Sortir de sa bulle

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J’ai eu plusieurs rétroactions positives des actions proposées dans mon texte d’hier — dans l’esprit des échanges du 17e vendredi sandwich.

Je vais explorer dans les prochains jours les moyens de proposer  de façon plus régulière des actions de ce type (une  responsabilité qui pourrait éventuellement être partagée). En d’autres mots: comment mettre en place quelque chose qui stimulerait l’engagement (sans tomber dans l’engagement-en-un-clic, auquel je ne crois pas).

Pour aujourd’hui, j’ai envie de saluer le travail du Devoir avec sa série Pour sortir de sa bulle.

«Comment sortir de ses propres ornières politiques et médiatiques quand on parle de Donald Trump? Ornières d’autant plus fortes à l’ère des réseaux sociaux et des algorithmes qui s’ajustent à nos opinions. À la manière de la série « Burst Your Bubble » du Guardian, Le Devoir vous propose trois textes pour sortir de votre bulle.»

C’est dans le contexte de l’élection de Donald Trump aux États-Unis que la série a vu le jour et je trouve que la formule mériterait d’être reprise pour plusieurs autres sujets — même (pourquoi pas?) par un partage de textes à l’intérieur du cercle des médias québécois.

ACTION: j’ai envoyé un courriel à la rédaction du Devoir pour les encourager à poursuivre la série et explorer la possibilité de la pousser même un peu plus loin. L’adresse est ici.

Faire une lecture engagée du Soleil

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J’ai lu Le Soleil de ce matin avec les échanges du vendredi sandwich en tête. Ça m’a amené à faire quelques observations:

Je me réjouis que le maire Labeaume demande au ministère des Transports de «faire des simulations informatiques afin d’évaluer la pertinence de construire un troisième lien à l’est de la région… ».

J’ajouterais personnellement que de telles simulations doivent aussi être faites pour le scénario d’un troisième lien à l’ouest — et qu’elles doivent être rendues publiques rapidement, de manière à alimenter le débat public. Il faut faire confiance à l’intelligence des citoyens en leur fournissant de l’information de qualité. Autrement les débats et les consultations sont inutiles — voire nuisibles.

ACTION: J’ai envoyé un courriel au maire pour l’encourager à préciser sa demande en ce sens. Pour ceux et celles qui voudraient faire de même, c’est ici.

Je me suis aussi réjoui de lire la lettre dans laquelle une vingtaine de personnes demandent d’accélérer le déploiement d’un transport collectif moderne à Québec. Leur texte est constructif et réussit à éviter le piège d’opposer le développement du SRB à d’autres aménagements possibles (et potentiellement nécessaires) au réseau routier de la capitale.

ACTION: J’ai envoyé un courriel au président de la Chambre de commerce pour le féliciter d’avoir signé cette lettre et lui demander de transmettre ce message aux autres signataires. Ceux et celles qui voudraient faire de même trouveront son adresse ici.

J’ai également apprécié le texte de François Bourque, qui adopte un point de vue pédagogique tellement nécessaire en rapport avec la présence des musulmans à Québec: «… quelques clés qui peuvent aider à mieux, je crois, à mieux comprendre qui sont les musulmans de Québec et comment améliorer le « vivre-ensemble »».

ACTION: J’ai transmis un commentaire à la rédaction du Soleil pour signaler mon appréciation de ce texte. J’ai utilisé ce formulaire.

J’ai aussi aimé lire le texte de Jean-Marc Salvet, qui témoigne de l’importance de la réaction des citoyens pour faire réagir le gouvernement. Il met aussi en lumière l’importance du travail des chroniqueurs — Michel Girard, dans ce cas — quand ils décident d’approfondir un sujet plutôt que de se contenter de rester dans l’opinion. Tout à fait dans l’esprit des sandwichs du vendredi.

J’ai finalement souri en voyant la page de publicité du Syndicat canadien de la fonction publique qui encourage les personnes retraitées de l’Université Laval à communiquer avec les députés de la région, en publiant leurs adresses, téléphones et courriel.

À croire qu’il y a quelque chose dans l’air… Peut-être quelque chose comme le début d’un réveil sur l’importance pour les citoyens de prendre les moyens pour se faire entendre.

Les sondages et le Jell-O

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Le Devoir proposait hier une intéressante réflexion de Nicole Stafford au sujet de la difficulté croissante de prévoir le résultat d’une élection: Prévisions électorales: tous se trompent!

Je m’interroge à mon tour sur ce que cela signifie, très concrètement, pour le Parti Québécois — dans la perspective de l’élection d’octobre 2018.

***

Le texte de l’ancienne directrice de cabinet de Pauline Marois s’articule autour de sept exemples d’élections ou de référendum dont le résultat n’a pas du tout été celui qui avait été prévu par les sondages:

  • l’élection québécoise de 2014 — la défaite de Mme Marois;
  • l’élection fédérale de 2015 — la victoire de Justin Trudeau;
  • le Brexit;
  • l’élection de Donald Trump;
  • l’élection de Jean-François Lisée comme chef du Parti Québécois;
  • la victoire de François Fillon à la primaire de la droite, en France,
  • la victoire de Benoît Hamon à la primaire de la gauche, aussi en France;

Je crois, pour ma part, qu’il faudrait retirer l’élection québécoise de 2014 de cette liste parce que son résultat, bien que surprenant (décevant!), s’explique aisément par la mauvaise campagne du Parti Québécois.

Dans les six autres cas, le résultat final est effectivement apparu improbable jusqu’au tout dernier instant — comme s’il avait été insaisissable par les méthodes d’analyses traditionnelles. Mais est-ce bien le cas?

Je crains qu’en faisant cette analyse, on soit en réalité en train de simplement définir une nouvelle sorte de «mystère Québec»: une explication commode qui nous évite surtout de trop se remettre en question.

J’ose une explication beaucoup plus simple qui, si elle n’est qu’une hypothèse, a au moins le mérite de ramener le raisonnement sur le terrain du tangible.

Je crois que depuis une dizaine d’années (voire plus), une proportion croissante de la population de plusieurs pays occidentaux ressentent que la société dans laquelle ils vivent est bloquée, qu’elle se trouve dans une impasse — comme si elle était prise dans le Jell-O.

Les problèmes se répètent, les solutions proposées s’avèrent chaque fois inefficaces, les discours semblent déconnectés de la réalité et les partis presque politiques apparaissent tous interchangeables. Tout semble de plus en plus compliqué et les gens se sentent de plus en plus impuissant devant une situation qui n’évolue pas comme ils le souhaiteraient.

Le rapport de la tournée «Faut qu’on se parle» — Ne renonçons à rien — fait d’ailleurs le même constat.

Et c’est dans ce contexte qu’arrivent les élections — et, avec elles, une mise en lumière intensive, pendant plusieurs semaines, de tout ce qui fonctionne mal dans la société. L’omniprésence des discours partisans, inévitable en période d’élection, a aussi pour effet d’exacerber le sentiment de blocage et l’impression que les politiciens sont déconnectés de la réalité.

Dès lors, comment s’étonner que les électeurs soient de plus en plus nombreux à choisir, au moment de voter, le candidat ou la candidate qu’ils perçoivent comme le/la plus susceptible de les sortir du Jell-O?

Et pourquoi n’expriment-ils pas ce choix aux sondeurs? Mon hypothèse est que c’est tout simplement parce que le sentiment d’impuissance et le cynisme les amènent à ne tirer leurs conclusions qu’au tout dernier moment.

Cela ne veut pas dire que le résultat n’était pas prévisible! Ça veut seulement dire que pour bien comprendre la situation, il aurait fallut interroger les électeurs sur leur état d’esprit plutôt que se contenter de les questionner sur leur intention de vote.

***

Alors, si cette hypothèse est bonne, qu’est-ce que cela veut dire pour l’élection de 2018? En particulier pour le Parti Québécois?

Je pense que ça veut dire qu’il sera indispensable de formuler des propositions audacieuses, radicalement nouvelles, qui porteront sur des enjeux profondément ancrés dans la réalité des gens. Et ne pas trop s’en faire avec les sondages.

Je pense que ça implique aussi que notre programme ne devra pas tourner uniquement autour des thèmes qui ont fait notre marque de commerce au cours des dernières années.

Concrètement: ce n’est vraisemblablement pas une surenchère sur la question identitaire ou sur la langue qui va nous permettre de sortir des sentiers battus. Pas parce que ce ne sont pas des sujets importants (évidemment!), mais parce que nous n’avons (malheureusement) pas encore su faire la démonstration que c’est en travaillant sur ces thèmes qu’on peut sortir le Québec de l’impasse (réelle ou perçue) dans laquelle il se trouve.

Ça veut dire qu’il faudra que le Parti Québécois soit perçu comme une force de changement réelle, déterminée, qui ne se barrera pas les pieds dans les premières fleurs du tapis. Et pour ça, faire preuve d’authenticité et être capable de reconnaître les erreurs que nous avons pu faire dans le passé.

Ça veut aussi surtout dire qu’il faudra éviter, à tout prix, de donner l’impression qu’on demande aux électeurs une nouvelle chance pour réaliser le programme que nous avions proposé la dernière fois (voire la précédente!) — ce serait s’inscrire dans la continuité du Jell-O dont les gens ne veulent plus…

Une chose est certaine, avant de voter pour le Parti Québécois, les électeurs devront pouvoir répondre spontanément à la question que posait récemment Michel David: Pourquoi le PQ?

Photo: partie de l’oeuvre Thom Browne Selects, vue au Cooper-Hewitt Museum de New York en mai 2016.

Kairos

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Cette semaine je me suis délibérément retenu de réagir sur-le-champ à un paquet de choses.

Résultat: j’ai lu un peu plus et j’ai eu le temps de regarder quelques conférences sur le Web en faisant du vélo stationnaire.

Parmi ces conférences, celle de René Villemure aux Matins créatifs de Trois-Rivières, en 2015, sur le thème du temps.

L’éthicien nous rappelle que les Grecs avaient quatre concepts pour nommer le temps, dont nous n’avons conservé qu’un seul (c’est à partir de 16:50 de la vidéo).

Je retiens de sa conférence une phrase qui me semble particulièrement importante par les temps qui courent :

«Peut-être as-tu raison, mais évalue si tu as intérêt à avoir raison maintenant.»

Là où ça fait mal…

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Le Journal de Québec nous apprend ce matin que dans un rapport préliminaire, Paul St-Pierre Plamondon rapporte crûment ce qui lui a été dit au cours de 90 rencontres/consultations.

Certains au PQ s’en offusqueront, alors que dans d’autres formations politiques certains voudront évidemment en profiter de façon clairement partisane. Ni l’un ni l’autre ne feront avancer les choses.

Je ne vois aucune raison de perdre notre calme. Il faut savoir écouter. Discuter du point de vue qui nous est présenté même (surtout) s’il est inconfortable — et débattre ensuite des recommandations (avec lesquelles personne n’est d’ailleurs pas forcé d’être d’accord).

C’est justement parce qu’il n’est pas enrobé d’un épais vernis partisan et parce que son écriture n’est pas guidée par trop de calculs stratégiques que le document de PSPP est précieux pour le Parti Québécois.

On devrait aussi attendre d’en avoir pris connaissance du document en entier avant de se laisser guider par les quelques éléments qui ont retenu l’attention du Journal de Québec.

Ce sera plus facile de mettre les choses en perspective quand on aura toutes les informations en main.

Mise à jour (11h20): le document complet est ici. Je n’y vois rien de choquant. Tout est à discuter.

Nourrir la démocratie… un sandwich à la fois!

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Mise à jour (8 février): J’ai accordé une entrevue à CKIA. On peut l’écouter ici.

Mise à jour (12 février): Le Soleil publie le texte ce matin.

Le Carrefour de Québec a publié hier soir le premier texte qui est issu du rendez-vous sandwich du vendredi midi — d’autres médias pourraient aussi le faire dans les prochains jours. C’est un texte collectif qui a été patiemment rédigé par les participants au fil des semaines. Nous en sommes fiers et chacun y pourra y ajouter son grain de sel au moment de le relayer sur les réseaux sociaux (la version Facebook est ici).

Publié à l’occasion de la rentrée parlementaire, le texte invite le Premier ministre, l’ensemble des élus et les gens des médias à adopter un regard plus pragmatique et plus positif sur les dossiers dont ils sont responsables. Parce qu’il apparaît plus indispensable que jamais de susciter l’engagement des citoyens pour relever les défis auxquels le Québec est confronté et que le cynisme est le pire des éteignoirs.

Nous devons tous choisir d’adopter une attitude plus positive — de ne pas succomber à la colère, au pessimisme ou, pire, à la résignation. Et vous savez quoi? C’est plus facile de faire ça en gang qu’isolé, surtout par les temps qui courent… Venez prendre un sandwich avec nous le vendredi, de 12h à 12h30, vous verrez!

J’ai trouvé amusant de constater que c’est un peu aussi ce que suggère cet article de David Frum, qui a publié hier sur le site du magazine The Atlantic: What Effective Protest Could Look Like.

«Form Facebook groups. Keep in touch. Don’t argue: recruit. Meet in real space as well as online. Serve cake. Make your presence felt on your local elected officials not just once, but day after day, week in, week out. (…) And that requires above all: be motivated by hope, not outrage.

The outrage may get you started, but only hope keeps you going. Hope, as Vaclav Havel insisted, is an expression of the state of our minds, not a description of the state of the world.»

Si vous y croyez aussi, je vous invite à commencer par cliquer J’aime sur la page Facebook des rendez-vous sandwich du vendredi (si vous n’êtes pas sur Facebook, n’ayez crainte, je vais continuer à diffuser les informations essentielles sur mon blogue!). N’hésitez évidemment pas non plus à le faire circuler autour de vous.

De quoi sera faite la suite? On ne le sait pas encore. On va en parler… un vendredi à la fois. On va l’inventer ensemble.

***

Pour connaître l’origine des rendez-vous sandwich, on peut suivre ce lien.

Pour lire certains des textes publiés échos aux rencontres précédentes, cet autre lien.

***

Je reprends finalement le texte ci-dessous, pour lui faire une place dans les archives de mon blogue.

***

 

NOURRIR LA DÉMOCRATIE… UN SANDWICH À LA FOIS

Monsieur le Premier ministre,

Mesdames et messieurs les élus,

Mesdames et messieurs les journalistes, chroniqueurs et gens des médias,

Nous sommes un groupe de citoyens, d’âges et de milieux différents. Nos engagements sociaux prennent des formes variées, tout comme nos convictions et appartenances politiques.

Nous nous réunissons chaque vendredi midi devant l’Assemblée nationale depuis maintenant quatorze semaines, le temps de manger un sandwich. C’est la façon que nous avons trouvée pour exprimer notre mécontentement envers la situation politique actuelle au Québec et de faire sentir à cet endroit symbolique la présence des citoyens, qui doivent demeurer au cœur de la vie politique.

Nous n’avons pas la prétention de parler au nom de personne d’autre que nous. Cependant, nous sommes convaincus que plusieurs de nos concitoyens s’associeront à nos propos (quelques-uns ont d’ailleurs choisi de se joindre à nous en cosignant ce texte).

Pourquoi nous adressons-nous à vous?

Nous croyons que le climat politique et médiatique est toxique depuis trop longtemps au Québec. Trop de choses alimentent continuellement le cynisme de la population sur un terreau de partisanerie aveugle. Il ne suffit pas d’interdire les applaudissements à l’Assemblée nationale pour élever le niveau des échanges. La politique ne fait plus rêver. On ne se projette plus assez dans l’avenir.

Pour être de bons citoyens, il faut s’informer, dit-on. Mais aujourd’hui au Québec, ceux qui s’informent le plus sont ceux qui risquent le plus le découragement. Dans un tel contexte, comment s’étonner que de plus en plus de citoyens se désintéressent de ce qui se passe à l’Assemblée nationale?

Vous êtes les mieux placés pour changer cela.

Ce que nous vous demandons

Monsieur le premier ministre:

On dit que vous prononcerez dans les prochaines semaines un nouveau discours inaugural, pour marquer solennellement un nouveau départ pour le gouvernement que vous dirigez.

Nous souhaitons y trouver plus que des vœux pieux. Il faut du concret, des échéanciers précis, un engagement à rendre des comptes. Il faut démontrer que vous êtes conscient du cynisme ambiant et proposer un plan pour changer les choses.

Évitez la langue de bois. Utilisez les mots «parce que» le plus souvent possible afin d’établir des liens évidents entre vos propositions et les actions que vous mènerez pour concrétiser votre vision du Québec de demain. Exigez aussi de tous vos ministres qu’ils fassent la même chose.

Mesdames et Messieurs les élus, de tous les partis:

Nous en appelons à votre responsabilité, en votre qualité de représentants de la population québécoise à l’Assemblée nationale. Si vous croyez, comme nous, que le Québec vit une grave crise démocratique, nous vous demandons de dénoncer, chaque fois que nécessaire, tout ce que vous croyez pouvoir nuire à la confiance déjà fragile des citoyens envers leurs institutions publiques et politiques — et, cela, sans égard aux intérêts partisans.

Osez privilégier des débats qui font appel au meilleur de vous-mêmes plutôt que de vous confiner aux combats électoralistes.

Mesdames et Messieurs les journalistes, chroniqueurs et gens des médias,

Nous vous demandons d’interroger plus efficacement les hommes et les femmes politiques. Libérez-vous (libérez-nous!) de la tyrannie du clip. Exigez qu’ils aillent au bout de leurs raisonnements; qu’ils expliquent le «pourquoi» des choses en fournissant des réponses factuelles et rigoureuses. Ignorez les réponses inutilement partisanes.

Essayez aussi de trouver des façons pour que vos interventions stimulent l’esprit critique, qu’elles suscitent l’engagement et qu’elles facilitent le passage à l’action des citoyens. Le Québec a besoin d’un grand coup de barre. Faites partie de l’effort!

Il faut rester optimistes

Il reste un peu moins de deux ans avant la prochaine élection. Nous comptons sur vous pour en faire une période stimulante au cours de laquelle nous pourrons recommencer à envisager l’avenir du Québec de façon plus positive, à partir de propositions concrètes, bien expliquées, et adéquatement comprises. La véritable démocratie, quoi!

Nous choisissons d’être optimistes. Parce qu’il le faut.

Ne nous décevez pas.

 

SIGNATAIRES — Personnes qui ont participé à au moins un des rendez-vous du vendredi midi

Patrice Audet, Québec

Sylvain Bérubé, Québec

Marie-Josée Bettez, Québec

Rémy Charest, Québec

Lynda Cloutier, Québec

Daniel Côté, Québec

Marie-Claude Côté, Québec

Paul Crête, Québec

Esther Déom, Québec

Pauline Dufour, Québec

Marie-Claude Émond, Beaupré

Étienne Ferron-Forget, Québec

Samiha Hazgui, Québec

Jean-Pierre Garneau, Québec

Louis Germain, Québec

Geneviève Issalys, Québec

Marianne Kugler, Québec

Clément Laberge, Québec

Marie Lavoie, Québec

Mériol Lehmann, Québec

Denis Martel, Québec

Annie Morin, Saint-Raymond

Nathalie Perreault, Québec

Marie-Claude Perron, Québec

Marjorie Ramirez, Québec

Martine Rioux, Lévis

Benoît Tardif, Québec

Marie-Hélène Vaugeois, Québec

 

COSIGNATAIRES — Personnes qui souhaitent démontrer leur appui à la démarche

Mario Asselin, Québec

Valérie Beaulieu, Lévis

Claire Bellefeuille, Québec

Pierre Castonguay, Québec

Dominic Cliche, Québec

Christian Côté, Québec

Bruno Desbois, Montréal

Louis Deschamps, Québec

Sanda Dospinescu, Québec

Sophie Duchesne, Québec

Christian Fortier, Québec

Marie-France Gagné, Repentigny

Josée Giguère, Deux-Montagnes

Yves Gaudreau, Saint-Lambert

Gilles Herman, Québec

Emil Husaru, Québec

Simon Jolivet, Montréal

Alain Juhasz, Pierrefonds

Paul-Émile Laberge, Québec

Alyne Laflamme, Québec

Laurent Lagarde, Québec

Alexandre Lavallée, Québec

Francine Lavoie, Québec

François Marcotte, Québec

Samuel Matteau, Québec

Marie-France Paquette, Québec

Bärbel Reinke, Québec

Marcel Rioux, Lévis

Pierrette Saucier, Québec

Grégoire Vachon, Québec

Claire Vignola, Québec

Yves Williams, Montréal

Travailler sur le positif

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J’ai regardé plusieurs fois la vidéo de Stéphane Lépine, au sujet de son ami Hassan Zaoui. Si vous ne l’avez pas encore vue, je vous encourage à le faire.

Son geste, très personnel, authentique et positif, m’a fait penser qu’il n’est probablement pas inutile de partager une autre réflexion que je me suis faite au début de la semaine.

Devant le réflexe de réagir négativement aux propos de quelqu’un, sur Facebook par exemple, j’essaie de m’imposer un temps d’arrêt. Et au lieu d’agir en fonction du réflexe, je prends le même temps pour féliciter plutôt une autre personne, qui a tenu des propos plus inspirants — en privé, par courriel, par exemple.

Juste depuis dimanche, j’ai dû féliciter comme ça cinq ou six personnes. Celles qui m’ont répondu ont manifestement beaucoup apprécié. Ça m’a permis d’établir ou de renouer des des liens avec des gens intéressants et ça permet surtout de travailler sur du positif. L’énergie n’est pas la même… et ça fait du bien! Je vous invite à l’essayer.

Je me dis surtout qu’on avancera probablement plus vite en donnant une tape dans le dos à celles et ceux qu’on aimerait voir prendre plus de place dans l’espace public plutôt qu’en  brûlant des énergies à dénoncer les autres.

Comme je l’ai lu écrit sur un mur de Burlington, au Vermont, la fin de semaine dernière:

Every act we perform today must reflect the kind of human relationship we are fighting to establish tomorrow.

— David Dellinger

Il n’y a pas de raccourci

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Il se dit beaucoup de choses en marge de la tragédie du Centre culturel islamique de Québec. C’est normal, ça touche tout le monde et le choc est grand.

Ce qui est moins normal toutefois, c’est la vitesse avec laquelle on s’est mis à la recherche de coupables. En cherchant évidemment surtout le coupable «en dehors de nous-mêmes». C’est une mauvaise piste.

Ça pourrait même être un guide quand on lit un texte: est-ce que la personne qui s’exprime donne l’impression de s’exclure des causes du problème? Est-ce qu’elle sous-entend que les responsables, ce sont les autres? Est-ce qu’elle semble croire que si tout le monde agissait comme elle, tout irait tellement mieux? Si oui, il est probablement préférable mettre le texte de côté et de passer au suivant…

Parce que ce ne sont certainement pas les discours pontifiants qui vont nous sortir de là. L’environnement médiatique en est déjà saturé, depuis très longtemps, et ça n’a rien réglé — au contraire! C’est à la compréhension mutuelle qu’on devrait consacrer nos efforts. Et, pour ça, la manière dont on s’exprime et le ton qu’on adopte compte pour beaucoup.

Ce qui m’amène à partager quelques observations, très personnelles après deux jours de tempête.

Un texte nuancé sur mon blogue me prend généralement une heure ou deux à rédiger (parfois plus). Il sera généralement lu par une centaine de personnes, très rarement plus de 300, même après plusieurs jours. J’aurai quelques «j’aime» sur Facebook, sommes toutes assez peu de commentaires, et peu d’échos en dehors de mes lecteurs habituels. Le texte que j’ai publié lundi après-midi en est un exemple.

Un texte résultat d’une démarche collective, d’un partage sincère d’opinions et de tous les compromis nécessaires pour établir un consensus — comme celui qui est issu des treize premiers rendez-vous sandwich du vendredi (dont nous avons reporté la publication, initialement prévue cette semaine, pour des raisons évidentes) — peut même nécessiter des dizaines d’heures d’engagement…

En comparaison, un statut Facebook spontané, publié pour attirer l’attention sur une citation, sans mise en contexte, ne prend 10 secondes à publier et pourra susciter des dizaines de réactions et même parfois un débat où il faudra, typiquement, que j’explique le choix cette citation, que je clarifie les ambiguïtés, que je dissipe les sous-entendus, etc. Résultat: je pourrai facilement passer une heure ou deux à gérer une conversation qui va presque inévitablement dégénérer jusqu’à ce qu’on ne sache plus très bien qui pense quoi. Le statut que j’ai publié lundi soir en est un exemple.

Avec du recul, j’aurais dû prendre le temps de mettre en contexte la phrase prononcée par le maire de Québec. J’aurais dû souligner qu’il n’est lui-même pas exempt de contradictions en ce qui concerne les discours accusateurs et divisifs. J’aurais dû préciser que ce sont les rouages financiers brisés des médias auxquels je crois qu’on doit surtout porter notre attention — ce qu’il évoquait avec raison, il me semble. J’aurais dû éviter de donner l’impression de vouloir faire à mon tour des radios les boucs émissaires de la tragédie.

J’aurais dû prendre le temps d’expliquer que ce que je trouvais important dans cette phrase, c’est l’ouverture qu’elle nous offrait pour réfléchir à la responsabilité de chacun dans le climat dans lequel s’exerce la démocratie (et les droits, qui lui sont associés). Une responsabilité dont personne ne doit s’affranchir — et encore moins par cupidité.

On ne peut certainement pas nier la forte influence des radios d’opinions sur le débat public à Québec. Une influence qui n’est pas toujours positive — c’est une évidence. Mais c’est loin d’être le seul problème.

Alors, à défaut d’avoir le temps d’apporter les nuances nécessaires (comme je l’avais mieux fait quelques heures plus tôt, il me semble), j’aurais dû éviter d’offrir ce statut à «liker» en guise d’exutoire — en amplifiant malgré moi la cacophonie. Il n’y a pas de raccourcis possibles quand on souhaite inviter à la réflexion.

On ne s’en sort pas: prétendre prendre part au débat public, c’est exigeant. Ça prend du temps. Il faut donc choisir à quoi on le consacre les deux heures, par exemple, qu’on est prêt à y consacrer: à préciser sa pensée avant d’écrire ou à gérer après coup les réactions (souvent au prix de beaucoup de frustrations) parce que la communication initiale était trop spontanée ou inutilement ambigüe?

Quoi qu’il en soit, les dernières heures auront malheureusement démontré que le contexte ne se prête pas encore à une réflexion sereine au sujet de l’environnement médiatique de Québec (pour bien des raisons, qui ne tiennent d’ailleurs pas qu’aux radios accusées, mais aussi à l’attitude d’autres médias réputés plus respectables, et à d’autres facteurs). Mais il faudra y revenir.

Mise à jour (17h10): C’est aussi ce que le Maire de Québec a dit cet après-midi.

Et c’est d’ailleurs la même chose pour l’influence présumée des réseaux sociaux dans la détérioration du débat public. Il faut là aussi se méfier de qu’on nous présente comme des évidences… (suggestions de lecture à ce sujet: ce texte de Jean-Philippe Tittley, ou celui-ci, que j’ai écrit le 3 janvier dernier).

Tout ça me ramène décidément à ma résolution de début d’année: en 2017, beaucoup plus de blogue et un peu moins de Facebook.

***

En terminant, je vous partage un extrait d’un texte que Benoît Tardif porte à mon attention ce matin, et qui me semble aller pas mal dans le même sens…

“We tend to view our moral values as universal [that] there are no other values but ours, and people who don’t share our values are simply immoral. Yet, in order to use moral reframing you need to recognize that the other side has different values, know what those values are, understand them well enough to be able to understand the moral perspective of the other side, and be willing to use those values as part of a political argument.”»

«Feinberg said he saw lots of liberals lobbing ad-hominem attacks, such as “you’re being un-American” or “you’re making the Statue of Liberty cry.”

“People typically do not do well when attacked,” he said, “this could simply push them to be more staunch in their position.”

If you can’t persuade your political foes, that is, you can at least try not to make the conflict worse.»

Source: The Simple Psychological Trick to Political Persuasion | The Atlantic

***

Aussi, la suggestion que cet ami a formulé un peu plus tôt ce matin, sur Facebook, pour améliorer le débat public au Québec:

«Si vous me demandiez ce que je pense qu’on devrait faire pour améliorer le débat au Québec, je dirais ceci :

Premièrement, nous devons absolument arrêter de discréditer quelqu’un aussitôt qu’on n’est pas 100% d’accord avec tout ce qu’il dit.

Ensuite, plutôt que de les ridiculiser, de les marginaliser ou de carrément les démoniser, il faut qu’on essaie de comprendre pourquoi les gens ont peur. Que ce soit la peur de Donald Trump, de l’islam radical, de disparaître comme peuple, de l’indépendance du Québec ou de n’importe quelle autre, ces peurs sont bien réelles pour ceux qui les ressentent. On peut les trouver ridicules, irrationnelles ou non fondées, elles existent néanmoins et ce n’est certainement pas en traitant les gens qui les subissent de racistes, d’incultes, de déconnectés, d’idiots utiles ou d’autres quolibets plus ou moins recherchés que nous créons un espace de dialogue respectueux propice aux échanges constructifs ou que nous faisons avancer la société.

C’est la polarisation du débat qui est malsaine et que nous devons combattre. C’est ce que je nous souhaite.»

 

 

 

Notre négligence

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Les idées se bousculent dans mon esprit depuis l’attaque de la Grande Mosquée de Québec. J’ai vraiment le coeur à l’envers.

Ça me fait réaliser à quel point je suis fatigué de côtoyer le terrorisme. Pas juste écoeuré: fatigué. C’est pire. Inquiet pour l’avenir aussi, si on ne réagit pas.

J’étais au pied des tours à New York le 11 septembre 2001. Je connais des gens qui ont été très directement touchés par les attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan. Et voilà que ça recommence, à cinq minutes de chez moi. La plupart des enfants qui ont perdu un proche dans les attentats d’hier fréquentent des écoles que mes enfants ont aussi fréquentées. C’est douloureusement concret.

Ça me donne envie de crier: c’est bon, j’ai compris! Je le sais que ça peut arriver partout, même là et quand où on s’y attend le moins. Inutile d’en rajouter.

Mais ce n’est pas la peur de mourir dans un attentat qui m’effraie le plus aujourd’hui. Non, c’est plutôt la crainte de voir l’avenir de notre société nous échapper… en glissant sur une pente dangereuse, celle de la méfiance les uns des autres.

Comme si l’usage juvénile que nous faisons des réseaux sociaux, conjugué à la crise financière que traversent les médias et à certains excès de la partisanerie politique nous entraînait inévitablement vers une forme de société dont personne ne veut pourtant.

Ce n’est pas en pointant des gens du doigt qu’on va régler ça. Certainement pas non plus en invitant simplement ceux qui cultivent tous les jours la division (sous toutes ses formes) à faire leur examen de conscience. Les discours vertueux qu’on entend depuis quelques heures ne suffiront pas eux non plus.

Il va falloir agir. Chacun à notre manière.

Et pour en arriver là, il va falloir reconnaître que nous sommes tous un peu responsables de la situation actuelle. À cause d’une certaine forme de négligence, ou de paresse.

Parce qu’on ne s’est pas suffisamment intéressé à la situation les uns des autres.
Parce qu’on a choisi de fermer les yeux sur des situations inacceptables.
Parce qu’on a accepté de normaliser des discours intolérables.
Parce qu’on a trop souvent réservé notre indignation à Facebook alors qu’on sait très bien que ça ne peut pas suffire.

Nous avons trop longtemps tenu la santé de notre démocratie pour acquise. C’était une erreur. On s’en rend compte aujourd’hui de façon particulièrement dramatique.

Il va falloir se retrousser les manches, s’agenouiller dans le jardin et entreprendre un grand désherbage. Tous ensemble.

C’est tout ça que j’aurai en tête en me rendant à la vigile qui se tiendra devant la Grande Mosquée de Québec pour dire à cette communauté qu’elle est bienvenue à Québec.

***

Trois coups de chapeau en terminant:

Aux porte-paroles de la communauté musulmane de Québec que j’ai entendus depuis hier. Votre noblesse est exemplaire et inspirante. C’est vous qui nous montrez la voie à suivre.

À Régis Labeaume, dont l’authenticité depuis hier est aussi exemplaire. Il a été, à mon avis, le politicien le plus à la hauteur de la situation depuis hier.

À Alain Fortier, président de la Commission scolaire des Découvreurs, aussi. Son explication calme, claire et pédagogique de la situation était aussi remarquable. J’espère que les médias auront bien compris sa demande de rester loin des écoles.

Ça tombe bien, c’est vendredi

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On se retrouve encore ce matin dans une ambiance politique profondément désolante.

Pierre Paradis qui est mis à la porte du caucus libéral parce qu’il fait objet d’une enquête policière, vraisemblablement pour inconduite sexuelle. Et dans un contexte où on a la désagréable impression qu’il y a eu tentative de camouflage dans les derniers jours avec cette prétendue chute de cheval…

Je suis encore une fois dégoûté par tout ça.

Rien à voir avec la partisanerie. C’est tout le monde politique qui pâtit de la répétition de ces événements qui viennent encore alimenter le cynisme d’un peu tout le monde. Et notre confiance en nous-même, collectivement, par la même occasion — parce que le fonctionnement de l’Assemblée nationale témoigne aussi de notre organisation et de notre capacité d’action, comme société.

D’une certaine façon, ça tombe bien, parce que c’est vendredi. Alors j’irai manger un sandwich devant l’Assemblée nationale encore ce midi. Nous serons un petit groupe de 12h à 12h30, pour une treizième semaine (et toutes les semaines ont apporté leur lot de bonnes raisons pour se dire à la semaine prochaine!). Aujourd’hui, nous avons prévu prendre le temps de bien préparer la publication d’un premier texte collectif, la semaine prochaine, à l’occasion de la rentrée parlementaire.

Ce sera un texte simple, non partisan, au ton positif, par lequel nous souhaitons interpeller les élus et les journalistes (et chacune d’entre-nous, par la même occasion). L’objectif est de rappeler la responsabilité de chacun si on veut bénéficier d’un climat politique positif, stimulant, qui donne envie aux citoyens de s’engager (plutôt que le contraire).

Ce texte ne marquera pas la fin de notre démarche. On se dit même que ce sera plutôt l’occasion d’élargir un peu le mouvement. Et nous espérons que les discussions qui vont suivre la publication du texte nous aideront à mieux définir les prochaines étapes.

Je crois qu’il va falloir commencer à voir la politique comme on a appris à voir l’environnement au cours des quarante dernières années… comme quelque chose de précieux, dont nous sommes tous responsables, et dont il faut surtout prendre soin un petit geste à la fois.

On a fini par comprendre que ce n’était pas assez de dénoncer les plus grands pollueurs. Qu’il fallait aussi faire notre part individuellement. Changer nos comportements. Penser globalement, agir localement. Il faut faire pareil avec la politique.

Il y a une expression qui me trotte dans la tête depuis quelques jours: il faut commencer à penser en termes d’écologie politique.

C’est peut-être un peu ça, aussi, le sens du rendez-vous sandwich du vendredi midi.

Réflexion à poursuivre.

Note: Pour voir les autres textes en lien avec les rendez-vous sandwich, on peut cliquer ici.


Photo: gros plan sur une murale / street art vue sur le boulevard René-Lévesque, à l’intersection du boulevard Saint-Laurent, à Montréal.

Désamorcer le populisme en quatre étapes faciles (ou pas!)

Les populistes, qu’ils soient de gauche ou de droite, tirent leur pouvoir de notre réflexe à les dépeindre comme des imbéciles et des fascistes. C’est ce que nous dit Andrés Miguel Rondón dans un texte qui a été publié par le Caracas Chronicles le jour de l’inauguration de Donald Trump.

Le chroniqueur nous met en garde contre les portraits outranciers du nouveau président des États-Unis, les réactions excessives à ses décisions et une polarisation inutile de l’espace public à son sujet. C’est en faisant ça qu’on se trouverait à nourrir son pouvoir… comme l’opposition vénézuélienne l’a fait avec Hugo Chavez pendant dix ans, rappelle-t-il.

Ce texte nous met en garde: pour éviter que le Québec ne vive une situation semblable, il est urgent d’apprendre à éviter les pièges du populisme. Quand on parlera de Trump, bien sûr, mais aussi quand on commentera le discours de tous ceux et celles qui prétendent s’exprimer au nom des victimes du système contre les élites (économiques, politiques, intellectuelles, etc.).

Rappeler l’importance des faits ne sera pas suffisant. Il va falloir que nous apprenions à éviter les discours inutilement moralisateurs, à sortir de nos zones de conforts, recommencer à se rendre là où on ne nous attend plus, écouter ceux à qui on avait peut-être cessé de tendre l’oreille. Il va falloir descendre des tribunes, aller faire un tour dans le trafic, prendre le temps de jouer aux cartes, de tricoter, de prendre une bière ou de manger un roteux à l’entrée des arénas.

Et le plus tôt sera le mieux, nous avertit Andrés Miguel Rondón.

Ci-dessous quelques extraits de son texte

***

How to Culture Jam a Populist in Four Easy Steps
Andrés Miguel Rondón

Excerpts:

The recipe [of populism] is universal. Find a wound common to many, someone to blame for it and a good story to tell. Mix it all together. (…)

Populism is built on the irresistible allure of simplicity. The narcotic of the simple answer to an intractable question. The problem is now made simple. (…)

And so, some advice:

1. Don’t forget who the enemy is.

Populism can only survive amid polarization. It works through caricature, through the unending vilification of a cartoonish enemy. Pro tip: you’re the enemy. (…) Trump needs you to be the enemy just like all religions need a demon. As a scapegoat.

“But facts!”, you’ll say, missing the point entirely. (…) Your focus has to be on erase the cartoon you’ve been drawn into. Scrambling it. Undermining it.

2. Show no contempt.

Your organizing principle is simple: don’t feed polarization, disarm it.

The Venezuelan Opposition struggled for years to get this. It wouldn’t stop pontificating about how stupid it all is. (…) “Really, this guy? Are you nuts? You must be nuts.” We’d say. (…) Repeat after me: fascism ». (…)

[Doing so you would] lost the first battle. Instead of fighting polarization, you [would play] into it. (…)

3. Don’t try to force him out.

If any [plan to force Chavez out] had gone well, bear with me for a second, Venezuela wouldn’t be in the shitshow it is in right now. (…)

The people on the other side (…) will rebel against you if you look like you’re losing your mind. Worst of all, you will have proved yourself to be the very thing you’re claiming to be fighting against: an enemy of democracy. And all the while you’re just giving the Populist and his followers enough rhetorical fuel to rightly call you a saboteur, an unpatriotic schemer, for years to come. (…)

4. Find a counter-argument. (No, not the one you think.)

The problem [is] not that Trump supporters are too stupid to see right from wrong, it’s that you’re much more valuable to them as an enemy than as a compatriot.

The problem is tribal. Your challenge is to prove that you belong in the same tribe as them: that you are American in exactly the same way they are.

In Venezuela, we fell into the abstraction trap in a bad way. We wrote again and again about principles, about the separation of powers, about civil liberties, about the role of the military in politics, about corruption and economic policy. But it took our leaders ten years to figure out they needed to actually go to the slums and to the countryside. And not for a speech, or a rally, but for game of dominoes or to dance salsa – to show they were Venezuelans too, (…) It is the only way of establishing your standing. It’s deciding not to live in an echo chamber. To press pause on the siren song of polarization.

You will not find that pause button in the cities or the university’s campuses. You will find it precisely where you’re not expected.

Only then will your message land.

There’s no point sugar coating: the road ahead is tough and the pitfalls are many. It’s way easier to get this wrong than to get this right, and the chances are the people getting it wrong will drown out those getting it right.

Trump et La République

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En ouvrant Facebook ce matin, mon attention a été attirée sur cette courte vidéo choc qui plonge dans La République de Platon pour nous inviter à réfléchir au contexte de l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis.

— C’est presque trop fort pour être vrai, me suis-je dit… mais c’est sur le site de la BBC, alors…

Alors j’ai pris note de faire quelques recherches plus tard dans la journée pour documenter ça un peu plus. Et je passe à autre chose.

Passant dans le salon après avoir complété la lecture des journaux, je constate que Ana est  plongée dans La République, à partir de l’exemplaire que nous avons étudié au cégep. J’éclate de rire!

— Tu as vu la vidéo toi aussi?

Elle éclate de rire à son tour.

On a donc commencé la fin de semaine en faisant une petite heure de philosophie ensemble — en s’étonnant que le passage du texte auquel la vidéo fait référence ne semble pas exister sur le web dans une version structurée pour faciliter la lecture.

Je suis donc parti d’une version tirée de ce site, pour en faire l’adaptation ci-dessous. C’est moi qui ai ajouté les intertitres, que j’ai puisé dans le texte.

Il n’y a pas à dire, ça invite à la réflexion.

Bonne lecture!

***

LA RÉPUBLIQUE (livre VIII, de 562 à la fin)

La tyranie vient de la démocratie

— Or çà! mon cher camarade, voyons sous quels traits se présente la tyrannie, car, quant à son origine, il est presque évident qu’elle vient de la démocratie.
— C’est évident.
Maintenant, le passage de la démocratie à la tyrannie ne se fait-il de la même manière que celui de l’oligarchie à la démocratie.
— Comment?
— Le bien que l’on se proposait, répondis-je, et qui a donné naissance à l’oligarchie, c’était la richesse, n’est-ce pas?
— Oui
— Or c’est la passion insatiable de la richesse et l’indifférence qu’elle inspire pour tout le reste qui ont perdu ce gouvernement.
— C’est vrai, dit-il.
— Mais n’est-ce pas le désir insatiable de ce que la démocratie regarde comme son bien suprême qui perd cette dernière?
— Quel bien veux-tu dire?
— La liberté, répondis-je. En effet, dans une cité démocratique tu entendras dire que c’est le plus beau de tous les biens, ce pourquoi un homme né libre ne saurait habiter ailleurs que dans cette cité.
— Oui, c’est un langage qu’on entend souvent.
— Or donc – et voilà ce que j’allais dire tout à l’heure – n’est-ce pas le désir insatiable de ce bien, et l’indifférence pour tout le reste, qui change ce gouvernement et le met dans l’obligation de recourir à la tyrannie?
— Comment? demanda-t-il.
— Lorsqu’une cité démocratique, altérée de liberté, trouve dans ses chefs de mauvais échansons, elle s’enivre de ce vin pur au delà de toute décence; alors, si ceux qui la gouvernent ne se montrent pas tout à fait dociles et ne lui font pas large mesure de liberté, elle les châtie, les accusant d’être des criminels et des oligarques.
— C’est assurément ce qu’elle fait, dit-il.
— Et ceux qui obéissent aux magistrats, elle les bafoue et les traite d’hommes serviles et sans caractère; par contre, elle loue et honore, dans le privé comme en public, les gouvernants qui ont l’air de gouvernés et les gouvernés qui prennent l’air de gouvernants. N’est-il pas inévitable que dans une pareille cité l’esprit de liberté s’étende à tout?
— Comment non, en effet?

L’excès de liberté doit aboutir à un excès de servitude

— Qu’il pénètre, mon cher, dans l’intérieur des familles, et qu’à la fin l’anarchie gagne jusqu’aux animaux?
— Qu’entendons-nous par là? demanda-t-il.
— Que le père s’accoutume à traiter son fils comme son égal et à redouter ses enfants, que le fils s’égale à son père et n’a ni respect ni crainte pour ses parents, parce qu’il veut être libre, que le métèque devient l’égal du citoyen, le citoyen du métèque et l’étranger pareillement.
— Oui, il en est ainsi, dit-il.
— Voilà ce qui se produit, repris-je, et aussi d’autres petits abus tels que ceux-ci. Le maître craint ses disciples et les flatte, les disciples font peu de cas des maîtres et des pédagogues. En général les jeunes gens copient leurs aînés et luttent avec eux en paroles et en actions; les vieillards, de leur côté, s’abaissent aux façons des jeunes gens et se montrent pleins d’enjouement et de bel esprit, imitant la jeunesse de peur de passer pour ennuyeux et despotiques.
— C’est tout à fait cela.
— Mais, mon ami, le terme extrême de l’abondance de liberté qu’offre un pareil État est atteint lorsque les personnes des deux sexes qu’on achète comme esclaves ne sont pas moins libres que ceux qui les ont achetées. Et nous allions presque oublier de dire jusqu’où vont l’égalité et la liberté dans les rapports mutuels des hommes et des femmes.
— Mais pourquoi ne dirions-nous pas, observa-t-il, selon l’expression d’Eschyle, « ce qui tantôt nous venait à la bouche?»
— Fort bien, répondis-je, et c’est aussi ce que je fais. A quel point les animaux domestiqués par l’homme sont ici plus libres qu’ailleurs est chose qu’on ne saurait croire quand on ne l’a point vue. En vérité, selon le proverbe, les chiennes y sont bien telles que leurs maîtresses; les chevaux et les ânes, accoutumés à marcher d’une allure libre et fière, y heurtent tous ceux qu’ils rencontrent en chemin, si ces derniers ne leur cèdent point le pas. Et il en est ainsi du reste : tout déborde de liberté.
— Tu me racontes mon propre songe, dit-il, car je ne vais presque jamais à la campagne que cela ne m’arrive.
— Or, vois-tu le résultat de tous ces abus accumulés? Conçois-tu bien qu’ils rendent l’âme des citoyens tellement ombrageuse qu’à la moindre apparence de contrainte ceux-ci s’indignent et se révoltent? Et ils en viennent à la fin, tu le sais, à ne plus s’inquiéter des lois écrites ou non écrites, afin de n’avoir absolument aucun maître.
— Je ne le sais que trop, répondit-il.
— Eh bien ! mon ami, repris-je, c’est ce gouvernement si beau et si juvénile qui donne naissance à la tyrannie, du moins à ce que je pense.
— Juvénile, en vérité ! dit-il; mais qu’arrive-t-il ensuite?
— Le même mal, répondis-je, qui, s’étant développé dans l’oligarchie, a causé sa ruine, se développe ici avec plus d’ampleur et de force, du fait de la licence générale, et réduit la démocratie à l’esclavage; car il est certain que tout excès provoque ordinairement une vive réaction, dans les saisons, dans les plantes, dans nos corps, et dans les gouvernements bien plus qu’ailleurs.
— C’est naturel.
—Ainsi, l’excès de liberté doit aboutir à un excès de servitude, et dans l’individu et dans l’État.
— Il le semble, dit-il.
— Vraisemblablement, la tyrannie n’est donc issue d’aucun autre gouvernement que la démocratie, une liberté extrême étant suivie, je pense, d’une extrême et cruelle servitude.
— C’est logique.

Partageons par la pensée une cité démocratique en trois classes

— Mais ce n’est pas cela, je crois, que tu me demandais.
—Tu veux savoir quel est ce mal, commun à l’oligarchie et à la démocratie, qui réduit cette dernière à l’esclavage.
— C’est vrai
— Eh bien ! j’entendais par là cette race d’hommes oisifs et prodigues, les uns plus courageux qui vont à la tête, les autres, plus lâches qui suivent. — Nous les avons comparés à des frelons, les premiers munis, les seconds dépourvus d’aiguillon.
— Et avec justesse, dit-il.
— Or, ces deux espèces d’hommes, quand elles apparaissent dans un corps politique, le troublent tout entier, comme font le phlegme et la bile dans le corps humain. Il faut donc que le bon médecin et législateur de la cité prenne d’avance ses précautions, tout comme le sage apiculteur, d’abord pour empêcher qu’elles y naissent, ou, s’il n’y parvient point, pour les retrancher le plus vite possible avec les alvéoles mêmes.
— Oui, par Zeus ! s’écria-t-il, c’est bien là ce qu’il faut faire.
— Maintenant, repris-je, suivons ce procédé pour voir plus nettement ce que nous cherchons.
— Lequel?
— Partageons par la pensée une cité démocratique en trois classes, qu’elle comprend d’ailleurs en réalité. La première est cette engeance, qui par suite de la licence publique ne s’y développe pas moins que dans l’oligarchie.
— C’est vrai.
— Seulement elle y est beaucoup plus ardente.
— Pour quelle raison?
— Dans l’oligarchie, dépourvue de crédit et tenue à l’écart du pouvoir, elle reste inexercée et ne prend point de force; dans une démocratie, au contraire, c’est elle qui gouverne presque exclusivement; les plus ardents de la bande discourent et agissent; les autres, assis auprès de la tribune, bourdonnent et ferment la bouche au contradicteur; de sorte que, dans un tel gouvernements toutes les affaires sont réglées par eux, à l’exception d’un petit nombre.
— C’est exact, dit-il.
— Il y a aussi une autre classe qui se distingue toujours de la multitude.
— Laquelle?
— Comme tout le monde travaille à s’enrichir, ceux qui sont naturellement les plus ordonnés deviennent, en général, les plus riches.
— Apparemment.
— C’est là, j’imagine, que le miel abonde pour les frelons et qu’il est le plus facile à exprimer.
— Comment, en effet, en tirerait-on de ceux qui n’ont que peu de chose?
— Aussi est-ce à ces riches qu’on donne le nom d’herbe à frelons?
— Oui, un nom de ce genre, répondit-il.
— La troisième classe c’est le peuple : tous ceux qui travaillent de leurs mains, sont étrangers aux affaires, et ne possèdent presque rien. Dans une démocratie cette classe est la plus nombreuse et la plus puissante lorsqu’elle est assemblée.
— En effet, dit-il; mais elle ne s’assemble guère, à moins qu’il ne lui revienne quelque part de miel.
— Aussi bien lui en revient-il toujours quelqu’une, dans la mesure où les chefs peuvent s’emparer de la fortune des possédants et la distribuer au peuple, tout en gardant pour eux la plus grosse part.
— Certes, c’est ainsi qu’elle reçoit quelque chose.
— Cependant, les riches qu’on dépouille sont, je pense, obligés de se défendre : ils prennent la parole devant le peuple et emploient tous les moyens qui sont en leur pouvoir.
— Sans doute.
— Les autres, de leur côté, les accusent, bien qu’ils ne désirent point de révolution, de conspirer contre le peuple et d’être des oligarques.
— Assurément.
— Or donc, à la fin, lorsqu’ils voient que le peuple, non par mauvaise volonté mais par ignorance, et parce qu’il est trompé par leurs calomniateurs, essaie de leur nuire, alors, qu’ils le veuillent ou non, ils deviennent de véritables oligarques; et cela ne se fait point de leur propre gré : ce mal, c’est encore le frelon qui l’engendre en les piquant.
— Certes !
— Dès lors ce sont poursuites, procès et luttes entre les uns et les autres.
— Sans doute.
— Maintenant, le peuple n’a-t-il pas l’invariable habitude de mettre à sa tête un homme dont il nourrit et accroît la puissance?
— C’est son habitude, dit-il.
— Il est donc évident que si le tyran pousse quelque part, c’est sur la racine de ce protecteur et non ailleurs qu’il prend tige.
— Tout à fait évident.

De protecteur du peuple à tyran accompli

— Mais où commence la transformation du protecteur en tyran? N’est-ce pas évidemment lorsqu’il se met à faire ce qui est rapporté dans la fable du temple de Zeus Lycéen en Arcadie?
— Que dit la fable? demanda-t-il.
— Que celui qui a goûté des entrailles humaines, coupées en morceaux avec celles d’autres victimes, est inévitablement changé en loup. Ne l’as-tu pas entendu raconter?
— Si.
— De même, quand le chef du peuple, assuré de l’obéissance absolue de la multitude, ne sait point s’abstenir du sang des hommes de sa tribu, mais, les accusant injustement, selon le procédé favori de ses pareils, et les traînant devant les tribunaux, se souille de crimes en leur faisant ôter la vie, quand, d’une langue et d’une bouche impies, il goûte le sang de sa race, exile et tue, tout en laissant entrevoir la suppression des dettes et un nouveau partage des terres, alors, est-ce qu’un tel homme ne doit pas nécessairement, et comme par une loi du destin, périr de la main de ses ennemis, ou se faire tyran, et d’homme devenir loup?
— Il y a grande nécessité, répondit-il.
— Voilà donc, repris-je, l’homme qui fomente la sédition contre les riches.
— Oui.
— Or, si après avoir été chassé, il revient malgré ses ennemis, ne revient-il pas tyran achevé?
— Evidemment.
— Mais si les riches ne peuvent le chasser, ni provoquer sa perte en le brouillant avec le peuple, ils complotent de le faire périr en secret, de mort violente.
— Oui, dit-il, cela ne manque guère d’arriver.
— C’est en pareille conjoncture que tous les ambitieux qui en sont venus là inventent la fameuse requête du tyran, qui consiste à demander au peuple des gardes de corps pour lui conserver son défenseur.
— Oui vraiment.
— Et le peuple en accorde, car s’il craint pour son défenseur, il est plein d’assurance pour lui-même.
—  Sans doute.
— Mais quand un homme riche et par là-même suspect d’être l’ennemi du peuple voit cela, alors, ô mon camarade, il prend le parti que l’oracle conseillait à Crésus, et « le long de l’Hermos au lit caillouteux il fuit, n’ayant souci d’être traité de lâche. »
— Et aussi bien n’aurait-il pas à craindre ce reproche deux fois !
— Et s’il est pris dans sa fuite, j’imagine qu’il est mis à mort.
— Inévitablement.
— Quant à ce protecteur du peuple, il est évident qu’il ne gît point à terre «de son grand corps couvrant un grand espace soi. », au contraire, après avoir abattu de nombreux rivaux, il s’est dressé sur le char de la cité, et de protecteur il est devenu tyran accompli.
— Ne fallait-il pas s’y attendre?

Susciter des guerres, pour que le peuple ait besoin d’un chef

— Examinons maintenant, repris-je, le bonheur de cet homme et de la cité on s’est formé un semblable mortel.
— Parfaitement, dit-il, examinons.
— Dans les premiers jours, il sourit et fait bon accueil à tous ceux qu’il rencontre, déclare qu’il n’est pas un tyran, promet beaucoup en particulier et en public, remet des dettes, partage des terres au peuple et à ses favoris, et affecte d’être doux et affable envers tous, n’est-ce pas?
— II le faut bien, répondit-il.
— Mais quand il s’est débarrassé de ses ennemis du dehors, en traitant avec les uns, en ruinant les autres, et qu’il est tranquille de ce côté, il commence toujours par susciter des guerres, pour que le peuple ait besoin d’un chef.
— C’est naturel.
— Et aussi pour que les citoyens, appauvris par les impôts, soient obligés de songer à leurs besoins quotidiens, et conspirent moins contre lui.
— Evidemment.
— Et si certains ont l’esprit trop libre pour lui permettre de commander, il trouve dans la guerre, je pense, un prétexte de les perdre, en les livrant aux coups de l’ennemi. Pour toutes ces raisons, il est inévitable qu’un tyran fomente toujours la guerre.
— Inévitable.
— Mais ce faisant, il se rend de plus en plus odieux aux citoyens.
— Comment non?

L’obligation de vivre avec des gens méprisables ou de renoncer à la vie

— Et n’arrive-t-il pas que, parmi ceux qui ont contribué à son élévation, et qui ont de l’influence, plusieurs parlent librement soit devant lui, soit entre eux, et critiquent ce qui se passe- du moins les plus courageux?
— C’est vraisemblable.
— Il faut donc que le tyran s’en défasse, s’il veut rester le maître, et qu’il en vienne à ne laisser, parmi ses amis comme parmi ses ennemis, aucun homme de quelque valeur.
— C’est évident.
— D’un oeil pénétrant il doit discerner ceux qui ont du courage, de la grandeur d’âme, de la prudence, des richesses; et tel est son bonheur qu’il est réduit, bon gré mal gré, à leur faire la guerre à tons, et à leur tendre des pièges jusqu’à ce qu’il en ait purgé l’État !
— Belle manière de le purger !
— Oui, dis-je, elle est à l’opposé de celle qu’emploient les médecins pour purger le corps; ceux-ci en effet font disparaître ce qu’il y a de mauvais et laissent ce qu’il y a de bon : lui fait le contraire.
— Il y est contraint, s’il veut conserver le pouvoir.
— Le voilà donc lié par une bienheureuse nécessité, qui l’oblige à vivre avec des gens méprisables ou à renoncer à la vie !
— Telle est bien sa situation, dit-il.
— Or, n’est-il pas vrai que plus il se rendra odieux aux citoyens par sa conduite, plus il aura besoin d’une garde nombreuse et fidèle?
— Sans doute.
— Mais quels seront ces gardiens fidèles? D’où les fera-t-il venir?
— D’eux-mêmes, répondit-il, beaucoup voleront vers lui, s’il leur donne salaire.
— Par le chien ! il me semble que tu désignes là des frelons étrangers, et de toutes sortes.
— Tu as vu juste.
— Mais de sa propre cité qui aura-t-il? Est-ce qu’il ne voudra pas…
— Quoi?
— Enlever les esclaves aux citoyens et, après les avoir affranchis, les faire entrer dans sa garde.
— Certainement. Et aussi bien ce seront là ses gardiens les plus fidèles.
— En vérité, d’après ce que tu dis, elle est bienheureuse la condition du tyran, s’il prend de tels hommes pour amis et confidents, après avoir fait mourir les premiers !
— Et pourtant il ne saurait en prendre d’autres.
— Donc, ces camarades l’admirent, et les nouveaux citoyens vivent en sa compagnie. Mais les honnêtes gens le haïssent et le fuient, n’est-ce pas?
— Hé! peuvent-ils faire autrement?
— Ce n’est donc pas sans raison que la tragédie passe, en général, pour un art de sagesse, et Euripide pour un maître extraordinaire en cet art.
— Pourquoi donc?
— Parce qu’il a énoncé cette maxime de sens profond, à savoir « que les tyrans deviennent habiles par le commerce des habiles»; et il entendait évidemment par habiles ceux qui vivent dans la compagnie du tyran.
— Il loue aussi, ajouta-t-il, la tyrannie comme divine et lui décerne bien d’autres éloges, lui et les autres poètes.
— Ainsi donc, en tant que gens habiles, les poètes tragiques nous pardonneront, à nous et à ceux dont le gouvernement se rapproche du nôtre, de ne point les admettre dans notre État, puisqu’ils sont les chantres de la tyrannie.
— Je crois, dit-il, qu’ils nous pardonneront, du moins ceux d’entre eux qui ont de l’esprit.
— Ils peuvent, je pense, parcourir les autres cités, y rassembler les foules, et, prenant à gages des voix belles, puissantes et insinuantes, entraîner les gouvernements vers la démocratie et la tyrannie.
— Sûrement.
— D’autant plus qu’ils sont payés et comblés d’honneurs pour cela, en premier lieu par les tyrans, en second lieu par les démocraties; mais à mesure qu’ils remontent la pente des constitutions, leur renommée faiblit, comme si le manque de souffle l’empêchait d’avancer.
— C’est exact.

Si le peuple se fâche…

— Mais, repris-je, nous nous sommes écartés du sujet. Revenons-en à l’armée du tyran, cette troupe belle, nombreuse, diverse, et toujours renouvelée, et voyons comment elle est entretenue.
— Il est évident, dit-il, que si la cité possède des trésors sacrés, le tyran y puisera, et tant que le produit de leur vente pourra suffire, il n’imposera pas au peuple de trop lourdes contributions.
Mais quand ces ressources lui manqueront?
— Alors, il est évident qu’il vivra du bien de son père, lui, ses commensaux, ses favoris et ses maîtresses.
— Je comprends, dis-je : le peuple qui a donné naissance au tyran le nourrira, lui et sa suite.
— Il y sera bien obligé.
— Mais que dis-tu? Si le peuple se fâche et prétend qu’il n’est point juste qu’un fils dans la fleur de l’âge soit à la charge de son père, qu’au contraire, le père doit être nourri par son fils; qu’il ne l’a point mis au monde et établi pour devenir lui-même, quand son fils serait grand, l’esclave de ses esclaves, et pour le nourrir avec ces esclaves-là et le ramassis de créatures qui l’entourent, mais bien pour être délivré, sous son gouvernement, des riches et de ceux qu’on appelle les honnêtes gens dans la cité; que maintenant il lui ordonne de sortir de l’État avec ses amis, comme un père chasse son fils de la maison, avec ses indésirables convives…
— Alors, par Zeus! il connaîtra ce qu’il a fait quand il a engendré, caressé, élevé un pareil nourrisson, et que ceux qu’il prétend chasser sont plus forts que lui.
— Que dis-tu? m’écriai-je, le tyran oserait violenter son père, et même, s’il ne cédait pas, le frapper?
— Oui, répondit-il, après l’avoir désarmé.
— D’après ce que tu dis le tyran est un parricide et un triste soutien des vieillards; et nous voilà arrivés, ce semble, à ce que tout le monde appelle la tyrannie ; le peuple, selon le dicton, fuyant la fumée de la soumission à des hommes libres, est tombé dans le feu du despotisme des esclaves, et en échange d’une liberté excessive et inopportune, a revêtu la livrée de la plus dure et la plus amère des servitudes,
— C’est, en effet, ce qui arrive,
— Eh bien ! demandai-je, aurions-nous mauvaise grâce à dire que nous avons expliqué de façon convenable le passage de la démocratie à la tyrannie, et ce qu’est celle-ci une fois formée?
— L’explication convient parfaitement, répondit-il.

***

Intelligence artificielle

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Je me réjouis de voir que Montréal est en train de devenir un des pôles mondiaux importants dans le développement de l’intelligence artificielle. Il faut continuer dans cette voie, avec vigueur. Ne pas avoir peur d’investir.

Je suis toutefois frappé par la différence entre le discours de Philippe Couillard et de Dominique Anglade, au Québec, et celui d’Axelle Lemaire, en France.

Le premier donne l’impression que l’intelligence artificielle est pure technologie et que l’intérêt de la voir se développer à Montréal est essentiellement économique.

Le second met en évidence la dimension sociale et politique de l’intelligence artificielle, et l’intérêt de participer à son développement pour y intégrer les valeurs essentielles de la France.

Exemple:

De Davos, Philippe Couillard a salué dans ces mots l’investissement de Microsoft dans Maluuba, un fleuron de l’intelligence artificielle à Montréal — dont la multinationale a récemment fait l’acquisition (une version française du site Web ne serait d’ailleurs pas un luxe).

«Grâce au dynamisme et à la capacité d’innover d’entreprises visionnaires comme Maluuba et au savoir-faire de chercheurs reconnus mondialement tels que M. Bengio, le Québec peut se distinguer dans le secteur de l’intelligence artificielle. Ce domaine d’avenir contribue à propulser notre société vers l’économie numérique. » (source)

Presque au même moment, la secrétaire d’État au numérique et à l’innovation de France expliquait dans ces termes pourquoi elle lançait maintenant une stratégie nationale sur l’intelligence artificielle, à trois mois des élections présidentielles:

«…l’enjeu est de savoir qui va définir les normes et les standards en matière d’intelligence artificielle : est-ce que l’on veut que ce soient d’autres pays ou d’autres industries qui le fassent ? (…) La France a tout intérêt à se saisir de ces questions et à se créer un arsenal de réponses pour défendre une vision de l’intelligence artificielle qui corresponde à nos valeurs, qu’il s’agisse d’égalité, de lutte contre les discriminations, de partage, de solidarité ou d’essor économique par l’innovation.» (source)

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L’intelligence artificielle est en train de transformer en profondeur le fonctionnement de notre société. Je pense qu’il y a lieu d’être enthousiaste et d’y voir quelque chose de positif. Mais il ne faut pas être candide.

L’intelligence artificielle intégrera les valeurs de ceux qui l’inventent aujourd’hui. Autant le savoir, l’expliquer et reconnaître que c’est aussi un enjeu démocratique.

J’aimerais que cela soit un peu plus présent dans le discours des femmes et des hommes politiques du Québec.

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Et, d’ailleurs, si le sujet vous intéresse, j’attire votre attention sur la prochaine édition de Décoder le monde, au Musée de la civilisation, qui se tiendra sur le thème des robots et de l’Intelligence artificielle, du 30 mars au 2 avril prochain.

«Tous les domaines de la vie humaine sont concernés : les loisirs, le travail, la santé, l’économie, la politique et même les rapports à notre propre corps avec les greffes d’éléments biotechnologiques et le corps augmenté.

L’événement Décoder le monde propose aux citoyens et aux familles des ateliers, des démonstrations, des spectacles et des rencontres avec des penseurs, des artistes et des spécialistes de la recherche scientifique québécoise.»

J’aime (vraiment?)

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Le résultat de l’élection présidentielle américaine nous a amenés à réfléchir sur le rôle des fake news — sur ce qu’est vraiment une fausse nouvelle et, de façon plus générale, sur l’importance de la qualité de l’information dans une démocratie.

Mais ce qui me reste le plus à l’esprit, deux mois plus tard (à deux jours de l’inauguration du 45e président des États-Unis), c’est l’incroyable influence de l’environnement informationnel dans lequel on baigne au quotidien. Et des moyens dont nous disposons pour aménager cet environnement.

On l’a dit, le fonctionnement de services comme Facebook repose presque entièrement sur des algorithmes. On le dit souvent comme une façon de dire qu’on n’y peut rien, c’est comme ça.

Et pourtant, c’est nous qui nous indiquons à l’algorithme de Facebook, comment nous souhaitons qu’il aménage l’information qu’il nous présente.

Le problème c’est que l’algorithme a l’oreille fine, il entend tout ce qu’on dit, même quand ce n’est pas vraiment à lui qu’on s’adressait.

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Pour l’algorithme, ce qui est important c’est de nous présenter des choses qui nous donnent envie d’interagir avec lui: de cliquer sur j’aime, sur je n’aime pas, de partager des textes et des images.

Et chaque fois qu’on fait ça, on se trouve à parler avec l’algorithme. On l’aide à comprendre qu’est-ce qui peut faire cliquer toujours plus souvent. Parce que c’est ça son rôle.

L’algorithme de Facebook ne veut pas nous informer. Il veut nous faire cliquer — qu’importe sur quoi. Parce que c’est nos clics que Facebook transforme en argent, de toutes sortes de façons.

Cette prise de conscience me fait maintenant hésiter à cliquer sur j’aime. Parce que j’essaie d’abord de réfléchir comme l’algorithme. J’essaie d’interpréter ce que je suis en train de dire en cliquant sur ce petit pouce bleu à l’air inoffensif?

Parce que je suis de plus en plus conscient que je ne suis pas seulement en train de dire à l’ami qui me présente un article de La Presse, par exemple, que j’apprécie ce qu’il a partagé avec moi.

Je suis en même temps en train de dire à l’algorithme que je veux qu’il sache que j’aime ce genre de publication, que j’aimerais qu’il informe tous mes amis que j’ai aimé ce texte et que je compte évidemment sur lui pour me présenter de plus en plus de choses semblables.

C’est pour ça qu’on ne peut pas se contenter de déplorer le fonctionnement algorithmique de Facebook. Parce que c’est nous qui introduisons les variables dans l’algorithme. Nous avons donc une responsabilité dans la composition de notre mur Facebook.

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J’ai été renversé de découvrir, en fin d’année, que j’avais cliqué/partagé/publié 12000 fois sur Facebook en 2016 (c’était indiqué dans le petit bilan de fin d’année). Autant de fois où j’ai nourri l’algorithme, sans trop m’en rendre compte. Docilement.

Alors ne vous surprenez plus si je clique moins souvent sur j’aime sur ce que vous publiez sur Facebook.

Ce n’est pas parce que j’aime moins ce que vous publiez. C’est parce que je suis plus conscient du message que je passe en même temps à l’algorithme:

  • svp, répète à tout mon réseau que j’aime ça;
  • assure-toi que mes amis voient aussi ce texte ou cette photo;
  • et présente-moi le plus souvent possible des choses du même genre.

Si je ne suis pas prêt à dire tout ça à l’algorithme, je ne clique pas.

Parce que je suis de plus en plus conscient que quand je clique, c’est d’abord à l’algorithme que je parle.

Conseil national — 4

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Faire de la politique, c’est aussi se lever avec le soleil un dimanche matin, prendre une douche rapide, sauter dans ses bottes et faire virevolter la fraîche des rues de son quartier pour aller rejoindre d’autres citoyens qui ont choisi de consacrer leur fin de semaine à débattre de l’avenir de notre société. Il faut prendre le temps d’apprécier un peu la poésie de la chose… (d’où le choix de la photo!).

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Le deuxième jour du Conseil national a commencé par un premier bloc d’activités qui se tenait à huis clos (retour sur la course à la chefferie, suivi du plan d’action triennal, budget, etc.). Rien qui peut être rapporté ici, donc.

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Nous avons ensuite réinvité les observateurs et les journalistes à se joindre à nous pour souligner le travail de trois militants exemplaires: Gilles Cantin, Vincent Angel-Despins et Gilles Gaudreau. Les deux premiers sont de la région de la Capitale-Nationale (de Charlesbourg). Bravo!

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Nous par la suite conclu la campagne de financement 2016 (avec un grand succès!) et lancé la campagne de 2017, que j’aurai le plaisir de coprésider avec la nouvelle députée de Marie-Victorin, Catherine Fournier.

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Ça a ensuite été le moment d’un passage obligé de tous les conseils nationaux: la présentation des propositions aux instances et à l’aile parlementaire ainsi que les propositions d’urgence.

J’ai eu, une fois de plus, l’impression qu’il faudrait repenser la manière de traiter ces propositions. C’est un moment important de la vie démocratique du parti, mais on la confine à un moment où les délégués des circonscriptions ont faim et n’attendent plus que le discours de clôture du chef pour reprendre la route et retourner chez eux. C’est dommage. On peut faire mieux.

Je pense qu’on devrait aussi beaucoup mieux définir (ou appliquer) les conditions de recevabilité de ces propositions. Certaines me semblaient seulement indirectement destinées aux instances ou à l’aile parlementaire. Certaines ne me semblaient pas se qualifier pour être considérées comme une résolution d’urgence. Je suis peut-être dans l’erreur… mais, quoi qu’il en soit, je pense qu’il faut y réfléchir.

Reste le discours du chefqui fera l’objet de mon dernier texte.

Voir aussi: