Merci Catherine!

Chère Catherine,

Je n’aurais probablement pas fait les choses de la même manière que toi, et c’est ben correct comme ça. Je ne partage pas 100% de l’analyse que tu as formulée aujourd’hui, mais ce n’est absolument pas grave. Je tiens à te remercier pour le courage dont tu as fait preuve.

Ta décision a déçu beaucoup du monde, c’est sûr. Tu le savais et tu as foncé quand même, guidée par tes convictions. Tu savais aussi que tu allais te prendre bien des coups: quelques-uns mérités, sans doute, mais aussi des plus mesquins. Tu as foncé quand même, parce que tu as cru qu’il le fallait. Merci pour ça.

Ça fait 25 ans que le PQ vit des difficultés… de graves difficultés… nos mauvais réflexes nous ont menés jusqu’à la raclée du 1er octobre. Des mauvais réflexes qui nous hantent encore.

Cinq mois se sont écoulés depuis le 1er octobre. Toujours pas de bilan partagé, personne pour initier un débat sur l’avenir… le calme plat. Où est le leadership? On est tellement amorphe qu’on a laissé Jean-François Lisée être le premier à présenter son analyse de la situation. C’est’y pas le boutte du boutte? Un peu plus et c’est sur ces bases que ce serait fait le conseil national de la fin du mois!

Merci Catherine d’avoir mis le pied dans le plat. Merci d’avoir provoqué ce choc. On va enfin devoir aller au fond des choses. Avec un rythme qui correspond à l’urgence de la situation. Ça va être rock and roll… certes, mais ce n’est pas de ta faute, c’est la faute de tous ceux et celles qui ont évité qu’on fasse cet exercice plus tôt.

Fais-toi une carapace pour les prochains jours. Ne réagis pas pour rien. Ne te laisse pas provoquer. Ferme les réseaux sociaux et reviens-nous quand la poussière sera retombée. Laisse les gens fâchés digérer leur frustration. Ce sera souvent maladroit, mais il ne faudra pas trop leur en tenir rigueur. Le temps va finir par te donner raison et il faudra que tu sois capable de faire preuve de magnanimité. Parce qu’il va bien falloir retravailler à nouveau tous ensemble.

Les plus sages aujourd’hui sont ceux qui fermeront leur gueule et qui prendront le temps de comprendre ton raisonnement, même s’il ne fait pas leur affaire. Et tant pis pour les autres.

J’aurais personnellement aimé mieux que tu mènes cette bataille au sein du PQ, dans ses instances, mais je te fais confiance. Je ne doute pas que tu as évalué cette option et que tu ne l’as pas jugée possible. Je ne sais pas pourquoi, mais ça n’a plus d’importance.

Merci Catherine d’avoir forcé les choses à s’accélérer.

Première neige / First Snow

J’ai vécu toutes sortes d’expériences émotives au théâtre, mais bien peu comme celle de samedi après-midi au Théâtre de Quat-Sous avec Première neige / First Snow.

J’ai pleuré. Plusieurs fois. Et pas juste avoir les yeux humides: assez pour devoir m’essuyer les joues.

La pièce a été co-écrite par des Québécois et des Écossais autour de thèmes inspirés par leurs malheureuses expériences référendaires — et les conséquences qu’elles ont eu pour eux et pour les sociétés dans lesquelles ils vivent.

Isabelle Vincent est magistrale dans le rôle central de la mère. Harry Standjofski est aussi excellent dans le rôle de l’anglophone québécois qui, selon les moments, taquine et harangue les spectateurs.

Je ne suis pas prêt d’oublier non plus Fletcher Mathers, dans le rôle de l’écossaise, aussi sage que déterminée, et Thierry Mabonga comme immigrant congolais installé à Glasgow, qui accompagne pour la première fois sa blonde au Québec.

***

C’est un récit que j’ai trouvé très dur. Très triste aussi — parce que c’est de notre histoire qu’il s’agit, de mon histoire.

Tout est fait pour nous confronter à cette histoire, pour nous mettre le nez dedans bien comme il faut. Les comédiens nous interpellent, soulignent habilement notre passivité, nous montrent notre responsabilité dans la situation politique dans laquelle se trouve le Québec.

L’histoire adopte le point de vue d’indépendantistes déçus (très déçus) mais ne manque pas d’esprit critique. Pas de complaisance, au contraire. Nos démons y ont aussi leur place.

***

J’ai trouvé ça terrible de revivre l’échec référendaire de 1995 et, pire, de revoir en accéléré, à travers le regard des personnages, les années qui ont suivi: les errances politiques, l’influence du néo-libéralisme et de la globalisation des marchés, l’écrasement du printemps érable, la perte de confiance collective, le dérapage des réseaux sociaux, l’irruption du racisme dans l’espace public, la manipulation des débats, les effets du colonialisme qui nous rattrapent — et ce constat d’impasse, tellement d’actualité.

La pièce joue admirablement sur l’ambiguïté entre la scène et la réalité; entre le jeu des comédiens et la vraie vie. C’est tellement réussi qu’on en vient à ne plus trop savoir non plus si on est spectateur ou acteur… dans un rôle qu’on aimerait mieux ne pas incarner: assis là à ne rien faire pendant que le projet national s’effrite.

J’ai trouvé ça douloureux, mais nécessaire.

Je ne dévoilerai évidemment pas la fin, mais je peux dire que j’ai été agréablement surpris et que je suis heureusement reparti du théâtre avec plus d’espoir pour l’avenir que je n’en avais en arrivant (et pendant dans la majeure partie de la pièce).

Soon.

***

Merci Isabelle Vincent. Merci Fletcher Mathers. Merci à toutes les comédiennes et les comédiens.

Les larmes que vous nous avez tirées ont été un exutoire efficace. Elles m’ont aussi aidé à conclure la démarche que j’avais entreprise il y a quelque mois en écrivant mon histoire personnelle du Québec de 1989 à 2019.

Maintenant on se retrousse les manches et on continue.

Parce que ça ne pourra pas toujours ne pas arriver.

 

 

La pièce est à l’affiche jusqu’au 23 mars: dépêchez-vous!

Le confort du narrateur

Dimanche matin.

Une heure de pelletage (encore!).

Mais surtout le plaisir de parcourir lentement les textes que j’avais mis de côté cette semaine et les suggestions des infolettres auxquelles je me suis abonné au cours des derniers mois.

***

Le texte de Francine Pelletier publié dans Le Devoir du 13 février m’a particulièrement fait réfléchir.

Je trouve que le texte illustre bien une posture que nous avons trop souvent devant les changements technologiques — et peut-être particulièrement au Québec.

Nous analysons trop souvent les événements comme si nous n’en étions pas partie prenante, en décrivant nos observations comme le ferait un narrateur extérieur à l’histoire racontée.

Cela nous permet de juger des actions de tout le monde, de prêter des intentions à chacun… tout en évitant de nous interroger sur notre propre rapport aux phénomènes qui sont au coeur des événements: sur notre rôle dans cette histoire.

C’est, bien sûr, le plus souvent un choix inconscient.

Je trouve donc qu’il y a de ça dans le texte de Francine Pelletier, quand elle décrit les médias (traditionnels) comme les victimes des médias sociaux.

Leur affaiblissement, dit-elle, serait le résultat d’un injuste rapport de force entre la rigueur intellectuelle et l’irresponsabilité des nouvelles plateformes «qui supplantent aujourd’hui tous les autres médias [et] leurs deux grandes forces: la vérité (…) et la capacité d’exiger des comptes des pouvoirs politiques économiques et autres».

Ça tourne les coins un peu ronds.

Et ça fait surtout abstraction de la responsabilité des médias dans la situation actuelle.

Il est pourtant indéniable que le temps que cela a pris aux entreprises de presse pour accepter de remettre en question leur modèle économique a largement contribué à la situation actuelle.

Leur candeur initiale devant les promesses de Facebook a aussi accéléré la chute et donné un sérieux un coup de main à Mark Zuckerberg.

Les grandes entreprises de presse ont d’une certaine façon été les complices, plus ou moins volontaires, de la situation actuelle.

***

Dans l’infolettre Mental Models Weekly, Julia Clavien décrit cette semaine les quatre stades de la compétence:

Premier stade: l’incompétence inconsciente

Deuxième stade: l’incompétence consciente

Troisième stade: la compétence consciente

Quatrième stade: la compétence inconsciente

C’est un modèle qui me semble beaucoup plus pratique et constructif pour analyser la situation des médias (traditionnels) par rapport aux médias sociaux.

De mon point de vue, les médias (traditionnels) seront restés plus de dix ans au premier stade.

Depuis deux ans, ils sont pour la plupart passé au deuxième stade — avec le grand inconfort qui l’accompagne.

Pour pouvoir passer au troisième stade, il leur faudra apprendre, pratiquer, expérimenter, faire des erreurs, apprendre de ces erreurs.

Je pense que c’est d’ailleurs un peu ce à quoi Clay Shirky fait référence quand il dit — dans le texte cité par Francine Pelletier:

«I think the first thing to recognize about the commercial structures of the newspaper industry is that it is not enough for newspapers to run at a profit to reverse the current threat and change. If next year they all started throwing off 30 percent free cash flow again, that would not yet reverse the change (…)

«…the likelier it is that the irreplaceability of newspapers suggests that the next step needs to be vast and varied experimentation….»

Il faudra, par exemple, apprendre à se passer de Facebook et mettre en place des stratégies pour retrouver un contact plus direct avec les lecteurs (ce que Le Devoir fait d’ailleurs très bien depuis quelques temps avec ses nouvelles infolettres).

Je suis beaucoup plus optimiste que Francine Pelletier: je pense que l’incertitude et ce sentiment d’incompétence durera encore cinq à dix ans. Certainement pas cent ans.

***

Dans ce cas il était question des médias d’information, mais il me semble évident qu’on tombe aussi trop souvent dans le même piège — en succombant au confort du narrateur — lorsqu’on évoque les enjeux autour de Netflix, Spotify, Amazon et les autres géants d’Internet.

Avant de tirer des conclusions sur ces enjeux, on devrait toujours commencer par se demander «j’y suis pour quoi, moi, dans cette situation? De quelle façon mon action (ou mon inaction) contribue-t-elle à la situation que j’analyse?».

Parce que tant qu’on n’a pas répondu à ces questions, on risque de passer à côté de l’essentiel — et de se tromper de cible au moment d’agir.

L’expérience démontre que c’est très rare qu’on n’y est vraiment pour rien. Rare que le problème n’est la faute que de l’autre — aussi gros et impérialiste puisse-t-il être. Rare qu’on puisse trouver une solution sans devoir adapter nos propres comportements.

C’est d’ailleurs ça qui est beau avec la révolution numérique — c’est qu’on peut facilement en être acteur… si on en a envie.

C’est moins confortable, mais tellement plus l’fun!

Offrir une vue d’ensemble

Je suis fasciné par Alexandria Octavio-Cortez — au point où je pense que j’en suis fatiguant pour mes proches.

La plupart des observateurs soulignent son positionnement très à gauche (elle revendique le terme socialiste). Certains craignent même que cela ne contribue à la réélection de Trump.

Pour ma part, c’est pour toute autre chose que je la trouve exceptionnelle.

Je suis surtout impressionné par sa capacité à expliquer simplement les liens complexes qui unissent les défis auxquels la société étatsunienne est confrontée: l’environnement, l’économie, l’immigration, l’éducation, notamment.

L’entrevue qu’elle a accordée à The Intercept il y a quelques semaine est très intéressante à cet égard.

Le Green New Deal, dont elle est la marraine, est aussi un remarquable exemple de ses habiletés pédagogiques.

Le Green New Deal n’est pas une proposition purement environnementale. C’est une vision globale pour la société étatsunienne.

Et il semble y avoir y avoir un grand appétit dans la population pour ce type d’approche plus globale. En particulier chez les jeunes.

Malheureusement, au Québec, peu d’élu.e.s semblent intéressé par ce type de politique. On est encore trop souvent dans une bataille au jour le jour pour gagner l’attention des médias, un sujet à la fois.

On parle d’environnement un jour. D’immigration le lendemain. Puis d’économie, d’éducation, de transport — comme si c’était autant de sujets sans liens les uns avec les autres.

On ne pourra pourtant pas répondre aux enjeux liés aux changements climatiques sans une préoccupation pour l’équité fiscale, par exemple.

Emmanuel Macron l’a appris à ses dépends en provoquant la crise des gilets jaunes par une application injuste d’une taxe sur le diesel.

Les citoyens des régions, qui dépendent de leur voiture pour aller travailler, ont eu raison de protester, voyant que la taxe qui leur était imposée n’avait pas d’équivalent pour le kérosène des avions, dont les riches sont les principaux utilisateurs.

Ils ont eu raison de dire que ce n’est pas normal que les propriétaires de voiture électrique — plus riches que la moyenne — ne payant plus la taxe sur l’essence, contribuaient de moins en moins aux coûts d’entretiens des routes, alors qu’ils les utilisent tout autant.

La fiscalité carbone ne peut pas être dissociée de l’équité fiscale dans son ensemble.

***

Je rêve d’un parti politique qui, au lieu de chercher à gagner chaque journée, mettra sur la table un plan d’action pour aider la société québécoise à relever les défis du XXIe siècle. En sachant qu’il faudra défendre ce plan tous les jours, pendant des mois, pour l’expliquer, et que l’adhésion à ces idées ne viendra qu’avec le temps, et qu’elle dépendra de la mobilisation des forces vives de la société.

Je crois que le Parti Québécois serait le mieux placé pour faire ça, notamment grâce à la capacité (qu’il a déjà eu — l’a-t-il encore?) pour rallier des gens de tous les horizons politiques. Mais encore faudrait-il que ses principaux leaders aient envie d’une telle aventure.

En attendant, j’observe Alexandria Octavio Cortez et son équipe rebrasser les cartes de la politique étatsunienne avec le sourire, en proposant beaucoup plus souvent qu’elle ne critique.

J’ose croire que je ne suis pas le seul à trouver ça inspirant.

Et toi, tu ferais quoi avec le PQ?

— Ok, ok… ça va pas bien, on est d’accord, mais tu ferais quoi toi avec le PQ?

C’est la question que je me suis fait poser à la fin d’un échange avec des amis cette semaine.

Je reconnais que la question est légitime, parce que quand on se permet de critiquer il faut aussi avoir le courage de se mettre en mode proposition.

Alors je veux bien y répondre… mais comme j’ai choisi de prendre quelques distances du Parti Québécois et que je ne veux surtout pas donner l’impression de prendre une position de donneur de leçons, je précise d’entrée de jeu que je formule ma réflexion avec beaucoup d’humilité. Je le fais dans l’espoir de contribuer à une réflexion qui, je le sais, se fait par ailleurs dans les différentes instances du parti… dans un contexte beaucoup plus complexe que le mien.

Cela dit, je ferais quoi du PQ dans la situation actuelle?

Je pense que je commencerais d’abord par reconnaître que les résultats de la dernière élection ne sont pas seulement dus aux circonstances (appel du changement, émergence de Québec solidaire, etc.). Ils ne sont que l’énième (l’ultime?) étape d’un long décrochage du parti, auquel une très large partie de la population ne souhaite maintenant plus être associée.

J’exprimerais ensuite l’absolue nécessité de refonder le parti. Et je mettrais tout sur la table: le programme, la structure et, bien sûr, le nom du parti (dont le changement ne devrait avoir lieu qu’au terme de la refondation, comme un geste symbolique qui marque la fin de la métamorphose, et non le début).

Je mettrais finalement sur la table une proposition de départ pour guider les échanges qui devront guider la refondation. Un texte court, qui devrait énoncer clairement les principes qui devraient être au coeur de la transformation du parti.

Quelque chose comme:

  1. Nous croyons que l’expression culturelle et la fréquentation de la culture doivent être la base de l’identité nationale et de notre vie démocratique.
  2. Nous croyons que l’éducation doit avoir comme premier objectif le développement de la confiance en soi et l’autonomie de toutes les citoyennes et de tous les citoyens.
  3. Nous croyons que le rôle de l’État est de s’assurer que le développement économique de la nation québécoise se fait de façon équitable pour tous les citoyens et pour toutes les citoyennes.
  4. Nous savons que le développement équitable de la société québécoise est dorénavant conditionné par les enjeux associés aux changements climatiques et que cela nous oblige à réfléchir continuellement avec une perspective environnementale planétaire.
  5. Nous croyons que l’indépendance politique du Québec est nécessaire pour pouvoir concrétiser les quatre principes précédents.
  6. Nous reconnaissons toutefois que la souveraineté dont le Québec a besoin pour assurer son développement n’est pas seulement liée à son statut constitutionnel. Sa dépendance croissante à l’égard de certaines entreprises médiatiques, technologiques, pharmaceutiques et agroalimentaires, par exemple, est également préoccupante.
  7. Toutes les personnes qui adhèrent aux six principes ci-dessus sont invitées à joindre le parti pour débattre des meilleures façons de les concrétiser.
  8. Le premier rôle du/de la chef.fe de notre parti est d’arbitrer les débats au sein du parti et d’agir comme porte-parole des décisions qui auront été prises au terme de ces débats.

Je préciserais en conclusion que l’objectif de cette démarche ne doit pas être de plaire à tous les membres actuels du Parti. L’exercice doit avoir pour objectif prioritaire de susciter l’intérêt de celles et ceux qui seront au coeur de la vie démocratique en 2026 et en 2030. Il faut se donner de la perspective!

Inutile de se raconter des histoires: le Parti Québécois ne reprendra vraisemblablement pas le pouvoir en 2022. Il faut maintenant travailler avec une perspective de 8 ans… voire plus.

Pour cette raison, on devrait aussi assumer que ce qui est important pour le Parti Québécois ce n’est pas d’être pertinent à la prochaine session parlementaire, ou même à la suivante. Il ne s’agit plus de gagner la journée, ou d’être au coeur des travaux parlementaires — du moins pas à court terme. Le parti est en convalescence. Il faut travailler sur lui avant de pouvoir prétendre retrouver notre place dans le feu de l’action.

Et, de grâce, ne me demandez pas ce que René Lévesque penserait de ma proposition.

Ça n’a absolument aucune importance.

Une question de consentement

Je suis fasciné par l’article de Fabien Deglise dans Le Devoir de ce matin au sujet de l’expérience de reconnaissance faciale menée par Ivanhoé Cambridge à la Place Sainte-Foy. Fasciné, surtout, par la nature de la réponse apportée par l’entreprise, en réaction aux inquiétudes exprimées par les consommateurs.

Je précise d’entrée de jeu que:

  • Je ne suis pas contre le progrès.
  • Je ne suis pas naïf — je sais qu’on est déjà filmés un peu partout.
  • Je sais même que quand on utilise le wifi gratuit dans un centre commercial on donne souvent aussi le droit au propriétaire des lieux de suivre nos déambulations (ce que peu de gens savent… et ce n’est pas banal).
  • J’utilise même la fonction de reconnaissance faciale de mon iPhone, qui se déverrouille quand il reconnaît que c’est moi qui le regarde.

C’est dire à quel point je suis ouvert à tout ça. Je suis un geek sympathique. Je pense.

Le problème n’est pas là.

On n’est pas devant un problème technologique ici… on est dans un problème de consentement, d’intention et, plus globalement, de confiance.

Je n’ai pas l’occasion de consentir formellement à ce que des données sur moi soient captées, je ne connais pas les intentions réelles de Ivanhoé Cambridge avec ce projet et je n’ai pas forcément confiance dans la démarche.

Quand j’active la fonction de reconnaissance faciale de mon iPhone, je fais un choix. J’assume les risques associés. Parce que j’y trouve mon compte.

Même chose quand je choisis, volontairement, d’utiliser le wifi dans un espace public.

Mais là? Comment j’y trouve mon compte? Il y a quoi dans la balance pour moi? Pourquoi je donnerais mon consentement à cette analyse de ma personne et de mon comportement?

Pour le moment, ma seule façon de refuser de donner mon consentement c’est de ne pas aller dans ces commerces, ou pas du tout à la Place Sainte-Foy.

Est-ce qu’il y aura des balises pour encadrer ce qui sera fait des données, et comment pourraient-elles se transformer au fil du temps, notamment au regard des méthodes de captation et de la conservation des données?

Ça fait beaucoup de questions sans réponses.

À la lecture de l’article du Devoir, je comprends que Ivanhoé Cambridge (avouons qu’il est tentant de badiner en ajoutant un Analytica au bout du nom…) tente de se présenter sous un meilleur jour que les grands détaillants en ligne.

«L’achat en ligne est extrêmement personnalisé parce que les consommateurs y ont abandonné leur vie privée en faisant circuler beaucoup d’informations. Les joueurs dans ce domaine sont capables de collecter une trop grande richesse d’informations qui va trop loin et débouche sur plusieurs dérapages. Ce n’est pas là que nous voulons aller.»

En gros la défense est: Amazon et les autres font bien pire quand vous faites des achats sur leur site Web. Et c’est vrai. Mais au lieu d’adopter une approche différente qui présenterait le magasinage de proximité comme une alternative à la surveillance dont on fait l’objet en ligne, vous choisissez de vous vanter une nouvelle forme de surveillance soi-disant plus éthique? Il me semble qu’une autre voie était possible: chez nous, il n’y a pas de surveillance sans consentement, par exemple.

«…les clients vont être filmés afin de déterminer leur âge, leur sexe, mais également mesurer leur humeur. La technologie utilisée (…) extrait les caractéristiques démographiques d’un visage de manière approximative pour l’âge et estime l’humeur du sujet tout comme le positionnement de son regard. La photo est immédiatement détruite, assure [Stéphane Marceau, patron de Galilei, une entreprise liée à l’Université Concordia qui travaille dans le développement éthique et responsable de la technologie] et l’information, agrégée de manière anonyme. Aucune base de données de visages n’est créée, aucun croisement avec des données personnelles liées à la carte de crédit ou un programme de fidélisation n’est effectué.»

Cela me rappelle le genre de réponse drapée d’un ton rassurant qu’on a entendue pendant les audiences publiques aux États-Unis, lorsque Google et Facebook sont venus (tenter d’) expliquer tout le monde que nos données personnelles n’étaient pas vendues.

Heureusement qu’aucune base de données des visages n’est faite et qu’ils ne sont pas associées à notre insu à nos cartes de crédits ou programmes de fidélisation, ce serait ben le boutte du boutte!

Mais qu’est-ce qui sera fait avec ces données, aussi anonymes soient-elles? Est-ce qu’elles serviront à diriger vers nous des publicités encore plus ciblées à l’entrée des commerces, par exemple? Question de nous influencer de façon encore plus efficace et de nous faire dépenser encore plus? Ce n’est peut-être pas mal en tant que tel, mais c’est une question légitime, il me semble.

Je poursuis avec l’article:

« Les préoccupations pour la vie privée doivent être aujourd’hui au coeur du développement de la technologie, dit M. Marceau. Le consommateur ne réalise pas toujours jusqu’à quel point dans le monde en ligne il se dévoile par des processus analytiques très granulaires qui le ciblent directement. De notre point de vue, il faut baliser ces projets et être transparent pour mettre en place les assises d’une bonne gouvernance des données dans le commerce de détail qui respecte la vie privée. »

Je suis d’accord avec ça — mais je m’interroge sur la démarche de Ivanhoé Cambridge dans ce contexte. Est-ce que la transparence est vraiment au rendez-vous?

«Galilei et Ivanhoé Cambridge espèrent par cette transparence « ouvrir la conversation » avec les consommateurs, les législateurs, les penseurs de la modernité sur l’intelligence artificielle et les conséquences de ces outils d’analyse et de surveillance sur la société et les libertés individuelles.»

De mon point de vue, pour pouvoir parler sérieusement de transparence et de conversation il faudra faire beaucoup plus que nous assurer que le processus d’analyse est anonyme.

Il faudra aussi expliquer l’usage qui sera fait de ces données, les avantages que les consommateurs pourront en tirer, les balises qui seront mises à l’utilisation des données — et vraisemblablement mettre en place un comité de surveillance dans lequel les consommateurs auront une place.

(et d’ailleurs, qu’est-ce qui est fait avec les données recueillies par les bornes wifi en rapport avec nos cellulaires et nos déplacements? Si on commençait la transparence par là? Remarquez: je ne m’y oppose pas, mais je veux savoir et comprendre. Ça doit faire partie du deal.)

«En matière d’intrusion dans la vie privée, il y a beaucoup de dégâts qui ont été faits, admet M. Marceau. Ce que nous proposons ici, c’est un nouveau modèle qui cherche à faire évoluer le commerce de détail en mettant l’accent sur les questions éthiques, pas à la fin, mais au début du train. »

Je salue l’idée de faire évoluer le commerce de détail en mettant l’accent sur les questions éthiques.

Mais je m’interroge sur la façon qui a été choisie pour amorcer la conversation souhaitée.

Sur l’égalité

J’ai commencé depuis quelques semaines à regrouper à clementlaberge.com des liens vers quelques textes qui ont particulièrement retenu mon attention.

Je publierai parfois quelques extraits de ces textes ici, sans forcément y ajouter beaucoup plus de commentaires — avec le souhait de favoriser d’éventuels échanges à leurs sujets.

Je commence aujourd’hui avec quelques extraits d’un excellent texte fraîchement publié dans le New Yorker, édition du 7 janvier 2019:

The Philosopher Redefining Equality — Elizabeth Anderson thinks we’ve misunderstood the basis of a free and fair society, par Nathan Heller.


Égalité et liberté

«…through history, equality and freedom have arrived together as ideals. What if they weren’t opposed, Anderson wondered (…) What if the way most of us think about the relation between equality and freedom—the very basis for the polarized, intractable political division of this moment—is wrong?

Identités et liberté

«The ability not to have an identity that one carries from sphere to sphere but, rather, to be able to slip in and adopt whatever values and norms are appropriate while retaining one’s identities in other domains?” She paused. “That is what it is to be free.”»

Répondre aux inégalités

«As a rule, it’s easy to complain about inequality, hard to settle on the type of equality we want. Do we want things to be equal where we start in life or where we land? When inequalities arise, what are the knobs that we adjust to get things back on track?»

L’égalité hiérarchique

«The problem, she proposed, was that contemporary egalitarian thinkers had grown fixated on distribution: moving resources from lucky-seeming people to unlucky-seeming people, as if trying to spread the luck around. (…) By categorizing people as lucky or unlucky, she argued, these egalitarians set up a moralizing hierarchy.»

«By letting the lucky class go on reaping the market’s chancy rewards while asking others to concede inferior status in order to receive a drip-drip-drip of redistributive aid, these egalitarians were actually entrenching people’s status as superior or subordinate.»

La véritable égalité

«To be truly free, in Anderson’s assessment, members of a society had to be able to function as human beings (requiring food, shelter, medical care), to participate in production (education, fair-value pay, entrepreneurial opportunity), to execute their role as citizens (freedom to speak and to vote), and to move through civil society (parks, restaurants, workplaces, markets, and all the rest). Egalitarians should focus policy attention on areas where that order had broken down.»

Multiculturalisme et égalité?

«Broadly, there’s a culturally right and a culturally left ideal theory for race and society. The rightist version calls for color blindness. Instead of making a fuss about skin and ethnicity, its advocates say, society should treat people as people, and let the best and the hardest working rise. The leftist theory envisions identity communities: for once, give black people (or women, or members of other historically oppressed groups) the resources and opportunities they need, including, if they want it, civil infrastructure for themselves. In “The Imperative of Integration,” published in 2010, Anderson tore apart both of these models. Sure, it might be nice to live in a color-blind society, she wrote, but that’s nothing like the one that exists. (…) But the case for self-segregation was also weak. Affinity groups provided welcome comfort, yet that wasn’t the same as power or equality, Anderson pointed out.»

Intégration et égalité

«Anderson’s solution was “integration,” a concept that, especially in progressive circles, had been uncool since the late sixties. Integration, by her lights, meant mixing on the basis of equality. It was not assimilation. It required adjustments from all groups. Anderson laid out four integrative stages: formal desegregation (no legal separation), spatial integration (different people share neighborhoods), formal social integration (they work together, and are one another’s bosses), and informal social integration (they become buddies, get married, start families).»

Gauche/droite vs pluralisme

«The challenge of pluralism is the challenge of modern society: maintaining equality amid difference in a culture given to constant and unpredictable change. It is the fashion in America these days to define political virtue by position. Richard is on the side of history, we might say, because he’s to the left of Irma on this issue and slightly to the right of Marco on that one. Anderson would resist this way of thinking, not least because it calls for intellectual convergence. It’s anti-pluralistic and tribalist. It celebrates ideology; it presumes that certain models have absolute, not situational, value. Rather than fighting for the ascendancy of certain positions, Anderson suggests, citizens should fight to bolster healthy institutions and systems—those which insure that all views and experiences will be heard.»

Progressime et économie de marché

«American progressivism is in the midst of a messy reckoning. During the nineties, upper-tail wage inequality (the gap between the middle class and the rich) exceeded lower-tail inequality (the gap between the poor and the middle class). Since then, upper-tail inequality has continued to grow while lower-tail inequality has remained basically unchanged. The unnaturalness of this top-heavy arrangement, combined with growing evidence of power abuses, has given many people reason to believe that something is fishy about the structure of American equality.»

«The problem isn’t that talent and income are distributed in unequal parcels. The problem is that Jeff Bezos earns more than a hundred thousand dollars a minute, while Amazon warehouse employees, many talented and hardworking, have reportedly resorted to urinating in bottles in lieu of a bathroom break. That circumstance reflects some structure of hierarchical oppression. It is a rip in the democratic fabric, and it’s increasingly the norm.»

«Andersonism holds that we don’t have to give up on market society if we can recognize and correct for its limitations—it may even be our best hope, because it’s friendlier to pluralism than most alternatives are.»

La lecture de l’article complet est évidemment encore mieux.

 

De Marc L*** à Christopher Wylie

Il y a dix ans, le magazine français Le Tigre faisait un buzz planétaire en illustrant comment notre utilisation du web dévoilait notre vie personnelle (j’en avais parlé le 16 janvier 2009).

Raphaël Meltz avait écrit un article qui décrivait avec une invraisemblable précision la vie de Marc L*** (un internaute réel) en se basant uniquement sur de l’information librement accessible sur le Web (sur Flickr, Youtube, et un peu Facebook, qui était encore relativement naissant). On y découvrait sa ville de résidence, ses études, sa profession, ses occupations, les noms et photos de ses amis, ses récits de voyages, certaines de ses possessions, etc. Le résultat était sidérant.

À l’époque, les débats provoqués par la publication de cet article ont essentiellement tournés autour du droit à la vie privée — sur une base individuelle: qu’est-ce que notre employeur (actuel ou futur) ou nos voisins pouvaient apprendre de nous, par exemple.

Un texte semblable aujourd’hui aurait probablement un certain retentissement, mais bof… au s’est tellement habitués à laisser toutes ces traces derrière nous… et ça n’intéresse tellement personne au fond (combien de temps vous avez mis à espionner vos voisins récemment? et les employeurs, ils ont appris à composer avec les frasques de jeunesse, non?). Et de toutes façons, tout le monde raconte sa vie sur Facebook et ça se passe bien… N’est-ce pas?

Dix ans plus tard

Dans sa revue de 2018, le magazine Wired consacre un article à Christopher Wylie — qui est, de mon point de vue, la personnalité de l’année.

C’est lui qui a tiré la sonnette d’alarme avec Cambridge Analytica et Facebook il y a quelques mois… Un scandale qui s’est avéré n’être que la pointe de l’iceberg. Et il ne s’est pas contenté de sonner l’alarme… il a été sur toutes les tribunes, toute l’année, partout dans le monde, pour expliquer et vulgariser les enjeux associés aux renseignements personnels, tant auprès de la population que des élus.

Ce que Christopher Wylie nous a aidé à mieux comprendre c’est que notre peur de 2009 ne portait pas sur la bonne chose… La protection de la vie privée n’est pas le principal danger lié à la collecte des renseignements personnels.

S’il est vrai que les renseignements personnels n’ont généralement que peu d’intérêt pris individuellement, il se trouve qu’ils valent des fortunes quand ils sont rassemblés, structurés et analysés. Ils deviennent alors la source d’un pouvoir énorme: celui de manipuler les gens.

Les banques de données personnelles permettent, bien sûr, de manipuler les gens à des fins mercantiles — par une publicité ultra personnalisée;

Mais elles permettent aussi (surtout?) de manipuler les gens à des fins politiques, en pervertissant les circuits d’information et la démocratie.

Après un peu plus de dix ans d’expérience des médias sociaux, ce qu’il devient essentiel de comprendre c’est qu’en permettant, collectivement, à quelques gigantesques entreprises d’accumuler autant de renseignements personnels, on leur accorde aussi, béatement, le pouvoir de nous manipuler.

Le problème ce n’est pas les médias sociaux, mais bien l’absence de cadre réglementaire dans lequel ils se développent actuellement.

Si on ne fait rien, il ne faudra pas se surprendre de voir s’effriter la démocratie partout dans le monde et de voir se multiplier les résultats d’élections étonnants qui vont mettre nos institutions à rude épreuve.

Wired dit que 2019 est l’année où il devient indispensable de poser des gestes devant la menace que fait poser l’accumulation, le commerce et le traffic de renseignements personnels.

Un comité sénatorial canadien vient aussi de sonner l’alarme: la démocratie est menacée.

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Je pense que l’accumulation des renseignements personnels dans les mains de quelques entreprises pose une menace aussi importante pour notre civilisation que les changements climatiques.

Sauf qu’à la différence des changements climatiques, il s’agit d’une menace qu’il serait facile d’éliminer: il suffirait d’un peu de courage politique pour encadrer la cueillette de renseignements personnels, leur conservation, leur analyse et — surtout — les échanges commerciaux dont ils font l’objet.

Un souhait pour 2019? Oui, ça pourrait être ça…

L’art de la rencontre

Je ne peux pas finir l’année sans lever mon chapeau à la gang de la balado Les engagés publics: François Larouche, Denis Martel, Jean-Samuel Plante et Louis-Philippe Valiquette.

Ces quatre-là ont choisi de ne pas se laisser abattre par leurs déceptions politiques et de nous aider à faire de même.

Presque chaque semaine, ils consacrent quelques heures à préparer, enregistrer et faire le montage d’une émission de radio positive où on parle de politique sans prétention, en riant et — surtout — en mettant réellement en valeur ses principaux acteurs.

J’apprécie chaque épisode, mais mon coup de coeur va aux émissions hors-séries, qui sont entièrement consacrées à la rencontre d’une personnalité politique.

Les gars ont un véritable talent pour mettre les invité.e.s à l’aise. On sent rapidement une complicité s’installer et après près quelques minutes tout le monde a du fun… et ça paraît! Ça marche.

Je pense que le minimalisme de l’équipement nécessaire à la baladodiffusion, la possibilité de faire les rencontres dans un lieu public et la simplicité des intervieweurs y sont pour beaucoup.

Comment ne pas être sincère avec un Denis Martel, par exemple, qui débarque, bon enfant, en jeans et t-shirt, pour une entrevue? Impossible! Les précautions médiatiques tombent tout de suite et on assiste à une véritable rencontre.

Plusieurs de ces entrevues, m’ont redonné espoir dans la politique — parce qu’on y (re)découvre, simplement, avec le coeur, des gens passionnés, qui font de la politique avec passion, pour de bonnes raisons, quel que soit le parti pour lequel ils ont choisi de s’engager.

Les engagés publics livrent la marchandise: ils offre une antidote au cynisme. Leur balado est un des meilleurs moyens que je connais pour apprendre à aimer celles et ceux qui choisissent choisi de consacrer une partie de leur vie au service public.

Si vous ne les connaissez pas, faites vous du bien: allez prendre une marche en écoutant une des entrevues qu’ils ont réalisées en 2018:

Je ne doute pas qu’il y aura plusieurs autres entrevues l’an prochain — et j’espère que cette galerie de portraits pourra bénéficier de tout le rayonnement qu’elle mérite.

Chapeaux les gars, vous faites un travail vraiment remarquable.

Pour 2019, je vous souhaite encore plus d’auditeurs, de nouveaux collaborateurs (mieux, des collaboratrices!) et surtout encore beaucoup de plaisir… pour avoir le goût de poursuivre cette aventure longtemps.

Merci pour tout. Longue vie aux Engagés publics!

30 décembre — Mise à jour: une entrevue vient de s’ajouter:

Lien vers les trois épisodes réguliers auxquels j’ai eu le plaisir de participer:

Mon blogue en 2018

2018 n’est pas encore tout à fait terminée, mais c’est aujourd’hui que je prends le temps de faire un petit retour sur la dernière année de mon blogue.

Premier constat, ça a été une très bonne année pour le nombre de publications. Ce texte est le 123e publié en 2018. Ce qui fait de 2018 la quatrième meilleure année à ce titre depuis 2002 (voir les statistiques complètes au bas du texte).

Deuxième constat, je suis content de continuer à écrire d’abord et avant tout pour moi, sans chercher les sujets qui pourraient me ramener plus de lecteurs. Ce serait pourtant facile si c’était mon objectif… ça se voit bien à l’analyse du palmarès des textes les plus lus (entre parenthèses le nombre de visionnements).

1- Le bon vieux papier (866)

2- J’accuse Patrick Lagacé (550)

3- Ce que j’ai pensé du livre de Sébastien Proulx (439)

4- Crêpes (398)

5- Diplôme d’études secondaires sans maths ni sciences (394)

6- Une nouvelle forme de parti politique (379)

7- L’élargissement d’Henri IV… encore! (346)

8- Québec 1989-2019 (328)

9- Marcher — 2 (320)

10- Parodie (290)

On constate en effet que trois des dix textes les plus lus sur mon blogue au cours de la dernière année sont des coups de gueule en réaction à des articles publiés dans les médias (1, 2 et 10). Deux autres textes sont directement en échos à l’actualité (3 et 7).

Les deux plus grandes surprises dans cette liste sont en 4e et 5e positions. Ce sont c’est textes increvables, années après années… pour des raisons mystérieuses.

Crêpes a été écrit en janvier 2008. Il raconte simplement une anecdote familiale… mais il fait pourtant le top 10 chaque année. Pourquoi? Je ne sais pas. Il y a tant de monde que ça qui cherche des recettes de crêpes?

Diplôme d’études secondaires sans maths ni sciences est un très court texte écrit en 2004 en réaction à un article publié dans Le Devoir. Les visiteurs de ce texte ont sans doute été guidés ici par Google… et ne doit faire que des déçus parce qu’il ne contient aucune réponse aux questions qui me semblent pouvoir y mener. Manifestement, il y a *beaucoup* de jeunes (et/ou de parents) qui sont à la recherche d’une trajectoire… année après année.

Ça laisse dans le top 10 trois textes qui ressemblent davantage à ce que j’ai le goût de faire dans la prochaine année (6, 8 et 9): de l’exploration, des réflexions, des récits.

Troisième constat, je suis pas mal fier de tenir ce blogue depuis septembre 2002, et cela quasiment sans interruptions (plus longue interruptions a duré trois mois, en 2011). Et je me trouve encore plus chanceux de constater de pouvoir compter sur des lecteurs pour tous mes textes.

En 2018, ce blogue aura été visité par au moins 11032 personnes différentes qui auront lu 25570 fois l’un ou l’autre de mes textes.

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Santé!

Photo prise le 9 novembre.

Ce texte est le dernier de la série Mon calendrier de l’Avent 2018.

J’ai entrepris la rédaction de ce calendrier de l’Avent il y a un mois.

Ça a commencé par un survol des photos qui traînaient dans mon téléphone, témoins de moments qui avaient marqués mon attention. Puis un tri, puis 25 exercice d’introspection, 25 efforts de rédaction et, finalement, 25 gestes de partage. Je suis très content de m’être imposé cette discipline. À toute les étapes ça a été vraiment un très grand plaisir.

Impossible de conclure cette aventure sans souligner la chance que j’aie eue, encore cette année, d’être en santé. C’est tellement plus facile d’apprécier la vie dans ce temps-là! J’en profite aussi pour faire une grosse accolade à celles et ceux qui n’ont pas cette chance, qui arrivent à surmonter les obstacles et à sourire malgré tout. Vous avez été plusieurs à m’inspirer au cours de l’année.

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J’ai amorcé le calendrier de l’avent en écrivant que 2018 avait été une année particulièrement généreuse pour moi, pour nous. On a eu beaucoup de choses à célébrer.

Il faut dire qu’avec les années, on a aussi appris à célébrer… parce qu’on est pas toujours obligés d’attendre de grandes grandes choses pour célébrer!

S’il fallait ne retenir qu’une de ces choses, ce serait sans aucun doute ce jour de novembre où on a annoncé que Ana allait rejoindre le comité de direction du Musée de la civilisation — résultat de son engagement sans faille, depuis plus de dix ans, en faveur de l’innovation. 2018 a aussi été une année où j’ai été particulièrement fier de ma compagne — parce que tout cela est telllllllllement mérité!

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Bon, ben, mine de rien, c’est le 25 décembre!

Joyeux Noël tout le monde!

Profitez bien du temps des Fêtes! Pour rire, lire, bricoler, prendre du temps avec les gens que vous aimez — et pourquoi pas écrire un peu?

Rire

Photo prise le 11 décembre.

Ce texte fait partie de la série Mon calendrier de l’Avent 2018.

Ne pas se prendre trop au sérieux, laisser aller son imagination, oser côtoyer le ridicule et, surtout, pouffer de rire régulièrement — en famille, avec des amis, ou même seul! C’est tellement important pour profiter de la vie. Et heureusement ça n’a pas manqué cette année non plus!

Comme ce jour-là, où un oignon et une patate laissés négligemment sur le comptoir par Ana avant de partir travailler m’ont donné l’idée de réaliser un hommage au mouvement des gilets jaunes dans notre cuisine… ce que je me suis empressé de faire.

Absurde! Oui, absolument! Et c’est encore plus agréable à partager avec des amis, par courriel, par messagerie instantanée ou, encore mieux, à l’occasion d’un repas!

Je pense qu’on peut dire qu’aucun repas n’est banal à la maison. On rit presque autant qu’on mange. C’est presque toujours mon moment préféré de la journée.

Merci à celles et ceux qui subissent cette douce folie.

NOTE: un calendrier de l’Avent normal se termine le 24 décembre… mais il y aura un dernier texte demain pour compléter la série.


Extrait de mon journal du 11 décembre:

«Matinée efficace même si je me suis laissé distraire un peu trop souvent: courriel, lecture, twitter. Je dois plonger cet après-midi dans la rédaction d’un document dû pour demain. J’ai aussi un peu de comptabilité à faire. Ce sont mes deux objectifs pour aujourd’hui.»

Montréal

Photo prise le 16 novembre.

Ce texte fait partie de la série Mon calendrier de l’Avent 2018.

J’ai arpenté l’avenue du Mont-Royal bien des fois au cours de l’année. Vingt? Trente? Quarante fois peut-être? J’y ai même pris des habitudes!

En fin de journée en direction Est, vers la rue Parthenais — pour retrouver l’ami Simon, qui m’héberge si aimablement quand je suis à Montréal — et le matin en direction Ouest, vers le métro et les réunions du jour.

J’aime cette rue: ses commerces variés, ses locaux abandonnés, ses escaliers, ses accents français, ses odeurs de pain, de soupe… et de pot! Ses nombreux personnages aussi, et, plus encore, toutes les surprises que son incessante activité réserve quand on sait être attentif.

J’y ai vu des pigeons se partager un croissant et un café; des sans-abris jouer du piano à quatre mains; des affiches électorales transformées en poésie; des automobiles dernier cri et des vélos à l’allure extra-terrestres.

J’y ai vu aussi quelques vedettes, un Bouddha, un bonhomme Lego géant, de nombreux rêveurs et quelques prophètes de malheurs.

Je me suis très souvent arrêté, le temps de prendre une ou deux photos, afin de conserver un souvenir plus précis du moment. Je ferai peut-être quelque chose de tout ça un de ces jours.


Extraits de mon journal du 16 novembre:

«Jour de première neige à Montréal… c’est beau! J’ai failli mourir de rire en voyant dans la vitrine d’un commerce une affiche: «En raison du mauvais temps nous serons fermés aujourd’hui. À demain.» (…) J’ai fait plusieurs rencontres stimulantes au Salon du livre. J’ai pu prendre une bière avec P. à la gare avant de reprendre le train vers Québec. Pendant ce temps C. est arrivée à Washington.»

Identités

Photo prise le 11 août.

Ce texte fait partie de la série Mon calendrier de l’Avent 2018.

Par une des plus belles journées de l’été, nous sommes allés faire un tour à Baie Saint-Paul pour voir une exposition consacrée à Borduas et le Refus Global et faire le tour du Symposium international d’art contemporain.

En prime, nous avons eu droit à une exposition aussi extraordinaire qu’improbable des œuvres de Antoni Tàpies. Certaines gravures qui n’étaient même pas sous verre m’ont particulièrement bouleversé.

Il y avait beaucoup de très belles choses au Symposium aussi, qui avait cette année pour thème L’art et le politique. Ce qui a attiré le plus notre attention c’est Freddy Boutique, une oeuvre-réflexion de Fred Laforge et Eddy Firmin autour de questions liées à l’identité et à l’appropriation culturelle. Brillantissime! On peut en avoir une idée: ici, ici ou .

On a terminé notre très belle journée par une longue déambulation sur la rue principale — quelle ambiance! — et un bon repas à la Microbrasserie de Charlevoix.


Extrait de mon journal du 11 août:

«Après les expositions, petit marche sur la rue principale, arrêt dans une brocante et repas au pub de la microbrasserie de Charlevoix. De retour à la maison, j’ai fait une petite sieste…. J’ai été réveillé par l’arrivée des cousines, avec qui on a jasé un peu dans la cour. Très agréable. Fin de soirée consacrée à la lecture, puis dodo, très fatigué mais repus de toutes sortes de belles choses.»