à peu près ce qui sera ajouté à la FAQ en ligne:


Q: J’ouvre mon livre et toutes les pages sont blanches… que se passe-t-il?
R: Nous avons identifié ce problème avec quelques livres dans certaines conditions particulières. La cause du problème a été identifiée et un correctif sera très bientôt apporté. D’ici-là, vous pouvez désinstaller l’application La hutte de votre iPad et la réinstaller. Tous vos livres réapparaîtront instantanément et celui/ceux qui auraient été « tout blancs » afficheront correctement l’ensemble de leurs pages.


23h00

Je réalise que La hutte est actuellement en 22e position des applications gratuites les plus téléchargées du AppStore canadien… Alors malgré les quelques désagréments du jour, nous pourrons nous coucher avec le sourire! Bravo à toute l’équipe ainsi qu’à celle de Mirego!

23h30

La hutte est maintenant 20e au palmarès!

1h30

Avant de fermer les yeux, je prends connaissance des premiers commentaires sur l’application. En résumé:

  • Très bonne application du point de vue du fonctionnement (bravo aux équipes)
  • Les livres numériques sont vendus trop chers (matière à réflexion pour les éditeurs)
  • Le renvoi à un site libraire au lieu de la vente directement dans l’application complexifie beaucoup les choses (matière à réflexion pour les libraires).

Et sur ce: fin du « reportage » sur la première journée de l’application.

De Québec en toutes lettres à la bibliothèque du XXIe siècle

Comment passer sous silence le dévoilement plus tôt aujourd’hui des préparatifs de la première édition de Québec en toutes lettres — « un festival littéraire thématique, accessible, urbain et participatif ».

C’est un très gros projet auquel j’ai la chance d’être associé comme membre du Conseil d’administration de l’Institut canadien de Québec — organisme responsable de la gestion du réseau des bibliothèques publiques de la ville de Québec.

* * *

Mon engagement en faveur des bibliothèques m’a également amené à m’exprimer dans les derniers jours à l’occasion de la consultation qui est en cours à Montréal sur la bibliothèque du XXIe siècle. Le document de consultation est disponible ici.

Je reprends ci-dessous le court texte que j’ai rédigé en prévision de l’audience de jeudi soir.

—/ début /—

From: Clément Laberge ‪

Date: 2010/5/28

Subject: Consultation sur la bibliothèque du XXIe siècle

To: commissions@ville.montreal.qc.ca

Bonjour,

Je tiens à exprimer mon appui aux orientations qui sont formulées dans le document La bibliothèque du XXIe siècle, et tout particulièrement celles qui concernent le développement des ressources électroniques dans le réseau des bibliothèques publiques de Montréal.

Mes activités professionnelles comme Vice-président responsable des services d’édition numérique chez De Marque et mon engagement bénévole dans le monde de l’éducation et de la culture, m’ont offert à maintes occasions la chance de constater l’innovation dont sait fait preuve l’équipe des bibliothèques publiques de Montréal dans le domaine du web et des réseaux sociaux. L’audace et le savoir-faire de cette équipe rayonnent d’ailleurs déjà largement dans la Francophonie.

Je suis convaincu que, fortes de cette rare expertise, les bibliothèques publiques de Montréal disposent de toutes les conditions nécessaires pour s’engager dans le développement de l’offre de ressources numériques que les usagers réclament avec insistance croissante. Le développement de services numériques est devenu une absolue nécessité pour que les bibliothèques continuent à assumer leur rôle d’éducation dans toute son ampleur et sous toutes ses formes.

C’est en tirant profit des technologies numériques que la bibliothèque pourra être au coeur de la cité éducative que le XXIe siècle nous amène à construire ensemble.

Le Québec a plus que jamais besoin du leadership des bibliothèques de Montréal dans le domaine du numérique. C’est pourquoi je pense que les orientations qui seront retenues dans le cadre de cette consultation constitueront un puissant message pour les auteurs, les éditeurs, les libraires et les bibliothécaires de tout le Québec — ainsi qu’aux citoyens, lecteurs de tous les âges. Un message à l’effet qu’un projet nouveau projet culturel est en train de prendre forme et que le moment est venu pour eux de s’y engager aussi.

Cette consultation vous offre l’occasion d’indiquer la voie dans un domaine essentiel au développement de la vie citoyenne au XXIe siècle — et, cela, pour tout le Québec — en plus de répondre plus adéquatement aux besoins actuels des citoyens de Montréal.

Le document La bibliothèque du XXIe siècle est important et ses orientations à l’égard des ressources électroniques sont stimulantes. Il faut les appuyer sans réserve.

—/ fin /—

Les bibliothèques de la ville de Québec s’engagent également dans cette voie — comme bien d’autres ailleurs au Québec. Le numérique: c’est le moment d’y aller… ensemble!

Quelques convictions

C’est vraiment fascinant de voir le monde du livre numérique prendre forme sous nos yeux — et encore plus d’être aux premières loges… d’avoir la conviction de pouvoir y apporter une contribution, même modeste au regard de la puissance des géants qui tentent d’organiser toute une industrie dans leurs propres intérêts.

C’est le bouillonnement qui entoure le livre électronique qui me fascine le plus — les enjeux, les intérêts, les attitudes : la patience des uns, l’impatience des autres, le respect, la défiance. Le défi de reconnaître ce qui est anecdotique et ce qui est essentiel, ce qui est ponctuel et ce qui s’inscrira dans le temps, ce qui relève de la stratégie commerciale et ce qui s’appuie sur la recherche du Bien commun — ce qui relève du conservatisme, ce qui est illusoire, ce qui n’est qu’agitation et ce qui permet d’avancer concrètement. De gros défis tous les jours. Des moments exaltants.

C’est un privilège d’avoir la conviction que chaque geste qu’on pose aura son importance pour des centaines, des milliers, voire des millions de personnes — d’avoir la conviction d’être au coeur d’un profond bouleversement culturel.

C’est exigeant aussi. Ça tire beaucoup d’énergie — énormément de matière grise. Je pense que je n’ai jamais eu d’occupation plus énergivore. Je tombe de fatigue tous les soirs, le sourire aux lèvres. Je regrette toutefois de manquer d’énergie pour être encore plus présent ici — sur mon blogue — sur le blogue des autres, sur Twitter, etc. Trop de courriels échangés avec l’équipe de De Marque, avec nos partenaires, avec des éditeurs, des libraires, des bibliothécaires, des journalistes, des fonctionnaires. Trop d’éléments à réunir pour passer d’une étape à l’autre au rythme où nous souhaitons le faire.

J’ai eu envie d’écrire quelques mots ici ce soir afin de laisser d’une écriture spontanée une trace de ce qui me semble être des ancrages importants dans ma démarche personnelle à travers tous ces enjeux:

C’est le point de vue du lecteur — et du citoyen — qui est notre meilleur guide.

Il faut privilégier l’expérimentation sur le discours — réfléchir autant que possible avec le monde, dans l’action, plutôt que de chercher sans cesse à convaincre le monde de ses idées.

Il faut avoir un préjugé favorable pour les idées qui rassemblent.

Les projets qui permettent aux gens de s’engager maintenant sont les plus précieux — les plus indispensables — parce qu’ils favorisent les premiers pas, qui sont toujours plus difficiles à faire / à faire faire.

Il faut cesser de parler de la chaîne du livre et adopter une approche plus écosystémique — accepter l’interdépendance des différents acteurs qui composent le monde du livre et la complexité qui l’accompagne.

Le livre ne peut pas être considéré comme un simple produit de consommation.

Il faut accepter de tout remettre en question… et reconnaître que tout ne peut pas changer du jour au lendemain.

C’est à la lumière de ces quelques éléments que j’ai envie de me pencher sur les questions et les défis que m’apporte mon quotidien. Et c’est avec des gens qui partagent, pour l’essentiel, cette approche socio-constructiviste que j’ai envie de travailler.

Parce que si tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin.


Carl Dair on reading habits (1949)

Après midi en famille au Musée national des beaux-arts du Québec. Au programme: Haute couture, design québécois, oeuvres de Riopelle et de Stéphane Larue.

J’ai beaucoup aimé les oeuvres fascinantes de Stéphane Larue.

Je retiens aussi, particulièrement, ce paragraphe de Carl Dair, dans le troisième numéro de la revue Les Ateliers d’arts graphiques (1949), présenté dans l’exposition 75 ans de design au Québec:

the eye of the reader becomes addicted to certain reading habits, and being only habits they are not incapable of change. once our phonetic alphabet represented sounds, and we identified words from the component sounds. today we read words as units — or perhaps the pattern group is more extensive; do we now tendtoread whole groupsofwords atonce so that we nolonger need spaces betweenthewords, but betweengroups.

Je suis resté longtemps devant la magnifique double page, très colorée, de cette revue. J’aurais tant aimé voir les autres… Quel écho magnifique elle offre à tous les travaux qui sont actuellement faits pour adapter l’écriture (et la lecture) à l’apparition de nouveaux médias. (tiens tiens… ça aurait été intéressant de lire Carl Dair sur la gestion des espaces avec la contraintes des 140 caractères de Twitter!).

J’avais heureusement pu voir vendredi dernier quelques autres pages d’autres numéros de cette extraordinaire revue, à la Grande bibliothèque, à Montréal, dans le cadre de l’exposition qui est actuellement consacrée à Roland Giguère: Artisan du rêve. C’est une exposition vraiment merveilleuse sur l’un des plus  artistes québécois (j’avais souligné ici sa mort). Une exposition à ne manquer sous aucun prétexte si vous aimez la poésie et/ou les arts graphiques et que vous passez par Montréal.

Le prix n’est certainement pas la seule chose qui compte

J’ai participé le 10 avril à une table ronde sur le livre numérique dans le cadre du Salon international du livre de Québec. Les autres intervenants étaient Hervé Foulon, président directeur général des Éditions Hurtubise et François Bon, écrivain. La discussion était animée par Stanley Péan, président de l’Union des écrivains québécois.

Didier Fessou, chroniqueur au quotidien Le Soleil, était manifestement présent dans la salle. Il revient sur l’événement dans un texte publié aujourd’hui: Le iPad détrônera le Kindle.

Le texte est provocateur. Il interpelle directement les écrivains — injustement, de mon point de vue. Il aborde un peu trop simplement plusieurs questions complexes aussi. Comme dans cette phrase, qui m’a particulièrement fait réagir:

Pendant une heure, ils ont brassé des idées mais pas une fois ils n’ont évoqué la seule chose qui compte : combien coûtera un livre téléchargé sur un livre électronique?

La seule chose qui compte? Sérieusement! Bien sûr que la question du prix est importante, mais poser ça dans ces termes, c’est balayer sous le tapis tous les autres enjeux associés à la transformation du monde du livre dans le contexte, beaucoup plus large, d’un environnement culturel de plus en plus numérique (ce qui dépasse largement la question de la simple dématérialisation du livre).

L’affirmation suivante me choque aussi:

le livre électronique n’a pas besoin d’imprimeur, de distributeur et de libraire. À eux trois, c’est 80% du prix d’un livre.

Cela me choque parce qu’il est faux de dire que le livre électronique n’a plus besoin de tous ces gens. Leurs métiers sont bouleversés, ils devront s’adapter, mais pour se vendre, les livres numériques auront encore besoin qu’on les fasse connaître, qu’on les recommande, qu’on y assure un accès équitable et, parfois qu’on puisse les imprimer. Les libraires, en particulier, ont un rôle culturel indéniable qu’il m’apparaît indispensable de réaffirmer.

Sans le travail du libraire, l’accès à la culture est menacé. La diversité culturelle aussi.

Que ceux qui pensent que Amazon, Google et Apple pourraient suffire pour permettre l’épanouissement du monde littéraire (au sens large) se détrompent. Je les invitent à réfléchir au fait que ces géants choisissent ce qu’ils veulent bien vendre (ils nous l’ont d’ores et déjà démontré). Le jour où ils seront responsables d’une trop grande proportion du commerce des livres, et où ils auront de facto droit de vie ou de mort sur un projet éditorial, nous en serons tous à la fois plus mal et plus faibles.

Alors, moins cher le livre numérique? Assurément, mais dans quelle proportion? Et y aura-t-il même un seul prix pour une oeuvre numérique? ou plutôt de nombreuses formules tarifaires qui donneront accès aux oeuvres? Et de toute façon, ne perdons pas de vue que ce sont les lecteurs — et en particulier ceux qui achètent des livres — qui le détermineront, en fonction de ce qu’ils se montreront prêts à payer.

Une chose me semble bien plus importante que le prix du livre… C’est de réaliser que les métamorphoses actuelles du livre constituent une occasion en or pour réaffirmer que le livre n’est pas un produit comme les autres — qu’il n’est pas un simple produit de consommation — et que c’est le moment ou jamais pour le replacer au coeur d’un grand projet culturel — et plus encore, au coeur d’un véritable projet de société.

* * *

Ces points soulevés, je ne m’attarderai pas davantage sur le reste du texte de Didier Fessou, sinon pour déplorer le fait que le chroniqueur a manifestement choisi de donner aux lecteurs du Soleil l’impression qu’il existait un conflit idéologique entre Hervé Foulon et moi alors qu’il n’en est rien.

Pas de conflit lors de la table ronde. Pas de conflit non plus au cours des nombreux échanges que nous avons eus sur les mêmes sujets au cours des jours suivants. Toujours des échanges constructifs, comme l’ensemble des acteurs du monde du livre ont d’ailleurs aussi pu avoir lors d’une journée interprofessionnelle sur le livre numérique organisée par l’Association des libraires du Québec jeudi dernier.

Je me réjouis bien sûr que Didier Fessou ait consacré une chronique entière au sujet du livre numérique — et que les points de vue que j’ai exprimés lors de la table ronde lui aient apparemment plu — mais je trouve dommage que celui-ci n’ait pas rendu compte du fait que le milieu du livre québécois réfléchit bien plus ensemble, en concertation, que presque partout ailleurs dans le monde. Je souhaiterais pour ma part que les auteurs y prennent une part encore plus active, mais cela viendra sans doute dans les prochaines semaines.

Que le iPad ait plus ou moins d’avenir que le Kindle m’importe somme toute assez peu. Ce qui m’importe davantage c’est de tout faire pour qu’il y ait au Québec (et ailleurs) de plus en plus d’écrivains et de lecteurs — et, cela, quel que soit le support qu’ils choisiront pour écrire et pour lire tous ces récits et toutes ces réflexions qui sont indispensables à notre identité.

Où est-ce qu’on prend goût à lire (et à écrire)?

La chronique de Nicolas Dickner dans le Voir de cette semaine me plaît beaucoup: Une enfance condensée. Elle nous rappelle qu’il n’y a pas de sottes lectures si elles alimentent l’imaginaire de l’enfant.

Moi aussi j’ai lu de très nombreux articles et condensés de romans dans Sélection du Reader’s Digest. Et j’ai adoré Petzi (les premières éditions, sans phylactères, bien sûr… ces foutus phylactères dont j’avais naturellement interprété l’apparition aux côtés des personnages comme un signe de décadence du monde du livre!).

C’est un texte qui me semble important au moment où les nouvelles pratiques de lecture des jeunes nous font trop souvent conclure que la lecture exigeante se perd, qu’on ne pourra jamais remplacer la lecture d’un livre, un vrai, et que le Web, Facebook (voire pire, Twitter!) risque de faire perdre tout goût de la lecture et de l’écriture à la prochaine génération.

Ce n’est pas vrai!

Ce qui est vrai c’est que la vision du monde que ces nouveaux lecteurs développeront sera différente de la nôtre et qu’ils n’entreront vraisemblablement pas dans la grande littérature de la même façon que nous ni par les mêmes chemins.

L’essentiel, pour développer chez les jeunes le goût de la lecture, c’est de mettre sur leur route des textes qui offrent une expérience intellectuelle et affective stimulante. Dickner a trouvé les siens sur le réservoir de la toilette familiale. Il se pourrait bien que mes enfants les trouvent à partir de Twitter, sur Facebook, ou sur des blogues à l’apparence aussi cheap que celle du Reader’s Digest.

Lectures honteuses? Jamais de la vie!

Photo du haut: affiche vue dans la vitrine d’une grande librairie de San Francisco, mars 2010.

Mise à jour: Trois photos que ma mère, artiste, m’a envoyées. Elles prolongent ce texte… et celui de Nicolas Dickner. Ce sont des photos d’une oeuvre qu’elle a réalisée il y a quelques années déjà… Amusant, non?




Lettre amicale à Patrick Lagacé

Salut Patrick,

Ça fait des années que je te lis. Pas toujours — tu écris beaucoup trop pour le temps que j’ai à consacrer à ce genre de textes — mais le plus souvent, tu me fais passer du bon temps. Tu me fais sourire. Tu me fais réfléchir. Je t’en remercie.

Faut toutefois que je te dise que ton texte d’hier matin m’a vraiment plongé dans la mauvaise humeur. Assez pour que je prenne 24 heures avant de te répondre. Assez pour que j’aie le goût de t’écrire ça « comme ça vient », avec spontanéité. On se reparlera des nuances plus tard, dans un autre contexte, si t’en as envie.

Come on Patrick! Franchement… t’es capable de mieux que ce mauvais remake de « Le Québec me tue » de Hélène Jutras, 15 ans plus tard. Ça me choque que tu nous replonges là-dedans…

Y’a rien dans nos vie… le vide… c’est pas toujours aussi agréable que ça la vie…

Y’a rien dans nos vie… une phrase qui résume tout le Québec de 2010…

…envie d’être Polonais…

…envie de sacrer ton camp. Loin.

J’ai évidemment pas de leçon à te donner… ta vie c’est ta vie pis on traverse tous un jour où l’autre un/des passages à vide… mais si t’es dans ça je t’invite à faire une pause. Ou alors, si t’as envie d’écrire tes chroniques avec ton sang… ben vas-y à fond — mais n’oublie pas de me faire signe quand tu ressortiras ta plume, ta pelle pis ton cerf-volant parce que moi je vais lire autre chose pendant ce temps là. Il y a tellement de gens qui écrivent tous les jours des textes stimulants, portés par l’envie de changer le monde — leur monde — notre monde.

Des affaires plates, du vide, de l’intime, du banal, de la résignation — ben de la résignation! — on peut en trouver partout! Cherche pas… il y en a ici, ailleurs, pis encore un peu plus loin aussi. Ça donne quoi de se morfondre avec ça? Qu’est-ce que tu proposes? qu’on fasse un grand brasier avec tout ça? qu’on souffle ensemble sur les braises du confort et de l’indifférence? Qu’on danse ensemble tous nus en pleurant autour du feu? Ça ferait de belles images pour la télé…

Sérieusement… si t’as envie d’aller voir ailleurs si tu y es, n’hésite pas: vas-y! Je t’encourage. Sincèrement! Je l’ai fait. j’ai adoré! Va voir le chum Robert au Cambodge ou en Thaïlande — là où tout est à faire, dis-tu.

Ben voyons!

La lecture de ton texte m’a vraiment donné envie de te brasser gentillement (ce que je suis précisément en train de faire!). Elle m’a donné envie de donner une bine pis de te dire de sortir de ta torpeur — parce qu’ici aussi tout est à faire! me semble que c’est évident! Plus que jamais! Notre problème c’est de trouver par où commencer… Et pour ça… ben faut d’abord sortir de la résignation, du cynisme et de l’indifférence. Qui je suis pour te dire quoi faire? T’as raison…

Sauf que… sauf que, s’il te plaît, Patrick, ne perd pas de vue que

T’as une plume extraordinaire

Tu t’es mérité au cours des ans un lectorat incroyable

T’es payé pour écrire à peu près ce que tu veux

T’as le guts de t’exprimer sans trop de nuances — c’est trop rare

Pis t’as des convictions — quelles sont-elles? dis-le-nous!

Et tu te plaignais de quoi déjà?

Ah oui… que la programmation de Newsworld, RDI et LCN est poche? Et alors?

Que Robert Lepage et François Girard travaillent beaucoup à l’étranger? So what?

C’est pas un peu ce qu’on voulait, faire rayonner notre culture de part le monde? Ça fait’y pas partie de notre grand projet collectif? Je le crois!

Y’a Wajdi Mouawad aussi qui travaille beaucoup à l’étranger (et même à Ottawa!). Et pendant que tu te plaignais du grand vide dans nos vie, il écrivait, le même jour, dans La Tribune un texte inspirant où il nous dit « qu’un artiste est là pour déranger, inquiéter, remettre en question, déplacer, faire voir, faire entendre le monde dans lequel il vit, et ce, en utilisant tous les moyens à sa disposition. »

Mouawad dit aussi, toujours dans le même texte, que « créer, c’est sortir de son propre néant ». Qu’est-ce que t’en penses?

Il dit que « nous ne sommes pas là pour recommencer » (à se plaindre?) — que « nous sommes là pour impliquer (…) pour élargir les blessures. »

Je veux ben croire que tu ne te vois pas dans la peau d’un artiste — mais je te garroche tout ça quand même. De bon coeur. Je te dis ça parce qu’on a besoin de toi, pis j’ai toujours aimé que tu nous brasses. Ben plus que quand tu nous écrases de ton pessimisme pis que tu tentes de nous faire croire que rien n’a de sens dans notre quotidien collectif… alors qu’il y a des batailles importantes qui se mènent ici aussi, au nom de la solidarité sociale, de l’éducation et du développement culturel.

T’es ben chanceux que Michel Chartrand soit décédé hier matin parce que je pense qu’il t’aurait botté le cul pas mal plus fort que moi.

Salut Patrick!


Mise à jour / lire aussi:

Pour un véritable écosystème commercial pour le livre autour du iPad.

Note: ce texte vise à partager un work in progress. Vos réactions/réflexions seront particulièrement précieuses. Merci à l’avance.


Avec le iPad, Apple souhaite refaire aux éditeurs de livres le coup qu’il a fait avec la musique, c’est à dire concentrer progressivement les ventes sur sa propre boutique jusqu’à devenir l’acteur dominant du marché. Apple compte y arriver grâce à une application commerciale super performante, mais aussi en dressant des obstacles techniques importants pour ses concurrents potentiels dans ce domaine.

Fidèles aux idées qui l’ont jusqu’à présent amené à travailler avec l’ANEL, d’une part, et avec Eden Livres, d’autre part — l’équipe de De Marque a cherché au cours des dernières semaines — avec l’aide de l’équipe de Mirego — la meilleure manière pour permettre à tous les libraires et à tous les éditeurs de tirer profit de l’écosystème du iPad — sans pour autant être contraints d’accepter les conditions d’Apple.

Il ne s’agit pas tant de concurrencer la iBookstore d’Apple, que d’offrir aux libraires et aux éditeurs une alternative, ou un complément, à celle-ci. Et c’est d’autant plus nécessaire que Apple n’offrira probablement pas de iBookstore aux premiers utilisateurs québécois, canadiens et français du iPad, alors que ceux-ci seront vraisemblablement prêts à faire l’essai de la lecture numérique.

Nous nous sommes donc donné comme objectif de trouver une manière de permettre le plus rapidement à tous les libraires de vendre des livres directement à partir de l’iPad (plutôt que par un ordinateur, pour ensuite importer les livres dans le iPad). Nous y sommes arrivés — voici de quelle façon.

Premièrement: travailler à partir des sites existants des libraires.

Nous n’avons pas voulu forcer les libraires à développer un nouveau site Web ou une application iPad. Cela aurait été trop long et trop coûteux pour la plupart d’entre eux. Nous travaillerons donc avec les sites Web existants, qui devront simplement être expurgés de tout élément Flash.

Les libraires devront donc, selon leur choix, adapter leur site pour retirer le Flash (pour tous les visiteurs ou seulement les utilisateurs de iPad). Ils pourront (devront?) développer ultérieurement une interface spécialement adaptée au iPad (notamment pour tenir compte du fait qu’on y clique avec le doigt plutôt qu’en manipulant une souris) — voire une application en tant que telle.

À partir de là, quelqu’un qui visite le site d’un libraire (ou celui d’un éditeur) pourra faire un choix de livre et l’acheter par le processus transactionnel habituel. La difficulté suivante survient au moment de télécharger le fichier ainsi acheté.

Deuxièmement: donner accès à un lieu de dépôt des fichiers ouvert et partagé.

La difficulté tient au fait qu’il n’est pas possible de télécharger un fichier dans le iPad à partir d’une page Web. Il fallait donc trouver une alternative afin de permettre à l’acheteur du livre de recevoir son fichier pour ensuite en faire la lecture.

Nous avons donc mis en place un espace de stockage de fichiers dans lequel tous les livres numériques achetés chez les libraires participants peuvent être déposés, dans des dossiers réservés à chacun des acheteurs.

Concrètement, nous mettons à la disposition des libraires un webservice qui leur permet de proposer aux utilisateurs de iPad de déposer leur fichier dans cet espace de stockage — in the cloud, dans le jargon du réseau — afin de pouvoir y accéder par la suite à partir d’une application sur leur iPad (voire, ultérieurement, directement à partir du Web, dans Safari).

Encore plus concrètement, quand un utilisateur de iPad fera un achat sur une librairie qui aura mis en place ce web service, au moment de recevoir son fichier on lui proposera de se créer un compte dans cet espace et d’y déposer ses achats. Il n’aura même pas à s’identifier pour le faire lors des achats suivants. La librairie saura où déposer les fichiers.

Exemples: [note: images d’une librairie test, interfaces fictives et Cumulus est uniquement un nom de code]

Seuls les sites qui vendent des livres pourront déposer des fichiers dans cet espace — qui sera partagé par toutes les librairies. Ainsi, quelqu’un qui achète des livres dans plus d’une librairie retrouvera l’ensemble des livres achetés au même endroit.

Une première version du webservice qui permettra aux libraires de déposer des fichiers dans l’espace de stockage partagé sera rendue publique d’ici une quinzaine de jours. Cette version fonctionnera pour tous les livres des éditeurs qui ont adopté une des plateformes de De Marque pour assurer la distribution numérique.

Une deuxième version du webservice permettra également le dépôt de fichiers en provenance d’autres infrastructures de distribution. Nous souhaitons que ce webservice soit le plus ouvert possible dans le but de simplifier au maximum le travail des libraires. Nous souhaitons d’ailleurs envisager ces prochains développements en partenariat avec tous les acteurs concernés.


Troisièmement: offrir une application de lecture de grande qualité — qui permettra de travailler avec les formats de fichiers dont les éditeurs disposent et qui sera indifférente aux lieux d’achats des livres.

La plupart des applications de lecture sur iPod/iPad sont liés à une seule librairie et à un seul format de fichier. Nous avons voulu ouvrir davantage.

Nous avons donc développé avec Mirego une application qui permettra à ceux qui l’utiliseront de lire l’ensemble des livres qu’ils auront achetés.

Et comme nous souhaitons que la vente de livres québécois, canadiens et français puisse commencer aussi rapidement que possible — même (surtout!) en l’absence de la boutique d’Apple sur ces marchés, nous avons opté pour une application qui pourra lire de façon satisfaisante les fichiers pdf dont les éditeurs disposent déjà (et donc, ne pas attendre la conversion des fichiers en format ePub).

Une première version de l’application sera rendue disponible d’ici la fin du mois. Elle sera gratuite et permettra de lire les fichiers pdf sans DRM (nous privilégions l’apposition d’un filigrane sur le fichier comme moyen de dissuader le piratage).

Mise à jour / Précision: des questions reçues par courriel m’incitent à préciser que les fichiers sont alors téléchargés dans l’application, ce qui en permet la lecture aussi bien « en ligne » qu’en l’absence de réseau.

Premier aperçu: [images: Mirego]

Une deuxième version devrait suivre rapidement, qui permettra également de lire les fichiers ePub (toujours sans DRM).

L’application permettra par ailleurs à l’utilisateur de déterminer une librairie en ligne préférée — parmi celles qui auront fait l’intégration nécessaire — et d’acheter ses livres directement à partir de l’application.


Quatrièmement: permettre à d’autres applications d’accéder à l’espace de stockage des livres.

Le webservice qui permet à l’application de lecture d’accéder à l’espace de stockage des livres achetés sera également rendu public de manière à permettre à d’autres applications d’y accéder. Il deviendra ainsi possible aux lecteurs de choisir l’application qui leur convient le mieux pour lire leurs livres — parmi toutes celles qui permettront la connexion à leur espace personnel in the cloud.


Au sujet des DRM

Les verrous numériques (DRM) sont parfois un mal nécessaire, mais ils amènent un niveau de complexité très important dans une chaîne comme celle que nous venons de décrire. Nous n’avons donc pas voulu nous contraindre à en faire la gestion dans un premier temps.

La première version de tout ce dispositif ne permettra pas d’extraire les fichiers de l’espace de stockage personnalisé. Ils seront donc non verrouillés, mais ils se trouveront dans une sorte de circuit fermé et ne seront donc lisibles qu’à partir de l’application que nous avons conçue (avec ou sans accès au Web, l’application permettant de les stocker si désiré). Il s’agit d’une solution provisoire par laquelle nous souhaitons éviter de devoir faire appel aux verrous numériques les plus contraignants.

Les évolutions suivantes du webservice d’accès à l’espace de stockage permettront aux acheteurs de récupérer leur fichier (pour lecture sur un autre appareil, une liseuse, par exemple) adéquatement protégé selon les contraintes choisies par l’éditeur. En attendant, les fichiers pourront continuer à être récupérés directement à partir du site de la librairie où s’est fait l’achat (à partir d’un ordinateur au lieu du iPad).

Conclusion

Bien sûr, nous n’avons pas complètement réinventé la roue avec ce système — toutes ses composantes ont déjà été utilisées ailleurs, dans d’autres contextes. Et bien sûr qu’Apple n’est pas vraiment la seule à pouvoir vendre des livres directement à partir du iPadKobo, par exemple, le fait très bien — mais nous croyons que personne n’a mobilisé ces différentes techniques avec pour  objectif de permettre au plus grand nombre d’acteurs de la chaîne du livre — libraires et éditeurs notamment — de prendre véritablement part à l’écosystème du iPad.

Nous croyons que cela est très important — et nous espérons pouvoir réunir autour de cette nouvelle piste un grand nombre de partenaires.

C’est d’autant plus important que j’ai exclusivement fait référence dans ce texte au iPad, mais il est fort probable que l’ensemble du raisonnement soit également pertinent dans le contexte des autres tablettes qui sont attendues au cours des prochains mois.

Pourquoi je ne devrais pas acheter un iPad

Je vais très certainement m’acheter un iPad, mais le pamphlet que publie aujourd’hui Cory Doctorow pour m’en dissuader est vraiment remarquable. Extraits:

I believe — really believe — in the stirring words of the Maker Manifesto: if you can’t open it, you don’t own it. Screws not glue. The original Apple ][+ came with schematics for the circuit boards, and birthed a generation of hardware and software hackers who upended the world for the better. If you wanted your kid to grow up to be a confident, entrepreneurial, and firmly in the camp that believes that you should forever be rearranging the world to make it better, you bought her an Apple ][+. (…)

The model of interaction with the iPad is to be a « consumer » (…)

The way you improve the iPad is to buy iApps. Buying an iPad for your kids isn’t a means of jump-starting the realization that the world is yours to take apart and reassemble; it’s a way of telling your offspring that even changing the batteries is something you have to leave to the professionals. (…)

Gadgets come and gadgets go. The iPad you buy today will be e-waste in a year or two (less, if you decide not to pay to have the battery changed for you). The real issue isn’t the capabilities of the piece of plastic you unwrap today, but the technical and social infrastructure that accompanies it.

If you want to live in the creative universe where anyone with a cool idea can make it and give it to you to run on your hardware, the iPad isn’t for you.

If you want to live in the fair world where you get to keep (or give away) the stuff you buy, the iPad isn’t for you. (…)

Je reviendrai par ailleurs sur un autre de des arguments de Cory Doctorow la semaine prochaine. Celui-ci:

The iStore lock-in doesn’t make life better for Apple’s customers or Apple’s developers. As an adult, I want to be able to choose whose stuff I buy and whom I trust to evaluate that stuff. I don’t want my universe of apps constrained to the stuff that the Cupertino Politburo decides to allow for its platform. And as a copyright holder and creator, I don’t want a single, Wal-Mart-like channel that controls access to my audience and dictates what is and is not acceptable material for me to create.

À suivre…

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Les technologies de la nouvelle vague informatique

Je suis en train de mettre la dernière main à la conférence que je dois prononcer demain matin dans le cadre du 28e colloque de l’AQUOPS. Je ne peux pas tout garder de mes recherches et explorations préparatoires.

Les quelques lignes ci-dessous sont néanmoins beaucoup trop savoureuses pour que je les laisse retomber dans l’oubli:

Ces technologies de la nouvelle vague informatique, déjà utilisées dans le monde des affaires, entreront, comme toutes les technologies jusqu’à maintenant, dans le monde éducatif… avec un certain délai. Le décalage entre l’arrivée sur le marché, de nouvelles techniques et leur emploi en éducation est, actuellement, de trois à cinq ans. On peut donc prévoir qu’en 1995, les technologies de l’intelligence artificielle seront déjà entrées dans nos écoles.

Puisque ces outils seront là et puisque nous avons encore le choix de leurs utilisations possibles, pourquoi ne pas profiter de ce répit pour fixer nos orientations dans ce domaine et préparer à la fois les applications spécifiques et les personnels

Sinon, avant longtemps, la pression conjuguée des marchands, (prouesses industrielles à l’appui), des ordinomanes, des élèves et des parents leur fera franchir les murs des écoles. Des administrateurs seront tentés de s’en servir pour optimiser l’efficacité pédagogique, c’est-à-dire pour davantage encadrer, uniformiser, robotiser, bref industrialiser l’enseignement car, il faudra bien trouver une raison autre que la hantise de l’analphabétisme informatique.

Il s’agit d’un extrait de la page 76 du rapport du Groupe REPARTIR, publié en 1990.

C’était il y a 20 ans.

Deux modèles économiques qui s’affrontent

Les médias parlent abondamment de l’arrivée du iPad — et de la concurrence qu’il fera au Kindle, d’Amazon, notamment. C’est la dimension « grand public » de l’affaire.

Les spécialistes du secteur s’intéressent davantage à l’autre champ de bataille qui accompagne l’arrivée d’Apple dans le monde du livre numérique — celui qui oppose deux modèles économiques entre les éditeurs et les libraires.

Sans entrer dans les détails, disons qu’Amazon travaille sur la base d’un modèle « grossiste » (wholesale model) alors qu’Apple, à la demande des éditeurs, a accepté de travailler sur un modèle d’agence (agency model).

Résumons en disant que dans le premier cas, l’éditeur vend le livre au libraire, qui le revend à un prix qu’il est seul à déterminer, alors que dans le deuxième cas, l’éditeur concède au libraire le droit de vendre le livre à un prix donné, en retour d’une commission prédéterminée. Cela bouleverse très profondément les équilibres du marché.

Trois textes publiés aujourd’hui illustrent bien certains des enjeux associés à ces bouleversements:

Le texte de Martyn Daniels (le premier des trois) évoque avec précision l’important défi auquel font face les petits éditeurs et les petits libraires dans le contexte qui est en train de prendre forme.

Dans le wholesale model, les petits éditeurs sont extrêmement vulnérables devant quelques acteurs surpuissants qui déterminent complètement les conditions du marché (qu’est-ce qui est mis en vente, à quel prix, à que moment, par quels canaux).

Dans l’agency model, ce sont les petits libraires qui risquent d’être laissés pour compte, faute de capacité technique pour jouer leur rôle d’agence (gérer les fichiers, les transactions, etc.).

Pour sortir de cette situation, il est nécessaire que les éditeurs et les libraires puissent tous deux s’appuyer sur des infrastructures techniques ouvertes — et, cela, quelles que soient leurs tailles. C’est particulièrement important dans de petits marchés comme celui du Québec.

Il faut que les éditeurs puissent rendre disponibles leurs livres sans en perdre la maîtrise, tout en assurant un accès équitable à ces oeuvres à tous les libraires qui désirent les vendre. Il faut aussi que les libraires puissent accéder à ces fichiers, et les mettre en vente, sans une trop grande charge en expertise technique.

C’est le défi auquel on s’attaque actuellement en mettant en place des infrastructures les plus collectives et les plus  ouvertes possible — notamment à travers une plateforme développée en partenariat avec l’Association nationale des éditeurs de livres du Québec (ANEL), et une autre pour un groupe d’éditeurs français regroupés sous Eden Livres. J’y faisais référence hier en d’autres termes.

Ralentir pour privilégier la qualité? (et s’il fallait plutôt accélérer?)

David Murray présentait hier le mouvement Slowbook dans un très bon texte publié sur le blogue de la Librairie Monet.

Le ton est donné dès le départ:

« On s’inquiète souvent dans les milieux de la librairie et de l’édition indépendantes de la trop grande place accordée à certains titres aux qualités discutables, au détriment de la promotion de fonds riches et diversifiés. C’est le phénomène des best-sellers, promu en première ligne par les grandes surfaces, les grandes chaînes de librairies et certains éditeurs qui en sont les fers de lance. […] cet accent sur la quantité avant la qualité en irrite plus d’un. »

Après une présentation de la librairie italienne Slowbookfarm, David Murray nous présente l’initiative française Rezolibre.com, « qui se présente comme l’Amazon alternatif »:

« Fruit d’une collaboration entre petits et micros éditeurs, cette librairie en ligne est née du désir de combattre la dictature de la nouveauté qui permet aux grands groupes financiers de l’industrie du livre d’être omniprésents sur les tables des libraires. Le site regroupe quelques soixante éditeurs francophones et plus de 3000 titres souvent devenus introuvables dans les grandes chaînes. »

Puis, en conclusion de son texte, l’auteur présente de quelle façon la librairie Monet se situe par rapport à ce mouvement et à ces initiatives:

« nous poursuivons l’idéal de redonner au métier de libraire ses lettres de noblesse. Nous croyons ainsi qu’il ne suffit pas seulement d’améliorer une façon de faire, mais de redéfinir l’essence même de la vocation. En ce sens, nous sommes des passeurs de culture ; nous créons un lien entre le livre et le lecteur. Nous croyons que la place accordée aux livres dans notre vie peut faire une différence dans la qualité de nos rapports en tant qu’êtres sociaux.

« nous adhérons à cette idée mise de l’avant par les artisans du slow book et autres amoureux du livre qui entendent faire passer la qualité avant la quantité. L’idée n’est pas de boycotter les best-sellers, mais de rappeler que la littérature, dans sa grande richesse, a beaucoup plus à offrir que quelques titres qui bien souvent ne resteront que des phénomènes de l’instantané. »

* * *

En lisant ce texte, j’ai eu envie d’ajouter quelque chose…

Parce que si je crois profondément aux principes défendus par David Murray — et en particulier à la valeur du libraire comme passeurs de culture et à celle du livre comme vecteur de l’humanisme — je ne pense pas qu’il est possible d’envisager ce rôle aujourd’hui sans aborder, de front, les enjeux associés à l’édition numérique.

Non pas à l’édition numérique comme une simple question de dématérialisation du livre, de nouveaux supports de lecture, de formats de fichiers et de DRM — mais bien comme phénomène culturel beaucoup plus large. Il faut s’interroger sur comment un oeuvre naît, se fait connaître, est lue (voire transformée) dans un environnement culturel de plus en plus numérique — à travers toutes les manifestations des réseaux.

Et pour que les libraires puissent jouer leur rôle de passeurs dans le contexte actuel, ils doivent absolument avoir accès aux livres numériques. Avoir la capacité de les conseiller et de les vendre — d’en tirer un revenu. Et ça, c’est tout un défi! C’est tout un défi parce que les très grands acteurs que sont Amazon, Google, Sony et Apple s’avancent plutôt en fonction de modèles économiques qui tendent à concentrer l’offre de livres numériques entre leurs mains — au détriment des libraires indépendants.

Pour qu’un éditeur puisse vendre des livres numériques chez Amazon, il lui faut donner des copies de ses fichiers à Amazon, pareil pour Sony, Google et, bientôt, Apple. On peut toujours prétendre que tous les libraires pourraient aussi avoir accès aux fichiers — mais ce n’est pas vrai! La logistique informatique nécessaire pour gérer, au quotidien, des dizaines de milliers de fichiers, en de multiples versions, n’est pas à la portée de tous les libraires.

C’est pour cela qu’il faut des plateformes intermédiaires qui prennent en charge la complexité technique associée à la gestion de tous ses fichiers et qui permettent d’assurer un accès équitable aux versions numériques des livres par les libraires.

C’est à cela que je travaille tous les jours avec l’équipe de De Marque — tant pour le Québec (avec l’ANEL: voici une présentation de l’Agrégateur ANEL-DeMarque) qu’en France (avec Gallimard, La Martinière et Flammarion, regroupés sous EdenLivres).

J’y travaille parce que je suis profondément convaincu que l’existence d’un vaste réseau de libraires et d’autres médiateurs du livres, sur le Web, est une condition essentielle de la diversité culturelle, en général, et de la diversité éditoriale, en particulier.

J’y crois, profondément. Parce que je pense que par-delà les défis techniques que nous devons relever tous les jours, il y a là un véritable projet social et culturel: celui d’une société où tous les éditeurs peuvent avoir accès à des infrastructures qui leur permettent de distribuer en versions numériques les livres des auteurs qu’ils publient — quels que soient les tirages attendus — et où tous les libraires peuvent continuer à jouer leur indispensable rôle de passeurs culturels.

Alors s’il est vrai que pour « faire passer la qualité devant la quantité » il faut parfois ralentir — comme le proposent les adeptes du slowbooking — je pense qu’il y a des moments où cette même préoccupation devrait plutôt nous inciter à accélérer. Dans le cas présent, je pense que cela devrait inciter tous les éditeurs et les libraires à s’engager sans tarder dans la vente de livres numériques… avant que les Géants ne prennent toute la place et que cela nuise/empêche le développement des réseaux alternatifs de diffusion/distribution dont nous avons besoin — particulièrement dans des petits pays comme le nôtre. Parce que sans ces réseaux, c’est vrai qu’on risque d’ouvrir encore plus grande la voie à la best-sellerisation de l’édition.

C’est un peu vite présenté — mais c’est, pour l’essentiel, la conviction qui m’anime.

23.03.2010 — Mise à jour: if:book london publie un texte dans le même esprit presque au même moment: april is SEIZE THE TIME time. Extraits:

« With the arrival of the iPad imminent, bookshops closing and all kinds of digital experiments appearing from conventional publishers, the future of the book is happening now.

With an election looming and cuts promised by all parties, it’s a key moment to take stock and think ahead.

It’s time to act quickly but think deeply about how our culture is changing as industries converge – and what the future role of your organisation can be. »

De la page aux écrans (conférence pour l’AQUOPS 2010)

Je prononcerai la semaine prochaine la conférence d’ouverture du colloque de l’AQUOPS — un événement qui me tient particulièrement à coeur parce qu’il a été très important dans mon histoire personnelle et professionnelle. Le thème du colloque de cette année est Prendre le temps des TIC.

Le programme annonce:

« PRENDRE LE TEMPS DES TIC, c’est savoir prendre le temps nécessaire à l’apprentissage et à la compréhension des technologies de l’information et des communications, savoir les mettre en relation pour mieux les intégrer à la pédagogie, savoir se mettre à jour. »

Je dois évidemment me plonger dans les prochains jours dans la préparation finale de cette conférence: rassembler les notes que j’ai prises au cours des dernières semaines, faire quelques lectures complémentaires, structurer tout cela, réaliser le support visuel.

Et je me dis ce matin qu’avec tous les moyens de communication et de partage dont nous disposons aujourd’hui, il serait intéressant de compléter cette préparation avec le monde — en sollicitant des idées, des suggestions; en demandant aux personnes qui prévoient être présentes (et à celles qui suivront le colloque à distance) s’il y a des sujets qu’elles souhaiteraient particulièrement voir abordés au cours de cette conférence.

Je reprends donc ici le texte de présentation de la conférence — tel que présenté dans le programme — comme point de départ des échanges qui pourraient prendre forme ici (et sur Twitter, et ailleurs…) cette semaine si l’idée de compléter collectivement la préparation de cette conférence ensemble plaît à quelques autres personnes.

De la page aux écrans

ou comment les profs peuvent être les moteurs de la révolution documentaire en cours autour du livre numérique.

L’école est un espace à la fois ouvert et protecteur, nourri par l’innovation et par la tradition — un espace où l’enseignant est le plus souvent seul avec ses élèves, mais où on attend de lui qu’ils agissent de concert avec leur milieu. Un espace où on s’émerveille du potentiel des nouvelles technologies, mais où on peste aussi contre certains des bouleversements qu’elles provoquent.

L’école est un milieu où on utilise tous les jours des manuels scolaires, des ouvrages de référence et des documents de toutes sortes — des documents de plus en plus souvent numériques. Quels sont les enjeux associés à cette transformation d’un point de vue pédagogique? S’agit-il seulement de reprendre ce qui existe sur papier pour le transposer à l’écran? Non… certainement pas… c’est en tout cas le point de vue que nous présentera Clément Laberge!

À suivre plus tard dans la semaine… Toutes les idées, les souhaits, etc. sont les bienvenus.