Qu’est-ce que la société du savoir?

Sur la page Facebook consacrée au Sommet sur l’Enseignement supérieur, le ministre Pierre Duchesne demande:

« Quelle est votre définition de l’expression « société du savoir »? »

C’est une question qui me semble effectivement fondamentale pour organiser nos réflexions en prévision du Sommet — et pour être en mesure d’interpréter les positions qui seront prises par chacun des intervenants.

J’espère avoir l’occasion d’y revenir dans les prochains jours, mais d’ici là, je partage un texte que j’avais écris à ce sujet, en 2004, à l’invitation du projet Parole citoyenne, qui avait été initié par l’ONF et qui est maintenant porté par l’Institut du Nouveau Monde.

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De l’économie du savoir à l’économie de l’apprentissage

J’entends parler depuis plusieurs années de la nouvelle économie, de la société de l’information et de l’économie du savoir sans jamais trop comprendre à quoi on fait référence. J’ai pourtant toutes les caractéristiques qu’on associe à cette « nouvelle économie » : je suis jeune, j’ai eu la chance d’étudier à l’université et je travaille dans un studio de production multimédia. En principe, la société de l’information, « je suis tombé dedans quand j’étais petit », comme on dit.

Je m’interroge, par exemple, quand je lis que le président-directeur général de Montréal International affirme que « Montréal devra plus que jamais miser sur le savoir [si elle] veut se classer parmi les chefs de file des agglomérations les plus créatives, innovatrices et performantes en Amérique du Nord». Je me demande de quel savoir il est question. Est-ce seulement celui des universitaires, des chercheurs et des gens qui innovent dans le domaine technologique ? J’en ai parfois l’impression. Et ça m’étonne.

Ça m’étonne parce que je considère que c’est une erreur de croire que le développement d’une ville peut se faire en misant uniquement sur les savoirs de pointe. Il me semble que c’est mal comprendre la nature des défis que nous pose le contexte économique actuel — marqué, entre autres, par les effets de la globalisation.

Il est évidemment nécessaire pour une région comme Montréal de disposer d’établissements d’enseignement et de centres de recherche de très grande qualité, bien financés et soutenus par les pouvoirs publics. Mais ce n’est certainement pas suffisant. L’Organisation de coopération pour le développement économique s’est d’ailleurs penchée sur cette question il y a quelques années.

Après avoir analysé en détail la situation de cinq villes de la « nouvelle économie », l’OCDE confirme, dans un premier temps, que l’élément qui est aujourd’hui le plus essentiel au développement d’une ville, tant au plan social et culturel qu’au plan économique, c’est sa capacité à faire preuve d’innovation et de créativité — une conclusion à laquelle applaudiront évidemment tous les émules de Richard Florida, qui est l’auteur du livre à succès « The Rise of the Creative Class ».

C’est toutefois la seconde conclusion de l’OCDE qui me semble la plus intéressante et la plus oubliée par ceux et celles qui président au développement économique de plusieurs des grandes villes du Québec et du Canada. Parce qu’après avoir insisté sur l’importance de l’innovation, l’organisme ajoute que les villes et les régions qui se tireront le mieux d’affaires dans les prochaines années sont celles où on comprend que l’éducation ne peut plus être exclusivement l’affaire des écoles et où l’apprentissage est valorisé sous toutes ses formes (formelles ou non, à l’école, à la bibliothèque, au musée, dans les milieux de travail, etc.).

L’importance que l’OCDE accorde au fait qu’une large proportion de la population vive régulièrement des expériences d’apprentissage stimulantes et variées s’explique très simplement. On constate en effet que le simple fait d’apprendre quelque chose (que ce soit une langue, la physique quantique, l’ébénisterie ou la comptabilité) nous expose sans cesse à des informations nouvelles, nous éveille à des réalités différentes et nous fait vivre des expériences inédites. Du coup, quand on apprend, on développe une attitude plus positive face au changement et à l’innovation. Et c’est précisément de cette ouverture à l’innovation dont une ville a le plus besoin pour assurer son développement.

Pour relever certains défis, une ville peut avoir moins besoin d’une population « instruite » que d’une population « qui apprend »… simplement parce qu’une population « qui apprend » sera plus ouverte à des façons différentes d’envisager les problèmes de la ville, à envisager à des solutions nouvelles et à appuyer des projets innovateurs.

Je crains qu’en valorisant de façon disproportionnée « l’industrie du savoir » (au sens des connaissances de pointe) et en associant l’innovation au seul secteur des « technologies », on risque de perdre de vue le fait que ce qu’il faut viser pour favoriser le développement économique d’une ville, c’est offrir des occasions variées d’apprentissage à chacun des citoyens. Tous. Ceux qui ont été choyés par le système scolaire et qui forment aujourd’hui l’élite de la société comme ceux qui l’ont été moins, mais qui désirent poursuivre leur éducation, de diverses manières, tout au long de leur vie.

Ce serait bien dommage que l’avènement des nouvelles technologies de l’information et de la communication ait pour effet d’amplifier le déséquilibre politique entre « ceux qui savent » et « ceux qui ne savent pas » alors que tout indique que pour nous enrichir collectivement et pour améliorer notre qualité de vie il est absolument essentiel de mettre de côté les chasses gardées, de remettre en question la division traditionnelle des activités économiques (tourisme, technologie, culture, etc.) et de collaborer pour que tout le monde apprenne quelque chose chaque jour.

Voilà pourquoi je crois profondément qu’à l’instar de centaines de villes qui réfléchissent actuellement aux moyens dont nous disposons pour revoir les rapports traditionnels entre la ville et l’éducation, il faut adopter l’idée que nous vivons dans une « économie de l’apprentissage » plutôt que dans une « économie du savoir » et nous laisser inspirer par une conception de la ville comme une « cité éducative ».

(Version pdf)

La cité éducative dans la plateforme régionale du Parti québécois

« En matière d’éducation, le Parti Québécois fera de la lutte au décrochage une priorité. Nous ferons de Québec une cité éducative et créatrice, en mettant en commun les ressources des universités, des cégeps et des écoles pour combattre le décrochage scolaire et l’analphabétisme. »

J’ai publié ce court texte sur Facebook, la semaine dernière, afin d’attirer l’attention sur un communiqué annonçant la plateforme électorale du Parti québécois pour la région de la Capitale-nationale.

Des amis m’ont demandé s’il existait un document plus complet décrivant cette plateforme. Je l’ai demandé, j’en ai obtenu une copie: le voici en format pdf.

Il y a beaucoup de choses dans ce document: plusieurs engagements audacieux et quelques rappels importants sur l’origine de plusieurs des projets qui font aujourd’hui la fierté des gens de Québec (qui ont été initiés par un gouvernement du Parti québécois). Il n’y a toutefois que peu de précisions sur chacun des projets — ce qui me semble normal dans un document de cette nature.

* * *

Je prends par ailleurs le temps de souligner le plaisir que j’ai eu en constatant que l’idée de faire de Québec une cité éducative avait continué à faire son chemin, lentement mais sûrement, dans les réflexions, les discours et les programmes politiques — parce que ça fait longtemps que j’y crois.

À ma connaissance, le concept de cité éducative provient du Rapport Faure, publié par l’UNESCO en 1972 (pdf, 12 Mo). Il a été maintes fois repris depuis — dans toutes sortes de circonstances. Il est notamment devenu le nom de la revue de l’Association générale des étudiants et étudiantes de la Factulté de l’éducation permanente de l’Université de Montréal.

Mais je crois que je suis le premier à l’avoir utilisé dans le contexte d’une orientation de développement global pour la ville de Québec — à avoir formulé l’idée de faire de Québec une cité éducative.

C’était il y a dix ans. C’est long… et court à la fois. Parce que pour les idées fassent leur chemin elles doivent d’abord s’affranchir de leurs premiers promoteurs: voler de leurs propres ailes. C’est ce qui est arrivé ici — et je trouve cela merveilleux.

Je pense que c’est une des plus grandes joies du militantisme: se battre pour des idées nouvelles; accepter, parfois, la lenteur de la société pour en reconnaître l’intérêt; et finalement les revoir resurgir là où on ne les attendait pas forcément.

C’est ainsi que du 6 octobre 2002 à aujourd’hui, en passant par le 22 mars 2003, le 26 février 2004, et le 25 août 2008 (pour ne nommer que ces dates, et les quelques textes qui y sont associés) l’idée a manifestement continué à prendre forme dans l’esprit d’un nombre croissant de personnes.

Je souhaite vivement que le prochain gouvernement du Québec soit composé de suffisamment de députés du Parti québécois de la région de la Capitale-nationale pour que l’idée de faire de Québec une cité éducative devienne le plus rapidement possible une réalité.

Cette perspective donne d’ailleurs beaucoup de sens à mes actuels engagements partisans.

Où tu vas quand tu dors en marchant?

Samedi dernier, le 26 mai. Soirée magique à Québec.

Nous sommes partis en famille pour marcher dans la basse ville de Québec. Nous avons stationné près du Musée de la civilisation, nous avons parcouru la rue Saint-Paul, nous avons déambulé devant la gare du Palais, où nous avons pu apprécier la fontaine de Daudelin et les chaises de Michel Goulet.

Un peu plus loin, nous avons croisé des citoyens revendiquant un monde meilleur armés de casseroles. Des citoyens tous sourire, de tous les âges, originaires d’un peu partout dans le monde.

Un peu plus tard, nous avons pris part au Carrefour international de théâtre — et savouré intensément chaque tableau du génial spectacle déambulatoire Où tu vas quand tu dors en marchant?

C’est là que la magie a été la plus forte avec pour ingrédients une température magnifique, la foule émerveillée, les jeux de lumière, la musique, les mots, les cris.

Merci à Frédéric Dubois, et aux 130 artistes qui nous ont ravis ce soir-là — en nous faisant cadeau, en plus, de plusieurs images très fortes, pour nous aider poursuivre notre réflexion sur la société que nous mettons actuellement tant d’énergie à essayer de débloquer.

Quelques images…

J’ai vu des marcheurs déposer leurs casseroles pour échanger — longuement et de façon très civilisée — avec des passants en désaccord avec eux: la démocratie en action.

La jeunesse, la maladie, la vieillesse qui se côtoient, dans un parc, la nuit, au coeur de la ville.

La rue de toute les tentations, les discours, la tromperie — la politique, la consommation, le divertissement, les médias, les religions…

Jésus qui tente désespérément de mettre la main sur un Revello géant — inoubliable.

Intersection rue Saint-Joseph et rue Dupont — l’ambiance.

Une extraordinaire projection sur la façade de l’épicerie A. Rouleau, dans laquelle le propriétaire nous parle de ses clients — et de la réalité du métier d’épicier dans un quartier défavorisé. Une mise en scène touchante qui témoignait habilement de la grandeur de l’homme, et des solidarités qui lient ceux qui côtoient la pauvreté.

* * *

Et le clou de la soirée — qui m’a profondément ému: un ballet de personnes en chaises roulantes. Il fallait voir le sourire des danseurs, l’émerveillement de la foule, la sincérité des applaudissement, la fierté partagée…

C’était magnifique. Inoubliable.

Inspirant.

Québec en 1912

Je disais il y a quelques jours que les médias devraient adopter une perspective plus éducative du traitement de l’information. Avoir une attitude plus pédagogique — être des acteurs importants de la vie d’une cité éducative, dans laquelle tout le monde a l’occasion d’apprend quelque chose tous les jours.

Eh bien à tout seigneur tout honneur, je dois lever mon chapeau au quotidien Le Soleil pour son édition d’aujourd’hui.

Prenant pour prétexte le centième anniversaire de la conquête de la Coupe Stanley des Bulldogs, l’équipe éditoriale nous présente habilement ce qu’était notre ville il y a cent ans: le contexte social, l’économie, la vie culturelle, etc. — et, cela, en faisant des liens très intéressant avec la situation actuelle — de façon très pédagogique.

L’ensemble des articles se trouve ici…

Cela aurait été bien ingrat de ne pas le signaler: bravo Le Soleil!

Les médias et l’éducation

Quel devrait être le rôle des médias en éducation?

En voilà une question importante!

Dans le secteur de l’éducation, plusieurs ont la perception que le sujet est mal desservi par les médias.

Comment pourrait-on mieux collaborer pour contribuer ensemble à la réussite éducative des jeunes, à la formation de citoyens responsables et au développement d’une société en santé?

C’est le Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec qui pose la question. Encore mieux, le Centre organise un échange sur le sujet, le 26 avril prochain, à Québec. Je ne pourrai probablement pas y participer, mais j’aurais beaucoup aimé y être — parce que la relation entre les médias et l’éducation est au coeur de l’idée de cité éducative, à laquelle je crois toujours autant.

Je pense que j’y serais intervenu pour dire que ce qui est le plus important, de mon point de vue, ce n’est pas que les médias parlent plus d’éducation, ni même qu’ils en parlent mieux (ce qui serait quand même bien!) — mais surtout de faire en sorte qu’ils adoptent une perspective plus éducative sur les sujets dont ils traitent.

Qu’ils informent en donnant le goût d’apprendre, en offrant des pistes pour approfondir.

Qu’ils informent en stimulant, en invitant le lecteur à se sentir partie prenante de la réalité décrite.

Qu’ils informent en ancrant dans la réalité du lecteur les sujets abordés — en donnant du sens aux événements.

Je suis plus convaincu que jamais qu’une ville dans laquelle tout le monde apprend quelque chose tous les jours n’est pas très loin d’être une ville idéale. Une cité éducative. Un milieu où l’école et les médias concourent pour que les gens soient heureux, dans l’apprentissage — tout au long de la vie.

J’espère qu’ils en parleront le 26 avril prochain.

Pour plus d’information: Les médias et l’éducation : un sujet qui suscite les discussions!

De Québec en toutes lettres à la bibliothèque du XXIe siècle

Comment passer sous silence le dévoilement plus tôt aujourd’hui des préparatifs de la première édition de Québec en toutes lettres — « un festival littéraire thématique, accessible, urbain et participatif ».

C’est un très gros projet auquel j’ai la chance d’être associé comme membre du Conseil d’administration de l’Institut canadien de Québec — organisme responsable de la gestion du réseau des bibliothèques publiques de la ville de Québec.

* * *

Mon engagement en faveur des bibliothèques m’a également amené à m’exprimer dans les derniers jours à l’occasion de la consultation qui est en cours à Montréal sur la bibliothèque du XXIe siècle. Le document de consultation est disponible ici.

Je reprends ci-dessous le court texte que j’ai rédigé en prévision de l’audience de jeudi soir.

—/ début /—

From: Clément Laberge ‪

Date: 2010/5/28

Subject: Consultation sur la bibliothèque du XXIe siècle

To: commissions@ville.montreal.qc.ca

Bonjour,

Je tiens à exprimer mon appui aux orientations qui sont formulées dans le document La bibliothèque du XXIe siècle, et tout particulièrement celles qui concernent le développement des ressources électroniques dans le réseau des bibliothèques publiques de Montréal.

Mes activités professionnelles comme Vice-président responsable des services d’édition numérique chez De Marque et mon engagement bénévole dans le monde de l’éducation et de la culture, m’ont offert à maintes occasions la chance de constater l’innovation dont sait fait preuve l’équipe des bibliothèques publiques de Montréal dans le domaine du web et des réseaux sociaux. L’audace et le savoir-faire de cette équipe rayonnent d’ailleurs déjà largement dans la Francophonie.

Je suis convaincu que, fortes de cette rare expertise, les bibliothèques publiques de Montréal disposent de toutes les conditions nécessaires pour s’engager dans le développement de l’offre de ressources numériques que les usagers réclament avec insistance croissante. Le développement de services numériques est devenu une absolue nécessité pour que les bibliothèques continuent à assumer leur rôle d’éducation dans toute son ampleur et sous toutes ses formes.

C’est en tirant profit des technologies numériques que la bibliothèque pourra être au coeur de la cité éducative que le XXIe siècle nous amène à construire ensemble.

Le Québec a plus que jamais besoin du leadership des bibliothèques de Montréal dans le domaine du numérique. C’est pourquoi je pense que les orientations qui seront retenues dans le cadre de cette consultation constitueront un puissant message pour les auteurs, les éditeurs, les libraires et les bibliothécaires de tout le Québec — ainsi qu’aux citoyens, lecteurs de tous les âges. Un message à l’effet qu’un projet nouveau projet culturel est en train de prendre forme et que le moment est venu pour eux de s’y engager aussi.

Cette consultation vous offre l’occasion d’indiquer la voie dans un domaine essentiel au développement de la vie citoyenne au XXIe siècle — et, cela, pour tout le Québec — en plus de répondre plus adéquatement aux besoins actuels des citoyens de Montréal.

Le document La bibliothèque du XXIe siècle est important et ses orientations à l’égard des ressources électroniques sont stimulantes. Il faut les appuyer sans réserve.

—/ fin /—

Les bibliothèques de la ville de Québec s’engagent également dans cette voie — comme bien d’autres ailleurs au Québec. Le numérique: c’est le moment d’y aller… ensemble!

La qualité de l’orthographe et la sécurité nationale

Extrait d’un texte de Richard Hétu, dans La Presse:

« Le rapport de la Maison-Blanche confirme la conclusion à laquelle le président était lui-même arrivé mardi : le gouvernement américain possédait suffisamment d’informations pour empêcher le suspect, un Nigérian de 23 ans, de monter à bord d’un avion à destination des États-Unis avec des explosifs dissimulés sur lui. Mais les services de renseignement n’ont pas réussi à analyser ces informations correctement. Des erreurs humaines telles que des fautes d’orthographe ont également contribué à l’échec du système. »

Bel exemple à retenir.

De l’éducation au programme d’Antenne A

Au terme d’une semaine très chargée, je participais hier à une table ronde organisée dans le cadre du festival Antenne A sur le thème Mon enfant 2.0: Le point sur les technologies d’apprentissage. Les autres intervenants étaient Mario Asselin, Patrick Plante et François Guité. C’est Hélène Rioux qui dirigeait les échanges et François X Côté était le coordonnateur de l’événement.

Une table ronde sur l’éducation, un vendredi soir d’automne, sans aucune polémique préalable… et il y avait une quarantaine de personnes dans la salle! Mieux, une trentaine ont participé à distance en visionnant en direct et/ou en réagissant par l’entremise de Twitter. Vrai, vrai! Impressionnant.

Toute l’information et tous les documents présentés ou évoqués au cours des échanges ont été regroupés sur cette page Flickr.

Un enregistrement vidéo de qualité sera bientôt rendu disponible sur YouTube.

Et mes collègues rendront probablement aussi compte de leur expérience sur leur blogue respectif.

Une bien belle expérience en tout cas — et merci à Antenne A et à Télé-Québec pour avoir fait une petite place à l’éducation dans leur programmation.

Éducation et culture: la clé du passage au numérique, c’est le dialogue

Je vis depuis quelques semaines des moments particulièrement intenses au contact des différents acteurs du monde du livre — au Québec, en France, et plus largement, ailleurs dans le monde, notamment à travers la blogosphère. Les bouleversements en cours s’accélèrent et cela provoque toutes sortes de rencontres. Je me répète tous les jours — dans la fatigue comme dans l’ivresse — que c’est un grand privilège de pouvoir ainsi prendre part à des moments où tout est à inventer.

J’avais bien besoin de décrocher un peu cette fin de semaine — j’ai donc déconnecté vendredi soir. J’ai pris du temps en famille, pris l’air, plongé dans quelques livres, et dans les journaux — imprimés — un peu plus à l’abri que d’habitude des distractions inhérentes à la permanence des réseaux. Et ça m’a fait le plus grand bien.

Et puis ce matin, en lisant Le Soleil, café en main, un texte a attiré mon attention jusqu’à me faire reconnecter. Un texte bien loin des grandes analyses sur l’éducation, l’avenir du livre, le statut de l’écrivain, etc., Un texte très humble, qui m’a replongé aux sources de plusieurs de mes engagements personnels et professionnels depuis quinze ans — voire un peu plus. C’est un texte de France Castonguay, de Saint-Laurent-de-l’Île-D’Orléans, que je reprends in extenso ci-dessous, faute d’avoir pu le trouver sur Cyberpress.ca. Je reprends mes commentaires à la suite.

Précieux coup de main d’une grande dame

En lisant mon Soleil dimanche dernier, j’apprends que c’est le 100e anniversaire de naissance de Gabrielle Roy

Aussitôt m’est revenue en mémoire une anecdote concernant cette écrivaine dont j’ai croisé le chemin pour quelques minutes, mais qui me sont restées gravées en mémoire pour toujours.

J’avais 14 ans à l’époque et j’avais un travail de français à faire, concernant une partie de son roman La petite poule d’eau.

En étudiant sa biographie, j’avais découvert qu’elle était marée à un médecin de Québec. Comme j’éprouvais certaines difficultés à bien saisir le texte, j’ai pris la décision de l’appeler. Ce qui fit très facile, car son mari était dans le bottin téléphonique( tout en pensant bien que mes chances étaient plutôt minces qu’elle daigne me consacrer du  temps). À ma grande surprise, c’est elle-même qui ma répondu au téléphone et elle a patiemment répondu à mes questions. Après avoir raccroché, je n’en croyais toujours pas mes oreilles… Ces quelques minutes m’ont aidée à mieux comprendre son texte et m’ont été dune grande utilité pour terminer mon travail.

À la remise des travaux, mon professeur de français m’a indiqué, devant toute la classe, que je n’avais pas bien saisi le texte et que mon travail, somme toute, ne méritait pas une bonne note. J’ai attendu la fin du cours pour le rencontrer en privé et lui dire que j’avais communiqué avec Gabrielle Roy et qu’elle m’avait beaucoup aidée à saisir e sens de son texte! Je lui ai expliqué ma démarche et l’ai invité à l’appeler pour confirmer directement avec elle que nous avions bien eu cette conversation.

Cette très brève conversation avec cette grande dame a tout de même changé ma vie et m’a fait comprendre:

* Que le jugement que les autres portent sur notre travail peut parfois être complètement erroné, et qu’il ne faut pas trop s’en faire avec cela. Surtout si on est convaincu de l’avoir bien fait.

* Que d’avoir rencontré mon professeur en privé, pour lui expliquer la situation, au lieu d’essayer de l’humilier devant la classe, m’a apporté son plus grand respect.

Ces leçons de vie me servent encore aujourd’hui, même après plusieurs décennies.

Pour cela, merci encore, chère Gabrielle Roy.

— France Castonguay, Saint-Laurent-de-l’Île-D’Orléans

J’aime beaucoup ce texte parce qu’il illustre remarquablement que c’est dans le dialogue que la culture prend tout son sens, et tout particulièrement dans un contexte éducatif. C’est une conviction qui était à la base de  mon choix d’étudier en enseignement, qui était également à la base de mon intérêt immédiat pour le Web et de mon choix à participer à la mise en place de l’Infobourg, ainsi que de celui de travailler spécialement avec le monde de l’édition. Une conviction qui s’est renforcée lors de mon passage en France, et qui est au cœur de ma manière d’envisager l’avenir du livre dans un environnement culturel de plus en plus numérique. Une conviction qui s’incarne aussi dans mon engagement autour du projet de faire de Québec une cité éducative. Une conviction qui me ramène aussi fréquemment à l’œuvre de Paolo Freire.

Le témoignage de Mme Castonguay montre bien la valeur que peut avoir le contact avec l’auteur d’un texte. Il montre bien, aussi, que cela n’est pas seulement rendu possible depuis l’avènement d’Internet. Mais comment ne pas s’émerveiller devant tous les contacts que le Web facilite ou rend possible avec les auteurs des livres qui nous passionnent ou sur lesquels nous devons travailler, dans un contexte scolaire, notamment? Et devant tous les apprentissages et les projets dont ils peuvent être la source? Comment peut-on imaginer l’avenir de l’école sans tenir compte de telles possibilités?

Est-ce que, bien plus qu’un passage d’un support à l’autre, ou d’une forme matérielle à une autre, dématérialisée, ce n’est pas sous l’angle de nouveaux dialogues autour des oeuvres qu’il faudrait envisager la transformation actuelle du monde du livre? Je le crois. Profondément. C’est d’ailleurs ce qui me fait croire que tous les métiers qui sont fondés sur la médiation, sur le relationnel et sur le conseil peuvent particulièrement gagner dans ce nouvel univers littéraire. C’est une partie du message que j’ai souhaité laisser aux libraires, plus tôt cette semaine, notamment.

Dans un univers numérique, la clé du succès, c’est le dialogue. Dans le monde du livre, cela suggère le dialogue avec un auteur vivant, certes, mais aussi avec d’autres lecteurs, ou d’autres participants à l’écosystème qui prend forme autour d’une œuvre. Par conséquent, par delà les infrastructures, les formats, les modèles commerciaux, etc. ceux qui réussiront le mieux seront ceux sauront tirer profits des dialogues — par tous les moyens; par ceux qui leur conviennent, ne serait-ce que par courriel, par un blogue, etc. Qu’ils soient auteurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires, etc. Je m’émerveille d’ailleurs en voyant apparaître, chaque jour, de nouvelles initiatives qui s’inscrivent dans cette dynamique conversationnelle.

À moyen terme, je suis persuadé que les initiatives qui contribueront à favoriser les dialogues ont plus de chance de réussir que les autres. C’est même, je crois, la meilleure grille d’analyse pour faire des choix, tant éditoriaux, que techniques ou commerciaux — en particulier dans le monde du livre.

* * *

Si j’étais toujours enseignant, je m’empresserais de coller ce texte sur la porte de mon local, pour qu’il serve sans cesse de rappel aux élèves:

La culture est quelque chose de dynamique — vous en faites partie — vous disposez de moyens de communication extraordinaires — servez-vous-en! — communiquer avec les gens qui s’adressent à vous, à travers les médias, les livres ou autrement, quels qu’ils soient — interpellez votre entourage— posez-leur des questions — demandez qu’on vous explique — donnez votre opinion.

Je crois que c’est seulement de cette façon que les technologies du numérique — et que la culture, dans un environnement numérique — pourront devenir des outils de liberté et de solidarité; et non pas seulement de nouveaux vecteurs de la société de consommation.

À défaut d’avoir une porte de classe où afficher ce texte, je vais de ce pas le placer sur la porte du réfrigérateur familial. C’est dans le même esprit que je le dépose ici.

Québec Horizon Culture, suivis et leadership

Québec Horizon Culture: c’était il y a deux semaines — un peu plus même. La poussière retombe, les principaux médias sont déjà passés à d’autres choses. Peu ou pas de suivi de leur part — pas de rencontres avec les acteurs qui bénéficieront des retombées de cette journée d’annonces, par exemple, pour comprendre et présenter les projets aux citoyens-lecteurs. Pas de mise à jour du site de l’événement, pas de mécanismes officiels de suivi non plus. Ça viendra peut-être…

En attendant, je vous suggère:

De revisiter le site de Denis Chiasson, pour ses croquis de l’événement, ici et , (et si vous aimez, laissez-lui donc un mot d’encouragement…)

De vous plonger dans Orientation 4 — et vous laisser envahir par l’énergie de François X Côté. C’est sans doute l’initiative la plus intéressante depuis quinze jours: chapeau!

Et même si nous n’avons pas encore eu le temps de tout mettre en place de façon très satisfaisante — l’interface est encore un peu complexe/rébarbative — pourquoi pas ne pas jeter un oeil et/ou vous inscrire à remixonsquebec.ning.com // ce serait bien de faire naître quelque chose là.

Quoi qu’il en soit, je pense qu’on peut se réjouir en constatant que de plus en plus de personnes expriment de plus en plus clairement leur souhait de voir le leadership s’exprimer différemment dans leur ville — de façon plus ouverte, moins autoritaire.

Parmi les vecteurs potentiels de la nouvelle dynamique que nous souhaitons voir naître à Québec, je pense qu’on peut compter sur Québec Urbain, sur la Capitale blogue, ainsi que sur la nouvelle station de radio Sortir FM (pas de site Internet pour le moment, alors article du Soleil à son sujet). Mise à jour: le site est ici: sortirfm.com.

Ça fait au moins ça à se mettre sous la dent en attendant plus ou mieux…

P.S. Ah oui, il y a aussi l’Institut canadien de Québec qui annonce deux postes afin de lui permettre d’assurer le suivi de certains des projets présentés lors de Québec Horizon Culture: Responsable de la Maison de la littérature (description détaillée) et Chargé(e) de projet – Programme de développement de la relève en arts littéraires (description détaillée).

Pour une politique du dialogue

Dimanche soir de reprise de contact avec ma blogosphère, courriels, médias, etc. C’est fou la distance qu’on peut prendre en deux jours débranché. Et ça fait le plus grand bien!

Parmi les textes lus au cours de la soirée, je retiens particulièrement celui de Gil Courtemanche, dans Le Devoir: Une leçon de démocratie. Et particulièrement ces extraits:

Lévesque ne considère pas le citoyen moyen comme un imbécile. Il croit que, lorsqu’on lui explique quelque chose, le citoyen peut comprendre et s’engager, qu’il soit assisté social ou médecin. Lévesque croyait en la politique, qui dans sa meilleure expression est un dialogue permanent entre le citoyen et son représentant. (…)

Dans ce genre de démarche, il faut croire que le citoyen peut comprendre et il faut trouver le langage, la manière, le style.

C’est aussi le type de politique dans lequel je crois — et que j’aimerais que pratiquent plus souvent les hommes et les femmes qui sollicitent notre confiance à l’occasion des élections.

Il me semble que cela devrait particulièrement être le cas dans la politique de proximité: celle de la ville.

Québec se livre

Gilles Herman lance une super idée, en marge de Québec Horizon Culture.

Je rêverais qu’une fois par mois, à date fixe, dans un café de la rue Saint-Joseph (Le Cercle quelqu’un ?), se retrouvent les amoureux du livre. Auteurs établis ou en devenir, éditeurs, libraires, bibliothécaires, critiques et, bien entendu, lecteurs, tout ce beau monde pourrait en toute simplicité échanger leurs points de vue sur ce qui les rassemble.

À lire ici: Québec se livre

Bilan provisoire

Je vais laisser retomber un peu la poussière — et reprendre le boulot accumulé dans les dernier jours — avant de commenter ma participation à Québec Horizon Culture, hier (on peut toujours regarder en webdiffusion).

D’ici-là, de tout ce que j’ai lu ce matin, c’est dans le texte de François Bourque que je me retrouve le plus: La nouvelle image de marque.

Ce que l’article oublie toutefois d’évoquer, c’est le grand intérêt de toutes les rencontres qui se font en marge de l’événement, aux hasards des couloirs et des temps un peu moins planifiés.

Au-delà des mots, il faudra des gestes concrets

Plusieurs courriels m’invitent ce matin à lire ce texte du Soleil: Québec horizon culture: Labeaume met la table.

Est-ce que cela désamorce la lettre que nous adressions hier au Maire et à la Ministre de la Culture?

Bien au contraire! Je trouve que cela confirme que les préoccupations dont elle veut se faire l’écho sont véritablement partagées par le milieu.

Et je trouve là une incitation additionnelle à la faire circuler et à la faire signer par encore plus de gens — pour maintenir la pression sur le politique afin que des moyens concrets viennent vraiment appuyer ce discours d’ouverture.

Faites circulez, signez: l’union fait la force.

Lettre à la Ministre de la Culture et au Maire de Québec

J’ai beaucoup écrit depuis un mois au sujet de Québec Horizon Culture. Parce que j’y crois beaucoup. Cela m’a par ailleurs permis d’être en contact de nombreux points de vue, d’entendre de nombreuses opinions, d’avoir plusieurs discussions sur le sujet avec des gens aux profils très variés.

À quelque jours de l’événement, j’ai eu eu envie avec quelques amis rêveurs de ville (ou dîneurs fous, selon le point de vue!) de me faire l’écho d’une partie des commentaires et avis entendus au cours des dernières semaines et de témoigner des attentes que suscite Québec Horizon Culture dans mon entourage.

Nous avons donc pris la plume au cours des derniers jours, et voici ce que cela a donné — sous la forme d’une lettre adressée à Madame Christine Saint-Pierre, Ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine et à Monsieur Régis Labeaume, Maire de Québec.

Nous invitons évidemment tous ceux et celles qui le souhaitent à ajouter leur signature, et quelques remarques, en utilisant le formulaire de commentaire prévu à cet effet — voire à le publier à leur tour sur leur blogue s’ils en ont envie.

Mises à jour du 10 février: Jusqu’à présent, le texte également publié chez Jean-Sébastien, chez René, chez Philippe, chez Michael, …  Il est aussi reprise sur une version préliminaire de remixonsquebec.com (info à venir: adresse à conserver) — qui préfigure l’utilisation souhaitée de remixonsquebec.ning.com (en cours d’élaboration).

Mises à jour du 11 février: Philippe fait un suivi de l’initiative sur son blogue. Carl-Frédéric en parle sur Québec Urbain, …

Mise à jour du 12 février: Philippe tient à jour la liste des signataires qui s’ajoutent ici…

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Madame la Ministre,

Monsieur le Maire,

Vous coprésiderez dans quelques jours Québec Horizon Culture — un rendez-vous auquel ont été conviés artistes et leaders culturels, gens d’affaires et de technologie, citoyens et élus pour échanger sur leur vision et sur les moyens à mettre en place pour favoriser le développement culturel de la capitale.

Jeunes, entrepreneurs, créateurs, travailleurs dans le secteur de la culture, de l’éducation ou des technologies, voyageurs, nous avons été interpellés par votre invitation et plusieurs d’entre nous seront présents au Centre des Congrès lundi prochain. Vous avez suscité chez nous de grandes attentes parce que nous espérons que cet événement marquera le début d’une nouvelle approche du développement de notre ville.

Nous nous réjouirons bien sûr des annonces qui pourront être faites à l’occasion de l’événement, pour l’ensemble de la ville et pour le quartier Saint-Roch, en particulier. Nous ne doutons pas que les institutions et les organismes qui s’en verront gratifiés le méritent, mais nous espérons plus. Nous espérons aussi autre chose.

Nous espérons vous entendre dire que le rôle des leaders politiques et des institutions n’est pas de réfléchir à la place des citoyens, mais de les aider à imaginer et à créer ensemble l’avenir de leur ville. Nous comprenons qu’il vous paraissait nécessaire de procéder dans le secret pour mettre Québec Horizon Culture sur les rails, mais cela nous semble une manière anachronique d’exercer le leadership.

Nous espérons que la négociation institutionnelle et la consultation de vos réseaux d’influence traditionnels sont maintenant achevées et qu’un dialogue direct et continu avec les créateurs, les artistes, les entrepreneurs et les citoyens en général pourra débuter. Nous espérons qu’à l’instar de nombreux leaders modernes, vous vous appuierez notamment sur Internet pour tirer profit de l’intelligence collective des citoyens — et que vous vous inspirerez pour cela des meilleures pratiques en vigueur dans le monde.

Nous espérons que tous les citoyens de Québec seront invités à monter à bord du TGV Québec Horizon Culture et que nous ne découvrirons pas qu’il s’agit seulement d’un nouveau convoi de marchandises à l’allure revampée. Nous espérons aussi que des mécanismes de suivi seront mis en place, dès la semaine prochaine, afin de s’assurer que les attentes suscitées pourront être comblées.

Vous savez tous les deux faire preuve d’une très grande énergie et d’une impressionnante capacité pour lancer des projets. Nous avons de la fougue et de l’énergie et nous souhaitons pouvoir les mettre à contribution pour la mise en œuvre du plan d’action qui sera issu de Québec Horizon Culture — pour autant qu’on puisse s’en sentir partie prenante.

Il ne s’agit pas tant pour nous de trouver à se faire entendre le 16 février. Nous visons plutôt à formuler dès maintenant notre souhait de prendre part à une véritable conversation au sujet de l’avenir de la Capitale. Et, pour cela, nous croyons que l’essentiel est de relier les gens de façon innovatrice, de faire se rencontrer des idées et de permettre l’émergence d’un futur dans lequel nous souhaiterons investir toute notre vitalité et notre créativité — plus encore que d’organiser une autre rencontre au sommet.

C’est sur cette ouverture que nous avons le plus envie de vous entendre et de vous voir poser des gestes — en particulier pour faire en sorte que chacun ait les moyens de prendre part à cette conversation et que survienne la rencontre tant souhaitée des milieux de la culture, de la technologie et des affaires.

Vous pourrez dès lors compter sur nous.

  • Jean-Sébastien Bouchard, Associé fondateur, Grisvert [blogue personnel]
  • Julie Marie Bourgeois, travailleuse culturelle
  • Michael Carpentier, Associé fondateur, Zengo.ca [blogue personnel]
  • Philippe Dancause, Associé fondateur, Grisvert [blogue personnel]
  • Clément Laberge, Vice-président Services d’édition numérique, De Marque [blogue personnel]

Et tous ceux qui ajouteront leur nom à la liste des signataires au cours des prochains jours…