De l’éducation au programme d’Antenne A

Au terme d’une semaine très chargée, je participais hier à une table ronde organisée dans le cadre du festival Antenne A sur le thème Mon enfant 2.0: Le point sur les technologies d’apprentissage. Les autres intervenants étaient Mario Asselin, Patrick Plante et François Guité. C’est Hélène Rioux qui dirigeait les échanges et François X Côté était le coordonnateur de l’événement.

Une table ronde sur l’éducation, un vendredi soir d’automne, sans aucune polémique préalable… et il y avait une quarantaine de personnes dans la salle! Mieux, une trentaine ont participé à distance en visionnant en direct et/ou en réagissant par l’entremise de Twitter. Vrai, vrai! Impressionnant.

Toute l’information et tous les documents présentés ou évoqués au cours des échanges ont été regroupés sur cette page Flickr.

Un enregistrement vidéo de qualité sera bientôt rendu disponible sur YouTube.

Et mes collègues rendront probablement aussi compte de leur expérience sur leur blogue respectif.

Une bien belle expérience en tout cas — et merci à Antenne A et à Télé-Québec pour avoir fait une petite place à l’éducation dans leur programmation.

Produire un livre numérique en famille

papiko

J’ai deux amis de 8 et 10 ans qui font l’école à la maison. Je salue Pénélope et Marc-Antoine.

Avec leurs parents, Nathalie et Michel, ils ont produit un livre unique, sous forme d’une application pour iPhone/iPod Touch. Je vous présente Papiko 1 (un deuxième tome est déjà en préparation!).

Ce livre est pour eux une grande étape, il donne un sens à leur projet familial, dont rendait récemment compte Taïeb Moalla dans le Journal de Québec.

Satisfaites votre curiosité, encouragez mes quatre amis, téléchargez Papiko… 0,99$ ce n’est pas cher pour découvrir un tout nouveau type de livres pour enfants!

La tuyauterie au service des oeuvres, jamais l’inverse

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On parle de distribution numérique et de livres sur La Feuille et chez Aldus… avec une foule de commentaires généralement intéressants, bien qu’un peu trop marqués à mon goût par une conception traditionnelle des rôles dans ce qu’on appelle encore (à tort, il me semble) la chaîne du livre.

Là où il y avait une chaîne, il y a maintenant un cycle — des cycles. Un écosystème, beaucoup plus complexe, avec des rôles qui se superposent bien plus qu’auparavant, et des intervenants/interventions plus polymorphes que jamais.

C’est cette conviction que j’apprécie particulièrement dans l’approche de Xavier Cazin, rapportée par Hubert Guillaud — J’y adhère complètement.

Ce qui m’anime, au quotidien, c’est la volonté de procurer aux éditeurs — à tous les éditeurs — les moyens d’offrir le plus large accès possible aux oeuvres qu’ils éditent, aux conditions qui leur conviennent ainsi qu’à leurs auteurs. Leur offrir les moyens de maîtriser (pas de contrôler complètement: de maîtriser le mieux possible) la manière dont leurs oeuvres peuvent faire leurs premiers pas dans l’univers numérique.

Et je suis convaincu que pour réussir cela, il faut viser à permettre l’accès aux oeuvres partout où il peut en être question sur le Web — partout où des gens auront pu établir un lien vers ces oeuvres. Et qu’importe s’il faut pour cela que les infrastructures que nous mettons à leur disposition soient parfois interconnectées à celles d’autres « distributeurs » — même potentiellement concurrentes, comme s’en étonne Aldus. Ce n’est même pas une question de mon point de vue — le choix définitif demeurant toujours, à cet égard, celui de l’éditeur, comme ultime responsable de l’oeuvre.

Il ne faut surtout pas perdre de vue sont les liens qui s’établissent entre les oeuvres, par l’entremise des lecteurs, qui assurent leur vitalité — pas la tuyauterie qu’elles empruntent pour se rendre jusqu’à nous.

Bien sûr, tout cela peut sembler très abstrait devant ce qu’on perçoit (trop) souvent comme les implacables règles du commerce — mais je pense qu’il faut néanmoins adopter cette idée, l’affirmer, rappeler qu’elle est notre idéal, au moins d’un point de vue technique. Et plaider aussi souvent que possible cette conviction quand les contraintes semblent nous inviter à la résignation.

Il ne faudrait pas accepter de voir se refermer sur elles-mêmes (ou alors le moins possible!) des plateformes qui prétendent pourtant être destinées à faire mieux connaître — et à commercialiser plus efficacement — des oeuvres qui ne demandent qu’à exister sous formes numériques.

Lire et lier: une proximité essentielle dans l’aventure du livre numérique

À l’occasion d’une conférence que je prononçais hier dans le cadre des Journées de la Culture, au sujet du livre électronique, je me suis entendu dire:

« … une des choses qui me fascinent, c’est de voir, à quel point les verbes lire et lier sont proches l’un de l’autre quand les livres sont numériques. »

et

« … je pense que la créativité qui s’exprime actuellement autour des différentes formes que peuvent maintenant prendre les livres constitue un des plus extraordinaires laboratoires culturels qui soit — un laboratoire qui se révélera au moins aussi fascinant que ceux qui ont donné forme à la rencontre de la musique, du cinéma et du théâtre avec les technologies numériques. »

Ces deux phrases me restent depuis comme un écho. Comme un appel. Comme un rappel.

Un rappel important qu’il me faut réinvestir du temps dans ce blogue. Pour partager. Pour lier. Pour relier. Non pas parce que j’aurais tout abandonné de ce côté — notamment grâce à Twitter et del.icio.us — mais parce que je suis convaincu qu’il ne suffit pas de faire des liens 140 caractères à la fois. Il faut prendre le temps d’écrire vraiment.

Mes journées sont actuellement beaucoup trop chargées, par toute l’énergie que je déploie, sans compter, dans cette aventure du livre numérique… c’est ce qui fait que je ne trouve pas le temps d’écrire. Je m’y étais résigné… mais je vais devoir y remédier.  Trouver le temps d’écrire. Dès demain.

Tous les liens évoqués lors de ma conférence d’hier sont ici.

Mise à jour: après avoir écrit ce texte, j’ai lu le dialogue entre un gars et son blog, de Michaël Carpentier… et j’ai beaucoup rit, vraiment! Voilà une très amusante synchronicité.

Une histoire à inventer

J’ai participé jeudi dernier au Camp de lecture numérique organisé pour la deuxième année par le Ministère de l’Éducation (quelques traces laissées sur Twitter ici). La rencontre de trois jours regroupait une soixantaine d’éducateurs d’un peu partout au Québec. J’y ai fait une courte présentation — avec l’aide de mes trois enfants… très agréable expérience! Voici la description que j’avais transmises à son sujet il y a quelques semaines:

Le livre à l’ère de la culture numérique: une histoire à inventer

Le monde du livre change à son tour sous l’influence du numérique. Il change vite, au point de nous donner parfois l’impression de changer à notre insu. Il n’en est pourtant rien! C’est même le moment où jamais pour prendre part à l’histoire du « livre numérique » — en participant à son invention. Littéralement.

À partir d’une présentation de nouveaux supports de lecture, de puissants outils d’édition en ligne et d’étonnantes communautés qui s’organisent aujourd’hui « autour des livres », cet atelier prendra la forme d’une invitation à s’engager, individuellement et collectivement, dans l’invention du nouveau monde du livre — parce que les enjeux culturels, éducatifs et économiques qui lui sont associés sont bien trop importants pour être laissés à d’autres…

Le message que j’avais choisi de laisser en conclusion est essentiellement le suivant:

  • Les technologies sont en train de changer profondément notre conception du livre;
  • Il existe un grand nombre d’outils qui permettent aujourd’hui de réaliser des livres, plus ou moins innovateurs — les éducateurs doivent les connaître, se les approprier, savoir y faire appel;
  • Mais il ne faut pas perdre de vue que quelle que soit la forme qu’on peut choisir de lui donner, un livre demeure une création très complexe et, de façon générale, c’est une erreur pour un éducateur de vouloir « se transformer en éditeur »;
  • Il est préférable d’utiliser tous les outils disponibles dans une perspective de prototypage, pour décrire, par l’exemple, concrètement, sous quelle forme nous souhaiterions que les éditeurs réalisent aujourd’hui les livres dont nous avons besoin dans un contexte pédagogique.

En d’autres termes, j’avais envie de dire que si les technologies sont une extraordinaire occasion d’empowerment (toujours la même difficulté à traduire ce terme) pour les éducateurs au regard de l’édition et du monde du livre… il faut arriver à distinguer ce qui relève de « l’acquisition de la capacité / de l’influence » et ce qui relèverait plutôt du « vouloir tout faire soi-même ».

Je faisais en quelque sorte la proposition d’un nouveau contrat entre éducateurs et éditeurs, s’appuyant sur les technologies — évoquant l’idée d’un laboratoire technologique commun — le web — permettant aux éditeurs de faire ensuite leur travail en tirant profit de toutes les compétences qu’ils savent mobiliser et aux éducateurs de faire leur travail auprès des jeunes (et des moins jeunes).

J’avais promis de rendre disponibles rapidement des liens vers l’ensemble des pages Web que j’ai très/trop rapidement présentées lors de mon intervention. Les voici donc regroupés dans mon compte del.icio.us (tous, exemples de livres électroniques, exemples outils d’édition, et quelques autres).

P.S. Dans un texte intitulé Announcing our new book deal, l’équipe de 37 Signals explique que malgré le très grand succès de leur premier livre, auto-édité il y a quelques années, ils ont choisi de travailler avec un vrai éditeur pour leur prochain ouvrage. Leur démarche est tout à fait dans l’esprit de ce que j’évoquais jeudi: utiliser tous les moyens dont on dispose pour montrer ce qu’on veut faire — faire un/des prototype/s — puis faire appel à de l’expertise spécialisée pour réaliser son projet à pleine échelle.

C’était il y a dix ans

Il y a dix ans commençait une aventure: pssst.qc.ca

pssst! — comme l’onomatopée qui sert à attirer l’attention.

C’était le 8 août 1999.

Nous étions bien sûr inspirés par Slashdot mais — surtout — par memepool.

Notre idée était ludique, pédagogique — et politique.

Le web québécois connaissait alors un essor incroyable, avec du nouveau tous les jours. Les petits projets devenaient grands, les grands devenaient très grands. Nous étions dans le coup. Le Québec était dans le coup. Nous y croyions vraiment. C’était follement stimulant. Nous étions convaincus d’être aux premières loges, de prendre part à des moments très importants.

Nous étions jeunes. Nous avions envie d’apprendre, celui de nous amuser aussi — surtout! L’envie de commenter et de critiquer — parfois juste pour le plaisir.  Le goût de nous donner le droit d’être irrévérencieux.  Il y avait tant à dire. Tant à faire. Tant à inventer.

Au départ nous étions quatre, avec quelques complices techniques — Carl-Frédéric, Daniel, Luis et moi, chacun à notre manière, et Jean-François. Et l’entourage, chez iXmédia, notamment. Et pour bien distinguer ce projet de nos autres projets, nous avions fait le choix, d’écrire sous pseudonymes. Sans faire de grands mystères. Les premiers lecteurs de pssst! savaient bien qui nous étions.

Puis, très rapidement, quelques personnes ont formulé le souhait de se joindre à nous pour écrire sur pssst. C’étaient le plus souvent des gens nous avaient déjà transmis des renseignements par courriel — attirant notre attention sur quelque chose ici ou là, dans un nouveau site, au sujet des relations entre tel entrepreneur et tel projet, sur des similitudes entre un projet québécois et un projet états-uniens, pointant les faiblesses des premiers sites de commerce électronique, etc. C’était aussi parfois aussi uniquement dans le but de rire un peu — parce qu’ils avaient du fun en maudit à l’époque, les pionniers de l’Internet québécois! Les fans se rappelleront notamment des aventures de Kenny et de la découverte — la révélation! — des caricatures de Monaerik.

Ces nouveaux contributeurs insistaient toutefois pour que nous gardions vraiment secrète leur véritable identitié. Les pseudonymes qui étaient pour nous essentiellement ludiques étaient pour eux une nécessité. Nous étions en train de passer du pseudonyme accessoire à l’anonymat — avec toutes les questions que cela peut soulever d’un point de vue éthique. Le contrat moral que nous avions avec tous les contributeurs était le même: Carl-Frédéric et moi nous devions connaître leur identité, mais nous ne la révélerions à personne. Après avoir été sévèrement critiqués pour ce choix, nous avons choisi de l’expliquer en publiant le manifeste #1 — que nous remettons en ligne ce matin à l’adresse www.pssst.qc.ca afin de souligner le dixième anniversaire du projet. C’est ce texte qui a en quelque sorte donné forme à pssst! — en devenant même le texte fondateur… quelques mois après le début.

En relisant ce texte aujourd’hui, je me dis qu’il n’a pas perdu de sa pertinence — bien au contraire. La situation qu’il visait à déplorer me semble toujours nuire au développement de l’économie numérique québécoise. Les principaux acteurs de ce secteur sont trop occupés par leurs projets — ou trop pris par diverses contraintes (et par leur confort) — pour être en mesure d’agir publiquement comme critiques. Et il y a trop peu de voix compétentes, hors de ces acteurs, pour décrire et commenter de façon vigoureuse les enjeux associés au développement de l’économie numérique. Mauvaise perception de ma part? Pure prétention? Généralité propre à toutes les industries? Tant mieux si c’est l’occasion d’en débattre…

Ou alors c’est simplement moi qui ai vieilli et qui me suis exclus des espaces plus subversifs du Web québécois sans trop le réaliser? L’existence de tels sites m’a peut-être simplement échappée? Et je suis sans doute aussi devenu, à mon tour, un petit rouage de cette industrie — un de ceux qui mériteraient parfois de se faire botter le cul par plus baveux que soi — et je l’accepterai volontiers… n’empêche… Dix ans plus tard, je suis plus que jamais convaincu que nous sommes loin d’être assez exigeants envers ceux et celles qui prétendent bâtir l’économie du Québec de demain.

Est-ce que pssst!  n’était pas plus efficace pour hausser ce niveau d’exigence que Facebook, Twitter et les blogues tels qu’ils prennent formes aujourd’hui?

* * *

Quoi qu’il en soit, dix ans plus tard, j’ai envie de remercier Oxi, Novajo, Astung, Lomer, Groov3, Xanax, Combeferre, Afroginthevalley, AmiCalmant, Cornholio, Scribe, Allergic (ce sont les premiers contributeurs qui me reviennent à l’esprit) et les tous les autres… même ceux qui sont quelquefois devenus des emmerdeurs de première classe!

Il y aurait tant de souvenirs à rappeler, des véritables scoops aux mises en demeure formelles en passant par quelques innovations pour lesquelles pssst! a pu être un laboratoire et dont on ne remarque même plus la présence sur le Web aujourd’hui.

Tout cela a été vraiment une extraordinaire aventure. Je m’en souviens avec nostalgie bien peu commune chez moi.

C’est une aventure qui avait commencé le 8 août 1999 et qui a pris fin presque quatre ans plus tard avec la publication du manifeste #3 — dont la Wayback Machine a conservé une trace.

* * *

Et si quelque chose pouvait naître aujourd’hui dans le même esprit?  Sous une autre forme…

Une idée ludique, pédagogique et politique.

Si seulement…

Il me semble qu’on en aurait bien besoin!

Et on a eu tellement de plaisir!

C’était il y a dix ans. Déjà.

P.S. Carl-Frédéric et moi avions convenu d’écrire chacun un texte à cette occasion, sans nous consulter, et sans nous le montrer avant publication. Ce qui fut fait. Son texte est ici.

Porter un nouveau regard

Presque trois mois depuis le dernier texte publié ici. Pourtant, bien peu de repos au cours de ces trois mois… le temps passe vite. Très vite. Trop vite? J’ai eu besoin au cours de cette pause de prendre des notes, d’écrire pour moi — privément. De lire aussi — de me laisser amener ailleurs. Puis, il y a eu deux semaines, ou à-peu-près, de vacances. Et me revoilà. Et le goût de communiquer qui revient.

Un goût suspendu par fatigue du regard, je crois. Comme le champ de vision tend à rétrécir avec la vitesse, à se refermer, à fuire — trop d’info, trop d’action, trop vite. Il ne s’agissait pas tant de ralentir, plutôt d’identifier de nouveaux points de repère.

Le goût de communiquer ici qui revient donc. Avec le recul, un peu de repos, un peu de dépaysement et de la lecture, surtout — des idées, des récits, de nouveaux regards. Un regard renouvelé.

Je vais essayer de garder simples les textes à venir ici — viser écrire sans trop me casser la tête. Revenir à l’écriture « pour moi » — à la réflexion à voix haute — celle que j’ai toujours souhaité être à la source de ma démarche bloguesque (rocambloguesque?).

* * *

Il y a eu, bien sûr, de nombreux textes, plusieurs discussions, bien des images, bien des parcours qui ont contribué à me ramener ici aujourd’hui. Notamment:

Aussi, plus particulièrement, au cours des derniers jours, la visite de l’exposition de Shepard Fairey au Institute of Contemporary Arts de Boston (une pure merveille!) et la lecture de l’Incendie du Hilton, de François Bon (présentation vidéo par l’auteur ici).

Hallucinante découverte de l’oeuvre graphique et de la démarche artistique, philosophique et politique de Shepard FaireyStreet Artist génial, notamment auteur du portrait de Barack Obama qui est devenu une véritable icône lors de la dernière campagne présidentielle aux États-Unis. Son oeuvre est magnifique, originale, engagée. Elle prend forme de puis vingt ans au coeur de la ville, littéralement. Elle consiste pour l’essentiel à interroger tous les messages qui nous sont adressés et à nous inviter à porter un regard plus actif/créatif sur notre milieu de vie.

Grand plaisir à lire aussi, pour conclure mes vacances, le nouveau roman de François Bon — qui se déroule à Montréal, une nuit qui précède un rendez-vous que René Audet et moi avions avec lui, l’automne dernier.  Chaque paragraphe de l’Incendie du Hilton est une invitation à voir la ville — et la vie qui s’y déroule — sous une autre perspective: à décoder l’anecdotique; à fixer l’esthétique de l’errance, de la déambulation, du mouvement. Une invitation à interroger le réel, le pouvoir des mots et des images, la manière de les écrire, de les communiquer, de les partager. Réflexion sur la ville, sur le récit, sur l’écrit, sur le livre. Sur mon quotidien aussi.

En concluant mes vacances par cette visite et cette lecture, j’ai eu la vive impression que  Shepard Fairey et François Bon me guidaient avec complicité afin que je mette un terme à cette période de retrait de la blogosphère. Comme s’ils avaient voulu me rappeler par leurs oeuvres que si on peut choisir de se laisser raconter le monde tel qu’il apparaît dans le regard des autres, il est bien plus amusant de le raconter à sa manière — devenant par le fait même auteur/acteur d’une nouvelle histoire, d’un nouveau monde.

Je m’y remettrai donc.

Lecture en cours, dans la même veine, mais d’un tout autre point de vue: The Political Mind, de George Lakoff. Fascinant.

Québec Affaires Vision 2025

J’ai eu la chance de prendre part un peu plus tôt cette semaine à Québec Affaires Vision 2025, un événement organisé par les chambres de commerce de Québec et de Lévis ainsi que la Jeune Chambre de commerce de Québec. Un événement dont l’animation était assurée par Jean-Sébastien Bouchard — un ami de longue date.

Jean-Sébastien avait présenté l’événement sur son blogue le 22 avril dernier.

Philippe Dancause, son associé dans Grisvert, commentait hier l’événement sur le sien.

On m’avait demandé, comme à onze autres  « visionnaires », de présenter en matinée ma vision de Québec en 2025 afin de nourrir les échanges entre les participants. Les contraintes qui nous étaient imposées pour ce faire étaient sévères: 20 diapos, 20 secondes chacune, avec un déroulement automatique (méthode Pecha Kucha). Ça été un énorme boulot de préparation… dont le résultat est ici (format pdf, 2,3 Mo).

J’ai adoré l’événement, auquel je ne doute pas un instant qu’il y aura des suites. L’engagement des gens dans les échanges, et dans les arbitrages de fin de journée était d’une rare qualité. Et le plaisir de tous était manifeste.

Chapeau à tous les participants!

Un autre équilibre

J’ai écrit ici beaucoup moins que je ne l’aurais souhaité au cours des dernières semaines. Non par manque de sujets, d’inspiration ou même de temps (ça se trouve toujours quand on le veut vraiment) mais par effort de gestion de mon énergie. Avec, chaque jour, littéralement, une interrogation sur le choix que je faisais à cet égard.

Je n’ai jamais eu les neurones autant sollicités — tant par mon quotidien et par les défis nombreux et variés qui se présentent à moi. Ça surchauffe! — mais je me sens au meilleur de ma forme, en pleine possession de mes moyens, et je peux compter sur des gens extraordinaires comme compagnons de défis.

J’arrive à m’accorder du temps pour faire régulièrement un peu d’introspection — heureusement, parc que c’est plus que nécessaire! — mais je ressens le besoin de le faire un peu plus seul — dans ma tête — qu’à d’autres moments. Comme si à cette période de ma vie, les moments de réflexion dans l’isolement étaient devenus aussi rares et précieux que ne l’apparaissaient les véritables moments de réflexion collective avant l’avènement de la blogosphère.

J’ai besoin de plus de temps seul avec moi-même — sans possibilité d’être interpellé — afin de donner naissance à de nouvelles idées, à de nouveaux projets ou pour suivre de nouvelles orientations à ma manière.

Il y a eu un temps où j’ai ressenti la présence de la blogosphère comme une poussée vers plus d’audace — un temps où je me sentais poussé par elle à aller au bout de mes idées. Aujourd’hui, je crains plutôt l’inverse: que le besoin d’expliquer des idées pas mûres, prématurément formulées ici ou ailleurs, me force trop à nuancer, à défendre… à me laisser tenter par le conformisme. Or, j’ai plus que jamais le goût d’aller au bout de mes réflexions. Peut-être est-ce la peur? Un prétexte pour justifier le manque de temps? Une forme de renonciation? Je ne doute pas qu’il y aura des gens pour me le dire puisque sur ce sujet, je choisis de m’exposer ici, par ce texte.  ;-)

Je ne me coupe évidemment pas pour autant de toute l’intelligence collective qui se trouve dans ma blogosphère. Je continue à lire, beaucoup, et je vais évidemment continuer à contribuer à ce réseau, de diverses manières, au cours des prochains mois — mais probablement dans un nouvel équilibre, un autre équilibre.

De l’audace sans la révolution: le rôle de passeur

Un cybercompagnon m’a envoyé un mot un peu plus tôt cette semaine. Un mot direct — « zieux dans les zieux », comme il me l’annonçait. Un mot qui m’a fait réfléchir.

Deux messages dans ce petit mot:

Le premier pour dire sa stupéfaction à la lecture de l’auto-commentaire verrouillant ce billet.  « Je ne crois pas au bâillon », me disait-il.

Le second pour dire qu’il ne me reconnaissait pas dans l’affirmation en titre de ce même billet: « je ne crois pas à la révolution »: « [cela] ne concorde pas très bien avec ton parcours… dont j’ai toujours apprécié jusqu’à maintenant le côté audacieux, fonceur, pionnier des temps modernes… »

J’ai remercié spontanément mon cybercompagnon parce que les messages de ce type sont les plus précieux. J’ai promis de prendre un peu de temps pour réfléchir à tout cela et y revenir. Ce que je fais cet après-midi.

* * *

Concernant la première remarque, j’admets volontiers que je n’ai pas posé le bon geste. Cela a été une erreur de fermer les commentaires à la suite du billet. Il aurait été préférable de réitérer le type d’interventions que je suis prêt à accueillir sur mon blogue, d’inviter certaines personnes à aller discourir ailleurs, voire de retirer le droit de publication à ceux qui se seraient entêté à ne pas respecter l’esprit des lieux, mais pas de priver tout le monde de cet espace de discussion. Cela été une erreur, une entorse aux convictions que j’ai toujours défendues sur le Web. Erreur partiellement corrigée puisque je viens de remettre en fonction les commentaires.

Cela étant dit, je maintiens qu’un blogueur a tout a fait le droit de gérer comme il le souhaite les commentaires qui s’inscrivent à la suite de ses textes. Je maintiens aussi qu’il n’est pas question de bâillonner quelqu’un quand cette même personne dispose elle aussi d’un espace d’expression sur le Web — il s’agit bien de gérer un espace de discussion, comme on le ferait « dans la réalité », en distribuant et en retirant les droits de parole pour assurer le bon déroulement des échanges.

***

La deuxième remarque m’a pas mal plus fait chauffer les neurones. Est-ce que ce message marquait vraiment une rupture dans mon parcours? Je me suis interrogé. Est-il possible d’être audacieux, fonceur, pionnier — tout en ne croyant pas dans la révolution? Suis-je passé dans le camp « des défenseurs de système » et des « partisans du statu quo »?

Je me suis accordé quelques jours de réflexion sur le sujet. Période d’introspection. Et j’en ressors plus confortable que jamais avec ma prise de position du 5 avril. Je ne crois toujours pas dans la révolution — ni dans le monde du livre, ni dans la vie en général, d’ailleurs. Et je ne crois pas que cela soit contradictoire avec l’audace, le fait d’être fonceur ou de jouer un rôle de pionnier.

Je ne crois pas dans la révolution parce que j’ai confiance dans l’être humain — dans chaque être humain — et que je refuse de me poser comme celui qui sait devant celui qui ne sait pas. Je réfute la posture d’autoritarisme qui accompagne la perspective révolutionnaire. Il n’y a pas « mon projet » contre « l’autre projet » — il n’y a pas « ce que je propose » devant « ce qui existe » — seul le dialogue compte, celui qui nous permettra de passer d’une « situation vécue » à une « situation désirée » (s’appuyant sur un désir qui, dans une perspective sociale, doit forcément faire l’objet d’une négociation).

Je n’en plaide pas moins pour une transformation profonde et rapide, autant que possible, de mon environnement. Et j’oeuvre sans relâche à ce dialogue dans l’action — parce que « ce qui existe » ne me satisfait pas, parce que je pense avoir de quelques bonnes idées et que j’ai la crois proposer une vision originale de l’avenir dans certains domaines qui me passionnent particulièrement. Je le fais néanmoins patiemment, parce que je me reconnais partie d’une communauté à qui je n’ai pas la prétention d’imposer mes vues. Et quand je ne réussis pas à « faire passer mon point de vue » je me dis que c’est moi qui ne suis pas arrivé à le « vendre » correctement — mauvaise approche? mauvais timing? — mais ça reste ma faute, pas celle des autres qui n’auraient pas compris. C’est vrai en ce qui concerne mes convictions sociales et politiques, c’est aussi vrai dans ma vie professionnelle, tant en ce qui concerne le monde de l’éducation que le monde de l’édition.

En réfléchissant à tout cela cette semaine, je me suis rappelé une courte rencontre que j’avais eue avec Guy Rocher, il y a cinq ans, à l’occasion d’un événement organisé par le Conseil supérieur de l’éducation. J’avais été très impressionné par son discours rappelant que si « l’idée de révolution » était séduisante (notamment pour de nombreux sociologues et historiens), les révolutions relevaient néanmoins de la rarissime exception dans l’évolution des sociétés. Lui avait plutôt choisi de consacrer sa vie à comprendre « le cas général », celui de la réforme, ou de l’évolution des sociétés par transformations successives — le plus souvent sous l’influence de « passeurs » capables de traduire une vision d’avenir en gestes quotidiens pour permettre aux membres d’une communauté de concrétiser ce qui ne constituerait autrement que des intentions transformatrices. Il avait donné l’exemple du système de santé où on a maintes fois annoncé des révolutions et de grandes réformes, mais où aucun changement un tant soit peu important ne s’est révélé possible sans l’engagement des infirmières.

C’est sans doute vrai dans tout les domaines — j’ai choisi d’y croire en tout cas.  Et dans le cas de l’édition, cela signifie qu’on pourra dire ce qu’on voudra, il ne sera pas possible d’inventer le monde du livre de demain sans trouver une façon d’engager dans cette transformation ceux qui ont aujourd’hui un savoir-faire dans ce domaine.

C’est ce pour quoi je ne crois pas dans la révolution. C’est aussi ce pour quoi je continuerai à faire preuve d’audace, et à être fonceur. Et tant mieux si cela me permet d’être pionnier, à ma façon.

D’une certaine façon, je trouve qu’il faut être gambler pour miser sur la révolution. Le respect des gens, la détermination et l’audace — dans le dialogue — me semblent offrir de bien meilleures chances de succès si on souhaite voir survenir de véritables transformations sociales, économiques et culturelles; dans le monde du livre, dans celui de l’éducation, ou de façon encore plus générale.

À nouveau un grand merci à ce cybercompagnon pour l’occasion offerte de réfléchir à tout cela et de réitérer par le fait même la conviction qui m’amène à écrire ici depuis près de sept ans.

Je ne crois pas à la révolution

Serge-André Guay m’interpelle à nouveau, en réponse à sa réponse à ma réponse. Je vais cette fois m’abstenir de répondre directement à son message. Non pas parce que je ne suis pas « un homme, un vrai » — comme il le dit — mais parce que je pense que cela n’apporterait rien de plus que ce qui n’a été déjà dit.

Je lui reconnais complètement le droit à ses opinions. Je lui reconnais aussi complètement le mérite de ses réalisations et je suis désolé si je l’ai involontairement piqué au vif, ne connaissant pas tout l’historique de ses difficiles relations avec le monde du livre. J’aurai même plaisir à discuter avec lui si j’ai l’occasion de le rencontrer. Mais je crois qu’il serait stérile de poursuivre notre dialogue publiquement.  Nos points de vue sont trop différents. Lui a une approche révolutionnaire, moi une approche transformatrice. Il l’exprime d’ailleurs très bien:

« Il n’est pas question de faire évoluer la vieille chaîne du livre, mais plutôt d’en inventer une nouvelle, une chaîne du livre révolutionnaire fondée sur la démocratisation de l’accès à l’édition et aux livres, sur le libre choix des lecteurs.  Cessez donc de croire que votre travail s’inscrit dans l’avenir du livre lorsque tout ce que vous faites est de rénover des ruines… »

Je ne crois pas dans la révolution, lui ne croit pas dans la transformation. Je n’arriverai pas à le convaincre, lui n’arrivera pas à me convaincre. Nous sommes devant un conflit paradigmatique.

J’assume complètement mon choix de travailler auprès des acteurs de la chaîne du livre telle qu’elle se présente aujourd’hui et je présume que monsieur Guay assume aussi bien son choix de travailler en marge de celle-ci. D’une certaine façon, c’est même très bien comme ça, parce que c’est l’engagement de gens passionnés dans et hors du système qui nous offrira, collectivement, les meilleures chances de réussite pour inventer le nouveau monde du livre.

Bonne chance dans vos projets monsieur Guay. Et ne vous méprenez pas, ce ne sera pas par mépris ou par ignorance si je ne réagis plus à vos textes (que je continuerai de lire avec intérêt), ce sera par choix — parce que je pense nous avons tous les deux mieux à faire que de nous relancer continuellement alors que nos points de vue sont probablement irréconciliables dans le contexte actuel.

Communiquer plus, communiquer mieux, communiquer pour accompagner

05.04.2009 | Mise à jour | Ceux et celles qui arriveraient sur ce texte en provenance du site de la Fondation Fleur de Lys, je vous invite à lire aussi le texte suivant: Je ne crois pas à la révolution.

–/ Début du texte original /—

Il y a quelques jours Serge-André Guay répondait à un texte que j’ai écrit le 10 mars. Son texte s’amorce sur une mésentente parce qu’il a présumé que je plaidais pour le droit des éditeurs de ne pas partager leurs réflexions avec le reste du monde, au sens de « ne pas communiquer au sujet de », alors que je voulais plutôt dire « ne pas partager » au sens de « ne pas être d’accord ». Partant de cette malheureuse ambiguïté, l’auteur du texte reproche aux éditeurs (et indirectement à De Marque, et à moi) de ne pas communiquer efficacement, voire de cacher des choses.

Si j’accorde volontiers à monsieur Guay qu’il est sans aucun doute possible pour l’ANEL, pour De Marque et pour moi de communiquer davantage et mieux (je redoublerai donc d’efforts en ce sens) je dois dire à mon tour que je déplore l’habituelle rhétorique qui compose la suite de son texte. Je crois d’ailleurs qu’elle contribue à entretenir les maladresses de communication qu’il perçoit comme un manque de transparence.

Dans le même genre, Fabrice Epelboin signait avant-hier dans la version française de Read Write Web un texte polémique intitulé eBook : l’édition connaitra-t-il le même sort que la presse? Un texte très dur pour les éditeurs. Inutilement dur.

Je ne prétends pas qu’il n’y a aucun fondement dans l’argumentaire employé par monsieur Epelboin (au contraire!) mais je ne crois pas que c’est le genre de texte qui nous fait avancer, collectivement, vers les nouvelles formes de collaboration qui seront nécessaires pour permettre la naissance des oeuvres et leur découverte par les lecteurs.

Je l’ai déjà dit, de mon point de vue, nous partageons tous la responsabilité d’accompagner tout un secteur culturel dans sa transformation du « tout papier » vers le « en partie numérique ». Je crois que nous ne pourrons y arriver que dans la mesure où nous pourrons conjuguer les forces des plus innovateurs, audacieux (et souvent solitaires) et celles des acteurs plus conservateurs, prudents (et souvent établis depuis longtemps; qui ont plus à perdre et qui aussi à tenir compte de nombreuses contraintes, parmi lesquelles, des équipes en place, etc.).  Cette transformation ne se fera pas comme une révolution, mais comme une évolution, plus ou moins rapide.

J’ai choisi d’apporter ma contribution à ce vaste chantier en adoptant l’attitude et la posture du premier (l’innovateur), tout en inscrivant mes actions dans une logique d’accompagnement et d’appui des seconds (les acteurs établis). Je n’ai jamais regretté mon choix, malgré les inévitables contraintes et les frustrations que cela entraîne parfois (seul on va plus vite, ensemble on va plus loin). Messieurs Guay et Epelboin ont plutôt choisi la confrontation, je leur reconnais évidemment ce droit — et leur laisse le champ libre sur cette voie.  Je n’ai franchement pas envie de jouer à ce jeu.

* * *

C’est avec tout cela en tête que j’ai découvert, plus tôt cet après-midi Guerre et paix, un texte que Virginie Clayssen a publié plus tôt aujourd’hui sur son blogue. Un court texte dans lequel mon ex-collègue rend bien compte de l’attitude qui m’anime. Merci Virginie! — cela fait du bien à lire, et encourage à poursuivre dans cette voie.

Pour le dire encore plus simplement : je préfère m’exprimer avec pour principale motivation d’offrir du matériel aux agents de changement au sein des maisons d’édition plutôt que de cristalliser l’opposition entre les avant-gardistes et les conservateurs — parce que cela se ferait au risque d’affaiblir les premiers.

Évidemment, il existe aussi d’autres manières de contribuer à la transformation du monde du livre, comme le signale habilement Karl Dubost à la suite du texte de Virginie :

« Il y a une troisième position : L’action en tant que lecteurs… ».

Cela me semble très juste : les lecteurs aussi doivent se faire entendre — comme acteurs d’un écosystème, et non pas seulement comme l’extrémité de la soi-disant « chaîne du livre ». Il y a là un véritable activisme possible.

Les auteurs aussi peuvent jouer un rôle bien plus grand encore — eux qu’on a l’habitude de voir « à l’autre bout de la chaîne », mais qui sont plutôt, de mon point de vue, au coeur du système.

Ou, comme le dit Karl dans un texte intitulé Le Petit Prince : proximité et spontanéité, publié au cours des dernières heures — vraisemblablement après avoir lu Virginie:

« Le texte et l’édition a de belles heures devant lui mais si les acteurs s’engagent dans de nouveaux modes d’interactions dans son écosystème. »

Je le crois aussi.

Éducation et culture: la clé du passage au numérique, c’est le dialogue

Je vis depuis quelques semaines des moments particulièrement intenses au contact des différents acteurs du monde du livre — au Québec, en France, et plus largement, ailleurs dans le monde, notamment à travers la blogosphère. Les bouleversements en cours s’accélèrent et cela provoque toutes sortes de rencontres. Je me répète tous les jours — dans la fatigue comme dans l’ivresse — que c’est un grand privilège de pouvoir ainsi prendre part à des moments où tout est à inventer.

J’avais bien besoin de décrocher un peu cette fin de semaine — j’ai donc déconnecté vendredi soir. J’ai pris du temps en famille, pris l’air, plongé dans quelques livres, et dans les journaux — imprimés — un peu plus à l’abri que d’habitude des distractions inhérentes à la permanence des réseaux. Et ça m’a fait le plus grand bien.

Et puis ce matin, en lisant Le Soleil, café en main, un texte a attiré mon attention jusqu’à me faire reconnecter. Un texte bien loin des grandes analyses sur l’éducation, l’avenir du livre, le statut de l’écrivain, etc., Un texte très humble, qui m’a replongé aux sources de plusieurs de mes engagements personnels et professionnels depuis quinze ans — voire un peu plus. C’est un texte de France Castonguay, de Saint-Laurent-de-l’Île-D’Orléans, que je reprends in extenso ci-dessous, faute d’avoir pu le trouver sur Cyberpress.ca. Je reprends mes commentaires à la suite.

Précieux coup de main d’une grande dame

En lisant mon Soleil dimanche dernier, j’apprends que c’est le 100e anniversaire de naissance de Gabrielle Roy

Aussitôt m’est revenue en mémoire une anecdote concernant cette écrivaine dont j’ai croisé le chemin pour quelques minutes, mais qui me sont restées gravées en mémoire pour toujours.

J’avais 14 ans à l’époque et j’avais un travail de français à faire, concernant une partie de son roman La petite poule d’eau.

En étudiant sa biographie, j’avais découvert qu’elle était marée à un médecin de Québec. Comme j’éprouvais certaines difficultés à bien saisir le texte, j’ai pris la décision de l’appeler. Ce qui fit très facile, car son mari était dans le bottin téléphonique( tout en pensant bien que mes chances étaient plutôt minces qu’elle daigne me consacrer du  temps). À ma grande surprise, c’est elle-même qui ma répondu au téléphone et elle a patiemment répondu à mes questions. Après avoir raccroché, je n’en croyais toujours pas mes oreilles… Ces quelques minutes m’ont aidée à mieux comprendre son texte et m’ont été dune grande utilité pour terminer mon travail.

À la remise des travaux, mon professeur de français m’a indiqué, devant toute la classe, que je n’avais pas bien saisi le texte et que mon travail, somme toute, ne méritait pas une bonne note. J’ai attendu la fin du cours pour le rencontrer en privé et lui dire que j’avais communiqué avec Gabrielle Roy et qu’elle m’avait beaucoup aidée à saisir e sens de son texte! Je lui ai expliqué ma démarche et l’ai invité à l’appeler pour confirmer directement avec elle que nous avions bien eu cette conversation.

Cette très brève conversation avec cette grande dame a tout de même changé ma vie et m’a fait comprendre:

* Que le jugement que les autres portent sur notre travail peut parfois être complètement erroné, et qu’il ne faut pas trop s’en faire avec cela. Surtout si on est convaincu de l’avoir bien fait.

* Que d’avoir rencontré mon professeur en privé, pour lui expliquer la situation, au lieu d’essayer de l’humilier devant la classe, m’a apporté son plus grand respect.

Ces leçons de vie me servent encore aujourd’hui, même après plusieurs décennies.

Pour cela, merci encore, chère Gabrielle Roy.

— France Castonguay, Saint-Laurent-de-l’Île-D’Orléans

J’aime beaucoup ce texte parce qu’il illustre remarquablement que c’est dans le dialogue que la culture prend tout son sens, et tout particulièrement dans un contexte éducatif. C’est une conviction qui était à la base de  mon choix d’étudier en enseignement, qui était également à la base de mon intérêt immédiat pour le Web et de mon choix à participer à la mise en place de l’Infobourg, ainsi que de celui de travailler spécialement avec le monde de l’édition. Une conviction qui s’est renforcée lors de mon passage en France, et qui est au cœur de ma manière d’envisager l’avenir du livre dans un environnement culturel de plus en plus numérique. Une conviction qui s’incarne aussi dans mon engagement autour du projet de faire de Québec une cité éducative. Une conviction qui me ramène aussi fréquemment à l’œuvre de Paolo Freire.

Le témoignage de Mme Castonguay montre bien la valeur que peut avoir le contact avec l’auteur d’un texte. Il montre bien, aussi, que cela n’est pas seulement rendu possible depuis l’avènement d’Internet. Mais comment ne pas s’émerveiller devant tous les contacts que le Web facilite ou rend possible avec les auteurs des livres qui nous passionnent ou sur lesquels nous devons travailler, dans un contexte scolaire, notamment? Et devant tous les apprentissages et les projets dont ils peuvent être la source? Comment peut-on imaginer l’avenir de l’école sans tenir compte de telles possibilités?

Est-ce que, bien plus qu’un passage d’un support à l’autre, ou d’une forme matérielle à une autre, dématérialisée, ce n’est pas sous l’angle de nouveaux dialogues autour des oeuvres qu’il faudrait envisager la transformation actuelle du monde du livre? Je le crois. Profondément. C’est d’ailleurs ce qui me fait croire que tous les métiers qui sont fondés sur la médiation, sur le relationnel et sur le conseil peuvent particulièrement gagner dans ce nouvel univers littéraire. C’est une partie du message que j’ai souhaité laisser aux libraires, plus tôt cette semaine, notamment.

Dans un univers numérique, la clé du succès, c’est le dialogue. Dans le monde du livre, cela suggère le dialogue avec un auteur vivant, certes, mais aussi avec d’autres lecteurs, ou d’autres participants à l’écosystème qui prend forme autour d’une œuvre. Par conséquent, par delà les infrastructures, les formats, les modèles commerciaux, etc. ceux qui réussiront le mieux seront ceux sauront tirer profits des dialogues — par tous les moyens; par ceux qui leur conviennent, ne serait-ce que par courriel, par un blogue, etc. Qu’ils soient auteurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires, etc. Je m’émerveille d’ailleurs en voyant apparaître, chaque jour, de nouvelles initiatives qui s’inscrivent dans cette dynamique conversationnelle.

À moyen terme, je suis persuadé que les initiatives qui contribueront à favoriser les dialogues ont plus de chance de réussir que les autres. C’est même, je crois, la meilleure grille d’analyse pour faire des choix, tant éditoriaux, que techniques ou commerciaux — en particulier dans le monde du livre.

* * *

Si j’étais toujours enseignant, je m’empresserais de coller ce texte sur la porte de mon local, pour qu’il serve sans cesse de rappel aux élèves:

La culture est quelque chose de dynamique — vous en faites partie — vous disposez de moyens de communication extraordinaires — servez-vous-en! — communiquer avec les gens qui s’adressent à vous, à travers les médias, les livres ou autrement, quels qu’ils soient — interpellez votre entourage— posez-leur des questions — demandez qu’on vous explique — donnez votre opinion.

Je crois que c’est seulement de cette façon que les technologies du numérique — et que la culture, dans un environnement numérique — pourront devenir des outils de liberté et de solidarité; et non pas seulement de nouveaux vecteurs de la société de consommation.

À défaut d’avoir une porte de classe où afficher ce texte, je vais de ce pas le placer sur la porte du réfrigérateur familial. C’est dans le même esprit que je le dépose ici.

Partenariat Google-Sony autour du format ePub

Je suis à l’aéroport, sur mon chemin de retour… et comme pour me rappeler que les choses ne vont encore que s’accélérer dans le domaine de l’édition numérique… voilà la nouvelle que Virginie porte à mon attention:

500,000 public domain titles in ePub, from Google-Sony partnership

C’est, je crois, une *énorme* nouvelle. Faudra que j’analyse cela attentivement d’ici ma participation à une présentation devant l’association des libraires du Québec le 25 mars, et une autre devant les éditeurs québécois, au sujet de l’accord Google Book Search, le 3 avril.

On a décidément pas fini de pédaler…

Les Échos, Le Soleil, quelques précisions et un peu de fatigue…

Le Soleil publie sur son site un court texte qui fait référence au choix de Gallimard et de La Martinière d’appuyer la part commune de leur stratégie numérique sur une solution technologique proposée par De Marque. Un bon texte, auquel deux ajustements seront apportées dans les prochaines heures (merci au journaliste — et vive le Web!)

Le premier ajustement est une correction factuelle: les fichiers de Gallimard et de La Martinière ne seront pas hébergés au Québec, mais bien en France, même si c’est dans un entrepôt de conception québécoise. De la même manière que dans le projet que nous annoncions le 25 février, nous assurons aux éditeurs québécois que leurs fichiers seront toujours hébergés au Québec (dans le pays où ils ont été édités).

Le second ajustement est une précision au sujet du texte qu’on trouve sous la photo et un peu plus bas dans le corps du texte. Ce que j’avais signalé au journaliste lors de notre court entretien, c’est que ce qui a provoqué le plus grand choc au Salon du livre, ce n’est pas tellement le choix de De Marque, mais l’alliance entre Gallimard et La Martinière dans le domaine du numérique, en tant que telle. Je désirais mettre les choses en perspectives. Il faut relire à cet égard l’annonce des deux pdg et ce qu’en rapporte Livres Hebdo, notamment.

La formulation initiale de l’article me rendait un peu malheureux par l’impression qu’elle pouvait laisser à mes anciens collègues et amis-concurrents-de-la-même-époque. Parce ce que si je me réjouis bien sûr du succès que nous venons de rencontrer, mais je n’ai pas pour autant envie de faire le fanfaron. Je connais trop bien tous les efforts qu’ils consacrent aussi de leur côté pour répondre aux besoins des éditeurs avec lesquels ils travaillent. Courage tous! — c’est ensemble que nous y arriverons; en diversifiant les approches aussi pour finir par trouver la bonne (ou les quelques bonnes d’ailleurs, parce qu’il n’y en aura sans doute pas qu’une!).

* * *

Quatre jours complètement fous s’achèvent pour moi. Quatre jours au cours desquels chaque heure m’a réservé son lot de surprises et de rencontres, parfois délicates. Je suis fatigué, bien sûr, mais plus encore, je dois dire que je suis impatient de retourner aux fourneaux; c’est à dire à la réalité du développement et de la mise en place de cette solution.

J’ai hâte de retourner, concrètement, à l’accompagnement des éditeurs et des autres acteurs de la « chaîne du livre », aussi, parce que c’est ce que j’aime le plus dans cette aventure. Et je reste convaincu c’est ce qui compte — plus que tout! — si on veut franchir avec succès les étapes qui nous mènent à la dématérialisation du livre.