Qu’est-ce qu’une nation?

Un éditeur rencontré plus tôt cette semaine m’a fait cadeau de sa dernière publication: Les destinées de la Norvège moderne (1814-2005), de Jean-François Battail (éditions Michel de Maule). Un très bel ouvrage, aussi agréable à lire qu’à manipuler — tout le plaisir d’un livre.

J’y lis en page 174 un passage qui m’interpelle en cette journée où les membres du Parti Québécois commencent à voter pour se choisir un chef (les liens sont de moi):

« Dans une conférence devenue classique, « Qu’est-ce qu’une nation? » (1882), Ernest Renan avait souligné avec force qu’aucun des éléments qu’on invoque généralement — la langue, la race, la religion, l’économie, une défense commune… — ne suffit à lui seul à constituer une nation. Celle-ci repose selon lui sur un « principe spirituel » présentant deux aspects indissociables, d’une part un héritage de souvenirs communs, de l’autre la volonté de vivre ensemble et de faire fructifier le legs reçu. L’exemple de la Norvège confirme amplement ce diagnostic. […] La construction de la nation repose sur des conventions admises par la communauté, non sur des données objectives. Il en résulte une cohésion accrue, mais qui favorise les tendances ethnocentriques. En Norvège, l’affirmation d’une identité nationale n’est nullement agressive. Elle tend néanmoins à tracer une frontière entre « nous » et « les autres », d’où parfois une surestimation de la distance par rapport au monde extérieur et corrélativement une sous-estimation des différences, pourtant bien réelles, qui s’observent au sein de la collectivité nationale »

Quinze jours plus tard…

Fallait-il partir de moi? de ma rencontre de l’Autre? Privilégier une perspective plus personnelle? ou plus professionnelle? Qu’importe! J’ai choisi les airs de Zebda (Essence ordinaire, 1998) et je me suis lancé dans l’écriture.

Mon visage est une page qu’on n’arrache pas
(Tombés des nues)

Les deux semaines qui viennent de s’écouler auront été marquantes à bien des points de vue. Être loin de sa famille, laisser des copains derrière soi, vendre sa maison, aborder un nouvel emploi — dans un nouveau pays — et apprivoiser tous les sentiments qui accompagnent cela, ça ne laisse pas indemne. C’est une expérience particulièrement intense.

Lire la suite de « Quinze jours plus tard… »

Juger la France?

Le témoignage dramatique d’un beur de 33 ans, né dans une cité du nord de Paris et qui y vit toujours:

« J’ai vécu en Australie sept années. Et j’étais heureux. […] Pour eux, j’étais français. […] La haine, la colère, les frustrations accumulées durant mon enfance se sont tout doucement évanouies. Je suis revenu […] depuis trois ans. La haine revient petit à petit. » (Libération, 12 novembre 2005)

Il serait bien facile de juger « le modèle d’intégration de la France » sur la base de témoignages comme celui-là, mais sommes-nous vraiment mieux à Québec, largement incapables d’accueillir les immigrants dont nous aurions tellement besoin, pour des raisons économiques, bien sûr (réf. Le choc démographique), mais aussi, surtout, parce qu’ils pourraient nous aider à mieux comprendre le monde dans lequel on vit? Sans doute pas.

Plaidoyer pour une école refermée sur elle-même!

Invraisemblable discussion entre Jacques Dufresne et Normand Baillargeon à Indicatif présent ce matin. Je classe ça dans le pur délire marqué par la confortable négation de la réalité. Je n’en reviens tout simplement pas! Peut-être que je suis trop sévère, mais je n’ai pas le goût de maquiller ma première impression… pas pour le moment du moins.

Un extrait de Jacques Dufresne:

« Une école c’est une cité dans la cité et les murs de cette cité doivent être défendus […] Une personne qui entre dans une école sans être désirée, c’est la barbarie qui rentre dans l’école. On ne peut pas faire l’école si les murs de l’école ne sont pas protégés. Il n’y aura pas la paix requise et c’est pour ça qu’une autre des caractéristiques de nos écoles, l’ouverture sur la rue ou sur la vie, est quelque chose de catastrophique à mes yeux. L’école doit être centrée sur elle même, centré sur un idéal de savoir et d’humanité, et protégée contre les assauts de la rue. […] Je le dis au sens strict et au sens métaphorique. Il faut que l’école soit une espère de sanctuaire […] sinon c’est la rue qui va prendre le dessus… »

Je pourrais difficilement être plus en désaccord. Sur cet extrait et de façon plus générale. Sur la comparaison que Baillargeon fait entre la « formation à l’entrepreneuriat » et la société stalinienne aussi. De mon point de vue, tout ça n’est que pur délire. Et que dire de l’affirmation selon laquelle « l’ouverture au monde » comporte de grands dangers d’endoctrinement des enfants… Et les alternatives alors?

Et que dire, encore, de l’odieuse prétention de Dufresne selon laquelle « quand on est brillant actuellement on hésite à aller étudier en sciences de l’éducation »? Incroyable, non?

Tout cela est sordide, dit Dufresne. Une calamité, ajoute Baillargeon. Je pense plutôt que ce sont toutes ces affirmations à l’emporte-pièces qui sont sordides. Déplorables. Condamnables. Parce qu’elles ne font rien pour aider les éducateurs qui tous les jours, sont concrètement sur le terrain, avec les enfants, ceux qui ont de la facilité et tous les autres. C’est un discours paternaliste, certainement aussi « déconnecté» que ceux qu’ils prétendent pourtant dénoncer.

Merde!

Faudra que j’y revienne pour élaborer un peu au lieu de juste réagir, peut-être trop subitement. Mais c’était impossible de faire autrement… D’autant plus que je respecte pourtant, d’autres parts, les deux interlocuteurs de cette invraisemblable discussion. Re-merde!

Refonder la pédagogie

Qui a dit:

« La tradition pédagogique ne peut constituer un fondement valable pour justifier les agirs des pédagogues d’aujourd’hui. En effet, déjà à la fin du XIXe siècle, elle était contestée par les partisans de « la » science de l’éducation qui mettaient en cause le bien-fondé de certaines approches. Par ailleurs, la science ne peut non plus, à son tour, s’ériger en fondement absolu puisque la situation d’enseignement fait appel à des sources qui ont peu ou prou à voir avec la science pour alimenter la prise de décision. On gagnerait à penser la pédagogie autrement, par exemple, en s’inspirant de certains discours sur le postmodernisme. La postmodernité se caractériserait précisément par une sorte d’incrédulité à l’égard des discours qui prétendent se fonder en vérité. Dans cette perspective, fonder la pédagogie serait d’abord une activité langagière, argumentative qui utiliserait les savoirs de la tradition et de la science comme données pour nourrir le jugement.

Réponse: Clermont Gauthier, dans un ouvrage intitulé Tranche de savoir (Éditions Logiques, 1993).

Je me permets de m’en étonner aujourd’hui étant donné la tournure des discussions actuelles sur la réforme et de la perception que j’ai de son rôle dans l’élaboration d’un discours qui prétend précisément se fonder en vérité.

Vision 2015… en Haute-Yamaska

« …un grand forum de réflexion sur ce que sera l’avenir de notre région en 2015. En tout, 130 participants issus de tous les secteurs de la MRC de la Haute-Yamaska y ont été invités afin d’exprimer leurs visions et d’en débattre librement. Le projet […] se veut d’abord une démarche citoyenne pour dessiner l’avenir de la région en termes forts et audacieux. Son objectif? Identifier les forces et les stratégies gagnantes. »

J’ose croire que nous pourrons prendre connaissance des résultats de l’exercice à partir d’Internet.

Guide de la famille 2005-2006

Je me réjouis au plus haut point de voir l’importance que semble vouloir prendre cette année le Guide de la famille de la Ville de Québec.

— Encarts dans les principaux journaux;
— Dépliants dans certains commerces associés;
— Avis remis aux élèves dans les écoles;
— Partenaires de plus en plus nombreux;
— Création d’une « Carte de la famille ».

Voilà autant de pas concrets dans le sens d’une Cité éducative. Sous l’angle des loisirs, parfois éducatifs, mais quand même! La perspective famille, la mise en valeur des lieux d’apprentissage et de culture et, surtout, la synergie qu’on sent vouloir se développer entre la ville, les organismes de loisirs, les institutions culturelles, les commerçants et les milieux scolaires.

Je pense que Québec pourrait être très fier de soumettre ça comme une pratique exemplaire à l’Association internationales des villes éducatrices, à Lyon, dans quelques mois.

Bravo à ceux et celles qui ont cru dans ce projet et qui le réalisent lentement, mais sûrement, depuis quelques années.

Cultiver le goût d’entreprendre à l’école

Cultiver le goût d’entreprendre à l’école: c’est le thème du Forum d’automne de la Fondation de l’entrepreneurship, pour lequel j’ai accepté avec grand plaisir de prononcer la conférence inaugurale, le 20 octobre prochain.

Cultiver le goût d’entreprendre? Qu’est-ce que cela signifie?
Et le faire à l’école? Qu’est-ce que ça peut bien impliquer?
Et comment ces questions devraient nous interpeller comme éducateurs?

Parmi les pistes que je compte explorer, il y a celle du rôle (et du potentiel!) des technologies de l’information et de la communication pour développer ce goût d’entreprendre.

Parce que je crois que l’ordinateur (et les réseaux qu’il rend possible) change profondément le rapport qu’on entretient avec notre milieu… et que cela est au coeur notre capacité d’entreprendre… et peut-être aussi du goût qu’on peut avoir à le faire.

La culture du logiciel libre, par exemple, n’est-elle pas justement une invitation à voir le monde différemment, à s’y voir comme un entrepreneur plutôt que comme un consommateur?

À développer dans les prochains jours.

Il n’y a pas que des voleurs d’enfance

Je trouve incroyable que le documentaire (où est-ce un pamphlet?) de Paul Arcand, Les voleurs d’enfance, ait pris une telle place dans les médias avant même d’être en salle. Ça sent un peu le débat public provoqué pour des raisons publicitaires (ce qui n’en fait pas un débat moins important!).

Avant de juger sur le fond il faudra évidemment attendre de voir le film et accepter passivement que les experts nous farcissent d’analyses de toutes sortes pour encore trois pleines journées. On a rarement vu mieux pour faire en sorte qu’une population se sente incompétente pour prendre part au débat.

On fait quand même parfois de belles découvertes parmi tous ces experts. Cela a été le cas pour moi ce soir, au Point, avec le pédiatre social Gilles Julien. Son approche, éducative au possible, misant sur le milieu et la communauté, m’a plu beaucoup. J’ai trouvé deux textes qui permettent d’en savoir un peu plus à son sujet:

La pédiatrie magique du Dr Bohème
Dr Intraitable

Il faut aussi visiter le site de l’organisme Assistance d’enfants en difficulté, que le docteur Julien a contribué à mettre sur pied.

Un homme décidément très inspirant.

Démystifier la bibliothèque

Je crois profondément au rôle des bibliothèques dans le développement d’une société — d’où mon engagement avec l’Institut canadien de Québec. Je suis également convaincu qu’elles doivent offrir gratuitement leurs services (Merci à Jean-Paul L’Allier!). Je souffre donc de les voir injustement accusées.

Lise Bissonnette répond aux détracteurs de la Grande Bibliothèque dans Le Devoir de ce matin. Un texte à lire!

Savoir sur quoi mettre l’accent

Je ne sais pas trop quoi penser de la demande du Conseil supérieur de la langue française pour que les écoles québécoises appliquent progressivement la réforme de l’orthographe qui dort sur les tablettes, presque partout dans la francophonie, depuis plus de dix ans.

Je suis quelqu’un qui n’a pas peur du changement et des inconvénients qu’il entraîne inévitablement.

Je suis néanmoins sensible à l’opinion que relaie l’éditorial du Devoir de ce matin — sa conclusion, en particulier.

Je pense qu’au bout du compte, tout est question de priorités. Et il est vrai que, dans le cas présent, les écoles n’ont pas vraiment besoin d’une nouvelle source de polémique entre parents, enseignants et experts de toutes sortes. On en a déjà plein les bras avec le renouveau pédagogique et la volonté, de plus en plus partagée, d’adopter un modèle d’école plus ouvert sur la communauté.

Établir des priorités, c’est aussi ça, savoir où mettre l’accent.

Lier, c’est construire

François Guité a publié plus tôt cette semaine un texte remarquable où il explore la manière dont les les blogues stimulent la pensée:

« Il s’agit, en fait, de libérer la pensée des idées préconçues. Le désordre est rapidement maîtrisé par la pensée analytique qui réorganise ensuite l’information dans une synthèse de type constructiviste. Enfin, le résultat est soumis au jugement de la communauté, dont la connectivité joue un rôle de filtre mémétique. »

Un schéma sur lequel on peut réfléchir longuement accompagne le texte.

Ce texte m’a ramené à un autre, toujours de François, publié quelques jours plus tôt. Dans ce texte, il cite George Siemens pour déplorer que le monde des blogues est la source de beaucoup de connexions mais de peu de constructions et de réalisations collectives. En d’autres termes, on parlerait beaucoup, on se renverrait la balle souvent… mais bien peu de résultats ne découleraient de tout ce bruit. C’est une préoccupation que Stéphane Allaire a d’ailleurs eu maintes fois l’occasion d’exprimer. C’est une préoccupation que je ne partage pas — ou à un bien moindre degré.

J’observe bien entendu qu’il y a beaucoup de monologues dans la blogosphère. Beaucoup d’idées lancées qui ne trouvent pas de suite. Beaucoup de grands discours sans effets. Mais à mon avis, la quantité est anecdotique. Il ne faut pas se laisser distraire. Je pense que toute cette production, en apparence insignifiante, doit être vue comme le résultat des efforts de tout un chacun pour tisser des liens avec l’Autre. Ce sont des matériaux. Des ordures. D’inévitables produits d’un réseau en construction. Le fruit des tentatives de quelqu’un de se joindre à un groupe. On est dans le préalable. Le nécessaire préalable.

On n’a pas besoin que tout s’inscrive dans un ensemble cohérent pour que l’activité ait à l’occasion un sens. Et ce sont ces occasions qu’il faut rechercher. Parler beaucoup, pour maintenir et développer un réseau autour de soi. Rien que pour ça. Pour en disposer le jour où on en aura besoin. Ce n’est pas banal.

Jaser de tout, de rien et d’éducation, tous les jours, pendant des semaines, sans résultats concrets, sans construction collective, qu’importe! Si le jour où nous aurons besoin de nous concerter nous disposons de cet acquis. C’est vrai pour chacun de nous. C’est vrai pour les enfants qu’on désire initier à la culture de réseau. Je pense que c’est aussi ça le socioconstructivisme — savoir ce qu’implique le déploiement d’un réseau autour de soi.

Sans compter que je trouve injuste de laisser entendre qu’il y a peu de coconstruction, au sein de notre groupe, par exemple. Il me semble que les exemples ne manquent pas! Sur le sujet du logiciel libre (et des licences, de façon générale), par exemple, il me semble que nous avons fait beaucoup évoluer nos conceptions. Je pense que cette compréhension améliorée des enjeux, même si elle n’est pas écrite noire sur blanc à quelque part et qu’il est difficile de cerner le processus par lequel elle s’est bâtie, est le résultat d’une construction collective. La réalisation de Signets RSS et de Liens pédagogiques collectifs, pour ne nommer que ceux-là, me semble aussi des réalisations très concrètes, qui sont le fruit de nombreux échanges qui ont pu paraître bien disparates à certains moments.

Je pense que la blogosphère est une extraordinaire machine à faire des liens — entre les gens, leurs idées et leurs projets. C’est un monde extraordinairement complexe, qui ne se laisse pas aborder aussi facilement. L’origine d’une idée peut être difficile à retracer et son processus de gestation difficile à cerner… et ce n’est pas toujours le produit qu’on anticipait qui prend forme (alors, quoi observer si on désire analyser, décrire cet univers?), mais tout ça n’est pas moins vrai.

Et après tout, quand on déploie un réseau, est-ce que par définition on ne construit pas quelque chose?

Bien sûr, je me fais un peu provocateur… mais je souhaite tant que la discussion se poursuive! ;-)

Un ordinateur portatif à moins de 100 $

C|net: « The proposed design of the machines calls for a 500MHz processor, 1GB of memory and an innovative dual-mode display that can be used in full-color mode, or in a black-and-white sunlight-readable mode. […] Power for the new systems will be provided through either conventional electric current, batteries or by a windup crank […] The machines, which will run a version of the Linux operating system […]For connectivity, the systems will be Wi-Fi- and cell phone-enabled, and will include four USB ports […]

…a goal of the project is to make the low-cost PC idea a grassroots movement that will spread in popularity, like the Linux operating system or the Wikipedia free online encyclopedia. « This is open-source education. It’s a big issue. »

« This is the most important thing I have ever done in my life, » Negroponte said. »

Production de masse annoncée pour 2007. Faut vraiment voir les images… Impressionnant!

Le monde n’a décidément pas fini de changer! Les conséquences de tout ça sont vraiment imprévisibles. Nous avons, comme éducateurs, à réfléchir à tout ça. Pour les enfants d’ici, et d’ailleurs.