Des discours plus constructifs

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J’ai publié près de 1600 textes sur ce blogue au cours des quatorze dernières années. Des textes qui sont devenus autant de traces de mes réflexions au cours de cette période.

De tous ces textes, il y en a un qui est particulièrement important à mes yeux. Il a été écrit il y a plus de dix ans et je m’y réfère encore périodiquement:

Ébauche d’un manifeste | 23 mai 2005

J’explorais dans ce texte les fondements d’une autre approche de la politique, déplorant notamment la polarisation des débats, le formatage abusif des discours en fonction des médias et l’utilisation des sondages pour manipuler l’opinion publique. Je proposais comme remède un voeu de proximité en dix points.

J’ai revisité ce texte en 2011, notamment pour y apporter quelques nuances, en fonction du contexte du moment (voir en particulier le troisième commentaire au bas du texte suivant):

Une nouvelle façon de faire de la politique?

Relisant tout cela à nouveau, au cours des derniers jours, ce sont les deux premiers points du voeu de proximité qui m’ont frappé le plus:

1. Toujours commenter le travail des autres élus de façon constructive;

2. Toujours expliquer ses décisions à l’aide de « parce que »;

Cela rejoint particulièrement la réflexion qui m’habite depuis quelques semaines, à laquelle j’avais notamment fait écho au début de l’été:

Une grande perplexité | 18 juillet 2016

Ces deux énoncés (commenter de façon constructive et expliquer avec un simple «parce que») décrivent en effet assez bien ce à quoi j’ai envie d’orienter progressivement le temps que je consacre à mon engagement social.

Je souhaite contribuer à faire émerger de nouvelles formes de discours, plus constructifs, qui s’appuieront sur des idées à la fois concrètes et inspirantes. Des discours qui seront motivés par la recherche de solutions plutôt que par une dynamique d’opposition. Des discours qui favoriseront la collaboration entre les gens au lieu d’alimenter la division. Des discours qui donnent le goût de s’engager plutôt que de nourrir le cynisme.

Pour cela, je réfléchis depuis quelques jours à mettre en place un site Web / média qui aura pour objectifs de rendre cette démarche concrète et de favoriser son ancrage dans la réalité économique, sociale et politique de la région de Québec.

VéloVoûte, une fausse bonne idée?

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La ville de Québec mène actuellement un projet pilote avec le VéloVoûte, un nouveau type de support à vélos. Si l’intention est bonne, je pense que le produit retenu passe à côté de l’essentiel: une intégration réussie dans la réalité urbaine.

Le Soleil parle du projet ce matin:

Des supports à vélos nouveau genre à Québec | Normand Provencher | Le Soleil

Le Journal de Québec en parlait hier:

Stationnement de luxe pour les vélos à Québec

Adapter la ville pour faciliter l’utilisation du vélo c’est évidemment important. Ça permet d’encourage la pratique de l’activité physique et de réduire le trafic automobile. Et parmi les enjeux associés, il y a évidemment les espaces de stationnement ou de rangement des vélos. Ils doivent être pratiques et sécuritaires.

Sauf qu’il faut aussi que les solutions retenues s’intègrent adéquatement dans la ville, de manière à favoriser la cohabitation entre tous les usagers de la route et des trottoirs.

Or, en voyant le caractère particulièrement massif et inesthétique de la VéloVoûte, je me suis dit que c’était un projet qui est inévitablement voué à l’échec. L’ingénierie du produit est sans doute ingénieuse, mais l’intégration dans la réalité urbaine d’une ville comme Québec me semble impossible. Surtout quand on pense à toutes les contraintes et les consultations qu’on s’impose dans le coeur historique pour tout ce qui concerne le mobilier urbain.

Tout cela, sans compter que le support a vélo qui est présenté sur les photos du Soleil et du Journal de Québec a été installé à même le trottoir devant la Gare du Palais (un endroit que je connais particulièrement bien) en obstruant carrément le passage des piétons. Une très mauvaise idée.

Je pense qu’au lieu d’investir dans des équipements lourds et coûteux comme celui-là (3000$ à 4000$, selon le Journal de Québec — pour 4 vélos!), on devrait plutôt miser sur la multiplication de supports à vélos peut-être un plus conventionnels, en misant sur leur originalité, et leur localisation dans des endroits judicieusement choisis de manière à dissuader les voleurs: lieux visibles, bien éclairés, surveillés ou filmés.

Pour cela, les photographies que Guillaume Lavoie, conseiller de ville à Montréal, a regroupées la semaine dernière me semble particulièrement inspirantes:

Album support à vélo + embellir la ville | page Facebook de Guillaume Lavoie

Des mesures incitatives pourraient aussi être mises en place pour amener les propriétaires d’immeubles, et les promoteurs, à intégrer de tels espaces dans leurs projets, à l’extérieur, comme à l’intérieur.

Qu’en pensent les grands utilisateurs de vélo qui me lisent?

Parler de politique

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L’actualité publie aujourd’hui un texte de Gabriel Nadeau-Dubois intitulé Le blocage québécois.

C’est un texte dont la lecture me semble absolument essentielle pour mieux comprendre la dynamique politique québécoise actuelle (et même plus largement). Pour s’y engager plus efficacement, aussi (même sans être d’accord avec lui sur tout).

L’extrait clé, de mon point de vue, est celui-ci:

«Nous avons depuis de nombreuses années les mêmes discussions, nous ressassons les mêmes arguments. Plus généralement, c’est notre manière de parler de la politique elle-même qui est brisée. (…) C’est sans doute pour cette raison qu’autant de citoyens, particulièrement les plus jeunes, se désintéressent de la chose publique.»

Je partage tout à fait sa conviction qu’il est nécessaire (et urgent) de trouver de nouvelles manières de parler (et de faire) de la politique. C’est même au coeur d’un projet qui me trottait dans la tête depuis quelques semaines et dont je pense maintenant accélérer la réalisation.

Parce que je suis, moi aussi, animé par la conviction que Gabriel Nadeau-Dubois exprime dans sa conclusion:

«…je sens que nous avons la possibilité et surtout le devoir de nous remettre en marche. Nous sommes un peuple de défricheurs, capable d’ouvrir de nouveaux sentiers. Comme beaucoup de mes concitoyens, j’ai envie de contribuer à cet effort. Mais je sais que pour accomplir ce que nous n’avons jamais accompli, il nous faudra faire ce que nous n’avons jamais fait.»

Je ne suis pas prêt à en dire beaucoup plus aujourd’hui sur ce projet, mais ça ne devrait pas tarder. Ce texte de L’actualité est une très bonne motivation…

Places publiques

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Beaux articles dans Le Soleil de ce matin (intégrés dans un seul texte dans la version Web):

Places publiques repensées pour l’hiver | Valérie Gaudreau | Le Soleil

L’apparition des places publiques éphémères est une des belles innovations des dernières années dans la région de Québec. Ces placettes se multiplient, prennent du caractère — et remportent chaque fois un très grand succès.

C’est aussi un remarquable exemple de planification du développement urbain qui s’appuie sur la mobilisation de la population. En effet, «souvent, ces aménagements transitoires servent aussi de test vers la construction d’une place publique permanente portée par les autorités municipales.»

Il ne s’agit évidemment pas de privilégier l’éphémère sur le permanent quand on parle de places publiques. Il reste essentiel de mettre en place des infrastructures durables. C’est la complémentarité qui fait le succès de cette approche.

C’est d’ailleurs en cela que repose tout l’intérêt d’explorer le potentiel d’éventuelles places publiques hivernales (une évidence dans une capitale nordique comme Québec!). En commençant par mettre en place un réseau de petites places éphémères on pourra tester beaucoup plus rapidement, et à bien meilleur coût, de nombreuses idées, variées, dans le but d’identifier les plus prometteuses.

Et pourquoi pas imaginer faire ça sous la forme d’un concours entre les différents arrondissements… qui pourrait culminer à l’occasion du Carnaval de Québec?

Journaux et café

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La lecture des journaux à l’ombre sur la terrasse ce matin avec un bon café, de petites prunes jaunes et un vent doux pour brasser l’air: un grand plaisir pour l’esprit comme pour les sens.

Plusieurs textes ont retenu mon attention pour poursuivre les réflexions des derniers jours, en particulier au sujet de l’agriculture et l’alimentation, de l’état de notre démocratie et du développement de la ville de Québec.

 

L’agriculture et l’alimentation

Plusieurs personnes m’ont écrit pour me suggérer des lectures complémentaires au texte que j’ai publié ici hier. Pour m’offrir de participer à la recherche et à la réflexion aussi. Merci!

Le Devoir contribue aussi avec plusieurs textes, dont celui-ci, dont je reprends quelques extraits, mais que j’aurais pu citer au long.

Produits maraîchers et grandes chaînes alimentaires | Philippe Mollé | Le Devoir

«Je n’ai rien contre le fait qu’on consomme des pêches, par ailleurs excellentes, de l’Ontario, ou certains produits hors saison provenant de la Colombie-Britannique. Par contre, en pleine saison de récolte de fruits et légumes d’ici, comme les bleuets, les framboises, les fraises, je proteste contre le fait que ceux-ci peinent à se rendre jusque dans nos épiceries. (…)

On parle de libre-échange à la grandeur de la planète, mais nous sommes incapables de vendre certains produits carnés ou alcools à nos voisins de l’Ontario. Il en est ainsi également de certains fromages, pour lesquels la porte est fermée.

La plupart des décisions d’achat proviennent de l’extérieur du Québec et comportent des tas de contraintes pour les petits artisans, comme des ristournes, des reprises, des livraisons garanties, etc. On ne favorise en rien le développement de l’agriculture locale de cette façon (…)

Mieux comprendre et participer au dialogue de la terre fait désormais partie de nos motivations. On veut savoir qui a cultivé nos fruits et légumes, d’où viennent la viande et la volaille que l’on mange, et surtout dans quelles conditions les bêtes ont été élevées.»

Aussi ces quatre textes de Caroline Montpetit, qui sont regroupés dans un remarquable double-page dans la version imprimée du journal:

La banque de terres: un terreau fertile pour pallier le vieillissement des agriculteurs

Objectif terre

De la broue et du brou

Des insectes et des hommes

Je signale, en complément, le remarquable site Web de la Banque de terres.

Banque de terres — des paysages aux paysans

 

L’état de notre démocratie

Contre tous les Trump, sus à la procrastination! | Fabrice Vil | Le Devoir

J’apporterais personnellement quelques nuances à certains des propos de l’auteur de ce texte d’opinion mais il reste, dans l’ensemble, assez juste — et important.

«Une éducation de qualité pour tous favorise le développement de la pensée critique nécessaire pour juger de la qualité d’un projet de société et mettre en question le bien-fondé des idées proposées par nos leaders. C’est cette éducation qui développe chez l’individu les habiletés non cognitives, dont l’empathie, qui évitent de céder à la tentation de la haine et de la peur de l’autre. C’est cette éducation qui incite à participer à la chose publique. En bref, c’est elle qui permet la véritable démocratie. (…)

Une Éducation avec un grand « E », dirais-je. Celle-ci requiert des choix difficiles et complexes qui impliquent notamment les établissements scolaires, bien sûr, mais qui appellent aussi à la contribution de l’ensemble de la société.»

 

Le complotiste | Jean-Marc Salvet | Le Soleil

«Les forts en gueule font souvent davantage leur place dans les médias que les forts en sens. Beaucoup des forts en sens restent malheureusement dans l’anonymat. Beaucoup des forts en gueule finissent heureusement par se pendre eux-mêmes avec des mots de trop. Mais ce n’est pas toujours le cas.»

Quel rôle pour les médias — et ceux qui les lisent/consultent/consomment dans cette dynamique où les coups de gueule font vendre bien plus que les nuances? Une réflexion essentielle pour la démocratie. Un enjeux important pour les prochaines années.

J’en profite pour souligner que j’apprécie particulièrement la plume de Jean-Marc Salvet dans son rôle d’éditorialiste.

 

Le développement de la ville de Québec

L’ancien Omer DeSerres dérange dans Saint-Roch | David Rémillard | Le Soleil

«…un bâtiment à moitié démoli (…) à l’angle des rues Caron et Sainte-Hélène. Outre le squattage qui s’y déroule et les odeurs d’humidité qui s’y rattachent, les voisins le trouvent surtout très laid et demandent à la Ville d’intervenir. (…)

À la Ville de Québec, un porte-parole a indiqué qu’il était impossible d’imposer la démolition du bâtiment. La réglementation se limiterait au clôturage.»

Je ne comprends pas qu’il ne soit pas possible d’exiger une démolition dans le cas comme celui-là. Et, à l’inverse, il semble que les sanctions associées à la démolition d’un immeuble sans autorisation préalables sont dérisoires. Cela contribuerait d’ailleurs à amplifier certains inconvénients liés à la densification de certains quartiers parce que des promoteurs achèteraient parfois des maisons pour les jeter par terre avant même d’avoir obtenu les permis pour reconstruire. À vérifier/documenter.

***

Je retiens en terminant une très belle citation de Bernice Jonhson Reagon, lue dans la conclusion d’un texte qui porte sur l’importance du logiciel libre.

Un autre monde numérique est possible | Boris Proulx | Le Devoir

«Si vous êtes trop à l’aise dans une coalition, c’est que ce n’est pas une coalition assez large !»

Je trouve que ça résume remarquablement bien ce qu’on semble avoir de plus en plus de difficulté à faire au Québec — et qui est pourtant tellement déterminant pour accomplir de grands desseins!

Culture et alimentation

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Dans une discussion avec des amis hier après-midi, nous évoquions les plaisirs de l’alimentation, leur grande importance culturelle — et les nombreux enjeux économiques et écologiques qui accompagnent la transformation de cette industrie absolument essentielle. Tout ça autour d’un très bon repas, simple et savoureux.

Nous avons évidemment besoin d’infrastructures logistiques complexes pour approvisionner les villes et villages du Québec en fruits, légumes, viandes et autres aliments toute l’année. Mais il y a aussi un grand intérêt à faire coexister des circuits plus courts et plus directs entre les producteurs et les consommateurs. Il ne s’agit pas d’opposer les deux systèmes: nous avons de plus en plus besoin de l’un et de l’autre.

Nous avons fait référence à l’exposition Manger ensemble, au Musée de la civilisation (à laquelle Ana-Laura a largement contribué) et à la partie du film Demain qui est consacrée à l’alimentation. Nous avons évoqué plusieurs initiatives québécoises qui vont dans le même sens. Je suis reparti en me disant qu’il faudrait regrouper l’information existante sur tout ça — ou trouver où elle pourrait déjà avoir été regroupée.

Nous avons aussi évoqué le projet de développement immobilier sur les terres agricoles des Soeurs de la Charité de Québec. Un projet qui, au regard de cette discussion, apparaît tout à fait anachronique. Avoir la chance de disposer, encore aujourd’hui, des terres agricoles de cette qualité à proximité du centre-ville et penser les transformer en quartier résidentiel, c’est complètement fou.

C’est fou, mais ça s’explique pourtant très bien. Et ce ne sont pas les acteurs qui sont surtout en cause. C’est la logique qui guide tout le développement urbain au Québec qui amène presque inévitablement l’émergence de tels projets. Parce que les villes sont forcées de construire, parce que la fiscalité est quasiment leur seule source de revenus (une logique qu’il est urgent de revoir) et parce qu’on ne valorise pas à sa juste valeur l’existence de ces circuits agroalimentaires courts, qui ont pourtant une grande valeur économique.

Alors, forcément, en survalorisant la construction et l’augmentation de la valeur de la taxe foncière et en sous-valorisant les activités alternatives, on en arrive à des situations comme celle-là, où tout le monde se renvoie la balle au lieu de chercher des solutions innovatrices pour répondre aux besoins d’une ville moderne.

Il me semble que ces terres méritent mieux qu’une bataille de tranchées. Je trouve qu’il ne s’agit pas tant de protéger ces terres, mais de trouver rapidement une manière de les mettre en valeur, pour en faire une richesse (à tout point de vue, y compris économique) pour la région de Québec.

On devrait profiter de l’occasion pour faire une grande réflexion collective et imaginer un vaste projet innovateur — auquel des entrepreneurs et tous les paliers de gouvernement pourraient apporter leur concours (et pas que par de l’argent, mais peut-être surtout en facilitant des projets-pilotes et en assouplissant l’application de certains règlements, par exemple). Ce projet pourrait servir d’exemple à d’autres régions, ici et ailleurs. Un projet dont Québec pourrait s’enorgueillir. Un projet qui démontrerait aussi qu’en 2016, être une ville intelligente, ce n’est pas seulement être plus technologique, c’est aussi accorder de l’importance à la l’agriculture et à l’alimentation.

Ce n’est probablement ni en s’opposant systématiquement à tout développement résidentiel, ni en plaidant son absolue nécessité qu’on arrivera à ouvrir la voie à un projet aussi ambitieux.

C’est peut-être surtout en prenant le temps d’un grand remue-méninges. En rêvant un peu. Le plus concrètement possible. Peut-être y a-t-il déjà des gens engagés dans cette voie?

Imaginer, par exemple, un aménagement qui fournirait non seulement les marchés public de la ville ainsi qu’un réseau de livraison d’aliments frais à domicile, et qui permettrait aussi de recevoir adéquatement les enfants des écoles de la région pour qu’ils aient tous l’occasion, au cours de leur scolarité, de vivre quelques jours à la ferme, au contact de la terre et des animaux qui nous nourissent? Avec, pourquoi pas, une certaine place pour du développement résidentiel bien intégré dans le projet?

Je vais poursuivre mes recherches et ma réflexion.

Mise à jour: Yannick Roy suggère le visionnement de cette vidéo pour alimenter la réflexion (et je ne peux qu’être d’accord! Il est FANTASTIQUE!): Home Grown, moving next to the farm

Cité éducative

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Je retourne depuis quelques jours dans mes lectures d’il y a une dizaine d’années. Dans plusieurs textes que j’ai écrits à la même période aussi. J’ai l’impression que j’avais les idées plus claires à cette époque sur ce qui motivait mes différents engagements et le temps que j’y consacrais.

Je ne retourne pas dans ces textes par nostalgie. Plutôt comme un moyen de donner de la profondeur à des lectures et des réflexions plus récentes. Le visionnement du film Demain, et l’exposition 25X la révolte, au Musée de la civilisation, ont aussi été des catalyseurs efficaces pour plusieurs de ces réflexions.

Et je dois constater que je reviens, à travers tout ça, encore et toujours à l’idée de cité éducative. Non pas pour en refaire un sujet de mobilisation en tant que tel (comme je l’avais fait de 2003 à 2005), mais comme le cadre le plus structurant pour organiser mes intérêts, mes valeurs et mes convictions. Pour donner un sens à mes engagements.

C’est clairement mon meilleur ancrage.

Décès de Seymour Papert

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Il y a dix ans, c’est un texte sur le blogue de Mario qui m’avait appris le terrible accident de Seymour Papert au Vietnam (relire ici). Nous lui avions même fait livrer des fleurs, directement à Hanoï (relire ici et ici). Hier c’est par téléphone de Mario qui m’a appris son décès.

Voici le texte que le Massachusetts Institute of Technology lui a consacré hier:

Professor Emeritus Seymour Papert, pioneer of constructionist learning, dies at 88

Seymour Papert est certainement une des personnes qui a le plus profondément influencé ma démarche professionnelle — depuis le secondaire, avec ma découverte du Logo, comme étudiant en sciences de l’éducation, comme enseignant, comme parent, et de façon encore plus générale, comme personne qui s’intéresse à la mutation de notre société au contact des technologies.

Papert était un esprit vif, passionné, parfois provocateur, qui réfléchissait en confrontant continuellement ses idées à la réalité. Il croyait profondément à l’importance des objets pour penser avec — «des objets qui doivent comporter l’intersection d’une présence culturelle, d’un savoir incorporé et de la possibilité d’une identification personnelle». Des engrenages avec lesquels il a joué enfant, à la tortue du langage Logo, en passant par les Lego Mindstorm et au mini-ordinateur OLPC, c’est ce qui a guidé toute son oeuvre.

Feuilletant avec tristesse ce matin les premières pages de ma copie (super annotée!) de Jaillissement de l’esprit, ordinateur et apprentissage, écrit en 1980, je retiens ces deux passages:

«…il y a un monde entre ce que les ordinateurs pourraient faire et ce que la société choisira de leur faire faire. La société ne manque pas de façons de résister à des changements fondamentaux et menaçants. Aussi, cet ouvrage concerne-t-il encore les choix qui devront être faits, et qui sont en fin de compte politiques. Il examine certaines des forces de changement, ainsi que les forces de réaction à ce changement, appelées à entrer en scène au fur et à mesure que l’ordinateur s’introduit dans l’univers de l’éducation, univers chargé d’implications politiques.»

«La salle de classe est à mes yeux un environnement artificiel et de rendement faible, inventé par une société qui d’ailleurs n’avait guère le choix (…) Toute la question est de savoir si l’école actuelle saura s’adapter en se transformant radicalement, ou si elle devra disparaître et se voir remplacer par autre chose.»

J’ai aussi pris le temps de survoler à nouveau le texte qu’il avait signé avec David Cavallo, en 2000, qui m’a beaucoup inspiré au cours de la période où j’ai travaillé à partir du concept de cité éducative. J’y avais fait référence ici en 2004:

La cité éducative comme un Learning Hub

Et je suis retourné à l’extraordinaire texte qu’il avait signé dans le deuxième numéro de la revue Wired, en 1993. Le récit de la petite fille de quatre ans qui désirait savoir si les girafes dorment debout m’est toujours resté à l’esprit depuis tout ce temps.  J’avais d’ailleurs évoqué ce texte sur mon blogue, en 2009:

L’image comme porte d’accès à la connaissance

Je me souviens en terminant du très agréable déjeuner que j’ai eu la chance de partager avec Seymour Papert et son épouse, Suzanne Massie, au Château Frontenac, en mars 2004, quelques heures avant qu’il ne prononce la conférence pour laquelle nous l’avions invité aux Rencontres Internationales du Multimédia d’Apprentissage.

Suzanne Massie m’avait fait cadeau dans les semaines suivantes d’un exemplaire de Land of the Firebird, the Beauty of Old Russia, le livre qui avait fait d’elle une messagère informelle entre Ronald Reagan et Michael Gorbatchev pendant la guerre froide (voir Wikipedia).

À la première page du livre, on peut lire, d’une belle écriture:

May 9, 2004

For Clément Laberge with my thanks for your warm welcome and hospitality in Quebec.

À bientôt. j’espère!

Suzanne Massie.

Je pense aussi à elle aujourd’hui. Ainsi qu’à sa famille et ses amis.

Merci M. Papert. Vous continuerez à m’inspirer longtemps.

La bibliothèque de mon enfance

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On savait depuis longtemps que l’ancienne bibliothèque Monique-Corriveau serait détruite parce qu’elle a été remplacée par une vraie merveille il y a un peu plus de deux ans.

Reste que de voir la bibliothèque de mon enfance réduite à un amoncellement de gravier et de tiges de fer tordues, c’est impressionnant.

Je suis allé prendre quelques photos un peu plus tôt ce matin, pour rendre hommage au lieu et à tous les souvenirs qui y sont rattachés.

J’ai regroupé une vingtaine de photos sur Flickr. C’est ici.

L’effet papillon

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Une semaine de repos. Dormir, manger, lire, se baigner, dormir. En famille. Ça fait du bien. Beaucoup de bien. Et ça continue, avec les amis, autour de bons repas. La belle vie.

Quelques réflexions en arrière-plan, mais pas trop invasives. Mon regard et mes pensées sont guidés par les reflets du soleil sur les fleurs à travers les feuilles. Au rythme du vent.

Ça me rappelle aussi que c’est en prenant le temps de regarder virevolter les papillons qu’on arrive parfois à mieux comprendre le monde qui nous entoure.

Dans un monde continuellement en guerre pour notre attention et nos peurs (des élucubrations de Trump — dont les médias sont souvent des complices intéressés — aux attentats terroristes en passant par les jeux de coulisse des nombreux lobbys), prendre le temps de détourner les yeux de la matrice, c’est poser un geste de liberté.

L’effet papillon, pour éviter de succomber à la frénésie.

Sans aucun doute le plus précieux des souvenirs de vacances.

Lu: Je suis Pilgrim, de Terry Hayes. Un excellent polar. J’ai adoré.

Écouté (à répétition!): Antonio, un projet instrumental de David Brunet. Trois albums [1, 2, 3] jazzés, déjantés, qui m’ont transporté dans l’univers musical de Michel Cusson (particulièrement avec Bunker le cirque) et de plusieurs des films de Tarantino. Je ne m’en lasse pas.

Une grande perplexité

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Quels temps difficiles pour les idéalistes, ai-je dit à des amis il y a quelques semaines. Non, mais, c’est vrai… c’est dur. Vous ne trouvez pas?

Je pense qu’à moins de se fermer les yeux parce qu’on ne veut tout simplement pas voir, il faut bien reconnaître que nous sommes, collectivement, bien mal équipés pour faire face aux défis particulièrement complexes qui se présentent à nous dans les prochains mois et les prochaines années. Difficile de ne pas se sentir désemparés devant pareil constat.

Ce n’est certainement pas faute de monde engagé que nous en sommes là. Ni de moyens de communication. Et encore moins de richesses. Nous sommes dans une des sociétés les plus privilégiées sur la planète. Sauf que malgré tout ça les discours s’étiolent, les propositions politiques sont de plus en plus fragmentées et elles divisent souvent plus qu’elles ne rassemblent — parfois même au mépris de la réalité, comme le signale Antoine Robitaille dans Le Devoir. La démagogie semble envahir l’espace public comme la mauvaise herbe dans une platebande négligée.

Ère post-factuelle? | Antoine Robitaille | Le Devoir | 18 juillet 2016

Tout ça pour dire que je commence mes vacances dans un état de grande perplexité devant les discours partisans. Devant l’ensemble des discours partisans. Je me demande si nous ne sommes pas à un moment de notre histoire où il serait nécessaire de prendre un peu de recul sur les programmes politiques qui guident (et qui contraignent), de façon parfois utile, mais souvent trop automatique, nos réflexions et nos débats collectifs.

Je m’interroge. Profondément.

Comment éviter la polarisation de l’espace public?

Comment mettre en valeur les discours nuancés et rigoureux?

Comment faire émerger des discours et des projets véritablement rassembleurs?

Comment faire (re)naître un nouveau discours audacieux « au centre » — le plus difficile et le seul envisageable, comme le dit Simon Jodoin dans le Voir.

Attentats et radicalisation: le piège ambidextre qui nous guette | Simon Jodoin | Voir | 16 juillet 2016

Sous quelle forme l’engagement politique, partisan ou non, a-t-il le plus de sens aujourd’hui?

Et, encore plus concrètement, de quelle façon un entrepreneur idéaliste, comme moi, peut-il contribuer le plus efficacement à l’épanouissement de notre société?

Je ne sais pas encore très bien où me mènera cette réflexion…

…et je pense que c’est justement ça qui la rendra peut-être particulièrement intéressante!

Photo: Sher-Wood 748, Louisville 520, Ultralite 709, (extrait d’une) œuvre de Pierre Ayot, vue au Musée national des Beaux-Arts du Québec, le 18 juin 2016.

LoveStar

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«LoveStar et ses experts avaient le pouvoir de soustraire les hommes à ce fardeau qu’était la liberté. Si Indriði et Sigríður avaient été plus patients, s’ils avaient attendu les conclusions de la science au lieu de se bercer d’illusions avec leur « libre choix », jamais ils n’auraient eu à s’acquitter d’un tribut émotionnel et sentimental aussi lourd. Ils auraient mieux fait d’y réfléchir à deux fois.»

LoveStar est présenté par l’éditeur comme «un récit jubilatoire et clairvoyant [qui] pourrait être le rejeton de 1984 et de L’écume des jours […] une vision absurde et terriblement juste du futur [devant laquelle] le lecteur hésitera entre le rire et l’effroi».

C’est une description qui m’avait plu, même si elle me laissait pour le moins dans l’inconnu. Je ne savais donc pas trop dans quoi je m’aventurais avec ce livre: look inhabituel, jeune auteur islandais, extraits étonnants. Un départ pour l’inconnu, dont je reviens émerveillé.

Pendant presque 400 pages, je me suis laissé porté par une histoire aussi simple qu’extravagante. Le récit déborde d’imagination et de clins d’oeil aux excès de notre société de communication. Ça va parfois très loin dans la dystopie. C’est fou fou fou, c’est beau et ça fait réfléchir: à l’amour, à la mort et à Dieu (surtout à ceux qui s’en réclament).

C’est un livre que l’auteur a manifestement eu beaucoup de plaisir à écrire. Un livre qui se lit avec le sourire et qui va certainement me trotter dans la tête pendant plusieurs semaines.

C’était un parfait dépaysement pour commencer l’été.

LoveStar
Andri Snær Magnason
Alto, 2016.

La librairie selon Heather Reisman

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Une amie a porté à mon attention une très intéressante entrevue que la présidente de Indigo, a accordée à MarketingMag.

Il y a bien sûr de nombreuses évidences, plusieurs nuances manquantes et un peu de complaisance à l’égard de la chaîne de librairies à qui on a souvent reproché de tout broyer sur son passage. Il n’en reste pas moins plusieurs idées stimulantes.

Heather Reisman on Reimagining the 21st Century Bookstore

Je retiens particulièrement sa définition de la librairie:

A book lover’s cultural department store.

Et ce que cela signifie, plus concrètement:

We think of Indigo like a magazine. We put out nine “issues” a year—that is, the store turns over nine times per year.

Aussi sa conclusion, que je trouve adorable.

I would love to have coding classes for kids and flower shops. They go together much more than you realize.

L’explication de ce qui a motivé Indigo à se départir de Kobo, il y a quelques années, est également intéressante.

Un blogue en été

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J’ai lancé ce blogue en septembre 2002. Il s’appelait alors Du cyberespace à la cité éducative. Ça a été l’occasion d’écrire plusieurs textes qui ont été importants pour mes parcours personnel et professionnel (et quel chance de pouvoir revisiter aussi facilement ces textes plus de dix ans plus tard!).

J’ai changé son nom il y a quelques années pour Jeux de mots et d’images, avec l’idée d’en faire un espace d’écriture plus spontané, plus ludique — et faisant une plus grande place à l’image.

Ça a fonctionné pendant quelque temps, mais je constate que j’ai un peu (re)perdu le côté plus expérimental que je cherchais en misant d’abord sur le plaisir d’écrire. L’été m’offre l’occasion d’y revenir.

Ça restera évidemment un endroit pour publier (aussi) des textes plus sérieux, mais il n’y aura pas que ça dans les prochaines semaines: grande variété à prévoir!

Une autre façon de prendre des vacances — dont j’ai bien besoin!

«C’est pas nous, c’est elle»

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Ça fait très longtemps qu’un article de journal ne m’a pas autant choqué. Et pourtant, ce n’est pas parce qu’on manque de sujets d’indignation par les temps qui courent…

Une ado de Trois-Rivières cause l’annulation d’une question d’examen du ministère | Le Soleil | 16 juin 2016

L’article nous apprend que la question principale de l’examen national d’histoire de quatrième secondaire sera annulée, par mesure d’équité (comme une autre question, d’un autre examen, la semaine dernière, j’en parlais ici).

Dès le titre de l’article du Soleil, on pointe du doigt une ado comme responsable du cafouillage.

Une ado.

Et pourquoi on dit qu’elle est responsable? Parce qu’elle a diffusé sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle elle expliquait le raisonnement de son professeur sur ce qui pourrait leur être soumis à l’examen. Pas la question d’examen, un tuyau d’un prof pour bien se préparer à l’examen.

Or, apparemment le prof avait trop bien vu… Conclusion du ministère: à partir du moment où cette vidéo circulait, «les étudiants avaient trop d’information.» On annule tout.

Qui est responsable? Pas le ministère qui a conçu l’épreuve, pas une responsabilité partagée d’un paquet de monde. Non. L’ado.

Sérieusement. Voilà tout un système qui fait porter le poids d’un échec sur une ado.

La conclusion de l’article m’a fait crier:

De toute évidence, l’adolescente est atterrée par la tournure des événements. «Je suis vraiment désolée, écrit-elle. Présentement, je me déteste. Je ne sais plus quoi faire avec toutes les insultes que je reçois par des gens qui ne comprennent pas ma situation. Tout le Québec sur le dos, c’est de quoi.»

«Présentement, je me déteste.»

C’est grave. Très grave.

Je pense que le ministre de l’Éducation devrait appeler cette adolescente et la rassurer. Elle n’a rien fait qui mérite qu’elle se déteste.

Le système scolaire ne devrait, sous aucun prétexte, amener un enfant à dire qu’il se déteste.

C’est notre responsabilité, à tous, d’être garant de cela.

Je vous invite, monsieur le ministre, à prendre le téléphone et à porter rapidement, en notre nom à tous, ce message essentiel auprès de cette jeune fille.