La route du Pays-Brûlé

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Dans La route du Pays-Brûlé, Jonathan Livernois nous invite à réfléchir avec lui — presque à voix haute — sur la signification du mouvement souverainiste aujourd’hui. Et ce n’est pas l’enthousiasme qui domine le livre, c’est le moins que l’on puisse dire.

«Je suis un peu moins souverainiste, par les temps qui courent. Surtout depuis l’automne 2015. Le déclencheur a été d’une banalité déconcertante : une publicité électorale du Bloc québécois qui cherchait maladroitement à amalgamer un niqab et un oléoduc. »

L’auteur a été très défavorablement marqué par «le PQ de la Charte des valeurs» et les débats qui ont teinté cette courte période de notre récente histoire politique. Il est aussi très cynique quand il parle des hommes et des femmes politiques, en général.

«Qu’est-ce que le Québec, aujourd’hui ? Un espace où les inégalités augmentent aussi vite que le désabusement envers nos politiciens […] Un wannabe pays qui n’est pas capable de créer un récit commun qui a de l’allure.»

«Pourquoi [les jeunes voudraient] se bâdrer d’un pays infirme?»

C’est dur. J’ai lu là une forme de détresse. Remarquez, c’est peut-être une projection de ma part — comme un refus de céder à la même analyse, trop sombre; irréconciliable avec mon niveau d’engagement actuel.

Heureusement Jonathan Livernois n’abandonne pas complètement — on peut même se demander s’il ne cherche pas, quelque part, à provoquer le lecteur qui, comme moi, se dirait «ben voyons donc, je ne veux pas en venir là moi aussi…».

Il offre d’ailleurs quelques piste à ces lecteurs:

«[j’espère trouver] ce qui permettrait de dire : voilà, le Québec, c’est n’importe quoi depuis un bout de temps, mais ça vaut la peine qu’on se batte pour lui.»

C’est un paragraphe qui résume très efficacement, il me semble, la situation dans laquelle on se trouve — de ce qui nous fait soupirer tous les jours à la lecture des journaux — ou pire, en regardant les réseaux d’information continue.

Je suis d’accord avec Jonathan Livernois quand il propose que «l’amour du pays devrait s’enraciner dans la conscience des défis qui l’attendent.»

Je pense, moi aussi, que c’est en identifiant les défis auxquels nous sommes confrontés — comme peuple, comme nation — que nous allons retrouver l’énergie de nous battre pour se donner les moyens de les relever.

Il y a même une source d’espoir là-dedans, bien cachée dans la deuxième partie du livre.

Il faut relever les yeux, regarder l’horizon, droit devant. Et c’est à ce moment-là, seulement, qu’on redécouvre vraiment l’utilité du pays politique pour espérer réaliser nos rêves et nos aspirations.

Il ne s’agit pas tant de vendre mieux le projet d’indépendance aux jeunes (notamment), mais de (re)partir de leurs aspirations pour (re)faire la démonstration qu’il sera plus facile de les réaliser dans un Québec pays que dans un Québec province.

Ce n’est pas un problème de marketing, c’est une question de (re)partir de leurs priorités et d’être guidé par l’empathie.

«[le défi consiste à] se voir tel qu’on a été et tel qu’on pourrait être. Et apprendre à connaitre le chemin entre les deux, en discutant, en faisant des plans, en réinvestissant des lieux propices à l’éclosion de l’imaginaire.»

«Ces lieux d’invention du pays, de solidarité, sont nombreux, de la place publique à la réunion d’amis.»

Le pays prend forme partout, tous les jours.

***

Je trouve que Jonathan Livernois néglige toutefois dans sa réflexion une chose très importante: le nécessaire dialogue entre la société civile et le monde politique.

Les raisons qui font qu’il est «un peu moins souverainiste par les temps qui courent» me semblent beaucoup trop conditionnées par les discours des politiciens.

La démarche vers la souveraineté du Québec n’appartient pas aux politiciens. Notre détermination ne devraient pas fléchir simplement parce que le monde politique se trouve un moment embourbé — ou même égaré. Ça peut être une source de frustration, mais ça ne devrait certainement pas nous amener à la résignation.

On peut bien sûr certes espérer des moments où « la communion entre le peuple et ses leaders politiques autour d’enjeux démocratiques [peut créer] une tempête parfaite», mais ce n’est généralement pas comme ça que les choses se passent.

Les sociétés avancent parce que certaines personnes choisissent de s’engager dans les réunions d’amis, d’autres dans leur milieu de travail, d’autres dans leurs écrits ou dans l’enseignement ou la recherche, et d’autres encore sur la place publique, notamment en politique. C’est seulement de la somme de toutes ces actions qu’un mouvement finit par émerger pour permettre à la société d’évoluer — et possiblement définir les contours d’un nouveau pays.

C’est uniquement dans le dialogue entre la société civile (la cabane à sucre, les amis évoqué par l’auteur) et le monde politique que le pays se trouve défini. Pas seulement par l’un ou l’autre.

Pour cette raison, je trouve que remettre en question ses convictions souverainistes parce qu’on n’a pas apprécié le projet de Chartes des valeurs, par exemple, c’est accorder beaucoup trop d’importance aux hommes et aux femmes politiques, qui  ne sont, dans les faits, qu’une partie des rouages nécessaires à la réalisation d’un projet qui les dépasse largement (et dans lequel il ne font souvent qu’un bref passage).

Et c’est ce qui explique qu’en refermant le livre, j’avais surtout envie de dire à Jonathan Livernois de relever un peu les yeux pour porter son regard sur l’horizon, droit devant, là-bas, un peu plus loin que la colline parlementaire et la tribune de la presse.

On se retrouvera là un jour, très certainement.

Plus qu’une simple mise à jour

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J’écris un peu tous les jours (ou presque). 1825 textes en presque quatre ans. Je le fais pour garder des traces de la vie — qu’on oublie autrement si rapidement (il faut prendre ce genre de notes pour le réaliser!). Pour constater certaines récurrences dans mes réflexions aussi — ce qui est parfois ben ben achalant…

Je le fais avec l’aide de DayOne, une petite application qui est sur mon iPhone (j’y ai déjà fait référence à quelques reprises). L’application est aussi installée sur mon MacBook, mais c’est généralement à partir du iPhone que je prends mes notes. Dans un moment volé, entre deux rendez-vous, dans l’autobus, en marchant sur la rue, juste avant de me coucher, assis dans le divan entre deux épisodes d’une série. Quand me revient à l’esprit un événement particulier de la journée.

Je note un peu n’importe comment. Comme ça vient. Sans recherche de style, sans révision, très spontanément. C’est une écriture privée — qui pourrait devenir matériaux pour autre chose, mais à ce stade, c’est privé, brut, brouillon.

Le moment que je trouve pour écrire n’est pas neutre. Il influence forcément la nature de ce que j’écris. En fonction de ce que j’ai à l’esprit à ce moment précis. Plus de chance que je note des choses récentes, ou relatives aux gens autour de moi à ce moment précis. Mais pas forcément. Parfois c’est aussi un souvenir de quelque chose d’important qui s’est passé beaucoup plus tôt dans la journée, voire la veille ou dans les jours précédents.

La manière de l’écrire aussi variera selon le moment et mon environnement au moment de l’écriture. Est-ce que je dispose de beaucoup de temps? Est-ce que je dois descendre du bus au prochain arrêt? Certains textes restent même incomplets à jamais, parce que j’ai été interrompu — et rarement j’y reviens dans ces cas là. L’interruption fait partie du texte.

Et il y a tout ce qu’on oublie dans ce genre de processus. Fascinant. Je m’en rends compte en rétrospective. Parce qu’un an plus tard un souvenir me revient d’un événement qui me semble marquant et que je retourne dans mes notes… pour réaliser que je n’en ai conservé aucune trace. Ou même d’un jour à l’autre. Il y a parfois un vendredi une note qui fait référence à quelque chose qui me semblait bien important qui était arrivé dans les jours précédents… mais qui ne trouve aucune trace dans les notes des jours correspondants. Ce jeu d’ellipses, et la nécessité de faire parfois à une part de fiction, pour combler les vides, me fascine. La vie en clair-obscure. Et pour que cela soit possible, il faut au moins des notes pour s’accrocher. Des notes d’autant plus riches, dans cette perspective, qu’elles sont incomplètes — et que leur spontanéité offre prise pour la reconstitution, pour l’imagination.

Lors de l’avant-dernière mise à jour de l’application, DayOne a introduit une petite fonctionnalité qui m’a fasciné. Chaque matin, mon iPhone me dit maintenant quelque chose comme: « Vous avez enregistré deux notes pour ce jour dans le passé ». Cliquant sur la notification, je (re)découvre ces deux notes. L’an dernier… Il y a deux ans… Voyage dans le temps instantané. Fascinant.

Avec la mise à jour de cette semaine, DayOne a introduit une autre nouveauté qui me semble prometteuse. Dorénavant, quand je clique sur le petit + qui sert à ajouter un texte, plutôt que d’être dirigé directement vers un écran blanc prêt à recevoir mon texte, l’application me présente une ligne du temps avec mes occupations des derniers jours: localisations successives, photos prises, statuts publiés sur Facebook, Twitter, publications sur Instagram, etc. Un puissant rappel de ma journée. Et si je clique sur une des entrées de ce journal, mon texte sera automatiquement documenté en conséquence: lieu associé, heure, photo que j’ai prise à ce moment, etc.

Ainsi, dans un temps libre, je peux maintenant ouvrir DayOne, cliquer sur le petit plus, bénéficier d’un rappel de mes dernières heures et prendre des notes en fonction des choses qui me reviennent alors à la mémoire. Les photos prises en cours de journée sont particulièrement puissantes pour cela. Extrêmement puissant. J’aime beaucoup.

J’ai hâte de voir comment cela pourrait modifier la nature de ce que je noterai. Parce que, forcément, je risque de prendre des notes sur plus d’événement, d’en oublier moins — et pourtant je ne pourrai pas tout noter, il n’y aura pas pour autant plus de temps volés pour prendre ces notes — et il restera évidemment de nombreuses ellipses, peut-être pas de même nature.

Les traces de mon quotidien vont changer. La relecture et l’invention des éléments manquants vont devoir s’adapter. L’outil n’est pas neutre. DayOne détermine comment j’accède à certains souvenirs (et comment certains me sont ramenés à l’esprit de façon imprévue) et quels sont ceux à qui j’accorderai la pérennité grâce à quelques notes.

C’est fascinant de penser que la mise à jour d’une application sur mon iPhone peut influencer la manière dont les souvenirs s’inscrivent dans ma mémoire.

Est-ce que je n’ai pas, d’une certaine façon, fait aussi  une mise à jour de ma propre mémoire au cours des derniers jours? Peut-être bien…

Ça a assez duré!

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J’ai lu les journaux ce matin. J’ai fait le tour des réseaux sociaux. J’ai échangé quelques courriels avec des amis proches.

J’ai pris une grande respiration.

J’ai pris une deuxième grande respiration.

Et j’ai décidé de ne pas me retenir d’écrire ceci:

Si la course à la chefferie au Parti Québécois ne reprend pas très rapidement un peu de hauteur;

Si aucun de ses principaux protagonistes n’arrive à faire preuve de la stature que j’attends d’un-e leader politique;

Si on continue d’occulter les enjeux déterminants auxquels le Québec est confronté pour parler de religion et de vêtements;

Moi je débarque.

Je ne voterai tout simplement pas.

Je ne serai pas complice de ce cirque.

À bon entendeur, salut!

Chefferie: où j’en suis

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On m’interroge fréquemment depuis que Véronique Hivon a dû se retirer de la course à la chefferie du Parti Québécois: On ne t’entend plus beaucoup? Qui est-ce que tu appuies maintenant?

Je dois avouer avoir ressenti une certaine fatigue à mesure que l’été avançait, jusqu’à manquer passablement d’enthousiasme pour une course dans laquelle j’avais l’impression de me reconnaître de moins en moins.

Devant ce constat, j’ai souvent répondu que je ne savais pas encore pour qui j’allais voter et que je n’étais pas encore sûr de vouloir (re)prendre position publiquement.

Mais je n’étais pas tellement à l’aise avec cette réponse. Parce que ce n’est pas tellement mon genre de rester neutre. Parce que je crois que c’est généralement nécessaire de prendre position pour faire avancer les choses, dans un sens ou dans l’autre.

J’ai donc pris le temps de relire, samedi soir, la quinzaine de textes que j’ai écrits dans les jours qui ont suivi le départ imprévu de Pierre Karl Péladeau, au mois de mai. J’ai voulu me rebrancher sur les attentes que j’avais formulées en prévision de la course à la chefferie. Je voulais avoir à l’esprit une grille claire pour juger du débat de Sherbrooke, qui avait lieu dimanche après-midi.

Ces textes peuvent être consultés ici:

 

J’ai ensuite écouté le débat, dimanche soir, à partir du site du Parti Québécois. Et les choses se sont beaucoup éclaircies.

Cela m’a confirmé que cette course était très loin de ce que je souhaitais (du moins jusqu’à présent). La majorité de mes attentes n’ont effectivement pas trouvé satisfaction, mais j’ai quand même pu distinguer clairement les candidats qui me semblent les plus susceptibles d’y répondre au cours des prochains mois — et des prochaines années. Autant par leurs façons de participer au débat que par les propositions qu’ils ont formulées.

Le candidat qui m’a le plus fait vibrer, c’est Paul Saint-Pierre Plamondon.

J’applaudis particulièrement son discours sur la nécessité d’adopter une mentalité de bâtisseurs; sur l’importance de faire une pédagogie active et continue dans le domaine économique; sur le besoin de ramener toujours le savoir et la science au coeur de nos décisions; sur l’affirmation que le seul chemin vers la souveraineté, c’est la vérité; sur le fait que la division du vote, qui empêche que le Parti Québécois forme à nouveau un gouvernement majoritaire, est du côté de la CAQ, pas d’Option nationale (ou de Québec Solidaire) — que ça fasse notre affaire ou pas.

PSPP est une véritable bouffée d’air frais — portée par un étonnant mélange de candeur et d’une très grande confiance en lui-même. J’avais déjà perçu cet élan de fraîcheur au cours des dernières semaines, mais c’était particulièrement remarquable lors du débat.

Le candidat qui m’a le plus donné confiance dans sa capacité à faire arriver les choses, c’est Jean-François Lisée.

J’ai beaucoup aimé son aplomb, particulièrement quand il a été interpellé sur des propositions qu’il avait défendues par le passé. Comme beaucoup de monde, je pense, j’accepte tout à fait que quelqu’un puisse changer d’idée (même que je valorise ça!) dans la mesure où il est capable d’expliquer convenablement ces changements. J’ai aussi apprécié son discours concret sur l’économie, en particulier quand il a été question des petites et moyennes entreprises et du besoin d’alléger la réglementation, la bureaucratie et l’attitude de l’État à leur égard. C’est aussi le seul qui a évoqué spécifiquement la région de Québec.

Jean-François m’avait fait peur il y a quelques semaines à cause de la manière inutilement sensationnaliste avec laquelle il avait abordé la question de la burka/burkini (je lui ai d’ailleurs fait savoir), mais son attitude aujourd’hui me permet de souhaiter qu’il saura éviter de tomber à nouveau dans ce piège.

***

Compte tenu de tout ça, si le vote avait lieu aujourd’hui, mon premier choix se porterait sur Paul Saint-Pierre Plamondon et mon deuxième choix sur Jean-François Lisée.

Parce que je veux passer un message fort en faveur de Paul Saint-Pierre Plamondon — pour envoyer un message très clair que le PQ doit se renouveler dans la direction qu’il indique — et que je veux accorder mon appui à Jean-François Lisée. Dans cet ordre.

Pour atteindre ces deux objectif, il faut que Paul Saint-Pierre Plamondon bénéficie du plus grand nombre possible de premier choix lors du décompte initial des bulletins. C’est la seule façon de s’assurer que l’appui à ses propositions soit visible, parce que le nombre de deuxième choix dont un candidat aura bénéficié ne sera probablement jamais diffusé.

Et comme tout porte à croire (du moins pour le moment) que Jean-François Lisée sera en meilleure position que PSPP après le premier décompte, mon bulletin sera de toute façon reporté au bénéfice de Jean-François Lisée — contribuant ainsi à son élection.

Important: pour une explication simple du système de vote préférentiel et de la mécanique de report de votes associée, on peut regarder la vidéo suivante (qu’il serait très utile, je pense, de refaire en français).

The Alternative Vote — The Post-It Way

Pour illustrer mon raisonnement, on pourrait imaginer que Paul Saint-Pierre Plamondon est représenté dans cette vidéo par un post-it jaune, et Jean-François Lisée par un post-it rose.

Faire autrement, ce serait prendre le risque qu’on ne sache jamais qu’un grand nombre d’électeurs veulent que Paul Saint-Pierre Plamondon sortent de la course avec le vent dans les voiles — parce que sa contribution est essentielle, et qu’on a besoin de lui pour la suite des choses, quel que soit le résultat de la course à la chefferie.

À moins, bien sûr, que la présidence d’élection choisisse de rendre public l’ensemble des résultats (le nombre de 1er, 2e, 3e et 4e dont ont bénéficié chacun des candidats), ce qui, à ma connaissance, n’est pas prévu à ce stade. Cela rendrait le vote à la fois plus transparent et plus facile à interpréter — pour tout le monde, et pas que par la direction du parti. Ce serait aussi beaucoup plus éclairant, il me semble, dans la perspective du prochain congrès.

Ce qui me fait d’ailleurs dire qu’on devrait peut-être demander officiellement la publication des résultats détaillés. On éviterait ainsi toute la  confusion associée au fait de devoir voter stratégique pour pouvoir passer un message.

Voilà où j’en suis.

La femme qui fuit

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Je vous fais grâce du contexte qui m’offre l’occasion de lire autant depuis quelques jours — mais j’en profite pleinement! C’est ainsi que j’ai complété ce soir la lecture de La femme qui fuit, d’Anaïs Barbeau-Lavalette.

C’était un très curieux enchaînement après Ma vie rouge Kubrick. Non pas parce que le premier s’était mérité le Prix des libraires en 2014 et que celui-ci s’est mérité le même honneur en 2015, mais parce que ce sont deux histoires dont les personnages sont profondément marqués par les gestes et les choix d’un de leurs grands-parents. Vraiment très profondément.

La femme qui fuit, c’est Suzanne Meloche, la grand-mère d’Anaïs Barbeau-Lavalette. La mère de Manon Barbeau. C’est une femme qui a abandonné ses enfants dans la tourmente sociale et culturelle du Québec de la fin des années 40 et des années 50. Une époque où le premier ministre pouvait ordonner à la police de mettre la sculpture d’une femme nue en prison (!) sous prétexte de son indécence. L’époque du Refus global.

La femme qui fuit, c’est l’histoire, dramatique, d’une famille.

C’est aussi l’histoire, troublante (et incomplète), de l’ouverture du Québec sur le monde — et des conséquences qu’ont dû assumer certains de ses libérateurs.

«On est allé trop vite, trop loin», griffonnera Suzanne Meloche à sa fille, dans un recueil de poèmes, quelques années avant de mourir.

Entièrement écrit au « tu », le récit d’Anaïs Barbeau-Lavalette nous force, page après page, à s’inscrire dans l’intimité d’un dialogue cathartique entre une petite-fille et sa grand-mère. C’est déroutant, touchant, passionnant.

Un très précieux témoignage.

Un livre vraiment inoubliable.

***

Il fallait que tu meures pour que je commence à m’intéresser à toi.

Pour que de fantôme, tu deviennes femme. Je ne t’aime pas encore.

Mais attends-moi. J’arrive. 

Ma vie rouge Kubrick

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C’est décidément une période de l’année qui se prête bien à la lecture.

Hier soir et ce matin, j’ai fait la lecture de Ma vie rouge Kubrick, de Simon Roy. Un livre qui piquait ma curiosité depuis sa publication, il y a deux ans — soulignée par le Prix des libraires en 2015.

J’ai de la chance! C’est le troisième livre que j’adore cette semaine. Mais ce sera assurément celui qui me marquera le plus longtemps. C’est un livre qui ne peut pas faire autrement que hanter ses lecteurs.

J’hésite à trop en dire, parce que j’ai particulièrement apprécié ne rien savoir de l’histoire avant de commencer le livre. J’ai aimé me laisser surprendre au fil des pages par l’ingéniosité du récit.

Disons quand même que, partant de l’analyse de Shining, de Stanley Kubrick, l’auteur nous entraîne dans un récit troublant qui rapproche de façon inquiétante le macabre, comme il n’en arrive qu’à d’autres, et le vécu personnel.

Je suis ressorti de cette lecture en poussant un xième soupir. Ouf, vraiment, quel livre étonnant, quel labyrinthe!

«…le labyrinthe, c’est le monde des entrailles, le lieu initiatique où l’on meurt et où l’on renaît, processus psychologique nécessaire par lequel il faut passer si l’on aspire à une transformation significative.»

 J’ai aussi été fasciné par la présence de certains détails et clins d’oeil, presque inquiétants, dans l’écriture de Simon Roy.

«On sort de cette oeuvre kaléidoscope en faisant valser intérieurement réalités et symboles…», disait Odile Tremblay à la sortie du livre. C’est très juste.

***

Dans un article publié dans La Presse au moment de sa sortie (ne pas lire si vous souhaitez garder la surprise du récit), Simon Roy disait à Chantal Guy: «c’est peut-être le seul livre que j’écrirai jamais de ma vie. À la limite, je le souhaite presque…»

Eh bien non, il en publie heureusement déjà un autre! Owen Hopkins, Esquire, sera en librairie mercredi. Déjà hâte de le lire. 

Nouvelles de l’autre vie

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Lecture des derniers jours: Nouvelles de l’autre vie, de Thierry Horguelin, publié chez L’oie de Cravan. Une autre suggestion de Marie-Hélène Vaugeois, à l’occasion du 12 août.

Le livre est composé de sept nouvelles qui comportent toutes une part de surréalisme. Des histoires où la réalité et la fiction s’entremêlent très habilement. Assez pour m’avoir donné le goût de relire certaines nouvelles aussitôt terminées, pour le simple plaisir de bien démêler tout ça.

Toutes les nouvelles m’ont plu. Trois particulièrement:

Dans Mon double et moi, l’auteur est confronté à quelqu’un qui écrit « à sa place », jusqu’à ce que leurs existences se confondent, littéralement.

Dans La visite au musée, c’est le lecteur qui se trouve progressivement aspiré dans l’histoire.

Et dans Alterlife, c’est le monde du jeu vidéo et celui de la politique qui s’entrechoquent. Et si le jeu était parfois plus réel que la politique?

Extrait:

«— Ne soyez pas absurde. Vous savez bien qu’il n’y a pas d’opposition.

Finch ne l’ignorait pas, bien sûr. Une alternance fictive était entretenue entre les deux principaux partis qui ne présentaient entre eux aucune différence fondamentale, si ce n’est que l’un était un peu plus conservateur que l’autre. De temps à autre, on laissait prospérer une petite formation aux extrêmes, pour occuper les zozos. L’élection d’un nouveau président, tous les quatre ans, suffisait à maintenir l’illusion du changement. Au demeurant, cette alternance n’avait aucune incidence commerciale pour Unisoft. Le consortium avait décroché aussi le contrat de maintenir l’hologramme du chef de l’opposition.»

Je lirai certainement d’autres textes de Thierry Horguelin.

C’est une très belle découverte.

117 Nord

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Je suis passé à la Librairie Vaugeois hier soir pour chercher quelques livres que j’avais fait mettre de côté. Juste avant de payer, Marie-Hélène m’a dit que j’avais un crédit-fidélité accumulé de 21$.

— Est-ce que tu veux l’utiliser pour réduire la facture ce soir?
— Non, rajoute donc 117 Nord à ma facture à la place, s’il te plaît.

De retour à la maison, je me suis servi une Vire-Capot et j’ai plongé dans la lecture du premier roman de Virginie Blanchette-Doucet, née en 1989, à Val-d’Or. Et j’ai passé à travers. Quelle écriture!

Le roman est composé d’une succession de courts textes qui nous transportent de Val-d’Or à Montréal, à Val-d’Or, à Montréal… de façon souvent désordonnée, toujours très syncopée. Il y a quelque chose qui rappelle le rythme des réseaux sociaux, de SnapChat ou des nouvelles Stories d’Instagram, dans ce récit. C’est très visuel et même, plus généralement, très sensuel.

«Il faut en moyenne six heures de Montréal à l’entrée de Val-d’Or. (…) Il n’y a rien, ou presque, que des arbres sur des kilomètres, à n’en plus finir. (…) Je n’avance pas, je tire à moi l’horizon.»

«J’ai eu le coeur qui débattait pour une paillette dans la poussière.»

Ou cette extraordinaire description de l’onde de choc, au moment où une explosion planifiée dans la mine fait trembler la ville:

«Un chien aboie. Au musée, dans une vitrine, une roche veinée d’or fait un vingtième de tour vers la gauche. La bibliothécaire se penche pour ramasser un livre tombé d’un rayon.»

Ce moment aussi:

«Ceux qui sont venus frapper à ma porte ne faisaient pas partie des miens. Ils ne connaissaient pas les mots ni les codes. (…) Ils n’avaient rien à m’apprendre; je les attendais. Mains propres, chemises et papiers blancs avec des mots simples, cartes du village en douze exemplaires marqués de flèches et de couleurs. Nouveaux plans de quartiers, promesses de nouveaux établissements, bibliothèques, écoles, lieux du futur, à prix d’or. (…) Toutes les maisons du côté ouest de la 117 devaient être déplacées.»

Et, peut-être, plus encore, la description de la maison démolie, tissée de souvenirs, que j’ai trouvé particulièrement touchante. C’est à la page 48. Je vous la laisserai découvrir.

***

Il y a vraiment de très beaux souvenirs d’enfance dans ce livre, même quand ils sont tristes. Il y a des drames aussi. À la fois personnels et collectifs. «L’Abitibi est trop belle et trop dure.»

La mine est un personnage omniprésent dans ce livre. Envahissant.

Tellement envahissant qu’à mon réveil ce matin, elle était à la une des journaux — dans la réalité:

Canadian Malartic: la minière n’a pas payé d’impôt pendant des années

Canadian Malartic n’a pas encore payé d’impôt sur le revenu

Quelques recherches m’ont aussi guidé vers ça:

Mine à ciel ouvert à Malartic: la poussière angoisse les citoyens

Demande d’injonction contre la mine d’or de Malartic

***

Je souhaite à tous ceux et celles qui porteront attention à l’actualité qui concerne cette mine dans les prochains jours de trouver aussi le temps de lire 117 Nord.

Je pense que c’est important parce que cette maison démolie, simplement parce qu’elle était du bon ou du mauvais côté de la route 117 — là où il fallait creuser, c’est aussi chacun de nos projets. C’est aussi le Québec.

«Dans dix, cent ans, ils auront peut-être aussi besoin de démolir la tienne. Ou bien elle restera perchée, avec ses souvenirs, avec les passages répétés de ta mère devant la porte de ta chambre pour te dire de lâcher ton vélo et de venir manger, au bord d’un trou si grand qu’on dirait à la fois rien et le désert.»

 

Au sujet de 117 Nord, lire aussi:

Virginie Blanchette-Doucet: les discrets de la 117 Nord | Natalia Wysocka | Journal Métro

La faille | Christian Desmeules | Le Devoir

La tête des ponts

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Je prends très souvent le train vers Montréal, le plus souvent à la gare de Sainte-Foy — une gare située au beau milieu de nulle part, et tout à fait inadaptée à l’importance de sa fréquentation.

Alors pas besoin de dire que je me réjouis quand je lis un article comme celui d’Annie Morin, dans Le Soleil de ce matin:

Des projets pour les gares de VIA Rail à Québec

Sauf que je reste un peu perplexe. En particulier quand je lis ce passage:

«Le maire Régis Labeaume a confirmé qu’il y avait des propositions pour la gare dans les plans de réaménagement de l’entrée de la ville par les ponts Pierre-Laporte et de Québec. Lancé sous Sam Hamad, ce grand projet est ficelé depuis plus d’un an, mais n’a jamais été rendu public comme promis.»

Je reste perplexe parce que le dossier du réaménagement de la tête des ponts est en train de devenir une véritable caricature de la politique du secret.

Il faut dire que ce dossier est absolument fondamental pour le développement du plateau de Sainte-Foy. Un dossier qui mériterait au moins autant d’attention que le celui d’un éventuel troisième lien pour améliorer la circulation entre les deux rives. Un dossier qui est particulièrement délicat dans la perspective de la construction du gratte-ciel Le Phare et de tous les enjeux et débats associés.

C’est surtout un dossier qui va affecter la qualité de vie de dizaines de milliers de personnes, pendant les énormes travaux, bien sûr, mais aussi bien après — pendant des décennies. Tout ça, sans parler des coûts qui pourraient dépasser le milliard de dollars.

Et pourtant, c’est un dossier qui se développe dans le secret, depuis des années. Disons le clairement: c’est inacceptable.

Pour rappel:

Le 2 avril 2015, la même journaliste annonçait déjà que le projet prenait forme:

Réaménagement de la tête des ponts: de la théorie à la pratique

Karine Gagnon y avait aussi fait référence dans le Journal de Québec:

Deux fois moins cher pour la tête des ponts

Le gouvernement convoquait par la suite une conférence de presse, prévue pour le 28 avril 2015, afin de présenter officiellement le projet de réaménagement.

Cette conférence de presse a finalement été annulée pour que le premier ministre puisse présenter les candidats du Parti Libéral dans les deux élections partielles qui étaient attendues dans la Capitale-nationale.

Report de la conférence de presse – Dévoilement du schéma directeur de l’entrée sud de la capitale nationale

Véronyque Tremblay et Sébastien Proulx, candidats du Parti libéral du Québec aux élections partielles de Chauveau et de Jean-Talon

Je m’en souviens très bien, parce que j’étais moi-même candidat pour le Parti Québécois dans la circonscription de Jean-Talon. J’avais même spécifiquement interpellé mon adversaire pendant un débat radiophonique pour qu’il s’engage à présenter le projet de réaménagement de la tête des ponts étant donné son importance pour les citoyens que nous souhaitions tous les deux représenter.

Résultat: quinze mois plus tard, Sam Hamad n’est plus ministre responsabie de la Capitale-nationale, Robert Poëti n’est plus ministre des Transports, Jacques Daoust, qui lui avait succédé, est reparti lui aussi, et le tout nouveau ministre des transports semble préférer parler du troisième lien. Tout va bien.

Si le projet pour le réaménagement de la tête des ponts est prêt, comme on le dit, alors il faut qu’il soit rendu public, sans délais, de manière à pouvoir faire l’objet d’un débat public.

Ce n’est pas d’un chantier ordinaire qu’il s’agit, c’est de la transformation en profondeur de tout un secteur de la ville, dont les impacts seront durables, dans toute la région.

Mise à jour: En fin de journée, Agnès Maltais et Martine Ouellet diffusaient le communiqué suivant: Le gouvernement libéral doit rendre public son plan de réaménagement

Les navettes paroissiales

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Dans la chronique qu’il signe ce matin dans Le Soleil, François Bourque revient sur la polémique des taxis à la sortie de l’Amphithéâtre.

On se calme! | François Bourque | 23 août 2016

Il nous invite à aborder le problème autrement, misant sur un système de navettes.

Extraits:

«Faut-il chambouler le système pour ces quelques soirs d’exception? Québec a-t-elle vraiment besoin de Téo, d’Uber ou d’autre sauveur pour vider son amphithéâtre, comme l’évoque le maire? J’en doute. (…)

La meilleure réponse reste à mon avis l’amélioration des navettes (…)

Le RTC offre actuellement quatre navettes les soirs de spectacle. Le RTC refuse de divulguer les chiffres de fréquentation, mais je suis sûr qu’on pourrait faire mieux avec une meilleure promotion et une offre plus complète (p. ex. : plateau de Montcalm-Sillery-Sainte-Foy).

Le jour où il sera plus simple d’aller à l’amphithéâtre (ou ailleurs) en transport en commun plutôt qu’en auto, on parlera moins du manque de taxi les soirs de spectacle.»

Cela me rappelle que quand j’étais adolescent et qu’on s’achetait des billets pour aller voir jouer les Nordiques, on se rendait prendre l’autobus dans le stationnement de la paroisse Sainte-Geneviève. L’autobus passait ensuite par les stationnements d’une ou deux autres paroisses avant de se rendre au Colisée. De mémoire, on avait qu’à montrer notre billet de hockey au chauffeur pour pouvoir monter à bord de l’autobus.

De cette façon, on arrivait au Colisée rapidement, le bus nous déposait à la porte. Même pas besoin d’être accompagnés par des parents. Le bus nous attendait évidemment à la sortie après le match. Et moins d’une heure après la fin du match j’étais de retour chez moi.

Simple et rapide. Directement au coeur des quartiers.

Il me semble que si on était capable de faire ça en 1985, on devrait encore être capable de faire ça en 2016.

Une solution pragmatique qui nous éviterait de vaines polémiques.

C’est peut-être trop simple.

Les groseilles

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C’est la même chose chaque été. Quand je croque une groseille, je me retrouve immédiatement transporté dans le temps et dans l’espace: directement sur la rue Laberge, chez l’oncle Émile, vers 1980.

L’oncle Émile, c’était l’oncle de mon père. Et la photo ci-dessus (tirée de Google StreetView), c’est sa maison — dans l’état où elle se trouvait l’an dernier. Elle est malheureusement encore plus abimée cette année, parce que la Ville de Québec ne l’entretient pas. Sa fille Annette l’avait pourtant conservée dans un parfait état jusqu’à ce que la Ville en fasse l’acquisition, en 1990.

La maison de l’oncle Émile c’est mon contact avec l’agriculture. J’y suis allé plusieurs fois, enfant, pour cueillir des légumes, faire les foins, flatter un cheval et quelques vaches. J’entends encore le ronron du tracteur sur le petit chemin qui menait au fond du champ.

À l’entrée, sur la gauche, là où il y avait déjà eu la boutique (un atelier, avec une forge — m’a rappelé mon père), il y avait une grande allée de groseilliers. On y pigeait des fruits, dont ma grand-mère faisait des confitures. C’est très profondément inscrit dans ma mémoire.

Sur la droite, il y a déjà eu un petit poulailler et un garage. Et sous la maison, le caveau à patates. Je me souviens aussi de l’odeur du foin et de la poussière qui dansait dans les rayons de lumière qui se faufilait à travers les murs de la grange.

Au bout de la rue Laberge, il y a les Lacs Laberge et ce qui et devenu la Base de plein air de Sainte-Foy. On dit que le premier des lacs a été creusé à la petite pelle pour en extraire le sable qui a servi à faire les fondations du premier bâtiment de l’hôpital Laval. Les chevaux montaient péniblement le sable par l’abrupte rue de la Suète (d’où son nom, m’avait-on dit… mais ce n’est pas la version retenue par le répertoire toponymique de la ville) jusqu’à la construction.

La rue de la Suète reliait alors le bas et le plateau de Sainte-Foy en traversant les terres où se trouvent aujourd’hui le Costco, le petit Ikéa et un garage municipal. Elle a été coupée pour prendre sa configuration actuelle quand le boulevard Charest a fait son apparition.

Ado, j’ai fait du vélo sur les vestiges de la rue de la Suète, dans les terrains vagues entre le boulevard du Versant-Nord et le boulevard Charest, bien avant la construction des grands commerces et de leurs stationnements. Certains jours le vieil asphalte nous servait de piste de décollage (en vélo, les bras ouverts, sans tenir le guidon) alors que d’autres jours c’était un espace de combat pour des chevaliers en BMX armés de quenouilles que nous ramassions dans les fossés de l’ancienne route. Bien mûres, bien sûr, pour qu’elles éclatent de façon spectaculaire une fois jetées à travers la roue de notre adversaire. Touché!

***

La rue Laberge est pleine d’histoire:

de précieuses histoires d’enfance pour moi, bien sûr;
mais aussi d’une partie importante de l’histoire de Sainte-Foy — et de Québec.

Et la maison de l’oncle Émile est toujours là pour en témoigner.

Je n’en reviens tout simplement pas qu’elle soit ainsi laissée quasiment à l’abandon.

C’est un bâtiment qui devrait être protégé et qui pourrait être mis en valeur à l’entrée de la Base de plein air pour permettre aux visiteurs de découvrir le mode de vie et l’ingéniosité des premières familles qui ont défriché Sainte-Foy.

Et pourquoi pas lui faire une place dans le Réseau des maisons du patrimoine de la ville de Québec?

***

J’ai repensé à tout ça, hier, en lisant ce texte de Valérie Gaudreau, dans Le Soleil:

La Base de plein air de Sainte-Foy a le coeur à la plage

On y apprend que le maire a finalement annoncé l’appel d’offres qui devrait initier les travaux de réaménagement de la Base de plein air. Un projet qui devrait s’échelonner sur plusieurs années.

Je croise les doigts pour que le projet soit aussi l’occasion de rénover la maison de l’oncle Émile… mais je reste prudent, parce qu’on en est pas à la première promesse d’investissement à la Base de plein air.

C’était une promesse du maire en 2009, qu’il avait renouvelée à quelques jours des élections en 2013 — ce qu’il fait à nouveau… à un an de la prochaine élection.

Quelques références:

Base de plein air de Sainte-Foy, une promesse électorale qui refait surface

Base de plein de Sainte-Foy: terrain de prédilection pour le sport extrême

Une base de plein air «extrême»

Projets revus pour la Base de plein air de Sainte-Foy

On s’en reparlera peut-être à la prochaine saison des groseilles…

La traversée du boulevard Laurier

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Excellent texte de Karine Gagnon dans le Journal de Québec de ce matin au sujet de la sécurité des piétons devant le CHUL.

L’émotion, mauvais guide | Karine Gagnon | 20 août 2016

Elle a raison: il ne faut pas réagir de façon émotive au terrible accident d’il y a dix jours. Il est préférable de saisir l’occasion pour s’interroger de façon beaucoup plus globale sur l’aménagement du boulevard Laurier.

Il ne faut pas perdre de vue que ce secteur de la ville est en rapide transformation. Le nombre de piétons qui franchissent chaque jour le boulevard Laurier augmente rapidement, entre autres parce que les constructions se multiplient. Les 400 unités pour personnes retraitées du projet Ékla, sur le point d’être livrées, juste un peu à l’est du CHUL, en sont un bon exemple. Chaque année, des centaines de personnes s’ajoutent à celles, déjà nombreuses, qui traversent le boulevard pour prendre l’autobus.

C’est la responsabilité de la Ville de protéger les piétons aux endroits qu’elle désigne pour franchir un boulevard aussi achalandé. On ne pourra jamais éliminer tous les risques, mais aux endroit les plus critiques, l’aménagement devrait être prévu de manière à éviter qu’un véhicule puisse foncer dans la foule en cas d’accident.

Une pétition demande l’ajout de passerelles ou de tunnels. Ce n’est pas réaliste, et ce ne sera pas efficace non plus. Accès Transport Viable rappelle que l’expérience démontre que les gens ne sont généralement pas prêts à faire des détours sous prétexte d’une meilleure sécurité. Il faut en tenir compte.

Karine Gagnon a tout à fait raison d’inscrire la réflexion dans la perspective du réaménagement du boulevard Laurier, qui est prévu dans le contexte de la mise en place du Service Rapide par Bus (SRB) annoncé pour 2022. Mais il ne faut pas attendre tout ce temps pour améliorer la sécurité des piétons.

Il me semble qu’il est possible d’aménager des refuges pour les piétons sur le terre-plein central du boulevard Laurier — à un coût raisonnable, et de façon esthétique, même si cela devait être temporaire. La Ville sait très bien comment faire ça. L’aménagement du boulevard Honoré-Mercier a même été cité en exemple à cet égard. On peut lire à ce sujet les pages 43 à 46 du travail de Stéphanie Rocher, de l’Institut d’urbanisme de l’Université de Montréal:

L’expérience du piéton en entrée de ville: Le cas de l’avenue Honoré-Mercier à Québec

Des zones protégées par des bollards, ce n’est pas très complexe à mettre en place. Et ça peut même être beau et original. Quelques images pour s’inspirer:

Bollards | Google Images

 

Autres documents pertinents:

 

De la radio plate?

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Le Soleil publie aujourd’hui quelques textes sur la rentrée radiophonique à Québec. Une rentrée qui pourrait être marquée par une surenchère de la controverse, nous dit Élisabeth Fleury, rapportant les propos de Claude Thibodeau, analyste en médias:

«La plupart des ténors de la radio de Québec sont pas mal à droite du spectre [politique]. Le discours va être homogène partout, et ceux qui vont vouloir se distinguer là-dedans vont devoir patiner plus vite et scorer plus fort. Ça pourrait donner lieu à une petite surenchère de la controverse et entraîner des dérapages, peut-être même des nouveaux litiges»

L’analyste poursuit en suggérant qu’il est un peu normal que les ondes soient généralement accaparées par la droite, parce que:

«…les gens à gauche ne veulent pas prendre de raccourcis intellectuels pour faire valoir leurs opinions, c’est antinomique avec leur façon de faire, donc ça [ferait] de la radio plate»

« [et] la nuance en radio, ce n’est pas payant»

Je comprends son raisonnement mais je trouve qu’il a pour effet de détourner notre attention d’une autre dimension du problème de la radio à Québec.

Je ne pense pas que les gens choisissent une station de radio en fonction de l’axe politique gauche-droite — et encore moins en fonction des nuances qui sont formulées (ou non) par les intervenants. Je crois que la majorité des gens cherchent d’abord et avant tout à être accompagné par des gens stimulants dont les propos font réagir.

Je pense que la radio de Québec a moins un problème «gauche-droite» qu’un problème de diversité dans les approches utilisées pour faire réagir les auditeurs. Aujourd’hui, presque toute les stations s’appuient sur la frustration et la colère pour susciter des réactions.

J’ose un lien avec avec un passage d’un texte récent du journaliste économique Gérald Fillion, qui me semble tout aussi pertinent pour les animateurs de radio que pour les politiciens:

«[les] travailleurs, en colère et déçus, ont l’impression de s’être fait avoir. Le problème, c’est que leur mécontentement est aujourd’hui récupéré par des politiciens prêts à tout pour gagner des votes. […] Ils attisent les passions, nourrissent la division, leur projet n’est plus celui de faire rêver, mais de faire enrager.»

Il existe pourtant bien d’autres leviers psychologiques que la colère pour susciter des réactions chez quelqu’un. On peut le surprendre, lui faire découvrir des choses étonnantes, le faire rêver, le pousser à l’action, etc.

Rien de tout cela n’implique de se précipiter dans les nuances, et encore moins d’être plus ou moins «à gauche». Il faut essentiellement choisir d’interpeler les auditeurs. Le piège n’est pas la droite, c’est l’indifférence.

C’est pour ça qu’il me semble évident que ce n’est pas en privilégiant la gauche, ou en misant sur les nuances, que Radio-Canada pourra profiter de la situation pour augmenter ses cotes d’écoute, comme le suggère Claude Thibodeau.

C’est en (re)devenant une radio qui fait, elle aussi, réagir ses auditeurs — de façon aussi vigoureuse, mais en faisant appel à d’autres types de sentiments, sans doute plus positifs.

Un clavier qui aide à rédiger

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J’ai fait référence il y a quelques mois à un mini logiciel de traitement de texte qui limite le vocabulaire de ses utilisateurs aux 1000 mots les plus fréquents de la langue anglaise — prétenduement pour favoriser la lisibilité des textes produits.

1000 mots | 8 avril 2016

Morten Just, concepteur du logiciel, avait même prévu un Trump Mode qui poussait la contrainte encore plus loin en limitant le vocabulaire à 300 mots. C’était avant la montée en force du candidat républicain — quand on ne prenait pas encore très au sérieux l’énergumène.

Je découvre ce matin que Morten Just a poursuivi sa démarche — et qu’elle prend aujourd’hui une forme beaucoup plus aboutie.

L’outil qu’il nous propose prend maintenant la forme d’un clavier pour iOS. Ce qui le rend encore plus générique puisqu’il est ainsi possible de l’utiliser dans n’importe quelle application sur un iPhone ou un iPad.

Plus intéressant encore, plutôt que de se limiter à restreindre le vocabulaire de l’utilisateur, le clavier indique continuellement le niveau de difficulté du texte qui est en cours d’écriture. Ça vaut vraiment la peine de prendre le temps de regarder les exemples:

Trump’s iPhone Keyboard | Morten Just | 7 août 2016 

Je trouve qu’il s’agit d’une innovation très intéressante, qui devrait inspirer bien au-delà du contexte polémique dans lequel l’inscrivent toutes les références que le concepteur a choisi de faire à Donald Trump.

Un clavier qui accompagne la rédaction en soulignant au fur et à mesure les difficultés que comporte le texte et qui suggère, au besoin, un vocabulaire alternatif ou complémentaire. Ça me semble très inspirant, notamment dans une perspective pédagogique (et pourquoi pas politique!).

Je serais très curieux de savoir ce que pense Jean-Yves Fréchette de cette idée.. qui me semble avoir quelques points communs avec la démarche qu’il proposait il y a vingt ans avec la Console d’écriture.

 

 

Sujet important, sondage inutile

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Ah, les sondages. Un bel outil, certes utile en démocratie, mais auquel on peut aussi faire dire n’importe quoi — en particulier quand les questions sont mal posées ou ne veulent rien dire.

J’ai applaudi ce matin, entre deux gorgées de café, en lisant l’éditorial de Jean-Marc Salvet, dans Le Soleil:

Gare au revenu miracle!

Extrait:

«Les Canadiens sont en faveur de l’établissement d’un programme de «revenu minimum garanti», nous apprend un sondage Angus Reid publié cette semaine. [Pourtant personne] ne sait vraiment de quoi il s’agit.

C’est que le revenu minimum garanti est un concept à mille visages. Il peut favoriser une redistribution de la richesse, tout autant que la limiter. (…)

Tant qu’aucun projet concret ne sera présenté, tant qu’aucun ne sera défini (…) personne ne devrait soutenir qu’une population est pour ou contre. Ces sondages sont inutiles.»

Merci! Merci de le dire aussi clairement. J’applaudis encore, parce qu’on a besoin que les médias mettent en évidence de telles formes de manipulation de l’opinion publique. Cette dénonciation va d’ailleurs tout à fait dans le sens des réflexions que j’évoquais hier:

Des discours plus constructifs

Les sondages prétendent rendre compte de l’opinion de la population, alors qu’ils visent parfois plutôt à la définir, à l’influencer, dans l’intérêt de ceux qui les commandent dans la plus grande discrétion. 

Je ne dis pas ça parce que je serais contre le revenu minimum garanti — ni pour, d’ailleurs. Mon opinion n’est pas faite. Il me manque trop d’information. Et c’est bien justement pour cette raison que j’espère que nous aurons l’occasion d’en débattre intelligemment, avec toute la pédagogie qui s’impose pour un changement social de cette ampleur (dont l’éditorialiste a raison de dire qu’il devra forcément s’accompagner d’un mandat électoral, le cas échéant).

Pour le moment, ce que je constate c’est que le Parti libéral semble avoir décidé d’aborder la question de front (même les jeunes libéraux s’y mettent vigoureusement en fin de semaine), alors que le Parti Québécois et la Coalition Avenir Québec ne s’y sont même pas encore engagés (ou alors ça m’a échappé). Il le faudra pourtant… et plus tôt que tard, parce que ça pourrait bien devenir un enjeu déterminant de la prochaine élection.