Retrouver la légitimité

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Très gros soupir en lisant la chronique de Mathieu Bock-Côté dans le Journal de Montréal ce matin.

Au coeur de son propos, cette affirmation:

«Aux prochaines élections, un électeur nationaliste devrait spontanément se dire que s’il veut réduire le nombre d’immigrants, casser les accommodements raisonnables, imposer la laïcité, combattre l’islam radical, restaurer l’enseignement de l’histoire et défendre la langue française, il doit voter PQ.»

Méchant salmigondis!

Et il poursuit:

«Si le PQ ne parvient pas à créer automatiquement cette association d’idées dans l’esprit des électeurs, il ne parviendra pas à s’imposer.»

Je ne suis pas du tout d’accord avec cette affirmation.

Pas parce que je suis fermé à l’idée de réduire l’immigration. Pas non plus parce que j’aurais peur d’aborder les questions délicates associées à la laïcité et aux accommodements (dé)raisonnables. Et encore moins parce que je suis contre la restauration de l’enseignement de l’histoire et une promotion/protection plus vigoureuse de la langue française — évidemment!

Je ne suis pas d’accord avec Mathieu Bock-Côté parce que formulée ainsi, je trouve que son affirmation n’est qu’un leurre et ne fait qu’exciter inutilement les passions.

Le véritable enjeu est ailleurs.

Le principal défi du Parti Québécois pour les deux prochaines années, ce n’est pas de se focaliser sur les dossiers dits identitaires, c’est de démontrer qu’il regroupe les personnes qui comprennent le mieux le monde dans lequel on vit et quelles sont les forces qui sont en train de (re)modeler les sociétés occidentales.

Pour être crédible dans cette démonstration, le Parti Québécois devra être capable de formuler des propositions simples, concrètes et innovatrices qui permettront à la société québécoise de s’adapter aux influences qui s’exercent sur la société québécoise — en s’y adaptant, quand il le faut, et en en tirant avantage, aussi souvent que possible.

  • Comment aborder la transformation du monde du travail devant l’économie des plateformes (Uber, AirBnB, etc.) qui est en train de mettre à mal toutes nos lois et réglementations?
  • Quels seront les impacts de la robotisation et de l’automatisation de pans entiers de l’économie? Comment cela est susceptible d’affecter le filet de sécurité sociale dont nous nous sommes dotés dans les cinquante dernières années?
  • Comment le Québec peut-il s’adapter aux impacts des changements climatiques — qui sont désormais inévitables?
  • Comment repenser l’éducation dans un contexte aussi incertain?
  • Comment imaginer de nouvelles façons de gouverner, plus agiles, pour être en mesure de s’adapter plus aisément à des bouleversements de plus en plus violents?
  • Pour ne donner que quelques exemples…

C’est seulement en redevenant une source de propositions concrètes, dans tous les domaines, et avec l’ambition d’inventer le Québec du XXIe siècle (parce que je pense que nous sommes nombreux à avoir l’impression d’être englués dans le XXe) que le Parti québécois pourra retrouver une légitimité suffisante pour espérer former un gouvernement.

C’est en retrouvant cette légitimité dans l’esprit des électeurs que le Parti Québécois parviendra à s’imposer.

Pas seulement en parlant d’identité.

L’élite vs ceux qui ne comprennent pas

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La lecture des journaux du samedi matin est chaque fois une belle occasion de faire un bilan de l’actualité de la semaine — et de mettre en ordre quelques notes (aujourd’hui, particulièrement pour le projet d’écriture qui m’occupe l’esprit depuis quelques semaines).

Je partage quelques éléments de ce que je retiens de la lecture du Soleil et du Devoir de ce matin. Avec la pièce de résistance à la toute fin: pour qu’il me (nous) reste en tête dans les prochains jours, semaines, mois…

***

Premier constat: la dose de cynisme est encore une fois très forte. Elle se trouve souvent distillée dans de courtes phrases assassines glissées dans les textes, comme à la fin de la chronique de Gilbert Lavoie, qui se moque du premier ministre par cette boutade: «Noël approche, un sauveur est né.» Ce n’est pas très bon pour le moral…

Les hommes du président | Gilbert Lavoie | Le Soleil

Jean-Marc Salvet nous dit pour sa part que tous les partis d’opposition annoncent qu’ils se mettent maintenant en mode propositions. Je m’en réjouis évidemment — reste à voir la nature des propositions qui seront formulées. Il faudra qu’elles aient du corps, qu’elles soient crédibles, et ambitieuses. Et, surtout, qu’elle démontrent une compréhension réelle des forces qui sont en train de transformer la société québécoise.

Un gouvernement Couillard 2? | Jean-Marc Salvet | Le Soleil

Le Soleil reprend aussi une série de textes de Katia Gagnon publiés dans La Presse. Ils constituent un portrait saisissant qui témoigne d’un décrochage considérable de la population à l’égard du monde politique, selon Gérard Bouchard.

«La méfiance envers les élites et les institutions, c’est très inquiétant pour une société. Les institutions se fondent sur une adhésion de la population. Quand ça commence à s’effriter, il faut s’en préoccuper. On ne peut pas rester indifférent face à ça.»

Le réveil est tardif. Pire, il me semble reposer sur une erreur importante… parce qu’il fait porter le fardeau de la situation à la population, sur ceux qui ne comprennent pas. C’est le même réflexe qu’a eu le premier ministre cette semaine en constatant les résultats des élections partielles.

Plus loin dans le texte, on s’étonne de «la proportion de gens qui ne se retrouvent dans aucun parti politique à l’Assemblée nationale — « pourtant on a quatre partis qui offrent des discours différents ».» Différents certes, mais connectés? Perçus comme légitimes et crédibles? J’ai de gros doutes. Et il me semble que c’est de ce côté-là qu’on devrait s’interroger, plutôt que de déplorer le décrochage des citoyens.

En attendant le Trump québécois | Katia Gagnon | La Presse

L’éditorial de Brigitte Breton porte aussi sur l’écoeurement national, en s’appuyant sur l’arrivée en politique de Bernard Gauthier et la sortie du film Votez Bougon.

L’éditorialiste y reprend des propos de Gérard Bouchard, qui tend (encore) à culpabiliser «les personnes qui n’accordent plus foi au discours de la société [qui] deviennent des électrons libres en quête de modèles et sensibles au discours populiste». Il va jusqu’à dire que «ces électrons libres vont choisir le premier leader qui va les séduire par son discours et c’est en plein ce qui est arrivé avec Trump aux États-Unis, où seulement 6% des gens croient aux médias.» C’est un commentaire qui me semble inutilement méprisant.

Bougon, Rambo et les autres | Brigitte Breton | Le Soleil

Heureusement, Brigitte Breton reconnaît tout de même que le discours des politiciens n’est pas pour rien dans la situation:

«C’est un peu court, voire insultant, de toujours croire que le message n’a pas été clair, que les gens n’ont pas bien compris et de penser que des réinvestissements et des jobs feront tout oublier»

Il faut arrêter de dire (et de croire!) que la situation actuelle s’explique par le fait qu’une partie de la population ne comprend pas. C’est simpliste et ça contribue au problème.

Le dernier article que je retiens de la lecture du Soleil de ce matin est signé par Jean-Michel Genois Gagnon. Il décrit le lancement de la Coalition FORCE 4.0:

«Afin de soutenir davantage l’innovation et de favoriser le développement social, industriel, technologique et numérique de la région, 14 acteurs du développement économique et de la recherche ont décidé de s’associer».

La révolution en marche | Jean-Michel Genois Gagnon | Le Soleil

J’ose espérer que Le Soleil consacrera beaucoup d’espace dans ses pages au cours des prochaines semaines pour expliquer les enjeux associés à la numérisation et à l’Internet des objets, que la coalition décrit comme «la quatrième révolution industrielle… après la machine à vapeur, l’électricité et l’automatisation et celle de l’électronique et de la robotique.» C’est indispensable, autrement on va créer un nouvel espace où il y aura des élites qui prétendent savoir et une partie importante de la population qu’on accusera de ne pas comprendre.

***

Plusieurs articles ont également suscité mon attention dans Le Devoir. J’en retiens particulièrement deux.

Le premier, sous la plume de Marco Fortier, qui fait trace un parallèle avec le désenchantement des électeurs (l’expression est plus positive, mais est-elle suffisante?) et la multiplication des tournées de consultations et de rencontres, qu’il présente comme autant d’efforts des partis pour se rapprocher des citoyens.

«Comme par hasard, les « élites » — ou les gens qui sont perçus comme les élites — ont une soudaine envie d’aller rencontrer « le peuple » par les temps qui courent.»

En conclusion de l’article, le politologue Jean-Herman Guay salue ces efforts (mais) déplore que «le problème c’est qu’une frange importante de l’électorat rejette systématiquement tout ce qui vient des partis politiques traditionnels. Ils préfèrent l’immense doigt d’honneur au système proposé par les Trump et les Rambo de ce monde.»

«L’élite» à l’écoute du peuple | Marco Fortier | Le Devoir

Et la pièce de résistance…

Le texte le plus marquant ce matin est sans aucun doute le texte de Dominique Trudel dans la série Le Devoir de philo. Un texte qui est beaucoup plus exigeant que les autres, mais qui mérite amplement l’effort.

L’élection de Trump danse l’oeil de l’École de Francfort | Dominique Trudel | Le Devoir

Le texte décrit bien les mécanismes sociopolitiques et médiatiques qui concourent pour créer la situation actuelle. Il explique remarquablement qu’il ne s’agira pas de faire seulement plus de dénonciation et de «vérification des faits» pour se sortir de l’impasse. Ce sont les mécanismes par lesquels nous décrivons la société qu’il faut repenser.

Extraits:

«Munis de leurs instruments de prédilection — journalisme de données, sondages et vérification des faits —, les journalistes et les grands médias ont refusé d’envisager sérieusement l’éventualité de l’élection de Trump…»

«Dans la perspective de Fromm et des théoriciens de l’École de Francfort (…) la conscience ou les opinions politiques ne sont pas des données premières, mais le résultat d’un processus à expliquer…»

«Cette conceptualisation du fascisme a des implications méthodologiques claires : le fascisme n’est pas une « opinion » et ne peut être appréhendé par les instruments de mesure de l’opinion.»

«[pourtant, aux États-Unis les journalistes ont préféré] commander et commenter des sondages plutôt que de chercher à découvrir la manière dont la campagne permettait d’articuler des dynamiques psychiques et sociologiques profondes…»

«…«les pratiques du journalisme convergent [aujourd’hui] autour d’un modèle dominant adopté par les grands médias. Le journalisme de données, les pratiques de vérification des faits et les sondages se sont imposés comme les instruments par excellence de l’objectivité journalistique. »

«[les journalistes couvrent] les élections à la manière d’un drame homérique. (…) La politique se présente alors comme un simple rapport de force, ce qui constitue l’essence même du fascisme qui « ne conçoit que la victoire du plus fort et l’anéantissement du plus faible ».»

«…les journalistes ont été les complices d’un mode de subjectivation fasciste dont un des traits fondamentaux est la fascination pour la figure du chef. (…) Certains croyaient bien faire en exposant un tempérament prompt à la violence, à la limite de la psychopathie. Ils ont eu tort et n’ont fait que dynamiser une subjectivation proprement fasciste qui fonctionne à travers les médias, aussi bien intentionnés et démocratiques soient-ils.»

«Fascinés par le développement de ses récents outils objectifs, les journalistes ont oublié qu’à chaque événement correspond un ensemble de théories spécifiques permettant d’établir, non pas la carte la plus précise, mais une carte permettant de passer à l’action.»

Quelle est la responsabilité des médias (et de chacun d’entre nous) dans la mise en action qui est nécessaire à l’idéal démocratique? C’est une belle piste de réflexion, qui répond aussi à celle que nous avons récemment entreprise autour de quelques sandwichs:

Comment être des citoyens responsables et engagés si, pour cela, il faut s’informer, mais que dans le contexte actuel, plus on s’informe, plus on devient cynique et moins on a envie de s’engager.

Le texte de Dominique Trudel nous rappelle que la dénonciation n’est plus suffisante: il faut désormais changer la manière dont on choisit de décrire la réalité.

J’ose un exemple, très simple, presque anecdotique (ou pas, justement!):

Choisir d’appeler Bernard Gauthier «Rambo» c’est aussi un peu l’autoriser à rester flou sur ses idées en lui permettant de se contenter d’incarner la protestation. C’est alimenter une fascination malsaine pour la figure du leader autoritaire.

En faisant ça, on contribue inconsciemment à l’affaiblissement des débats.

Il faut arrêter de le faire: il faut parler de Bernard Gauthier.

C’est un geste simple qui sera probablement bien plus efficace que les plus virulentes dénonciations si on veut briser le cercle vicieux de la déroute démocratique.

Mise à jour: presque tous les mécanismes néfastes qui sont décrits par Dominique Trudel se trouvent remarquablement illustrés dans cet article du Journal de Québec:

Appelez-le maintenant Bernard «Trump» Gauthier | Emy-Jane Dery 

 

Quand les esprits s’échauffent

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Samedi matin, rare silence dans la maison. Temps privilégié pour prendre un peu de recul sur la semaine qui vient de se terminer.

J’ai dit il y a quelques jours… j’ai commencé un projet d’écriture qui m’amène à être particulièrement attentif à l’environnement médiatico-politique dans lequel on vit actuellement, à ses effets sur la qualité des débats et sur notre moral (à commencer par le mien!). Ça a d’ailleurs fait partie de nos conversations devant l’Assemblée nationale hier midi (mon texte, texte de Martine Rioux).

Dans ce contexte, je relis les notes que j’ai prises au cours de la semaine et je suis forcé de constater que la semaine a été particulièrement toxique.

Un parti politique a fait sciemment usage du mensonge comme stratégie de communication sur les réseaux sociaux. Je pense que c’est la première fois qu’une telle stratégie est utilisée de façon aussi évidente au Québec. C’est inquiétant.

Un autre parti s’est empressé de réagir directement par toutes sortes de gestes qui avaient indirectement pour effet d’accroître la visibilité du mensonge — ce qui était précisément la réaction et l’effet désiré. Jusqu’à produire un carré-facebook s’adressant directement au chef du parti en question pour lui dire que le mensonge, c’est mal.

Je pense que personne ne gagne dans ce genre d’échanges Je crois que c’est même précisément ce qui détourne bien du monde de l’engagement politique — et même de l’exercice de leur droit de vote.

Je pense qu’il doit y avoir une sorte d’alarme qui sonne quand les partis politiques se mettent à s’interpeller directement l’un et l’autre — parce qu’on oublie forcément les citoyens quand on fait ça. Ce texte a été écrit dans cet esprit.

Heureusement, tout n’est pas mal non plus — parce qu’en parallèle des échanges que je déplore, de courtes vidéos, moins passionnées, plus pédagogiques, et (surtout!) qui s’adressent avec intelligence aux citoyens ont également été produites.

On gagnerait tous à ce que tous les partis politiques s’investissent davantage dans ce genre de communication positive plutôt que de se répondre l’un à l’autre dans un grand brouhaha auxquels ils sont les seuls à pouvoir donner un sens.

Tout cela me donne envie de revisiter ce texte que j’avais publié ici il y a plus de dix ans:

Ébauche d’un manifeste | 23 mai 2005

C’était délibérément un peu naïf, mais je trouve que plusieurs des idées qui sont là demeurent inspirantes — et peut-être même plus que jamais.

P.S. Pourquoi avoir utilisé les expressions «un parti», «un autre parti» et ne pas avoir donné d’exemple des communications auxquelles je fais référence? Précisément parce que je ne veux pas embarquer dans une dynamique de reproches et de polémiques. Ma réflexion est sereine et je souhaite qu’elle soit lue et interprétée de façon constructive. Toute réaction enflammée à son sujet m’apparaîtrait contraire à l’esprit qui a guidé sa rédaction.

P.P.S

C’est (pas) bon pour le moral

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Voici un florilège de textes sur l’actualité québécoise qui me sont passés sous les yeux aujourd’hui. Oui, juste aujourd’hui! C’est d’une telle charge négative… Et j’aurais pu en ajouter plusieurs autres du même genre.

Il va vraiment falloir sortir de cette ambiance merdique sans trop tarder parce que le sentiment d’impuissance et le profond cynisme qui accompagnent tout ça sont pernicieux.

Il va falloir identifier des gestes concrets, réalistes pour le plus grand nombre, et dont les effets pourraient être visibles rapidement — pour que ce soit encourageant. On est plusieurs à en avoir besoin!

Alors pensons-y, partageons nos idées…

…ça pourrait aussi faire l’objet d’un remue-méninge à l’occasion de la quatrième édition du sandwich du vendredi.

***

Scandale à la SIQ: Jérôme-Forget dit ne pas avoir vu l’étude

«Mme Jérôme-Forget a déclaré par ailleurs qu’il n’est pas question qu’elle aille s’expliquer en commission parlementaire…»

Ministres manipulés par une organisation criminelle? demande Maltais

«Les révélations du Soleil sur l’existence de rapports défavorables à la vente d’immeubles de la SIQ soulèvent des questions sur l’influence d’une organisation criminelle auprès de ministres libéraux, estime la péquiste Agnès Maltais.»

La soeur de Sylvie Roy achetée par le PLQ? se demande Legault

«Un journaliste a par la suite paraphrasé ses déclarations récentes selon lesquelles les libéraux « offraient de l’argent » (…) pour attirer dans leur camp des caquistes. « Est-ce que c’est un cas comme ça ici », avec Mme Roy? a-t-on demandé à François Legault. « Il faut poser la question », a-t-il répondu.»

Sylvie Roy: Legault fait une «mise au point»

«M. Legault a simplement répondu aux journalistes qu’il fallait poser la question d’une hypothétique rémunération par le PLQ de ces personnes aux principaux concernés. M. Legault n’a jamais transposé ce questionnement à la situation de Mme Roy. Toute affirmation du contraire est sans fondement».

84% des personnes âgées préfèrent ne pas se faire changer la nuit selon le ministre Barrette

«Aujourd’hui on vit dans une ère de confrontation perpétuelle avec le monde syndical et je trouve ça dommage, alors qu’on devrait travailler ensemble…»

Barrette invité à passer une nuit avec une infirmière et ses patients

« »Il va voir ce que c’est d’avoir un nombre aussi élevé de patients et de ne plus être capable de dispenser les soins », a déclaré en conférence de presse Mme Laurent, qui faisait cette invitation au ministre en réponse a celle qu’il a faite la veille aux journalistes et aux élus d’aller déguster des repas de CHSLD mercredi au Centre des congrès.»

Note: Pour voir les autres textes en lien avec les rendez-vous sandwich, on peut cliquer ici.

L’idéal démocratique

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Je me suis lancé il y a dix jours dans le projet un peu fou d’écrire un livre. Pour y arriver, je prends continuellement des notes sur l’environnement médiatique et politique dans lequel on vit, au Québec, en cette fin d’année 2016.
Et je dois dire que je trouve ça vraiment terriblement éprouvant. Bien plus que je ne l’aurais d’abord cru.
Évidemment, parce que le rythme auquel les nouvelles se succèdent est étourdissant. Mais aussi (surtout!) parce que la charge de cynisme que cela m’impose est accablante. Je souffre aussi de la désagréable impression que la frénésie médiatique a pour effet de détourner systématiquement mon attention de l’endroit où elle devrait se porter.
Au point où j’en viens à m’interroger: est-ce que l’idéal démocratique peut survivre dans un pareil contexte?

Le sandwich hebdomadaire

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Le 4 novembre, c’est en réaction à la diffusion de l’émission Enquête (qui nous révélait un autre scandale de fraude, d’une dimension jusque-là inégalée) que nous sommes allés pour la première fois manger un sandwich, le vendredi midi, devant l’Assemblée nationale. Nous étions quatre.

Les échanges, ce midi-là, et dans les jours qui ont suivi, nous ont amenés à répéter l’expérience le vendredi suivant — parce que l’actualité ne cesse de nous fournir des raisons de le faire! Nous nous étions dit que ce serait agréable d’être huit. Nous avons été onze… et nous avons eu droit à des biscuits maison apportés par une des participantes! C’est certainement la plus agréable façon pour exprimer notre mécontentement devant la dégénérescence de la situation sociale et politique. Et nous nous sommes évidemment dit à la semaine prochaine!

Nous avons donc rendez-vous, ce vendredi, de 12h à 12h30, devant l’Assemblée nationale, tout près de la fontaine. Tout le monde est évidemment invité à se joindre à nous. Surtout qu’on annonce vraiment une très belle température: soleil et 9º Celsius. Ce serait extra d’être au moins seize personnes cette fois-ci.

Et, comme les deux dernières semaines, il n’y aura ni discours ni pancartes. Ce sera juste une autre belle occasion de discuter une trentaine de minutes avec des gens qui sont bien sûr très mécontents, mais qui ont néanmoins envie de le manifester dans la bonne humeur.

Des gens qui ont aussi envie de contribuer, par leur présence, à donner un élan à quelque chose qui pourrait éventuellement faire boule de neige. Trente-deux personnes la semaine suivante? Pourquoi pas!

Alors, on se voit vendredi?

Note: Pour voir les autres textes en lien avec les rendez-vous sandwich, on peut cliquer ici.

Wake up call!

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Bon, ben, je pense que le plus important à partir de maintenant c’est de déployer tous les moyens à notre disposition pour que la démocratie québécoise ne suive pas la pente dangereuse que nous venons de constater chez nos voisins du Sud.

Qu’est-ce que ça veut dire, concrètement? Je ne suis pas sûr de le savoir ce soir.

Mais s’il y a une chose que je sais: la politique telle qu’on la fait actuellement, ici aussi, nous met plus en danger qu’elle nous protège d’un désastre comme celui-là.

Je me couche envahi par un profond sentiment d’urgence.

Désemparé

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J’ai publié plus de 1600 textes sur ce blogue depuis 14 ans.

Aucun n’a suscité autant de réactions que Merci Alice. Même pas proche. Plusieurs centaines de partages sur Facebook en seulement quelques heures. Des milliers de lectrices et de lecteurs. Des commentaires à la pelle. Et de toutes sortes.

Le commentaire le plus fréquent? La surprise que ce soit un homme qui ait écrit ce texte. Ça me rend profondément mal à l’aise.

Est-ce si étonnant qu’un homme dénonce les agressions sexuelles de cette façon? J’ai posé la question. On me dit que oui. En ajoutant généralement un gros merci — et surtout continue!

J’ai eu des confidences aussi: certaines brutales, d’autres à lire entre les lignes. J’ai pris ça comme autant de gestes de confiance — merci, ça me touche. J’ai aussi pris ça comme une nouvelle responsabilité: celle d’être à la hauteur pour la suite.

Je ne sais pas trop ce que tout l’invraisemblable tourbillon de la journée d’hier se trouve à révéler. Mais pour tout dire, je trouve ça un peu effrayant.

Je suis désemparé.

Et il y a Alice qui est sur la ligne de feu. Qui risque d’être broyée par les médias, parce que la machine est impitoyable — surtout quand elle s’emballe, comme les dernières heures se sont trouvées à nous le rappeler.

J’ai peur pour Alice.

***

J’ai parlé à une recherchiste de Radio-Canada hier après-midi. J’ai accepté de participer à une table ronde qui sera composée de quatre hommes, lundi matin, au sujet de la culture du viol.

La culture du viol.

C’est un terme devant lequel j’ai du mal à ne pas être désemparé. Je ne sais pas par quel bord prendre ça la culture du viol. Et je pense que je ne suis pas le seul.

C’est peut-être parce que je trouve que c’est un terme terriblement culpabilisateur. Parce que je déplore qu’il rassemble les gens en fonction d’un problème plutôt que d’une solution.

C’est un terme qui dit: toi, toi et toi — oui toi! — n’essayez pas de faire comme si vous ne faisiez pas partie du problème. C’est un terme qui rend tout le monde un peu complice des agressions. C’est un terme accusateur. Est-ce bien nécessaire?

Il me semble que ce serait plus facile d’avancer vers quelque chose de plus positif si on conviait plutôt tout le monde à faire partie d’une solution. Toi, toi et toi — oui toi! — vous avez le devoir de vous retrousser les manches avec nous; vous devez faire partie de la solution.

Je trouve que l’idée forte dans la culture du viol, c’est qu’on ne peut pas se limiter à identifier des agresseurs et des victimes. Il y a aussi ben d’autre monde dans une société — dont la majorité des hommes et des femmes, qui se côtoient dans une zone grise en marge des agressions. Dans une zone où il ne sont ni victimes ni agresseurs, mais pas sans moyens pour avoir une influence sur l’un ou l’autre.

Je fais l’hypothèse que c’est dans ces zones grises qu’il y a le plus à faire pour combattre la culture du viol.

Il faut agir dans les zones de silence. Dans les zones où on tolère malgré l’inconfort. Dans la zone où on est témoin, mais où on ne se sent pas responsable. Dans la zone des «ce n’est pas à moi de dénoncer ça» et des «mêle-toi donc de tes oignons».

Ce sont ces zones que les agresseurs savent si bien exploiter. Les zones qui leur permettent de sévir aussi longtemps. Les zones qui font que quand Alice prend le micro, les langues se délient tout à coup et qu’on découvre que ben du monde savait qu’il y avait un problème avec cet agresseur.

Je ne comprends pas que devant l’ampleur du problème qu’on constate aujourd’hui avec les agressions sexuelles, on laisse tellement de gens désemparés devant des situations qu’ils savent inacceptables même si elles ne les concernent pas directement.

Il faut trouver des moyens pour qu’ils puissent faire quelque chose.

Je comprends, bien sûr, qu’on ne peut pas porter plainte si la victime ne le souhaite pas.

Je comprends aussi que la police ne peut pas faire avancer une enquête sans que la victime soit prête à collaborer.

Mais je ne comprends pas qu’on puisse se retrouver sans moyen pour éviter des agressions répétitives.

Je n’accepte pas qu’Alice ait été amenée à croire — à tort ou à raison — que la tribune médiatique était la meilleure façon pour elle d’obtenir justice. Des alarmes n’ont pas sonné. Des gens auraient sans doute pu poser des gestes pour éviter qu’on en arrive là, mais ils ne l’ont pas fait. Parce qu’ils étaient désemparés, probablement.

Alors, concrètement, comment je peux faire moi, comme père, pour apprendre à mon fils et à mes filles les gestes à poser lorsqu’ils seront témoins de comportements qu’ils jugeront inacceptables? Parce que ne pas être agresseur soi-même, ce n’est certainement plus suffisant.

Aujourd’hui, je me trouve bien désemparé devant cette question. Comme je serais d’ailleurs moi-même désemparé devant une telle situation. Et comme l’ont été tellement de personnes dans l’entourage du député de Laurier-Dorion au cours des dernières années.

Je suis sûr qu’on peut mettre en place des mécanismes de prévention qui respecteront les droits de tout le monde. Lesquels? Je ne sais pas. Il faudra être ingénieux, s’inspirer de ce qui existe ailleurs, ou les inventer.

C’est un défi culturel devant lequel on ne pourra pas rester désemparé beaucoup plus longtemps.

Merci Alice

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Le gars était leader adjoint du gouvernement. Pas un député ordinaire: un officier nommé par le premier ministre, avec la confiance qui va avec. J’ai même découvert à mesure que la journée passait que beaucoup de monde entretenait depuis longtemps de la méfiance au sujet de son comportement. Autant des hommes que des femmes. Et pourtant, il est toujours resté intouchable. Pour mille et une mauvaises raisons, devant lesquelles le silence a toujours prévalu.

Ça fait des semaines qu’on parle tous les jours d’agressions sexuelles à la télévision et à pleines pages dans les journaux. Pourtant, malgré les partages et les retweets indignés, on n’arrive pas à ébranler durablement l’indifférence de nombreux dirigeants devant l’horreur. On continue trop souvent à banaliser les témoignages, à qualifier les agressions d’incidents, voire à suggérer l’existence d’une certaine responsabilité des victimes.

Mercredi soir, Alice en a eu assez.

Elle a pris le micro.

Boum.

***

Hier soir, au souper, j’ai choisi de raconter, sans aucune pudeur, la déplorable actualité de l’Assemblée nationale. Avec quatre filles dans la cuisine. 14 ans. 18 ans. 20 ans. 42 ans. Deux filles, une nièce, une épouse.

La courageuse dénonciation d’Alice.
L’odieuse réaction du député de Dubuc.
L’émouvant témoignage de l’amie d’Alice.
Les aléas de la couverture médiatique.
La timide réaction de la police;
celles des collègues de celui qu’on accuse;
et celle du premier ministre.

J’ai même fait écho à la complicité, évoquée par certains, d’un restaurateur qui exigeait apparemment des jeunes femmes qu’il emploie de tout faire pour satisfaire ses clients les plus importants. Rien que ça.

Eurk.

Court silence.

Mon indignation a évidemment été partagée par tout le monde. Sauf que cette indignation a rapidement fait place à une résignation que j’ai trouvée franchement déprimante. Comme si tout cela était, au fond, un peu inévitable.

Les trottoirs ne sont pas aussi confortables pour tout le monde la nuit. Même à Québec. Même en 2016. C’est comme ça.

«Et il ne faut surtout pas oublier de barrer nos portes, comme l’université nous l’a rappelé. Chacune est responsable de sa sécurité après tout…»

Cynisme.

Gros soupir.

Est-ce qu’on avance devant tout ça? Est-ce qu’on recule? Ou est-ce qu’on partait juste de beaucoup plus loin qu’on pouvait le croire? Tout ça n’est plus très clair dans mon esprit après la journée d’hier.

***

Franchement, je n’ai pas envie d’expliquer à mes filles qu’un emploi dans la restauration, ben, ça comporte certains risques, c’est comme ça, tsé… Pas envie d’expliquer comment gérer des mains baladeuses. Pas envie d’expliquer comment r’virer d’bord un gros colon.

Je n’ai pas envie de répéter que Marcel n’a pas le droit de ceci, que Donald n’a pas le droit de cela, que Gerry non plus n’a pas le droit, même s’il est un très très bon client du restaurant où tu travailles.

Pas envie d’expliquer que sans un oui, c’est non. Toujours. Et qu’un oui, suivi d’un non, ben c’est aussi un non. Instantanément. Point final. En toutes circonstances. Toujours. Même toute nue.

Je n’ai pas envie d’expliquer que certaines personnes agissent comme si elles étaient au-dessus des lois. Et qu’il ne faut jamais accepter cela. Jamais. Je n’ai pas envie d’expliquer que… et que… Je n’ai pas envie d’expliquer tout ça.

Pas envie d’expliquer que les policiers n’ont pas le droit de dissuader une femme de porter plainte pour agression sexuelle — que l’agresseur soit avocat de la défense ou même leader adjoint du gouvernement.

Je n’ai pas envie d’entretenir la peur chez mes filles parce que d’autres préfèrent regarder ailleurs et s’occuper d’autres choses; parce qu’ils ont mieux à faire que de s’attaquer au fléau des agressions sexuelles.

Je n’ai pas envie de devoir réexpliquer tout ça parce que le premier ministre a décidé de limiter ses commentaires à un communiqué laconique en plus d’exiger le silence de tous ses députés.

Je n’ai pas envie qu’on parle discrètement d’agressions sexuelles chacun chez-nous parce que l’intérêt du gouvernement nous empêche de profiter de l’occasion pour faire face à ce problème collectivement, avec l’engagement de tous, pour le mieux de toute la société (autant les hommes que les femmes!).

Alors, s’il vous plaît, sacrez-moi patience avec la pudeur qu’on devrait conserver sous prétexte de protéger la présomption d’innocence du député de Laurier-Dorion. Il aura droit à la présomption d’innocence et à un procès juste et équitable s’il est accusé. C’est le rôle de la Cour de s’en assurer, pas celui du premier ministre.

Dans un cas comme celui-ci, le rôle du premier ministre est de s’assurer que les citoyens gardent confiance dans leurs institutions — et dans l’Assemblée nationale, en tout premier lieu. Or, cette confiance n’est pas possible sans maintenir l’exemplarité des députés.

Ne nous trompons pas: c’est vers Alice qu’il faut diriger nos pensées. Il faut la croire. Il faut la soutenir.

Il faut aussi faire la même chose avec toutes les autres femmes qui osent dénoncer leurs agresseurs. C’est grâce à elles que nous finirons par changer le monde.

Merci Alice. Lâche pas. Tu peux compter sur nous.

La suite de ce texte: Désemparé.

Le mystère est ailleurs

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Je le dis depuis plusieurs années: pour moi, le mystère Québec n’existe pas. Je pense que c’est un concept qui sert le plus souvent à camoufler le manque d’intérêt de ceux qui l’évoquent pour la dynamique sociale, économique et politique de la Capitale-nationale.

Franchement, s’il y a un mystère, il est ailleurs. Il est notamment dans la tête de ceux qui croient encore que l’économie de la région de Québec repose sur la présence de fonction publique (ce n’est que 15% du PIB de la région!) et, conséquemment, que Montréal est le seul vrai moteur économique du Québec.

Le mystère est dans la tête de Philippe Couillard et de Dominique Anglade. Je ne peux pas expliquer autrement la composition du Comité consultatif sur l’économie et l’innovation dont ils ont annoncé la création hier après-midi.

Le mandat de ce comité est de formuler des recommandations pour favoriser l’accroissement de l’innovation, de la recherche et de la compétitivité des entreprises.

Il est composé de vingt-sept membres, dont… aucun de la région de Québec!

Et ce n’est pas la seule aberration: pratiquement personne issue de la nouvelle économie numérique (Google? svp…); qui portera la voix des régions-ressources; aucun représentant des industries culturelles; bien peu d’entrepreneurs pour témoigner de la réalité des petites et moyennes entreprises; et, comme le signalait Pierre Langlois sur Facebook cet après-midi: aucun représentant des sciences économiques («le milieu des affaires et l’économie sont deux choses bien distinctes. L’un cherche le profit, l’autre le bien commun.»).

Apparemment, pour ce gouvernement, la croissance économique et l’innovation c’est à Montréal que ça se passe, dans les tours à bureaux du centre-ville.

Ce n’est apparemment pas les ressources naturelles.
Ce n’est pas non plus les industries culturelles.
Ce n’est pas le secteur des assurances et de la finance, particulièrement forte à Québec.
Ce n’est pas non plus le secteur de l’optique photonique, pour laquelle la région de Québec est particulièrement reconnue.

Ce ne sont là que quelques exemples de ce qui me semble être des négligences importantes. La croissance économique n’est pas seulement le fait du secteur privé non plus — mais c’est peut-être une autre histoire.

***

La région de Québec a une des plus fortes croissances au Québec, et le plus bas taux de chômage. Il doit bien y avoir ici quelques idées qui pourraient inspirer d’autres régions, voire Montréal, qui sait? Avec un peu d’humilité…

La création de ce comité est certainement une bonne idée. Les personnes qui y ont été nommées sont certainement des personnes très compétentes. Je ne remets pas ça en question. Mais la vision incroyablement centrée sur Montréal dont il témoigne me renverse complètement.

Il devient de plus en plus urgent de demander à ceux et celles qui nous dirigent pourquoi ils ignorent ainsi ce qui se passe à plus de 100km de Montréal, dans la Capitale-nationale et dans les autres régions du Québec. Ou pourquoi cela leur apparaît tellement négligeable (sauf pour quelques discours).

Certes, le Québec a besoin que l’économie de Montréal se porte bien. Mais ce n’est pas tout. Notre succès collectif suppose aussi que les régions se portent bien. Elles sont également source d’innovation. On ne pourra pas réussir sans l’apport de la région de Québec. La grande entreprise ne suffira pas non plus. Vive les PME! — qui sont elles aussi bien trop peu représenté sur ce comité.

La vision de l’économie et de l’innovation qui semble guider le gouvernement dans cette démarche m’apparait tellement dépassée qu’il me semble absolument nécessaire de la dénoncer dès maintenant, haut et fort. Je salue d’ailleurs la vigoureuse intervention de la Chambre de commerce et d’industrie de Québec dans ce dossier.

J’ose croire qu’il n’est pas trop tard et que Dominique Anglade pourra ajuster le tir avant que le comité commence réellement ses travaux.

 

Belle soirée pour se parler

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J’ai participé ce soir à la première assemblée publique du mouvement Faut qu’on se parle, au Musée de la civilisation, à Québec. J’avais exprimé il y a quelques jours mon opinion initiale sur la démarche proposée.

Le grand hall du musée était rempli de tables autour desquelles une dizaine de chaises étaient disposées. Il y avait aussi sur chaque table une tablette numérique afin de permettre aux participants de transmettre des propositions et de répondre, très simplement, à quelques questions.

C’était salle comble. Je dirais autour de 300 personnes. Une belle foule, plus diversifiée que dans bien d’autres assemblées de ce type. Des hommes et des femmes de tous les âges, et de plusieurs milieux — il m’a semblé, du moins. Des gens volontaires, généreux de leurs idées et de leur parole. Les échanges ont été riches.

Quelques observations:

  • Gabriel Nadeau-Dubois a posé ainsi, d’entrée de jeu, le contexte de la démarche:

«On est bon nous, les progressistes, pour dire ce contre quoi on est, mais il faut bien reconnaître qu’on a souvent moins de réponses quand c’est le temps de proposer des choses concrètes… c’est pour quoi on est surtout à la recherche, ce soir, de propositions et de solutions pour débloquer le Québec».

Il y est revenu en conclusion:

«Cette démarche est nécessaire parce qu’il faut se réapproprier la politique, ne pas se contenter de laisser les chefs de partis parler en nom. C’est un scandale de laisser dormir le potentiel du Québec comme on le fait actuellement.»

  • Comme les intérêts manifestés par les participants au moment de leurs inscriptions portaient sur le climat, la démocratie et l’éducation, c’est autour de ces trois thèmes que se sont essentiellement déroulés les échanges.
  • À certains moments, on sentait très bien les points de vue des animateurs du mouvement. Je n’ai pas trouvé cela négatif, mais ce n’est pas neutre non plus.
  • Pas moins que 669 courtes propositions ont été soumises sur les trois thèmes au terme de 45 minutes de travail en ateliers. C’est impressionnant. Une synthèse préliminaire en a été fait au fur et à mesure des échanges afin de permettre une première rétroaction dans la deuxième partie de la soirée.
  • Il faut malheureusment reconnaître que la salle n’était finalement pas aussi diverse qu’elle en avait l’air à première vue. Des participants ont déplorés au cours des échanges — l’absence des nouveaux arrivants, des ouvriers… «et de ceux et celles qui ne pensent pas comme nous». Ce n’est pas banal, et ça restera un défi important pour le mouvement.
  • Je ne reviendrai pas spécifiquement sur chacun des thèmes abordés ce soir — d’autant que Faut qu’on se parle produira sans doute une forme de résumé au cours des prochaines semaines. À suivre.
  • Je ne peux toutefois pas m’empêcher de déplorer qu’on a encore associé à l’éducation une dimension purement institutionnelle. Parler d’éducation, c’est beaucoup plus que de parler de l’école, des CPE et de l’université. Ce doit aussi être l’occasion de parler de toutes les occasions d’apprendre que nous offre (et de plus en plus) la société, en dehors de l’école. Ça me semble particulièrement important dans le cadre une démarche qui se veut aussi ouverte à de nouvelles perspectives. Cette distorsion m’a donné envie de réactualiser certaines réflexions sur ce qui distingue l’économie du savoir de l’économie apprentissage.
  • Au sujet de la démocratie, les échanges me sont apparus un peu plus conventionnels. Où j’étais peut-être juste un peu moins attentif. Je lirai donc avec intérêt ce que d’autres en rapporteront peut-être.
  • Au sujet du climat, il a évidemment beaucoup été question d’aménagement du territoire, de transport en commun et d’électrification des transports. Des enjeux extrêmement importants, que nous n’avons pu que survoler — mais tout de même assez bien, il me semble, compte tenu du temps dont nous disposions.
  • De façon générale, et en particulier quand il était question d’environnement, j’ai trouvé que les solutions proposées reposaient malheureusement encore trop souvent sur l’instauration de nouvelles taxes. Il va vraiment falloir qu’on se défasse de ce réflexe si on ne veut pas systématiquement amener nos réflexions dans une impasse. Se contenter d’ajouter des taxes, c’est le degré zéro de l’innovation. On devrait notamment se demander, pour chacun des thèmes, de quelles façons les technologies numériques pourraient nous permettre d’aborder autrement certains des enjeux.
  • Concernant le statut du Québec, une participante a demandé à Jean-Martin Aussant si l’indépendance devait, à son avis, se faire à gauche, à droite ou ni l’un ni l’autre. Sa réponse m’a semblé très bonne:

« Ni l’un ni l’autre… forcément… parce que c’est seulement l’indépendance qui nous permettra de faire démocratiquement le choix de se doter d’un gouvernement plus à gauche ou plus à droite. Actuellement, ce choix nous est largement imposé par un gouvernement qu’on ne contrôle pas.»

***

Une réflexion à poursuivre:

Au terme de tous ces échanges, la question qui me reste en tête a été soulevée par une autre participante, dans la troisième partie de la soirée:

«Comment on aborde, à partir de maintenant, la question du courage politique? Parce qu’il faudra beaucoup de courage pour réaliser les idées qu’on évoque ce soir?

Il est urgent se demander qu’est-ce que c’est le courage politique? Comment ça se développe? Comment on peut porter au pouvoir ce courage?

À défaut de quoi on n’arrivera à rien.»

Ça m’apparaît effectivement une question déterminante pour la suite des choses — pour que toute cette démarche ne se termine pas simplement comme une initiative parmi tant d’autres.

Parce que, comme l’a dit Gabriel Nadeau-Dubois en toute fin de rencontre:

«Faut se parler, oui, mais il faut aussi se mettre à l’action.»

Alors, c’est quoi pour vous, le courage politique, en 2016?

***

Je souligne en terminant à quel point l’organisation a été remarquablement efficace: l’accueil, la disposition de la salle, les équipements, la gestion du temps.

Un très grand bravo à l’équipe de Faut qu’on se parle et à celle du Musée de la civilisation. Pour une première, c’était vraiment géré de main de maître.

J’ai passé une très très belle soirée.

Et je suis maintenant très curieux de voir ce qui va émerger des prochaines rencontres et comment — à quel rythme, et avec quelle efficacité — d’autres mouvements (et les partis politiques) pourront s’en inspirer.

Le monde de l’improbable

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La politique est un univers où les événements les plus improbables peuvent jouer un rôle déterminant dans le cours des choses. On l’a souvent dit: «six mois en politique, c’est une éternité». J’ai toujours vu dans ça une source d’espoir: même quand tout semble bloqué, il peut encore se passer quelque chose.

Se passer quoi? Allez savoir… puisque c’est la nature même de l’improbable!

C’est un peu ce qui s’est passé hier soir à Lévis avec l’élection de Jean-François Lisée.

J’aime profondément ces moments où le contexte change subitement. Où tout le monde doit soudainement s’adapter à des conditions radicalement différentes. Ça nous force à nous réinventer, à aborder les choses différemment — à se serrer les coudes, à revenir au jeu de base, à nos convictions, à ce qui nous anime vraiment.

Dans le nouveau contexte, ce ne sont pas les mêmes habiletés qui sont les plus précieuses et ce ne sont pas les mêmes façons de travailler qui sont les plus efficaces. Nos points de repères changent. L’imprévisible reprend aussi ses droits. Il faut accepter d’entrer progressivement dans autre chose.

La politique est une course à relais. Ce qui est une force à un moment donné peut devenir une faiblesse, et inversement. Chacun doit jouer son rôle au moment opportun.

Dans ces moments là, le leadership doit s’appuyer sur une lecture particulièrement clairvoyante de ces changements.

Dans ces moments-là, il faut être reconnaissant pour celles et ceux qui nous ont permis d’accomplir des avancées dans les phases précédentes.

Mais dans ces moments-là, je crois qu’il faut surtout ouvrir la voie à de nouvelles façons de faire. Parce que l’adaptation est indispensable. Parce qu’il faut impérativement aborder les choses différemment.

Et c’est là que je pense que l’exceptionnel talent de Paul Saint-Pierre-Plamondon pour la pédagogie politique pourra jouer un rôle important.

***

Il y a trois ans, j’ai noté ceci dans mon journal personnel:

8 octobre 2013
Dans Le Devoir d’aujourd’hui Michel David évoque une rumeur selon laquelle PKP envisagerait/se préparerait à se lancer en politique avec le PQ. Ça changerait tout.

On connaît la suite. Il s’en est passé des choses en 36 mois…

Aujourd’hui, avant même d’avoir relu la note ci-dessus (faut me croire!), j’ai écrit ceci:

8 octobre 2016
Hier soir Jean-François Lisée a été élu chef du PQ. Ça change tout.

L’improbable est encore venu bouleverser la réalité. On se prépare encore à entrer dans autre chose.

On voit bien que ça ne donne pas forcément toujours les résultats souhaités.

N’empêche, ça me redonne encore espoir… et le goût de me retrousser les manches encore un peu plus. Ce n’est pas banal.

***

En complément, je vous invite à lire la lettre que j’ai cosignée hier après-midi avec les seize autres présidentes et présidents régionaux du Parti Québécois:

Les présidentes et présidents régionaux appellent au ralliement | 7 octobre à 17h

Le chaînon manquant

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On se déchaîne depuis quelques temps au sujet d’un troisième lien entre la rive sud et la rive nord de Québec. J’aimerais qu’on parle aussi du chaînon manquant: la gestion du temps collectif (et de nos infrastructures).

On peut bien parler d’un tunnel, d’un pont, d’élargir les autoroutes, de repenser le secteur de la tête des ponts… si on ne se penche pas d’abord sur les facteurs qui sont responsables de la congestion on n’arrivera pas à trouver les solutions que tout le monde espère.

Et même si la solution était la construction d’un troisième lien, nous aurions plusieurs années à devoir composer avec une situation difficile d’ici à ce que cela puisse devenir une réalité.

Alors, pourquoi ne pas se mettre sérieusement à l’ouvrage pour trouver des solutions, maintenant — avec un peu d’ouverture d’esprit.

François Bourque évoque une voie qui me semble prometteuse dans Le Soleil de ce matin: la mise en place d’un Bureau du temps. Il pourrait s’agir d’une structure légère, qui ne coûterait presque rien, et qui pourrait voire à suggérer des aménagements concrets dans les horaires des grands centre d’activités de la ville afin de réduire la pression sur le réseau routier aux heures de pointe, notamment. Son texte est ici:

Étaler l’heure de pointe

C’est une propositions moins sexy que de promettre de grands projets d’infrastructure, mais ce serait très certainement plus efficace à court et à moyen terme. C’est du moins ce que démontrent, très clairement, des initiatives semblables réalisées ailleurs dans le monde.

François Bourque avait déjà évoqué les bureaux du temps en 2013:

À la recherche du temps perdu

Cinq piste pour mieux organiser le temps à Québec

François Cardinal, devenu éditorialiste en chef de La Presse, en avait aussi parlé en 2004:

Je suis en r’tard

J’y faisais d’ailleurs référence sur ce blogue. C’était il y a douze ans!

Bureaux du temps…

Vous constaterez dans ce texte qu’on évoquait même à l’époque l’intégration de cette idée dans la loi sur la conciliation travail-famille.

Alors, après tout ce temps, et avec les inconvénients de la congestion qui empire chaque année, ce serait peut-être temps qu’on s’y mette… ne serait-ce qu’en marge des inévitables polémiques?

***

Je me souviens très bien d’avoir évoqué la création d’un bureau du temps pour la Capitale-nationale à l’occasion d’un remue-méninges en vue de définir la plateforme du Parti Québécois pour la campagne électorale de 2014 (ou était-ce même en 2012?).

Cela n’avait pas suscité un grand enthousiasme, c’est le moins qu’on puisse dire. On m’avait clairement fait comprendre que ce n’était pas une proposition gagnante. Je regrette aujourd’hui de ne pas avoir insisté davantage.

C’est cette idée que j’aimerais voir le prochain chef du Parti Québécois plaider activement dans les prochaines semaines. Ce serait une contribution de bon sens, qui m’apparaît utile pour la suite des choses — qu’on envisage, ou pas, la construction d’un troisième lien.

Voter simplement

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Mon texte de ce matin a suscité plusieurs réactions, certaines publiques — sur Facebook notamment — et d’autres en privé. Certains m’ont reproché de compliquer les choses.Je reviens donc pour préciser / clarifier un tout petit peu mon raisonnement:

Le fait d’inscrire Paul Saint-Pierre-Plamondon n’est absolument pas motivé par l’idée de «lui donner un prix de consolation», ni même de le remercier pour sa contribution. Il n’a pas besoin de ça. C’est un message au parti que je souhaite passer en votant de cette façon:

Il est indispensable de renouveler le parti, sans tarder, en allant dans la direction que Paul nous a indiquée.

C’est le premier message que je veux passer en votant. C’est le plus important.

Mon deuxième choix est guidé par le réalisme. Je suis conscient que Paul n’a pratiquement aucune chance d’être élu. Il faut donc que j’identifie parmi les autres candidats celui que je souhaite voir diriger le parti d’ici l’élection celui qui influencera réellement l’issue du vote. Et c’est Jean-François Lisée.

***

Certains ont vu dans mon texte l’expression d’un vote stratégique. Mon raisonnement n’est pas de cette nature.

On me dira que dans telle ou telle configuration du vote (on peut effectivement imaginer mille et un scénarios) cela pourrait changer l’issue de l’élection — voire permettre à un-e autre candidate de se faufiler devant Jean-François. C’est possible.

J’assume ce risque parce que, comme je le disais dans mon texte du 12 septembre:

«…je veux passer un message fort en faveur de Paul Saint-Pierre Plamondon — pour envoyer un message très clair que le PQ doit se renouveler dans la direction qu’il indique — et que je veux accorder mon appui à Jean-François Lisée. Dans cet ordre

C’est aussi simple que ça.

Et notez bien que ce texte et celui de ce matin, comme tous ceux que je publie sur mon blogue, visent essentiellement à alimenter la réflexion de celles et ceux qui prennent le temps de les lire.

Je n’ai absolument pas la prétention de pouvoir dire à qui que ce soit de quelle façon exercer son droit de vote.

À trois jours du vote

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Le 12 septembre j’ai publié ici un assez long texte pour expliquer où j’en étais dans mes réflexions par rapport à la course à la chefferie:

Chefferie: où j’en suis

J’évoquais dans ce texte le besoin de mieux expliquer le système de votation pour l’élection. Ce qui a été très bien fait par la suite par l’équipe du Parti Québécois. C’est ici:

Démystifier le scrutin préférentiel

Dans les jours suivants, j’ai signé le texte suivant en appui à la candidature de Jean-François Lisée:

Pourquoi j’appuie Jean-François Lisée

J’avais appuyé spontanément Véronique Hivon pour son habileté à aborder les problèmes sous un angle différent. Suite à son départ, j’ai dû prendre le temps de réfléchir aux objectifs que je poursuivais en exerçant mon droit de vote dans cette course. Je souhaite envoyer un message sur la nécessité de renouveler le parti, dans la direction que nous indique notamment Paul Saint-Pierre Plamondon. Je veux aussi qu’on remette le débat social au coeur de nos priorités et, pour cela, qu’on valorise la diversité des points de vue et qu’on reconnaisse le droit de changer d’idée. J’appuie Jean-François Lisée parce qu’il va créer cette dynamique, qui est essentielle pour que le Parti Québécois retrouve sa pertinence dans l’espace public — et sans laquelle il sera impossible de réaliser l’indépendance.

Et j’ai accepté, hier soir, de signer le texte suivant dans lequel je (ré)invite les gens à inscrire Paul Saint-Pierre-Plamondon comme premier choix, afin de faire entendre leur désir de renouvellement du Parti Québécois.

Chefferie du PQ: PSPP mérite notre premier choix

En complément, je vous invite à regarder le dernier vidéo de campagne de Paul:

Un dernier mot avant la fin de la #CoursePQ

Et la lettre qu’il signe dans Le Devoir de ce matin:

Il faut aussi qu’on cesse de se diviser

En résumé, voici donc comment j’enregistrerai mon vote jeudi:

1er choix: Paul Saint-Pierre Plamondon; parce que c’est la seule façon pour que son très important apport à la campagne soit officiellement reconnu.

2e choix: Jean-François Lisée; parce qu’au terme de la campagne à laquelle nous avons assisté, c’est celui que je souhaite voir diriger le Parti Québécois en prévision de la prochaine élection.

Ainsi, comme Paul sera vraisemblablement éliminé après le décompte des premiers choix, mon vote bénéficiera par la suite à Jean-François.

Je vous invite à revoir la vidéo explicative si vous ne comprenez pas ce raisonnement — ou pourquoi j’inscris Paul comme premier choix plutôt que comme second choix.

***

Je remercie en terminant les cinq candidats et candidates qui étaient sur la ligne de départ de la course — avec une pensée particulière pour Véronique Hivon, qui était mon tout premier choix et que j’espère revoir en pleine santé le plus rapidement possible.

Je compte sur celui ou celle qui remportera l’élection, vendredi soir, pour se mettre au travail dès le lendemain matin afin d’être en mesure de tirer rapidement profit des grandes forces de chacun de ses adversaires. Ça été une grande source d’espoir de les découvrir, ou de les redécouvrir, au cours des derniers mois.

On a besoin de tout le monde pour la suite.

Mise à jour:

J’ai complété/précisé mon raisonnement dans le texte suivant: Voter simplement.