Pourquoi l’économie de la culture a ses propres règles

Le quotidien Le Monde a mis en ligne dans les derniers jours une remarquable vidéo qui explique pourquoi l’économie de la culture ne suit pas les mêmes règles que d’autre secteurs de l’économie:

La parabole des Tuileries ou pourquoi l’économie de la culture a ses propres règles

C’est une vidéo qu’il me semble indispensable de faire circuler en cette ère du tout à l’économie de marché.

Vivement des politiques culturelles progressistes et des interventions de l’État décomplexées dans le domaine de la culture!

Et, tiens, je pense que je vais relire l’excellent Passion et désenchantement du ministre Lapalme dans l’avion vers le Salon du livre de Paris, la semaine prochaine — ça me (re)mettra dans le bon état d’esprit!

Les feux de la rampe

Pour une personne à la tribune il en faut des dizaines qui travaillent dans l’ombre, en coulisse, efficacement.

C’est indispensable pour préparer, pour consulter et pour assurer les appuis, la cohésion des troupestant bien que mal, dans les meilleures conditions comme dans les pires.

La politique c’est un iceberg : on en voit généralement que la pointe émergée, celle dont rend compte la une des journaux — celle des feux de la rampe.

Il faut toutefois mettre la tête sous l’eau si on veut la comprendre vraiment.

Passer de l’autre côté du miroir.

L’édition scolaire n’est pas un marché comme les autres

Carl-Frédéric a publié hier un texte dans lequel il analyse à son tour les annonces d’Apple en rapport avec le manuel scolaire. Je m’appuie sur celui-ci pour poursuivre ma réflexion.

D’abord pour préciser que iBooks Author est un logiciel fantastique, et qu’il sera très utile, et efficace, pour ceux et celles qui souhaiteront commercialiser des livres numériques, en particulier des manuels scolaires auprès des utilisateurs de iPad. Je n’ai pas de doute là-dessus. L’expérience qu’en a faite Jean-François Gayrard dans les dernières heures le confirme (bravo à lui, d’ailleurs — pendant qu’on en parle, lui l’a expérimenté).

Aussi pour dire que je suis très circonspect concernant l’argument selon lequel il n’y pas de raisons de s’offusquer davantage du modèle présenté cette semaine, que de celui du App Store, d’ores et déjà accepté, et qui a fait ses preuves. Je pense que ce sont deux situations bien différentes : dans un cas, c’est une solution qui s’adresse à un marché de consommation domestique, essentiellement à des fins ludiques — dans l’autre, il s’agit du marché éducatif, ce qui exige qu’on analyse les conséquences avec de grandes précautions. Ce qui pouvait être acceptable dans le premier cas, ne le sera pas forcément dans le deuxième cas.

J’aimerais à cet égard souligner que l’édition scolaire est un marché très particulier, notamment parce que l’offre y est largement subventionnée, et que la demande l’est aussi, presque totalement. Plus clairement, les éditeurs sont subventionnés pour produire les manuels scolaires, et les écoles subventionnées pour les acheter.  Qui plus est, c’est un domaine dans lequel l’histoire nous a montré qu’il était nécessaire d’établir des règles afin de s’assurer notamment d’une certaine équité entre les milieux socioéconomiquement favorisés et défavorisés.

Dans ce contexte, je vois mal, par exemple, qu’on puisse tout bonnement accepter que des éditeurs soient subventionnés pour produire des manuels scolaires dont l’usage ne serait accessible qu’aux écoles qui seront en mesure d’équiper leurs élèves de iPad. Autrement, ces investissements n’auront pour effet que d’exacerber les inégalités. C’est pour cette raison que j’évoquais dans mon texte précédent qu’il était plus nécessaire que jamais de se doter d’une politique publique en bonne et due forme à l’égard des technologies à l’école.

Parmi les éléments qu’il me semble absolument nécessaire de prévoir dans cette politique, c’est l’interopérabilité, et, pour cela, l’adoption de normes et de standards dont l’usage sera obligatoire pour que l’argent de l’État puisse être mis à contribution. Carl-Frédéric tourne gentiment en dérision la préoccupation que les manuels scolaires produits avec iBooks Author ne pourront pas être lu sur autre chose qu’un iPad — mais je pense que c’est tout de même une préoccupation légitime, particulièrement si les manuels dont il est question sont produits avec un soutien public (ce qui est aussi le cas non seulement si ce sont des éditeurs subventionnés, mais également si ce sont des enseignants ou des conseillers pédagogiques qui les réalisent). Ces normes et standards assurant l’interopérabilité existent : pdf, epub 3, html 5, etc.

Je pense qu’il faut que les gouvernements disent dès maintenant à Apple: bravo, vos outils sont extraordinaires, nous en soutiendrons la diffusion, voire l’adoption, dans le domaine scolaire, mais uniquement dans la mesure où ils deviennent compatibles avec ces normes et standards — et dans ces conditions, seulement, nous accepterons que l’argent public y soit investi.

Est-ce que le résultat de tout ça est un livre? — qu’importe. C’est une ressource éducative essentielle à la réalisation du curriculum scolaire. Il faut donc le considérer comme tel dans notre réflexion.

Carl-Frédéric semble confiant qu’on n’obligera pas les écoles à acheter des iPad — certes, mais je pense qu’on ne les empêchera pas facilement de le faire non plus et qu’à défaut de politiques claires à cet égard, on pourrait se retrouver avec de mauvaises surprises rapidement : pas parce que les outils d’Apple ne sont pas bons, au contraire — mais parce qu’on n’en aura pas balisé l’usage adéquatement.

C’est ça l’urgence : encadrer. Pour que le rythme des changements qui s’annoncent, avec la force de séduction et d’investissement dont est capable Apple (et ses concurrents, qui ne sauraient tarder à emboîter le pas), ne nous empêche de garder le cap sur les missions les plus essentielles de l’école.

Et si Apple était devenu éditeur?

Ouf! — Les annonces d’Apple hier font décidément beaucoup parler d’elles!

J’ai eu l’occasion de réagir une première fois rapidement hier en répondant aux questions de Fabien Deglise, mais comme dans le cas d’à peu près toutes les annonces de Apple, il faut prendre le temps de s’accorder un peu de perspective avant de vraiment se faire une idée de ce que signifieront vraiment ces annonces une fois la poussière retombée. Voici donc ce que j’en pense maintenant, vingt-quatre heures plus tard.

Je réfléchis tout haut… je cherche un angle pour analyser tout ça.

* * *

Je ne détaillerai pas les annonces en tant que telles — cela a été fait sur de nombreux autres sites. Néanmoins, si on résume ce qu’Apple a annoncé:

  • un nouveau logiciel de création de livres, et en particulier de manuels scolaires (iBooks Author)
  • une mise à jour de iBooks adapté à une utilisation en milieu d’apprentissage (iBooks 2)
  • un outil pour organiser des documents dans un cadre d’enseignement (iTunes U)

À première vue, iBooks Author est vraiment un extraordinaire outil de création; iBooks 2 une mise à jour majeure de l’application; et iTunes U quelque chose de très prometteur. Je dis semble parce que je n’ai pas encore eu le temps d’analyser suffisamment cette portion des annonces. Tout cela est bien fait et bien mis en marché. C’est du grand Apple, encore une fois.

Ce qui frappe particulièrement cette fois, c’est à quel point le discours de l’entreprise est vertueux. En gros, elle dit: voici les outils grâce auxquels les écoles pourront (enfin) bénéficier de la puissance des technologies. Plus encore: il s’agit de réinventer le manuel scolaire, voire le curriculum lui-même. Comme si les écoles attendaient l’aide d’Apple pour (enfin) changer.

Là où le bât blesse, c’est qu’Apple nous offre un environnement informatique complètement fermé: les livres produits avec iBooks Author ne pourront être vendus que sur le iBookStore; seront dans un format unique à Apple, et ne pourront être lus qu’avec l’application iBooks 2, sur un iPad. Est-ce un crime? Certainement pas. C’est même remarquablement ingénieux… d’un point de vue commercial. Mais les discours vertueux en prennent un coup. S’il s’agissait surtout d’aider les écoles, même en vendant des iPad, Apple aurait minimalement dû annoncer à la même occasion une mise à jour de iOS pour permettre à plus d’un utilisateur de partager un appareil (sessions multi-utilisateurs, comme MacOS peut le faire)… sauf que ce sera beaucoup plus payant si les écoles (ou les parents) achètent un iPad par élève au lieu d’un iPad par pupitre.

Faut-il reprocher ces choix à Apple? Je ne pense pas (mais je suis peut-être trop cynique!). Je pense sincèrement qu’Apple propose des applications remarquables, un environnement commercial particulièrement efficace et qu’elle réussira à générer de la valeur (des profits) pour ses actionnaires. Il me semble qu’on devrait plutôt garder nos reproches aux médias qui relaient le message de la pomme un peu trop docilement… et, plus encore, pour nous interroger sur notre propre manque d’esprit critique devant ces innovations.

* * *

Au fond, je me demande si ce qu’il faut surtout comprendre des annonces d’hier, ce n’est pas qu’en plus de vendre des iPad et des logiciels, Apple a maintenant choisi de devenir éditeur… et qu’en dénonçant des éléments particuliers des conditions d’utilisations de iBooks Author et les choix de formats non standard, on passe à côté de ce qui est vraiment en train de se passer.

Je dis ça parce que, si on y pense bien, en faisant l’hypothèse que la stratégie d’Apple est de progressivement devenir elle-même un éditeur, à sa façon, on comprend beaucoup mieux les choix qu’on lui reproche avec une interprétation plus classique des annonces d’hier — à commencer par le nom de l’application: iBooks Author.

En effet, si Apple est éditeur, on peut se dire que les conditions d’utilisation du logiciel s’apparentent à un contrat d’auteur, et alors, il n’est pas anormal qu’elles prévoient une forme d’exclusivité. Il n’est pas anormal non plus que les ventes soient limitées à sa propre boutique, comme certains éditeurs misent essentiellement sur la vente directe pour diffuser leurs productions (ce n’est pas à l’auteur de choisir les canaux de ventes à privilégier). Rien de choquant, non plus, dans ce contexte, à ce qu’Apple se réserve le droit de ne pas tout publier ce qui lui sera soumis. Pas surprenant non plus qu’Apple soit tenté de barrer le chemin à certains concurrents. C’est comme ça que ça se passe…

Sauf que.

Sauf que si Apple devient éditeur, il faudra bien en tenir compte — et analyser ses choix et ses stratégies en conséquence, en particulier dans le marché scolaire. Et pour le moment, le modèle proposé par Apple n’est pas tellement différent de celui des éditeurs scolaires traditionnels. Un peu plus multimédia, mais pas beaucoup plus ouvert aux dynamiques sociales et à la co-construction. Pas moins axé sur l’enseignement et pas beaucoup plus sur l’apprentissage. En cela, la démarche d’Apple est très innovatrice, mais pas particulièrement révolutionnaire.

Vu sous cet angle, j’ai moins envie de reprocher ses choix à Apple que de crier haut et fort que l’arrivée d’un acteur aussi puissant dans le monde de l’édition scolaire doit être un wake up call pour tous ceux qui ont l’éducation à coeur et pour ceux qui ont la responsabilité du système scolaire. Il est urgent que nous explicitions, chacun dans nos milieux, nos valeurs et nos points de repère communs sur ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas dans un contexte scolaire. Sur ce qui doit ou non être encadré par les pouvoirs publics dans une perspective de recherche du Bien commun. Parce que cela ne fait pas partie du plan d’affaire d’Apple.

Il n’y a pas de doute que les outils et les propositions qu’Apple a présentées hier sont fantastiques. Enthousiasmantes. Mais ils sont aussi périlleux si nous ne nous dotons pas, collectivement, de programmes et de politiques concernant des technologies éducatives et le matériel scolaire afin d’en tirer adéquatement profit. Or, j’ai l’impression que nous n’en avons pas depuis déjà trop longtemps.

Non, décidément, je ne reproche rien à Apple. Et je n’en suis pas moins admiratif. Je juste un peu préoccupé de l’absence de produits/services/approches alternatives pour éviter une hégémonie qui me semble incompatible avec ma vision de l’éducation et de la culture en général.

Au fond, je pense que je ne reproche qu’une chose à Apple: de miser un peu trop sur notre candeur pour nous présenter et nous vendre ses produits.

Et je continue de réfléchir à tout ça.

22 janvier — mise à jour: J’ai poursuivi ma réflexion ici…

La mise à mort des consommateurs improductifs

« Extraits du journal de Jules Flegmon

10 février. — Un bruit absurde court dans le quartier à propos de nouvelles restrictions. Afin de parer à la disette et d’assurer un meilleur rendement de l’élément laborieux de la population, il serait procédé à la mise à mort des consommateurs improductifs : vieillards, retraités, rentiers, chômeurs, et autres bouches inutiles. Au fond, je trouve que cette mesure serait assez juste. […]

12 février. — … il n’est pas question de mettre à mort les inutiles. On rognera simplement sur leur temps de vie. Maleffroi m’a expliqué qu’ils auraient droit à tant de jours d’existence par mois, selon leur degré d’inutilité. Il paraît que les cartes de temps sont déjà imprimés. J’ai trouvé cette idée aussi heureuse que poétique. […]

13 février. —C’est une infamie! un déni de justice! un monstrueux assasinat! Le décret vient de paraître dans les journaux et voilà-t-il pas que parmi  » les consommateurs dont l’entretien n’est compensé par aucune contrepartie réelle « , figurent les artistes et les écrivains! À la rigueur, j’aurais compris que la mesure s’appliquât aux peintres, aux sculpteurs, aux musiciens. Mais aux écrivains! Il y a là une inconséquence, une aberration, qui resteront une honte suprème de notre époque. Car, enfin, l’utilité des écrivains n’est pas à démontrer, surtout pas la mienne, je peux le dire en toute modestie. Or, je n’aurai droit qu’à quinze jours d’existence par mois. »

* * *

Ce sont quelques extraits de La carte, troisième nouvelle du Passe-muraille, de Marcel Aymé.

Je n’ai rien à ajouter. Seulement une suggestion à formuler:  garder ce texte en mémoire lorsque l’actualité politique reprendra dans quelques jours.

Dernier cri

Ce n’est pas un orignal miniature.

Ce n’est pas non plus une fourmi qui aspire à faire partie de l’attelage du Père Noël.

C’est nous.

C’est une image. Je l’ai prise dans le National Geographic.

Cette fourmi croit que c’est le dernier cri en matière d’antennes qu’elle a sur la tête, et qu’avec ça,  elle pourra sûrement tout savoir avant tout le monde. Être une fourmi 2.0.

Mais ce n’est pas tout à fait ça.

C’est un champignon qu’elle a sur la tête. Et pas n’importe quel champignon… un champignon capable de prendre le contrôle de son cerveau pour l’amener à un endroit où ses spores pourront se développer et être efficacement dispersées. Alors, il tuera la fourmi.

Je n’invente pas, c’est écrit dans Ten Weirdest Life-forms of 2011. Ce sympathique champignon s’appelle Ophiocordyceps camponoti-balzani.

L’article ne dit pas si le champignon peut s’attaquer à l’être humain, mais on est jamais trop prudent.

Résister

M’accrocher sur un arbre, à mi-chemin entre le sol et le ciel, pour me faire chauffer la couenne au soleil. Pour résister au cynisme, envers et contre tout.

C’est à cette photo que Guy (encore lui!) m’a envoyée hier que j’ai pensé en lisant les journaux de ce matin. Les bilans de l’année sont au mieux ternes, au pire déprimants. Même le rire n’est plus un refuge. Il faut chercher ailleurs. Résister.

Résister, plus que s’indigner, d’ailleurs.

L’indignation c’est dans l’instant. C’est un cri du coeur. Ça fait la une.

La résistance, c’est dans la durée. C’est une façon d’être. C’est moins médiagénique.

Si 2011 a été l’année des indignés, alors je souhaite que 2012 soit celle des résistants.

L’art d’être au bon endroit au bon moment ?

Ce sera une grande journée demain pour François Legault et ses partisans avec la naissance officielle de leur parti politique. Il faut les féliciter pour cela — notamment parce que cela témoigne d’un certain dynamisme de notre démocratie.

Dans ce contexte, les journaux de la fin de semaine n’ont évidemment pas manqué l’occasion de présenter l’homme et sa démarche, entreprise il y a déjà plusieurs années — presque aussitôt qu’il a quitté le Parti québécois, apprend-on.

Le Soleil nous a présenté samedi un portrait particulièrement favorable de François Legault, dans le cadre duquel le politologue Jean-Herman Guay résume d’une formule particulièrement efficace ce qui est en train de se produire pour la Coalition pour l’avenir du Québec: « la politique, c’est l’art d’être au bon endroit au bon moment ».

C’est une formule efficace, certes, mais qui me plonge dans un profond cynisme. Je cultive une conception plus utopique de la politique — une vision qui s’appuie davantage sur les valeurs et les idées que sur l’art du timing. Bien sûr, l’un et l’autre ne sont pas complètement contradictoires — mais dans le cas présent, le timing semble prendre clairement le dessus sur le reste.

Pour moi, on devrait définir d’abord et avant tout la politique comme la capacité de renouveler la manière d’aborder les principaux enjeux auxquels la société est confrontée.

Dans cette perspective, le leadership politique que je valorise consiste à savoir présenter les enjeux déterminants pour l’avenir de la société de façon différente — pour désamorcer les oppositions traditionnelles, éviter la polarisation des opinions et créer un contexte favorable à l’émergence d’idées nouvelles.

C’est dans cet esprit que je suis intervenu dans les derniers jours sur le blogue de Mario Asselin, en rapport avec la question de la hausse annoncée des frais de scolarité — voir les commentaires #7 et #10 au bas de ce texte.

C’est aussi dans cet esprit que j’essaie d’agir, au jour le jour, pour contribuer à donner forme au nouvel écosystème économique et culturel qui émerge autour du livre numérique — un défi à la fois complexe et exigeant, mais aussi incroyablement stimulant.

L’importance du regard

L’importance du regard est un des thèmes importants de mes réflexions depuis quelques jours — et en particulier la nature du regard qu’on porte sur notre milieu de vie et l’influence que cela peut avoir dans la compréhension de ce qui s’y déroule.

Un article publié cette fin de semaine dans le Globe&Mail illustre remarquablement l’importance du regard dans la politique — et comment les politiciens (certains politiciens?) souhaitent contrôler notre regard, notre façon de voir le monde.

Harper spins a new brand of patriotism

Stephen Harper is working to recast the Canadian identity, undoing 40 years of a Liberal narrative and instead creating a new patriotism viewed through a conservative lens.

Restoring the “royal” prefix to the navy and air force this week is just part of the Prime Minister’s attempt at “creating a new frame” for Canada and Canadians.

En nous imposant — avec de puissants moyens — une nouvelle façon de voir les choses, c’est une grille d’analyse que les Conservateurs souhaitent introduire dans notre esprit, et c’est progressivement en fonction de cette manière de voir et de cette grille d’analyse que nous nous mettrons à réagir aux événements, à comprendre ce qui se passe autour de nous, et à appuyer ou condamner les actions de certains politiciens plutôt que d’autres.

C’est un véritable enjeu pour un politicien comme Stephen Harper de modifier rapidement ce sur quoi on fonde notre image du Canada — de transformer la trame narrative dans laquelle s’inscrivent les événements. C’est ce que Christian Salmon appelle le storytelling (aussi sur le même sujet). C’est probablement dans cette direction qu’il faut regarder pour comprendre les images d’une scénarisation fascinante de la dernière campagne électorale.

Ce que le texte du Globe&Mail met en évidence, c’est l’ampleur des efforts qui sont/seront vraisemblablement déployés pour tourner la page sur « l’image du Canada » que les libéraux ont progressivement élaborée au cours des quarante dernières années — celle qui nous a amenés à juger les conservateurs comme « très à droite », « rétrogrades », etc. S’ils arrivent à « reformater » nos esprits dans les prochaines années, à introduire dans nos esprits de nouvelles références et de nouveaux points de repère, ils pourront aspirer à devenir le parti dont les politiques s’inscrivent dans la logique du récit, de l’histoire du Canada — alors qu’aujourd’hui ils doivent encore souffrir de l’image de politiciens qui vont contre le sens de l’histoire.

Si on accepte, comme citoyens, de se faire imposer ces récits savamment construits, et les grilles d’analyse qui les accompagnent — celles des Conservateurs, mais pas seulement — on se condamne à adopter un comportement de réaction aux actions programmées par les politiciens. Nous deviendrons des personnages dans leur histoire. Alors que la démocratie voudrait que ce soit eux qui s’inscrivent dans notre histoire et qui coordonnent leurs actions en fonction de notre conception du monde.

Il est urgent de reconquérir notre regard — par tous les moyens.

La culture à la carte: de Drapeau à Bono

Pour préparer la réunion de mon conseil d’administration virtuel, j’ai entrepris de relire Les années qui viennent, un livre qui a été publié par les Éditions du Boréal en 1987 et qui regroupe des chroniques que Jean-Paul L’Allier avait écrites pour Le Devoir au cours des années précédentes.

Plusieurs des chroniques sont d’une étonnante actualité.

Je reprends ci-dessous de larges extraits d’une de ces chroniques, parce qu’elle me semble apporter une réponse intéressante à la question que Stéphane Baillargeon pose à la une du Devoir de ce matin dans Pro bono publico:

À l’ère des mégaspectacles, des festivals et des superproductions, la culture est-elle condamnée à se justifier par le discours économique?

Elle me semble ajouter aussi une perspective historique importante au texte que Marie-Andrée Chouinard consacrait hier à la place de la langue française dans le Festival d’été de Québec.

* * *

Culture à la carte

Durant toutes ses années de vie politique, l’ex-maire de Montréal aura été, avant tout, un homme fasciné par les grands événements, les super-spectacles, les projets ayant un commencement, une apothéose et, pour la plupart, qu’il le veuille ou non, une fin. (…)

Les coûts de touts ordres n’ont que peu d’importance pourvu que le spectacle soit eau, si les gens l’aiment et si, de jeux en événements, on crée des images, des présomptions que l’on prend ensuite pour des certitudes.

Précurseur et intuitif, il se voit aujourd’hui confirmé dans ses choix par les élus de beaucoup de villes de tous les pays qui réagissent ainsi aux réflexes télévisuels des citoyens-spectateurs-consommateurs. D’autant plus que s’ils sont bien organisés et bien montés, on peut toujours prétendre que ces événements s’autofinancent par le décompte de toutes les retombées économiques et de toutes les taxes qu’ils génèrent et qu’ils apportent.

C’est la culture à la carte, un magazine vivant et, toutes dimensions de la culture déjà faite, une sorte de fantastique « Reader’s Digest » de l’Art.

Pour avoir l’impact souhaité et ne pas devenir le gouffre financier dont tous ceux qui se pressent pour l’inaugurer s’éloignent comme la peste au fur et à mesure de l’impression d’échec, l’événement doit être spectaculaire, original, grandiose et, à priori, populaire. (…)

Il ne s’agit pas, bien sûr, d’opposer d’une part la culture mondiale dans ses pointes d’excellence et dans ce qu’elle peut avoir produit de mieux, et d’autre part, les prétentions que l’on pourrait avoir ici, à partir de faibles ressources, de nos petites institutions et d’une population aussi restreinte, d’atteindre les mêmes sommets.

Ce qu’il faut retenir de cette culture à la carte, que l’on cherche de plus en plus à offrir puisqu’elle correspond à une formule gagnante, aux habitudes et aux goûts de la population, c’est que seule l’excellence des contenus, de la programmation, de la présentation, du marketing et de l’accueil sont des gages du succès.

Le Québécois consommateur de culture s’habituera vite à avoir accès à ce qui se fait de mieux et il est prévoir que les exigences monteront de plusieurs crans au cours des années à venir.

(…) la masse des consommateurs tendra plutôt à s’accroître, l’éducation culturelle n’en sera certes pas la cause puisqu’elle est virtuellement inexistante. C’est l’événement lui-même qui prime.

Dans ce contexte, il est à craindre que les gouvernements, toujours sensibles aux mouvements de l’opinion publique et aux modes autant qu’aux tendances nouvelles, cherchent maintenant à concentrer leurs interventions et les orientations de leur planification, lorsqu’elles existent, autour de l’événement. Quelle aubaine: il a des retombées positives sur le plan culturel, il en met plein la vue et peut même ne coûter à peu près rien à ceux qui, plastron en avant, l’inaugurent en propriétaire en notre nom à tous.

Leurs interlocuteurs ne seront donc plus d’abord les créateurs, les artistes et ceux que l’on a traditionnellement appelés « gens de culture » mais les promoteurs, concepteurs et vendeurs d’événements. (…)

Comment faire en sorte que ces « happenings » de la culture soient autre chose que des feux d’artifice et contribuent à consolider chez noues bases de toute première qualité en matière d’innovation et de création culturelle? Comment en assurer le suivi autrement que de fête en fête?

Comment faire pour que ces blocs de culture qui nous viendront presque toujours d’ailleurs, à de rares exceptions près (…) soient une formidable occasion d’éveil, de recherche d’excellence et de dépassement non seulement pour le monde de la culture, mais pour ceux qui ont la responsabilité de l’éducation à la culture, de l’organisation de la vie ou de la gestion des ressources gouvernementales?

Ne gâchons pas la fête. (…) Tant mieux si cela ne doit pas se faire au détriment de nos propres foyers de création et de nos institutions déjà souvent en retard.

Montréal a déjà fait la preuve qu’elle pouvait être un foyer original d’accueil et de diffusion extrêmement séduisante pour toute l’Amérique du Nord. À moins qu’il ne réussisse parallèlement et rapidement à démontrer qu’il peut aussi être un foyer de création et d’excellence tout aussi important pour les gens d’ici dans leur recherche de création et de dépassement, avec tous les coûts que cela suppose, toute la patience, toute la compréhension et toute la tolérance des femmes et des hommes publics, nous n’aurons fait que bouger sur place sans avancer, bien au contraire.

Pour un peuple comme pour les individus, c’est là toute la différence que de pouvoir écrire « la culture » en deux mots ou « l’aculture » en un seul ot. Le mot n’est peut-être pas encore au dictionnaire, mais la réalité l’emporte maintenant sur l’imaginaire.

L’heure de la convocation

Au cours d’une conversation avec Mario, il y a six ans, nous avions exploré l’idée de se constituer chacun un Conseil d’administration virtuel — comme une façon de s’aider à réfléchir.

C’était un exercice pédagogique — « pour se poser des questions sur la façon dont on prend des décisions quand ça devient sérieux ».

Le 5 août 2005, Mario décrivait une première mouture de son conseil d’administration virtuel.

Le 1er janvier 2006, il partageait avec nous les fruits de la première réunion de son Conseil.

Le 1er janvier 2007, il publiait le compte rendu de la deuxième réunion de son C.A. virtuel.

Et, finalement, le 1er janvier 2008, il publiait le compte rendu de la troisième réunion du comité.

À ma connaissance, il n’y a pas eu de réunion de son conseil d’administration depuis cette date.

Pour ma part, ce n’est que deux ans après avoir lancé l’idée que j’ai constitué mon Conseil d’administration virtuel — c’était en avril 2007.

J’ai bien sûr consulté régulièrement les membres de mon conseil — de façon aussi informelle qu’imaginaire — mais je n’en ai jamais rendu compte ici. Je le regrette.

* * *

En 2005, Mario s’apprêtait à quitter son rôle de directeur d’école pour se joindre à Opossum, pour travailler avec Jean-Sébastien Bouchard et moi.

En 2005, je ne le savais pas encore, mais j’étais sur le point de partir avec ma famille pour une extraordinaire aventure de trois ans en France.

Aujourd’hui

— Mario se prépare à une nouvelle aventure;

— et moi je vis les moments les plus intenses, et les plus stimulants de ma vie professionnelle — en simultanément plus préoccupé que jamais par la nécessité de l’engagement politique — quelle qu’en soit la forme.

Nous sommes indéniablement tous les deux dans des contextes où ça devient sérieux, pour reprendre les mots de Mario en 2005.

Mario : je pense que le moment est venu de convoquer nos conseils d’administration respectifs — et de partager, dans le mesure du possible, certaines des conclusions de leurs délibérations. Qu’est-ce que tu en penses?

Je suis particulièrement intimidé par le fait que huit des treize membres de mon conseil sont vivants et qu’il est plausible que six d’entre eux prennent connaissance du dialogue imaginaire que je pourrai avoir avec eux dans le contexte de cet exercice — mais je pense que je vais quand même oser le faire, ne serait-ce que comme un exercice d’écriture estival.

Je pense que je vais dans un premier temps devoir reprendre contact avec chacun d’eux, individuellement, avant de pouvoir imaginer les réunir…

On verra bien…

L’engagement

Il a beaucoup été question d’engagement et de résignation dans les conversations que j’ai eues au cours de cette longue fin de semaine. Jeudi soir avec les uns, vendredi soir avec d’autres, samedi soir encore, cet après-midi (beaucoup!) et encore ce soir.

De la résignation.

De l’inacceptable résignation — qui ne dit pas toujours son nom.

Et de l’engagement.

De l’engagement qui peut s’exprimer de bien des façons, mais qui est plus que jamais nécessaire, sous toutes ses formes.

* * *

— Mais alors, qu’est-ce qui te choque le plus au Québec aujourd’hui?, m’a demandé un ami au beau milieu d’un échange un peu plus vigoureux que le reste de la conversation.

— Ce qui me choque le plus, je pense, c’est la résignation, aie-je répondu. C’est de voir tellement de gens qui n’y croient plus, qui ne croient plus qu’ils peuvent faire une différence — que l’engagement politique (au sens large) a toujours un sens. De gens qui s’intéressent à la politique comme à un spectacle dont ils seraient des spectateurs.

Je trouve particulièrement révélateur à cet égard de constater que le projet politique qui semble pouvoir rallier une majorité de québécois se fonde sur l’idée de mettre de côté une question fondamentale pour l’avenir du Québec — de se résigner à faire l’impasse sur un sujet essentiel— comme si pour réunir des gens il fallait aujourd’hui se faire à croire qu’on ne parlera pas de la situation politique du Québec dans le Canada pendant dix ans — alors qu’on sait très bien que ce n’est pas possible, parce que la réalité l’exigera forcément.

Mais on préfère être dupe — se mentir à nous-mêmes, choisir le confort d’un illusoire consensus plutôt que d’affronter un sujet difficile. De guerre lasse, probablement — ça me choque d’autant plus.

* * *

J’ai eu la chance de côtoyer tellement de gens passionnés, généreux, engagés dans leur communauté au cours des vingt dernières années— à l’école secondaire, au cégep, à l’université, dans différents milieux de travail, sur le Web et dans les quartiers que j’ai habités… il me semble que le monde que je connais n’est pourtant pas comme ça! Il n’est pas prompt à la résignation: il se retrousse les manches! — en gang, le plus souvent.

Et c’est peut-être là que le bât blesse, et qui fait qu’on flirte trop souvent à mon goût avec la résignation (ou ce que je perçois comme tel) par les temps qui courent. Peut-être parce que l’action collective est particulièrement difficile à certaines périodes de la vie — à l’âge où on a de jeunes enfants, par exemple — et parce qu’à défaut d’avoir le sentiment de participer à un mouvement, on peut être tenté d’accepter la réalité telle qu’elle se présente à nous (ou telle qu’on veut bien nous la présenter).

Je sais bien qu’il y a une multitude de manières pour changer le monde — pour changer son monde, à sa façon. Et je ne doute pas que la très grande majorité des gens passionnés et engagés et à qui je pense en écrivant ce texte ont trouvé leur propre façon pour le faire. Et c’est très bien comme ça — et c’est d’ailleurs ce que j’ai aussi fait depuis vingt ans!

Je n’ai donc pas de leçons à donner sur ce sujet, mais le contexte m’amène à penser qu’il n’est pas possible de négliger plus longtemps la sphère politique comme espace d’engagement — et  je sens le besoin de partager ce constat avec mon entourage.

Je sais qu’il y a aussi mille et une façons de manifester un engagement personnel dans la sphère politique — et c’est très bien comme ça, parce que c’est de cette diversité que se nourrit la démocratie. Je pense simplement que c’est plus que jamais indispensable de le faire, d’une façon ou d’une autre.

* * *

Ce sont des idées jetées de façon un peu brouillonne pour l’instant — j’en suis bien conscient — mais j’ai le goût de réfléchir un peu plus là-dessus dans les prochaines semaines et d’écrire un plus longuement avec cette perspective.

Pour le moment, j’ai seulement souhaité laisser ici une trace de cette envie et de cette intention.

Le goût du pouvoir public

Je lis depuis quelques jours (sur mon iPhone, lors de mes déplacements et dans les transports en commun) Guy Coulombe, le goût du pouvoir public — un livre de Jacqueline Cardinal et Laurent Lapierre, publié par les Presses de l’Université du Québec.

Je connaissais le nom ce grand commis de l’État, mais pas beaucoup plus. C’est en lisant quelques textes publiés à l’occasion de son décès, la semaine dernière, que j’ai eu envie d’en apprendre davantage à son sujet — et que j’ai découvert ce livre publié tout récemment par les PUQ.

Les auteurs rendent d’ailleurs hommage à Guy Coulombe dans Le Devoir d’hier matin — en présentant notamment ce qu’étaient pour lui les quatre grandes qualités que tout haut dirigeant doit posséder. Une synthèse à lire.

Je n’en suis encore qu’au tiers du livre, mais déjà, je découvre un personnage très inspirant, tant par son parcours professionnel atypique que par le regard qu’il porte sur l’évolution de la société québécoise.

Où j’en suis dans la lecture, je retiens particulièrement l’importance que Guy Coulombe accordait au choix des gestes qu’on pose — parce qu’il faut « choisir ses batailles ».

« …[il faut] savoir distinguer entre l’essentiel et l’accessoire à chaque niveau de responsabilité. Ce qui est essentiel pour un cadre intermédiaire ne l’est pas pour un cadre supérieur. (Le Devoir)

« Il y avait tellement de données détaillées que s’il avait fallu que je commence à lire tout, j’aurais perdu mon temps. Je me suis rendu compte que non seulement c’était pratique d’aller toujours à l’essentiel, mais c’était essentiel de le faire ». (PUQ)

Je retiens aussi l’approche systémique, et l’importance de la planification — pour éviter les conséquences de l’arbitraire.

« …[c’est sous la direction de Michel Bélanger et de Guy Coulombe] que toutes les structures financières d’un État moderne ont été mises en place par l’application du système budgétaire de « planification, programmation et préparation du budget. » (PUQ)

Je trouve habilement formulé le constat qu’il fait sur le Québec des années soixante:

« … il faut dire qu’au Québec, à l’époque, […] il y avait de la place pour ceux qui avaient des ambitions ». (PUQ)

(et me dit qu’on gagnerait à affirmer plus clairement notre volonté de réunir des conditions semblables aujourd’hui).

J’ai aussi surligné à plusieurs endroits dans le texte des passages qui, d’une façon ou d’une autre, mettre en relief la place du pragmatisme dans l’utopie.

« … [parce que] c’est bien beau d’avoir des rêves, mais il faut que ce soit concret, que ce soit appuyé sur une réalité ». (PUQ)

C’est une lecture qui fait le plus grand bien dans cette période où les décisions arbitraires et l’improvisation semble régner dans une multitude de dossiers où on attendrait un fort leadership politique; où les champs d’action (de responsabilités) des fonctionnaires et des élus sont remis en question et où on a parfois l’impression d’avoir perdu tout « point de repère dans le temps » (des objectifs et des projets qui donnent de la perspective aux actions — qui les inscrivent dans le cours de l’histoire et qui nous évitent de succomber aux charmes de la dernière idée à la mode).

C’est un livre qui nous rappelle que  la politique ce n’est pas seulement le vaudeville  que nous en présentent parfois les médias — c’est aussi des hommes et des femmes qui, chacun à leur manière, orientent le développement du Québec, en donnant forme à des idées grâce à des budgets, des programmes — des actions planifiées guidées par des valeurs fortes.

« Quelles valeurs vous guident ? » — voilà une question qu’on devrait plus que jamais oser poser aux gens qui aspirent à nous représenter.

Et s’il vous plaît, ne nous dites pas seulement ce que vous comptez faire… — dites-nous aussi pourquoi vous souhaitez le faire, et sur quoi se fonde votre décision de le faire de cette façon.

* * *

C’est un livre qui peut à première vue paraître aride, mais qui ne l’est pas — c’est tout le contraire! J’en suggère particulièrement  la lecture à tous ceux et celles qui s’intéressent à la tournure politique que le Québec semble être en train de prendre.

Une nouvelle façon de faire de la politique?

J’ai publié il y a un peu plus de six ans l’ébauche d’un manifeste — auquel je n’ai pas retravaillé depuis.

Le manifeste pour l’indépendance politique

Je relu ce texte ce matin après avoir fait la lecture du Devoir, où les appels à une nouvelle culture politique sont nombreux, comme ils l’ont été toute la semaine — après une quinzaine politique complètement folle.

Je mettais notamment en évidence dans ce texte l’influence directe et indirecte des médias dans la politique qu’on déplore. Je pense que c’est toujours d’actualité — et je me dis que le moment est venu de se pencher à nouveau sur ce texte, avec ceux et celles qui le souhaiteront.

Qui a le goût d’y travailler avec moi?

Parler moins, écouter plus

Parler moins, écouter plus. C’est le titre de l’éditorial de Bernard Descôteaux dans Le Devoir de ce matin. Je cite sa conclusion:

« Au-delà de l’inventaire des causes de cette défaite, un aggiornamento s’impose dans le mouvement souverainiste. Il lui faut retourner sur le terrain, sortir des parlements, parler moins et écouter plus ce que les Québécois ont à dire. Surtout, il lui faut rejoindre les jeunes, adapter son discours aux générations X et Y. (…) La vraie leçon du 2 mai, elle est là. »

Je suis de ceux qui croient que le résultat de la dernière élection fédérale n’a rien à voir avec les convictions des électeurs souverainistes. Il faut toutefois, sans l’ombre d’un doute, en tirer des leçons importantes au sujet des attentes des électeurs — de tous les électeurs — à l’égard des gens qui les représentent ou qui aspirent à les représenter.

Parler moins et écouter plus. Peut-être. Mais surtout parler autrement, et écouter différemment.

Écouter pour comprendre plutôt que pour réagir.

Parler pour proposer plutôt que pour critiquer.

Il faut arrêter de parler des radio-poubelles et de juger les gens sur la base de ce qu’ils écoutent, regardent ou lisent. C’est une forme de mépris qui nous discrédite. Sans un respect de tous les instants pour tous les citoyens, la souveraineté n’a aucune chance de se réaliser.

Gilles Duceppe a raison de dire que cela a été une erreur de faire preuve de dérision à l’égard de Jack Layton lors du débat en français.

Il faut s’interdire de critiquer sans proposer du même souffle une idée complémentaire ou une alternative.

Il faut utiliser prioritairement le temps de parole qui nous est alloué à toutes les tribunes pour donner forme au projet de société dans lequel nous croyons.

Il serait sans doute utile pour cela que plus d’intellectuels choisissent de se frotter à la réalité politique, comme le souligne Manon Cornellier dans un autre texte publié en page éditoriale.

Il faut relever le défi d’être constructifs même dans un rôle d’opposition parlementaire.

Il ne suffira pas de trouver de nouveaux mots pour parler de la bonne vieille souveraineté si on veut convaincre les jeunes. Ce n’est pas à un problème de marketing auquel fait face le mouvement souverainiste. Le défi est bien plus fondamental: c’est la nature de notre démarche que nous devons accepter de remettre en question.

Les gens attendent de nous que nous proposions un projet de société stimulant et que nous leur expliquions pourquoi la souveraineté est nécessaire à sa réalisation. Nous avons le devoir de formuler un projet progressiste qui pourra rallier une majorité de citoyens.

Il faut (ré)accepter l’idée que pour la majorité de Québécois la souveraineté est essentiellement un moyen et non une fin en elle-même.  Il faut accepter de (re)placer la souveraineté au rang d’outils socio-économiques et élaborer notre discours en s’appuyant sur ce constat. À défaut de nous imposer cette exigence, je crains que nous ne méritions plus la confiance des électeurs.

Il est urgent de formuler clairement un projet ambitieux au coeur duquel se trouvera l’éducation, la culture et l’environnement. Un projet au service duquel les technologies de la communication et les réseaux seront intensivement mis à contribution et pour lequel nous stimulerons le développement de l’esprit entrepreneurial, sous toutes ses formes — parce que c’est nécessaire au bon fonctionnement de l’économie et donc indispensable afin que nous ayons collectivement les moyens de nos ambitions.

La fin de campagne du Bloc québécois a une fois de plus démontré à quel point il est devenu inefficace de présenter la souveraineté du Québec comme une nécessaire conclusion de l’histoire. Il est plus que jamais indispensable d’adopter à ce sujet un discours qui relève de l’invention du futur et de s’assurer qu’il sera porté haut et fort par de nouveaux visages.

Je ne peux pas accepter l’idée de François Legault, selon laquelle il faut mettre de côté la question nationale pour être en mesure de proposer un projet stimulant aux Québécois.

Mais pour la combattre, il ne suffira pas de critiquer, même très habilement, la position de LegaultDQ. Le plus important sera de reprendre le leadership de la proposition sociale. Recommencer à être à l’origine des débats plutôt qu’être sans cesse en situation de réaction.

C’est dans cet esprit que je me réjouis de voir apparaître ce Nouveau projet. C’est aussi ce pour quoi je me réjouis que l’idée de gouvernance souverainiste de Pauline Marois ait lentement fait son chemin dans les différentes instances du Parti québécois.

C’est une méthode dans laquelle je me retrouve parce qu’elle respecte ma conviction que l’essentiel est de décrire la société dans laquelle nous souhaitons vivre et de faire ensuite, en toute indépendance, ce que nous croyons utile pour faire advenir cette société — y compris proclamer notre souveraineté si cela s’avère nécessaire (ce que je crois).

Pour reprendre le leadership politique — et éventuellement, gagner des élections — les souverainistes devront écouter de façon plus active l’ensemble des citoyens et s’exprimer de façon plus constructive que nous l’avons fait au cours des dernières années.

Parler moins, écouter plus.

Proposer plus, réagir moins.

Faire un peu plus confiance aux jeunes aussi, avec tout ce que ça implique… comme le rappelle avec humour cette lettre de Jacques Bujold, aussi publiée dans Le Devoir d’aujourd’hui..