Un projet de société

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Je poursuis la réflexion entreprise hier à la suite du départ de Pierre-Karl. Parce que je pense que les choses risquent de se précipiter, et que c’est donc le moment ou jamais d’exprimer spontanément ce qui me semble particulièrement important pour la suite.

Si j’ai choisi de militer au Parti Québécois, c’est évidemment parce que je crois à la nécessité de l’indépendance du Québec. La population comprend très bien cette dimension de notre programme. Il faut éviter la surenchère de professions de foi à ce sujet. Vu de l’extérieur du parti, c’en est devenu complètement ridicule. Disons-le franchement: le problème n’est pas là. Le problème c’est que la population ne comprend plus très bien le reste de notre programme. C’est ça qu’il faut mieux expliquer.

Il faut donc profiter des prochaines semaines pour beaucoup mieux expliquer ce qu’on propose comme projet de société.

En particulier pour ce qui concerne:

Notre vision de l’éducation — qu’il ne convient certainement plus de limiter seulement au système scolaire.

Notre compréhension des enjeux associés aux développements technologiques — qui sont en train d’exercer une pression considérable sur l’ensemble de la société et de rendre désuètes de nombreuses lois et réglementations.

L’importance qu’on accorde à la culture québécoise — et le rôle que nous croyons nécessaire de confier à l’État afin de réunir les conditions nécessaires à son épanouissement.

Tout cela dans un contexte où on doit reconnaître que l’État est à bout de souffle, complètement débordé, alors qu’il est urgent de lui redonner les moyens d’innover. Je soumets à la réflexion que cela ne pourra se faire qu’en inventant de nouveaux modes de collaboration entre l’État et les petites et moyennes entreprises — ce qui permettra par ailleurs de stimuler ce qui est depuis toujours au cœur de l’économie du Québec.

Le fait que l’indépendance sera nécessaire pour réaliser complètement la vision que nous avons du Québec ne doit pas nous empêcher d’assumer, entre-temps, le leadership d’un fort mouvement social dans la direction désirée.

Ce n’est pas l’indépendance qui fait peur, c’est l’inconnu. Engageons-nous donc à décrire un projet désirable et à adopter une attitude rassembleuse. Le reste viendra plus naturellement.

Je crois que nous avons besoin pour cela d’une ou d’un chef qui saura adopter un ton plus pédagogique que vindicatif et qui saura inspirer, en se présentant comme un-e véritable chef d’équipe plutôt que de cultiver le fantasme du one man show et de la politique spectacle.

Ce qui est bien, c’est qu’il y en a du monde de même au Parti Québécois.

 

À lire aussi:

 


Image: Photo d’un mobile de Geneviève De Celles

 

 

 

 

Le regard (déjà) tourné vers le futur

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Bon ben, c’est ça qui est ça, dirait Martin Léon.

La politique est décidément un univers plein de surprises et de rebondissements. Il faut savoir se r’virer d’bord rapidement, retomber sur ses pattes et réussir à identifier, toujours, les opportunités à travers les obstacles. Comme aujourd’hui.

Pierre Karl Péladeau a choisi de quitter la politique — de façon aussi fracassante qu’il y était entré. J’ai bien sûr eu l’occasion de le côtoyer un peu au cours des derniers mois. Pas tant que ça, mais certainement assez pour pouvoir apprécier son leadership. Alors avant de faire tout autre commentaire, je veux surtout le remercier pour sa générosité et pour tout le travail qu’il nous a permis d’accomplir. Dire aussi qu’il faut absolument que se poursuive la réinvention du Parti Québécois à laquelle il nous avait invités. Qu’elle s’accélère, même.

Cela dit, est-ce que je suis découragé ? Bien sûr que non ! Est-ce que le Parti Québécois peut s’en remettre ? Bien sûr que oui ! On en a vu d’autres… Il ne faut certainement pas se laisser abattre. La question est plutôt de savoir comment aborder la suite des choses.

Pour bien identifier cette suite, il va évidemment falloir laisser retomber un peu la poussière. S’accorder un peu de temps. J’ai néanmoins envie de soumettre dès maintenant deux pistes de réflexion à mes collègues — et à ceux et celles qui s’associent à notre mouvement.

Sur le contexte politique

On ne doit pas se contenter de taper sur les Libéraux, même s’ils nous en offrent régulièrement l’occasion. Les citoyens s’attendent plus que jamais à ce qu’un parti politique décrive, de la façon la plus concrète possible, le type de société qu’il propose. Et ça, ça ne peut se faire qu’en formulant régulièrement des propositions et en faisant preuve d’un leadership continuel à leur sujet dans l’espace public. Le calendrier du prochain congrès ne doit pas nous empêcher de retrouver cet élan le plus rapidement possible.

Pour cela, il ne s’agit pas de choisir des propositions qui sont d’emblée très populaires, mais   d’identifier des idées pour lesquelles nous pourrons exercer un véritable leadership. L’indépendance fait très certainement partie de ces propositions.

Sur la politique en général

Il faut aussi qu’on profite de l’occasion que nous offre le départ de M. Péladeau pour réfléchir aussi à la manière dont nous faisons de la politique. Les signaux sont nombreux depuis des années qu’on s’en va dans un mur avec cette manière dont on a hérité d’une autre époque. La difficile (impossible, disaient certains) conciliation travail-famille n’est pas qu’un symptôme, c’est aussi la cause de plusieurs des problèmes dont souffre la société québécoise.

Si nos exigences à l’égard des élus sont incompatibles avec la vie familiale, il ne faut pas se surprendre que ce soit une fonction qui n’attire pas plus de jeunes femmes et de jeunes hommes qui sont à l’âge d’avoir une famille ou qui font le projet d’en avoir une. Et il ne faut pas s’étonner que l’Assemblée nationale ne soit pas plus représentative de la diversité qui compose la société québécoise — avec les conséquences que cela peut avoir quand il est temps de discuter des sujets qui concernent les jeunes adultes — l’éducation, par exemple, qui reste un sujet sans cesse négligé.

Le Parti québécois devrait être à l’avant-garde d’une nouvelle conception de la vie politique, qui permettra l’engagement d’une meilleure représentation de la diversité de la société québécoise dans toutes ses instances et parmi ses prochains candidats et candidates. Cela passera forcément par une nouvelle manière de voir les structures militantes, ainsi que le rôle de député. Ça pourra aussi nous éviter de gaspiller des candidatures de qualité. Ce n’est certainement pas la seule chose à changer dans la manière actuelle de faire de la politique, mais c’est une de celles dont il convient très certainement de parler aujourd’hui.

Et pour finir, j’ai envie de partager à nouveau une réflexion faite il y a un mois, à l’occasion de mon quarante-troisième anniversaire. Je m’y interrogeais sur les raisons qui me poussaient à poursuivre mon engagement politique. Le lien est ici:

La politique, pourquoi? | 26 mars 2016 

Je me retrouve encore plus clairement dans ce texte aujourd’hui.

Et je peux d’ores et déjà dire que ce sont ces convictions qui m’animeront pour la suite des choses — et notamment dans le choix de la personne que je souhaiterai voir succéder à Pierre Karl Péladeau.

 

Un témoignage utile

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Je me suis accordé quelques jours pour décanter la lecture du livre de Dominique Lebel. Je voulais prendre le temps de réfléchir un peu avant formuler un commentaire à son sujet, parce que ça n’a pas été une lecture facile. C’est très bien écrit, mais c’est un peu douloureux.

Dans l’intimité du pouvoir — journal politique 2012-2014 | Boréal | 2016

Je sais que certains personnes déplorent la publication de ce livre, qui présente un point de vue unique, avec relativement peu de recul sur des événements aussi intenses que récents. Je pense qu’elles ont tort. C’est un livre qui fait oeuvre utile, en permettant notamment de mieux comprendre le contexte dans lequel s’exerce le pouvoir… et certaines des erreurs qui ont certainement contribué au terrible échec électoral du 7 avril 2014. Il ne s’agit pas tant de dénoncer, de s’apitoyer sur notre sort, et encore moins de chercher des coupables pour ce qui n’a pas fonctionné, mais de comprendre un peu mieux. Simplement.

Dominique Lebel assume complètement, d’entrée de jeu, sa position d’auteur:

« Tout au long de mon parcours avec Pauline Marois, j’ai consigné des faits, des impressions, des dialogues dans de petits carnets noirs. Ces carnets me permettent aujourd’hui de livrer un témoignage qui, bien qu’imparfait, constitue un récit personnel, intime, unique de la réalité du pouvoir. (…)

Si je publie celles-ci aujourd’hui, c’est que j’ai le sentiment qu’elles donneront un nouvel éclairage, un point de vue inédit sur ce gouvernement Marois qui n’a laissé personne indifférent. »

Il évite d’ailleurs assez bien de juger les événements ou d’en suggérer une interprétation trop étroite — y compris à la toute fin du livre, qui n’offre pas de conclusion. Au lecteur de s’en faire une idée. Ce que je fais d’ailleurs en publiant ces quelques notes.

Je passerai par-dessus les quelques anecdotes au sujets des uns et des autres. Elles ne sont pas sans intérêt (ne serait-ce que pour bien marquer la dimension profondément humaine de la politique), mais elles ont moins suscité mon attention que certains passages qui témoignent de quelques défis que le Parti québécois n’a pas encore fini de relever. Exemples:

«Quel est notre stratégie pour la capitale nationale? (…) comment faire en sorte que tous les ministres soient conscients des besoins de la capitale?» (16 octobre 2012)

«Parfois, en politique, à trop vouloir faire de la stratégie, on perd l’essentiel du message.» (12 avril 2013)

« …la peur d’un référendum explique en bonne partie les résultats médiocres du Parti québécois de 2012 » (Nicole Stafford, 20 août 2013)

« …nos stratégies auprès des jeunes ne fonctionnent pas. » (Nicole Stafford, 28 janvier 2014)

Ou, plus généralement:

«Le Parti québécois n’a jamais pris la mesure des conséquences de la défaite référendaire de 1995. Ni de la nature du gouvernement fédéral de Stephen Harper. Ni de la demi-victoire de 2012. Ni de l’évolution de la jeunesse québécoise. Le gouvernement n’a pas véritablement pris acte de son statut minoritaire. Il a défié constamment les partis d’opposition. [Il] n’a pas cherché à faire de compromis. Sur la langue, sur la laïcité, sur les finances publiques…» (6 avril 2014)

Aussi, sur le contexte dans lequel s’exerce maintenant la démocratie, que ça nous plaise ou non:

«Je n’ai jamais vu une campagne aussi sale. Les médias sociaux ont changé la donne…» (Anne-Marie Dussault, 3 avril 2014)

Et finalement, sur quelque chose qu’il ne faudra jamais plus croire/prétendre:

« Il faut faire comprendre très clairement que c’est le Parti québécois ou le Parti libéral. Le message à véhiculer auprès des progressistes est le suivant: le réel danger, c’est que les libéraux reviennent au pouvoir. » (19 juin 2013)

L’alternance n’existe plus. C’est seulement en formulant des propositions stimulantes et qui sauront rallier la population que nous pourrons gagner à nouveau. Pas en misant simplement sur l’échec de nos adversaires.

* * *

Le livre m’a aussi rappelé des souvenirs plus personnels, comme ma première rencontre avec Dominique, le 12 mars 2014 — en pleine campagne électorale, alors que j’étais candidat dans la circonscription de Jean-Talon. Un contact qui avait été particulièrement minimaliste (à peine quelques mots échangés) et qui m’avait déjà laissé avec l’impression d’une campagne qui roulait en fonction des revers médiatiques au lieu de se nourrir des échos que les candidats pouvaient rapporter du terrain.

Le témoignage que Dominique Lebel nous offre dans ce livre m’a bien sûr permis de mieux comprendre le contexte de cette rencontre et les défis qui lui occupaient vraisemblablement l’esprit. Cela reste néanmoins, pour moi, un souvenir concret de cette fameuse bulle qui isole, trop souvent, les politiciens.

C’est un livre dont je recommande la lecture à tous ceux et celles qui s’intéressent à la politique et aux défis que cela représente de faire grandir les idées et les idéaux à travers les exigences de l’exercice du pouvoir.

* * *

Finalement, et de façon plus anecdotique, je signale deux passages qui trouvent un échos tout particulier dans l’actualité des dernières semaines.

« [le secrétaire général de l’OCDE, ex-ministre des Finances du Mexique] échange avec Lisée sur la fin prévisible des paradis fiscaux (…) C’est inévitable. L’enjeu est d’étirer le temps, mais à terme les États savent que ce n’est pas soutenable. Une fois que les grandes puissances le décideront, ça s’arrêtera.» (10 juin 2013)

« Je lunche dans un restaurant St-Hubert… avec le président et fondateur de St-Hubert. Je découvre un homme totalement engagé dans son entreprise. En le quittant, je m’interroge sur l’avenir de celle-ci. Il ne semble pas être dans une logique de transfert intergénérationnel. Une situation qui allume toujours un feu orange dans ma tête.» (14 janvier 2014)

Comme quoi les événements prennent parfois forme bien avant de devenir le sujet du jour.

La politique, pourquoi?

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Une réflexion personnelle à l’aube de mes 43 ans.

C’était à la une du Devoir le jour de mon anniversaire:

Le Québec désabusé de ses élus
La corruption gangrène une classe politique en qui personne n’a confiance

Disons que ça interpelle fortement un gars idéaliste qui s’intéresse à la chose politique depuis longtemps et qui a choisi de s’y engager de plus en plus au cours des dernières années — jusqu’à être candidat à deux reprises dans une élection.

Mais pourquoi donc faire tout cela, si c’est au risque de perdre la confiance et le respect de mon entourage, des gens que j’aurai souhaité représenter à l’Assemblée nationale, comme de l’ensemble de la population? — comme le laisse croire l’article du Devoir?

Ça apparaît normal de se poser la question.

Parce qu’en plus, c’est difficile la politique. Il faut y mettre du temps, beaucoup de temps, toutes les semaines… au détriment d’autres choses. Il faut être patient: les difficultés sont longues à résoudre et les accomplissements sont vites oubliés; les humeurs sont toujours vives et les dissidences sont chères payées. Ça met à rude épreuve, la politique.

Sans compter que je pense que c’est encore plus dur maintenant, dans ces moments particulièrement troubles pour l’industrie des médias — où la lutte pour l’audimat (et les revenus publicitaires) est plus féroce que jamais, et où tout ce qui est sensationnel, est beaucoup plus prisé que les idées, les propositions structurées et les nuances. À une époque où la meilleure façon de faire parler de soi, c’est souvent de dire n’importe quoi — ou de tenir des propos particulièrement provocateurs — ce que réussissent à merveille Donald Trump, Marine Le Pen et plusieurs animateurs de radio.

Il ne suffira malheureusement pas de dénoncer leur propos, ou le système médiatique, pour résoudre la situation. Décrire certaines stations comme des radios-poubelles ne fait d’ailleurs qu’accentuer le problème, en s’inscrivant dans le jeu de la provocation et du sensationnalisme. C’est la même chose aux États-Unis, où quoi qu’il arrive, Trump gagne toujours au jeu médiatique — même (surtout?) quand on parle en mal de lui.

C’est vraiment complexe tout ça. Très complexe. Et je pense que toute solution, pour être efficace, devra tenir compte de cette complexité. Ce sont des problèmes intereliés, systémiques. C’est en quelque sorte devenu ça la politique.

Et c’est pour ça, justement, que malgré les dommages collatéraux de la corruption et de la crise des médias, il faut que des idéalistes continuent d’avoir le goût de s’engager en politique. Parce que si ceux et celles qui n’ont pas abandonné la part idéaliste de la politique renoncent à s’y engager, il ne faudra pas s’étonner d’être gouvernés par des opportunistes.

Si je poursuis mon engagement, c’est, entre autres:

  • parce que je crois dans la démocratie;
  • parce que je crois profondément qu’il est essentiel de remettre l’éducation et la culture au coeur de notre projet de société;
  • parce qu’il est urgent que ceux et celles qui nous dirigent comprennent les enjeux associés aux développements technologiques;

et

  • parce que je suis convaincu que si le Québec n’acquiert pas son indépendance politique, il sera de moins en moins libre de faire ses choix, de se définir et d’assurer son développement — comme nation.

Reste que pour que l’action politique ait un sens dans un tel contexte — à plus forte raison dans un cadre partisan — ça me semble important d’avoir les idées très claires.

  • En refusant de tomber dans la politique spectacle;
  • En misant sur la qualité des relations entre les personnes;
  • En préférant la proposition à la critique;
  • En gardant toujours l’esprit ouvert;

Et, surtout,

  • En restant fidèle à ses convictions — au risque de déplaire.

Je suis convaincu que si celles et ceux qui s’engagent en politique adoptaient davantage ce genre d’attitude, le désabusement décrit par l’article du Devoir céderait progressivement sa place à davantage de reconnaissance, et la politique retrouverait ses lettres de noblesse.

C’est donc la grâce que je me souhaite pour aborder mes 43 ans et poursuivre mon engagement politique… dans une année de congrès d’orientation pour le Parti Québécois, et dans une période où, alors que tous nos efforts devraient être consacrés au rassemblement politique, certains semblent à nouveau tentés par une division encore plus grande de l’électorat.

Parfois je soupire, très fort, mais je continue. Parce qu’il le faut. Et que j’aime ça, malgré tout.

donneesquebec.ca

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Je l’ai dit à quelques reprises, j’ai un intérêt croissant pour l’univers des données publiques et des données ouvertes. Ce sera vraisemblablement à la base de mon prochain projet professionnel.

Dans ce contexte, j’ai été intrigué, de lire la semaine dernière ce gazouillis de Bruno Guglielminetti, qui révélait que:

«La ministre De Santis [responsable de l’Accès à l’information et de la Réforme des institutions démocratiques] annonce au @CRIM_ca l’arrivée d’un portail de données ouvertes Québec/municipalités en mars.»

Source: https://twitter.com/guglielminetti/status/701898149707849729

Si on se fie à cette information, le gouvernement devrait donc annoncer dans les prochains jours un portail regroupant les données ouvertes de l’ensemble des ministères et organismes publics, ainsi que celles des municipalités.

C’est une bonne nouvelle parce que le Québec est très loin d’être en avance dans ce domaine (c’est même tout le contraire!). Il faudra d’ailleurs rapidement aller encore beaucoup plus loin.

J’ai tenté de trouver plus d’information sur le projet… sans grand succès. Je n’ai trouvé aucun élément précis, mais j’ai tout de même pu prendre connaissance d’une décision du comité exécutif de Montréal qui confirme que ça s’en vient:

«En octobre 2011, la Ville de Montréal a adopté sa première politique de données ouvertes. Cette politique a permis l’ouverture d’ensemble de données augmentant le niveau de transparence de la Ville de Montréal et supportant le développement d’un secteur d’activité utilisant les données ouvertes gouvernementales pour compléter l’offre de services auprès des citoyens. S’en est suivi en juin 2012, du dévoilement par le gouvernement du Québec de son propre portail de données ouvertes. En février 2014, le gouvernement du Québec et les villes de Montréal, Québec, Gatineau et Sherbrooke ont adopté une licence commune pour la diffusion de leurs données ouvertes, la Creative Commons 4.0.» 

«Le projet d’entente proposé concerne une initiative du gouvernement du Québec pour le développement de Données Québec, un portail de données ouvertes ayant pour vocation de supporter la croissance des données ouvertes pour le gouvernement provincial mais aussi pour les villes du Québec. Ce portail est une composante de la Stratégie Ti du gouvernement du Québec. Dans sa phase initiale, le portail Données Québec rassemble donc le gouvernement du Québec ainsi que les villes de Montréal, Québec, Gatineau, Laval et Sherbrooke.» (…)

La présente entente a pour objet d’établir les modalités suivant lesquelles le Gouvernement et les Municipalités offriront aux citoyens un portail commun de données ouvertes. Ce portail sera disponible au lancement à l’adresse http://donneesquebec.ca.

• Ce portail à l’avantage d’offrir une vue d’ensemble sur les données ouvertes du gouvernement du Québec et des villes. Il permet d’offrir un point d’entrée unifiée aux développeurs pour les données de même nature et d’une même thématique.»(…)

«Pour le lancement public de la plateforme, le Secrétariat du Conseil du trésor, envisage de faire une annonce publique avec le Président du Conseil du trésor et les maires des villes partenaires.»

Source: Compte rendu du Comité exécutif de la Ville de Montréal, 17 février 2016

On peut donc s’attendre à une conférence de presse sous peu, à laquelle devraient participer Sam Hamad, Rita De Santis et les maires de Montréal, Québec, Gatineau, Laval et Sherbrooke.

Il faudra quand même d’ici là surveiller l’adresse donneesquebec.ca pour avoir peut-être quelques primeurs…

Ce serait l’fun de pouvoir en parler pendant l’événement qui est organisé par Québec numérique à l’occasion de la Journée internationale des données ouvertes:

Exploration de données à Québec | Québec numérique | 5 mars 2016

J’y serai évidemment toute la journée.

Fin de semaine militante

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Je reviens tout juste du conseil national du Parti Québécois, qui se tenait cette fin de semaine à Trois-Rivières. Deux jours où, pour une fois, tout s’est passé comme sur des roulettes.

Ça été bien sûr très agréable de voir les journalistes dire que «les péquistes sont de bonne humeur» et Jean Lapierre souligner que les participants étaient plus jeunes que les dernières années. Mais c’est surtout la teneur des échanges qui a permis de constater l’efficacité retrouvée.

Je retiens particulièrement:

  • que les militants apprécient le leadership de la direction du parti.
  • que nous avons, grâce à ça, adopté facilement des propositions qui, par le passé, auraient suscité de vifs débats.
  • que le chef était vraiment en très grande forme (c’était particulièrement frappant lors du dîner des présidentes et des présidents régionaux).
  • que le discours d’ouverture du chef était particulièrement habile et efficace.
  • qu’un ton plus positif devrait progressivement s’installer dans nos communications.
  • et que nous avons pu renouveler certains règlements du parti, notamment pour simplifier le déroulement des assemblées… qui étaient parfois inutilement alourdis par des interventions qui allaient toutes dans le même sens.

Je peux dire sans risque de se tromper que c’est un conseil national qui a été marqué par l’enthousiasme et la cohésion. Au point où j’ai dû expliquer à mon aînée (que j’avais invitée à m’accompagner aujourd’hui pour vivre un conseil national), qu’elle avait assisté à quelque chose d’un  peu… atypique!

Quant à cette histoire de « plan secret » qui devrait mener le PQ à la victoire en 2018, rapportée par la Presse, je ne peux qu’en rire! Franchement… On tient tout le conseil national en présence des journalistes et vidéodiffusé en direct sur le Web, sauf les périodes de travail en ateliers (quatre ateliers simultanés) et deux petites heures de huis clos pour planifier le travail des circonscriptions dans les prochains mois et voilà qu’on nous prête quasiment l’intention d’un complot.

Un plan secret. Au Parti Québécois. Vous pouvez répétez cela sans rire?

Prenez aussi le temps d’aller demander aux autres formations politiques leur planification stratégique en prévision de la prochaine élection. On s’en reparle après.

Quoi qu’il en soit, ce que je retiens surtout de tout ça, que ça a été une fin de semaine qui m’a fait le plus grand bien.

C’est très stimulant de voir un mouvement se remettre enfin en marche.

 

L’engagement

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Josée Boileau signe aujourd’hui son dernier éditorial dans Le Devoir. Un texte important.

Message personnel | Josée Boileau | Le Devoir | 30 janvier 2016

Extraits:

«Le Québec, donc? Il flotte. Tout léger dans le vent, faiblement rattaché à un ensemble canadien dont il ne se soucie guère et qui le lui rend bien (sauf si un pipeline est menacé!), il est au-dessus de son passé, par-delà sa pérennité, loin des malheurs du monde, désengagé. Béat au-dessus de lui-même. (…)

Il est question ici du Québec comme collectivité. Il ne manque pas d’individus qui font leur marque, ici et à l’étranger, ni de gens qui s’impliquent ou qui ont idée d’un monde meilleur. Mais comment l’addition de tant d’énergie s’inscrit-elle dans la prise de conscience que le Québec, comme entité, a de ses responsabilités envers lui-même et les autres? (…)

Il en reste pour croire qu’une telle conscience vient avec un pays. Mais il n’est plus en vogue de le dire: vieille idée tellement années 60, et qu’y gagnerions-nous, n’est-ce pas, nous qui vivons déjà si bien? (…)

Démonstration serait donc faite: la souveraineté n’a pas d’avenir et les Québécois sont las de ce débat.Oui, mais pas tous. Oui, mais l’envie de souveraineté n’est pas que jeu politique. Oui, mais la place du Québec, même au sein d’un espace fédéral, reste en suspens. Personne n’entend y remédier?

Alors flottons, et laissons les enjeux du siècle, ceux discutés partout — la sécurité, le déplacement des populations, l’environnement, l’après-pétrole —, nous échapper. Nous sommes repus, préservés, insouciants, bravo.

Mais reconnaissons au moins qu’on pourrait exiger davantage de nous-mêmes.»

Je n’ai rien à ajouter, sinon que cela décrit bien mon état d’esprit aujourd’hui. Et que cela dit bien pourquoi il ne faut pas se laisser abattre, malgré les difficultés qu’éprouvent aujourd’hui bien des gens engagés politiquement — de façon partisane ou non.

Je le disais autrement, un peu plus tôt cette semaine, sur Facebook:

Il y a des jours où la politique est infiniment déprimante. (…) Ces jours-là, il ne faut surtout pas se laisser abattre. Il faut relever la tête, porter le regard à l’horizon. En profiter pour faire le point sur le projet de société qui nous anime. 

Et se concentrer seulement sur le prochain geste à poser pour faire avancer la cause. Parce qu’au fond, y’a que ça qui compte vraiment.

Alors on continue. Évidemment.

 

 

Parler, parler…

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C’est normal qu’un chroniqueur puisse faire le portrait d’un député qui fait son entrée au Conseil des ministres, comme c’est le cas pour Sébastien Proulx cette semaine.

C’est normal que ce portrait soit sympathique. À plus forte raison quand le député est effectivement sympathique. On me l’a dit, et je l’ai moi-même constaté en le côtoyant, comme adversaire, pendant la campagne électorale dans Jean-Talon, le printemps dernier.

C’est normal pour un nouveau ministre de répondre aux questions par des généralités, puisqu’il n’est en poste que depuis quelques jours et qu’il n’a pas encore pris connaissance de ses dossiers.

C’est normal tout ça. Je le sais.

Sauf que ça n’a pas à aller jusqu’à accepter de se faire raconter n’importe quoi. Et c’est un peu l’impression que j’ai eu en lisant la chronique de François Bourque dans Le Soleil de ce matin. On peut — on doit! — encore savoir faire preuve d’esprit critique devant les discours lénifiants.

Il va falloir sortir du populisme monsieur le ministre!

«un service de garde, ce n’est pas [mon] projet de société. Mon projet, c’est le dialogue avec les parents. C’est que les enfants aient des outils d’éveil et d’épanouissement avant d’entrer à l’école.»

«Vous allez entendre un ministre qui veut parler aux parents. Le ministre de la Famille ne doit pas être que le ministre de l’administration des services de garde.»

Évidemment. Qui pourrait être en désaccord? Mais une fois qu’on a dit ça? Concrètement, on a dit quoi? Rien.

C’est beau le discours de la représentation directe, les «je vais te représenter, oui, toi, tu t’es bien reconnu». C’est noble les «je suis du côté des citoyens, pas avec la machine gouvernementale». C’est beau, mais encore faut-il que ce soit vrai. Parce que si ça ne sert qu’à débiter des généralités, ça ne fait pas avancer grand chose. Ce n’est qu’une forme de défense du statu quo qui se présente bien. Et ce n’est pas particulièrement ce dont on a besoin par les temps qui courent.

Il y a plusieurs dossiers dans Jean-Talon qui auraient bien besoin d’un député dont le projet repose véritablement sur le dialogue.

On en a évoqué plusieurs de ces dossiers pendant la dernière campagne électorale: le réaménagement de la tête des ponts et du boulevard Laurier (autour du projet Le Phare, notamment), le transport du pétrole par train dans des quartiers résidentiels, le sort de l’aréna de Sillery, du Faubourg Saint-Michel et du site historique de Sillery, etc.

Or, on n’a pas vu pendant la campagne un candidat particulièrement intéressé à se mêler de ces dossiers — et encore moins à prendre réellement le parti des citoyens les plus directement concernés. Mais une campagne est un contexte très particulier, il faut bien le reconnaître.

Sauf que l’heure de vérité a sonné. Il va falloir livrer maintenant: se mettre à l’action.

Et c’est là qu’on verra si le nouveau ministre sait faire la différence entre parler aux citoyens et parler avec les citoyens.

C’est beaucoup plus qu’une nuance.

Wikipédia et le Québec

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Dans Le Devoir d’aujourd’hui, Jacques Dufresne, éditeur de l’Encyclopédie de l’Agora revient sur un texte publié par Pierre Graveline la semaine dernière (j’y avais d’ailleurs fait référence dans un billet précédent).

Extrait du texte de Pierre Graveline:

Le Québec, parent pauvre de Wikipédia | Pierre Graveline | Le Devoir | 22 janvier 2016

…triste constat: le Québec est le parent pauvre de la grande encyclopédie universelle, multilingue et sans but lucratif de notre époque. […] Accroître et enrichir les contenus sur le Québec et son histoire dans Wikipédia, rendre disponibles dans Wikisource nos grands textes historiques et littéraires qui sont du domaine public, diffuser dans Wikimedia Commons des contenus visuels qui expriment la créativité de nos artistes, voilà le grand défi que nous devons aujourd’hui relever si nous voulons exister et être reconnus dans le monde.  

Extrait de la réaction de Jacques Dufresne:

Wikipédia et l’histoire du Québec | Jacques Dufresne | Le Devoir | 26 janvier 2016

…quel peut être, sur le plan culturel, le meilleur outil d’un empire mondial comme celui de nos voisins du sud ? Une oeuvre commune dans laquelle tous les citoyens du monde se retrouvent et se reconnaissent en tant qu’individus, mais à condition d’être complices d’une mise à l’écart de tout sentiment d’appartenance à des groupes nationaux et idéologiques. […] un réseau mondial d’encyclopédies nationales était et demeure possible. Il y eut des démarches en ce sens. Vaines démarches, car la plupart des nations avaient déjà renoncé à leur souveraineté. […] Sommes-nous donc aujourd’hui pauvres et impuissants au point de devoir recourir à ces Américains pour nous élever jusqu’à notre Je me souviens?

Je précise d’entrée de jeu que je suis extrêmement admiratif et reconnaissant pour l’incroyable travail d’encyclopédiste que Jacques Dufresne et ses nombreux collaborateurs accomplissent depuis des années. L’Agora est un site unique — absolument indispensable à la présence québécoise sur le Web.

Néanmoins, je pense qu’il fait une erreur en prenant position comme il le fait ce matin. Il tombe dans le piège classique de croire qu’il faudrait faire une chose ou l’autre, alors qu’il faut faire l’une et l’autre.

Le fonctionnement du Web, et de la société qui prend forme autour de cette révolution n’est plus si centralisé qu’il faudrait mettre tous ses oeufs dans le même panier. Il faut, au contraire, s’inscrire dans une logique plus écosystémique que jamais, où les rôles sont plus distribués et complémentaires — pour le meilleur et pour le pire.

On ne peut tout simplement pas se permettre que la réalité québécoise reste absente de Wikipédia. Pierre Graveline a raison de sonner l’alarme. C’est un incontournable défi pour la nation québécoise — aussi indispensable que bien des revendications politiques et constitutionnelles.

Bien sûr que le fonctionnement de Wikipédia n’est pas politiquement neutre. Bien sûr qu’on a aussi besoin d’encyclopédies nationales, moins neutres et soi-disant objectives. Et si on organise bien les choses et qu’on comprend le fonctionnement du Web, celles-ci pourront aussi profiter de l’existence de Wikipédia et de l’incroyable audience qu’elle s’est bâtie au fil des ans.

Je ne me reconnais absolument pas dans la résignation béate que Jacques Dufresne semble prêter aux utilisateurs et collaborateurs de Wikipédia.

Je n’en peux plus des vertueux discours d’autonomie culturelle qui ont surtout pour effet d’isoler la société québécoise.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le numérique et la société

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Le Devoir nous offre ce matin sous la plume de Dominic Tardif, une réflexion sur la tendance à la publication de textes courts — et sur l’influence du numérique sur ce phénomène.

Chérie, j’ai réduit le texte | Le Devoir | 22 janvier 2016

René Audet, professeur à l’Université Laval (et mon beau-frère!) est cité dans l’article, pour une  réflexion sur l’évolution de la forme du livre, que j’ai relayée sur Facebook un peu plus tôt ce matin…

Le livre s’est construit dans le dernier siècle autour d’un modèle : 200 ou 300 pages, un sujet et un auteur. C’est la triade la plus forte symboliquement, mais qui n’a aucune raison d’être en soi. La beauté de l’influence du numérique, c’est de flexibiliser ce modèle-là.

…mais c’est une deuxième citation qui m’amène à pousser un peu plus loin la réflexion ici:

[il se réjouit] de voir dans un recueil comme 11 brefs essais contre l’austérité (Somme toute) «l’idée d’une forme de synthèse, de temps d’arrêt proposé par une voix collective au lecteur, qui ne se trouve plus dans la position de celui à qui on fait la morale, mais plutôt de celui qui peut construire son jugement à partir de propositions plurielles».

Cette réflexion sur le défi de construire son jugement dans un environnement médiatique surchargé m’a ramené à l’esprit un échange que j’ai eu un peu plus tôt cette semaine, dans un tout autre contexte.

C’était un dîner de travail autour de l’importance de la diffusion par l’État de données publiques. Parce qu’il faut en permettre l’utilisation par les citoyens — et par les entreprises afin de développer des services à l’intention des citoyens. Mon interlocuteur plaidait que non seulement la publication de ces données était un enjeu démocratique (de transparence de l’État), mais que cela pourrait aussi contribuer à assainir le débat public.

Il disait, pour l’essentiel, que si tout est aujourd’hui devenu affaire d’opinion dans le débat politique au Québec, ce n’est pas étranger au fait qu’il y a assez peu de données chiffrées, facilement accessibles, pour décrire la nation québécoise. Et pourtant, elles existent ces données, bien enfouies dans des serveurs informatiques. Cela contribuerait à la prolifération des chroniqueurs/blogueurs vedette et le succès des radios parlées — où on a souvent l’impression que toutes les opinions se valent.

Il formulait l’hypothèse que si les décisions publiques étaient plus facilement accessibles (et consultables), et que les données issues de l’administration de l’État étaient mieux structurées, de manière à en permettre l’analyse, il serait plus facile de sortir du règne de l’opinion et de revigorer un espace public qui s’est donné des allures de débats alors qu’il n’est souvent pas autre chose qu’une discussion de taverne. Je partage cette hypothèse.

Quel rapport avec l’article du Devoir?

Je vois dans tout ça deux manifestations de l’influence positive que le numérique peut/pourrait/pourra avoir pour l’évolution de la société québécoise.

  • En facilitant la diffusion de réflexions et d’essais nécessaires à un débat public de qualité (sous forme numérique ou sous forme imprimée, modelée par le numérique);
  • Et en donnant accès à des données, factuelles, qui permettront de documenter adéquatement ces essais — et de mieux guider les débats les plus essentiels.

Des influences encore négligées, incomprises, mais pourtant essentielles à notre devenir collectif.

Ce sont deux manifestations de l’influence du numérique sur la nation québécoise qui sont au coeur de mes intérêts. À la confluence d’une étape de ma vie professionnelle qui se termine, et d’une autre qui commence.

Qui sont aussi au coeur de mon l’engagement politique.

 

La grenouille dans la mare

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«…nous, les Canadiens français, nous sommes pour bien peu de chose dans toute cette marche en avant des découvertes scientifiques et dans tous ces reculs d’horizon. Le monde scientifique a marché sans nous ; il nous a laissés si loin derrière lui que nous l’avons perdu de vue et que beaucoup de nos compatriotes cultivés le croient petit et de mince importance parce qu’ils le voient de trop loin. La grenouille dans sa mare ignore le grand océan dit le proverbe japonais. C’est un peu notre cas. »

Frère Marie-Victorin, 1925

« Accroître et enrichir les contenus sur le Québec et son histoire dans Wikipédia, rendre disponibles dans Wikisource nos grands textes historiques et littéraires qui sont du domaine public, diffuser dans Wikimedia Commons des contenus visuels qui expriment la créativité de nos artistes, voilà le grand défi que nous devons aujourd’hui relever si nous voulons exister et être reconnus dans le monde. La nation québécoise peut-elle se permettre de manquer le bateau de la plus grande entreprise de partage et de diffusion des connaissances de l’histoire de l’humanité ?»

Pierre Graveline, 2016

 

Photo: Le cadre contient une photo d’une oeuvre de Luis Camnitzer, vue à Montevideo, en janvier 2013.

Quitter inopinément

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Je vais peut-être en surprendre plus d’un, mais je partage une bonne partie de l’analyse qui a amené Stéphane Gobeil à accepter de se joindre à la Coalition Avenir Québec pour conseiller François Legault.

Mais attention — ne me faites pas pour autant dire ce que je n’ai pas dit!

Je suis d’accord sur une partie de l’analyse qu’il énonce sur son blogue, mais je ne le suis pas du tout le moyen qu’il prend pour y répondre.

Je suis d’accord sur le fait que la dynamique politique actuelle risque de nous condamner à des gouvernements par défaut à répétition — simple résultat de la division des voix irréconciliables avec celles du Parti libéral. Et ce n’est pas bon pour personne. Ça me semble une évidence.

Je le disais d’ailleurs dans un texte publié hier matin, bien avant d’apprendre que Stéphane rejoindrait François Legault:

« On ne peut tout simplement pas se retrouver à l’aube de l’élection de 2018 dans la même configuration qu’aujourd’hui avec Option nationale, Québec Solidaire, la Coalition Avenir Québec et le Parti Québécois qui présentent des candidats dans toutes les circonscriptions, sans aucune coordination ou stratégie commune. Faut qu’on se parle et, plus encore, qu’on fasse le nécessaire pour pouvoir travailler ensemble.» (source)

La journée ne m’a pas fait changer d’idée, bien au contraire.

Stéphane Gobeil dit:

« J’ai acquis la conviction que pour briser le monopole libéral, il faut unir les caquistes et les péquistes de bonne volonté derrière un projet nationaliste alliant fierté et prospérité. Cela prendra du temps et nous devrons bâtir des ponts. Pour ma part, j’ai décidé de commencer à le faire dès maintenant, en me joignant à la Coalition Avenir Québec.» (source)

Je pourrais aussi bien dire à mon tour:

«J’ai acquis la conviction que pour briser le monopole libéral, il faut unir les caquistes et les péquistes de bonne volonté derrière un projet nationaliste alliant fierté et prospérité. Cela prendra du temps et nous devrons bâtir des ponts. Pour ma part, j’ai décidé de continuer à le faire en travaillant activement au renouvellement du Parti Québécois et à faire naître la possibilité de pactes ou de coalitions entre les partis qui n’ont pas baissé les bras devant l’histoire en se résignant au statu quo constitutionnel.».

Comme indépendantiste, je déplore évidemment la décision de Stéphane Gobeil, mais je n’y vois pas une catastrophe non plus. Il ne faut pas exagérer. Je m’inquiète même davantage de la réaction démesurée de certains de mes amis péquistes devant cette décision. Il faut se rappeler qu’il y a eu bien d’autres défections dans le passé, et des bien plus significatifs, dans tous les partis (dont Dominique Anglade récemment) et alors? On ne peut pas souhaiter un grand brassage de cartes et ne pas accepter des changements de cap occasionnels.

Ça peut être désolant de se le rappeler, mais la réalité c’est que dans l’état actuel notre mouvement ne rallie pas assez de monde pour pouvoir former un gouvernement — et il se trouve que c’est une condition préalable à nos aspirations. Alors il va bien falloir accepter d’essayer quelque chose de nouveau si on veut obtenir des résultats différents dans le futur.

Deux restaurants sur la même rue ne se font pas toujours une concurrence destructive, c’est même parfois le meilleur moyen d’attirer du monde pour souper dans le quartier.

2016 sera une grosse année de débats au sein de notre parti — mais on le savait déjà bien avant hier. On aura un congrès dans quelques mois, un nouveau programme à adopter. Et c’est un moment privilégié dans la vie d’un parti. Pas seulement un mauvais moment à passer. Si on s’engage avec détermination dans cet exercice nous ne pourrons en sortir que renforcés. Mais pour cela il faut arrêter de réagir et se remettre à proposer.

Alors ne nous laissons pas distraire. On a un pays à faire. C’est un projet simple, clair, stimulant.  Sauf qu’on ne peut quand même pas nier que les deux dernières élections ont fait la démonstration qu’il faudra vraisemblablement apprendre à tisser des alliances et à conclure des pactes avec d’autres partis si on veut y arriver.

Stéphane peut bien faire ce qu’il lui plaît. Je reste pour ma part convaincu que c’est en m’engageant au Parti Québécois que je pourrai contribuer le plus concrètement à favoriser l’émergence d’une coalition sans précédent au profit d’un Québec beaucoup plus fort.

Qu’est-ce qui a changé, au fond, hier par rapport aux principaux défis que nous avons à relever? Je vous le demande.

Peut-être même qu’on a avancé un petit peu.

Dans leurs plus récents textes, Daniel Leblanc, du Globe and Mail, et Michel Hébert, du Journal de Québec, croient «qu’il est en train de se passer quelque chose au PQ ». Je le pense aussi. Un profond renouveau est en cours.

Lettre à Jean-Paul L’Allier

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J’apprends dès mon réveil le décès de Jean-Paul L’Allier. Avec une très grande tristesse. Il était une de mes grandes inspirations. Un de mes modèles, depuis très longtemps.

J’avais fait il y a quelques années l’exercice de lui écrire une lettre, comme un exercice de réflexion personnelle — imaginant l’inviter à la première réunion de mon Conseil d’administration virtuel.

La lettre est ici:

Première convocation pour la réunion… | 18 juillet 2011

Je crois même lui avoir transmis, réellement, cette lettre par la suite.

Merci pour tout Monsieur L’Allier.

 

 

Une vision partagée de l’histoire?

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Je lis le plaidoyer de Ghislain Picard en faveur d’une réforme de l’enseignement de l’histoire et cela me rappelle le projet d’édition qui m’a le plus impressionné pendant mon séjour en France — de 2005 à 2008.

Je me souviens d’avoir été au lancement du Manuel d’histoire commun franco-allemand (sur Wikipedia |sur le site de Nathan) — qui était résultat d’une initiative pour créer une vision commune aux deux nations sur l’état actuel des connaissances relatives à l’histoire européenne depuis l’Antiquité. Un projet dont l’ambition (et le processus de réalisation) m’avait impressionné au plus haut point. Faire le pari de développer une version partagée de l’histoire — entre deux peuples qui se sont affrontés à maintes reprises et notamment dans deux guerres mondiales, encore récentes: incroyable!

Je me souviens de m’être demandé pendant le lancement s’il serait un jour possible de publier au Québec un manuel d’histoire présentant une vision partagée de l’histoire des francophones, anglophones et autochtones de notre coin du monde… et de m’être répondu, non sans une certaine tristesse: probablement pas. Sans trop savoir pourquoi, d’ailleurs…

Mais au fond, pourquoi pas?