L’humanisme têtu

IMG_5885.jpg

Je ne me souviens pas d’avoir évoqué ici les textes que Mélikah Abdelmoumen regroupe sur son blogue sous le titre Histoires de Roms. Elle a publié ce matin le 46e texte de la série, qui s’intitule Renoncements. C’est un texte qui ne peut tout simplement pas nous laisser indifférent.

Mélikah raconte dans chacun ses textes les efforts inouis qu’elle déploie depuis 2013 — avec quelques complices — pour aider une famille de Roms, en banlieue de Lyon. C’est dur, c’est beau, c’est plein d’amour. Plein d’espoirs aussi. Et de désespoirs, parfois.

Et c’est surtout profondément universel.

Les mots de Mélikah témoignent de l’humanisme qui unit, trop discrètement, ceux qui aident et ceux qui ont besoin d’aide. Un humanisme têtu qui s’acharne même quand la société l’abandonne (surtout quand la société l’abandonne).

Vous devez lire Renoncements. C’est important.

Mélikah traverse un moment difficile. Elle doit renoncer à l’espoir de changer la vie de Cendrillon, Fabien et Clara. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé…

«Et je dois me rendre à l’évidence: pour que ça ait une chance de fonctionner, c’est la manière globale dont notre société considère ses démunis qui est entièrement à reconstruire, et ça, nous sommes trop peu à le vouloir. Trop peu, et qui n’ont pas le pouvoir.»

«…je crois que je suis en train de comprendre ce que je n’avais jamais envisagé: peut-être qu’au fond, ils n’attendent absolument pas que leur vie change grâce à la présence ou au soutien des gens comme moi. Peut-être que ça, ce sont nos projets, pas les leurs.»

Le constat qu’elle dresse est important. Essentiel même.

Je crois que ce qu’elle vit comme un douloureux renoncement est aussi (surtout?) un cri du coeur qu’elle nous adresse.

La société ne peut pas se faire bonne conscience en s’appuyant sur quelques personnes plus sensibles ou plus généreuses que les autres. Quelle que soit l’aide qu’on pourrait apporter par leur intermédiaire, en s’appuyant sur leur engagement — jusqu’à en abuser, jusqu’à l’épuisement — il n’y aura jamais rien de plus important que la fraternité pour le salut de tout le monde.

«…peut-être qu’une nouvelle étape de notre relation peut commencer. Celle où je lui fiche la paix, celle où je me fiche la paix, celle où, à tâtons, nous essayons d’avancer côte à côte, chacune avec sa vie, ses limites, ses embûches, dans cette réalité pourrie et tellement décevante.»

Si les renoncements de Mélikah nous ouvrent les yeux sur la nécessité de mieux comprendre, de se rapprocher et de développer progressivement des relations plus fraternelles avec les gens qui, autour de nous, vivent des situations difficiles, nous en sortirons tous grandis.

Je pense évidemment aux plus démunis et aux nouveaux arrivants, mais aussi aux nations autochtones, dont nous ne connaissons trop souvent la réalité qu’à travers le prisme déformant des médias.

Merci Mélikah de persévérer dans ces difficiles séances d’écriture. En nous ouvrant ton coeur tu ouvres aussi les nôtres. Ils en ont bien besoin.

Journaux et café

IMG_5185.jpg

La lecture des journaux à l’ombre sur la terrasse ce matin avec un bon café, de petites prunes jaunes et un vent doux pour brasser l’air: un grand plaisir pour l’esprit comme pour les sens.

Plusieurs textes ont retenu mon attention pour poursuivre les réflexions des derniers jours, en particulier au sujet de l’agriculture et l’alimentation, de l’état de notre démocratie et du développement de la ville de Québec.

 

L’agriculture et l’alimentation

Plusieurs personnes m’ont écrit pour me suggérer des lectures complémentaires au texte que j’ai publié ici hier. Pour m’offrir de participer à la recherche et à la réflexion aussi. Merci!

Le Devoir contribue aussi avec plusieurs textes, dont celui-ci, dont je reprends quelques extraits, mais que j’aurais pu citer au long.

Produits maraîchers et grandes chaînes alimentaires | Philippe Mollé | Le Devoir

«Je n’ai rien contre le fait qu’on consomme des pêches, par ailleurs excellentes, de l’Ontario, ou certains produits hors saison provenant de la Colombie-Britannique. Par contre, en pleine saison de récolte de fruits et légumes d’ici, comme les bleuets, les framboises, les fraises, je proteste contre le fait que ceux-ci peinent à se rendre jusque dans nos épiceries. (…)

On parle de libre-échange à la grandeur de la planète, mais nous sommes incapables de vendre certains produits carnés ou alcools à nos voisins de l’Ontario. Il en est ainsi également de certains fromages, pour lesquels la porte est fermée.

La plupart des décisions d’achat proviennent de l’extérieur du Québec et comportent des tas de contraintes pour les petits artisans, comme des ristournes, des reprises, des livraisons garanties, etc. On ne favorise en rien le développement de l’agriculture locale de cette façon (…)

Mieux comprendre et participer au dialogue de la terre fait désormais partie de nos motivations. On veut savoir qui a cultivé nos fruits et légumes, d’où viennent la viande et la volaille que l’on mange, et surtout dans quelles conditions les bêtes ont été élevées.»

Aussi ces quatre textes de Caroline Montpetit, qui sont regroupés dans un remarquable double-page dans la version imprimée du journal:

La banque de terres: un terreau fertile pour pallier le vieillissement des agriculteurs

Objectif terre

De la broue et du brou

Des insectes et des hommes

Je signale, en complément, le remarquable site Web de la Banque de terres.

Banque de terres — des paysages aux paysans

 

L’état de notre démocratie

Contre tous les Trump, sus à la procrastination! | Fabrice Vil | Le Devoir

J’apporterais personnellement quelques nuances à certains des propos de l’auteur de ce texte d’opinion mais il reste, dans l’ensemble, assez juste — et important.

«Une éducation de qualité pour tous favorise le développement de la pensée critique nécessaire pour juger de la qualité d’un projet de société et mettre en question le bien-fondé des idées proposées par nos leaders. C’est cette éducation qui développe chez l’individu les habiletés non cognitives, dont l’empathie, qui évitent de céder à la tentation de la haine et de la peur de l’autre. C’est cette éducation qui incite à participer à la chose publique. En bref, c’est elle qui permet la véritable démocratie. (…)

Une Éducation avec un grand « E », dirais-je. Celle-ci requiert des choix difficiles et complexes qui impliquent notamment les établissements scolaires, bien sûr, mais qui appellent aussi à la contribution de l’ensemble de la société.»

 

Le complotiste | Jean-Marc Salvet | Le Soleil

«Les forts en gueule font souvent davantage leur place dans les médias que les forts en sens. Beaucoup des forts en sens restent malheureusement dans l’anonymat. Beaucoup des forts en gueule finissent heureusement par se pendre eux-mêmes avec des mots de trop. Mais ce n’est pas toujours le cas.»

Quel rôle pour les médias — et ceux qui les lisent/consultent/consomment dans cette dynamique où les coups de gueule font vendre bien plus que les nuances? Une réflexion essentielle pour la démocratie. Un enjeux important pour les prochaines années.

J’en profite pour souligner que j’apprécie particulièrement la plume de Jean-Marc Salvet dans son rôle d’éditorialiste.

 

Le développement de la ville de Québec

L’ancien Omer DeSerres dérange dans Saint-Roch | David Rémillard | Le Soleil

«…un bâtiment à moitié démoli (…) à l’angle des rues Caron et Sainte-Hélène. Outre le squattage qui s’y déroule et les odeurs d’humidité qui s’y rattachent, les voisins le trouvent surtout très laid et demandent à la Ville d’intervenir. (…)

À la Ville de Québec, un porte-parole a indiqué qu’il était impossible d’imposer la démolition du bâtiment. La réglementation se limiterait au clôturage.»

Je ne comprends pas qu’il ne soit pas possible d’exiger une démolition dans le cas comme celui-là. Et, à l’inverse, il semble que les sanctions associées à la démolition d’un immeuble sans autorisation préalables sont dérisoires. Cela contribuerait d’ailleurs à amplifier certains inconvénients liés à la densification de certains quartiers parce que des promoteurs achèteraient parfois des maisons pour les jeter par terre avant même d’avoir obtenu les permis pour reconstruire. À vérifier/documenter.

***

Je retiens en terminant une très belle citation de Bernice Jonhson Reagon, lue dans la conclusion d’un texte qui porte sur l’importance du logiciel libre.

Un autre monde numérique est possible | Boris Proulx | Le Devoir

«Si vous êtes trop à l’aise dans une coalition, c’est que ce n’est pas une coalition assez large !»

Je trouve que ça résume remarquablement bien ce qu’on semble avoir de plus en plus de difficulté à faire au Québec — et qui est pourtant tellement déterminant pour accomplir de grands desseins!

La dignité

IMG_4120.jpg

Le contraste est fort. L’un a tout, l’autre presque rien. À moins que ce ne soit le contraire.

Gaétan Barrette est riche. Il est en santé. Et il a du pouvoir. Un pouvoir dont il se sert de façon autoritaire en maniant plus souvent l’insulte que la raison. Patrick Lagacé trace son portrait dans La Presse.

Gaétan Trump | La Presse | 26 mai 2016

François Marcotte est pauvre. Son corps est malade. Tout est de plus en plus difficile pour lui depuis quinze ans. Isabelle Porter trace son portrait dans Le Devoir.

Recourir au socio-financement pour se laver | Le Devoir | 26 mai 2016

Pendant que le premier, puissant ministre, a choisi de r’virer de bord boutte pour boutte le système de santé québécois sans jamais porter attention aux critiques, le deuxième reçoit de moins en moins de soins.

Pendant que Gaétan parle de la santé et des services sociaux comme Kafka évoquait le Château, personne n’a le temps de laver le dos et les pieds de François plus d’une fois par semaine.

Pendant que le premier fait de la politique de la façon la plus indécente qui soit, le deuxième reste est un exemple de dignité. Regardez-le sur ces photos. Ce regard fier et déterminé c’est celui de mon ami.

Nous étions impliqués, François et moi, au Bureau d’Action et d’Information Politique au Cégep de Sainte-Foy il y a de cela… 25 ans! On a fait le party ensemble. On a ri comme des fous. On a jasé pendant des heures en marchant dans les rues de Sainte-Foy. On a refait le monde, plusieurs fois. On avait le même genre de vie. Le même genre d’intérêts. Puis la vie, dans toute sa cruauté, nous a fait suivre des trajectoires bien différentes.

Aujourd’hui François fait appel à moi. Il fait appel à nous. Il a besoin de 25000$ pour s’offrir des choses que la majorité d’entre nous tenons pourtant pour acquises: la propreté, la mobilité, des activités variées. Des moyens pour continuer d’être engagé dans la société aussi (surtout, peut-être).

Douches et kilomètres | François Marcotte | GoFundMe

J’ai évidemment fait une contribution à sa campagne de financement, au nom de toute la famille. Ça va de soi étant donnée la chance que nous avons. Mais je dois dire que je l’ai fait avec une bonne dose de colère et de honte.

Avec colère, parce que ce n’est pas vrai que le Québec n’a pas les moyens d’offrir de meilleurs soins à des personnes comme François. Ce n’est pas normal que je doive sortir ma carte de crédit pour qu’il ait accès à ce qu’il demande.

Je pense qu’il faut le dire franchement: si François fait appel au sociofinancement aujourd’hui, c’est parce que les gouvernements que nous avons élus dans les dernières années ont décidé qu’il y avait des choses plus importantes à faire avec notre richesse collective que d’offrir des soins de qualité à des gens comme lui. Et ça me choque, profondément.

De la honte aussi parce que malgré l’indéfendable attitude du ministre de la Santé, ce serait trop facile de lui faire porter seul la responsabilité de la situation.

Il faut être honnête: si les choses sont telles qu’elles le sont, c’est parce que nous préférons généralement ne pas les voir, parce que nous ne nous indignons pas, parce que nous ne protestons pas, parce que nous faisons preuve, comme citoyens, de beaucoup d’indifférence. Parce que nous sommes trop occupés à regarder ailleurs et parler d’autres choses.

***

Je connais assez François pour savoir qu’il n’a pas fait cet appel à tous pour se plaindre. Encore moins pour susciter la pitié. Il l’a fait, humblement, parce qu’il n’avait pas d’autres choix. Il ne l’a pas fait seulement pour lui non plus.

J’espère évidemment qu’il réussira à amasser tout l’argent dont il a besoin. Mais je sais que ce qu’il souhaite, plus que tout, c’est que son témoignage nous ouvre grand les yeux sur la situation de toutes celles et ceux qui partagent sa condition.

Je sais que François serait bien malheureux de savoir que j’en reste à la colère et à la honte. Il préfère assurément que je convertisse, comme il l’a fait, ces sentiments négatifs en gestes concrets pour que les choses puissent changer. Et c’est très certainement ce que je vais continuer de faire, notamment à travers mon engagement politique.

Merci François pour ce douloureux, mais combien inspirant, rappel.

Et bon courage pour la suite mon ami.

 

Photo: extrait d’une oeuvre cinétique de Humans Since 1982, vue à l’entrée du Cooper-Hewitt Museum en mai 2016.

Lettre à Jean-Paul L’Allier

IMG_1899

J’apprends dès mon réveil le décès de Jean-Paul L’Allier. Avec une très grande tristesse. Il était une de mes grandes inspirations. Un de mes modèles, depuis très longtemps.

J’avais fait il y a quelques années l’exercice de lui écrire une lettre, comme un exercice de réflexion personnelle — imaginant l’inviter à la première réunion de mon Conseil d’administration virtuel.

La lettre est ici:

Première convocation pour la réunion… | 18 juillet 2011

Je crois même lui avoir transmis, réellement, cette lettre par la suite.

Merci pour tout Monsieur L’Allier.

 

 

Faire l’autruche serait la pire chose à faire

IMG_2512

J’ai fait quelques recherches à la suite des réactions que mon texte d’hier (Par-delà Netflix) a provoquées.

Pour alimenter la discussion je partage ci-dessous quelques extraits d’un texte prononcé le 7 novembre dernier par Monique Simard, présidente et chef de la direction de la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC), devant les membres du Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM).

Sodec | Monique Simard | La culture du changement pour une culture en changement

Je trouve qu’il indique une direction intéressante — qui reste néanmoins entièrement à concrétiser.

«… nous devons, dans nos actions culturelles futures, trouver un meilleur équilibre entre la création, la production et l’exploitation. […] On le sait, notre marché est petit, nous avons besoin d’élargir nos horizons. Le numérique nous permet de faire de grandes percées à ce niveau. […]

Pour être clair, il faut oser revoir la répartition de nos mesures de soutien, s’ouvrir à de nouveaux secteurs de création et de production et, oui, comment allons-nous redécouper la tarte des aides? Et surtout, comment générer de nouveaux revenus? […]

Faire l’autruche serait la pire chose à faire. Prenons cela de front, et vous me permettrez cette vielle expression militante, en solidarité.»

Je le prends comme une nième illustration que 2015 sera une année pour se retrousser (encore un peu plus) les manches.

Bonne lecture.


La culture du changement pour une culture en changement

Quelques extraits de l’allocution de Monique Simard, présidente et chef de la direction, au CORIM, 7 novembre 2014

Ceux d’entre vous qui me connaissent savent à quel point je suis ravie d’avoir l’occasion aujourd’hui de venir vous parler de culture québécoise, oui, mais plus particulièrement, de tous ces changements, voire des bouleversements auxquels elle fait face, et auxquels nous, consommateurs, producteurs, diffuseurs, intervenants de toutes sortes du monde culturel, faisons face! […]

Je ne veux pas vous assommer de chiffres, ce n’est pas le moment dans ce type de conférence, mais je tiens à vous en donner quelques-uns pour vous démontrer en quoi le monde de la consommation culturelle s’est radicalement transformé depuis quelques années. […]

Au Québec, en 2014, nous observons un recul des téléchargements par rapport à l’an dernier: -3 % pour le nombre de téléchargements d’albums numériques et – 13 % pour le nombre de téléchargements pistes numériques. […]

Au Québec, les ventes de livres numériques représentent entre 3 % et 4 % du total des ventes de livres. La tendance entre 2013 et 2014 se stabilise avec 14 % des adultes québécois qui ont téléchargé des livres numériques.

On note un nombre de lecteurs sur format numérique en hausse aux États-Unis, où la valeur du marché du livre numérique était estimée à 3 milliards $US. Le marché semble se stabiliser avec une croissance d’à peine 5 % en 2013. = Taux d’adoption du livre numérique y est + élevé: 23 % chez les hommes adultes et 33 % chez les femmes adultes.

De façon plus générale, en Occident:

87 % des 15 – 25 ans regardent des vidéos en ligne

98 % écoutent de la musique dématérialisée

46 % ont lu des livres électroniques

20 % des 15 – 18 ans dans les pays occidentaux n’utilisent jamais de média traditionnel pour regarder des vidéos, soit 3 X plus que leurs aînés

Un dénominateur commun s’applique à tous ces secteurs culturels: c’est désormais le « consommateur de culture » qui mène le bal.

L’environnement technologique permet désormais au consommateur de choisir QUAND, OÙ ET COMMENT IL CONSOMME. Il choisit sa plateforme de consommation, son format, le mode de paiement (s’il paie!) de ce qu’il consomme en culture: livre, musique, film, télé, jeux…

D’une certaine façon, on peut affirmer que le consommateur a pris de l’avance, qu’il s’est approprié les nouvelles technologies plus rapidement que les créateurs, les producteurs, les distributeurs et les diffuseurs. Un changement de donne majeur!

Le produit c’est le consommateur. Gros changement de paradigme! […]

Vous êtes ces consommateurs! Qui achète désormais sa musique sur Internet? Qui ne l’écoute que par Internet? Qui achète ses livres sur Internet? Qui est abonné à Netflix ? Je ne vous demanderai pas de lever la main, mais si vous êtes comme la plupart des gens, vous le faites. C’est pratique, pas cher, quand ce n’est tout simplement pas gratuit, et l’offre ne cesse de grandir.

Parlons-en justement de ces Netflix et Spotify, qui font maintenant bien partie du décor et qu’on ne peut plus mettre de côté.

Selon le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), le taux d’adoption de NETFLIX au Québec est de 9 %  contre 24 % pour l’ensemble du Canada. Son taux d’adoption est nettement plus élevé chez les Canadiens anglophones que chez les Canadiens francophones: 29 % contre 7 % en 2013. […]

Spotify, pour sa part, est assez récent, le service est arrivé cet automne au Canada, et déjà, il fait beaucoup parler de lui.

Toujours selon le CRTC, en 2014, il comptait déjà plus de 10 millions d’abonnés payants et plus de 40 millions d’abonnés « actifs » (payants + gratuits actifs dans les 30 derniers jours). L’an passé, il comptait 6 millions d’abonnés payants et 24 millions d’abonnés « actifs ». On constate donc que Spotify a fait un bond important!

Et n’oublions pas Amazon, où, pour seulement 9,99 $, vous avez accès à  600 000 titres! Permettez-moi l’expression, mais c’est « All you can eat! »

[…] Comment faire pour que la culture québécoise, celle créée par nos artistes, produite et diffusée par nos entreprises culturelles, puisse, dans ses nouveaux environnements, toujours rejoindre son premier public, les Québécois, et plus encore, en rayonnant au plan international? […]

Comment dans un univers en si grande transition, particulièrement depuis l’apparition de tant de plateformes (2008), pouvons-nous continuer à nous distinguer? […]

Deux valeurs doivent nous guider à mon avis: la Lucidité et l’ambition. Ce sont les deux valeurs que nous devons partager dans le milieu culturel, que nous soyons des institutions publiques ou privées. Pour moi, la discussion ou même l’opposition entre art et commerce est futile.

Partager une même lecture et se fixer des ambitions.

Vous remarquerez que j’utilise le mot « ambition » et non pas « objectif » tout simplement car, pour moi, l’ambition est un terme qui mobilise et qui doit nous inspirer à nous dépasser.

J’ose espérer que nous faisons toujours consensus sur la nécessité d’une politique culturelle qui repose sur:

– l’affirmation de l’identité culturelle

– le soutien aux créateurs et aux arts et l’accès

– la participation des citoyens à la vie culturelle

Et, bien sûr, sur une nécessaire intervention et soutien de l’État pour la culture.

Une nécessaire orchestration de moyens pour soutenir créateurs, producteurs et exploitants.

Et une nécessaire et vibrante communauté d’entreprises culturelles pour arriver à ces fins.

Je suis convaincue de cela, c’est-à-dire, du rôle essentiel de l’État à déterminer une politique culturelle et à s’assurer de la mise en place des mesures pour l’appliquer. La mission d’une politique culturelle est une chose, les moyens en sont une autre. […]

Dans la période de grande transformation que nous vivons, je crois que l’on a tendance à confondre la mission des moyens ou des activités pour l’accomplir. Parfois, on a tendance à prendre le « moyen » pour une finalité en soi. À titre d’exemple: l’important est-il de LIRE ou le FORMAT sur lequel on lit? Même chose pour les films ou la musique. […]

Mais, je vous entends déjà marmonner que nous allons tout chambouler, que tous les modèles d’affaires vont changer. Et bien, vous avez peut-être raison! Vous avez raison, sinon on risque fort de ne pas passer au travers. Je ne veux pas faire peur à personne. Je ne suis pas là aujourd’hui pour semer la panique. […]

J’étudie les modèles d’affaires, j’analyse les chaînes économiques liées à chacun des secteurs, et force est de constater 1) qu’il faut changer et 2) que la peur du changement est très répandue. C’est normal et je comprends cette peur lorsque les modèles de remplacement ou alternatifs ne sont pas encore aux rendez-vous. Je comprends, et j’ai, croyez–moi, énormément d’empathie pour les entrepreneurs qui ne savent pas où donner de la tête pour maintenir leurs entreprises à flots, tout comme je comprends les artistes et artisans qui ont des conditions de travail difficiles. Je comprends aussi les diffuseurs et les exploitants qui voient leurs clientèles diminuer d’année en année.

Mais je comprends aussi qu’on ne peut pas retourner en arrière. Que rien ne sert d’être nostalgique.

On doit, c’est une quasi obligation, se transformer si on veut survivre.

Il est impératif de:

– Trouver de nouvelles sources de financement. Pas facile à faire mais essentiel! […]

– Trouver de nouveaux modes de financement (ex: interactive crowd funding).

– Modifier notre conception de ce qu’est une entreprise culturelle (revoir des statuts).

– Créer une synergie réelle dans le monde culturel québécois.

[…]

J’ose avancer que nous devons, dans nos actions culturelles futures, trouver un meilleur équilibre entre la création, la production et l’exploitation. Par exploitation, j’entends: promotion, marketing, commercialisation, diffusion, distribution nationale et internationale. On le sait, notre marché est petit, nous avons besoin d’élargir nos horizons. Le numérique nous permet de faire de grandes percées à ce niveau.

Rien ne sert de produire, si le produit n’est pas consommé.

Assez simple comme raisonnement, mais c’est celui que font ceux qui s’opposent au soutien public à la culture. Déjouons cela en innovant et en créant des outils d’exploitation qui permettront à nos produits de rejoindre les publics. Et quand je dis nos produits, je pense à des produits dont la propriété intellectuelle est québécoise, et dont l’exploitation ici et ailleurs dans le monde enrichit le Québec.

Le Québec regorge de talents, et pas seulement en musique, en écriture, et dans les autres disciplines culturelles plus « traditionnelles ». Nous avons également d’immenses talents dans l’innovation de la programmation, des développeurs de jeux, des ingénieurs, des concepteurs de plateformes, des designers, bref les talents nécessaires pour créer des outils de promotion et d’exploitation de la culture. Nous avons l’obligation de faire de la place à ces nouveaux talents, à ces nouvelles entreprises.

Pour être clair, il faut oser revoir la répartition de nos mesures de soutien, s’ouvrir à de nouveaux secteurs de création et de production et, oui, comment allons-nous redécouper la tarte des aides? Et surtout, comment générer de nouveaux revenus?

[…]

Les modèles d’affaires changent, les chaînes de droits se complexifient et les notions de territoires s’estompent. […]

Faire l’autruche serait la pire chose à faire. Prenons cela de front, et vous me permettrez cette vielle expression militante, en solidarité.

Tous les acteurs des chaînes de production culturelles sont actuellement fragilisés, c’est donc maintenant le temps de se serrer les coudes pour se donner des ambitions communes. J’aimerais demander, au risque de passer pour naïve, que chaque maillon d’une chaîne économique de la culture se solidarise aux autres pour renforcer la chaîne au lieu de l’affaiblir. C’est très concret ce que je demande et cela exige, oui, une forme de « détachement », de recul, qui permet de ne pas s’arrêter à ne voir que son arbre, mais au contraire la forêt en son entier. […]

Pour une culture en changement, adoptons une culture du changement!

—/ fin /—

Pierre frontalière

pierre_frontaliere

« Ils ramassèrent cette pierre calcaire aux environs du Tennessee. Sur une distance de plus de trois kilomètres, de telles pierres éclatées, traversées d’une ligne blanche, marquaient de leur pointillé naturel l’emplacement exact où les astronomes devaient tracer la frontière ».

La lecture de Wigrum, de Daniel Canty, m’a envouté. Quelle intelligence, quelle imagination, quelle écriture! J’ai adoré.

La description des objets rassemblés par Sebastian Wigrum, le collectionneur ordinaire, est fascinante à bien des égards. C’est d’une (belle) folie…

La pierre frontalière de la page 131 m’a rappelé le caillou rapporté de la Gaspésie la semaine dernière. De la plage de Mont-Louis, si je me souviens bien. À deux pas de chez les Atkins.

Je n’y avais vu qu’un caillou — Sebastian Wigrum beaucoup plus.

Ça m’a ramené à la mémoire une note prise dans mon journal personnel (écrire sans être lu? Quelle idée à l’ère des réseaux sociaux!). C’est en date du 30 juin 2013:

Je me souviens d’avoir lu il y a quelques années une histoire sur une dame qui achetait des objets, leur inventait une histoire et les revendait plus cher.

Ça me fait penser à Si les objets pouvaient parler.

Ça me fait penser à l’Autobiographie des objets de François Bon.

Ça me donne le goût d’inventer des histoires d’objets cet été. Une par jour? Ce serait un beau défi d’écriture.

Un musée imaginaire estival. Un objet par jour, des descriptions qui s’ajoutent. On se met à quelques-uns et on propose les objets à tour de rôle?

Il n’y a pas (encore) eu de suite à cette idée…

« Mais parfois, quand je me retourne vers les objets qui m’entourent, je reconnais quelques fragments de la collection, comme si elle m’avait de tout temps accompagné. »

— Daniel Canty

Croquis

IMG_3052

J’ai toujours fait des photos — souvent à partir de mon iPhone. Partout. Particulièrement lors de mes déplacements: dans les gares et les aéroports, les transports et commun, les lieux publics.

J’ai toujours eu une grande pudeur à publier des photos dans lesquelles des gens pourraient être reconnus, mais il y a parfois des personnes (des personnages!) et des instants tellement magiques, que je trouvais cela dommage de ne pas les partager.

J’ai trouvé une solution dans les derniers jours: en faire des croquis, dans l’instant, directement à partir du iPhone. Un clic, quelques traits du bout des doigts… exit la photo, voici plutôt croquis de ce que j’ai voulu partager…

Ces croquis trouveront dorénavant leur place sur mon blogue, comme mes textes et certaines de mes photos.

C’est aussi un peu pour ça que j’ai revu le look de mon blogue. À cette occasion.

Coïncidences

IMG_1611

J’ai toujours aimé les coïncidences. Je les interprète comme un signe d’éveil.

Percevoir une coïncidence, c’est établir subitement un lien entre deux choses qui coexistent évidemment indépendamment de l’attention qu’on y porte, mais qui se révèlent, grâce à la vigilance intellectuelle de quelqu’un. C’est le regard qui transforme la coexistence en coïncidence. Une coïncidence c’est  la pointe de l’iceberg de tous ce qui nous lie en permanence les uns aux autres  — jusqu’à l’invraisemblable, parfois.

Un peu plus tôt cette semaine, juste avant de monter dans l’avion à destination de Paris, j’ai téléchargé sur mon iPhone le plus récent album de Coeur de Pirate: Trauma. Je l’écoute plusieurs fois pendant le vol. J’aime beaucoup. Arrivé à Charles-de-Gaulle, les bagages se font attendre au carrousel. Je remets mes écouteurs. Play. La voix de Coeur de Pirate m’accompagne pendant l’attente. J’aperçois finalement ma valise, au loin sur la courroie, précédée d’une valise de guitare. Au moment où celle-ci passe devant moi je peux lire une inscription, bien en vue: Fragile — Coeur de Pirate — Tournée européenne. En me retournant, je vous effectivement que ses musiciens sont là, juste un peu plus loin. Et la voix de Coeur de Pirate dans mes oreilles. Eh ben…

Dans le RER qui m’amène à Paris, je jette un oeil rapide sur Facebook. Marie-Andrée Lamontage mentionne le plus récent livre de Carl Leblanc, Fruits, publié par les Éditions XYZ. Un recueil de textes qui s’articule autour d’une série de coïncidences tirées de la vie de l’auteur. « Dans certains cas les faits sont  particulièrement troublantes et forcent la réflexion », précise-t-elle comme une invitation à la lecture. Décidément… coïncidence parmi les coïncidences… 

Arrivé à l’hôtel, je me suis donc évidemment dirigé sur leslibraires.ca et j’ai acheté Fruits — avant de prendre une douche et repartir aussitôt pour une première réunion. 

Je n’ai commencé la lecture que le lendemain matin. Dans l’ascenseur, en quittant l’hôtel, à partir de mon iPhone

Le premier texte raconte l’histoire d’un homme qui, entrant dans un ascenseur, met des écouteurs et démarre la musique en mode aléatoire, à partir d’une bibliothèque musicale de plus de 12000 pièces.

« Une fois dans la rue, je presse sur play. L’onguent musical se dépose sur la plaie du jour. Oui, ça va déjà mieux. (…) Les premières mesures de guitare promettent une mélodie agréable. Les premières paroles: «S’il fallait qu’un de ces quatre, mon âme se disperse…» Le Québécois Daniel Bélanger. Ça fera l’affaire. Je veux bien qu’on me parle de l’âme, cette belle chose surannée. Je veux bien, pendant trois minutes, croire qu’elle existe, et que peut-être même un mécréant comme moi, qui sait, en ai une. La chanson prend son envol. Je traverse l’avenue du Mont-Royal. Je me bats avec le cordon des écouteurs. Sur le trottoir, je heurte un homme. Il se retourne vers moi: Daniel Bélanger! Est-ce bien lui? Oui. Je m’excuse. Mon rire peut être confondu avec l’ébahissement du groupie. Je reste là, un peu sonné. Il poursuit sa route. Je cherche un témoin. Dans la surprise, je ne songe même pas à interpeller le chanteur, qui pourrait apprécier la coïncidence autant que moi et qui pourrait plus tard l’attester. Statufié sur le trottoir, tel un accidenté de la probabilité »

Deux histoires qui s’entremêlent. Deux histoires de iPhone, d’ascenseur, de musique, et de rencontres improbables avec leurs créateurs — tout cela à travers un voyage et une suggestion de lecture glanée au hasard d’un rapide passage sur Facebook. Décidément… coïncidences dans les coïncidences.

«  Je reprends ma route et me dis, avec la ferveur minutieuse du secrétaire : il faudrait bien, un jour, rédiger les procès-verbaux de ces «réunions insensées». »

Et c’est autour de cette idée qu’a pris forme le livre de Carl Leblanc. Ce court texte est guidé par la même idée. Je le dépose ici en me disant qu’il sera peut-être un jour, à son tour, l’objet d’une autre coïncidence.

« Parmi les coïncidences, il y a une échelle de l’improbabilité au sommet de laquelle, même les esprits les plus transcendantalifuges sont ébranlés. Il faut alors garder la tête froide devant la convergence des improbables et le complot des variables. Car il arrive que les choses semblent vraiment se mettre en place, venir vers vous poussées par une immense main et vous vous écriez: «Mais enfin, ce n’est pas possible!» Et pourtant oui, c’est là, c’est arrivé. »

P.S. je n’ai pas encore terminé la lecture de l’ensemble des textes, mais je souligne au passage le texte Quatre temps, dont les réflexions (qu’une coïncidence sert de prétexte à partager) m’ont semblé particulièrement pertinentes dans le contexte de tous les débats qui ont cours actuellement autour des idées de valeurs, de multiculturalisme, et de nation.

La nécessaire diffusion des données culturelles

IMG_8068

Un gazouillis de mon ami Mario m’a fait découvrir le document Ouverture et partage des données publiques culturelles — pour une (r)évolution numérique dans le secteur culturel. Il s’agit d’un rapport a réalisé par le ministère français de la Culture et de la Communication. Un rapport qu’il convient de faire circuler largement parce qu’il soulève des enjeux très importants et qu’il permet d’illustrer certaines des possibilités qui sont associées à une meilleure diffusions des données culturelles (en particulier dans le cas des musées et des bibliothèques, mais aussi plus largement). Extraits:

« La matière première nécessaire à la formation de ces écosystèmes d’innovation et de création dans le secteur culturel se trouve dans les ressources culturelles numériques et plus particulièrement dans la donnée publique culturelle ou data culture.

« [ce sont des] données qui participent à l’éducation des citoyens et des plus jeunes, qui favorisent la démocratisation culturelle et la transmission des savoirs sont de véritables biens communs et font partie du patrimoine historique et culturel de tous les citoyens… »

« L’open data culturel favorise la création de services et produits innovants; participe à l’émergence de nouveaux leviers de croissance pour développer l’économie culturelle française; positionne le ministère français de la Culture et de la Communication et ses opérateurs au centre de la création d’un nouvel écosystème de création et d’innovation. »

J’ai déjà exprimé mon intérêt pour le mouvement des « données ouvertes ». C’est d’ailleurs une des convictions que j’ai défendues avec le plus de vigueur pendant les travaux du chantier Option Culture, virage numérique, que la SODEC a mené en 2011. Les propositions 12 et 17 du rapport final en rendent d’ailleurs compte (un peu trop timidement).

J’étais personnellement allé beaucoup plus loin au cours des échanges, allant jusqu’à suggérer que l’obtention de certaines aides publiques soient rendues conditionnelles à l’obligation pour les bénéficiaires de rendre publiques certaines données statistiques (voire commerciales) liées au projet soutenu — cela dans le but d’éviter la répétition des mêmes erreurs par d’autres acteurs, évidemment, mais aussi (surtout!) de stimuler l’innovation par d’autres acteurs. Je pense qu’on pourrait ainsi décupler la portée de chaque dollars investi dans le soutien des industries culturelles (ce qui est plus que jamais une nécessité). J’assume toujours pleinement cette idée… et je pense qu’on y arrivera tôt ou tard — inévitablement. Et le plus tôt sera le mieux d’ailleurs… parce que nous en ressortirons tous, collectivement, beaucoup plus fort.

Comme les auteurs du rapport français, je pense qu’il s’agit même d’un des enjeux les plus essentiels à la révision (pressante) de plusieurs des modes d’intervention de l’état… et peut-être tout particulièrement dans le domaine culturel.

À la recherche du temps perdu

IMG_7850

Deux articles à lire dans Le Soleil de ce matin, sous la plume de François Bourque: À la recherche du temps perdu et Cinq pistes pour mieux organiser le temps à Québec.

Au cœur de ces deux articles, une idée: la création d’un Bureau des temps, afin de réduire la pression sur les infrastructures publiques — routières, notamment.

Je suis content de voir que cette idée fait son chemin, lentement mais sûrement, jusqu’en Amérique du Nord… J’y avait fait référence sur mon blogue en décembre 2004, à la suite d’un texte de François Cardinal, dans La Presse.

François Bourque dit dans son texte que c’est une idée qui a été créée en Italie dans les années 90 sous l’impulsion des mouvements féministes. Ma perception est que c’est une idée qui a aussi (surtout?) été portée par plusieurs membres de l’Association internationale des villes éducatrices (ce que j’appelle pour ma part le mouvement des cités éducatives) — dont Rennes, citée en exemple par François Bourque, est un membre très actif (Québec est aussi membre — et voir la liste des membres).

Je profite de l’occasion pour signaler que la Banque internationales de documents des villes éducatrices est un extraordinaire recueil de projets socio-culturels-éducatifs — de l’inspiration à l’état pur.

Exemples: les projets présentés par la ville de Rennes (voir le #12 pour le Bureau des temps) et ceux de la ville de Turin (voir le #2 pour le projet Rythmes et horaire de la ville).

Je m’amuse en pensant que j’ai parlé des bureaux des temps en réponse à un sondage de la Chambre de Commerce de Québec, dans le cadre de la campagne électorale. Je m’étais dit en répondant « ça a beau être anonyme, ils vont sûrement deviner que c’est moi qui propose ça et me trouver une fois de plus un peu excentrique »… et voilà que l’idée se retrouve sur leur table de cuisine ce matin! :-)

Photo: fragment de Réveils, de Arman 1960. Oeuvre vue à Chicago.

Lecture au sujet des valeurs

IMG_1421

En complément de la très agréable lecture de Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson (merci Florent!) — et pour alimenter une réflexion personnelle sur les valeurs qui me guident (dans un contexte où les valeurs sont omniprésentes dans l’actualité) — j’ai lu ce soir quatre textes dont je souhaite garder ici une trace. Pour référence ultérieure.

1. Parle-moi de tes valeurs et je te dirai… (2004)

Une entrevue avec Claude Paquette

2. La troublante montée de l’intégrisme (1996)

Une réflexion de Claude Paquette

3. Valeurs d’ici et valeurs islamiques / La collision est-elle évitable? (2006)

Texte de Claude Paquette paru dans le collectif Québécois et musulmans main dans la main pour la paix (Lanctôt Éditeur)

4. Seven Acupuncture Points for Shifting Capitalism to Create a Regenerative Ecosystem Economy (2010)

Texte de Otto Scharmer, qui m’a été suggéré par Jean-Sébastien Bouchard.

Trois textes de Claude Paquette, donc, l’auteur de Des idées d’avenir pour un monde qui vascille, publié en 1991, auquel j’avais brièvement fait référence ici il y a un peu plus d’un an, au sujet du besoin de nouvelles formes de leadership.

J’y reviendrai certainement.

Les fils tressant les ponts

IMG_8586

J’ai été très touché ce soir par un échange avec un ami qui s’est opposé de façon très virulente au projet de « Charte des valeurs québécoises » présenté par Bernard Drainville. Il m’a dit que mon texte d’hier avait contribué à le faire réfléchir.

« j’ai eu mon lot de propos pour le moins vigoureux. je ne les regrette aucunement car ceux que j’ai présentés ici avaient été réfléchis (…) [mais] merci clément. tu m’as convaincu de reprendre mon chapeau d’optimiste et de surmonter mon amertume pour promouvoir encore plus ardemment les véritables valeurs d’égalité auxquelles tant de nous croient avec autant de passion. »

Il faut dire que je lui avais écrit en privé quelques jours plus tôt pour lui faire part d’un malaise. Et que, devant son silence, je m’inquiétais qu’il ait mal reçu ma critique. Je sais maintenant que ce n’était pas le cas. Merci L.-F. pour le respect et la confiance dont témoigne ta réaction  — et dont ma démarche initiale témoignait d’ailleurs aussi, je pense que tu l’as compris. Alors rendez-vous devant un café dès que possible pour discuter de nos positions respectives… et, d’ici-là je t’offre cette photo, que j’ai prise à Barcelone, une ville que je sais que tu affectionnes particulièrement.

* * *

Décidément… j’adore quand les mots nous aident « à ne pas perdre le fil des valeurs vraies, ni échapper les fils tressant les ponts », comme me disait, tard hier soir, un ami maître es twittérature.

C’était juste avant que nous concluions notre échange de la façon suivante, avec la contrainte des 140 caractères:

« Depuis toujours funambules sur le fil de l’histoire, il s’agit maintenant de tresser un pont du Passé jusqu’à l’Autre. Sans trop hésiter. »

Tout ça pour dire que, même si le débat n’est pas facile, on continue pareil — comme dirait la gang de Mes Aïeux.

Des repères pour un débat tumultueux

IMG_9008

Je lis et j’écoute beaucoup autour du projet de Charte des valeurs québécoises. J’essaie aussi d’interpréter les excès verbaux de certains — en particulier chez les opposants — dont le zèle me laisse pantois. Je pose également des questions autour de moi, en quête de bons repères intellectuels pour me situer (et participer) dans un débat qui s’annonce tumultueux.

Parmi toutes ces lectures, les trois textes publiés en éditorial par Le Devoir cette semaine sont dans une classe à part. J’en suggère vivement la lecture.

Laïcité 1 — Questionnement légitime
Par Antoine Robitaille

Laïcité 2 — De quoi agir
Par Josée Boileau

Laïcité 3 — Ce crucifix
Par Bernard Descôteaux

Je trouve ce dernier texte particulièrement important. Jusqu’à sa conclusion.