Ouvrir la porte

Un commentaire reçu par courriel hier en fin de journée m’a beaucoup fait réfléchir. Formulé par une personne que j’estime profondément, il me suggérait gentiment d’éviter de commenter, comme je l’ai fait hier matin, la situation du Parti Québécois étant donné que j’avais choisi «de quitter le bateau».

C’est un point de vue que je suis prêt à entendre.

Sauf que plus j’y pense plus cela me trouble. Parce que si j’ai effectivement choisi il y a un an de ne pas renouveler mes engagements dans les instances du parti et de ne pas être candidat (pour une troisième fois en cinq ans), je n’ai jamais quitté le bateau.

Si je me suis imposé la discipline de commenter avec beaucoup de pudeur la campagne électorale sur mon blogue au cours des derniers mois, c’est pour ne pas faire le gérant d’estrade, et parce que je savais que celles et ceux qui étaient aux commandes, et qui étaient candidat.e.s, faisaient de leur mieux dans un contexte très difficile.

Mais une fois la campagne terminée et le résultat connu, il me semble sain (et nécessaire) de recommencer à réfléchir à la suite. Parce que je crois encore à ce parti — si on arrive à le réinventer.

Ce serait un grand danger pour le Parti Québécois de se priver des réflexions de celles et ceux qui ont ont choisi de prendre quelques pas de recul (quelle que soit leurs raisons) au cours des derniers mois et des dernières années.

Ce n’est pas tant ce que moi j’ai à dire, que je souhaite être entendu dans le parti. C’est ce qu’ont à dire plusieurs personnes que j’ai côtoyées au cours des dernières années, qui se sont impliquées de différentes façons dans le parti mais qui ont tour à tour cessé de le faire. Il faut comprendre pourquoi. Il faut leur donner la parole. Accueillir ce qu’ils ont à nous dire, même (surtout) si ça ne fait pas notre affaire. C’est cette conversation-là qu’il me semble indispensable d’initier sans tarder.

Je soumets l’idée que c’est peut-être même en interrogeant nos sympathisants, ex-membres et non-membres, qu’on arrivera à trouver certaines des réponses les plus déterminantes aux questions auquel nous sommes confrontés.

Parce qu’un parti dont la porte ne fonctionne que pour sortir peut difficilement se renouveler.

Ouvrons toute grande la porte. Dès maintenant.

À qui donner la parole à l’heure du bilan?

J’ai lu dans Le Devoir de ce matin que le Parti Québécois fera son bilan de l’élection dans un mois. Je m’en réjouis, c’est sage.

J’ai lu aussi Boucar Diouf qui croit que le Parti Québécois va devoir recommencer à zéro. Je suis pas mal d’accord avec lui.

Je ne serai pas présent à la réunion où sera fait le bilan — ayant choisi de n’être ni candidat ni engagé dans les différentes instances du parti au cours de la dernière année — mais j’aimerais quand même formuler deux souhaits et une suggestion en prévision de cette rencontre.

Les deux souhaits:

  • D’ici la rencontre (et après), il faut laisser les militants s’exprimer librement — sans tabous. Il faut même les encourager à le faire. Il faudrait éviter d’intervenir en coulisse pour dire des choses comme «il serait mieux de ne pas dire ça, pas publiquement en tout cas».
  • Le bilan ne devrait pas porter seulement sur la période électorale (et pré-électorale). Il faut faire ça, mais ça ne nous mènera pas à grand chose pour la suite. Le contexte politique vient de changer en profondeur et vraisemblablement de façon durable. Je pense que ce n’est pas tant de l’échec technique de cette campagne dont il faut tirer des leçon, mais bien de notre incapacité à avoir vu venir ce basculement. Ce n’est pas la faute des rameurs, si nous avons perdus l’élection, et ce n’est pas la faute du timonier non plus. On n’avait tout simplement pas les bonnes cartes de navigation. Pourquoi?

La suggestion:

  • On devrait inviter les présidents régionaux à partager d’ici la rencontre leur analyse personnelle de l’élection à partir d’une question générale, ouverte. Par exemple: quel est le facteur le plus déterminant de notre défaite: notre programme? Le fonctionnement du parti? L’image du parti? La division du vote? Les réponses à ces questions devraient faire l’objet d’une synthèse, qui pourrait être présentée au début de rencontre par la vice-chef, dans le but de guider les échanges qui vont suivre.

Je ne présume pas que cette approche n’est pas déjà prévue. Mais je pense qu’il peut quand même être utile de le formuler comme un souhait — pour insister un peu.

Parce que les habitués de ce genre de rencontre savent très bien qu’à défaut de faire ça, on aura droit à une énième séance de linge sale en famille, dans laquelle les mêmes vétérans (et les déçus) occuperont encore une fois le rôle central.

On doit tout faire lors de cette rencontre pour donner la parole à celles et ceux, qu’on n’a pas su écouter suffisamment au cours des dernières années.

De toute façon, les autres trouvent toujours le moyen de se faire entendre — avec le succès qu’on connaît.

Savoir tourner la page…

Je lis dans Le Devoir de ce matin que la bisbille a repris au Bloc Québécois. Encore.

Comme je l’ai dit spontanément sur Twitter, s’il n’en tenais qu’à moi, j’en profiterais pour tirer la plogue sur le Bloc Québécois et j’inviterais tous les indépendantistes à consacrer leurs énergies à réinventer le Parti Québécois et/ou à développer Québec Solidaire.

Tout cela me rappelle que les résultats de l’élection de lundi doivent nous amener à remettre en question nos façons de faire et (plus encore) nos réflexes politiques. Il faut enfin se donner le droit (le devoir!) d’aborder les choses autrement. De tout remettre en question, s’il le faut.

Le Bloc Québécois a été créé en 1991 — dans un contexte bien différent. Je pense que cela a marqué le début d’un cycle politique qui est finalement arrivé à sa fin lundi dernier (j’ai d’ailleurs exploré tout ça récemment dans mon Histoire personnelle du Québec de 1989 à 2019).

Il faut de toute évidence trouver le moyen d’entreprendre (enfin) un nouveau cycle. Et ce n’est pas en tenant pour acquis et en défendant tous notre attirail passé qu’on va y arriver. Le statu quo est un piège.

Je pense qu’il faut plutôt identifier les gestes forts qui devront être posés à moyen terme pour pouvoir reprendre la main — avec une perspective d’au moins quatre ans, mais plus probablement d’une dizaine d’années.

Je plaidais avanthier que la question qu’il faut maintenant se poser n’est pas «comment sauver le Parti Québécois?», mais bien «à quoi sert le Parti Québécois?» (et à plus forte raison, le Bloc Québécois!). Il ne faut toutefois pas perdre de vue qu’il y a quelques questions préalables auxquelles il faudra aussi répondre:

  • Qu’est-ce qui définit la situation politique du Québec aujourd’hui?
  • Quelles sont les forces qui influenceront le plus l’évolution de notre société au cours des prochaines années?
  • Quels sont les principaux défis auxquels nos sommes confrontés, comme nation?
  • Dans quel contexte se dérouleront les prochaines élections, en 2022?

Je soumets humblement que c’est peut-être parce que nous n’avons pas les idées claires sur ces questions que nous avons essuyé l’échec retentissant de lundi soir.

Plusieurs partis politiques semblent avoir découvert dans les dernières semaines à quel point l’environnement était devenu quelque chose d’essentiel dans la dynamique politique québécoise. Je suis sûr qu’il y a bien d’autres thèmes comme celui-là qui se cachent dans l’angle mort des programmes des partis politiques — et dans celui, beaucoup trop touffu, du Parti Québécois. Je pense à l’éducation (avec un angle beaucoup plus innovateur), à la culture (qui offrirait une perspective beaucoup plus stimulante sur les enjeux d’identité et de cohésion sociale), aux impacts du numériques…

C’est seulement en répondant d’abord à ce genre de questions que nous pourrons ensuite répondre à la question «à quoi sert le Parti Québécois aujourd’hui?» — et qu’on pourra ensuite se demander la forme qu’il devrait prendre, le fonctionnement qu’il devrait adopter, etc.

De mon point de vue, la réinvention du Parti Québécois est plus que jamais prioritaire sur la sauvegarde le Bloc Québécois.

D’autant que ça a bien plus de chance de réussir!

Quel avenir pour le PQ?

Il faut éviter les gestes précipités. Laisser retomber la poussière. Mais à la lecture des journaux ce matin, je me fais quelques réflexions, très spontanées.

C’est vrai qu’il y a quelque chose qui dépasse le seul contexte québécois dans les mouvements de l’électorat — chez les jeunes, notamment. On a constaté des choses semblables ailleurs en occident. Mais ce n’est pas comme si on le découvrait aujourd’hui…

Les résultats obtenus par le Parti Québécois ne sont pas plus la faute de Québec Solidaire que les déboires du Parti démocrates aux États-Unis étaient la faute de Bernie Sanders. Il va falloir admettre qu’on n’a pas su apprendre des erreurs de nos voisins.

C’est très tentant pour le PQ de consacrer ses prochaines énergies à un rapprochement avec QS. C’est un raccourci évident pour retrouver un peu d’importance à l’Assemblée nationale. Je pense que ce serait une grave erreur de suivre cette voie.

Il ne faut pas essayer d’éviter la profonde réflexion qui s’impose à nous. Et, surtout, ne pas se tromper de question de départ. Il ne s’agit pas de savoir comment sauver le Parti Québécois, mais bien de comprendre à quoi sert le Parti Québécois aujourd’hui. Je suis personnellement convaincu qu’il peut encore servir à quelque chose.

Je pense finalement que c’est seulement une fois qu’on aura répondu à cette question — dans un an, deux ans, voire un peu plus — qu’il sera pertinent d’identifier le ou la meilleure personne pour être chef de ce nouveau Parti Québécois.

C’est là où j’en suis ce matin.

Réfléchir à la suite

L’élection avance, et même si je trouve de moins en moins d’intérêt dans la dynamique partisane actuelle, je ne peux pas m’empêcher d’analyser ce qui est en train de se passer à deux semaines de l’élection. L’environnement (en tout premier lieu), l’éducation et la vision qu’on a de la place du numérique dans l’avenir du Québec émergent de plus en plus clairement comme des priorités parmi mes préoccupations.

J’ai d’ailleurs pris le temps de réfléchir à haute voix sur tout ça vendredi soir en participant, pour une deuxième fois, à la balado des Engagés publics. J’avais parlé de la première fois ici. L’enregistrement de cette semaine peut être écouté ici ou .

Je consacre aussi pas mal de temps à rencontrer des gens qui s’interrogent sur la suite des choses — sur ce qu’il faudra faire pour aborder autrement l’action politique à partir du 2 octobre, dans un environnement politique profondément transformé. J’ai apprécié lire ce matin cette entrevue avec Léo-Bureau Blouin, qui semble aussi aller dans le même sens.

Je me réjouis finalement de voir émerger de plus en plus de discours qui explorent la possibilité d’un renversement de la dynamique politique actuelle. Il me semble qu’il y a de plus en plus de monde qui propose de mettre les pouvoirs politiques nationaux au service des pouvoirs locaux, plutôt que l’inverse. C’est un discours qui se manifeste même dans des endroits où on ne les auraient pas nécessairement attendus, comme ici, au Global Climate Action Summit, qui se tient ces jours-ci à San Francisco.

***

J’ai évoqué il y a quelques jours une démarche pour questionner les quatre principaux partis politiques au sujet de leur vision du rôle du numérique dans l’avenir du Québec. La démarche s’est poursuivie avec la collaboration de quelques amis, les questions ont été rédigées, elles ont envoyées aux partis, et nous prévoyons faire la diffusion de tout cela au cours des prochains jours. À suivre!

Nous comptons ensuite sur la communauté numérique pour en favoriser la diffusion la plus large possible.

***

Je vous invite en terminant à prendre connaissance de la lettre d’opinion dans laquelle mon ami François Marcotte s’adresse aux partis politiques cette semaine en rapport avec les conditions de vie des jeunes qui sont soignés dans un CHSLD. C’est très concret.

Ce n’est pas du défaitisme!

J’avais très mal digéré une récente chronique de Patrick Lagacé au sujet du réchauffement climatique.

Il revient sur le sujet ce matin avec un texte intitulé Désolé d’être défaitiste.

Le texte commence comme une simple suite du déplorable texte, mais se termine de façon beaucoup plus stimulante. Tellement que je trouve finalement le titre de la chronique bien mal choisi…

Ce n’est pas du défaitisme que Patrick Lagacé décrit. Au contraire! C’est un éveil — c’est le constat (que pas mal de monde fait actuellement, je pense) qu’il va falloir déplacer nos espoirs (et nos énergies) sur d’autres terrain politiques si on veut sortir de l’impasse / de ce qu’il présente comme la source du défaitisme.

Il va falloir arrêter d’attendre des politiciens qu’ils nous trouvent des solutions aux problèmes environnementaux (entre autres).

Il va falloir imaginer nous-même les solution et les mettre en oeuvre à petite échelle, localement, mais avec détermination. Il va falloir multiplier les exemples, identifier les meilleures idées, exiger des pouvoirs publics d’investir pour en faire des modèles, et les répliquer ailleurs afin d’en étendre la portée.

Il est de plus en plus urgent de renverser la logique: mettre la politique au service de la mobilisation plutôt que l’inverse.

Utopique? Je ne crois pas. Mais ça reste à démontrer, c’est vrai. Beau défi.

J’adhère à la conclusion de Patrick Lagacé: c’est probablement au niveau municipal que la dynamique politique/démocratique va devoir se modifier en premier pour qu’y s’passe enfin ce qu’y devrait s’passer.

Photo: Alouette, une oeuvre de Brandon Vickerd, réalisée dans le cadre des Passages insolites, Québec 2018.

J’accuse Patrick Lagacé

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J’accuse! 

J’accuse Patrick Lagacé d’ironie criminelle.

Patrick Lagacé ne peut pas réellement penser ce qu’il écrit ce matin en commentant la démission de Nicolas Hulot.

Il nous dit qu’il ne parle jamais réchauffement climatique dans sa chronique parce que ça ne servirait à rien. Qu’il ne veut pas se mentir. Nous mentir.

Ça ne sert à rien d’en parler, dit-il, parce qu’on n’y peut rien. Il y a même un urbaniste britannique qui le dit, imaginez-vous. Parce que les êtres humains sont trop cons. Parce qu’il est trop tard. Parce qu’on va de toute façon devoir subir le réchauffement. On est cuit. Autant s’y faire. Et alors à quoi bon en parler?

Patrick ne peut pas réellement croire ce qu’il écrit ce matin. Parce que si son critère pour choisir un sujet était son utilité à changer le monde, il ne serait pas chroniqueur. La plupart de ses chroniques ne servent à rien.

J’accuse Patrick Lagacé de faire le DJ sur le pont du Titanic.

J’ose croire qu’il plaidera la provocation. La volonté de faire la démonstration par l’absurde de la vacuité des comportements politiciens et de la posture de nombreux médias. Ou simplement une crise de cynisme aigüe. Ça arrive. Je lui pardonnerais aisément.

J’accuse Patrick Lagacé d’ironie criminelle.

Et je propose qu’il soit condamné à écrire douze chroniques, une par mois, pour nous expliquer les conséquences du réchauffement climatique sur le Québec. Concrètement, avec tout le talent qu’on lui connaît.

Parce que s’il croit vraiment qu’on n’y peut rien, alors il est certainement utile qu’il nous aide à comprendre ce qui nous attend et ce qui attend nos enfants.

Je fais le pari qu’on découvra alors au fil des mois que, ah ben… finalement… il y a peut-être quelques petites choses qu’on peut faire… pour diminuer les impacts, pour s’y préparer, pour éviter le pire.

***

Alors Patrick… tu nous niaisais avec ce texte, c’est ça? Dis-moi que tu voulais juste t’amuser un peu en gâchant le début de journée de quelques personnes, qui comme moi, sont parfois un peu primes à réagir? Dis-moi que c’est ça… Je vais te pardonner tu sais, mais je trouve ça un peu puéril. Ce ne sont pas le gens comme moi qu’il faut faire réagir par les temps qui courent, ce sont ceux qui ne croient pas au réchauffement climatique, et tu le sais aussi bien que moi. Alors que là, tu leur a donné une belle tape dans le dos, juste pour le fun, pis ça me choque. C’est de ça que je t’accuse au fond.

Hulot: l’impasse partisane

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Ça s’est passé en France, mais ça nous concerne tous: la démission de Nicolas Hulot de son poste de ministre d’État à la transition écologique et solidaire du gouvernement d’Emmanuel Macron.

Le geste est spectaculaire, sans préavis, en direct à la radio, mais ce n’est certainement pas ça qu’il faut en retenir. 

Il ne faut pas se contenter du clip qui circule le plus, qui dure presque trois minutes, et encore moins de celui de 30 secondes. Il faut regarder et écouter attentivement au moins les 20 premières minutes de la version longue, qui en dure quarante au total. C’est vraiment très dur.

Son constat est implacable: la dynamique politique actuelle s’avère incapable de répondre aux enjeux écologiques auxquels nous sommes confrontés. 

Il ne comprends pas notre indifférence collective devant le réchauffement climatique, qu’il présente comme «la voie tragique dans laquelle s’est engagée l’humanité».

Et malgré la bonne volonté de ses ex-collègues (qu’il continue d’admirer et à qui il s’excuse d’imposer «un geste pas très amical») il arrive à la conclusion que le fonctionnement actuel du gouvernement est incompatible avec l’urgence de la situation (ce n’est manifestement pas différent ici).

«Je me suis surpris, des fois, par lassitude, à baisser les bras.»

Se sentant en danger de «se résigner aux petits pas», il a préféré démissionner — pour ne pas devenir complice d’une forme d’aveuglement devant l’ampleur et l’urgence du défi écologique.

«J’espère que mon geste ne sera pas inutile». 

Voyant cela, on ne peut pas faire autrement que de se demander ce qu’en pensent les chefs des partis politiques qui sollicitent notre confiance dans le but de former le prochain gouvernement du Québec.

Je pense même qu’on doit leur demander très directement ce qu’ils en pensent: en leur écrivant, en les interpelant sur les réseaux sociaux, en demandant aux journalistes de les interroger sur le sujet — et exigeant du consortium de télévision qui prépare le débat des chefs qu’il prévoit un segment sur le réchauffement climatique et ses conséquences prévisibles pour le Québec.

Et attention! Les chefs devraient éviter de tomber dans trop partisanerie. Ça les disqualifieraient parce que Hulot le dit clairement: l’attitude partisane n’est pas étrangère à l’impasse dans laquelle nous sommes.

«La diversité [des points de vue] est tellement importante dans notre société. [Il faut arriver à] s’enrichir de nos différences plutôt que de les confronter en permanence.»

En sommes, ce que Hulot nous dit aujourd’hui, c’est qu’on ne pourra pas se sortir du bourbier dans lequel on se trouve sans apprendre à mieux coopérer. En politique aussi. Surtout en politique, peut-être.

Alors, qu’est-ce qu’on attend?

Renverser la communication

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Antoine Robitaille publie ce matin sur son blogue de campagne (Le petit Robi sur la route) un texte très sévère au sujet des premières promesses de la campagne électorale — qui lui semblent très utilitaires et clientélistes. 

Cela révèlerait, de son point de vue, une forme d’éclatement de la nation. Peut-être… mais je n’en suis pas si sûr. Il faut peut-être aussi mettre ça en parallèle avec les crottes de chien de Harvey Milk.

Mais c’est la question finale du texte d’Antoine Robitaille qui me donne le plus envie de réagir:

«Cela engendre toutefois un cercle vicieux: nous trouvons que ces promesses étriquées manquent de «oumf», de panache, de rêve, d’horizon.

Nous concluons que la politique est «plate» et nous retournons à notre petite niche d’intérêt.

Bref, on est malpris. Comment en sortir selon vous?»

J’ose une hypothèse en guise de réponse:

Je pense que les partis politiques font de plus en plus souvent l’erreur de tenter de parler aux gens les plus déconnectés — au sens social: celles et ceux qui vivent dans une bulle (pour toutes sortes de bonnes raisons, sans doute) et qui ne se sentent reliés que de façon très indirecte aux enjeux collectifs.

Alors qu’il serait probablement beaucoup plus payant, politiquement, de s’offrir comme porte-voix pour celles et ceux qui sont les plus connectés, les plus engagés, celles et ceux qui animent et font vivre le collectif, qui inventent le Québec de demain et qui sont susceptibles d’inspirer, de donner le goût de se mobiliser à son tour.

«Comment en sortir selon-vous?»

Je pense qu’il va falloir renverser le sens de la communication politique.

Mettre les partis politiques au service de ceux et celles qui ont choisi de faire plutôt que de tenter de rejoindre les autres, qui se limitent à commenter.

Bâtir un pays, gérer un État, je pense que ça consiste d’abord et avant tout à aider les gens à coopérer pour réaliser leurs aspirations, individuelles et collectives. 

Pour s’en sortir, je pense qu’il va falloir qu’on accepte de repartir de là.

Photo: One and Three Chairs, une œuvre de Joseph Kosuth, vue au Musée Pompidou, à Paris,  à l’été 2017.

Quelle vision (numérique) pour le Québec?

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Mise à jour du 7 septembre: la démarche s’est poursuivie après la publication de ce texte. La formulation finale des questions, et les réponses qui auront été obtenues des partis politiques, devrait faire l’objet d’une publication au cours de la semaine du 17 septembre.

Yves Williams est un homme persévérant. Il fait partie de ceux et celles qui nous rappellent périodiquement, depuis plus de dix ans, qu’il est essentiel que le monde politique comprenne les enjeux liés au développement du numérique. Il le fait à nouveau cette année dans un texte intitulé Des élections et du numérique:

Au fil des ans, Yves a parfois été enthousiaste, résigné, voire déçu, mais cette fois, il se montre optimiste — et ça fait du bien. La présence parmi les candidats de Mario Asselin pour la CAQ, de Michelle Blanc pour le PQ et de Dominique Anglade pour le PLQ, lui fait croire qu’on a enfin des conditions favorables pour se parler franchement de la place du numérique dans l’avenir du Québec.

«Je suis tellement positif que j’espère même qu’on passe à l’étape suivante. (…) C’est-à-dire que les partis ne fassent pas qu’un long listage d’actions à inscrire au programme, mais qu’ils nous présentent leur vision politique de notre avenir numérique, qu’ils soient plus précis sur les options politiques contenues dans leurs propositions technologiques et numériques.

[Il faut que les partis politiques nous présentent] leur vision politique de notre avenir numérique, [qu’ils soient] plus précis sur les options politiques contenues dans leurs propositions technologiques et numériques.»

Je pense qu’il a raison de dire qu’on est encore généralement beaucoup trop naïfs de la transformation numérique de notre société, comme si elle allait nécessairement être positive, alors qu’on sait bien que ce ne sera pas forcément le cas:

«Nous souhaitons les changements numériques; nous trouvons qu’entreprises, État, organisations ne vont pas assez vite ni assez loin; nous voulons plus d’initiatives et d’allant, mais nous définissons rarement quels changements numériques nous espérons. (…)

[Il faudrait donc que] les aspirants députés, au moment de parler de numérique, nous décrivent leur projet de société, leurs convictions politiques et nous montrent comment le numérique est un allié dans leur projet.»

Effectivement, ce qu’il est important de comprendre aujourd’hui, c’est à quelle vision du Québec chacun compte mettre à contribution le numérique.

Je propose donc de bâtir ensemble un court questionnaire que nous pourrions éventuellement adresser aux porte-paroles numériques de chaque parti.

Il pourrait s’agir d’une douzaine de questions, forcément un peu dichotomiques, que chacun pourra nuancer à son aise. 

Par exemple:

Démocratie — S’il fallait choisir entre mettre en place le vote électronique ou une structure de consultation citoyenne, que privilégieriez vous? Pourquoi?

Éducation — L’apprentissage du numérique doit-il d’abord servir les besoins des entreprises ou le développement de la créativité? Pourquoi?

Culture — Croyez-vous que le numérique sera globalement positif ou négatif pour les créateurs québécois? En conséquence, quels principes devraient guider une éventuelle mise à jour des mesures de soutien à la culture au Québec?

Santé — Faut-il privilégier l’efficacité du système de santé ou la protection des renseignement personnels? Pourquoi?

Développement urbain — Une ville intelligente, c’est une ville où tout est informatisé, ou une ville où les citoyens peuvent interagir plus facilement avec les services municipaux? Qu’est-ce que ça veut dire concrètement?

Médias — Est-ce qu’il est possible de réglementer la diffusion d’informations? Si oui, en vertu de quels critères? 

Commerce — Faut-il taxer le commerce en ligne transfrontalier? Si oui, faut-il le faire surtout pour protéger les commerçant locaux, ou pour alimenter les coffres de l’états?

Innovation — Devant l’apparition de modèles économiques subversifs (Uber, Airbnb, etc.), est-ce que l’État doit prioritairement protéger les acteurs qui opèrent selon un modèle traditionnel, ou soutenir les acteurs qui prennent le risque d’adapter leur écosystème ou d’inventer un nouveau modèle?

Administration publique — Dans le prochain gouvernement, doit-on souhaiter la nomination d’un.e ministre responsable des technologies et du numérique ou d’un.e ministre responsable de la valorisation des données publiques? Quelle différence faites-vous entre les deux?

Accès à l’information — Serait-il souhaitable de définir par une loi-cadre que tous les documents produits par l’État québécois doivent être publics et accessibles sans restriction, à moins de justifications explicites? Pourquoi? 

Transport — Vous semble-t-il préférable d’investir dans le développement des véhicules électriques autonomes ou dans le développement de services (sur les téléphones cellulaires, par exemple) favorisant l’efficacité des transports collectifs (covoiturage, transport multimodal, etc.). Est-ce la même réponse pour Montréal, pour Québec et en région?

Accès à Internet — Ça fait vingt ans qu’on dit que tous les citoyens du Québec auront bientôt accès à l’Internet haute-vitesse. Quel moyen croyez-vous le plus efficace pour que cela devienne enfin une réalité: nationaliser les services d’accès à Internet? Subventionner les entreprises de télécommunication pour le faire? Pourquoi?

Si l’exercice vous plaît, je vous invite à m’aider à préciser les questions en formulant vos propositions dans les commentaires ci-dessous ou en contribuant directement à ce document Google.

Mario Asselin, Michelle Blanc, Dominique Anglade (et un.e éventuel.le porte-parole numérique de QS) pourront évidemment suivre l’élaboration des questions — voire y participer. Ben oui, pourquoi pas… si ça permet de rehausser le débat?

Je lève d’ailleurs mon chapeau à Mario Asselin, qui a posé un geste dans cet esprit-là aujourd’hui en partageant sur son blogue ses notes préparatoires en prévision d’un débat qui aura lieu demain sur l’éducation. Je trouve que c’est une initiative qu’on gagnerait tous à voir se reproduire plus souvent.

Ça va tout à fait dans le sens du type de leadership que je décrivais avant-hier en réponse à une question de Anne-Marie Dussault.

L’indifférence, oui mais…

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Éditorial intéressant de Paul Journet, dans La Presse de ce matin:

La vraie menace: l’indifférence

L’éditorialiste nous invite à porter un regard un peu plus intéressé (voire positif) sur notre monde pour ne pas céder au désabusement et au cynisme.

«Ces menaces partagent un point en commun : le désabusement des électeurs. C’est de cela qu’elles se nourrissent. Car plus on croit que les partis et les institutions sont tous pourris, plus on gobera les ragots et complots à leur sujet. Et c’est ainsi que la roue du cynisme tourne…»

Je suis évidemment tout à fait d’accord avec ça — et ça d’ailleurs été le principal sujet du texte avec lequel nous avons conclu nos 52 rendez-vous sandwich:

Pour en finir avec le cynisme systémique

Le hic, c’est que l’éditorialiste réussit le tour de force d’évoquer les sources de l’indifférence, du désabusement et du cynisme sans jamais évoquer le travail des médias (Facebook en prend pour son rhume, mais rien au sujet des médias traditionnels)…

Je trouverais intéressant qu’il y ait une suite à cet éditorial, dans lequel Paul Journet pourrait aussi porter un regard critique sur l’influence des bons vieux médias (journaux, radio, télévision) sur le regard que les citoyens portent sur leur milieu, sur le Québec et sur le monde en général. 

Il me semble tellement évident que les choix éditoriaux et la façon par laquelle on produit l’actualité aujourd’hui (instantanéité, répétition, multiplications des opinions et des faits divers, etc.) a des effets négatifs sur l’attitude des citoyens. Ils donnent souvent bien plus envie de baisser les bras et de s’en remettre aux politiciens et autres puissants que de se retrousser les manches et de s’engager socialement.

Il n’y a pas que les citoyens qui doivent porter un regard neuf sur la société. Les médias aussi.

Les qualités d’un.e leader

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Anne-Marie Dussault demande aujourd’hui sur Twitter:

Quelles qualités recherchez-vous chez un leader?

C’est une très bonne question, à laquelle j’ai envie de répondre librement, sans égard au contexte électoral actuel. J’interprète la question comme une réflexion générale sur le leadership, plutôt qu’une grille pour analyser les chefs de partis. C’est d’ailleurs une réflexion qui pourrait tout aussi bien s’appliquer à la situation d’un.e simple député.e, dans son action locale, ou à celle d’un.e dirigeant.e d’entreprise ou de toute autre forme d’organisation.

Les trois qualités qui me semblent le plus essentielles chez un et une leader sont:

  • L’écoute;
  • La pédagogie;
  • La capacité de mobiliser.

Pour moi, un bon leader ou une bonne leader, c’est d’abord quelqu’un qui est attentif à la réalité de sa communauté et des gens qui la composent. C’est une condition nécessaire à sa légitimité.

C’est aussi quelqu’un qui est habile pour identifier les défis auxquels cette communauté est confrontée et qui est capable de les expliquer clairement, de manière à ce qu’ils soient bien compris par la majorité.

C’est finalement quelqu’un qui sait susciter l’adhésion et qui donne envie aux gens de se mobiliser pour relever ensemble ces défis. C’est quelqu’un qui comprend que son rôle est de faire émerger des solutions à partir de l’intelligence collective, et non pas de trouver des façons de faire accepter «sa solution».

Je trouve malheureusement encore très d’actualité ce texte écrit en 2007 — au moment du décès de la mairesse Boucher — dans lequel je souhaitais l’émergence d’une nouvelle forme de leadership au niveau municipal, encore marqué par une forme archaïque de leadership autoritaire.

Il m’apparaît aussi plus important que jamais de ne pas oublier que le leadership n’est rien si on n’évoque pas aussi le communautéship — soit la manière dont une communauté arrive à interagir avec son/ses leader/s (et ça aussi ça s’apprend, parce qu’il ne s’agit pas seulement de suivre aveuglement);

Et pour cette raison, j’aime toujours autant la métaphore du ski nautique pour décrire le leadership.

Ou, dit très simplement dans les mots de Malcom Knowles:

« …the highest function of leadership is releasing the energy of the people in the system and managing the process for giving that energy direction toward mutually beneficial goals. »

***

La réflexion est générale — mais il est vrai qu’il convient aussi de s’en servir pour juger des attitudes et des propositions des personnes qui sollicitent notre confiance dans le cadre de la prochaine élection.

En demandant par exemple aux candidats et candidates de notre circonscription s’ils/elles prévoient:

  • rencontrer régulièrement les citoyens dans une assemblée publique (au moins une fois par mois) notamment pour solliciter leurs points de vue sur les défis auxquels ils/elles feront face;
  • partager occasionnellement leurs idées et réflexions, et des versions préliminaires de certains documents, afin de pouvoir les enrichir des contributions des citoyens.

Ce que j’attends le plus d’un.e député.e et d’un leader politique aujourd’hui, c’est de savoir faire remonter les bonnes idées qui émergent de la population vers les instances décisionnelles, plutôt que de servir de courroie de transmission pour justifier des décisions impopulaires auprès de la population.

Québec 1989-2019

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Je viens de mettre en ligne un texte qui me tient particulièrement à cœur:

Québec 1989-2019: Cultiver l’optimisme quand y s’passe pas c’qu’y devrait s’passer

Le texte prend la forme d’un site Web qui regroupe l’équivalent d’une cinquantaine de pages. J’y formule une rétrospective de mon rapport à la politique et à la société québécoise dans son ensemble, de 1989 à aujourd’hui — c’est-à-dire de mes 16 ans à mes 45 ans. 

Je ne suis certainement pas le premier à partager un tel plongeon dans mes souvenirs, mais je pense que le fait de pouvoir m’appuyer très directement sur les quelques 1800 textes que j’ai publiés sur mon blogue depuis 2002 procure à l’exercice un caractère pas mal inédit. 

Bien qu’il s’agisse d’un point de vue éminemment personnel sur l’histoire récente du Québec, j’espère qu’il pourra contribuer à renouveler le regard qu’on porte sur l’état d’esprit de la génération à laquelle j’appartiens.

Je ne vous cacherai pas que c’est avec un certain vertige que je publie ce texte; mais aussi avec quelque chose comme un grand soulagement. La rédaction m’a permis de beaucoup mieux comprendre pourquoi je ressens aujourd’hui un aussi puissant besoin de changer de perspective sur l’avenir de mon pays.

J’ignore combien de personnes s’intéresseront suffisamment au récit pour le lire en entier, mais j’espère que certain.e.s prendront le temps de me faire part de quelques réflexions.

Et si, d’aventure, le récit s’avérait susceptible de nourrir quelques échanges dans un contexte éducatif (au secondaire? au cégep? voire à l’université!) ce sera avec un très grand plaisir que je me rendrai disponible pour y contribuer d’une façon ou d’une autre.

N’hésitez évidemment pas à partager ce texte.

***

Immense merci à Ana-Laura, avec qui je partage ma vie depuis 25 ans, et qui a été la première lectrice de la très grande majorité des 1800 textes qui servent de matériaux essentiels à cette rétrospective.

Merci également à Helene Jutras, qui a accepté le rôle de relectrice privilégiée (et réviseure) de Québec 1989-2019 — et d’être par le fait même complice d’un amusant clin d’œil à l’histoire.

 

AJOUT — 20 août 2018:

Mon ami Gilles Herman m’a fait cadeau d’une version ePub de l’ensemble du texte. Il est donc maintenant possible de lire (et annoter) le texte à partir d’une application comme iBooks, sur iPhone ou iPad. Très très grand merci Gilles!

Québec 1989-2019, en version ePub

J’ai aussi préparé une image qui résume les manipulations à faire pour importer le fichier dans iBooks sur un iPad. Elle est ici…

 

Photo: Clément et Étienne devant le Lac Léman, en juillet 2007

Pour rompre avec l’angoisse

Joseph Facal publie ce matin un texte dans lequel il évoque les angoisses avec lesquels seraient aux prises les souverainistes lucides.

Son texte résume très bien ce que j’entends abondamment autour de moi. Sauf que je trouve que c’est une erreur de présenter ça comme une impasse — comme un problème insoluble.

Je me demande si la grille d’analyse qui sous-tend ce raisonnement n’est pas désuète. Ou incomplète. Ou simplement piégée. Elle repose, je pense, sur l’hypothèse que l’arène partisane serait la seule capable de faire éventuellement se concrétiser l’indépendance du Québec.

Je me mets à penser que cette grille d’analyse fait partie du problème et contribue fortement à ce qu’on perçoive la situation comme une impasse.

Est-ce qu’il ne serait pas plus utile, et efficace, d’arrêter de penser que l’avenir du Québec sera déterminé par les partis politiques?

Est-ce qu’on ne devrait pas (re)commencer à se dire que les partis politiques n’ont pas pour but de décider où s’en va le Québec, mais de réaliser ce qu’on aura décidé d’en faire?

Faut-il s’étonner de ne pas savoir pour quel parti voter quand on ne sait pas à quel Québec on rêve?

Je pense qu’il va falloir arrêter de se perdre en conjonctures partisanes et recommencer à rêver, à imaginer le monde dans lequel on aimerait vivre; le monde qu’on souhaite laisser aux générations suivantes.

Il va falloir (re)commencer à partager ces rêves, à en faire des récits rassembleurs, à élaborer des projets et à faire en sorte que les partis politiques s’en saisissent pour pouvoir les transformer des réalités. C’est d’ailleurs ce que disait aussi Cyril Dion dans sa plus récente chronique publiée dans le Nouveau magazine littéraire.

En l’absence de rêves et de projets forts pour le Québec, ce sont forcément toujours ceux qui se présenteront, à tort ou à raison, comme les meilleurs administrateurs de l’État qui remporteront les élections. Quoi faire de mieux qu’administrer bêtement quand on a pas/plus de projets à réaliser?

L’impasse ce n’est pas la division du vote, ni même dans les bonnes ou mauvaises stratégies des partis politiques, elle se cache plutôt dans notre indifférence devant l’avenir.

Si on veut changer ça, je pense qu’il va d’abord falloir tout faire pour que les Québécoises et les Québécois reprennent confiance dans leur capacité à définir ce que va devenir le Québec.

Tant qu’on n’aura pas fait ça on va être condamné à lire une chronique comme celle de Joseph Facal avant chaque élection.

Pis ça ne me tente pas pantoute…

Valeurs, légitimité et méthodes

Un passage de l’entrevue que Philippe Couillard a accordée à La Presse canadienne a attiré mon attention:

Il faut savoir «nommer des valeurs en politique, avant de nommer des éléments de programme», dit-il.

Je suis d’accord sur le principe et je me réjouis de le lire aussi clairement exprimé. Sauf que.

Sauf que je trouve qu’il se dégage par ailleurs de l’ensemble du texte une inconfortable impression de paternalisme qui m’apparaît en contradiction avec les valeurs que prêche le premier ministre. Comme ici, par exemple:

il [se] voit comme celui qui donnera aux jeunes, bientôt aux commandes, tous les «leviers» nécessaires pour composer avec ce monde changeant aux valeurs différentes de celles de la génération actuellement au pouvoir. (…) Le gouvernement devra donc agir en ayant toujours à l’esprit les attentes des jeunes.

«Agir en ayant à l’esprit les attentes des jeunes». Ça ressemble un peut trop à mon goût à «faire à la place des jeunes». Je trouverais préférable qu’on trouve des moyens d’impliquer davantage les jeunes dans les processus décisionnels, sans attendre.

Ça m’a aussi ramené à un autre constat important de mes réflexions des derniers mois: la légitimité du message politique sera de plus en plus tributaire de la nature de la démarche qui l’aura précédé.

Si on ne change pas les façons de faire de la politique, pour engager davantage les gens dans la définition des valeurs et des programmes qui animent les partis, on ne changera pas grand chose, au fond. Comme le rappelait François Chartier récemment, dans un tout autre contexte:

«La démarche génère le produit. Si on ne change pas la démarche, on va toujours produire la même chose.»

Et c’est là que la réflexion qui inspire le courant l’Initiative, auquel j’ai déjà consacré cet autre texte, me semble le plus inspirant. Pour reprendre les mots d’un de ses instigateurs:

À notre époque un parti politique ne devrait plus prétendre dire aux gens ce qui est bon et ce qui est mal pour eux. Un parti politique devrait plutôt être perçu un véhicule pour porter leurs besoins et leurs désirs.

Plus facile à dire qu’à faire, évidemment, mais une chose est certaine: avec tous les moyens de communication et de collaboration dont on dispose aujourd’hui, il ne manque pas de ressources pour le faire — c’est surtout la volonté de le faire qu’il nous manque encore.

Il va bien falloir commencer à y penser plus activement (et très concrètement!) en prévision de la prochaine fois ou nous aurons à (ré)inventer un parti politique.

Photo: une oeuvre de Geneviève De Celles.