La cité éducative comme projet de société (et les librairies dans tout ça?)

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Je l’ai dit hier, les points de vue de ceux qui sont en faveur d’une éventuelle réglementation sur le prix des livres neufs et de ceux qui sont contre cette idée me semblent tellement diamétralement opposés qu’ils m’apparaissent presque irréconciliables, du moins à cette étape du débat. Ils s’appuient pourtant sur un certain nombre de constats communs, à partir desquels il sera éventuellement possible d’élaborer un consensus ou de formuler des propositions alternatives quand aux actions qui devraient être entreprises pour soutenir le développement de la lecture et du domaine du livre.

Pour essayer de mettre en perspective ces différents points de vue, et de faire progresser la discussion, j’ai proposé que chacun précise dans quelle vision de la société ses prises de position s’inscrivent. À quel projet de société elles sont appelées à contribuer. Parce qu’il y a forcément un projet implicite derrière tout ça — il me semble.

Avant que la semaine ne recommence, et que les travaux de la commission parlementaire ne reprennent, je consacre quelques instants pour décrire, très succinctement (et donc avec beaucoup de raccourcis, pardonnez-moi) la vision — le projet de société — qui me guide depuis des années et en fonction duquel j’organise forcément une bonne partie de mes réflexions.

* * *

Je rêve de vivre dans une cité éducative (j’en parlais déjà en 2002, en 2003, en 2004) — un milieu de vie à l’échelle humaine où tout serait organisé de  manière de permettre à tous les citoyens d’apprendre quelque chose tous les jours. Apprendre quelque chose, qu’importe quoi, parce ce qui est important, dans ce contexte, c’est d’être en apprentissage.

Être en apprentissage, tous les jours, parce que c’est le meilleur moyen d’être heureux, bien sûr, mais aussi parce que cela m’apparaît de plus en plus nécessaire pour assurer l’équilibre d’une société moderne.

Parce qu’au rythme où les sociétés évoluent aujourd’hui — sous l’influence des changements technologiques, de la globalisation de l’économie, des défis écologiques, des flux migratoires, etc. — leur capacité d’adaptation est constamment mise à l’épreuve. Et pour pouvoir s’adapter continuellement, une société doit pouvoir compter sur des citoyens qui disposent d’une bonne ouverture d’esprit devant la nouveauté et qui possèdent un certain appétit pour l’innovation. Des citoyens qui ne sont pas fermés, d’emblée, à toute nouvelle proposition ou à une approche différente pour aborder un problème récurrent.

Or, être en apprentissage, c’est un projet personnel; c’est se projeter dans le futur; c’est accepter que demain sera un peu différent de ce qu’a été aujourd’hui; c’est imaginer la vie sous de nouveaux angles, avec une autre perspective; c’est accepter d’aborder positivement le changement; c’est fréquenter l’innovation.  Être en apprentissage, c’est cultiver, sur une base personnelle, des qualités qui sont de plus en plus nécessaires quand vient le temps de faire évoluer, collectivement, notre organisation sociale en fonction des défis auxquels nous sommes confrontés.

J’ose faire la relation: moins de gens en apprentissage = moins de gens à l’esprit ouvert = difficultés pour faire accepter de nouvelles façons de voir les choses = difficultés politiques accrues = problèmes sociaux de plus en plus aigus.

Pour que la cité éducative devienne réalité, il est absolument nécessaire de multiplier les contextes d’apprentissage. Il faut réinventer l’école, la décloisonner, lui retirer la responsabilité de tout ce qui peut être appris ailleurs pour qu’elle puisse se concentrer sur ce qui lui incombe vraiment (cela avait été l’objet d’un échange avec Michel Dumais, il y a quelques années). Il faut aussi stimuler les rencontres entre les citoyens, encourager la formation en milieu de travail, élargir la mission des lieux culturels et des événements (musées, théâtre, salles de spectacles, bibliothèques), inciter les entreprises à s’engager davantage dans leur communauté, inviter les médias à jouer un rôle pédagogique accru. Il faut inventer des contextes qui favorisent des rencontres entre les générations, entre les cultures et les religions. Avec l’idée, permanente, d’apprendre les uns des autres, chaque jour de l’année.

Ce projet de société n’est pas nouveau. Edgar Faure, Ivan Illich, Paolo Freire — et bien d’autres — l’ont décrit chacun à leur façon depuis longtemps. Je suis toutefois convaincu qu’il n’a jamais existé de meilleures conditions pour concrétiser cette vision.

* * *

C’est donc avec ce projet en tête que j’interprète les revendications actuelles du monde du livre et que j’analyse les différents points de vus exprimés à leurs sujets.

Avec la conviction que les librairies sont, comme les bibliothèques, chacune à leur façon, des composantes essentielles dans la réalisation d’une cité éducative. Non seulement parce qu’elles contribuent à la diffusion d’un grand nombre de livres qui ne trouveraient pas facilement leur chemin vers les lecteurs autrement (l’exemple de Un dimanche à la piscine à Kigali, de Gilles Courtemanche, donné par Pascal Assathiany à Il ne faut pas croire tout ce qu’on dit (il faut cliquer à 43:00) est très bon à cet égard), mais aussi (et peut-être surtout!) parce qu’elles sont aussi des lieux de rencontres importants au cœur de la cité. Des commerces dont la présence sur une rue principale multiplie le potentiel éducatif d’un quartier ou d’une ville et contribue ainsi à améliorer, concrètement, la capacité de la société à évoluer sereinement.

Dans cette perspective, la librairie est un commerce qui mérite évidemment une reconnaissance toute particulière — et des appuis qui tiennent compte de cette importance — qu’il s’agisse d’une librairie indépendante ou de la succursale locale d’une chaîne de librairies.

Il ne s’agit pas de privilégier un point de vue idéologique au détriment d’une analyse plus rationnelle de la situation du marché du livre. Il s’agit d’expliciter le référentiel de valeurs à partir duquel j’organise les différentes conclusions, parfois contradictoires, qui découlent de l’analyse des différents points de vue qui sont exprimés sur le sujet.

S’agit-il donc de sauver à tout prix les librairies parce que l’avenir du livre en dépendrait? À l’évidence, non. Il faut bien sûr souhaiter qu’elles puissent continuer à jouer un rôle actif dans la diffusion de la création éditoriale, mais il s’agit surtout, pour moi, de pouvoir compter sur elles pour bâtir cette cité éducative. Parce qu’elles ne seront pas, pour cela, remplaçables par les magasins grandes surfaces, qui sont généralement situées hors des milieux de vie et n’offre pas du tout le même potentiel éducatif, simplement parce que les livres y sont vendus au même titre que des chaussettes et sans aucune expertise particulière pour le faire.

Une vision idyllique de la librairie que tout cela? Peut-être un peu. Mais un très beau défi surtout. Le défi  pour les libraires de redéfinir de façon audacieuse leurs relations avec leurs milieux, en imaginant des rapports de complémentarité encore plus fort avec les bibliothèques (qui doivent aussi se réinventer — lire à ce sujet l’excellent texte relayé par Marie D. Martel), les lieux culturels, les écoles, les entreprises et l’ensemble de leurs communautés. En tirant évidemment profit des possibilités que représentent à cet égard l’avènement du Web et du livre numérique.

* * *

Je l’ai dit lors de mon passage à la Commission parlementaire (voir mon mémoire): je suis favorable à la réglementation du prix des livres neufs (selon les modalités proposées dans le cas des livres imprimés, et selon des modalités différentes, pour les livres numériques). Je le suis parce que je pense que c’est une mesure qui peut donner un bon coup de pouce aux librairies — avec notamment pour effet de leur donner un peu de temps pour s’engager encore un peu plus dans la voie de tous ces changements.

Est-ce que la réglementation du prix est une mesure suffisante quand on caresse de telles ambitions pour les librairies? Est-ce qu’elle permettra à elle seule à toute une industrie de faire face à tous les défis auxquels elle fait actuellement face? Évidemment pas! Mais il faut bien commencer quelque part, et rapidement.

Par conséquent, je me réjouirai, bien sûr, si on peut ajouter à cette cette mesure contraignante, dont je souhaite l’adoption, un ensemble d’autres mesures, plus positives, notamment pour valoriser la place de la librairie au coeur de la cité — comme un lieu de rencontre et un espace qui a le potentiel de stimuler l’apprentissage d’un grand nombre de citoyens.

Et au risque que mes lecteurs les plus réguliers me disent que je radote, je mentionne en terminant que le projet 826 Valencia, à San Francisco — et les nombreuses initiatives qui lui sont associées — me semblent particulièrement inspirants pour les libraires qui seraient à la recherche d’un peu inspiration dans le but accélérer un peu leur transformation.

Voilà donc, tel que je l’avais promis, la vision qui me guide quand je parle des librairies. Quelle est la vôtre?

Réglementer le prix des livres? Mon mémoire (et les suites).

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C’est fait. Présentation terminée. Je suis soulagé.

Il y a la théorie, il y a regarder la commission parlementaire à la télévision ou sur le Web… et il y a la réalité: c’est un exercice intense. Chapeau à tous ceux et celles qui se prêtent à l’exercice.

Tout ça pour dire que Je suis content du résultat.

Mon mémoire n’est pas parfait, la présentation ne l’était pas non plus (et le veston carreauté inadéquat devant les caméras… je sais!), mais de façon générale, je pense que je peux dire que c’est pas mal mission accomplie.

La mission? Disons plutôt les objectifs que je m’étais donnés:

  • faire un peu de pédagogie sur le livre numérique (non, c’est pas magique, ça ne coûte pas toujours « presque rien »)
  • rappeler que c’est un monde où presque tout reste à inventer — et qu’il faut des conditions favorables et du temps pour ça
  • formuler une proposition de réglementation du prix adaptée au livre numérique
  • offrir un point de vue sur l’industrie un peu plus positif et dynamique que ce qu’on avait pu entendre jusqu’à présent.

Je reviendrai évidemment sur certains éléments dans les prochaines heures ou les prochains jours. Le temps de décanter ça un peu plus.

Mais d’ici là, voici le mémoire que j’avais déposé hier soir en prévision de ce matin. C’est un document qui reste assez bref, mais qui est tout de même un peu plus long/complet que ce que j’ai pu prononcer dans les dix minutes qui m’étaient accordées avant les questions). Toujours avec l’intention d’élargir autant que possible la réflexion et de permettre à tous ceux qui le souhaitent d’y prendre part.

Il est ici: en format pdf et — surprise! — en format epub, dans le but de faciliter sa lecture sur une liseuse ou une tablette — cela grâce à l’aimable proposition de Jimmy Gagné, de Studio C1C4. Merci Jimmy!

À suivre…

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Mises à jour:

22 août: Les bonnes manières

25 août: On part de (trop?) loin

26 août: La cité éducative comme projet de société (et les librairies dans tout ça?)

Voir aussi:

Une série de textes qui a précédés la rédaction du mémoire.

Pourquoi règlement quand on peut subventionner

La Fête de la rentrée

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C’était il y a huit ans.

On avait réuni plusieurs amis pour la Fête de la rentrée.

Tout avait été pensé en fonction des enfants cet après-midi là. Pour que nous puissions leur souhaiter une très bonne année à l’école (ou à la garderie). Et de façon solennelle.

J’avais construit une petite scène dans la cour, à partir de laquelle nous avons remis à chaque enfant un certificat, en bonne et due forme. Et j’avais fait un discours. Tous les adultes avaient signé chacun des documents afin de témoigner de leur engagement à les accompagner dans leurs apprentissages lorsqu’ils en auraient besoin.

Tous les adultes. Sur tous les certificats. Un engagement pas seulement de parents ou de grands-parents, donc, mais également comme amis. Et, plus largement, comme membre d’une communauté.

Pour s’offrir comme modèles aussi. Parce qu’il ne faut jamais cesser d’apprendre. Parce que c’est la meilleure façon de donner le goûts aux autres d’apprendre aussi, quel que soit leur âge. Et parce qu’apprendre, c’est le meilleur moyen d’être heureux.

Je pense bien qu’on va refaire ça cette année… avec des enfants huit ans plus vieux!

Voyages imaginaires

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« If the world had not been entirely discovered yet, I would probably have become an explorer and would have travelled to the most remote places. The way it is now, when the world is nearly all accessible, I have no other choice than to stay at home and to write. Reality really is overestimated. »

Judith Schalansky

Judith Schalansky est l’auteure de l‘Atlas of Remote Islands. Un livre qui a pour sous-titre Fifty Islands I Have Not Visited and Never Will. Un livre absolument fascinant si je me fie à tout ce que j’ai pu lire à son sujet un peu partout sur le Web… après l’avoir découvert dans The Island Review, grâce à je ne sais quel hasard des réseaux sociaux.

Au sujet de sa manière d’écrire, telle que décrite par Spectator:

Judith Schalansky has chosen to incubate the minds of people who map islands. Curled up behind their eyeballs, she has let herself be carried around the globe from Lonely island in the Arctic to Deception in the Antarctic. Although she travels like Jules Verne, she describes each lonely deceptive landfall like Jorge Luis Borges.

Au sujet de sa perspective sur les îles, dans ses propres mots, rapportés par National Geographic:

The absurdity of reality is lost on the large land masses, but here on the islands, it is writ large. An island offers a stage: everything that happens on it is practically forced to turn into a story, into a chamber piece in the middle of nowhere, into the stuff of literature. What is unique about these tales is that fact and fiction can no longer be separated: fact is fictionalized and fiction is turned into fact.

Ça m’a évidemment rappelé la lecture de Comment parler des lieux où l’on n’a pas été?, de Pierre Bayard, auquel j’avais fait référence en janvier 2012.

Ça m’a aussi donné le goût de tenter un exercice d’écriture cet été…

…m’installer un après-midi dans un endroit que je connais bien pour écrire deux textes: un pour décrire ce lieu, et un autre pour décrire un endroit que je ne connais pas… où se trouverait quelqu’un d’autre, qui ferait le même exercice, décrivant le lieu où il se trouve, et celui où je serai — qu’il n’aurait jamais visité. Après une heure ou deux, s’échanger nos textes, comparer, annoter, partager.

Reste à trouver lieux et complice.

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P.S. Gilles Herman porte à mon attention une traduction française de l’Atlas, publiée par Arthaud.

« Le réseau va trop vite pour intervenir efficacement dans la vie politique »

Le réseau en fait trop, il aborde trop de choses, il cite trop de points de vue, il se met trop vite à jour pour intervenir dans la vie politique de façon apaisée et aboutie. […]

Le jeu démocratique a tout d’un jeu vidéo dans les moments d’emballement du réseau. Tweets, retweets et bataille de hashtags. Les réactions immédiates des internautes croyant relever des écarts et des excès des responsables politiques s’inscrivent dans un flux qui tient autant de l’électricité que du débat. La participation à un mouvement d’opinion est si facile – il suffit le plus souvent de taper sur un bouton – que le niveau de motivation demandé est très faible, mais l’impact reste d’une portée relative : les mouvements collectifs ne durent pas assez pour se structurer. Le réseau est un territoire propre à l’expression de la révolte, pas à la construction de la révolution.

Pour une foule, le pire mal, c’est le trop grand nombre. C’est le cas sur le réseau, où la révolution numérique mobilise trop d’internautes, trop vite pour bâtir un processus politique influent et durable […]

– – –

Extrait de: La Condition numérique, de Jean-François Fogel et Bruno Patino, Grasset.

Source: La Condition numérique, dans Le Monde, vendredi le 5 avril 2013.

L’écriture au coeur de la ville

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Parce que plusieurs choses m’amènent depuis quelques jours à réfléchir à la place de la lecture et de l’écriture dans la société — et à l’importance de créer des espaces et des moments de rassemblement qui peuvent contribuer à donner un sens à la lecture et à l’écriture — et à l’apprentissage de celles-ci…

Parce que si on souhaite que des projets voient le jour, il faut bien préalablement partager quelques idées…

Et, finalement, parce que, passant devant la Librairie Vaugeois, lundi soir… j’ai été interpelé par Nelligan (photo ci-dessus)…

Voici donc quelques traces de certains projets que je trouve particulièrement inspirants dans ce domaine — et que j’aimerais beaucoup voir prendre forme au Québec, et à Québec, en particulier — et pourquoi pas sur la rue Saint-Joseph? Ou sur la rue Maguire? Ou Myrand? Qu’importe…

En commençant par l’extraordinaire 826 Valencia, qu’il me semble indispensable de faire connaître largement (le créateur en fait une présentation en vidéo ici — en une vingtaine de minutes de pur plaisir).

Aussi un de ses émules: 826 NY (plus d’explications).

Pourquoi faire de Québec un nouveau membre du réseau 826 — en y apportant notre originalité?

Sinon, il y a aussi le modèle du Labo des histoires que j’aime vraiment beaucoup… quelle fraîcheur!

Il me semble que ce genre de lieu serait aussi de nature à mobiliser pas mal de monde ans le quartier Saint-Roch… à favoriser les rencontres intergénérationnelles, du monde des technos, de l’éducation et de la culture…

Éditeurs, libraires, bibliothécaires, enseignants, auteurs, gens de théâtre, artistes, créateurs, journalistes… de Saint-Roch et d’ailleurs, ça vous tente?

Ce serait un bien beau projet, il me semble…

Vous m’avez dit…

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Rue Sainte-Marguerite, près de l’intersection avec la rue Vallière: un mur de béton soutient brutalement la montée de la rue des Prairies qui sépare la haute-ville et la basse-ville.

J’y remarque quelque chose de nouveau. Depuis quand? Je ne sais pas. Je ne passe pas à cet endroit très régulièrement.

C’est un cadre doré, et un graffiti.

Je m’approche.

Mise en scène de musée sur mur de béton. Cadre classique, signature urbaine.

Et une petite fiche, sur laquelle j’ai pu lire, en me mettant sur la pointe des pieds:

Travail No. 4 – Wuek (2012)
Vous m’avez dit de faire des toiles

J’aime quand la ville me parle.

Limoilou et les cerfs-volants

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Je me suis fait plaisir ce soir en prenant le temps de regarder attentivement, plusieurs fois, la dernière réalisation de Samuel Matteau, dans la série La cité.

Magnifique Limoilou.

Les images sont belles, colorées, poétiques. On peut y voir simplement le jeu des enfants d’un quartier — ou une référence à nous tous, et aux derniers mois de la société québécoise.

J’ai été particulièrement touché par les images des enfants qui défilent d’un pas déterminé dans la ruelle; par celles des cerfs-volants et des machines à laver; par l’attroupement des enfants sur la rive bétonnée devant l’usine aussi.

J’ai partagé avec plusieurs amis par courriel.  Je le fais ici aussi.

J’ai aussi pu échanger quelques idées-de-fin-de-soirée avec Samuel via Facebook — échanges que nous allons essayer de poursuivre dans les prochaines semaines. On verra bien où pourront nous mener ces cerfs-volants.

100 000

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Cent vingt-cinq mois. Un peu plus de dix ans.

Plus de 1300 textes. Très variés. Sur l’édition numérique, bien sûr; sur l’idée de faire de Québec une cité éducative, surtout; sur la politique aussi. De l’amitié, souvent, des idées sans suite, parfois… et quelques autres qui se sont bien installées. Sans oublier de nombreuses anecdotes.

Quelques mois avec plus d’un texte par jour. Plusieurs mois sans aucun texte.

De la suite dans les idées? Je pense.

Dans tous les cas: des images et des textes qui sont pour moi de précieux témoignages de mes réflexions dans toutes sortes de moments de ma vie — dans des conditions différentes, des emplois différents, des pays différents. De tout et de rien. De la vie. La mienne.

Et le plaisir de pouvoir m’y replonger à l’occasion — comme ce soir, en constatant tout à fait par hasard que c’est demain que mon blogue franchira le cap des 100 000 visites.

Fier de ce chiffre? Je ne sais pas. Fier d’avoir déposé ici tous ces textes? Ça oui!

Technoculture camp

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Techno Culture Camp. C’était le nom de l’événement. Le programme est ici. Une partie de la liste des participants aussi.

J’y ai assisté cet après-midi. Comme un peu plus de 150 autres personnes — je dirais, à l’oeil.

L’idée: favoriser un rapprochement entre les gens de la culture, et les gens de la technologie — sortir des silos, faire naître des contextes propices aux rencontres, des projets conjoints.

Milad Doueihi a prononcé en ouverture une conférence d’une trentaine de minutes; une allocution s’appuyant sur les valeurs humanistes, très intéressante, mais qui ne plaçaient probablement pas suffisamment les gens dans un contexte pratique de collaboration, de co-construction — comme cela était pourtant souhaité par la suite.

Quatre projets structurants ont ensuite été présentés aux participants:

Un MediaLab pour Québec

Les Productions Rare

Une édition québécoise de Muséomix

La ruche — un outli de sociofinancement (crowdfunding)

Chaque projet était brièvement présenté et faisait ensuite l’objet d’un atelier.

Les deux premières présentations m’ont semblé très (trop) imprécises — elles ne semblaient pas avoir été adéquatement préparées. Pas de mauvaises idées, mais pas suffisamment mûres, je pense.

Le projet de réaliser à Québec, au Musée de la civilisation, une nouvelle édition de Muséomix, un type d’événement qui a été réalisé l’an dernier à Lyon, a pour sa part suscité beaucoup d’intérêt. J’étais vendu d’avance, c’est vrai — notamment parce que je partage ma vie avec la porteuse du projet! — mais au-delà de ça, l’idée a semblé toucher beaucoup de gens, qui s’y sont vus, ou qui ont eu envie d’en savoir plus. C’est d’ailleurs ce qui ressort le plus clairement des premiers articles de la couverture de presse (ici dans Le Soleil).

La ruche a suscité aussi pas mal d’intérêt, mais c’est un projet déjà beaucoup plus avancé, qui a déjà son site Web, et qui fonctionne déjà. Je pense que l’idée, dans ce cas, était surtout de faire connaître le projet et d’inviter les gens à y adhérer — et pour ça, je pense que c’est plutôt mission accomplie.

Il y a eu beaucoup d’échos au Techno Culture Camp sur Twitter (mot-clic #tccq2013) — des interventions très diverses. Ce sera très précieux pour rattacher les ficelles pour la suite. Parce qu’il le faudra si on veut qu’il y ait des retombées à l’événement.

Pour voir ce que j’ai publié sur Twitter au cours de l’après-midi: @remolino + #tccq2013

* * *

Ce que j’ai surtout retenu de mon après-midi (en plus du plaisir de revoir plaisir d’amis, et de faire connaissance avec plusieurs personnes stimulantes), c’est qu’il y a manifestement à Québec beaucoup de monde qui ont envie de participer à des projets qui les amèneront à sortir des sentiers battus… mais qu’on manque peut-être un peu de réalisme sur ce que cela implique, ou de rigueur pour mettre en place les bases de ces projets.

Pour réaliser des projets, il faut de bonnes idées, mais aussi savoir les présenter, savoir convaincre — il faut aussi de l’argent et de l’expertise; des expertises, de plus en plus variées. L’appui d’institutions aussi, parfois, et des pouvoirs politiques, souvent.

Il faut du monde prêt à s’y investir, vraiment, beaucoup — et pas que dans les mots, mais dans l’action. Il faut des comités organisateurs, de la planification, de l’organisation et du soutien, tout au long des projets ou des événements. Carl-Frédéric De Celles l’a bien signalé en évoquant que pour le Muséomix de Lyon, il y avait probablement plus de monde dans l’équipe de soutien que de participants officiellement inscrits, et que c’était un des facteurs qui avait fait de l’événement un succès.

Au sortir de cet après-midi, je souhaite évidemment que Muséomix puisse trouver sa voie, réunir de plus en plus de gens, et se réaliser, dans de bonnes conditions; je souhaite que La ruche puisse rapidement aider des projets embryonnaires à se structurer — et je souhaite que les deux autres projets puissent continuer à évoluer, à se préciser, pour qu’on y revienne éventuellement.

J’aimerais aussi que plus d’institutions de Québec s’engagent dans ce genre de démarche et de projets. Et que les pouvoirs publics (à la Ville de Québec et au gouvernement du Québec, en particulier) trouvent des façons innovatrices de soutenir ces initiatives. Parce que c’est indispensable.

Et voilà… bravo aux organisateurs et aux participants…

…et il nous reste à ne pas oublier que pour être un succès, cette rencontre devra s’inscrire dans nos esprits comme le début de quelque chose et non pas comme une fin (est-ce qu’il y aura des suivis en ligne au cours de l’année, messieurs et mesdames les organisateurs/trices?).

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Autres textes sur le TechnoCulture Camp:

(je regrouperai progressivement les textes que je trouverai en rapport avec l’événement)

Le livre numérique [à] Tout le monde s’en fout

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J’admire le travail de Matthieu Dugal depuis longtemps — pour son éclectique érudition, sa marginalité-qui-tire-vers-le-haut et son talent pour nous faire découvrir du nouveau: des personnes, des idées, des œuvres.  C’est donc avec beaucoup de plaisir que j’avais accepté de participer ce soir au tournage de Tout le Monde s’en fout (qui sera diffusé dans deux semaines).

Apprenant la semaine dernière que je partagerais le micro avec Gilles Archambault, j’ai pris le temps dans les derniers jours de lire son plus récent livre (son trente-deuxième!). Une façon — très agréable — de contribuer à favoriser la rencontre orchestrée par Matthieu et son équipe.

J’ai beaucoup aimé Lorsque le coeur est sombre, tant sur la forme que sur le fond.

Pour les courts chapitres qui rendent compte tour à tour des réflexions de cinq amis réunis à l’invitation du plus vieux d’entre eux — les réflexions d’une seule journée qui témoignent pourtant de la vie entière des personnages et des liens qui les unissent.

Pour la mélancolie, omniprésente sans jamais être empesée — une mélancolie qui invite à vivre empreint de souvenirs plutôt qu’à s’oublier à leur profit.

C’est un roman sur les valeurs, sur les pourquoi qui hantent notre quotidien, sur l’amitié, et sur l’amour: sur ce qui nous unit les uns aux autres.

Un roman sur l’écriture aussi, dont je retiens notamment ce leitmotiv:

Pourquoi écrire?

Pour avoir l’impression de retarder la marche du temps.

* * *

J’étais invité pour parler de livres numériques. J’ai dit que l’essentiel était de ne pas y voir une lutte entre le papier et l’électronique, mais plutôt un ensemble de nouveaux moyens pour faire en sorte que les textes trouvent leurs lecteurs; qui qu’ils soient, où qu’ils soient et quel que soit le temps dont ils disposent.

Cela nous a amené a parler d’écriture, sur papier, à la machine à écrire, à l’écran, sur un iPad — et de comment cela peut changer la nature de ce qu’on écrit.

J’ai lu dans un journal la fin de semaine dernière que Gilles Archambault était un des derniers auteurs québécois à écrire ses romans sur une machine à écrire.

Mais j’ai aussi entendu ce soir qu’il serait un des premiers à écrire un roman directement sur un iPad.

À presque 80 ans, c’est un admirable mélancolique.

Hommages à Léonce et au drapeau

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Il y avait trois jours par page et six lignes par jour dans son diary.

Bien avant les blogues, Facebook et Twitter, grand-père Léonce écrivait chaque jour quelques mots dans son petit cahier noir. Rarement beaucoup plus de 140 caractères.

La température, les personnes vues, quelques faits marquants de l’actualité internationale… et les échanges avec ses partenaires d’échecs (parties jouées par la poste, sur des années, grâce à un patient échange de cartes postales).

Dans le diary de 1948, au bas d’une page, sous l’inscription Wednesday 21, on peut lire:

Drapeau fleur de lys officiel Québec

C’était il y a 65 ans.

La naissance du fleurdelisé.

Participation à #sommet2013 (réflexion à 17h30)

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Nous étions regroupés en trois ateliers cet après-midi. J’ai participé à celui qui avait pour thème « Quels mécanismes pourraient assurer la qualité de l’enseignement offert par les universités québécoises ». Il y avait dans la salle autant d’observateurs que d’intervenants.

Les échanges ont été très respectueux et disciplinés — mieux: j’ai trouvé qu’ils ont été véritablement constructifs. Des bases de consensus et quelques dissensions, bien sûr, mais une très bonne ambiance dans l’ensemble. Je pense que la forme de l’événement — très ouverte — est pour beaucoup dans ce climat propice au dialogue. Éliane Laberge, de la FECQ, a très bien résumé cela, je trouve: « ça fait tellement longtemps qu’on ne s’était pas vraiment parlé: on avait du rattrapage à faire ».

Je n’ai pas l’intention de reproduire ici l’ensemble de mes notes, ni de prétendre faire une synthèse des propos qui ont été tenus pendant nos deux heures et demie de travail. Je souhaite plutôt rapporter, de façon subjective, quelques-uns des éléments qu’il me semble important de conserver à l’esprit dans la suite des travaux qui nous mèneront jusqu’au Sommet, en février. Des synthèses plus officielles seront de toute façon sans doute déposées sur le site de l’événement comme cela a été le cas avec les présentations de ce matin.

Ces quelques éléments donc:

  • Il est important de bien définir les termes.
    • L’ASSÉ a demandé que les participants précisent ce qu’ils entendent par « la société » quand ils expriment le besoin d’établir des liens entre les universités et la société. « Est-ce que cela intègre aussi les entreprises privées? ».
    • À mon tour, j’ai demandé qu’on précise aussi de quoi on parle quand on fait référence « aux entreprises » (et même « aux entreprises privées ») — en rappelant qu’il y a derrière ce mot des réalités très variées, selon leur secteur d’activité, leur taille, la philosophie de leurs dirigeants (voir aussi mes réflexions de ce matin).
  • S’il faut bien définir les mots (et même l’idée de « qualité »), il ne faudrait pas aller jusqu’à remettre en question l’idée qu’il est possible d’évaluer la qualité (et en particulier la qualité de l’enseignement). Martine Desjardins, de la FEUQ, a d’ailleurs rappelé qu’il se fait beaucoup de recherche de qualité à ce sujet au Québec. Un rappel très pertinent.
  • Il faut finalement être conscient que le mode financement des universités — qui serait essentiellement basé sur les EETP (équivalent étudiants à temps plein) — n’est pas neutre sur certains des choix que font les universités au regard de la qualité.

Martine Desjardins a aussi souligné que s’il n’y a pas d’urgence pour changer les moyens que nous prenons pour évaluer la qualité de l’enseignement et de la recherche (ce que certains participants avaient évoqué), il y a néanmoins urgence pour discuter des changements souhaités — dans une perspective de long terme.

Avons-nous besoin d’un nouvel organisme pour évaluer la qualité des universités? Je n’ai pas pu me faire une idée sur la question, mais j’ai trouvé importante la préoccupation exprimée par Caroline Senneville, de la CSN: « il ne faudrait pas complexifier sans améliorer ».

John R. Porter a bien résumé le constat, partagé par pas mal tout les participants, je pense:

« Au sujet de l’université, on a, à l’évidence, un problème de perception — et, devant cela, nous avons minimalement un devoir de communication ».

Il faut donc parler plus des universités, de leurs réalités, de leurs besoins — et de l’importance de l’éducation supérieure (et j’ajouterais de l’éducation, de façon générale).

J’y vois une raison de plus pour croire qu’il ne peut pas y avoir d’une part «l’éducation, les écoles, les cégeps et les universités» et la société d’autre part. Il me semble qu’on a plus que jamais le devoir de réfléchir, ensemble, dans une perspective de cité éducative. Et j’accepterai volontiers qu’on me dise que j’en fais une obsession…Je me réjouis d’ailleurs que la ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Madame Agnès Maltais, ait choisi d’adopter le mot cité dans sa conclusion.

Quant à mon intervention en atelier, elle tournait essentiellement autour des quelques idées suivantes:

  • Courte description de De Marque.
  • Décrit très sommairement la réalité de cette entreprise d’une trentaine de personnes, basées à Québec, qui oeuvre dans une une industrie culturelle importante, qui change rapidement, et dont la dimension internationale est de plus en plus importante.
  • Rappelé que l’implication d’un entrepreneur et d’une entreprise, de façon générale, dans les universités, peut prendre de multiples formes.
  • Qu’une entreprise comme la nôtre, quand elle embauche, ne cherche pas forcément des profils très spécialisés; plus souvent qu’on pense des profils plus généralistes — capables de bien saisir la complexité de l’environnement dans lequel nous évoluons.
  • Que je n’avais pas le prétention de pouvoir suggérer, de l’extérieur, des manières d’évaluer la qualité des universités — mais que j’ai la conviction que les processus recherchés devront être continus, ouverts, souples et surtout pas toujours formels.
  • Qu’il est par exemple possible de rendre visite à des entreprises — et particulièrement dans une perspective de développement local et régional.
  • Il qu’il faut surtout mettre en place les conditions d’un dialogue permanent entre l’université et « la société », parce que l’évaluation de la qualité se fait souvent naturellement quand il existe un dialogue… et les mécanismes et structures visent parfois seulement à pallier, voire à masquer une absence de dialogue.

J’aurais aimé évoquer aussi l’idée de faire un pas vers une perspective open data — en rendant disponible plus de données brutes sur la réalité quantitative dans les universités pour permettre à chacun de tirer des interprétations — mais j’ai jugé, à tort ou à raison — que ça ferait inutilement diverger une discussion qui a bien davantage besoin de trouver des points de convergence. Je suis convaincu qu’il y aura bientôt d’autres occasions pour en parler — et pour débattre de quelles données auraient avantage à être partagées. Je souhaite en tout cas le favoriser en l’écrivant ici.

Dans la synthèse de la journée des grands rapporteurs, on a fait référence au besoin de respecter la diversité en assurant la cohésion — de viser continuellement en gardant en tête l’idée que la notion de qualité est liée au contexte, donc dynamique, évolutive. J’apprécie cette perspective.

« Il faut sur ces sujets, bouger rapidement, mais sans précipitation; sans attendre que, devant l’urgence, nous n’ayons plus le temps d’en débattre — parce que nous souhaitons faire les changements nécessaires dans une perspective de développement durable. »

Merci au Ministre de l’Enseignement supérieur, Monsieur Pierre Duchesne, ainsi qu’à son équipe, pour l’organisation de cette journée qui était très importante pour qu’on redonne enfin à l’enseignement supérieur sa juste place dans nos préoccupations collectives.

Participation à #sommet2013 (réflexion à 11h15)

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J’ai le privilège de pouvoir prendre part aujourd’hui à la première rencontre préparatoire au Sommet de l’enseignement supérieur.

Il est 11h15, la période des « contributions des partenaires » vient de prendre fin. On prend une pause.

On s’engagera maintenant progressivement dans les échanges… vers les ateliers de l’après-midi et la plénière de fin de journée.

Premier regard sur mes notes, et quelques réflexions, que je pose ici pour contribuer à favoriser les échanges au-delà des personnes présentes sur place.

De mon point de vue:

  • les points de vue ont été présentés dans le respect.
  • tout reste à faire pour qu’elles se rencontrent — pour qu’on aille un peu « au-delà ».
  • plusieurs prises de position corporatistes — c’est de bonne guerre à ce stade.
  • j’ai particulièrement apprécié la présentation de Martine Desjardins (FEUQ) qui m’a semblé plus concrète et plus ouverte. Elle invitait davantage au dialogue tout en définissant clairement des zones d’autonomie pour les universités et des zones de reddition de compte nécessaires envers la société québécoise.

Je regarde en parallèle ce qui s’échange en rapport avec #sommet2013 sur Facebook et sur Twitter… et je dois dire que je m’inquiète un peu en constatant qu’on associe trop souvent le Conseil du patronat au point de vue des entreprises — de toutes les entreprises. J’ai pourtant parfois (souvent) bien du mal à m’y reconnaître.

Sans avoir de statistiques précises à ce sujet, je pense qu’il fait dire que de nombreux diplômés universitaires (une majorité?) se trouvent un emploi dans de petites ou de moyennes entreprises — et que c’est souvent là qu’ils et qu’elles pourront faire la plus grande différence, apporter une contribution particulièrement significative à l’évolution de la société dans son ensemble.

C’est souvent là que la qualité de la formation qu’ils auront reçue sera la plus déterminante pour la société. Et attention, ça ne veut pas dire seulement avoir une formation très spécialisée — ça veut aussi dire être capable d’adopter une perspective large sur les défis de l’entreprise et sur la manière dont ils sont reliés aux enjeux auxquels fait face la société dans son ensemble.

Quand on parle des interactions entre les universités et le milieu des affaires on s’intéresse spontanément aux grandes et aux très grandes entreprises — probablement parce qu’on rêve de philanthropie — mais je pense qu’on devrait s’intéresser beaucoup plus à l’écosystème qu’il faudrait  mettre en place autour de l’université afin de favoriser des interactions avec de petites et moyennes entreprises (pour lesquelles il y a d’ailleurs bien moins de risques au regard des influences indues que certains redoutent tant).

Il faudra décidément mettre ça en évidence au cours de prochaines heures.

Un appel pour un Québec plus numérique

Un Québec numérique, qu’attendons-nous? C’est le titre que treize personnes ont choisi de donner à une lettre qui est reprise et commentée par plusieurs médias depuis hier. Certains médias y font référence comme une simple « lettre d’opinion », d’autres comme un texte directement adressé au gouvernement du Québec (et parfois aussi aux partis d’opposition).

Je me réjouis de l’initiative de ces treize étonnés (c’est leur expression), parmi lesquels se trouvent plusieurs personnes que je connais et que j’estime au plus haut point. Je les remercie de jeter ainsi un pavé dans la marre — de chercher à faire réagir. Il est en effet urgent que nous prenions conscience, collectivement, et à tous les niveaux, de l’importance que le numérique est en train de prendre dans la manière dont s’organise la société — et que le gouvernement s’organise en conséquence, ce qui n’est manifestement pas le cas aujourd’hui.

Il ne fait pas de doute que les preneurs de décisions doivent être beaucoup mieux conseillés par rapport au numérique — et tout spécialement dans des secteurs particulièrement sensibles comme la culture et l’éducation, mais je m’interroge à la lecture de la lettre. Est-ce que c’est en multipliant les nouvelles structures que nous y arriverons le mieux?  Et est-ce que tout est si noir que ne le laissent croire certains passages de la lettre?

Le Québec glisse en bas de l’échelle de compétitivité… tous les rapports sont tablettés ou risquent de l’être… nous n’entreprenons que des actions individuelles et souvent désordonnées… nous vivons une série de crises… nous sommes uns société tellement divisée que nous ne pouvons plus établir de consensus concernant nos projets d’avenir… nous perdons nos points de repères, devenons inquiets…

Les treize ont raison de mettre les projecteurs sur le fait que plusieurs des bouleversements économiques et sociaux qui nous affectent aujourd’hui sont directement ou indirectement liés à l’omniprésence discrète du numérique — même (surtout) quand on n’en a pas connaissance de prime abord.

Cela dit, est-ce que ces changements sont si dichotomiques que la lettre le fait croire? Doit-on parler de révolution? Faut-il y voir des ruptures ou de profondes évolutions — des transformations?

Est-ce qu’on passe vraiment d’une démocratie élective à une démocratie participative? N’est-il pas mieux d’y voir un phénomène d’addition?

Est-ce que la majorité silencieuse est réellement en train de perdre de l’importance? Les dernières élections me portent pourtant à croire le contraire…

Sommes-nous vraiment en train de passer de l’individualisme forcené (!) à une responsabilisation collective? Je partage ce souhait, mais je doute qu’il corresponde à la réalité..

Et le passage du livre aux images-écran? Je pense qu’il faut éviter d’en faire une  fixation fétichiste (sur l’objet) — au détriment du phénomène de création (cela dit même si on parlait du texte, plutôt que du livre).

Quant au fait de passer de la loi de l’offre à celle de la demande? Je sais qu’on en a parfois l’impression, mais est-ce le cas de façon générale?

Je suis reconnaissant aux signataires d’avoir partagé avec cette lettre leur étonnement « devant notre peu d’envergure et de prévoyance » (et je partage ce constat), mais je suis déçu de la forme que prend leur appel et par la nature de leurs demandes. Il me semble qu’il aurait été préférable de décrire davantage « les bénéfices des nouveaux modes de communication de l’économie immatérielle » plutôt que d’insister autant sur ce qui va mal.

Pourquoi est-ce que je prends la peine de le dire?

D’abord et avant tout parce que je pense que ça pourra contribuer à stimuler le débat — parce qu’on a vraiment besoin de cette discussion et que je suis certain que c’est, au fond, ce que les étonnés appellent de leurs voeux.

Aussi parce qu’il semble qu’il y aura un point de presse sur le sujet jeudi prochain, le 22 novembre, et que je pense que ce serait bien qu’on assiste d’ici-là à un crescendo dans la prise de conscience sociale des enjeux réels qui sont soulevés par ce texte.

Et finalement — et peut-être surtout — parce que je partage leur conviction à l’effet que

« Nous basculons [actuellement] vers une société de la connaissance où l’information devient notre matière première et l’Internet la place publique où se prennent nos décisions. »

Et que ça, c’est vraiment fondamental!

Alors sur l’essentiel: bravo aux étonnés et surtout un grand merci pour avoir initié quelque chose qui se poursuivra, et s’intensifiera, j’espère, dans les prochaines semaines et les prochains mois.