Valeurs, légitimité et méthodes

Un passage de l’entrevue que Philippe Couillard a accordée à La Presse canadienne a attiré mon attention:

Il faut savoir «nommer des valeurs en politique, avant de nommer des éléments de programme», dit-il.

Je suis d’accord sur le principe et je me réjouis de le lire aussi clairement exprimé. Sauf que.

Sauf que je trouve qu’il se dégage par ailleurs de l’ensemble du texte une inconfortable impression de paternalisme qui m’apparaît en contradiction avec les valeurs que prêche le premier ministre. Comme ici, par exemple:

il [se] voit comme celui qui donnera aux jeunes, bientôt aux commandes, tous les «leviers» nécessaires pour composer avec ce monde changeant aux valeurs différentes de celles de la génération actuellement au pouvoir. (…) Le gouvernement devra donc agir en ayant toujours à l’esprit les attentes des jeunes.

«Agir en ayant à l’esprit les attentes des jeunes». Ça ressemble un peut trop à mon goût à «faire à la place des jeunes». Je trouverais préférable qu’on trouve des moyens d’impliquer davantage les jeunes dans les processus décisionnels, sans attendre.

Ça m’a aussi ramené à un autre constat important de mes réflexions des derniers mois: la légitimité du message politique sera de plus en plus tributaire de la nature de la démarche qui l’aura précédé.

Si on ne change pas les façons de faire de la politique, pour engager davantage les gens dans la définition des valeurs et des programmes qui animent les partis, on ne changera pas grand chose, au fond. Comme le rappelait François Chartier récemment, dans un tout autre contexte:

«La démarche génère le produit. Si on ne change pas la démarche, on va toujours produire la même chose.»

Et c’est là que la réflexion qui inspire le courant l’Initiative, auquel j’ai déjà consacré cet autre texte, me semble le plus inspirant. Pour reprendre les mots d’un de ses instigateurs:

À notre époque un parti politique ne devrait plus prétendre dire aux gens ce qui est bon et ce qui est mal pour eux. Un parti politique devrait plutôt être perçu un véhicule pour porter leurs besoins et leurs désirs.

Plus facile à dire qu’à faire, évidemment, mais une chose est certaine: avec tous les moyens de communication et de collaboration dont on dispose aujourd’hui, il ne manque pas de ressources pour le faire — c’est surtout la volonté de le faire qu’il nous manque encore.

Il va bien falloir commencer à y penser plus activement (et très concrètement!) en prévision de la prochaine fois ou nous aurons à (ré)inventer un parti politique.

Photo: une oeuvre de Geneviève De Celles.

Les engagés publics

Je souhaite la bienvenue à celles et ceux qui découvrent mon blogue après avoir écouté le neuvième épisode des Engagés publics.

L’émission a été enregistrée hier soir. C’était ma première expérience de participation à une balado et j’y ai pris un très grand plaisir.

Un peu de préparation et beaucoup de spontanéité pour une heure de sujets sérieux ponctués de rire. Ce ne sera certainement pas la dernière fois!

D’ici-là, voici quelques liens en rapport avec les sujets que j’ai abordés au cours de l’émission:

Ma suggestion de lecture:

Quelques autres sujets évoqués:

Et un texte du site du MCC qui résume bien ce à quoi je travaille actuellement:

N’hésitez pas à utiliser la zone commentaires ci-dessous!

L’élargissement d’Henri IV… encore!

D’une élection à l’autre, de 2011 à 2018, pour des coûts évalués à un montant qui aura varié de 500M$ à 291M$, l’élargissement de l’autoroute Henri IV est devenu un thème obligé de la politique régionale.

Question de garder une trace de tout ce cirque, je place ici quelques articles sur une ligne du temps, accompagnés de quelques commentaires.

28 février 2011

L’élection approche…

4 septembre 2012

Élection au Québec: le Parti Québécois forme un gouvernement minoritaire

Il faudrait bien donner de bonnes nouvelles…

23 octobre 2012

29 mars 2013

7 avril 2014

Nouvelle élection au Québec: le PLQ forme un gouvernement majoritaire

Ce n’est peut-être plus aussi urgent au fond…

30 mai 2014

20 juin 2014

25 juin 2014

La fin de mandat du gouvernement approche, il faudrait bien bouger un peu…

27 avril 2017

Ouin, c’est peut-être un peu cher… faudrait revoir un peu les chiffres et confirmer l’élargissement…

28 août 2017

L’élection approche, faut faire une autre annonce pour dire la même chose…

14 mars 2018

L’élection est dans un mois, c’est le moment de prendre une photo — et d’annoncer une bonne nouvelle: ça va finalement coûter beaucoup moins cher que prévu…

8 août 2018

1er octobre 2018

Élection au Québec: résultats à venir…

Et reste à voir quand ce sera terminé et combien tout ça aura vraiment coûté…

QUESTION: Pourquoi la gestion du réseau routier est-il encore un sujet aussi politique au Québec en 2018? Ça ne fait pas un peu république de bananes?

Les technologies d’il y a 20 ans

Comme je le disais un peu plus tôt, j’ai aussi trouvé dans mon cabanon un exemplaire du cahier Dimanche magazine du Soleil du 28 juin 1998 — dans lequel on peut lire une section Techno / Média.

Sous la plume de Yves Bernier, on peut lire la chronique Sur les routes de l’Internet. Extrait:

Les portails s’ouvrent tout grand

D’immenses portails ou terminus sont en train d’être construits un peu partout sur le Web, une tendance qui devrait transformer considérablement la toile que l’on connaît depuis quelques années. De plus en plus de sites Web, en particulier ceux qui se spécialisent dans les contenus directement liés à l’Internet et aux nouvelles technologies, se transforment en plaques tournantes de contenus très diversifiés, mais à la disposition de leurs visiteurs. Des réseaux privés comme America Online (AOL) et Compuserve ont été les précurseurs de ces méga centres d’information. (…)

Yahoo! Existait déjà, mais n’était pas mentionné dans l’article. On évoquait les «channels» du portail de Microsoft, Netscape et les projets de Disney qui venait d’investir dans Infoseek. Google allait être créé en septembre 1998. On était encore loin de Facebook, qui n’apparaît qu’en 2004 (et encore, il n’a été ouvert au grand public qu’en 2007).

On peut aussi lire la chronique CD-ROM en stock, de Yves Therrien. Il présente dans cette édition un cédérom hybride MAC/PC sur la musique, et une encyclopédie médicale uniquement pour PC. Configuration minimale pour faire fonctionner cette encyclopédie: processeur 486 DX266, Windows 3.1 ou 95 avec 16Mo de mémoire vive et un écran 256 couleurs.

Un avertissement important toutefois:

Pour la liste des liens vers les sites Internet, il faut absolument que l’accès soit actif avant de démarrer la consultation sauf si l’activation du logiciel de navigation prévoit la mise en route de la connexion par modem.

Vous entendez le bruit du modem? Moi aussi!

Il y a également la chronique L’univers de l’électronique, signée par Michel Truchon. On y découvre le Toshiba Libretto:

… le plus petit portable complet qui existe. Révolutionnaire au point qu’il n’a jamais été imité et encore moins dépassé. (…)

… le clavier est plus petit que celui d’un bloc-notes, bien sûr, mais les touches sont suffisamment grosses pour qu’on puisse l’utiliser sans trop de problème avec une méthode de dactylographie. Le pointeur se déplace grâce à une petite touche que l’on manie avec le pouce, à la droite de l’écran, et les clics se font avec deux autres boutons, à l’arrière. Étrange au début, mais beaucoup plus pratique et confortable que les contrôleurs sur les blocs-notes.

Le prix de cette petite merveille? 3000$ pour la version de base (Pentium 120, 16 Mo de mémoire vive et un disque dur de 1,6 Go) et 3999$ pour la version plus puissante (Pentium 166, 32 Mo, 3,3 Go).

«Un véritable exploit technologique», conclut Michel Truchon.

Il y a aussi cette courte dépêche de l’AFP:

Nouvelle vocation pour les clochers d’église

BONN (AFP) — Les clochers d’église connaissent en Allemagne une nouvelle et très lucrative vocation grâce au développement exponentiel du téléphone portable, les édifices religieux pouvant héberger les stations-relais des opérateurs de télécoms. Abriter ces stations-relais d’environ un mètre de diamètre dans leur clochers rapportent aux églises au moins 4000$ de loyer par an et bien plus dans une région «névralgique». L’arrivée sur le marché d’un quatrième opérateur, Viag Interkom, renforce encore cette tendance: dans la seule région de Berlin-Brandebourg, pas moins de douze églises sont en négociation avec Viag Interkom. Le tout dans le respect de «l’esprit chrétien», car « qui pourrait croire que le Bon Dieu trouverait à redire si les gens se connaissent mieux et se rapprochent grâce à la communication», déclare le porte-parole de Viag Interkom, Michael Rebstock.

Selon la même logique, le Bon Dieu n’aurait probablement rien à redire non plus, vingt ans plus tard, sur les dérives de Facebook, et Twitter… N’en doutez pas.

Finalement, pour les sorties culturelles, sachez qu’il était possible de voir notamment les films Armageddon, Le Show Truman et Titanic. En particulier au cinéma Sainte-Foy (qui est fermé depuis longtemps) ou dans un des nombreux cinéparcs (en existe-t-il encore?).

Ah… j’oubliais… on apprenait aussi dans ce journal que l’industrie musicale était dans la tourmente:

L’industrie du disque dans la toile de l’araignée

Guerre en vue sur le web

LONDRES (AFP) — Le développement spectaculaire d’Internet donne des idées à certains producteurs de groupes pop, qui rêve de vendre directement leurs produits sur le Web, mais les distributeurs de disques menacés fourbissent déjà les armes.

Le nouveau prophète de l’apocalypse des maisons de disques est nul autre que Alan McGee, le producteur d’Oasis. «Il n’y aura plus de maintien de disques dans dix ou 20 ans, proclame-t-il dans un récent article. Il sera beaucoup plus intéressant pour les groupes de diffuser leur musique sur Internet, en se passant d’intermédiaires, pour l’adresser directement à leurs fans à un prix plus intéressant.» (…)

Alan McGee, lui-même à la tête d’une maison de disques — Création Records — est persuadé que le web prendra à terme le relais d’une industrie du disque qui montre déjà des signes de faiblesse. « On ne vend plus de disques. Ceux qui disent le contraire sont des menteurs. Il y a une récession mondiale de l’industrie de la musique», professe-t-il. (…)

Incroyable, non? On pourrait pratiquement reprendre ce texte mot pour mot aujourd’hui… Comme quoi vingt ans c’est à la fois très long… et très court!

Fin de l’aventure archéologique dans mon cabanon.

La une complète du cahier Dimanche Magazine du 28 juin 1998:

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Apprendre à écrire en 2008

Une autre perle trouvée dans mon aventure d’archéologie médiatique au fond de mon cabanon: un texte de Daphnée Dion-Viens intitulé Le «texto» n’est pas une menace, publié dans Le Soleil du 26 juillet 2008. Extraits:

Le «texto» n’est pas une menace

Le Conseil supérieur de la langue française ne s’inquiète pas de l’impact du clavardage sur la qualité du français

Le français n’a rien à craindre du langue «texto», souvent utilisé par les ados pour clavarder.

C’est du moins l’avis du président du Conseil supérieur de la langue française, Conrad Ouellon. S’inscrivant contre les discours alarmistes, il affirme que cette nouvelle façon de s’exprimer au clavier représente plutôt «un signe de vitalité et d’adaptabilité de la langue». (…)

«Les jeunes ont des ordinateurs, ils aiment produire du texte n’importe comment, alors laissons-les aller. Ils sont peut-être plus fins qu’on pense. (…) a-t-il affirmé hier au Soleil, en marche d’une conférence prononcée pour clôturer le congrès de la Fédération internationale des professeurs de français, qui s’est déroulé cette semaine à Québec.

Conrad Ouellon refuse donc de voir dans le clavardage une menace. Il va même plus loin en minimisant l’importance d’écrire sans faute «Il ne faut pas faire un drame avec ça (le langage texto), comme il ne faut pas faire un drame avec la faute. Qu’est-ce qui est le plus important, savoir bien structurer un texte ou ne pas faire de fautes? Je préfère quelqu’un qui sait comment organiser sa réflexion. S’il y a des fautes, ça se corrige, il y a des outils qui peuvent t’aider.» (…)

«À l’école, il va falloir accepter la présence de l’informatique et de ses produits dérivés. Je ne suis pas sûr qu’on utilise ça à bon escient. Les correcteurs d’orthographe, ça fait partie des outils d’écriture. Il y a quelque chose d’insensé à laisser des enfants jouer avec un ordinateur à longueur de semaine, alors qu’on leur fait passer un examen avec un crayon et un papier, enfermé dans une salle de classe pendant deux heures. Il n’y a personne qui fait ça dans la vie.» (…)

Ça fait du bien à lire, je trouve.

Je me demande si on pourrait tenir un discours aussi clair aujourd’hui?

Dix ans dans la vie de François Legault

En faisant le ménage du cabanon au cours des derniers jours, je suis tombé sur quelques vieux journaux, la plupart datés de l’été 2008… mais aussi un exemplaire de l’été 1998! J’ai pris une heure pour les feuilleter ce matin et j’en retiens quelques perles.

Le plus spectaculaire est probablement le texte de Gilbert Lavoie, publié dans Le Soleil du 21 août 2008. Extraits:

Cynisme ou réalisme?

Les vacances estivales ont ceci de bon qu’elles renvoient les députés sur le plancher des vaches. Loin de la bulle parlementaire, les élus sont confrontés à la réalité du quotidien de leurs concitoyens. C’est ce qui explique la déclaration du député François Legault à son arrivée au caucus du Parti québécois, hier matin.

Le cynisme des québécois est tel, selon lui, qu’il faut mieux trouver des solutions à nos problèmes comme la santé et l’économie avant de relancer un grand projet collectif comme la souveraineté. (…)

N’empêche que l’embarras créé par la déclaration de François Legault illustre une fois de plus les difficultés qui attendent Mme Marois dans la gestion des débats sur la souveraineté. (…)

Juste à côté de cette chronique, on peut lire un texte de Simon Boivin intitulé Legault contredit par Marois. Extraits:

Au premier jour d’un caucus péquiste dans la région du Cenre-du-Québec, le porte-parole en matière de finance a proposé une approche «en deux étapes» pour accéder à l’indépendance. Sans remettre en question la pertinence du projet souverainiste, il juge difficile d’y parvenir dans l’état actuel des choses.

«Il faut être réaliste, a dit M. Legault. Que ce soit en environnement, ou un grand projet comme la souveraineté, les gens sont très cyniques. Je l’ai senti cet été en me promenant un peu partout. (…) Il faut d’abord rebâtir la confiance, proposer une alternative, des projets de gouvernance pour régler les problèmes.»

Selon lui le cynisme de la population est «pire que jamais». Et les saga des hôpitaux universitaires à Montréal, du «fiasco» financier à l’UQAM ou du passage de l’ex-ministre Couillard au privé ne sont pas de nature à régler le problème.

Après la réunion de l’avant-midi, avant le point de presse de la chef Pauline Marois, les députés du Parti québécois appelés à réagir à ses propos fuyaient les micros tendus. (…)

Mme Marois, elle, a présenté une vision aux antipodes de celle de son député de Rousseau. Dans son analyse, le cynisme ambiant aurait plutôt l’effet «contraire». «Les gens recherchent de nouveaux défis, ils ont le goût de se mobiliser autour de nouveaux projets qui vont les emballer, a-t-elle argué. On a le goût de remettre le projet de souveraineté à l’ordre du jour le plus rapidement possible», a dit la chef péquiste. (…)

Je trouve que c’est une bien troublante mise en perspective de la situation politique actuelle, à un peu moins de deux mois des élections, pas vous?

Quelques autres perles à venir…

Pour lire les textes complets:

Dialoguer, mais encore?

J’ai publié ce matin un court texte pour partager mon appréciation de la chronique d’Odile Tremblay dans Le Devoir de ce matin. Ça n’a pas été très long avant que je reçoive de premières réactions — tant positives et négatives, en privé pour la plupart. Normal pour un sujet aussi controversé.

Cela a aussi donné l’occasion d’un échange avec mon beau-frère, René Audet, qui est professeur de littérature à l’Université Laval. J’en reprends ici l’essentiel, avec son autorisation.

Ça démarre sur un désaccord au sujet de la pertinence d’organiser des « États généraux de la culture » (suggestion formulée par Odile Tremblay, à laquelle je m’associe) et ça se termine (si un tel échange est jamais terminé !) sur une question reformulée… et une idée à laquelle il resterait à donner forme.

N’hésitez pas à commenter à votre tour !

***

René: « quartiers [états] généraux du monde culturel pour établir des balises de protection créatrice » : euh… pour laisser toute la place à la bien-pensance et à la rectitude, pour laver du linge (en partie) sale sur la place publique, peut-être. Mais ce genre de grand-messe pourra difficilement faire avancer les mœurs – ça sera plutôt un motif de jeter encore un peu plus d’huile sur le feu, de se limiter à la rhétorique de la faute antérieure irréparable. Il faut regarder par en avant, garder un regard ouvert sur les cohabitations culturelles, donner sa chance à chacun. Pas favoriser une attitude voulant policer les mœurs et les intentions… M’enfin, y’a de quoi s’y perdre.

Clément: Oh, la police des mœurs et des intentions : loin de moi cette idée. Mais est-ce que cette idée de temps d’arrêt collectif est contradictoire avec le vœu, que je partage, de « regarder en avant, garder un regard ouvert sur les cohabitations culturelles [et] donner sa chance à chacun » ? On serait condamné à une version cheap de la commission Bouchard-Taylor recevant la famille Pineault-Caron ? Je ne peux (veux) pas croire ça.

René: Les états généraux me font frémir. Parce qu’ils sont parfois noyautés par des visions politiques opportunistes, par des purs et durs qui veulent casser la baraque… et qu’ils rassemblent aussi des gens qui ne sont pas les premiers acteurs du domaine visé (parce que les acteurs sont plutôt sur le terrain, en train de bosser). On ne peut pas régler ce genre de trucs par une grand-messe, mais plutôt par du travail de terrain, sur le moyen terme, et peut-être aussi par des interventions solides de gens respectés qui pourront agir sur les modes de pensée. My 2¢…!

Clément: « Des interventions solides de gens respectés qui pourront agir sur les modes de pensée.» – bien sûr, c’est le meilleur scénario ! Mais où sont-ils ces gens ? Et quelles tribune auront-ils si on ne crée pas les conditions favorables à leur prise de parole ? Dans l’environnement médiatique actuel…

René: Peut-être, justement, ce n’est pas par les médias que ça doit passer, mais par de plus petites rencontres, loin des caméras. Je suis sûrement pessimiste et idéaliste sur ce coup. Mais je crois que l’affaire a beaucoup trop « bénéficié » du spin médiatique et que l’outil n’est pas approprié pour renverser la vapeur. Les acteurs du monde du théâtre s’en parleront intensément dans les prochains mois, les échos seront perceptibles dans le secteur du cinéma, de la télévision. Des gens poseront des questions, ne voudront pas être au centre d’une semblable polémique… Le travail se fera peu à peu dans les milieux, je crois.

Clément: Trop de spin médiatique : *assurément*. Mais à mon avis la question est maintenant plutôt de savoir si on peut faire la suite « à l’abri de la réalité médiatique », ou si on doit trouver moyen « de faire avec ».

René: Ou, plus précisément : si le monde médiatique est partie prenante de la suite ou simplement une instance de relais. Ça me semble assez différent. L’option 2 est peut-être illusoire (au sens où les médias sont de plus en plus interventionnistes), mais il est possible que le scénario vise d’abord à impliquer les gens concernés et que le spin médiatique vienne en appui, dans un deuxième temps…

Clément: Cela dit, je suis d’accord avec toi que la forme d’éventuels « états généraux » devrait aussi faire l’objet d’une réflexion approfondie. Ce ne peut pas être qu’une grande messe de quelques jours. Ce serait jouer le jeu des médias plutôt que de faire avec lui. Pensons à un événement plus participatif, plus sur le modèle de la co-construction que d’une série de dépositions devant un tribunal ou une commission d’enquête ; quelque chose qui se réalise sur une ou deux années plutôt que sur quelques semaines ou mois – avec des interventions réelles dans les milieux, entre des étapes un peu plus exposées publiquement/médiatiquement… Soyons ingénieux !

René: Ouep, en effet. Ça correspond davantage à mon idée de travail sur le terrain. Ceci dit, le succès réside dans la légitimité de l’instance qui prendra l’initiative (et la parole) – plusieurs instances se sont mouillées, avec une réaction plus ou moins consensuelle, alors que d’autres brillent par leur absence/silence. Qui pourra être bien perçu dans le comité d’organisation d’un tel projet ?

Clément: Pourquoi pas des « états généraux » dans le cadre desquels on demanderait aux musées (et aux musées nationaux, en particulier), aux bibliothèques (et à BAnQ, en particulier), ainsi qu’aux établissements scolaires, cégeps et universités, de participer ? Une démarche où les milieux de travail (publics et privés) auraient aussi la possibilité de se raccrocher ? Pourquoi pas une démarche très décentralisée, donc, qui serait aussi plus susceptible de rendre compte de la diversité des points de vue et des réalités régionales ? Tout cela pourrait par la suite être « ramassé » à l’occasion d’un événement-synthèse destiné à dégager des consensus (parce que oui, je crois toujours à l’importance des consensus, plus que jamais même).

René: Dans l’absolu oui, pourquoi pas. Mais quel serait le pitch, quelle serait la commande ? (de façon à ne pas seulement enfoncer le clou de l’auto-flagellation) Plutôt centrer la démarche autour de projets ou initiatives qui illustreraient là vers où on veut aller, et non centrer sur les travers à éviter ? Une définition de la culture commune/partagée ? Ça finira par être un projet de pays :)

Clément: Me voilà démasqué !

René: Cela dit, la question qui me paraît fondamentale est : quelle est la commande, l’orientation du truc ? Trop facile de se limiter à la seule rhétorique de la réconciliation (avec un arrière-plan de contrition piteuse), alors qu’on peut plutôt/aussi se demander comment on peut faire à l’avenir, tous ensemble.

Clément: Je suis d’accord, le mandat confié aux responsables de ce genre d’États généraux est déterminant. Une discussion à son sujet (forcément très politique – d’où le besoin d’un leadership dont on est toujours à la recherche !) est un passage obligé avant d’aller plus loin, à défaut de quoi je te concède qu’on en restera très probablement aux vœux pieux.

Dialoguer c’est bien. Développer des pratiques culturelles (et éducatives !) communes, partagées, c’est encore mieux !

Image: Vaduz (fragment), 1974, Bernard Heidsieck. Vu au Centre Georges-Pompidou en août 2017.

Dialogue éclairé

J’ai beaucoup lu sur les très délicats enjeux autour de l’annulation de SLÀV et Kanata. J’ai été touché par plusieurs points de vue, parfois contradictoires. Ça remue.

Je crois constater que le débat avance… malgré des exagérations de part et d’autre. Je m’en réjouis. Si, au moins, tout cela n’est pas vain.

Odile Tremblay signe dans Le Devoir d’aujourd’hui un texte qui me semble être une remarquable synthèse de la situation: Après le séisme théâtral. Un texte engagé, nuancé, ouvert.

J’en cite la conclusion:

Ces questions sont complexes et ne peuvent se réduire à un seul point de vue. Le débat débouchera, espérons-le, sur des quartiers généraux du monde culturel pour établir des balises de protection créatrice. On lui souhaite aussi d’accroître le niveau de conscience collective en temps de mutation, quand seul le dialogue éclairé peut nous empêcher de frapper un mur.

Reste à trouver qui aura le leadership nécessaire pour organiser pareille rencontre — pas trop vite, mais sans trop tarder.

Image: Tapisserie aux mille-fleurs, A Moment of Beauty in a Land of Misery (fragment), de Myriam Dion. Vu au Musée national des Beaux Arts du Québec en juillet 2018.

Des scénarios pour imaginer l’avenir

Dans Le Soleil de ce matin on peut lire un texte du biologiste Claude Villeneuve dans lequel il présente les cinq scénarios qui vont servir au prochain rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC).

Le premier décrit un monde où on appliquerait le développement durable alors que le second explore ce qui se passerait si rien ne change dans le monde politique. Le troisième décrit un monde où le protectionnisme et les rivalités régionales dominent et où les organismes internationaux ne peuvent pas jouer efficacement leur rôle. Le quatrième présente une société à deux vitesses où les plus riches s’en tirent et les plus pauvres casquent. Enfin, le cinquième scénario socio-économique présente un monde où la technologie est reine et où le développement économique est partagé à la grandeur de l’humanité.

En lisant ce texte, je me suis demandé quels scénarios on pourrait formuler pour nous aider à imaginer les futurs possibles de la société québécoise, dans son ensemble.

Je me lance donc avec une première mouture de cinq scénarios:

  1. Rien ne change — tout continue comme maintenant.
  2. L’environnement médiatique s’emballe, la durée des cycles d’information continue à raccourcir et les polémiques occupent de plus en plus d’espace.
  3. Les technologies transforment l’exercice démocratique et permettent aux citoyens de participer de plus en plus régulièrement aux décisions politiques.
  4. Les dynamiques politiques sur l’île de Montréal et dans le reste du Québec deviennent de plus en plus irréconciliables.
  5. La transformation de l’activité économique se fait de plus en plus au détriment des travailleurs, contribuant à l’accroissement des inégalités économiques et sociales.

On peut alors se demander, pour chacun des scénarios, quelle tournure prendrait le Québec dans un horizon de 20 ans? 50 ans?

Dans quel genre de société vivraient nos enfants? Leurs enfants?

Et selon qu’on juge que ce sont des scénarios globalement positifs ou négatifs, qu’est-ce qu’il convient de faire pour les stimuler, ou éviter qu’ils ne se réalisent.

***

Ce ne sont peut-être pas les scénarios les plus pertinents mais, de prendre le temps de les formuler, même très spontanément, m’a permis de réfléchir à quelles sont, de mon point de vue, les variables les plus déterminantes pour l’avenir du Québec.

Les changements climatiques? L’éducation? Devraient-ils être l’objet de scénarios spécifiques? Ou se trouvent-ils indirectement présents dans ceux-là? Est-ce suffisant? Je continue d’y penser.

Vous croyez qu’il manque quelque chose? Dites-le dans un commentaire!

Casse-tête (et société)

Nous avons passé hier un extraordinaire après-midi au MNBAQ. Nous avons commencé par un survol des oeuvres de Riopelle, Leduc, Pellan et Lemieux avant de plonger dans l’exposition Fait main (absolument fantastique!), pour finir avec l’exposition qui est consacrée à l’œuvre de Berthe Morisot (fascinant!).

Il y aurait mille choses à dire. Des dizaines d’œuvres au sujet desquelles partager mon émerveillement, mais une seule pour aujourd’hui: Enfantillages, de Jean-Marc Mathieu-Lajoie (la photo ci-dessus en est un fragment).

Extraits de la description de l’œuvre:

En collectionnant et en observant méticuleusement les casse-tête, Mathieu-Lajoie a fini par en exploiter les matrices récurrentes. Il élabore une démarche à la fois rigoureuse et ludique en explorant d’infinies variantes permises par l’interchangeabilité des morceaux. (…) Ici, l’artiste a assemblé à plusieurs reprises six casse-tête pour enfants en mélangeant entre elles les pièces pour atteindre parfois des degrés étonnants d’abstraction.

Ainsi, en partant de multiples copies de six casse-tête différents, dont les pièces avaient des formes identiques, malgré des images différentes, l’artiste a pu composer une mosaïque de 45 cadres, contenant chacun un casse-tête inédit, qui semble chaque fois raconter une histoire différente — parfois soulignée par quelques ajouts de couleurs.

Le résultat est impressionnant, mais j’ai été encore plus émerveillé par l’étonnant détournement d’un objet qui nous invite autrement à recomposer sagement, un geste à la fois, une image imposée.

J’ai souri en lisant ce matin, dans une entrevue de 2011, qu’une des lignes directrices de Jean-Marc Mathieu-Lajoie était: déjouer des systèmes. C’est tout à fait ça.

Cette autre entrevue, vidéo cette fois, est aussi intéressante.

***

Et je ne peux pas m’empêcher de voir dans cette oeuvre une invitation à réfléchir la société québécoise de la même façon.

En 1960 les pièces étaient réparties sur la table, en désordre. On a mis quarante ans à les assembler. J’ai l’impression qu’on s’est arrêté ensuite pour admirer le résultat avec une fierté bien méritée.

Mais d’autres pièces sont venues s’ajouter sur la table sans trop qu’on sache quoi en faire. Étaient-ce les pièces d’un autre casse-tête? Des pièces de remplacement? Pourtant, non…

Et voilà qu’on découvre que ce sont des pièces interchangeables avec certaines de celles qui composent le casse-tête que nous avions cru complété.

L’exercice exigera évidemment d’accepter de passer par une phase plus abstraite d’où émergera progressivement une autre image — parmi plusieurs possibles (six kits de départ, 45 images).

Ce qui est bien, c’est qu’on ne part pas de rien: le tour du casse-tête est déjà fait! Il s’agit seulement de trouver les pièces dont les formes sont interchangeables, et de s’engager dans la transformation avec confiance!

 

Sandwich BBQ

Pendant un an nous nous sommes donné rendez-vous le vendredi midi devant l’Assemblée nationale le temps de manger un sandwich et de parler un peu de l’actualité et de l’état de notre démocratie.

Un peu plus de six mois après la dernière rencontre, nous avons prévu nous revoir, dans quelques jours, pour un BBQ estival. Question de nous revoir, se donner des nouvelles et jaser un peu.

Je profite de l’occasion pour réfléchir quelques instants sur ce que je retiens de l’expérience. Et j’invite les autres sandwicheux à en faire autant, dans les commentaires ci-dessous, s’ils en ont envie.

Très spontanément:

  1. La rencontre hebdomadaire, en personne, devant l’Assemblée nationale était une formule très exigeante, mais j’appréciais beaucoup son côté rituel. Et je m’ennuie d’un rendez-vous régulier qui nous amenait à nous forger un regard partagé sur l’actualité. On avait évoqué un rendez-vous mensuel en personne, on ne l’a pas fait — il y a sans doute d’autres pistes à explorer.
  2. C’est au cours de cette année de rencontres que j’ai choisi de quitter les instances du parti politique dans lequel j’étais très impliqué depuis dix ans. Je pense que nos échanges y sont pour quelque chose. J’ai progressivement senti le besoin d’explorer d’autres façons d’agir. La recherche se poursuit, mais c’est déjà, pour moi, une première retombée directe de notre démarche. Je sais que d’autres ont fait le chemin inverse et je m’en réjouis!
  3. Je crois que ma décision de quitter Facebook découle aussi, en bonne partie, de nos conversations. Paradoxal, parce que cette année de rendez-vous n’aurait pas été possible sans la facilité de communication qu’offre Facebook. Ça représente un défi pour le futur (on en parlera la semaine prochaine).
  4. Est-ce qu’on a changé quelque chose avec ça? Peut-être pas encore. Mais je suis convaincu qu’on a pas fait ça pour rien. Entre autre parce qu’on a piqué la curiosité de beaucoup de monde (je me suis fait interpellé encore récemment par une dame que je ne connaissais pas qui souhaitait savoir qu’est-ce qui se passait avec les sandwichs!). Peut-être y a-t-il une suite en gestation. Peut-être commune — ou différente pour chacun de nous?
  5. D’ici notre sandwich-BBQ, je nous suggère de relire notre texte de conclusion et de noter sur un papier une idée qui permettrait de rendre le propos encore plus concret au cours de la prochaine année. J’installerai un babillard pour épingler tout ça, en mode remue-méninges.

Et pour finir, je vous partage quelques lectures/relectures des derniers jours:

Le cynisme, on le sait, n’a pas très bonne presse. Il n’est pas possible de parler cinq minutes de politique sans que surgisse d’un buisson un commentateur pour nous rappeler le « cynisme ambiant » qui règne, qui fait que la population ne croit plus en ses dirigeants ni en ses institutions. Dans ce sens, le cynisme serait la doctrine de ceux qui, désabusés, s’attendent au pire.

Personnellement, je n’ai pas de problème avec cette épithète, si on accepte le petit bémol suivant. Ce cynisme est avant tout la posture de ceux qui refusent de se scandaliser de ce que les humains agissent quelquefois en humains (notamment sur les réseaux sociaux, mais aussi partout ailleurs où ils n’arrivent pas à cesser d’être humains). En ce sens, pour pasticher un titre bien connu, le cynisme est un humanisme, non pas parce que le cynique s’attend toujours au pire, mais plutôt parce qu’il tâche de ne pas nommer le prévisible « le pire ».

Et vous, que lisez-vous par les temps qui courent?

J’ai hâte de vous revoir!

Perspective éditoriale

Je suis fasciné par le choix de la photo qui accompagne ce texte sur le site de La Presse:

Les chefs de partis face aux questions de la jeunesse québécoise

La photo a manifestement été prise il y a quelques mois lors de la visite des travaux d’agrandissement de l’Assemblée nationale.

Du fond d’un trou.

Dans la pénombre.

Avec la tour du Parlement et le Fleurdelisé en contre-plongée.

La personne qui a ressortie cette photo pour illustrer cet article a fait preuve de beaucoup d’humour (est probablement d’un peu de cynisme).

Elle aurait aussi bien pu titrer l’article:

Les chefs de parti au fond du trou attendant que des jeunes leurs tendent la main pour reconnecter avec l’avenir.

Chose certaine, ça replace bien les choses en perspective: ce ne sont pas les chefs de partis qui feront l’honneur aux jeunes de les rencontrer le 17 août — c’est plutôt le contraire!

Molécules aromatiques et constitution

La lecture du D Magazine du Devoir (et son cahier LIRE) est toujours très stimulante. Parmi les textes de ce matin, Sentir pour voir Picasso, qui est signé Catherine Lefebvre et qui présente «un parcours aromatique guidé par François Chartier [qui] permet de plonger autrement dans l’œuvre du peintre».

J’ai été particulièrement frappé par ce passage:

Alors qu’il cherchait à se définir davantage comme un sommelier, c’est une citation du metteur en scène Franco Dragone, publiée dans un article du Devoir en 1994, qui a grandement inspiré François Chartier à faire les choses autrement: «la démarche génère le produit. Si on ne change pas la démarche, on va toujours produire la même chose.»

Rien d’extraordinairement nouveau, certes, mais cela me semble trouver une résonance très particulière par les temps qui courent.

Dans le contexte des débats qui entourent les annulations de SLÀV et de Kanata, d’une part (pour lesquels je continue à lire, écouter, réfléchir avant de me faire une idée plus précise); mais aussi, plus largement dans tous le contexte politique québécois, pour lequel je nous trouve bien embourbés.

Ça m’a remis sur la piste qu’il faut rapidement trouver moyen de casser le moule, de s’imposer de nouvelles démarches, de trouver de nouveaux contextes pour faire émerger des idées, des projets, et de nouvelles formes de leadership.

Et ça m’a rappelé qu’un ami m’avait parlé il y a quelques jours, avec beaucoup d’enthousiasme du projet de Christian Lapointe en collaboration avec l’Institut du Nouveau Monde:

[Un projet] qui propose aux Québécoises et aux Québécois de se prêter à l’exercice d’une assemblée constituante citoyenne, dans le but d’écrire la constitution du Québec. L’objectif : déplacer cet enjeu politique historique dans une arène non partisane.

CONSTITUONS! est un projet de théâtre qui résultera de la démarche d’assemblée constituante, qui s’inscrit pleinement dans la mouvance du théâtre actuel et qui cherche à mettre en relation théâtralité, communauté, et politique.

Voilà une démarche qui sort des sentiers battus!

J’ai donc complété la lecture du D Magazine par une bon survol de la démarche proposée par Christian Lapointe… à laquelle j’ai décidé d’apporter ma contribution.

Destruction de Paul Gouin

J’ai lu au cours des derniers jours Destruction de Paul Gouin, une fiction historique écrite par Claude Corbo et publiée chez Del Busso.

Le récit décrit la situation politique du Québec entre 1933 et 1936. Le Parti libéral est alors au pouvoir depuis près de 40 ans. C’est Taschereau qui est premier ministre. La corruption plane sur les affaires publiques.

Comme aujourd’hui, une bonne partie de la population croit qu’il faut renverser les libéraux. Duplessis vient d’être élu chef des conservateurs. Paul Gouin vient de fonder l’Action libérale nationale. Ils partagent tous les deux le même objectif et vont s’entendre (en pleine campagne électorale) sur une stratégie de collaboration pour espérer remplacer le gouvernement Taschereau.

Ils n’y arriveront pas du premier coup… et nommé chef de l’opposition (même s’il a fait élire moins de députés que l’ALN), Duplessis va littéralement manger Paul Gouin à l’Assemblée nationale et progressivement rallier presque tous les députés derrière son leadership. Il gagnera finalement haut la main à la deuxième occasion (Gouin renonce même à présenter des candidats à cette élection devant la force de Duplessis!).

Gouin est présenté dans ce livre comme un politicien idéaliste, vertueux, qui veut faire de la politique autrement — une politique positive et constructive.

À l’inverse, Duplessis est décrit comme un politicien pragmatique, efficace et prêt à jouer cochon s’il le faut. Et qui arrive à ses fins.

***

C’est une lecture que j’ai trouvé très intéressante. La forme du livre est d’ailleurs très agréable — quatre courts textes de natures variées: journal personnel, notes, monologue, discours.

J’ai évidemment trouvé très difficile de constater (une fois de plus!) à quel point l’histoire se répète et, par conséquent, d’imaginer un peu plus facilement le genre de stratégies qui sont probablement déjà/encore à l’oeuvre en préparation de l’élection du 1er octobre. Je vous laisse lire le livre pour les découvrir.

J’ai trouvé peut-être encore plus dur de voir aussi clairement la manière idéaliste de faire de la politique se faire écraser par une forme de politique beaucoup plus crasse. Mais bon, c’est ça qui est ça…

Heureusement, j’ai trouvé aussi dans cette lecture une source d’espoir en constatant que plusieurs des idées que Paul Gouin a pu brasser pendant cette période ont quand même fini par prendre forme dans le Québec d’aujourd’hui.

Comme quoi, tout n’est jamais vraiment perdu.

Réfléchir à voix haute

Ça fait maintenant plusieurs mois que j’ai quitté Facebook. Je ne m’en ennuie que très rarement. Vraiment très très rarement. Je ne regrette pas du tout ma décision.

Mais il est vrai que malgré de nombreux inconvénients, l’interaction qui venait avec Facebook comportait parfois aussi une certaine richesse qu’il n’est pas si facile à retrouver ailleurs. Mon retour progressif sur Twitter ne m’a pas encore permis de retrouver une dynamique de réflexion collective très satisfaisante en tous cas.

Prenant un peu de recul sur les derniers, mois, je constate donc qu’il va falloir que je consacre un peu plus de temps à publier sur mon blogue, et à tenter de faire circuler mes textes, si je souhaite obtenir quelques réactions qui pourront nourrir ma réflexion. Accumuler les notes privées c’est bien, mais pas suffisant.

Il ne s’agira pas forcément de faire des textes très longs, ce sera peut-être parfois même des ébauches de réflexions ou des idées encore incomplètes, mais elles permettront quand même peut-être d’initier quelques conversations.