PSPP président du PQ

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Raymond Archambault a annoncé hier qu’il ne se représenterait pas à la présidence du Parti Québécois à l’automne 2017.

Je crois que pour qu’un nouveau Parti Québécois émerge à temps pour l’élection de 2018, il faut que Paul St-Pierre-Plamondon soit le prochain président.

Le Parti Québécois a déjà entrepris de se renouveler mais la transformation reste, à ce jour, très incomplète. Il faut aller beaucoup plus loin si on aspire à rejoindre plus de jeunes, de néo-québécois et d’indécis. C’est 500 000 personnes de plus qu’il faut convaincre d’ici un an pour espérer former le prochain gouvernement!

Par l’approche positive, innovatrice et toujours respectueuse qu’il a adoptée depuis la course à la chefferie, Paul incarne mieux que quiconque l’attitude que le Parti Québécois doit adopter pour redonner aux gens le goût de voter pour lui.

Par son travail constant et les propositions qu’il a formulées depuis un an, Paul a aussi fait la démonstration que miser sur l’intelligence des citoyens peut donner des résultats et susciter l’adhésion.

— Paul, je sais que tu mets actuellement la dernière main au rapport final d’Oser repenser le PQ. Je t’exhorte d’ajouter un ultime chapitre à cette démarche en présentant ta candidature à la présidence. Ce sera la meilleure façon d’assurer la mise en œuvre de tes conclusions.

Et si tu souhaites former une équipe autour de ta candidature, composée de militantes et de militants aussi déterminés que toi à faire naître un nouveau Parti Québécois, je suis prêt à répondre à l’appel — comme plusieurs personnes m’ont invité à le faire au cours des dernières heures.

***

Si vous souhaitez, comme moi, que Paul St-Pierre-Plamondon présente sa candidature à la présidence du Parti Québécois, je vous invite à partager ce texte.

Macron et la politique québécoise

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J’ai fait référence il y a quelques jours au texte d’Alec Castonguay sur la fin des partis politiques. Il continue de me trotter dans la tête. Et il me semble prendre une importance renouvelée au regard des résultats du premier tour de l’élection présidentielle française.

La victoire spectaculaire d’Emmanuel Macron, à la tête d’un mouvement inexistant il y a à peine plus d’un an nous force à réfléchir. C’est en rejetant les familles politiques qui ont monopolisé la politique française que Macron a réussi à s’imposer… et à être le plus efficace pour bloquer la montée de l’extrême-droite (du moins jusqu’à présent). Qu’on apprécie ou pas Macron, il faut constater le succès de sa démarche iconoclaste (qu’elle soit réelle, ou simplement perçue comme telle).

Est-ce que cela valide l’hypothèse de la fin des partis politiques, comme je l’ai lu à quelques endroits plus tôt aujourd’hui? J’ai de gros doutes. Mais je pense que les partis politiques ont néanmoins intérêt à tirer rapidement des leçons de cette journée qui aura vu s’écrouler en même temps les véhicules historiques de la gauche et de la droite.

Partout en occident les exemples se multiplient à l’effet que les citoyens sont tannés d’être pris en otage de duels partisans dont ils se sentent exclus. Avec pour effet que les résultats des élections deviennent de plus en plus imprévisibles. Et je pense que c’est tant mieux. On aura d’ailleurs probablement besoin de quelque chose de ce type ici aussi pour ouvrir enfin un nouveau cycle.

Partout, les rapports de force politiques semblent être en train de se redéfinir en dehors des paramètres traditionnels: de l’axe démocrates-républicains, de l’axe gauche-droite et, plus près de nous, de l’axe souveraineté-fédéralisme. Non pas parce que ces points de repère sont désuets, ou même moins importants, mais parce que les gens revendiquent de nouvelles trajectoires pour sortir de l’impasse et cela suppose qu’ils adoptent un regard différent sur les enjeux les plus urgents (quitte à en délaisser temporairement quelques autres).

Qu’est-ce que le Parti Québécois devrait retenir de ça?

Probablement que ce n’est pas seulement en resserrant quelques boulons et en posant quelques gestes stratégiques ponctuels qu’il sera possible de gagner la prochaine élection. Ni même en adoptant un nouveau programme — à moins qu’il comporte des de changements importants qui seront aisément perceptibles par la population. Du nouveau à la marge ou des nuances ne suffiront pas à faire bouger les lignes.

Il va falloir se retrousser les manches et oser des changements peut-être encore plus rapides et plus profonds que ceux qu’on a évoqués jusqu’à présent. Il va falloir identifier quelques sujets particulièrement déterminants (mes suggestions) et, exercer un leadership fort et innovateur à leur sujet — en évitant de se laisser distraire par la joute parlementaire (à laquelle les gens ne croient plus) ainsi que les pièges médiatiques qui l’accompagnent.

La convergence avec Québec Solidaire peut bien sûr être un élément transformateur important de l’espace politique, mais on ne pourra certainement pas non plus se limiter à ça, ni même conditionner trop fortement notre plan d’action aux décisions des militants d’un autre parti politique.

De mon point de vue, à partir de maintenant la question clé qui devrait nous occuper est  la suivante:

Est-ce que le Parti Québécois offre  actuellement une perspective de changement en profondeur de l’espace politique à partir de 2018?

Si oui, de quelle façon, très concrètement?  Et comment nous assurer que ce changement soit clair pour tout le monde? 

Si non, que doit-on faire pour que ce soit le cas, rapidement? Parce que le temps presse…

À défaut de pouvoir répondre clairement à cette question, je crains que l’élection de 2018 ressemble beaucoup à celle de 2014 —  alors que je rejette cette idée de toutes mes forces.

J’espère que le rapport final de Paul Saint-Pierre-Plamondon pourra alimenter la réflexion en ce sens…

…et que ceux et celles qui croient aussi qu’il faut accélérer le pas dans cette direction se manifesteront dans les prochaines semaines.

PhotoOeuvre de Hans Tan, vue au Cooper-Hewitt Museum, en mai 2016.

L’heure des priorités

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Je l’ai évoqué dans le compte rendu du rendez-vous sandwich… j’ai trouvé la semaine difficile pour le moral politique.

Surtout parce que j’ai l’impression qu’on s’enlise trop souvent dans des débats très secondaires par rapport aux enjeux qui m’apparaissent les plus déterminants pour l’avenir de notre société.

La prochaine élection arrive à grands pas… et je commence à avoir peur qu’on n’ait pas le temps de poser clairement les enjeux qui devraient être au cœur de ce rendez-vous important de notre vie démocratique. Parce qu’on se laisse distraire par l’actualité, par la joute parlementaire et par des stratégies qui sont trop souvent motivées par des intérêts strictement partisans.

Je pense qu’il va falloir trouver le moyen de rehausser rapidement le niveau et le rythme du débat politique de plusieurs crans. Notamment en clarifiant ce qui nous apparaît essentiel à ce moment clé de l’histoire de notre société.

Je pense que tous les partis politiques devraient faire l’exercice de clarifier publiquement les deux ou trois idées phares qui sont au cœur de leurs propositions et qui guident leurs actions. Pas dix choses! Trois, quatre, peut-être cinq. Pas plus! Et pas une énumération de mesures même ambitieuses: de véritables priorités, autour desquelles tout le reste devrait prendre forme.

Alors, question de donner l’exemple et de favoriser un échange dans les prochains jours, je me lance en proposant ce qui me semble constituer les trois priorités absolues aujourd’hui pour le Québec. Ce sont des priorités que je souhaiterais évidemment voir portées avec plus de clarté et de vigueur par le parti dans lequel je milite.

La réforme du système électoral: c’est à mon avis l’engagement le plus essentiel qu’on doit prendre aujourd’hui. Parce que le système actuel ne permet plus de rendre compte adéquatement de la réalité démocratique et que cela corrompt l’ensemble des débats sociaux.

Le système électoral uninominal à un tour ne fonctionne bien que dans un contexte de bipartisme… ce qui n’est pas le cas au Québec depuis de nombreuses années et qui a bien peu de chance de changer dans un horizon prévisible. Il faut prendre acte, et adapter le système pour qu’il puisse rendre compte de la diversité accrue des opinions dans la population.

Une transformation active et rapide de notre économie en faveur de l’économie circulaireCela qui implique un préjugé favorable aux énergies renouvelables, une décentralisation de nombreux pouvoirs vers les régions et une gestion beaucoup plus équitable de l’aide financière accordée par l’État (2600 prêts, subventions ou investissements de 500 000$, dans autant d’entreprises, seront toujours préférables à une intervention, de 1,3 milliard, dans une seule entreprise, par exemple).

Cela créerait du même coup un contexte beaucoup plus favorable à la prise en compte des enjeux associés à l’automatisation et la robotisation des processus industriels, notamment.

L’éducation, zone prioritaire d’innovation et d’investissement. Il ne s’agit pas seulement de mieux financer le réseau scolaire, il faut aussi le transformer, en profondeur, de manière à tenir compte du contexte qui a beaucoup changé depuis le Rapport Parent, qui lui a donné forme dans les années 1960.

Il faut augmenter les investissements publics dans toutes les formes d’éducation (pas seulement dans le système scolaire!) et le faire sur la base d’un principe essentiel: il faut rendre le système beaucoup plus souple pour s’adapter aux besoins des citoyens, à tous les âges.

Au vingt et unième siècle, une société en santé c’est une société où tout le monde profite de conditions favorables pour apprendre quelque chose tous les jours. C’est cette idée qui devrait guider l’utilisation de l’argent public en éducation.

***

Ce sont les trois principes qui sont, pour moi, absolument fondamentaux. Sur tout le reste, je suis prêt à faire beaucoup de compromis. Et même de gros compromis. Parce que je sens l’urgence de sortir de l’impasse démocratique dans laquelle nous sommes embourbés depuis plusieurs années — et dont je redoute de plus en plus les conséquences si on ne s’en sort pas très rapidement.

Et vous, quels sont les éléments auxquels il faudrait consacrer nos énergies de façon prioritaire d’ici l’élection de 2018?

Vingt-quatrième sandwich

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Il faisait très beau hier midi pour le rendez-vous sandwich du vendredi midi. Heureusement! — parce que j’avais trouvé la semaine très difficile pour le moral… on me l’a d’ailleurs gentiment fait remarquer:

«Tu étais particulièrement négatif sur Facebook cette semaine… ce serait mieux de revenir à la recherche de solutions pour favoriser l’engagement.»

J’en conviens. Et les vendredis midi sont aussi pour s’entraider à garder le moral. Parce qu’on a plus besoin de trouver des manières de souffler sur les braises de l’engagement que de mettre en relief les innombrables raisons d’être contrarié, découragé, ou pire de se laisser aller au cynisme. Surtout quand on a l’impression que le nombre de personnes qui sont sur cette pente dans notre entourage est à la hausse.

Alors en mangeant quelques oeufs de Pâques, on s’est dit qu’avec le retour de la belle température, le temps était probablement venu de faire appel à des renforts.

Nous sommes quelques-uns à nous être relayé pour traverser l’hiver sans manquer un seul de nos rendez-vous de réflexion citoyenne. C’est pas mal! Et nous allons continuer! Mais nous avons maintenant besoin d’aide pour alimenter la réflexion et pour identifier des façons d’agir ensemble, de façon positive, sur le climat politique, plutôt que de se contenter d’encaisser l’actualité tous les jours.

Vendredi midi, 30 minutes au soleil devant l’Assemblée nationale, avec un sandwich et un groupe de personnes motivées à chercher ensemble des moyens de se sentir un peu moins désemparé devant l’actualité politique: vous devriez mettre ça à votre agenda.

On a besoin de vous.

L’économie circulaire

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J’ai assisté ce midi à une conférence de Vincent Aurez qui avait pour titre L’économie circulaire, un désir ardent des territoires. L’événement était organisé par le Club économique de Québec, en collaboration avec le Réseau de l’économie circulaire (VRIc).

L’idée de base de l’économie circulaire, c’est que les déchets d’une entreprise devraient systématiquement être vus comme des ressources premières pour d’autres entreprises (contrairement à la perspective de l’économie linéaire, pour laquelle les déchets sont essentiellement des résidus de production dont il faut se débarrasser).

Ainsi guidé par un objectif de zéro déchet, et en regroupant des entreprises qui seront en symbiose sur un même territoire (utilisant tour à tour les déchets les unes des autres pour leurs activités respectives), on peut arriver à créer des conditions particulièrement favorables à leur développement.

Dans une perspective d’économie circulaire, une ville devient une sorte de mine. On y trouve des gisements de matières premières qui sont susceptibles d’être réutilisés, recyclés, transformés — et qui sont souvent beaucoup plus faciles et moins coûteuses à prélever que les ressources naturelles auxquelles elles peuvent se substituer. Le défi est de permettre aux entreprises de s’y approvisionner de façon efficace.

L’économie circulaire est une conception de l’économie qui n’est pas nouvelle. Elle se développe depuis depuis déjà plus quarante ans. Elle répond non seulement à des impératifs écologiques, mais aussi (surtout?) à stimuler la création d’emplois innovateurs qui seront intimement liés à un territoire et à un tissus d’entreprises — et donc plus difficilement délocalisables.

De tous les exemples, très variés, que Vincent Aurez nous a donnés, c’est celui de Bouygues, grand constructeur français du  le domaine immobilier, qui m’a le plus surpris.

L’entreprise a introduit depuis quelques années dans ses contrats des clauses qui prévoient que les matériaux qui sont utilisés dans les immeubles qu’elle construit ne cesseront jamais de lui appartenir… et qu’elle aura donc le droit de les récupérer lorsqu’ils seront éventuellement démolis.

De cette façon, l’entreprise constitue progressivement une banque de matériaux de construction au coeur des plus grandes villes — des matériaux qu’elle peut d’or et déjà valoriser, et dont elle a apparemment déjà commencé à planifier la réutilisation pour de futurs bâtiments, dans un horizon de trente, quarante ou cinquante ans.

«Des clauses de ce type sont discrètement intégrées dans les contrats de constructions et de vente des immeubles depuis quelques années. Les impacts de ces clauses seront majeurs dans l’avenir pour le développement des villes et les relations entre les entreprises de constructions», nous a dit M. Aurez.

Il est aussi important de comprendre que les entreprises n’adhèrent pas à l’économie circulaire seulement en réaction à une soudaine préoccupation écologique. Elles le font le plus souvent au terme d’une analyse approfondie des menaces qui pèsent, à plus ou moins long terme, sur leurs activités, leur plan d’affaires, et leur profitabilité.

L’exemple de Michelin qui commence à intégrer les principes de l’économie circulaire à ses activités parce qu’elle constate qu’elle vendra forcément de moins en moins de pneus dans le futur était intéressant.

L’exemple d’IKEA, qui prévoit expérimenter bientôt à Nice un nouveau modèle de magasins situé directement dans le centre-ville était aussi très inspirant. Le détaillant prévoit y associer un ensemble d’entreprises spécialisées dans la récupération, le recyclage ou la transformation des matériaux issus de ses produits.

***

Je m’arrête ici pour ce soir (j’avais promis un compte rendu à une amie — voilà c’est fait, je peux donc aller dormir) mais je reviendrai certainement bientôt sur le thème de l’économie circulaire parce que c’est une façon d’aborder le développement économique qui m’apparaît particulièrement prometteuse pour le Québec.

Parce qu’elle respecte mieux l’environnement que l’économie linéaire, bien sûr, mais aussi parce qu’elle pourrait nous amener à adopter une stratégie de développement régional beaucoup plus vigoureuse, avec l’importante décentralisation des pouvoirs que cela suppose évidemment (et dont le Québec a besoin depuis très longtemps!).

Susciter l’adhésion

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J’ai lu avec intérêt le texte d’Alec Castonguay sur la fin des partis politiques. J’en retiens particulièrement trois choses — qui s’appliquent d’ailleurs presque aussi bien, je pense, pour obtenir des votes dans une élection que pour recruter des militants.

1. Pour mobiliser, il faut être inspirant

«Les formations politiques ne doivent pas oublier un ingrédient essentiel pour retrouver leur élan: l’inspiration. « Les gens veulent participer à un projet collectif, pas à une structure politique. Mais ils vont adhérer à la structure, au mouvement, si on leur offre quelque chose de différent »»

2. Pour garder mobilisé, il faut accepter les divergences d’opinions

«Les gens s’attendent à ce que tu sois d’accord avec tout ce qui émane du parti. Non merci.»

«Si un parti ne reflète pas parfaitement l’image que la personne veut projeter, elle va s’en éloigner. « Être membre d’un parti, ça vient avec des compromis, mais ça, ce n’est pas à la mode ».»

3. Les discours les plus fervents ne sont pas toujours les plus rassembleurs

«Or, moins tu as de militants, plus ceux qui demeurent sont fervents. Il ne reste que les plus motivés, mais aussi, parfois, les plus radicaux. Il y a un risque de déconnexion avec la population.

***

Si je tente de les appliquer à la réalité du Parti Québécois, et aux défis que nous avons à relever dans les prochaines semaines et les prochains mois, je me dis que:

1. On devrait passer moins de temps à réagir aux actions (et aux inactions) du gouvernement et beaucoup plus de temps à expliquer nos idées, nos propositions.

Il faut qu’on explique plus et mieux ce qui se mettra en place une fois qu’on formera le prochain gouvernement. Il faut que ce soit inspirant, donc audacieux, ambitieux, et concret. Il faut que ça donne envie au monde de se retrousser les manches et nous aider pour que ça arrive. Il faut que ce soit positif.

Il faut que ce soit clair qu’on est un parti POUR quelque chose, pas juste un parti CONTRE ce que le gouvernement fait — parce que même en étant les meilleurs pour s’opposer, ça ne sera jamais assez pour gagner.

Je trouve, par exemple, qu’on ne devrait pas trop passer de temps à s’opposer à la commission sur le racisme systémique. De mon point de vue, c’est un piège, on va y perdre notre focus. On devrait plutôt consacrer nos énergies à expliquer ce qu’on va faire, une fois au pouvoir, pour s’assurer que les nouveaux arrivants aient les mêmes droits et les mêmes opportunités que tous les Québécois.

2. Il faut miser davantage sur la diversité d’opinions

Il faut dire haut et fort, le plus souvent, et le plus clairement possible, qu’il est possible de militer au Parti Québécois et d’exprimer des divergences d’opinions.

Il faut que ce soit clair qu’on est pas obligé d’être d’accord avec la totalité du programme, ou avec tout ce le chef dit pour faire équipe — du moment qu’on sait qu’on partage une vision d’ensemble et les grandes lignes du plan d’action (et qu’on exprime nos divergences d’opinion de façon constructive).

Plus les figures auxquelles les gens pourront s’associer au sein du Parti Québécois seront fortes et diversifiées, plus il sera facile d’attirer de nouvelles personnes à se joindre à notre mouvement — et à voter pour nous en 2018.

3. Il faut tendre plus souvent le micro à ceux qui ne le prennent pas spontanément

Le micro au sens propre, dans nos assemblées, mais aussi sur les réseaux sociaux, dans nos consultations. Il faut réhabiliter les positions nuancées. Ne pas céder à la tentation de la politique de la division (wedge politic).

Vaut mieux consacrer nos énergies à porter des positions nuancées, avec courage, force et pédagogie, que de les consacrer à gérer les débordements de débats qui déraperont inévitablement et pour lesquels nous ne serons guère plus que de la chaire à média.

Ça m’apparaît d’autant plus important qu’il est de plus en plus évident qu’il n’y aura pas de victoire décisive possible en 2018 sans une certaine forme de collaboration entre les trois partis d’opposition (ou, à tout le moins, une efficace complicité entre eux).

Dans ce contexte, il me semble préférable de miser dès maintenant sur les terrains d’entente potentiels que sur les zones de désaccords les plus vifs.

***

Être inspirants,
Proposer plutôt que réagir,
Adopter un discours positif,
Accepter les opinions divergentes,
Chercher à rassembler plutôt que diviser.

Je trouve que c’est ça qui devrait être notre obsession, tous les jours, à partir de maintenant, et jusqu’à la prochaine élection.

Le système est cassé

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Ça va bientôt faire six mois qu’on se relaie pour le rendez-vous sandwich du vendredi midi devant l’Assemblée nationale. On est pas mal fier d’avoir réussi à passer à travers la saison froide… et on espère que de nouveaux participants se joindront à nous avec le retour du beau temps.

Parce que s’il y a une chose qui est claire, c’est qu’on n’arrêtera pas. Parce que depuis six mois, les sources de cynisme n’ont pas diminué. Au contraire. Il s’en est ajouté toutes les semaines.

Pire: les démonstrations que le système est cassé se multiplient elles aussi. La frustration qui a été à la source de nos rendez-vous est en train de se transformer en perte de confiance dans nos institutions. C’est grave.

Dernier exemple en lice: l’invraisemblable histoire d’un accusé de meurtre qui est libéré parce que l’État n’est pas arrivé à organiser un procès dans des délais raisonnables. C’est énorme!

Devant pareil raté de l’État, les élus devraient tout mettre en oeuvre pour protéger la confiance des citoyens envers le système de justice. Tout.

Au lieu de ça, le premier ministre a choisi de faire une déclaration-choc:

«[on ne peut pas] retirer volontairement et délibérément des droits aux gens (…) la clause dérogatoire c’est l’équivalent de l’arme nucléaire en matière constitutionnelle»

On est loin de l’empathie. Loin du monde. Loin de la réalité.

Surtout quand on sait que le gouvernement, dirigé par le même premier ministre, n’a pas hésité à reconduire l’utilisation de la clause dérogatoire dans la loi sur les régimes de retraite qu’il a fait adopter en 2014.

La déclaration apparaît encore plus abusive quand on sait que des clauses dérogatoires sont présentes dans 41 lois qui ont été adoptées par l’Assemblée nationale — et dont plus d’une dizaine sont toujours en vigueur. Arme atomique? Sérieusement?

***

Il est de plus en plus urgent que ceux et celles qui nous dirigent — tous les élus de l’Assemblée nationale, de tous les partis — renoncent aux déclarations-chocs et réduisent au minimum les tiraillages inutilement partisans. La priorité est de remettre en ordre les affaires de l’État. Il est urgent de faire le nécessaire pour que les citoyens retrouvent la confiance dans leurs institutions… sans laquelle tout ira forcément de plus en plus mal.

Quand on est même plus capable d’organiser de procès pour les personnes qui sont accusées de meurtres, ça devient indécent de se chicaner pour des peccadilles (ou même pour des sujets d’importance secondaire) dans le seul but de passer devant l’autre aux nouvelles de 22h, ou pour obtenir 1 pourcent de plus dans le prochain sondage.

La population sent bien que l’heure est grave. Ce serait bien qu’on sente que les politiciens le sentent aussi. Et qu’ils agissent en conséquence.

Je garde confiance, par choix.

Je veux croire que le réveil politique aura bientôt lieu et que l’Intérêt commun va finir primer sur les intérêts partisans.

Ça pourrait par exemple commencer par une meilleure coordination / complicité des partis d’opposition, qui ont trop souvent l’air de se battre les uns contre les autres au lieu de travailler ensemble pour forcer le gouvernement à faire mieux.

Je reste malgré tout optimiste. Par choix. Je croise les doigts… et je mange des sandwichs le vendredi midi. Ça aide. Essayez, vous verrez!

 

Les filles engagées

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J’avais entendu par hasard une pièce de Samuele sur Youtube il y a quelques mois. Coup de coeur.

Puis j’ai connu Jacynthe Plamondon-Émond dans le cadre du Forum Culture + Numérique, à Shawinigan, il y a quelques semaines. Autre coup de coeur.

Alors quand j’ai découvert qu’elles travaillaient ensemble. Je me suis dit que ce qui sortirait de cette collaboration ne pouvait qu’être extraordinaire.

J’écoute depuis hier l’album fraîchement sorti de Samuele et je vous le confirme.

Et ce matin, de tout ce que j’ai lu dans les journaux du samedi, ce sont les mots de Samuele, dans Le Devoir, que j’ai envie de garder en tête pour la fin de semaine:

« Ce que je pensais il y a six mois n’est pas la même chose que je pense aujourd’hui. Ma réflexion continue. Pour moi, c’est ça, être une personne engagée, je m’engage dans “être une meilleure personne”. »

L’école en réseau

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Ça a vraiment été un plaisir de revoir Thérèse Laferrière cet après-midi au WAQ. Ça devait bien faire une dizaine d’années que je ne l’avais pas vue (et dire que j’avais commencé une maîtrise avec elle il y a… vingt ans… ouf!).

Et le plus surprenant, c’est que j’ai quand même eu l’impression de reprendre une conversation qui n’aurait été suspendue que quelques instants. Fascinant!

La conviction de Thérèse, son engagement et sa détermination sont chaque fois une grande source d’inspiration. En prime: notre échange a fait remonter à mon esprit plusieurs concepts qui pourraient bien m’être utiles dans les prochains mois.

Pour résumer sa présentation en quelques mots:

Le plus important pour le développement de la culture de réseau dans une école c’est de passer d’un «qui sait?» individuel à une prise de conscience collective de «ce que la classe/communauté connaît» — et d’être capable de partir de là pour planifier l’apprentissage des élèves.

C’est quand il soutient ce processus que le numérique est le plus prometteur en éducation.

J’en suis convaincu.

Par-delà Bombardier

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Le scandale se poursuit. L’indignation de la population ne diminue pas. Les motions se succèdent à l’Assemblée nationale. Le gouvernement ne semble pas comprendre la nature du problème et, pour une fois, les partis d’oppositions semblent déterminés à collaborer pour mettre le gouvernement face à ses contradictions.

On est peut-être en train de vivre un moment important pour le Québec. Je le souhaite. Mais il se pourrait bien qu’on l’échappe, ce moment, si on ne regarde que l’arbre qui cache la forêt.

Parce que le plus important dans cette affaire, ce n’est pas d’obtenir l’abandon ou un remboursement équivalent de la hausse de rémunération des dirigeants de Bombardier. Le Québec n’est quand même pas à 15 millions près.

Le plus important c’est de profiter de l’occasion que nous offre cette affaire pour initier un grand débat sur le rapport que nous entretenons avec les interventions de l’État pour soutenir l’économie. C’est un débat que nous aurions dû tenir depuis longtemps et qui finit aujourd’hui par nous rattraper (enfin, dirons certains!).

Pour cette raison, il m’apparaît essentiel que nous demandions aux quatre partis politiques qui sont présents à l’Assemblée nationale de nous expliquer, le plus concrètement possible, comment ils voient le rôle de l’État pour aider les entreprises.

Quelques questions pourraient les guider:

Êtes-vous plutôt interventionnistes ou pas? Dans quelles conditions?

Est-ce que vous privilégiez des aides sous forme de subventions? De prêts? De crédits d’impôt? Plutôt à de très grandes entreprises, comme Bombardier, ou à des PME? À des conditions équitables?

Quelle part du budget de l’État êtes-vous prêts à consacrer à ces aides directes dans l’économie?

Quelles conditions jugez-vous nécessaires d’exiger des entreprises en contrepartie d’une aide publique?

Quels sont, à votre avis, les moyens alternatifs aux aides financières directes l’État pourrait utiliser pour venir en aide aux entreprises?

De quelle façon cela s’exprime-t-il avec cohérence dans votre programme?

J’aimerais aussi que chaque parti nous explique sa vision des profondes transformations qui sont en cours dans le secteur industriel, et dans le monde de l’emploi en général.

Comment croyez-vous que l’automatisation et la robotisation vont affecter les industries québécoises? À quel rythme? Avec quelles conséquences?

Quelles mesures proposez vous pour faire face à ces changements?

De quelles façons prévoyez-vous revoir la loi sur les normes du travail, par exemple, afin de tenir compte de la métamorphose de plusieurs types d’emploi? Savez-vous qu’Uber n’était que la pointe de l’iceberg?

Comment envisagez-vous la transformation des parcours de formation pour tenir compte de ces bouleversements?

Il me semble que ce sont des sujets concrets qui seraient bien plus de nature à intéresser les gens à la politique que les tiraillages inutilement partisans qu’on voit encore trop souvent à l’Assemblée nationale et, ce, même si nous ne sommes plus qu’à dix-huit mois d’une élection qui sera particulièrement déterminante pour l’avenir du Québec.

***

On remerciera éventuellement la famille Beaudoin et les dirigeants de Bombardier si ce sujet peut devenir un des enjeux de la prochaine élection.

Leur cupidité n’aura pas été vaine.

 

En finir avec le mur-à-mur

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Mon texte d’hier a suscité des commentaires étonnamment variés. Assez pour m’amener à poursuivre ma réflexion dans le but de la préciser un peu.

Le coeur de mon propos portait sur la montréalisation du discours politique québécois, dans son ensemble, et au sein du mouvement indépendantiste en particulier. J’y ajoute une piste de solution, concrète: une position claire en faveur de la régionalisation des modes d’intervention de l’État.

Je crois en effet que la dynamique politico-médiatique actuelle a pour effet de donner une importance démesurée aux enjeux montréalais dans l’actualité comme dans les priorités des partis politiques. Je pense que c’est une des raisons qui amènent beaucoup de monde à décrocher de la politique — qui la perçoivent de plus en plus comme étant détachée de leur réalité.

Pour espérer retrouver la confiance de la population (et regagner éventuellement les élections), il va falloir qu’on trouve des façons de lutter plus efficacement contre cette tendance qui est en train de devenir un piège pour de nombreux partis, dont le Parti Québécois. Hélène Alarie l’avait bien compris, c’est pourquoi je pense qu’il faut prendre le temps de relire son rapport de 2007.

Je crois personnellement qu’une des façons de répondre à ce défi consiste à abandonner les solutions mur-à-mur pour enfin reconnaître que ce n’est pas en imposant les mêmes mesures, à l’identique, partout au Québec que l’État pourra arriver à atteindre ses objectifs.

Il faut plaider la nécessité d’adapter l’intervention de l’État, quand elle est nécessaire, à la réalité de chaque région et prévoir de la souplesse dans la mise en oeuvre des politiques et dans l’application des lois et des règlements.

Je suis de plus en plus convaincu que l’approche de l’État centralisée et uniforme qui nous guide trop souvent est devenue contradictoire avec l’adhésion de la majorité des Québécois au projet d’indépendance. C’est en redonnant du pouvoir aux régions et en faisant confiance à chacune d’elle pour mettre en oeuvre les politiques décidées par l’État qu’on pourrait convaincre plus facilement.

L’État auquel je crois doit être ferme sur les objectifs de ses interventions, mais souple sur les moyens pour les atteindre.

Pour reprendre l’exemple de l’application de la loi 101 dans les cégeps, peut-être que c’est une bonne idée dans la région de Montréal (je demande à être convaincu, mais j’accepte cette possibilité), mais je suis convaincu que ce n’est pas une bonne idée dans la Capitale-nationale.

Je suis convaincu que la présence du Cégep St-Lawrence est une richesse pour la région de Québec et je ne vois pas quel impact positif ça aurait pour la région d’empêcher les étudiants francophones de s’y inscrire.

Qu’on limite la croissance du nombre de places disponibles, peut-être. Qu’on valorise davantage les programmes des cégeps francophones de la région, assurément. Qu’on leur procure plus de ressources pour offrir de meilleurs programmes d’enseignement de l’anglais (et d’autres langues), il le faudrait. Mais il faut travailler de façon plus positive, plus proactive plutôt que par une simple interdiction.

Parce que ça me semble tout à fait légitime pour certains jeunes, en fonction de leurs rêves et de leurs aspirations, de vouloir acquérir à 18 ans une maîtrise accrue de l’anglais. Et dans notre Capitale-nationale particulièrement francophone, deux ans à St-Lawrence, c’est probablement le meilleur moyen pour le faire.

Est-ce que j’appliquerais le même raisonnement tel quel ailleurs au Québec? Bien sûr que non. C’est précisément le sens de mon propos.

Et pas que pour ce sujet, qui n’est qu’un exemple. Le même raisonnement devrait s’appliquer pour de très nombreux sujets.

 

Dix ans plus tard…

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En 2007, Hélène Alarie a rédigé un rapport pour expliquer pourquoi le Bloc Québécois avait été balayé de la Capitale-nationale et de Chaudière-Appalaches. En quelques mots: la montréalisation de son discours.

Le Devoir l’avait qualifié de rapport lucide. Gilles Duceppe s’était empressé de dire que le rapport était périmé et que les correctifs nécessaires avaient été apportés. Dix ans plus tard, on peut encore en douter.

La montréalisation de la politique n’est pas propre au Bloc Québécois, bien sûr. Je trouve qu’elle est même assez généralisée dans la famille indépendantiste. Mais un cas récent me fatigue particulièrement. Je le prends pour exemple.

C’est un secret de polichinelle que la direction du Bloc a tenté dans les dernières semaines d’influencer le déroulement des congrès de circonscription du Parti Québécois en faisant adopter des propositions en faveur de l’élargissement de la loi 101 aux cégeps. La même chose devrait bientôt se répéter dans les congrès régionaux.

Par-delà le fait qu’il est discutable qu’un parti politique intervienne aussi directement dans le processus de définition du programme d’un autre parti, j’y vois une nouvelle manifestation de la montréalisation du discours du Bloc. Une montréalisation que je crois important de déplorer à mon tour.

Je ne nie pas l’existence d’enjeux autour de la fréquentation des cégeps anglophones à Montréal. Et je suis bien sûr prêt à en discuter… si on reconnaît d’abord que c’est un problème essentiellement montréalais.

Que les circonscriptions qui sont directement touchées par cet enjeu en fassent une priorité, soit. Que cela remonte ensuite dans les congrès régionaux de l’île de Montréal, évidemment, et éventuellement jusqu’au congrès national. Mais qu’on se serve des régions pour lui donner des allures d’enjeu national prioritaire? Là, je décroche.

Le processus des congrès consiste à prioriser, c’est-à-dire à choisir les enjeux et les défis qui sont les plus importants pour une circonscription ou pour une région. Les enjeux qu’il apparaît indispensable de porter à l’attention du parti — ceux sur lesquels il est particulièrement important d’intervenir. Ceux qui devront requérir l’attention du gouvernement une fois que le Parti Québécois aura repris le pouvoir, seul ou en coalition avec d’autres partis.

Dans ce contexte, manipuler les congrès de circonscription à partir de Montréal pour essayer de leur faire prioriser le dossier de la loi 101 dans les cégeps, c’est détourner le processus au profit des priorités de Montréal.

Le résultat de la manoeuvre (souhaité, manifestement) sera d’accorder une place indue à ce sujet dans les débats (d’autant que les médias sont aussi terriblement montréalisés!) avec pour conséquence que les régions auront encore plus de mal à se faire entendre parce que leurs priorités auront cédé leur place au profit d’un enjeu qui est pourtant quasiment inexistant à l’extérieur de Montréal.

Or, l’indépendance ne se gagnera pas à Montréal. Elle se fera uniquement quand les régions — et, parmi celles-ci, la Capitale-nationale — vont y trouver leur compte et se retrouver dans le discours de ses leaders. Et ce n’est certainement pas en faisant de la surenchère sur le dossier de la loi 101 au cégep que ça va arriver.

C’est pour cette raison que je vais m’opposer, personnellement, aux propositions tous azimuts qui porteront sur cette question. Essentiellement parce qu’elles sont en train de devenir le symbole de la montréalisation d’un certain discours et d’une certaine forme d’action qui est beaucoup trop présente dans le mouvement indépendantiste… et qui, surtout, ne nous mènera nulle part.

Étendre la loi 101 au cégep spécifiquement dans la région de Montréal? Peut-être. On peut en discuter. Au moins, formulé de cette façon, ça mettrait les choses en perspective.

Quoi qu’il en soit, une chose est certaine: QS, ON, le Bloc et le PQ auraient intérêt à relire le rapport d’Hélène Alarie pendant qu’il est encore temps.

Parce que 2018, ça arrive vite.

Deux poids deux mesures

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Photo: site de Radio-Canada

Dans une autre vie j’ai eu à composer avec les conditions d’un prêt accordé à une PME… et je peux vous assurer que parmi ces conditions il y avait, bien sûr, un droit de veto du prêteur sur les hausses de salaires des principaux dirigeants de l’entreprise. Et il est inutile de dire que ce n’était pas pour un prêt de 1,3 milliard de dollars!

Si on avait augmenté nos salaires de 50%, le prêteur ne se serait pas contenté de nous demander poliment de revoir notre politique de rémunération. Il aurait rappelé son prêt. Carlos Leitão, le banquier, le sait très bien.

On trouvait ça ben plate comme condition, mais on trouvait ça normal. Et curieusement l’argument selon lequel c’est le «libre marché» qui fixe les salaires ne tenait pas dans notre cas.

Si le gouvernement n’exerce pas ce genre de clause aujourd’hui avec Bombardier, c’est vraisemblablement parce que ça n’a pas été prévu dans leur contrat. Comme entrepreneur, je trouve ça très insultant.

C’est deux poids deux mesures.

Je pense qu’il va falloir rappeler au gouvernement que l’économie québécoise fonctionne d’abord et avant tout grâce aux PME et que ce sont elles qui devraient bénéficier de conditions avantageuses… pas des mastodontes à la gouvernance archaïque comme Bombardier.

Mélimélo numérique (et politique)

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Ma cousine Charlotte a retrouvé il y a quelques jours un document exceptionnel. Des notes rédigées par mon grand-père Léonce en 1956. On peut y lire:

« In this age of automation, one often hears or reads of « electronic brain ». Its possibility is immense. The functions it will perform are said to exceed that of the « human brain ». It remains however dependent on « information » programmed by the latter (…). »

Ses notes témoignent d’un intérêt pour l’intelligence artificielle et les enjeux qui lui sont associés qui est plus grand que celui dont témoigne la majorité des personnes qui nous dirigent aujourd’hui.

Soixante ans plus tard!

Crédits photo:  Charlotte de Celles

***

J’ai participé au Forum Culture + Numérique, qui se tenait les 21 et 22 mars à Shawinigan. Environ deux cents personnes pour deux jours d’échanges, du travail en ateliers et d’intéressantes délibérations.

Au final, toutefois, un constat à nouveau renouvelé: tout le monde souhaite de l’innovation, mais rares sont ceux qui sont prêts à remettre en questions des habitudes, des façons de faire ou des acquis. Un réflexe qui se manifeste aussi immanquablement: toujours demander plus d’argent aux gouvernements. Je me suis montré très critique à ce sujet lors d’une table ronde qui s’est tenue le deuxième jour et ce n’est pas passé inaperçu… (voir la fin de ce texte).

Je suis revenu de Shawinigan plus convaincu que jamais que ce n’est pas seulement en jetant plus d’argent sur les problèmes, en taxant ou en réglementant davantage que les industries culturelles vont réussir à tirer profit du numérique.

Il va d’abord falloir accepter de regarder la réalité en face et d’aborder les problèmes autrement. Avec ouverture, optimisme et ambition.

Je pense que c’est d’ailleurs ce qu’Alexandre Taillefer nous invitait à faire, de façon un peu polémique, lors de la conférence d’ouverture. Et heureusement qu’il l’a fait… parce qu’autrement les médias auraient très peu parlé de l’événement!

***

Un échange avec un ami m’a par ailleurs amené à relire, hier soir, une conférence que j’ai prononcée en 2003 au sujet de la manière dont les technologies de l’information peuvent/doivent influencer notre vision du monde.

Je citais en introduction le Frère Marie-Victorin, qui disait, en 1925:

« Une question angoissante se pose en ce pays: y aura-t-il une science française en Amérique ? […] Parce que nous, les Canadiens français, nous sommes pour bien peu de chose dans toute cette marche en avant des découvertes scientifiques et dans tous ces reculs d’horizon. Le monde scientifique a marché sans nous ; il nous a laissés si loin derrière lui que nous l’avons perdu de vue et que beaucoup de nos compatriotes cultivés le croient petit et de mince importance parce qu’ils le voient de trop loin. La grenouille dans sa mare ignore le grand océan dit le proverbe japonais. C’est un peu notre cas. »

Et je m’interrogeais à mon tour: est-ce que les Québécois allaient être marginalisés dans le monde technologique qui se dessine à l’horizon — faute d’avoir compris les enjeux qui accompagnent l’émergence de la culture de réseau?

Quinze ans plus tard, je me le demande toujours.

Je me le demande chaque fois que je constate qu’on n’a pas encore compris que le numérique n’est pas un sujet parmi tant d’autres, c’est une dimension essentielle de tous les défis auxquels notre société est confrontée. Il est vain de parler de culture, de langue, d’identité, d’éducation, d’économie, etc. sans tenir compte de l’impact du numérique sur les rouages de notre société… et de celles qui nous entourent.

Le numérique nous force à inventer le Québec de demain alors qu’on se contente encore trop souvent de défendre le Québec d’hier.

Le numérique change le contexte dans lequel s’exprime notre identité, comme personne et comme nation. Il modifie le fonctionnement des médias et change la façon dont les gouvernements peuvent exercer leurs pouvoirs et assumer leurs responsabilités.

Ne pas en tenir compte, c’est s’assurer de passer à côté des objectifs qu’on poursuit — aussi fermes soient nos convictions et nobles nos intentions.

***

Dimanche c’était le congrès de circonscription du Parti Québécois de Jean-Talon. Une autre journée (ensoleillée, en plus!) consacrée à la politique! Heureusement, un texte de Pauline Marois publié par La Presse nous aura aidés à démarrer la journée. Extraits:

«…la désaffection et le cynisme des citoyens à l’égard de la politique et de la chose publique laissent le champ libre à ceux qui rêvent de s’emparer de ressources et de pouvoirs qui nous appartiennent collectivement. (…)

Nos institutions démocratiques ne peuvent vivre sans celles et ceux qui s’engagent, sans les durs combats qu’impose la lutte partisane, sans les débats qui permettent au peuple de choisir celles et ceux qui voteront les budgets et les lois qui nous permettent de vivre ensemble.

Ce sera toujours grâce à l’action politique que nous pourrons faire des choix de société et, je l’espère, réaliser l’ambition d’un grand nombre de Québécoises et de Québécois de nous donner un jour un pays.»

Au final, ça a vraiment été une très belle journée d’échanges constructifs et respectueux à partir de chacun des chapitres de la Proposition principale. La démocratie à l’oeuvre, avec des gens, qui ont de profondes convictions et qui sont prêts à consacrer du temps pour les faire valoir.

Et nous avons priorisé, comme prévu, huit propositions qui poursuivront leur chemin vers le congrès régional, qui aura lieu le 7 mai.

D’un point de vue personnel, je suis particulièrement heureux de retrouver les trois propositions suivantes dans la liste parce qu’elles témoignent bien de la nécessité de tenir compte de l’évolution technologique pour façonner notre vision du Québec de demain.

à 0239 — Remplacer 2) par:

2) Créer une équipe de choc pour identifier les lois et les règlements qu’il est le plus urgent de mettre à jour pour que l’économie du Québec puisse bénéficier des opportunités offertes par le numérique et de formuler des recommandations précises en prévision de la campagne électorale.

3) Créer un Conseil national du numérique qui relèvera directement de l’Assemblée nationale et qui aura pour mission de rendre public des avis et des recommandations sur toute question relative à l’impact du numérique sur la société.

à 0278 — Ajouter avant a.

a. Consacrer une part croissante des revenus de l’État québécois qui sont issus de l’exploitation des ressources naturelles au financement d’un programme de recherche et développement destiné à soutenir l’innovation industrielle dans une perspective d’économie circulaire.

à 0742 — Remplacer d. par:

d. Prendre en compte les transformations induites par le numérique qui se profilent pour les entreprises de toute nature pour être proactif sur la structure de l’emploi et d’être « agiles » en matière de formation professionnelle à quelque niveau que ce soit (secondaire, collégial et universitaire) et ce, dans les secteurs les plus vulnérables.

***

Depuis un mois on dirait que chaque jour qui passe me rappelle le besoin, de plus en plus urgent, de faire émerger au Québec un leadership collectif de plus en plus fort en rapport avec le numérique.

Parce que

«…nous ne serons une véritable nation que lorsque nous cesserons d’être à la merci des capitaux étrangers, des intellectuels étrangers, qu’à l’heure où nous serons maîtres par la connaissance d’abord, par la possession physique ensuite des ressources de notre sol, de sa faune et de sa flore.»

Et que, pour le moment, il n’est pas dit que le numérique nous a rapproché de cette aspiration. C’est peut-être même tout le contraire, alors qu’il pourrait en être tout autrement!

De 1925… à 1956… à 2003… à aujourd’hui, je pense qu’il va falloir trouver moyen de s’y mettre un peu plus sérieusement!

Le fauteuil

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Le 13 juin dernier, Janine Sutto était à Québec pour recevoir l’Ordre des arts et des lettres. La cérémonie se déroulait à la Maison de la littérature.

À son arrivée, j’ai constaté qu’il n’y avait, curieusement, aucun fauteuil roulant disponible pour faciliter ses déplacements. Je lui ai promis de trouver une solution.

Il était un peu passé 17h30, je me suis dit que l’attaché de presse du maire était sûrement encore au travail. J’ai communiqué avec Paul-Christian Nolin par Facebook. Nous nous sommes rapidement parlé au téléphone et je suis parti à la course, sous la pluie, pour aller chercher le fauteuil roulant de l’Hôtel de Ville, situé à quelques minutes de là.

Mme Sutto a été très surprise de me voir revenir avec un fauteuil roulant prêté par Monsieur le Maire. Nous en avons ri ensemble à la fin de la cérémonie alors que j’attendais avec elle le véhicule qui devait la ramener à Montréal.

Quand elle est partie, je suis allé reporter le fauteuil à l’Hôtel de Ville, mais cette fois en marchant tranquillement sous la pluie, comme pour étirer le plus longtemps possible le beau moment que je venais de vivre avec cette très grande dame.

Il reste précieusement gravé dans ma mémoire.

Merci Madame Sutto.